- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Please Don't Disturb, le podcast qui vous ouvre les portes des palaces, maisons et hôtels emblématiques à travers les récits professionnels de l'hotellerie. Je suis Nia Mermier et dans chaque épisode, je vous invite à partager les histoires inspirantes, les parcours exceptionnels et les réflexions profondes de ceux qui font briller ces endroits prestigieux. Que vous soyez un passionné de voyage. un professionnel du secteur ou simplement curieux de découvrir les secrets bien gardés de ceux qui font rayonner ces établissements. Ce podcast est fait pour vous. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Viviana, chef originaire de Naples et grande gagnante de Top Chef 2026. Ensemble, nous revenons sur son parcours, son aventure familiale autour de son restaurant, son amour pour la cuisine et cette exigence qu'il appousse chaque jour à se dépasser. Bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour Viviana ! Bonjour ! Merci d'avoir accepté mon invitation. Ça fait grand plaisir. Comment vas-tu ? Très bien, un peu fatiguée. C'est un période très chaude. Ça bouge énormément dans tous les sens.
- Speaker #0
Oui, on va parler de tout ça. Est-ce que tu pourrais commencer par nous parler de ton enfance à Naples ? Quels souvenirs tu gardes de ton enfance ?
- Speaker #1
Moi, ça a été une belle enfance, tranquille, dans le sens en famille, très en famille. Et voilà, Naples, dans une ville qui n'est pas tranquille, mais mon enfance, elle a été tranquille. Dans le sens, à Naples, il y a tout ce qu'il faut. Tu peux t'amuser, tu peux faire ce que tu veux. C'est une grande ville et ça bouge énormément. Mais moi, mes souvenirs sont souvenirs de famille. Maman, papa, les grands-parents, frères et sœurs. Donc, une belle enfance.
- Speaker #0
Génial. Et ton papa était pâtissier ?
- Speaker #1
Tout à fait, mon papa était pâtissier. Je me souviens avoir passé énormément de temps dans la pâtisserie de mon papa, même juste pour voir mes parents en fin. Ils étaient tout le temps au travail, c'était très rare qu'ils étaient à la maison. Donc voilà, si on voulait passer du temps avec maman et papa, il fallait être à la pâtisserie.
- Speaker #0
Et ça a été une évidence pour toi, la cuisine, la pâtisserie ?
- Speaker #1
Pour moi, ça a été une évidence dans le sens... Pas pu faire autre chose, je ne me voyais pas faire autre chose, donc oui.
- Speaker #0
Donc tu t'es dit, je vais faire une école, tu as fait l'école hôtelière en Italie ?
- Speaker #1
Tout à fait. Après j'ai fait l'Allemagne, c'est une école, une grande école de cuisine, c'est l'école Bocchusa à Lyon, on a l'Allemagne. Et après j'ai enchaîné à l'Allemagne, on parlait beaucoup de la France. Je me suis dit, je vais partir. Et voilà, je suis arrivée en France chez Michel Guérard et j'ai commencé ma formation. Comment ça s'est fait ? Moi je suis quelqu'un qui adore voyager. Donc déjà de ça, avant de la France, j'avais déjà vécu une année en Irlande. Vu qu'ils me parlaient souvent de la France, je me suis dit, voilà, il va falloir faire une expérience en France. L'expérience, ça fait 11 ans que je ne suis plus en Italie. 4 ans que je suis à Lyon. J'ai vécu aussi à Paris et au sud de la France. Voilà, donc c'est devenu ma vie.
- Speaker #0
C'est l'envie de voyager.
- Speaker #1
Tout à fait, même si là ça fait 4 ans que je me suis arrêtée, parce qu'avec le restaurant, il faut s'arrêter. Mais avant, tu as cette envie de t'arrêter, de dire ok, je vais construire, à part le travail, un peu de famille. Donc j'avais besoin de poser mes valises.
- Speaker #0
Je comprends. Et donc on va revenir un peu sur tes précédentes expériences. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? Quels t'ont apporté ? Pourquoi ce choix ?
- Speaker #1
Oui. moi j'ai J'ai travaillé dans trois restaurants trois étoiles qui m'ont beaucoup apporté dans le sens beaucoup de formation. Je dis tout le temps que quand on est cuisinier et on veut faire de la bonne cuisine, on veut vraiment apprendre. Il faut vraiment faire des grandes maisons parce que c'est là où on peut tout voir. On peut toucher à des produits qu'on ne pourra pas faire dans des tout petits restaurants. Après, je pense que toute formation, toute expérience, c'est important. Moi j'ai aussi fait des plus petits restaurants, aussi travaillé dans la restauration un peu rapide, gros volume quand j'avais 18 ans en Irlande. J'ai un peu tout fait et après j'ai choisi ma voie. Mon expérience chez Gérard Jevon, c'était celle-là plus formatrice, où j'ai appris le plus. Après j'étais en Norvège dans un restaurant trois étoiles à Oslo, il s'appelle le Maemo, c'était très bien. j'ai appris il y avait tout autre chose dans le sens que la cuisine est vue différemment, les goûts sont différents, la beauté d'un assiette est quasi primordiale. C'était vraiment de très très très jolies assiettes. Tu t'approches à la fermentation, tu t'approches à certaines choses qu'en France ce sont un peu moins utilisées en cuisine. Et après, je suis passée pour Éric Fréchon à Paris, au Bristol, où j'ai beaucoup appris. Là, c'était vraiment différent. Là, on voit vraiment deux grands trois étoiles en France. Mais un, il est dans un petit village et l'autre, il est à Paris. Et on voit vraiment la différence qu'il y a entre les deux. la façon de travailler, les personnes, tout. Tout ça change, voilà. Et je pense que chaque expérience qu'on a, même n'importe dans quel restaurant, ça nous fait apprendre.
- Speaker #0
Oui, c'est génial. Et pourquoi la Norvège ?
- Speaker #1
Moi, je voulais travailler dans ce restaurant-là.
- Speaker #0
Ah, c'était le restaurant qui... Tu as toujours été driveée par les maisons ?
- Speaker #1
Oui, j'ai toujours bougé par rapport au travail. C'est à peu près aujourd'hui... quand j'ai choisi de faire un voyage pour le personnel, pour le plaisir. J'ai choisi où je voudrais manger. Et après, j'ai dit, OK, je vais organiser un voyage. Et pareil pour le travail. C'était où je voudrais travailler. J'ai essayé d'obtenir le travail. Et après, je suis partie.
- Speaker #0
Et tu as des idées de restaurants que tu aimerais découvrir prochainement ?
- Speaker #1
Non, moi, j'adorerais aller au Japon en ce moment parce que là, j'ai... J'étais partie en Thaïlande, j'avais adoré, je m'étais dit je voudrais partir au Japon après ça arrive le Covid etc. Donc pourquoi pas, mais je ne sais pas quand. Là en ce moment c'est très busy, je n'ai pas le temps, donc on verra.
- Speaker #0
Justement comment tu te sens de par cette médiatisation ?
- Speaker #1
Ça va, moi c'est tout le temps comme avant, c'est tout comme avant pour moi. Même si le restaurant il est vraiment plein. J'ai plein de choses, plein de projets que ça commence, mais c'est des projets que j'avais déjà avant. C'est juste que maintenant, je les mets en acte. Après, voilà, il y a plein de monde qui m'appelle pour travailler. C'est bien, mais je ne vais pas me dire « Ah, je suis une star » . Non, même si les gens me demandent des photos, des autographes, etc., je reste quand même moi-même.
- Speaker #0
Et c'était ton rêve d'ouvrir un restaurant ?
- Speaker #1
Oui. Moi, Arianna et Antonio, on a fait tous les trois l'école de cuisine, la même école. Le but, c'était d'ouvrir un restaurant ensemble. Voilà, on l'a fait. Ça n'a pas été facile. Ce n'est pas facile tous les jours. C'est énormément de travail. Toi, quand ça m'arrive, voilà, hier, ça m'est arrivé d'avoir à table une petite famille. C'était maman, papa et deux enfants. Mais deux enfants vraiment petits. Et ils me disent merci beaucoup parce que vous lui avez donné envie de devenir chef. Et moi, je me dis non. Il ne faut pas me remercier pour ça parce que c'est pas quelque chose... C'est beau comme métier, mais c'est trop. C'est trop, il y a beaucoup trop d'horaires, il n'y a pas de fêtes, il n'y a pas de Noël, il n'y a pas de fin d'année, il n'y a pas de week-end. Il n'y a pas de « je me marie, est-ce que tu pourrais venir d'une copine ? » Il n'y a rien de tout ça. Quand tu es au restaurant, quand tu travailles en restauration, c'est très dur. Donc quand il y a un enfant de 4-5 ans qui me dit ça, moi je serais plus pour lui dire. Regarde si tu veux faire autre chose d'abord.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui, parce que la restauration c'est très très très compliqué. Et pas tout le temps apprécié. Là moi j'ai gagné top chef, c'est très bien. Tout le monde me dit bravo bravo. Mais jusque là j'étais la même personne. Avant de gagner top chef c'était pareil, mon travail était pareil. Il n'y avait pas autant de reconnaissance. Donc je pense qu'il faut... La restauration c'est un métier... difficile. Moi, par exemple, si j'aurais un enfant, je vais essayer de le guider vers autre chose. Après, voilà, si lui, forcément, il veut le faire à la restauration, je vais l'accompagner, comme ils ont fait mes parents. Mais même eux, ils ont essayé à me dire, regarde, c'est très compliqué. Et c'est vrai, c'est très, très compliqué, même si moi, j'adore. Mais je vois que ma vie, c'est le travail.
- Speaker #0
Il y a des côtés positifs.
- Speaker #1
Si tu adores ce travail, donc... Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de ma soeur. Hier nuit, quand j'ai fini le travail, à minuit, je me suis mise à faire un gâteau à la maison pour l'emmener. Donc, ce côté de partage, etc., c'est très beau. Mais si tu es indécis, si tu ne sais pas quoi faire, ne fonce pas dans la restauration. Réfléchis bien parce que tu vas détester un métier qui est le plus beau du monde. Ça t'empêche un peu de faire ta vie à côté.
- Speaker #0
Et c'est quand même le plus beau métier du monde.
- Speaker #1
C'est quand même le plus beau métier du monde pour moi. Voilà. Mais il faut faire attention.
- Speaker #0
Je comprends. Ouvrir un restaurant en famille, vous vous êtes toujours dit en France ou ça a été au fur et à mesure des opportunités ?
- Speaker #1
Non, en vrai, quand on a décidé d'ouvrir le restaurant, on est parti en Belgique, on est parti en Irlande une autre fois. On a fait le tour de France. À un moment, c'était même dit en Italie. Mais l'Italie, c'est un peu compliqué. Donc, enfin, on a choisi la France parce que moi, je me sens bien en France. Tout le monde se sent bien en France. Lyon, c'est vraiment une belle ville. On peut vraiment bien vivre. Ce n'est pas juste par rapport au travail. Nous, on a choisi vraiment, vu que le travail prend déjà énormément. on s'est dit où on pourrait bien vivre. Et voilà, le choix est tombé sur Lyon.
- Speaker #0
Ça doit être plus calme par rapport à Naples.
- Speaker #1
Oui, c'est beaucoup plus calme. Beaucoup plus calme.
- Speaker #0
Et vos parents vivent à Lyon ?
- Speaker #1
10 mois sur 12, ils sont à Lyon.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà. En ce moment, ils essayent un peu de vendre leur chez eux à Naples pour déménager complètement sur Lyon.
- Speaker #0
Et donc, ils travaillent ici au restaurant ?
- Speaker #1
Oui. Chaque fois qu'ils sont à Lyon, ils travaillent ici.
- Speaker #0
Vous ne vous arrêtez jamais.
- Speaker #1
C'est une famille de... Pardon ? On ne s'arrête jamais, tu as dit ?
- Speaker #0
Oui, vous êtes vraiment... C'est vraiment une famille passionnée.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mes parents nous aident énormément au restaurant. En vrai, là, on a embauché quelqu'un aussi pour nous aider à la planche parce que c'est trop pour mes parents. Parce que là, midi et soir, tout le temps complet, tous les jours. C'est tous les jours, samedi, chaque service. Donc, c'est très compliqué. C'est très compliqué. On cherche aussi quelqu'un au salle pour nous aider, parce qu'Ariana est enceinte, elle va coucher dans huit semaines. Donc très bientôt, elle se donnera un fond, elle se donnera au maximum. Il y a tout le monde qui nous demande, oui ça va, elle est enceinte. Ça va très bien, elle pète la forme.
- Speaker #0
Félicitations à elle.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
On va parler du concours. Est-ce que tu avais déjà fait des concours ?
- Speaker #1
Non. Mon premier concours, je ne savais pas quoi m'attendre. Je ne croyais pas que c'était... autant un concours, parce que c'est quand même mal à télé, mais ça a été très stressant.
- Speaker #0
Mais comment Top Chef est arrivé à toi ?
- Speaker #1
Alors moi j'avais déjà envoyé la candidature deux fois comme ça, un peu pour jouer, et après finalement je me suis dit, je le fais vraiment quand j'ai rencontré un chef aussi là, qui m'a dit pourquoi pas tu ne fais pas à Top Chef. Je me suis dit je vais renvoyer la candidature, ils ne vont jamais m'appeler parce que chaque fois je ne réponds pas. Et cette fois, il m'a appelé au téléphone et je me suis dit, ok, vas-y, je vais.
- Speaker #0
C'est bon sinon ?
- Speaker #1
Oui. Je me suis dit, s'il m'appelle au téléphone, c'est le destin. J'y crois beaucoup au destin, aux choses qui doivent se faire assez facilement. Ok, c'est bon, on y va. Quand ça prend trop de temps, c'est trop compliqué, trop difficile, ça ne doit pas le faire.
- Speaker #0
Et là, ça s'est fait tout seul ?
- Speaker #1
Là, ça a été dans trois jours, je suis allée à Paris. Après, à un moment, ils m'appelaient et me disaient « tu n'es pas prise » . Je me dis « ok » . Ils m'appellent deux jours après et me disent « ah, en fait, il y a une possibilité que tu es prise parce qu'il y a des places en plus » . Après, j'ai su que ce n'est pas vrai, il y a quelqu'un qui a renoncé. Mais moi, là, quand ils m'ont dit ça, je me dis « ok, je dois réfléchir » . Et quand ils m'appelaient, ils me disaient « alors, tu es prise à toi-même » . Je me dis « ok » . Ils me disent « mais tu n'es pas contente ? » Je me dis « mais c'est bizarre l'affaire. Il faut bien m'expliquer, je n'ai pas du tout à perdre » . Let's go Ma plus grosse peur, c'est de perdre du temps. Je me dis que je n'ai pas beaucoup de temps. Tous les jours, je me donne un fond dans le travail. Et là, si je dois faire aller-retour sur Paris pour rien, non, je n'ai pas envie. Et en vrai, là, ce n'était pas de la perte de temps.
- Speaker #0
Non. Et comment tu t'es préparée au concours ?
- Speaker #1
Je ne me suis pas préparée. Je n'avais jamais regardé Top Chef.
- Speaker #0
Tu avais envoyé ta candidature, mais sans savoir où tu allais mettre les pieds.
- Speaker #1
Oui, je me suis dit que c'était à peu près comme Masterchef. En Italie, on a Masterchef. Je me suis dit que ça devait être ça. J'ai envoyé la candidature. Mais, si je retournais derrière, je me serais peut-être un peu préparée, un peu regardée, qu'est-ce qu'ils ont fait les autres, etc. Si tu regardes tous les épisodes des années précédentes, tu es à peu près préparée. Aller comme ça, sans rien savoir. Compliqué, je l'ai vécu un peu très compliqué.
- Speaker #0
Ça t'a apporté chance finalement ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, parce que finalement, je n'ai pas fait les choses... Quand tu regardes, des fois, tu te laisses un peu guider. Moi, j'ai fait les choses comme je le sentais. Voilà, donc c'est bien.
- Speaker #0
Et comment tu as senti les épreuves ?
- Speaker #1
Ça a été très stressant. Très stressant,
- Speaker #0
La pression des chefs, des caméras, c'est quoi le plus stressant ?
- Speaker #1
Non, moi, la pression, je me la mets toute seule, en vrai. Mais même au travail, je n'ai pas besoin de quelqu'un qui me met la pression parce que je le fais seule. Je pense que c'était tout. La peur de sortir, la peur de ne pas faire bien, la peur de savoir si ça va plaire aux chefs. Tu ne connais pas les chefs, tu ne connais pas leur palais, tu ne sais pas ce qui peut leur plaire ou ce qui ne peut pas leur plaire. Parce que même si ce sont des chefs qui savent dire que c'est bien fait, ils ont quand même des goûts propres. Moi par exemple, je ne savais pas que Hélène D'Arose n'aimait pas le celerina au banlieue. Je ne savais pas. Il y avait tout le monde qui savait. Donc voilà, c'est des petites choses que si tu sais, ça aide.
- Speaker #0
Très bien. La finale, ça a été deux semaines de préparation,
- Speaker #1
il me semble ? Oui, on a eu deux semaines entre quand on a fini le concours et la finale. Moi, je me suis préparée en quatre jours parce que moi, j'ai travaillé chez ce restaurant. Donc je ne pouvais pas passer deux semaines sur la finale. Donc j'ai passé mes quatre jours de repos. Le dessert, j'ai changé énormément de desserts parce que je ne savais pas. Je ne savais pas ce que je voulais mettre. Et l'entrée, en vrai, j'avais juste le choix entre trois entrées. J'avais sélectionné trois entrées. Et le plat, ça a été assez rapide. Dans le sens où je voulais faire du veau. Et après, petit à petit, j'ai construit l'assiette au niveau de... Je ne sais pas, je me suis dit que le veau, c'est quelque chose de très fait pour moi. Le filet de veau, tu ne le manges pas tous les jours. C'est cher. Et l'anguille non plus. Topinambour, ça me rappelait beaucoup les artichauts. On mange énormément d'artichauts à Noël en Italie. Je me suis dit, je mets ça parce que j'ai un peu moins de travail. Voilà, j'ai construit le menu un peu comme ça. J'ai essayé d'être stratégique et de ramener beaucoup de goût.
- Speaker #0
Et ça a payé.
- Speaker #1
Et ça a payé, apparemment.
- Speaker #0
Comment tu décrirais ton aventure ? Tout au long. C'est-à-dire qu'il y a eu une évolution ? T'as senti qu'elle t'avait révélé ?
- Speaker #1
Moi, j'ai juste pris confiance petit à petit. En fait, je pense qu'il faut prendre confiance pour s'exprimer au meilleur. Après, la chef Hélène Darouze m'a beaucoup aidée dans ça. Dans le sens à me dire, toi, tu as la même taille, droit, ça c'est ta place. Stop, voilà, relax. Donc, j'ai essayé juste à prendre confiance et après, petit à petit, j'ai pu m'exprimer.
- Speaker #0
Il y a eu un déclic qui a permis de te faire prendre confiance ?
- Speaker #1
Oui, je pense que l'épreuve m'offre. Je pense que c'était la première fois que je travaillais seule. En fait, c'est trop compliqué de travailler en binôme avec des gens que tu ne connais pas. Donc, ou tu t'imposes ou tu suis la recette. Moi, au début, je suis la recette parce que ça ne m'allait pas de m'imposer. Et après, je me dis que si on ne passe pas l'épreuve, c'est de ma faute. Mais voilà, donc c'était tout. Très compliqué. Moi, je me suis dit, c'est moi le chat noir. Oui, complètement. Dans ma tête, je me suis dit, je suis le chat noir. Il y a un problème. Et après, quand j'ai commencé à travailler seule, je me sentais plus à l'aise et je pouvais faire mes recettes, ce que je voulais, ce que j'avais prévu. C'est plus facile. Tu ne dois pas demander l'accord d'une autre personne.
- Speaker #0
Et en cuisine, tu travailles avec ton frère, il me semble.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a manqué pendant le concours ?
- Speaker #1
Non, ça va. Moi, tous les jours de repos, j'étais ici. J'ai travaillé tout le parcours.
- Speaker #0
Tu faisais les allers-retours après ? Parce qu'en plus, vous vous déplaçiez.
- Speaker #1
Oui, mais moi, j'ai toujours fait les allers-retours. Samedi, dimanche, j'étais tout le temps au restaurant.
- Speaker #0
Et tu te reposais quand ?
- Speaker #1
Pas de repos. Mais même en ce moment, pas de repos. C'est pire qu'avant. C'est pire que le tournage.
- Speaker #0
Tu sens que c'est l'adrénaline ?
- Speaker #1
Non, je me dis que c'est le moment. Là, je le fais... C'est le moment, il faut le faire. Je vais avoir le temps de me reposer. Mais je ne sais pas, tu ne fais pas ça tous les jours dans ta vie. Tu ne vas pas pouvoir faire des interviews. Ça m'est arrivé de faire des interviews en une journée. Ça n'arrive pas tous les jours dans ta vie. Donc je pense maintenant, c'est ce moment-là, il faut profiter, même si je suis fatiguée. Petit à petit, je vais avoir le temps de me reposer, ça c'est sûr. Je ne sais pas. Mais déjà, juste un seul jour pour dormir, j'adorerais. Parce qu'en ce moment, je fais... Pas des nuits complètes, quoi. C'est short.
- Speaker #0
Et t'as prévu de te prendre un jour ou une semaine ?
- Speaker #1
Non, j'ai rien prévu. C'était des fans, non.
- Speaker #0
Des fans ?
- Speaker #1
Oui. Ils ont vu, ils m'ont fait un coucou.
- Speaker #0
Ça arrive souvent ?
- Speaker #1
Ça arrive souvent.
- Speaker #0
Ah oui, oui. À Lyon, j'imagine que...
- Speaker #1
Même qu'ils rentrent, ils donnent des photos. Ah,
- Speaker #0
c'est vrai ?
- Speaker #1
Hier, ça m'est arrivé qu'il y a une personne, il a fait des biscuits chez lui. Il me les a ramenés et il m'a donné un petit billet. Voilà. C'est mignon. Non, à Lyon, il y a tout le monde qui me reconnaît.
- Speaker #0
C'est génial. Donc, il y a des personnes qui t'ont connue dans Top Chef qui viennent au restaurant. Tu sens que c'est... La majorité ? Oui,
- Speaker #1
en ce moment oui, parce que moi avant j'avais beaucoup de clientèle internationale. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Il y a des gens de toutes les parties du monde qui réservent avant pour venir ici. Mais vraiment de loin. Et là, il y a énormément de Lyonnais. Lyonnais de Grenoble, Belgique, les Suisses. Mais ils réservent par rapport à Top Chef. Ils m'ont connue là-dedans. Et moi j'ai un menu spécial Top Chef. Et tout le monde veut goûter sur nous là. Tout le monde. C'est très bien. Moi, ça me fait très plaisir. Je parle de ça tout le temps. Top Chef.
- Speaker #0
C'est génial. C'est une bonne idée d'avoir fait le menu Top Chef.
- Speaker #1
Je l'aurais fait même si j'aurais perdu. Je l'avais déjà décidé avant de savoir qui allait gagner. Parce que je pense que les gens auraient été curieux de goûter. Moi, j'ai mon restaurant, j'ai la possibilité de le faire. Si tu travailles pour quelqu'un, c'est un peu plus compliqué. Mais moi, chez moi, je fais comme je veux.
- Speaker #0
Oui, c'est chouette. Donc, on va parler de ce restaurant. Ça a été un coup de cœur ?
- Speaker #1
Oui. Nous, on est arrivés ici, ça fait quatre ans. On avait visité énormément de restaurants en Vente. Énormément. C'était complètement différent. C'était vraiment... On a fait le restaurant deux fois sur le plafond. Mais ça a été un coup de cœur. Le Vieux Lion, ces petites voûtes. C'était vraiment... Je me suis dit, oui, c'est lui. Première fois qu'on est venu, on s'est dit OK, on essaie d'acheter.
- Speaker #0
C'est un coup de cœur.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mais ça doit être comme ça, sinon c'est compliqué. C'est compliqué d'ouvrir un restaurant. C'est un gros investissement au niveau personnel et d'argent. Donc si tu fais les choix mauvais, ça peut aller très mal. Donc je pense que tu dois vraiment suivre ton instinct et dire OK, c'est bon ou pas bon. Beaucoup de fois, ce n'est pas bon. Tu peux visiter 100 restaurants et tu ne vas jamais trouver le bon. Et à un moment, ça arrive que tu tombes sur celui-là qui te fait tomber amoureuse. Tu te dis, OK, là, je pense que je peux le faire.
- Speaker #0
Et comment se passe l'organisation en famille ? Ça se fait naturellement ?
- Speaker #1
Ça se fait naturellement. Chacun a son rôle. Au début, ça a été peut-être un peu plus compliqué parce qu'on devait définir qui allait faire quoi. Mais une fois que ça s'est mis en place, franchement, je n'avais pas besoin de parler. Génial. Ça se fait tout seul.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais projet d'ouvrir un deuxième restaurant ?
- Speaker #1
Oui, je voudrais ouvrir un deuxième restaurant. Je voudrais ouvrir même des choses un peu plus petites, que ce soit sur Lyon ou sur Paris. Peut-être commencer des petites choses pour voir si ça va bien. Mais oui, je voudrais faire plus de projets, mais ça je l'avais déjà avant, avant Top Chef. J'attendais juste le bon moment.
- Speaker #0
Top Chef, ça va être un tremplin pour ça.
- Speaker #1
Tout à fait, Top Chef, je pense que ça peut m'aider et on va voir. Mais moi, je n'aime pas faire les choses vite et mal. Je préfère prendre un peu plus de temps et au moins me dire que c'est bien fait.
- Speaker #0
Tu prépares l'après Top Chef. Est-ce que tu te fais accompagner par des attachés de presse ou des agents ?
- Speaker #1
Les agents, il y en a tout le temps. Mais je n'ai pas signé un contrat d'exclusivité ou quoi que ce soit. Moi, je vais être libre de penser seule. Même pour les réseaux, etc. C'est moi qui gère tout. Des gens, des fois, ils disent non. Dis-moi, je ne sais pas, est-ce que c'est vraiment toi qui réponds ? Et je lui envoie des audios, oui, c'est moi. Je veux être libre, assez libre pour faire seul. Après, voilà, peut-être que je vais me faire accompagner un peu plus, je ne sais pas, je n'en sais rien. Mais je ne veux pas des gens qui décident à ma place. Donc, je ne sais pas, on verra.
- Speaker #0
Tu as pour projet de développer tes réseaux sociaux ? Je pense que c'est la meilleure stratégie en 2026.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. J'essaie, j'essaie.
- Speaker #0
Oui, c'est chouette.
- Speaker #1
Je fais des petites vidéos, des petites choses. Après, ça me fait plaisir et les gens me demandent énormément. Là, cet après-midi, il y a un homme qui m'a demandé est-ce que tu aurais une bonne recette pour les pâtes au citron ? Et là, j'ai tourné un vidéo avec les pâtes au citron. Je lui ai dit ça va sortir, ne vous inquiétez pas.
- Speaker #0
C'est génial. Elle doit être trop contente. Et tu arrives à discuter avec les personnes en message privé ?
- Speaker #1
J'essaie de répondre à tout le monde. Après, j'ai énormément de messages. Mais vraiment, je le fais même après le travail. Même si c'est minuit, une heure, je l'envoie un petit... Même audio, parce que je ne sais pas trop écrire en français. Pour lui dire, oui, j'ai vu ton message. J'essaie. Je fais tout ce que je peux. Après, voilà, des fois, ça prend un peu plus de temps.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais oui, je réponds, je pense, à 99% des gens.
- Speaker #0
C'est adorable de faire ça. Tout ce que tu fais à côté c'est...
- Speaker #1
Surtout après la finale, je pense que la nuit de la finale, pour une semaine, j'ai passé peut-être 6-7 heures à répondre aux messages. J'avais mal à les mains, je mettais des glaçons. Tellement j'ai reçu des messages et je n'arrivais pas. Je me disais, waouh, il y a tellement de monde qui a pris un moment pour moi et je n'arrive pas à répondre à tout le monde alors que je passe les journées sur le téléphone. En plus du travail, je dormais très peu.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
compliqué.
- Speaker #0
J'imagine. Et qu'est-ce que tu as pensé le soir de la finale, quand tu rentres chez toi ou tu es dans ton lit, et si le calme était avec toi-même en fait ? À quoi tu penses à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je suis fatiguée, demain je dois travailler et je vais dormir très peu.
- Speaker #0
Mais c'était de l'excitation ou de la peur ? Non, c'était vraiment de la fatigue physique.
- Speaker #1
C'est normal. Moi, j'étais à Paris ce jour que s'est sortie la finale pour tout le monde à la télé. Vraiment, je pensais à ça. Je suis rentrée, tout le monde savait. Ça m'est arrivé des milliers de messages. Et je me disais, je suis fatiguée, je vais dormir. quatre heures, j'ai le train et demain, je dois travailler. J'ai beaucoup de travail.
- Speaker #0
Comment ta famille a réagi ? Est-ce que vous avez pu en parler ? T'as pu célébrer ? En vrai,
- Speaker #1
je n'ai pas célébré. En vrai, je ne suis pas partie au restaurant faire une fête, etc. Non. J'ai fait de tout ça parce qu'il y a beaucoup de travail. Mes jours de repos, je travaille énormément. Je n'ai pas le temps. Tu n'as pas peur du contre-coup ? Non. Moi, je suis... Je suis assez, dans le sens, j'essaie de suivre tout le temps ce que mon corps me dit. Là, je sais que je suis fatiguée. Mais je sais que ça ne va rien m'arriver. Dans le sens, mentalement, je sais que je vais bien. C'est moi qui veux le faire. Mais voilà, à un moment, je sais que ça va un peu calmer. Et je me dis, je vais me reposer. Mais c'est sûr que même si ça ne se calme pas, je vais prendre une journée pour me détendre. Mais quand je sais que j'ai beaucoup de choses à faire, je n'arrive pas à me détendre. Je dois d'abord finir toutes les choses. Mais ça fait depuis longtemps que je suis comme ça. Avant de partir pour la Norvège, pour mon travail en Norvège, j'étais en vacances à Capri. Mais je suis restée juste deux jours, alors que j'avais vraiment les vacances réservées. Parce que dans ma tête, j'étais stressée, j'avais autre chose à faire que les vacances. Donc je suis rentrée.
- Speaker #0
À chargé de travail. Et ça, ça vient de tes parents ?
- Speaker #1
Je pense, peut-être. Je pense de la famille. J'ai tout le temps vu mes parents travailler énormément. Des fois, je voudrais profiter peut-être un peu plus, me dire, voilà, il faut profiter. Mais je me dis, j'ai trop de choses à faire. C'est pas trop positif des fois, mais je suis comme ça.
- Speaker #0
Et toute la famille est comme ça ?
- Speaker #1
J'ai l'impression.
- Speaker #0
Tu retournes souvent en Apple ?
- Speaker #1
Non, là, ça fait, je pense, quatre ans que je ne retourne pas. Parce qu'avec le restaurant, ça a été compliqué. On a dû rénover deux fois. Pas trop de vacances. On a pris une seule fois les vacances. On est partis tous ensemble très loin, à la mer. C'était en hiver. Et voilà.
- Speaker #0
C'est chouette. Et donc, on sent que la cuisine, c'est une grande part de ta vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment tu décrirais ton identité culinaire ? J'arrive à mettre des mots.
- Speaker #1
Oui c'est compliqué. Quelque chose de fin mais avec du caractère, beaucoup de goût. Mais fin. Parce que des fois on a l'impression que quand il y a du caractère dans l'assiette c'est très homme. Alors que non, on peut faire aussi quelque chose d'un peu plus fin, un peu plus féminin mais avec du goût. Après c'est compliqué de mettre des mots comme tu dis.
- Speaker #0
Tu sens que la cuisine ça permet de t'exprimer ?
- Speaker #1
Oui, sûrement. Mais la cuisine je pense que ça a été mon refuge quand j'étais plus petite, c'est pour ça que j'ai commencé. Et aujourd'hui ça me permet de m'exprimer, bien sûr.
- Speaker #0
Et quand tu dis ton refuge, tu peux en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Tout simplement, toi quand t'es un enfant et peut-être à la journée que ça va pas, t'es triste ou quoi que ce soit, la cuisine pour moi c'était mon refuge. J'adorais être en cuisine seule. Je voulais être seule et cuisiner mes affaires. Mais moi, je ne suis pas quelqu'un qui aime se faire regarder quand il cuisine. Moi, j'aime être seule dans mon monde. Donc Top Chef, ça a été vraiment sortir de ma zone. Parce que là, tu as les caméras, tu as les caméramans, tu as la télévision.
- Speaker #0
Pas évident. Justement, comment ça s'est passé avec les caméras ?
- Speaker #1
Je pense que tu les oublies. C'est juste le caméraman... Non, c'est le journaliste que tu n'oublies pas. parce qu'il te fait 3000 questions à la seconde. Mais sinon, les caméras, tu oublies assez rapidement.
- Speaker #0
Et ce n'était pas facile de répondre aux...
- Speaker #1
Non, ce n'est pas facile quand tu veux te concentrer. Et t'as pas le temps, et en plus il y a les questions. Pas évident.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais me donner un conseil pour les futurs aspirants hôteliers ?
- Speaker #1
Travailler. Mais travailler vraiment. Parce qu'il y a plein de monde qui pense que la restauration c'est je fais mes 8 heures et après je vais à la maison tranquille, travailler d'office. Non. Si tu veux faire vraiment quelque chose et c'est vraiment ta passion, même à la maison, travaille. Travaille sur tes recettes, travaille sur ton plat, travaille sur ce que tu n'arrives pas. Et quand tu n'y arrives pas, insiste. Jusqu'au moment où tu dis « Ok, je l'ai fait bien. » Parce que c'est ça, c'est insister. Il y a un chef qui m'a dit « C'est dans la répétition qu'on apprend. » Et c'est vraiment ça. Ça m'est arrivé de préparer mon examen pour l'école. Tu me rappelles, j'étais en stage, c'était six mois de stage, tous les week-ends je préparais, je refaisais tout mon menu, entre plats, desserts, tous les week-ends. À un moment, je n'en pouvais plus. Mais c'est juste comme ça que tu peux être parfaite dans quelque chose, dans la répétition. Il y a toujours des petites choses à régler.
- Speaker #0
Et toi, tu as envie d'être parfaite dans la cuisine ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Aujourd'hui, je me dis que j'ai envie de faire bien. On ne va jamais être parfait, mais c'est sûr que si je fais quelque chose, je voudrais que ça soit parfait. Oui, j'ai un peu ce truc mental. Oui, je crois. Par exemple, je fais des panettone. Ça m'a pris 3-4 ans pour les faire bien, Et moi, j'ai essayé tout le temps. Avant que ça soit bien, voilà, tout le temps. Je me disais, ah non, ça, ça ne va pas. Je dois régler, ça, ça ne va pas. Je dois régler. Moi, je suis quelqu'un qui, quand on commence quelque chose, veut la ramener au bout. pour être bien. Sinon, je le prends comme une défaite.
- Speaker #0
Donc, elle s'exige.
- Speaker #1
Oui. Oui. Trop exigeante avec moi-même.
- Speaker #0
C'est bien pour la conscience.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je m'en connais.
- Speaker #0
C'est une bonne chose d'apprendre à se connaître. Un grand merci, Viviana.
- Speaker #1
Merci à toi. Ça fait très plaisir.
- Speaker #0
Et voilà, nous arrivons à la fin de cet épisode. Si vous avez apprécié cette discussion, n'hésitez pas à laisser un avis sur Apple Podcasts ou Spotify. Si vous avez des suggestions, des recommandations ou des retours à me partager, n'hésitez pas à me contacter sur Instagram à ou par mail à A très vite !