Speaker #0Salut à tous et bienvenue aux autres. Il y a un truc qui est absolument sûr, c'est que quand je serai grand, je ne veux pas être un miroir. Vraiment pas. Est-ce que vous avez déjà songé à ce que vous montrez à votre miroir ? Ben debout sur ses deux jambes, le petit d'humain, il voit l'écran se regarder dans la glace de la salle de bain et il se demande ce qu'il peut... bien y avoir d'intéressant là-haut, tout là-haut, grâce à l'impatience. Mais même sur la pointe des pieds, il n'atteint pas la glace. Il voit bien le miroir, mais celui-ci ne lui renvoie qu'une vue sur la lampe du plafond. Il a du mal à croire que les grands passent si longtemps à regarder juste le reflet de la lampe du plafond. Il y a autre chose, sûrement. Et plus tard, un peu plus tard... à l'adolescence, le miroir se révèle à la hauteur, enfin, mais à la hauteur de quoi ? Témoin quotidien que des pluricotidiens à l'adolescence, de l'impatience à vieillir. Et quand il et elle se regardent longtemps, si longtemps dans le miroir, glace à la rose ou glace au chou. Bon alors, ça vient cette moustache ? Bon alors, ça vient ces seins ? Glace à deux boules, s'il vous plaît. Ah, ma de ses pectoraux. Ah, ma de ses fesses. Une glace aux hormones, s'il vous plaît. J'ai un bouton, j'ai un bouton, je sens que je vais avoir un bouton. Pile de jour, il ne fallait pas. Qu'est-ce qu'il ou qu'est-ce qu'elle va dire ? Bien pire, qu'est-ce qu'il ou qu'est-ce qu'elle va penser de moi ? Glace à la grimace, ou glace au fruit de la passion. Et puis un beau jour, on ne sait pas trop comment, on ne regarde plus le miroir en espérant y voir des choses, mais en redoutant d'y voir des choses. Et on se prend à rêver d'une glace à la Dorian Gray. Une glace qui retiendrait le temps, autrement mieux que nos mains qui prient. Mais non, bien sûr que non. Quoique, quoique, monsieur se dit que, en rentrant le ventre à flanc, en gonflant les poumons, en retenant la respiration et en se mettant pile en face, ce ventre, on ne le voit quasiment plus. Et puis, madame... Elle, elle constate qu'en faisant le poirier, ses seins ne tombent plus vers ses pieds. Glace à la mûre, et même glace à la mûre de plus en plus mûre. Et encore un peu plus tard, je n'avais pas remarqué, il y était si haut ce miroir. Glace fondue, glace au sapin, mon frère, car le miroir ne rend pas la monnaie. Mais en plus, comme si ça ne suffisait pas, on se croit seul. Alors qu'on est avec son double dans le regard du miroir, ça fait beaucoup de monde quand même pour un secret. Vous pensez que ça ne sera pas répété ? Vous vous trompez. Entre miroirs, ils échangent leurs petits secrets. Tu ne sais pas ce que Sarkozy m'a dit ce matin en se rasant. Et le pire, c'est que le miroir est inévitable. Installez-le à l'entrée d'une pièce et vous verrez que chacun... y jettera au moins un coup d'œil. Et une fois qu'il a capté notre regard, le miroir, aussi petit soit-il, eh bien il prendra toute la place dans notre esprit. Mais, en réalité, il n'est jamais neutre. On croit, mais il n'est jamais neutre. Parce que nous y cherchons ce que nous ne voulons pas y voir. Et je pense que la Castafior est bien seule, finalement, à pouvoir penser « Ah ! Je ris de me voir si belle en se mirant ! » « C'est Faust qui lui fait dire ça d'après Gounod, mais c'est bien la seule. Les autres miroirs, eux, ils auraient mieux fait d'écouter Cocteau. Cocteau qui disait « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images. Et on ne montra effectivement pas de la tête que les miroirs réfléchissent moins qu'on ne le pense. Mais surtout, ils mentent. Bien sûr qu'ils mentent. Bien sûr qu'ils mentent. » comme s'ils en avaient marre d'être sages comme des images peut-être qu'ils veulent simplement se distraire et se moquer de nous ce n'est pas si drôle une vie de miroir après tout à leur place j'aurais probablement fait pareil mais quelle responsabilité Baudelaire se regarde dans le miroir. Il voit Baudelaire ? Il ne voit pas l'albatros. Il ne voit pas le génie. Quand Van Gogh se regarde dans le miroir, il voit un pauvre type. Il n'a jamais vendu de tableau. Et en plus, pauvre type, il lui manque une oreille. Et quand le David de Michel-Ange se regarde dans la glace, lui ? Lui doit se demander s'il a vraiment si petit zizi que ça. Vous voyez bien qu'il ment le miroir. Et n'essayez pas de le casser. Tuer le messager ne changera pas la mauvaise nouvelle en bonne nouvelle. Ben non, casser le miroir, ce sera juste sept ans de malheur. Tandis que si vous le regardez en face, ce sera cent ans de solitude. A vous de choisir. « Sur le tutu, chapeau pointu ! » Et c'est ainsi que le caramel se regarda dans la glace et trouva qu'il avait pris un coup de vieux.