- Speaker #0
John, John, John, John, John, stop talking, you don't understand anything, you are from, I don't know, Cabo, you're coming, I don't know where, and you're talking to us.
- Speaker #1
Et bonjour à tous, deuxième épisode avec Mathieu Soubiel, on a découvert dans le premier épisode son histoire, où est-ce qu'il est arrivé et comment il est arrivé dans le football, et là on va découvrir. la continuité. Sur le dernier épisode, on était restés à toute humilité gardée le passage du foot de jeunes au foot d'adultes avec le passage au niveau régional, les premiers pas avec les adultes, les premières consécrations en termes de titres, de parcours. comme on a dit, d'humilité, de remerciement du foot et de tous les efforts qu'on a donnés pendant des années et qui nous remercient à la fin dans le monde senior. Où est-ce qu'on pourrait partir après ça, Mathieu, après les consécrations du monde senior ?
- Speaker #2
On pourrait partir sur... Après ces années-là, j'obtiens mon BTS. Pour faire le parallèle, je n'ai pas déjà 30 ans à ce moment-là, je suis encore bien plus jeune, j'obtiens mon BTS et là, j'ai intégré le monde adulte dans le sport, ça c'est un fait, mais il va falloir intégrer le monde adulte aussi dans la vie, du quotidien. Donc voilà, sortie d'études, je m'arrête après le BTS que j'ai obtenu. Après, on vient à l'envie et le besoin de bosser aussi. Donc ça devient un peu impactant sur ma pratique du sport et du foot. Je choisis d'aller faire une année à Saint-Pierre-du-Mont en première. À l'époque, ils sont en DHR. Et ça fait deux ans qu'ils jouent et qu'il manque de peu la montée en DSR. Donc DSR, c'était juste en dessous de DH à l'époque, le division d'honneur. Donc pour un club de petite ville, à l'époque, il devait avoir peut-être 10 000 habitants. Aujourd'hui, ils en ont 12 000. Donc il devait être autour des 10 000 habitants. C'était un super niveau. C'était avec un bon coach. C'était Thierry Tcharello à l'époque. Donc ancien joueur de foot, il a coaché après, joueur de foot de haut niveau déjà, il a coaché après la première au Stade Montois, à l'époque du National, la CFA, CFA2. Donc voilà, un coach à référence, un coach qui connaît le foot, avec une équipe qui est hyper compétitive aussi, à l'époque, à Saint-Pierre, à Saint-Pierre-du-Mont. Donc j'y vais sur une saison, ça commence... Ça commence bien. Je m'intègre relativement bien et vite. Je connais déjà, pour ne pas dire tout le monde, les trois quarts des joueurs avec qui j'évolue. Le club, je le connais bien aussi. Mon oncle qui a été vice-président à l'époque. C'est des clubs avec qui on est quand même assez proches. Tout se passe bien. On commence par cours en Coupe de France. Là, je découvre la Coupe de France aussi. Parce qu'en réserve, au stade, toi, tu ne la joues pas la Coupe de France. Donc là, tu découvres les premiers tours de Coupe de France, les premiers matchs dans un club avec un environnement différent. Et puis après, au bout de trois mois à peu près, la situation pro me rattrape. J'ai besoin de travailler. Je ne trouve pas ce qu'il me faut là où je suis. Des choses qui devaient se goupiller avec ma venue au club n'ont pas pu se goupiller. Du coup, je mets un petit peu entre parenthèses et je pars sur Bordeaux. Je pars sur Bordeaux et j'ai un pote qui me dit « je peux t'héberger si tu veux, moi ici il y a du boulot, intérim, pas intérim, peu importe. Si tu veux, tu viens, quelques semaines, quelques mois, si ça peut t'aider. Moi je te présente, on va dans les agences, on postule. » si tu bosses, t'arrives à te mettre bien, une fois que t'es bien tu t'installes et sinon on aura essayé donc du coup j'y vais donc foot un peu entre parenthèses Je stoppe un peu ma saison et je pars bosser sur Bordeaux. Ça se passe bien. Ça me fait grandir aussi en tant qu'homme. Parce que j'avais ce besoin un peu d'émancipation, de quitter un peu ma terre natale et d'aller apprendre par moi-même. Donc d'aller me cogner au coin du mur aussi. On ne va pas se mentir. Je ne suis pas parti vivre le rêve américain. Mais voilà, je fais mes quelques mois à Bordeaux où je bosse, je pense entre 4 et 5 mois peut-être. J'arrive à bosser régulièrement, à être relativement autonome. Et puis après ça s'arrête parce que j'avais pas assez, au final avec l'intérim, mais j'arrivais pas à passer un step au-dessus. à trouver un boulot fixe, j'avais pas assez pour pouvoir m'émanciper et prendre mon logement etc. Donc après je décide de débarrasser le plancher de chez mon pote et de rentrer à la maison parce que voilà je suis pas là, j'allais pas vivre non plus à ces crochets. Donc voilà je reviens à mon 2 et puis après je retravaille, voilà je fais la même chose, je me dis je vais faire l'intérim, je vais bosser. Donc j'ai toujours bossé en fait, depuis que j'ai pu travailler j'ai toujours travaillé. dans toutes les usines qui existent. Peu importe le boulot, je pense que je les ai tous faits, de l'agent d'entretien à l'agent dans les usines de poissons. J'ai coupé l'herbe, j'ai tendu les pelouses, j'ai vidé les poubelles, j'ai tout fait. Je travaillais dans la restauration. Et donc voilà, je me consacre quand même pas mal sur cet avenir pro. plus que sur l'avenir sport. Donc je mets un petit peu entre parenthèses. Je ne finis pas la saison à Saint-Pierre, je ne reprends pas au final. Parce que les 4-5 mois de boulot nous mènent à quasiment fin de saison. Je crois que je passe une année sans reprendre de licence nulle part. Et après, je repars dans un petit club où mon père est appelé avec plein d'anciens du stade. Il remonte un club à la Brite, avec Quentin, les frères Pas-Sérieux, avec pas mal de bons joueurs avec qui on avait pu jouer. Laurent Lafourcade aussi, je ne sais pas si tu connais. C'est un joueur qui avait... Quentin Pas-Sérieux, à 17 ans, il jouait en CF2 au Salon d'Oie. Peut-être à 18 ans, tu vois. Laurent Lafourcade, il est parti au Girondin, enfin voilà. Donc je pars au subtil, en première division de district, mon père. j'ai que des potes dans l'équipe, il y en a un ou deux qui viennent aussi avec moi se rajouter plus en tout plaisir je bosse et je trouve parce que là j'ai trouvé un boulot fixe donc je deviens conseiller commercial dans l'automobile donc je n'ai pas le temps je travaille du lundi au samedi je fais des heures pas possible du 8h 19h 19h30 voilà compliqué donc voilà je prends plaisir à jouer une saison là-bas. Et puis, ça me permet de me... Je retrouve goût au final au foot qui m'avait sûrement manqué pendant l'année de coupure. Et donc, l'année d'après, je repars au stade. Et puis, après, on va arriver à un tournant qui ne sera pas l'épisode suivant, mais qui va être le tournant, qui va être le fil conducteur, je pense, de ce... de cet épisode-là, c'est sur ma revenue, sur mon retour au stade. Je joue avec la réserve, avec la 3, première dive ou PL, je crois à l'époque, je ne me rappelle plus. Et puis entre-temps, j'ai une stabilité professionnelle qui fait que j'obtiens une stabilité financière. qui fait que du coup les 2-3 cases qui étaient restées vides jusqu'à maintenant, je les remplis avec l'argent que je gagne et je gagne correctement ma vie. Donc il y a un plaisir qui me tenait vraiment bien à cœur, c'était de m'acheter une moto. Donc je m'achète une moto et je kiffe. Donc du coup les seuls moments où j'ai un peu d'évasion le dimanche c'est... C'est foot et moto. Et je rencontre ma future femme en même temps. Tout ça, en fait. Donc il y a un nouveau boulot, un retour au stade Montoy, tu te fais plaisir parce qu'il y a une dépendance financière et stabilité, et je rencontre la personne qui deviendra ma femme. Je me marie, là on est en 2017, du coup, on est entre 2016 et 2017. En 2016 j'intègre ce boulot, et fin 2017 je me marie, et en décembre... Et trois mois après, le 4 mars, mon indépendance financière qui m'a permis de m'acheter ma moto me conduisait à vivre, je pense, ce que je peux appeler le plus gros drame de ma vie. Voilà, j'ai un accident de moto, un dimanche. Un dimanche 4 mars. Hyper beau, route connue, pas de risque de prix. Je suis à 20-30 km heure. Je suis en touriste, je freine, je perds le contrôle de la moto, je suis éjecté et gros choc déjà sur le sol et avec l'élan parce que mine de rien à 20-30 kmh il y a quand même de la puissance, il y a quand même de l'élan. Une fois que tu glisses au sol, je termine ma course dans un poteau et je tape ma colonne vertébrale qui est du coup fracturée à ce moment-là à cause de l'impact sur le poteau. Donc là, gros moment de panique, gros moment de détresse, d'impuissance. Je ne me rappelle pas une seule seconde avoir eu mal de quoi que ce soit. Par contre, je me rappelle des émotions que j'ai pu ressentir et des peurs, la peur surtout. La peur, l'angoisse et l'impuissance. Je suis allongé au sol. Je ne sais pas, mais au fond de moi, je sais en fait. Donc je sais que je vais être handicapé parce que j'y pense pas une seule fois. Mais je sais qu'il y a eu un truc grave. Je le ressens en moi. Il y a un truc qui me traverse.
- Speaker #1
Tu connais ton corps, tu sais pas ce que c'est, mais il y a un truc que tu connais pas.
- Speaker #2
Parce que t'as pas mal, tu saignes pas, t'as pas de... En fait, il y a rien, mais il y a tout. Il n'y a aucun indice qui pourrait te mettre sur la voie d'eux, mais en fait, tout ton ressenti t'indique qu'en fait, c'est la merde, en fait, là. Tu ne sais pas quoi, mais c'est la merde. Je suis allongé à plat, je ne le sais pas encore, que je suis allongé à plat sur le dos. Très vite, en fait, je tombe là où je suis né, en fait. Tu vois, je vais te mettre ma main là, t'as l'argenté. t'as Hélène Boucher, t'as l'école de l'Argentais, et t'as le quartier du Père-Ouattes. Tout ça, ça tient dans la paume de ma main, mais c'est symbolique, mais symboliquement parlant, tu connais la ville, et c'est vraiment ce que ça représente. C'est un cœur, voilà. Et j'ai habité Hélène Boucher, j'ai côtoyé les deux écoles, j'ai grandi sur les terrains. Il me manquait juste une partie du territoire, du quartier à occuper. Je tombe devant l'école du Père Ouattes avec ma moto et la boucle est bouclée. J'ai rempli toute la carte de manière symbolique. Mais voilà, ça représente toute mon enfance en fait cet endroit, tu vois. Et ces quatre endroits, notre quartier du Père Ouattes, Hélène Boucher, l'Argenté et mes écoles. Et en fait, il m'est arrivé, tous ces endroits m'ont fait vivre des choses. tous ces endroits sont la partie intégrante de ma vie, font ce qui constitue mon histoire d'aujourd'hui. Je sais que je suis sur le dos, mais je ne sais pas que je suis à plat, et j'ai l'impression que j'ai mes jambes qui touchent le ciel. J'ai l'impression que je suis allongé à l'équerre, une position que j'aimais de la vie. Tu fais du gainage, tu vois là, c'est pas logique. Et donc du coup je questionne, parce qu'il y a beaucoup de monde qui est autour, parce que beaucoup de monde me connaît, et il y a plein de gens qui ont assisté à mon accident, plein d'amis à moi, et on me dit non, t'inquiète, t'inquiète, on me répond pas. Et moi je sais, du coup on me répond pas, ça veut dire que tu veux pas me dire. Tu vois, j'ai mes jambes en l'air et tout, t'inquiète, tout va bien. Du coup je pose la question à l'inverse. Vous m'avez bien mis les jambes à plat là. Tu vois comment je tourne. Je n'ai pas un problème. Non, non, t'inquiète, t'es bien allongé sur le sol, t'inquiète pas. Et là, on me dit, t'es bien allongé sur le sol. Alors que moi, j'ai l'impression que je suis... Du coup, là, je me dis, là, il y a une dinguerie. C'est pas possible.
- Speaker #1
Et malgré ça, t'es encore assez lucide pour penser à tout ça. Vraiment, du coup, t'as zéro douleur sur quoi te concentrer.
- Speaker #2
Zéro douleur, j'ai rien. Tu sais même à quoi je pense. J'ai encore la lucidité de dire... à un tel, prends mon téléphone, va dans mon répertoire, le code c'est ça, appelle un tel, c'est ma femme, dis-lui j'ai un accident. Un autre à qui c'était un petit à l'époque, tu vois, et c'est resté, c'est un ami aujourd'hui, tu vois, c'est plus un petit, que je voulais accompagner dans le cursus de formation pour qu'il ait aussi été intéressé par le métier que je faisais, donc je voulais l'accompagner, les écoles. l'intégrer, etc. Et à ce moment-là, je me rappellerai toute ma vie. Je lui ai dit, t'inquiète pas, c'est moi qui lui dis, t'inquiète pas. On a parlé, toi et moi, c'est pas parce que là, j'ai de merde, ça va continuer. Je lui ai dit, je vais te mettre en relation avec un tel, un tel, ton école, tu vas la faire, ton truc, tu vas le faire, t'inquiète pas. En fait, je sais pas comment te dire. Je pense que t'as... Tout ça, c'est un mélange entre... T'as l'adrénaline, t'as le choc, t'as le... Et pourtant, j'ai pas perdu connaissance, je suis pas devenu délirant, tu sais, j'ai pas eu de moments... J'ai pas eu de soucis par rapport à tout ça. Mais en fait, quand il pense, il me dit, mais mec, moi, il me répondait, il me dit, ouais, mais t'inquiète, déjà, soigne-toi, fais ce que t'as à faire et tout. Je lui dis, ouais, mais non, c'est plus important, il faut que t'ailles passer ton... ton diplôme, il faut que tu ailles faire tes trucs, c'est important et tout, et ça je me rappellerai toute ma vie, tu vois, de qui m'a parlé à qui moi j'ai parlé aussi, voilà, je peux te sortir tous les noms si je veux, qui m'a parlé, qui m'a rassuré, qui m'a dit quoi, j'ai les mots j'ai les trucs, bref je pars, l'ambulance arrive vu comment je suis manipulé je sens que c'est de plus en plus grave avec tout le côté médical qui est intégré, je suis hyper inconfortable sur cette espèce de brancard rigide qu'ils te mettent. Ils m'ont mis dans une coque, en fait. Tout bloqué, les minaires, les trucs. En fait, c'est là où je ressens vraiment peut-être la seule fois un peu de douleur. Je suis allongé sur le dos, mais en fait, j'ai un morceau de ma colonne. C'est des carrés, c'est des glaçons, comme des glaçons tout carrés. Le chânière, il est en position de losange. Donc, allongé sur le dos, il te fait mal, en fait. Tu vois ? C'est sur l'angle. Et voilà, j'arrive à l'hôpital. Et en fait, je suis héliporté. J'arrive là-bas. J'arrive là-bas. Toute l'agitation que ça procure. Je comprends que là, c'est dinguerie. On me met sous... Je pense sur morphine, on commence déjà à préparer mon corps à la presse sans me l'annoncer, tout en me rassurant. Et en fait, on m'explique que je vais partir à Bordeaux en hélicoptère et que c'est relativement grave urgent. Et voilà, donc je pars, hôpital pèlerin, hélicoptère, toute ma famille, mes parrains, les rapatriés, ils prennent la route avec ma femme. Et voilà, grosse opération, colonne, mais j'ai aussi 10 côtes de fracturé du même côté, j'ai une épaule de fracturé, j'ai les deux poumons de perforé, donc j'ai des drains à gauche et à droite, avec des liquides, j'ai du liquide dans les poumons. Voilà, c'est une grosse opération, placée dans un coma artificiel pour soulager. et optimiser ma récupération due à cette grosse opération.
- Speaker #1
On entend la famille.
- Speaker #2
J'ai réveillé de la sieste. J'ai eu un pa-pa. Corsava, il n'est pas venu pour me monter dessus. D'arrière, je passe un bon gros mois. Je me réveille du coma. Enfin, on me réveille du coma comme il est artificiel. Et je me réveille, il ne reste plus que mon frère autour de moi. Ma femme, mes parents sont partis prendre l'air. C'était horrible, je pense, l'image qu'ils avaient à côté d'eux. Et donc il reste mon frère et j'entends encore ces mots à mon réveil tu vois. Et puis voilà après un mois de réanimation, donc le service c'est un service compliqué, t'es dans une chambre tout est blanc, tout bip, tout est hyper médicalisé, je suis au tripode donc c'est un service qui est très très lourd dans un dans un hôpital. et donc tu vis au rythme des passages des chirurgiens des infirmiers, infirmières des visites j'ai énormément de visites énormément de soutien physique et à distance c'est un défilé en fait même eux ils sont choqués là-bas à l'hôpital en fait il y a des gens qui viennent ils peuvent même pas me voir tellement qu'il y a du monde C'est un truc de fou en fait. Je reçois une force, une énergie impressionnante et hyper forte à ce moment-là. Et puis après on part sur presque 6 mois, quasiment 5 mois, 5 mois et demi de...
- Speaker #1
Le réveil de la sieste.
- Speaker #2
Le réveil de la sieste. On part sur 5 mois, 5 mois et demi de centre de rééducation, de réadaptation. Je pars à Cambeau. Parce que là, il faut que je réapprenne tout, en fait. Je suis devenu paraplégique. Donc, j'ai plus l'usage de mes jambes. J'ai mis mon ressenti jusqu'au cuisse, bas de cuisse. en dessous c'est plus grossier, j'ai plus l'usage de mes jambes donc je vais plus pouvoir me mettre debout, plus pouvoir marcher, courir etc. Et donc il faut que je retravaille plein de choses parce qu'à mes débuts du coup j'ai plus d'équilibre. Donc même de tenir assis, j'y arrive pas, il faut que j'ai ma main gauche et ma main droite qui me tiennent parce que je tiens pas. Je peux pas me pencher en avant sinon je roule, je peux pas me pencher en arrière sinon je m'allonge. Et donc voilà, ça c'est frustrant parce que cette impuissance que tu ressentais quand tu as vécu l'accident, là tu la ressens partie intégrante, intégrale de ta vie en fait. Tu te dis comment je vais faire en fait.
- Speaker #1
Et là au niveau, on en a parlé la dernière fois, mais tu me disais du coup, comment tu vis ce... toute cette énergie, tout cet amour qui t'est donné, tu dis au début, et comment ça se passe, ça t'apporte plein de choses, et au moment où ça s'étiole un peu, parce que comme tu disais, une fois qu'on en a déjà discuté, chacun doit reprendre aussi le rythme de sa vie, qu'est-ce qui se passe là, est-ce que toi ça te libère, est-ce que aussi des fois le fait d'être tout le temps avec quelqu'un, ça te permet aussi de respirer, de prendre du recul ? Ou ça devient un manque, il y a un déchirement ? Qu'est-ce que tu ressens à ces périodes-là ?
- Speaker #2
Alors, tu vois, au début, t'en as beaucoup, mais tu réalises pas encore trop ton état, ce qui va suivre, etc. Donc c'est bien, t'es content. Mais c'est ce qui te maintient aussi en dehors de la réalité, je pense, à un moment donné, de ta réalité. Et après, à un moment donné... ça devient trop à un moment donné ça te prend trop d'énergie de quoi ? il veut participer aussi au bout d'un moment comme je te dis ça te coûte trop d'énergie parce que toi ce que tu vis déjà en termes de soins en termes de tout ce que tu as à encaisser tout ce que tu as à vivre c'est Au bout d'un moment, c'est trop. Donc il y a des fois, on a dû dire stop. Moi, je n'arrivais pas à le dire. Donc c'est là où mes parents, ma femme ont réussi à mettre une bonne gestion du flux de visite en place. Donc il y avait quasiment un planning qui se mettait. Les gens écrivaient avec ma femme. Aujourd'hui, il y en a un tel, un tel. Donc s'il n'y avait pas plus, voilà, dès qu'on est arrivé à... 5, 6, 7, 8 personnes, je dis une bêtise, sur la journée, on bouquait pas plus, quoi. On bouquait pas plus. Après tu sors de réanimation, tu pars en centre de rééducation, et là ça commence à s'essouffler, chacun reprend sa vie aussi, donc là t'es à 3 semaines, 1 mois d'accident, et les gens ont été présents 1 mois déjà, ils ont pas arrêté, et ils sont toujours, pour la majorité d'entre eux, toujours présents aujourd'hui, mais voilà. Tu arrives au centre de rééducation, on te sort de ton cocon dans lequel tu vivais depuis un mois. Tu fais ton premier trajet en voiture. Du coup, après brancard, tu arrives dans un nouveau endroit. Il va falloir que tu fasses tes nouveaux repères. Et puis, c'est toujours aussi loin de Mont-de-Marsan. C'est toujours à une heure et demie à peu près. Donc, voilà. C'est dur. Après, tu te sens seul. Et en fait, tu te sens entrer dans une réalité. Parce que tu es dans un centre de réadaptation. un centre de rééducation. Donc là, en fait, tu sais que tu viens... Tu n'es plus dans un service où tu es dans un lit et tu attends les soins. Tu es dans un service où il va falloir que tu sois acteur, actif pour toi et au quotidien, en fait. Donc, tu vas te manger. C'est là où tu vas manger la réalité de ton état physique. Et c'est là où tu vas...
- Speaker #1
Tu es obligé d'affronter vraiment la chose.
- Speaker #2
C'est ça. Et tu vas découvrir ton état psychologique à ce moment-là. Moi, le mois en réanimation, au tripod, post-accident, etc., mon état psychologique, je ne le subis pas, en fait. Mais là, je vais commencer à le sentir. Je vais commencer à le sentir et voilà. Donc, je n'ai pas peur de dire, on en a déjà parlé, que... visite il y a toujours mais que là quand tu te retrouves après le soir tout seul dans ta chambre ou des fois à passer quelques jours d'affilée sans avoir de visite quand t'étais habitué pendant un gros mois à voir tout le temps du monde et même si t'avais plus de visite t'étais dans un service où toutes les heures on vient te voir réanimation, on est toujours avec toi t'es jamais seul et ça va, et tu veux ci, et tu veux ça et trucs donc Donc là, quand ça s'arrête, après, je pleurais dans ma chambre, tu vois. Je pleurais. Je pleurais pas tous les jours, mais je pleurais. Parce que tu te manges tout ça d'un coup, en fait. C'est une vague, là. C'est une vague qui arrive avec toute l'émotion, toute la peine, toute la peur de l'avenir. Voilà, t'as plein de questions. qui sont sans réponse et que tu as peur de poser donc qui vont rester longtemps sans réponse tu es seul face à toi-même et la suite je ne sais même pas si je suis seul face à moi-même ou si je suis peut-être à ce moment-là à côté de moi-même et de cette situation je ne sais pas comment te dire quand tu arrives à être seul face à toi-même moi cette image que j'ai l'expression de comment je la représente Merci. D'être face à toi-même, ça veut dire que tu te regardes dans tes yeux, tes responsabilités, tu les prends, tu assumes, tu vois, t'es là, t'es prêt. Moi, je suis pas prêt encore. Donc c'est pour ça que je te dis à côté, je suis peut-être plus à côté, ou peut-être que je regarde de haut ou de bas, mais je suis un peu spectateur et je subis, en fait. Donc là, j'ai pas la prétention de dire que... Je suis capable d'être face à moi-même. Face à moi-même, ça me fait penser à un miroir. Incapable, devant un miroir, de me voir dans cet état. Sur un fauteuil roulant, j'ai maigri, t'es cerné. Entre les opérations, les morphines, les nuits blanches, enfin voilà, t'es pas sous tes plus beaux jours. J'avais quelques stigmates de mon accident. J'avais des... Des écorches sur les mains. Il y avait un traumatisme apparent aussi. Il y avait quelque chose. Après, au centre de rééducation, ça se passe moyennement bien. Je fais des belles rencontres, mais je vis des moments aussi pas cool.
- Speaker #0
Je fais des super rencontres de personnel soignant, d'autres patients, mais je vis aussi des moments pas ouf avec certains membres du personnel. Pas toujours évident. Donc, on chemine, je fais ce que j'ai à faire, je prends ce que j'ai à prendre. Et puis après, les mois passent et on commence à me donner un peu de largesse et de m'autoriser à sortir un peu le week-end. Donc, pas rentrer chez moi, mais je peux sortir le week-end, la journée. Donc, je comprends que je suis dépendant parce que du coup, ok, j'ai l'autorisation de sortie. Mais qui c'est qui vient ce week-end ? Est-ce que quelqu'un vient, du coup ? Ça fait 4 mois que t'es pas sorti, à part dans ton centre, super. Mais t'es content, t'as le droit de sortir, mais qui vient ?
- Speaker #1
Je peux sortir, mais qui peut sortir avec moi ?
- Speaker #0
Et qui vient ? Combien de temps ? On va faire quoi ? On va où ? Moi, je suis pas prêt à aller partout. Vous voulez aller là, mais moi, je veux pas. Et en fait, tu comprends ce que c'est. De suite, tu comprends que ton état, au moment où je le vis, là, Merci. Je suis dépendant. Je suis devenu... Je suis passé de quelqu'un qui cherchait à s'émanciper, sur la fin du premier épisode. Là, je redeviens dépendant, en fait, de tout. Parce que même ça rentrait dans les détails. La dépendance, je l'ai ressentie aussi. Quand t'arrives en centre, c'est des gens qui me lavent, comme à l'hôpital. On me lave. On m'amène aux toilettes, on m'habille. Tu vois, il y a un truc qui tombe, je ne peux pas descendre du lit, il faut sonner, quelqu'un va me le ramasser. Je suis dépendant pour tout, en fait. Et c'est ça.
- Speaker #1
En plus, tu en parlais tout à l'heure, mais tu étais dans une phase ascendante, on va dire, de la vie, de l'épanouissement, etc. Et la chute, elle est de temps, je pense. d'autant plus lourde. Et comment tu arrives à te relever de ça ? Tu parlais tout à l'heure de Dancy dans le foot. Là, tu es un peu dans le même schéma, mais dans ta vie au global. Comment tu arrives à activer la remontée ?
- Speaker #0
La remontée, elle se fait grâce à ma femme, grâce à mes parents, ma famille, mes amis. J'ai tous les gens qui ont de près ou de loin, à un moment donné, ne serait-ce qu'une pensée, un mot, une action, peu importe, de soutien, de compassion, d'amour, d'amitié. Mon entourage global m'a vraiment aidé énormément. Et puis en fait... Comme je le dis souvent quand je parle de cette épreuve-là, dans mon accident, c'est mon choix de faire de la moto ce jour-là. Ce n'est pas mon choix d'avoir l'accident, mais c'est en fait mon choix qui conduit à un accident qui emmène tout le monde dans les conséquences de mon choix. Donc j'ai amené ma femme en premier. Deux mois, même pas admis de mariage, cadeau à mes parents, qui je pense pour eux ça a dû être aussi assez horrible de vivre ça et de voir leur enfant devenir handicapé, tu vois, en fauteuil roulant. Mes amis... Je les embarque aussi, parce qu'ils me soutiennent, ils restent là, ils sont toujours là aujourd'hui. Donc en fait, d'avoir embarqué tout le monde, tu te rends compte qu'à un moment donné, que ça te donne une force, en tout cas moi ça m'a donné une force, et ça m'a donné des responsabilités aussi, dans le sens où à un moment donné, ok, ils ont fait le boulot, pas que je me sens redevable, parce qu'à aucun moment je me suis senti redevable. d'avoir ressenti du soutien, de l'amour, de l'amitié, peu importe. Mais en fait, on parlait de face. pour ma propre face déjà je peux pas mon éducation c'est pas ça ma mentalité c'est pas ça et là il y a un enjeu il y a des gens qui sont là pour moi ils ont sacrifié de leur temps de leur congé de leur énergie de leurs larmes ils ont sacrifié tellement de choses pour moi juste je peux pas plancher
- Speaker #1
T'es obligé de faire face ?
- Speaker #0
Et ouais. Donc là, je fais face. Là, je fais face. C'est un cheminement, petit à petit. C'est pas ça y est, je fais face et tout s'est fait. Mais là, je me dis, bon voilà, il va falloir s'y remettre. Donc, on décide de stopper mon aventure en centre de rééducation. Déjà. Ça va pas. Je sens que je suis au bout. Je commence à, dans ma tête... ressentir plus les effets néfastes que positifs de rester là-bas. La distance fait qu'elle m'éloigne toujours des gens qui me donnent au contraire, eux, cette force, cette positivité, cet élan pour enclencher les choses. Allez, je rentre. Rendez-vous, chef de la clinique, etc. On veut partir. Oui, vous ne pouvez pas, ce n'est pas comme ça. On veut partir. Et pas dans trois semaines, on veut partir. Donc en fait, on accélère tout. On fait des décharges, on nous fait quelques jours sur quelques jours restants, quelques mises en situation pour eux s'assurer que tout est OK. Mais voilà, en fait, à ce moment-là, je suis déterminé. Donc en fait, tout est OK. Tout ce qu'ils essayent de me faire faire, les tests, eux, pour se rassurer et pour aller au bout de leur conscience professionnelle aussi, ce que je comprends. Tout est OK, en fait. Là, je deviens... de suite tout est plus facile en fait.
- Speaker #1
Et puis là c'est décidé, plus rien ne peut t'arrêter mentalement, tu n'es déjà plus là. Exactement.
- Speaker #0
Donc je rentre, je rentre chez mes parents parce que j'habitais au troisième étage, je n'ai pas d'ascenseur. Donc je ne suis jamais reparti chez moi. En fait, mon accident, je ne suis jamais reparti chez moi. Je repars chez mes parents, avec ma femme. juste marié. Donc voilà, pour quelques mois, je poussais deux mois, deux mois, deux mois et demi, peut-être trois mois, le temps de trouver un logement accessible et qui nous convienne. Et donc après, on aménage. On aménage et là, tu te retrouves vraiment face, je ne sais pas si c'est face à moi-même, mais face à mon handicap dans mon quotidien. et dans notre quotidien, du coup, dans le quotidien d'un homme marié. Donc là, t'as encore un moment d'adaptation, encore un moment pas simple à vivre, parce que du coup, je me retrouve des fois seul, mais seul chez moi, ça veut dire que si je fais tomber un truc, ou si moi-même je tombe, j'ai plus le bouton d'alarme, j'appuie, l'infirmière, elle arrive en courant en 30 secondes. qu'est-ce que vous voulez, monsieur Soubier ? Non, mais juste, je voulais une compote, vous n'en avez pas ? Ah, tu veux une compote, tout gros, elle est d'en haut au placard, tu n'as pas pensé à demander de te la descendre avant qu'elle parte au boulot, et bien tu ne manges pas la compote. Donc la frustration, l'impuissance, tu vois, plein de... un peu d'anxiété, tu femines, voilà, tu...
- Speaker #1
C'est une véritable reconstruction, tu en aimes vraiment quelque chose.
- Speaker #0
Et je ne l'ai pas abordé, mais je peux l'aborder aussi maintenant, parce que c'est valable aussi. C'est que durant déjà tout ce processus, on parlait de dents de scie, en termes de... des fois je suis méchant. Des fois je suis dur en fait. Je ne suis pas méchant, mais je suis dur. Je suis dur parce que peut-être que je pense que je m'en veux, peut-être que je pense que le mélange de la peur, de tout, le mélange de tout ça... fait que je me mets dans ma petite carapace là et que je suis dur. Et qu'au final, je suis dur injustement parce qu'au final, tu es dur avec qui ? Avec ceux qui sont là. Parce que tu ne vas pas être dur avec des mecs qui ne sont pas là.
- Speaker #1
Et ceux qui sont restés là.
- Speaker #0
Une fois que tu t'es frotté les pieds sur l'infirmière qui t'horripile depuis 2-3 semaines et là, ça y est, tu as vidé ton sac, tu es content. Sauf qu'après, c'est ta mère, c'est ta femme, c'est ton père ou tes amis. Mais souvent, c'était soit mes parents, soit ma... sur ma femme, tu vois. Et donc là, ça m'a fait repenser, parce qu'il y a des fois, pour rentrer à la maison, j'étais resté quelques heures ou la journée, voilà, seul. Et comme j'étais frustré, soit d'être dépendant, pas pouvoir sortir, d'avoir rencontré une problématique qui, au final, aujourd'hui, elle est insignifiante. Quand tu es à 300% autonome, comme ce que je suis, en fait, à rentrer, je ne la poussais pas, mais je me suis fait chier avec ça. Et si tu avais pensé à ça, tu vois. C'est comme si tu rendais un peu les gens responsables de ton bien-être, de ton confort. Alors qu'en fait, à l'inverse... Mais c'était à toi de t'adapter à tes nouveaux besoins et de dire aux autres avant qu'ils partent « Ah tiens, j'aurais peut-être besoin de ça, est-ce que tu peux le mettre à proximité ? » Et là, ils vont le faire. Mais eux, ils ne peuvent pas connaître les besoins que toi, tu vas rencontrer ou les problématiques tant que tu ne le dis pas. Et moi, en fait, tant que je mets tout ça bien dans l'ordre, je suis injustement pas sympa.
- Speaker #1
Je pense qu'on en a parlé au tout début, mais je pense qu'aussi notre génération, pour revenir un petit peu au... premier épisode, notre génération je me retrouve un peu dans ce que tu dis, dans le fait de peut-être que aussi communiquer notre incapacité ou des fois juste communiquer nos besoins c'est pas forcément des choses qu'on nous a appris ou qu'on a eu avec lesquelles on a grandi et je pense que c'est pour ça que des fois aussi, moi je le prends c'est pour ça que je dis que Je me retrouvais un peu là-dedans aussi. C'est que des fois, vu que tu n'as pas... Tu exprimes de la colère, mais en fait, c'est juste des choses que tu n'as pas appris à exprimer autrement. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Parce que tu aurais pu très bien le dire d'avance, mais tu n'as pas appris étant petit, où on a tellement été dehors, qu'on n'a pas eu ces choses-là. On n'a pas grandi avec ça. Donc en fait, des fois, on garde des trucs pour nous et ça s'envenime.
- Speaker #0
Au contraire, on a même grandi... pour te compléter avec ce sentiment ou avec cette pudeur de ne surtout pas montrer ou parler de nos faiblesses. Tu vois ?
- Speaker #1
C'est dur.
- Speaker #0
Surtout pas. Et tu vois, même aujourd'hui, après tout ce que j'ai vécu, le travail que j'ai pu faire sur moi-même aussi, pour évoluer sur ma manière de communiquer. d'exprimer mes ressentis, mes émotions, mes sentiments, peu importe. Mais en fait, ce n'est pas évident de parler d'une faiblesse, et surtout quand on n'a pas été formaté à ça. Nous, à la maison, et encore aujourd'hui, moi et mes parents, je mange chez mes parents, tu parles de foot, tu parles de tout, mais heureusement que j'ai ma femme. Ma femme, elle est spécialiste, elle envoie des... Tu vois ? Elle jette des graines sur la table, comme ça, là. Ça entend hyper bien avec mes parents, toute ma famille et tout. Donc, elle, c'est des graines. Elle, c'est naturel pour elle. Et c'est elle qui m'a beaucoup aidé, justement, à travailler sur moi-même, sur ces points-là. Et en fait, elle est vachement branchée sur l'humain. Vas-y, exprime-toi, ton émotion. Et alors, toi, qu'est-ce que tu penses, là, du coup ? partage-nous ton ressenti. C'est quoi ? Tu vois ? Nous, c'est des trucs... En 35 ans, avec mon père ou avec ma mère, on n'a jamais parlé de... Alors, tu te sens bien ? Et ta tête ? Et alors ? Et comment t'envisages ? Et machin... Moi, j'ai eu des projets. Mes parents sont toujours à fond derrière moi, encore aujourd'hui, dans les projets que j'ai. Ils ne me posent jamais de questions. Mais ce n'est pas méchant. Et même eux, ce n'est pas méchant de leur part. Ils ne me posent jamais de questions sur... Tiens, cette pudeur de... Alors déjà, je suis quelqu'un de...
- Speaker #1
de très comment dire je pense que tu disais un peu ça je pense que même si tes parents ils te posent la question, tu dis oui ça va ouais voilà tu parles pas des problèmes tu peux être le plus heureux au max comme le plus malheureux jamais tu vas le dire en fait ça existe pas On est à table, on mange et il n'y a pas de problème. On ne parle pas des problèmes. La tête, c'est la même. Au fond de toi, il t'arrive la plus grande galère. Comme tu as eu une journée de fou, à table, avec la famille, il n'y a plus.
- Speaker #0
C'est vrai. Parce qu'au final, ce n'est pas que dans la faiblesse. C'est même la journée de fou, pour rebondir dessus. Même un truc, je te disais tout à l'heure, la satisfaction. Quand j'étais champion des Landes, je faisais de la boxe en même temps. Je me cachais de faire de la boxe parce que j'avais peur que mon père n'accepte pas que je fasse de la boxe. C'était juste des croyances. Si en fait on avait été capables de communiquer, mon père m'aurait sûrement dit, vas-y c'est bien, Ausha, c'est super, je viendrai te voir, tu vois ce que je veux dire ? Mon père il a su que je faisais de la boxe quand je l'ai invité à mon premier combat. Parce que je voulais avoir cette première échéance synonyme du travail et du parcours que j'aurais accompli pour en arriver là, pour lui proposer un projet avec déjà... des ficelles bien engagées et pas juste je vais faire peut-être c'était ma manière de me projeter pour éviter de recevoir le ouais tu veux y aller, tu vas te prendre 2-3 coups dans ta gueule, tu vas arrêter, tu verras bien là c'est en fait je t'enlève l'occasion de me dire ça parce qu'en fait je t'invite pas à payer ma licence, je t'invite à venir à Montmartre 100 il y a mon premier combat et tu vas m'encourager tu vois Ça veut dire que lui, il va se faire le schéma tout seul, de se dire, putain, ça veut dire que ça fait déjà quelques mois, il s'entraîne, ici, ça. Et on est dans ce côté un peu, tu sais, vachement rustre de l'homme, tu vois, où il faut montrer qu'on n'a pas le... Pour la boxe, mais montrer qu'il y a quelque chose, et pas juste on parle, en fait. Allez, viens, viens, regarde. Viens, assieds-toi et regarde.
- Speaker #1
On parlait de la communication et c'est exactement la même chose. On est dans le côté, tu as été éduqué par des gens qui ont été éduqués par des gens encore plus durs. Et nous, on est peut-être la transition en fait vers les émotions, on va dire, et la communication. Et on est peut-être la dernière génération à avoir eu ce truc de t'es un homme, tu pleures pas, tu te plains pas, t'es vraiment la caricature. C'est ça. Donc, ouais, quand tu rencontres des gens qui te poussent à communiquer ou qui te mettent face à tes problèmes, entre guillemets, de communication, des fois, ouais, t'es méchant un peu sans... C'est pas pour blesser, mais c'est ta façon d'exprimer la communication que t'as pas réussi à faire ou l'ouverture que t'as pas réussi à avoir avant.
- Speaker #0
C'est exactement ça. Donc, du coup, voilà, pour en revenir... Pour en revenir au sujet, ça prend du temps mais il me manque quelque chose. On va faire une énième transition. Ok, je suis rentré à la maison, j'ai plus ce cadre que je n'aimais pas, mais il me manque un truc. Au final, dans ma vie, toujours, c'est le sport. Et en fait, je mets du temps avant de me remettre. Alors de me remettre en sport. Et parce que je ne me vois pas faire du sport en fauteuil, parce que je ne me vois pas rentrer dans une case où je vais faire du sport qu'avec des gens porteurs de handicap, et que je ne vois pas d'autres issues, je ne me vois pas proposer d'autres issues que celle-ci pour l'instant. Donc du coup, je m'enferme dans un, mais je ne fais pas de sport. Et que tu as aussi le regard des gens qui vient et qui est difficile. Sur les premiers week-ends où je sors et après quand je rentre chez moi, tu as du mal avec le regard. Tu n'arrives pas au début à faire la distinction entre un regard malveillant, un regard de compassion, un regard de curiosité. Du coup, tu te sens un peu... observé uniquement comme une bête de foie, une bête de cirque. Donc ce n'est pas agréable. Je reste loin de tous ces endroits où il y a beaucoup de monde. Je reste loin du sport et je reste loin de l'argenté aussi. Pendant un moment, je ne repars plus, même voir un match, parce que je n'ai pas envie. Si j'ai envie d'y aller, mon frère y joue encore. C'est ma vie quand même. Grosse part de ma vie. Mais y aller et croiser tout le monde qui me connaît depuis tout petit, c'est répéter à chaque poignée de main ou chaque bise donnée, répéter les mêmes choses et répondre aux mêmes questions qu'on m'a posées. Par bienveillance, certes. Mais en fait, si je vais deux heures de temps dans une entre-sèche sportive pour regarder un match, tous les gens que je vais croiser... je n'ai pas assez de mes deux mains pour compter le nombre de fois qu'on va me poser la même question, aborder le même sujet, comme moi, il va falloir que je répète la même chose.
- Speaker #1
Et l'impact mental, psychologique, énergie...
- Speaker #0
En fait, t'es au fond du seau, tu rentres chez toi, tu te dis plus jamais, en fait. Donc en fait, j'ai pas envie de vivre ça, donc je sais que je l'ai vécu à plus petite dose, donc je sais que ça va se passer comme ça, donc en voulant m'épargner ce côté-là, je m'éloigne, en fait. Je me tiens, en tout cas, à éloigner de... de mes repères, c'est mes repères au final tu vois, et c'est peut-être là ou s'il y avait quelque chose à refaire que je changerais je changerais peut-être ma manière de faire parce que en fait quand je vois une fois le pas franchi, le pas de fait, ce que ça apporte l'énergie que ça donne au final je pense que ça valait le coup d'aller se d'aller se fatiguer plusieurs fois, histoire de remettre de refaire partie, réintégrer le paysage. Après, ça allait se calmer. Mais je pense que j'aurais peut-être cheminé plus rapidement sur la reprise d'un sport, sur ma vision, la vision, ma manière de me projeter par le sport, par le football aussi, pour les futures étapes. Mais je ne regrette en aucun cas, en tous les cas,
- Speaker #1
le parcours. pour rebondir sur ce que tu viens de dire, je pense que c'est aussi une partie du process. Tu parlais de process tout à l'heure. C'est une partie de l'acceptation. Je pense que tant que tu n'es pas passé par ce truc de « je ne l'accepte pas, donc je ne sors pas » , et dans tous les cas, tant que tu ne sors pas, en fait, ça ne passera jamais.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Mais il faut être en capacité de l'accepter, de pouvoir se projeter et de se dire ça. Et après, les fois où tu le fais, tu te dis, en fait, d'en parler. Est-ce que j'étais prêt à en parler ? Et en fait, quand tu étais prêt à en parler, tu te rends compte que j'aurais dû le faire avant. Mais est-ce que j'étais prêt à le faire avant ? Mais par contre, tout le bien que ça m'a fait en retour, en fait, toute la frustration, tout ce truc-là qui s'échappe quand t'en parles, tu te dis, mais en fait, je me suis privé d'en parler pendant si longtemps et ça me fait du bien. Donc, est-ce que t'étais prêt ? On ne sait pas. Prêt ?
- Speaker #0
Non, je me connais. je peux mettre du temps à être prêt mais quand je suis prêt à quelque chose j'y fonce et en fait qu'on me dise oui sur le chemin ou non si j'ai décidé j'y vais j'obtiens, je fais je pense que au fond de moi quand je te dis si c'était à refaire on choisit pas vraiment on est guidé par notre état du moment on a l'impression de choisir mais on est guidé par notre état émotionnel psychologique par les influences qu'on peut avoir des gens qui nous entourent. En fait, on n'a pas vraiment le contrôle total, et même aujourd'hui. On est tous sous influence de quelque chose, on est guidés au quotidien par notre état du moment. Tu te lèves du mauvais pied, mais ta journée, bizarrement, n'est pas pareille quand tu te lèves du bon. Donc c'est bien une réalité. Après, ce cheminement a pris du temps, mais encore une fois, c'était une réponse que je t'ai donnée tout à l'heure. Là, c'est grâce à mes amis, notamment. J'ai réussi à réintégrer le milieu du sport. Je n'aurais jamais parié que ça aurait été celui-ci, celui que je vais te parler. Mais voilà, j'ai des amis qui ne m'ont jamais lâché. qui pratiquent d'autres sports, pour certains, d'autres disciplines. Et en fait, un beau jour, on vient me proposer, on vient me raconter, j'ai vu des personnes handicapées, elles sont sur une jouelette, il y a des coureurs autour, il faut participer à des courses, des 10 kilomètres, des semi-marathons, des machins. Je suis comme, putain, d'accord, mais moi je ne veux pas ça. Toujours pareil, je n'ai pas envie de m'exposer, de me montrer. déjà que je n'ai pas envie de me montrer à hauteur d'homme là tu vas me mettre sur une jouellette une jouellette c'est une espèce de gros chariot adapté à la partie du sport donc tu es bien en hauteur, tu es à la Jules César avec des mecs qui courent à 15 kmh autour de toi et qui se tirent la bourre pour porter ta cause porter ton corps et se dépasser à même temps tu vois mais moi je ne dis jamais de la vie et tout et puis en fait ça insiste à même temps ça chemine, ma femme mes parents Il y a des petites piqûres de rappel, des fois on ne pense pas, mais il n'y a rien qui est anodin. Et puis petit à petit, je fais des rencontres de fil en aiguille. Je me renseigne et je suis mis en relation avec une personne qui fabrique des jouellettes. Lui c'est des BioLib qui fabrique parce que c'est un projet qui a été lancé, qui l'a lancé pour construire justement cet équipement adapté à la pathologie de deux sœurs qui sont des Landes comme moi, qui ont l'association La Routourne. Donc, myolib, parce que je crois que le nom de la maladie, c'est myopathie, si je ne dis pas de bêtises. Enfin, voilà.
- Speaker #1
Je pense que là, on est dans la bonne transition.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Finir ce deuxième épisode, parce que comme on a parlé de cycles, on était dans la pleine ascension à la fin du premier épisode.
- Speaker #0
On va encore.
- Speaker #1
le dernier levier avant d'enclencher le dernier levier je pense que là,
- Speaker #0
dire que tu vas repartir dans le sport après tous les tumultes dont on a parlé déjà je pense que c'est la transition avant d'enchaîner on est à peu près à plus de 3 ans de l'accident 2 ans et demi, 3 ans en ce moment
- Speaker #1
2 ans et demi, 3 ans de tout processer le retour à la rééducation maison ça se raconte en quelques minutes mais c'est pour ça que
- Speaker #0
c'est vrai que sur certains je m'éloigne ou je suis séparé de tout sport pendant ces deux ans et demi presque trois ans et donc je pense que là le rebond,
- Speaker #1
on en a parlé tout à l'heure on connait un peu les loose-leaks qu'il y a autour de toi le rebond sera aussi fort que il va être qui a été intense et donc on verra ça dans un autre épisode merci à tous pour avoir écouté ce deuxième épisode merci Mathieu de t'être livré sur ces étapes de ta vie qui doivent être franchement moi j'ai beaucoup de respect pour toi, pour ton histoire c'est pour ça que je voulais absolument qu'on discute ensemble et je trouve que c'est hyper important Faire connaître des histoires comme ça et pour les jeunes, pour les moins jeunes et voilà, ça permet d'avoir une ouverture d'esprit, de pouvoir aussi se regarder, de découvrir des parcours de vie et je pense que la suite, le prochain ou les prochains épisodes montreront encore plus ces parcours de vie et comment on peut rebondir, peu importe ce qui peut nous arriver, voilà. Tant qu'on a de l'envie de... de l'énergie, qu'on est bien entouré on peut faire des choses incroyables donc je pense que c'est un bon moment pour couper ce deuxième épisode et pour attendre le troisième épisode où on va parler de ton rebond dans le monde du sport entouré de tout ton environnement familial ta femme, ta famille et les amis merci Mathieu pour cet épisode merci encore une fois à tous n'hésitez pas à nous dire si vous voulez écouter le troisième épisode si vous avez des questions on parlera de plein de projets le projet sportif aussi une association et un rôle aussi dans le foot on lâche pas le foot malgré tout on est piqué donc ça c'est depuis tout petit, donc merci à tous et on se retrouve très vite pour un troisième épisode