- Speaker #0
Et si l'automobile n'était pas seulement un moyen de transport, mais le plus beau des prétextes pour faire voyager l'artisanat d'art d'exception ? Antoine Tauvel est un inventeur de monde. Pour lui, le design est d'abord une histoire que l'on raconte. Avant de donner vie à un objet, il passe des heures à dessiner, à chercher des lignes et à sculpter des maquettes. Son secret ? Réunir des univers qui n'ont rien à voir. Sous ses yeux, l'Antiquité dialogue avec l'aérospatiale et le minimalisme rencontre les matières les plus brutes. Antoine n'impense pas une forme, il cherche un équilibre délicat. C'est sa sensibilité personnelle qui unifie tout cela, avec un but unique, rallumer notre capacité à nous émerveiller. Avec Astromobile, il a signé un manifeste artistique total. Il a imaginé une voiture transparente qui ne se contente pas de rouler, mais qui fait vibrer tous nos sens à travers la musique, la danse et même un parfum d'étoile. Tel un chef d'orchestre, il a guidé une dizaine d'artisans d'art. Sa mission ? Maintenir le cap d'une exigence absolue, tout en laissant à chacun la liberté d'exprimer son génie. Bonjour, je suis Cécile Tauvel, cofondatrice de Maison Lacmé, et vous écoutez Pop'In. Bienvenue dans notre série spéciale Astromobile, où les matières s'éveillent et le voyage commence. Alors Antoine, je me rappelle précisément le moment où nous avons découvert cette carrosserie transparente et l'excitation qui nous a traversé. Mais pour nos auditeurs, est-ce que tu pourrais raconter ce qui s'est passé dans ta tête à cet instant précis ? Comment cette vision technique est-elle devenue pour toi le point de départ d'Astromobile ?
- Speaker #1
Ça a été une vraie révélation. On cherchait depuis quelques mois une œuvre pouvant servir de manifeste à Maison-Lac-Mais pour montrer de manière un peu grandiose, un peu comme un chef-d'œuvre de compagnonnage ou un manifeste de démarrage d'un mouvement artistique, une œuvre qui pourrait marquer, attirer le regard et interpeller. Et ça a été une révélation, car j'y ai tout de suite vu un véhicule lunaire. ou la voiture du petit prince. Et le fait de voir la structure de la voiture à travers la carrosserie transparente m'a évoqué aussi des pavillons d'architecture, comme j'aime bien à la Serpentine Gallery à Londres, et aussi ce projet de cabinet de curiosité qui m'habitait. Je voulais vraiment faire un meuble à secret. C'était ce qui m'inspirait le plus dans l'histoire des arts décoratifs, avec les meubles à secret de la Renaissance et que j'ai pu découvrir au fur et à mesure de nos voyages. Et je voulais une œuvre un peu magique, avec vous. plein de recoins cachés, de jeux, de mystères à découvrir et ça s'y prêtait parfaitement. Et quand je me suis retrouvé face à cette carrosserie, je me suis dit que c'était vraiment le point de départ de Maison Lac-Mé. Ça m'a mis en mouvement et les idées ont fusé.
- Speaker #0
Alors, dans notre quotidien avec Maison Lac-Mé, nous sommes entourés de livres, d'objets, de photos, de textes, de croquis où se met l'antiquité, le minimalisme, l'artépovéra et l'aérop spatial. Alors toi qui navigues en permanence dans ces grands écarts culturels, comment as-tu réussi à faire cohabiter toutes ces influences au sein d'une seule et même œuvre ?
- Speaker #1
En fait, il y a un fil rouge qui se détache de toutes ces influences, que ce soit l'artépovéra, mon amour pour le Japon, l'antiquité ou l'art déco. Il y a un rapport à la matière qui est très fort, un rapport aussi à la simplicité. et ce que Jean-Michel Franck appelait le luxe pauvre. C'est vraiment ce rapport à l'esthétisme, au sensuel, dans la matière et dans la lumière et dans les objets, mais avec une épure en même temps. Et c'est ce qui m'habite finalement. Toutes ces inspirations se sont retrouvées unifiées par les associations d'idées que j'ai faites de l'une à l'autre et par ma sensibilité personnelle qu'en fait j'ai découvert. grâce à Astromobile que j'ai vraiment affiné, en échangeant avec les différents artisans, ceux que j'ai sélectionnés, je me suis rendu compte que c'était une maïotique. J'avais vraiment découvert, en faisant avec eux, en imaginant les œuvres, les prototypes, les sculptures, les dessins, puis en les faisant réaliser par des personnes différentes, il y a une unité de style qui se dégageait malgré tout, grâce à la vision que j'avais transmise. Mon propre style s'est révélé à moi, à mon insu. Et finalement, c'est à la fois... simple et épuré, mais il est beaucoup plus organique que ce que j'imaginais. Et c'est un peu comme une forme d'étrangeté. C'était présent en moi, mais ça me semble aussi étrange de le voir révélé.
- Speaker #0
Nous avons beaucoup discuté ensemble de notre volonté de réenchanté le quotidien à travers nos projets. En quoi, selon toi, Astromobile est-elle la réponse parfaite à cette quête d'émerveillement que nous essayons de transmettre ?
- Speaker #1
La voiture, pour moi, est un symbole de la liberté, du progrès humain, du progrès technique. Et on est enfermés dans un débat en ce moment sur la mobilité douce, l'électrique, la fin du thermique, la pollution, etc. Ce sont des sujets très importants, mais ça en vient à masquer la part de rêve et de liberté que représente le déplacement, la découverte, le voyage, ce qui nous habite vraiment en tant qu'humains, la curiosité. Et c'était un peu ce que je voulais montrer en transformant une voiture et les objets qui la composent, aussi bien les enjoliveurs que le pommeau de levée de vitesse, le volant, le logo de la voiture. C'était retrouver cette magie dans des objets qu'on voit tous les jours, mais qu'on ne finit par plus voir, voire uniquement d'un point de vue technique ou pratique. Et c'était ça qui m'habitait. Du coup, j'ai pu jouer aussi avec le détournement et la modularité des objets. Par exemple, en imaginant une lampe à part des enjoliveurs en pierre ou le logo qui se transforme en broche. C'est une invitation à ralentir le regard, à toucher les objets, à jouer avec pour en faire d'autres choses, pour voir que finalement une forme peut appeler à plusieurs usages, même des usages qu'on n'avait pas imaginés à l'origine. Que la matière, quand elle est modifiée par rapport à l'objet d'origine, peut guider un nouvel usage aussi, une nouvelle perception et réenchante aussi l'objet. par le contact, par l'odeur, par la sensibilité qu'elle produit.
- Speaker #0
Je connais ton exigence absolue sur les couleurs et les textures et le soin que tu as mis à dessiner chaque prototype sculptural. Comment as-tu pensé l'équilibre visuel d'Astromobile pour que des matières aussi puissantes que la plume bleue outre-mer, que l'or ou l'onyx blanc ne s'étouffent pas entre elles ?
- Speaker #1
Ce que je souhaitais, c'est qu'il y ait plusieurs niveaux de lecture sur la distance visuelle, que de loin, il y ait déjà la surprise de voir une voiture transparente, de distinguer la structure dorée, mais qu'elle ne soit pas trop présente visuellement pour que ce soit vraiment élégant et subtil, qu'on distingue de loin des enjoliveurs clairs, un intérieur clair, mais pas de différence importante entre les teintes. et c'est en s'approchant du véhicule qu'on constate que finalement les enjoliveurs sont en pierre, que le volant est en bois, on aperçoit quelque chose sur le haut de la sellerie, mais on ne sait pas encore vraiment que ce sont des coquillages, on reste dans des nuances qui sont très agréables, et c'est vraiment quand on est collé à la voiture que là on découvre toute une variété très subtile de tons, mais qui reste dans une gamme chromatique assez identique, et c'est le fait de monter dans la voiture en tant que conducteur pour démarrer le voyage, qui fait découvrir la seule touche de couleur de la voiture véritable, très puissante, avec le bleu outre-mer des plumes, qui devient cette porte sur la rêverie, sur l'horlogerie, sur l'espace-temps, le compteur de vitesse. C'est un peu comme si l'ensemble avait été pensé pour ne pas étouffer le compteur, et en même temps le fait que le compteur ne se découvre. qu'en s'asseyant ou en étant très près de la voiture ne viennent pas étouffer le reste. Et c'était à la fois pour avoir cette harmonie et cette subtilité entre les nuances.
- Speaker #0
Pour ce projet, tu as endossé le rôle de chef d'orchestre auprès d'une dizaine d'artisans d'art. Je t'ai vu donc transmettre ta vision avec passion, mais aussi beaucoup d'écoute. Comment as-tu géré ce dialogue délicat pour que chaque artisan puisse exprimer son propre langage tout en restant fidèle à tes intentions initiales ?
- Speaker #1
Alors ça, ce n'était pas facile. parce qu'il fallait transmettre sur une vision artistique, une direction artistique très précise, avec un fil conducteur. J'avais fait des ébauches, des sculptures, des prototypes préparatoires, avec une vision très précise, pour avoir cette unité, au-delà de la nuance, mais une unité aussi dans la pureté des formes, dans le style aussi qui se dessinait. Après, avec ces prototypes et ces dessins, j'arrivais à la rencontre des artisans qu'on avait sélectionnés. qui eux-mêmes ont leur propre style et leurs propres contraintes techniques spécifiques à chacun de leur métier. Et comme l'idée était vraiment de respecter le savoir-faire et le langage avec la matière que eux pratiquent tous les jours, que moi j'aimais, mais que je n'utilisais pas au quotidien, dont je ne connaissais pas forcément les limites techniques ou les potentialités, il y a eu cet échange pour raffiner les dessins, les prototypes, les sculptures, et amener une part de leur monde dans le mien, tout en gardant cette unité. Donc c'était très important de transmettre une vision très précise, qu'ils aient un fil rouge vraiment très clair en termes de couleurs, en termes de matière, en termes de lumière, en termes de forme. pour qu'à la fin il y ait cette harmonie, que finalement chacun puisse exprimer son métier, sa passion et sa vision, tout en restant dans le cadre de mes dessins et de mes prototypes. Donc c'était vraiment ça qui était passionnant, et finalement ça a été assez fluide, parce que c'était aussi une rencontre humaine, et c'était une belle aventure avec chacun, et il y a eu un tel engouement sur le projet de décentrer l'artisanat d'art de son milieu habituel en l'amenant sur un objet atypique, que ça a été assez naturel, donc après il y avait des... petites aventures techniques, mais on en reparlera peut-être.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on ne va pas se mentir Antoine, mener à bien un projet d'une telle complexité matérielle et juridique n'a pas été un long fleuve tranquille. Si tu devais regarder en arrière, quel a été le moment où la matière ou la technique t'a opposé la plus grande résistance ?
- Speaker #1
C'est vraiment sur deux objets, finalement, la clé en lac et les enjoliveurs. Parce qu'en fait, c'est facile d'imaginer des pièces, de jouer avec les matières, avec les couleurs. Ça me semble assez fluide avec les associations d'idées et puis les inspirations qu'on peut avoir au quotidien. Quand il faut arriver dans le pratique et faire sortir un artisan de sa pratique habituelle pour lui faire imaginer des pièces qu'il ne réalise pas du tout, je pense aux enjoliveurs avec Hervé Obligy. En fait, il y a des contraintes techniques sur des enjoliveurs en termes de résistance, en termes d'épaisseur, en termes de contraintes, de serrage. Quand on passe de l'idée de partir d'une plaque d'onyx avec déjà des critères précis en termes de transparence, de couleur, de veinage, et qu'on arrive dans la partie technique de la découpe et de l'installation sur les anges oliveurs, là on n'est plus dans la même problématique et ça produit de la casse sur les anges oliveurs qui ont été essayés au début. du côté d'Hervé Obligy, et puis après, un temps qui peut s'allonger sur la réalisation, un doute sur la faisabilité technique, en même temps c'était une pièce très importante. Et pareil pour la clé en lac, la forme que j'ai dessinée et sculptée n'était pas idéale pour être tournée, ce sont les pratiques habituelles d'Alexandre Duboc, et donc il a fallu légèrement ajuster la forme tout en gardant son esprit au maximum et l'intention initiale, avec juste quelques petits changements sur les traits et sur l'organisation. pour réussir à en faire un objet qui pouvait être laqué, qui pouvait être utilisé, qui gardait totalement l'esprit du dessin et de la sculpture initiale, tout en permettant aussi à Alexandre d'exprimer ce qu'il voulait exprimer sur le visage, l'esprit, le choix de la laque qu'on a fait ensemble, jusqu'au dernier trait de pinceau doré qu'il a réalisé pendant que je tenais la clé en la faisant pivoter au bon rythme pour que ça fonctionne bien. Donc c'était une réalisation à 4 ans, c'était très touchant. Et donc c'est finalement des difficultés, mais selon ce qu'ils m'ont dit, ça a permis aussi d'enrichir leurs pratiques et leurs visions et de sortir un peu du quotidien habituel. Et de mon côté, ça m'a permis d'apprendre beaucoup pour les prochains projets en voyant ce qu'il fallait que j'amène dans les idées, tout en laissant une part de blanc et de flexibilité pour la création aussi de l'artisan. avec qui je travaille sur chaque projet, chaque objet, pour vraiment avoir cette rencontre et que du dialogue naisse l'œuvre finale.
- Speaker #0
C'était très intéressant d'ailleurs de faire les interviews de chaque artisan d'art, parce que du coup, on a aussi leurs impressions sur ces questions-là. Astromobile fait l'éloge de la rencontre collective et c'est une valeur fondamentale pour Maison Lac-Mé. Qu'est-ce que cette aventure humaine, au-delà de l'objet physique ? a changé dans ta manière d'envisager notre travail créatif à l'avenir ?
- Speaker #1
Déjà, c'est une fierté d'avoir réussi à engager un collectif autour du projet Astromobile. Que les artisans, dont beaucoup sont très renommés, ont cru au projet dès le début. Alors, au début, certains m'ont dit que c'est parce qu'ils trouvaient ça drôle ou parce que ça les changeait de leur quotidien. Et puis, à la fin, ils ont trouvé ça sérieux et puis ils ont fini par trouver ça beau. Et donc, eux-mêmes sont fiers. d'avoir participé au projet. C'est beaucoup d'artisans qui soit se connaissaient déjà entre eux, soit avaient entendu parler les uns des autres. Chacun était un peu gêné, se sentait un peu dans une posture... d'imposteur par rapport à la réputation des autres, qui avait un peu cette exigence individuelle sur le travail de chacun par rapport à ce que pourraient penser les autres artisans, qui étaient aussi motrices, et cette fierté de participer aussi bien avec un plumassier, avec un lapidaire, un lacqueur, et d'avoir un peu cette vitrine de l'artisanat français. On en parle comme une sculpture, comme un camion de curiosité mobile, mais on en parle aussi comme une vitrine roulante et l'étoile itinérante de l'artisanat d'art français. Et cette envie de valoriser l'artisanat, c'est ce qui nous habitait aussi, cette envie de valoriser les savoir-faire, les gestes, la passion, la transmission des savoirs, et d'avoir vraiment cette continuité historique avec tout ce qui a fait les arts décoratifs et les arts français. Je me suis passé avant-hier devant une vitrine à Paris avec des objets sur un antiquaire, et il y avait des petites sculptures de compagnonnage, des chefs-d'oeuvre de compagnons, et ça me rappelait quand j'avais visité le musée du Pays. du compagnonnage. Et ça m'avait vraiment marqué quand j'étais petit de voir les chefs-d'oeuvre du compagnonnage. Et c'est comme ça que je vois l'artisanat, cette envie de se dépasser, de faire des objets qui parfois sont minuscules et révèlent une richesse incroyable et font presque naître des mondes à part entière. Et c'était un peu ça avec Astromobile, c'était rendre tout ce que j'avais reçu en termes de... d'amour, de passion pour le beau, de beauté transmise par les artisans et d'essayer de faire un petit chef-d'œuvre, un petit camion de curiosité qui regroupait tout ce que j'aimais en y mettant ma sensibilité, ma passion et mon amour.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, on a voulu vraiment concevoir Astromobile comme une expérience totale puisqu'elle ne se limite pas à la carrosserie. Il y a de la musique dans les matières, la bâche texturée Orion qui devient une pergola nomade. Il y a même de la danse et d'un parfum que tu as développé sur l'odeur des étoiles. Alors pourquoi cette approche pluridisciplinaire est-elle essentielle à tes yeux ?
- Speaker #1
Alors c'est essentiel à mes yeux. Tu avais accroché une phrase de Pierre Soulages dans le bureau. Et la phrase disait « c'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche » . Je cherchais vraiment ma place. avec mes études, avec mon parcours professionnel. Je ne suis pas honteux de dire que c'est seulement à 40 ans bientôt que j'ai trouvé ce que j'aimais faire dans la vie. En observant ce que je faisais, j'ai pu trouver ce que je cherchais. Ça a été un peu une révélation, parce que finalement, je ne suis pas artiste, je ne suis pas designer. Je ne suis pas fait d'école de design, je ne suis pas fait des beaux-arts. Je n'ai pas de talent particulier pour le dessin ou pour la sculpture. Je ne serai jamais Rodin ou Caravage en peinture. Ce que j'aime, c'est raconter des histoires et concevoir des objets, des mondes poétiques et oniriques. Et j'espère que c'est ce que j'ai réussi à faire sur la voiture, sur Astromobile. Et pour moi, créer un monde et un univers, raconter une histoire, il faut que les cinq sens soient éveillés. Et du coup, il y a les lanières en cuir qui ont l'odeur si particulière du cuir de Russie. Les matières sont pensées pour être touchées. L'onyx, la sellerie aussi, avec ce tissu effet tweed. les coquillages qu'on peut regarder, admirer. Donc il y a ce rapport au visuel, il y a le toucher, l'odorat que j'ai cité. Et pour moi, c'est un peu une expérience globale. Et si on arrive à avoir l'ensemble des sens qui sont éveillés, ça permet aussi de se plonger plus facilement dans l'histoire qui est racontée. J'ai eu la chance aussi, dans le cadre de la soirée, d'imaginer une sculpture en chocolat avec un gâteau. Donc je garde un peu une part de mystère pour l'événement. mais cela permettra de convoquer aussi le goût qui n'est pas présent dans la voiture, même si l'odorat et le goût sont tellement proches que finalement une senteur déclenche aussi une impression gustative. Donc il y a déjà la vue bien sûr qui est convoquée sur la voiture, le toucher que j'évoquais sur les matières, et il y aura aussi Louis qui sera convié à la soirée, puisqu'il y a une musique qui a été choisie pour Astromobile sur laquelle une chorégraphie a été imaginée. J'ai imaginé une chorégraphie proche d'un rituel, d'un jeu sur les quatre éléments, la terre, l'eau, le feu, le vent, avec quatre danseurs, deux hommes, deux femmes, une danse contemporaine, mais avec quand même une part de danse classique aussi, dans le choix des mouvements et des pas. Et ça permettra vraiment d'avoir une expérience globale. C'était important aussi qu'il y ait ce rapport au corps, et le fait que la danse soit introduite, ça permet de voir des corps. en mouvement autour de l'œuvre et donc d'avoir une perception spatiale différente de celle-ci. Et ça, c'était aussi important pour moi, parce que mon rêve, ce serait un jour de réaliser aussi des petites œuvres architecturales, comme les pavillons de la serpentine grecque que j'évoquais tout à l'heure. Et la voiture a aussi permis d'avoir ce rapport à l'espace, et donc déjà une petite forme d'architecture, et d'avoir ce rapport au corps, et en même temps, ce rapport au jeu et au mouvement et au mystère, avec les petites pièces qui peuvent se transformer en autres objets un peu oniriques. Donc avec ce camion de curiosité et en même temps cet intérieur, un peu comme si c'était un intérieur d'un salon qui avait été imaginé, donc de l'architecture d'intérieur. Donc c'est vraiment une œuvre de synthèse qui permet de réunir tous les univers que j'aime en un seul. Et ce que je voulais aussi ajouter, c'est que finalement, dans le fait de solliciter les cinq sens, après on peut raconter l'histoire. Et c'est l'histoire qui met en mouvement l'imaginaire et l'objet. Pour moi c'est très important qu'une œuvre d'art... soient racontées, qu'elles vivent par la parole. Si c'est juste de la contemplation, juste du beau, juste de l'esthétique, pour moi c'est mort, en fait, c'est pauvre, il manque quelque chose. Et même dans un musée, quand il y a des médiateurs, médiatrices, qu'il y a un échange avec l'artiste ou avec une personne passionnée, un commissaire d'exposition, c'est cette rencontre humaine, ce partage du regard, cette histoire sur l'œuvre, sans forcément totalement la décrypter par le langage, mais aussi en montrant. que le langage ne permet pas de tout dire ou qu'on peut en dire des choses différentes à chaque fois. C'est ce rapport qui nourrit l'œuvre. Et même en tant qu'artiste, le fait de voir ce que disent les spectateurs sur l'œuvre, de voir ce que ça leur évoque, ce qu'ils imaginent, quelle rêverie ça produit, ça vient nourrir aussi sa propre vision sur l'œuvre et ça permet de voir des choses qu'on n'avait pas imaginées ou alors qu'on avait en soi, qu'on avait exprimées, qu'on n'arrivait pas à verbaliser. Et c'est vraiment ça qui me passionne le plus.
- Speaker #0
En septembre 2026, nous allons enfin dévoiler la voiture dans la cour de l'intendant de l'Hôtel de la Marine pour la Paris Design Week. Alors toi qui es passionné par l'histoire du mobilier français, qu'est-ce que ça te fait de voir notre création dialoguer avec cet ancien garde-meuble de la couronne ?
- Speaker #1
Alors c'est assez imprévu. Je suis très honoré, très fier de pouvoir exposer dans la cour de l'intendant à l'Hôtel de la Marine. C'était vraiment le lieu qui me faisait le plus rêver. dans tous les lieux que je pouvais imaginer sur Terre. Je suis très heureux. En plus, l'équipe de l'Hôtel de la Marine est vraiment extraordinaire. Je pense à Bruno et à Stryl notamment. Et puis, on a la chance avec Pierre Gendron aussi de la Paris Design Week et toutes ces équipes d'avoir un accueil qui est formidable pour une première exposition de cette envergure. C'est vraiment une aide précieuse parce que tout est impressionnant. En fait, tout est nouveau. les relations avec la presse, le fait de s'exposer devant tant de personnes, d'avoir une logistique qui peut être complexe sur le podium et l'accessibilité, toutes les exigences juridiques. Il y a vraiment beaucoup d'enjeux, beaucoup de choses à apprendre. Et l'hôtel de la Marine, c'est un lieu que j'adore. Pour moi, avec la Bourse de Commerce, la Fondation Pinault, ce sont les deux lieux où je me sens le mieux à Paris. Et l'hôtel de la Marine, avec son histoire de garde-meuble royale, Pour moi, c'était vraiment l'écrin parfait pour Astronobile, puisque comme l'idée est de mettre en avant les savoir-faire historiques français et de les faire un peu sortir, ce qu'ils font déjà souvent, mais d'une autre manière, de les faire sortir du quotidien et de ce qu'on en attend en les transférant sur des objets un peu atypiques, dans d'autres usages, dans d'autres couleurs, dans d'autres nuances, et avec cette notion de jeu sur les objets que j'évoquais, c'était aussi une manière de prolonger le dialogue avec le patrimoine. l'amour pour l'innovation, les métiers d'art, de prolonger modestement l'histoire des arts décoratifs et de la relation avec l'artisanat, et d'avoir à la fois cet écho du passé, donc on retrouve la référence par exemple au Grand siècle et à Louis XIV sur le compteur avec le soleil, il y a des références à l'histoire de la mode française au niveau du choix du tissu, il y a des références au grotesque dans l'architecture avec les coquillages, Il y a toutes ces références un peu cachées, un peu subtiles, qui se racontent sur chaque pièce. Et c'était vraiment cette envie, comme je le disais tout à l'heure, de rendre l'histoire d'amour que j'avais reçue. Toutes ces personnes passionnées qui ont traversé les siècles, qui ont aimé dialoguer avec la matière, imaginer des œuvres incroyables dans tous les champs de la création, et pouvoir imaginer quelque chose de mon côté en y mettant ma sensibilité, et en disant « voilà, j'ai reçu tout ça, et voilà quelle synthèse j'en fais » . et ce que j'ai envie de retranscrire comme monde et comme rêve.
- Speaker #0
Pour refermer ce premier chapitre, avant que je n'aille interviewer nos artisans un par un, quelle est la trace, l'émotion ou le souvenir que tu aimerais qu'Astromobile laisse dans le cœur des gens qui viendront à la place de la Concorde en septembre ?
- Speaker #1
Je me dirais qu'Astromobile a rempli son rôle si elle a suscité la rêverie et le voyage poétique. Si des gens qui sont sensibles à l'artisanat ou qui sont sensibles à l'art ou qui ne le sont pas. sensibles à l'autonomie ou qui ne le sont pas. Des gens de tous les âges et de tous les univers s'arrêtent un instant, même peut-être une minute, peut-être dix minutes, et qui se perdent un peu dans leur pensée, que ça suscite quelque chose. C'est ce que j'aime beaucoup dans l'art, comme je disais tout à l'heure, où l'artisanat, c'est cette part de dialogue et d'échange, mais il y a aussi cette coupure dans le réel, cet instant qui se fige, ce quotidien qui s'arrête, ce recul qu'on prend sur... les objets, le monde sur soi-même. Et en fait, s'il y a cette petite scansion qui est produite, et qu'il y a une forme de rêverie qui naît, j'aurais vraiment le sentiment d'avoir réussi à transmettre ce que je voulais transmettre. Et c'est pour ça qu'il y a plusieurs niveaux de lecture dans la voiture, qu'on peut la voir comme une voiture transparente, et déjà ça peut susciter quelque chose. Et après, quand on découvre les détails, les matières, les odeurs, les couleurs, ça produit autre chose. Et après, quand on découvre le fait que chaque objet peut être transformé en un autre, les enjoliveurs en lampes, le logo en broche, ça suscite encore autre chose. Et pour moi, il y a aussi des niveaux de lecture pour toutes les sensibilités. Alors le but, ce n'était pas de faire une œuvre qui plaît à tout le monde. Ce n'était pas du tout l'objectif. L'objectif, c'était vraiment d'exprimer à travers différents objets, différentes modalités, différents jeux, différentes techniques, différentes matières, un univers que j'aimais et que je voulais créer pour montrer ce que c'était que Maison Lac-Mé. aussi le fait que tu m'inspires au quotidien, que tu vas retrouver l'empreinte de tes doigts sur le pommeau de la vitesse en porcelaine, que la broche du logo, elle t'est destinée à toi pour être sur ton cœur et que tu es la voie lactée qui t'accompagne au quotidien. Il y a tout ce rapport et c'était vraiment, pour le dire assez crûment, c'est comme mettre ses tripes sur la table et dire voilà, en fait, ce que j'ai envie d'exprimer, ce que j'ai envie d'être, ce que j'ai envie de montrer au monde, ce que j'ai envie de laisser. par rapport à ce que j'ai reçu. Et j'espère que ça va susciter quelque chose chez les personnes qui viendront la voir et qu'il y aura cette envie d'expérimenter, de jouer et de se dire que finalement, à Astromobile, ça représente quelque chose. C'est la voiture des passagers des cieux. Pour moi, nous sommes tous des passagers des cieux. Alors qu'on soit religieux ou pas, ce n'est pas la question. Ce n'est pas passager des cieux au sens religieux, mais c'est dans le sens où finalement, on habite une Terre. On a un corps avec lequel on peut agir, parler, aimer, regarder, sentir, toucher, et retrouver déjà cette position sur Terre, dans son corps, entre le ciel, les étoiles, le soleil, la lune, cette envie d'expérimenter, de jouer, de regarder, de parler, et se dire que ça ne coule pas de source, ça ne va pas de soi. Ça reste magique, ça reste extraordinaire de pouvoir ne serait-ce que parler, manger, rêver. et si Astromobile et l'histoire qu'on a racontée autour donne envie aux gens d'être émerveillés face à la beauté de l'instant, face aux matières et aux récits, et qu'ensuite il y a cette envie d'échanger et d'apporter quelque chose, même ne serait-ce qu'un geste, un regard ou une histoire ou une sensibilité que ça a réveillé,
- Speaker #0
pour moi ce sera réussi. Merci. La création et le patrimoine ne sont jamais figés. Dès qu'on accepte de déplacer les regards et de bousculer les habitudes, chaque univers se met à raconter des histoires inattendues. Cet échange montre à quel point une aventure collective peut ouvrir des espaces de rêverie là où on ne les attend pas. Le voyage d'Astromobile est loin d'être terminé. Dans le prochain épisode, nous continuerons à explorer cette magnifique constellation en allant à la rencontre d'un nouveau visage de la série. Nous donnerons la parole à une autre voix, une autre vision, pour comprendre comment ce projet transforme notre regard. Pour ne rien manquer de cette aventure humaine et poétique, abonnez-vous à Pop In sur votre plateforme d'écoute préférée. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à lui laisser 5 étoiles. Un grand merci pour votre écoute, et n'oubliez pas, ralentissez le regard et laissez place à l'imaginaire.