- Speaker #0
Imaginez un atelier où les aiguilles ne se contentent pas de suivre platement le motif d'un tissu, mais sculptent de véritables volumes, textiles en trois dimensions, capables de capter la moindre nuance de lumière. Lauréate du prestigieux prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main et du grand prix de la création de la ville de Paris, Aurélie Lanoisier fait partie de ces rares créatrices qui déplacent l'art de la broderie bien au-delà de ses... Frontière traditionnelle, depuis plus de 20 ans, son atelier est un laboratoire d'ennoblissement textile. A l'aiguille, au crochet de l'unéville ou simplement à la force de la main, elle fusionne le perlage, le volume et le réemploi de matériaux insolites. Elle travaille le textile comme une matière purement sensible, une traite faite d'exigence, de liberté et d'une joie profondément communicative. Pour Astromobile. Elle a accepté de projeter son art là où on ne l'attend pas, l'habitacle automobile. Donnant corps aux dessins et aux intentions d'Antoine, Aurélie a patiemment brodé et structuré des perles, des sequins et des coquillages sur un tissu technique évoquant l'élégance d'un tuyau. Le résultat donne l'illusion poétique et saisissante que la mer s'est invitée à bord, colonisant doucement la cellerie d'Astromobile. La banquette peut même devenir un monochrome accroché qui permet à la broderie née sous les mains d'Aurélie de devenir un petit monde autonome à contempler. Bonjour, je suis Cécile Taubel, cofondatrice de Maison Lacmé, et vous écoutez Pop In. Bienvenue dans notre série spéciale Astromobile, là où les matières s'éveillent et le voyage commence.
- Speaker #1
Bonjour Aurélie et bienvenue sur le podcast Pop In.
- Speaker #2
Bonjour Cécile. Merci beaucoup pour l'invitation.
- Speaker #1
Je suis ravie puisque nos échanges ont été nombreux cette année, notamment, particulièrement pendant l'année 2025 et ils continuent donc dans cette année 2026. J'ai une première question, la question traditionnelle de Popeline qui est « Quelle œuvre d'art illumine ta journée ? »
- Speaker #2
J'y ai beaucoup réfléchi et en même temps, c'est dommage de ne pas citer beaucoup. Mais c'est quand même une photo de Véronique Helena, qui est photographe. Et c'est une série qui s'appelle Les Invisibles. Et j'espère que ça te donnera envie d'aller les voir.
- Speaker #1
Très bien. Et puis, je mettrai la note dans la description de l'épisode. Alors, si on entre dans ton atelier un matin de travail, par exemple ce matin, qu'est-ce qu'on voit, qu'est-ce qu'on entend et qu'est-ce qui est peut-être déjà en cours ou terminé ?
- Speaker #2
Alors là, il y a des pièces qui tournent autour du bijou, qui sont en cours. Il y a un cadre qui est en jus, qui attend de recevoir une pièce pour de la maroquinerie. Et tout autour, c'est surtout beaucoup de matériel. Il y a notamment un mur de perles qui est là-bas. Je ne sais pas si ce sera visuellement une bonne description, mais en gros, c'est tout un camailleu de perles qui, moi, me sert à choisir les matériaux en fonction des projets.
- Speaker #1
Très inspirant, on mettra aussi peut-être une photo si tu veux bien pour illustrer ça. Est-ce que tu te souviens du moment où la broderie est devenue pour toi un langage à part entière, au-delà de juste sa fonction décorative ?
- Speaker #2
Je m'en souviens très bien, c'est au moment où j'ai voulu exprimer ce que c'était qu'une tâche en broderie. Donc de représenter ce qui est « sale » ou « laid » et en faire quelque chose de beau.
- Speaker #1
Ah, incroyable ! Et tu parles d'ailleurs du textile comme une matière sensible. Qu'est-ce que ça change concrètement dans ta manière de travailler ?
- Speaker #2
En fait, moi, quand je dis sensible, je pense plutôt à photosensibles comme les gélatines qui impriment les négatifs. Donc, c'est une façon de dire qu'on imprime avec une aiguille, avec des matériaux, une sensation, une émotion. Et ce n'est pas du remplissage, ce n'est pas du motif, en fait. Moi, c'est de cette manière-là que j'aborde la broderie. C'est comment on crée des sensations, des émotions à partager. Parce que finalement, quand on est dans l'infiniment petit, où on avance progressivement, ça serait dommage de ne pas y mettre autre chose.
- Speaker #1
C'est vrai que ça peut être minuscule. La broderie, c'est un travail très minutieux. D'ailleurs, toi, tu choisis des matériaux inhabituels. Les perles, peut-être que ce n'est pas si inhabituel. Les coquillages, ça le devient un petit peu plus. On l'a vu ensemble. Et puis, certaines matières recyclées, peut-être que tu voudras nous en citer. Mais qu'est-ce qui guide tes décisions ?
- Speaker #2
En fait, c'est la rencontre avec le matériau. C'est à la fois ça et aussi se dire qu'une matière, elle n'est jamais terminée. Par exemple, les coquillages, c'est l'exosquelette d'un animal. Mais pour moi, de le voir, je me dis que c'est comment réenchanter, redonner du sens ou une autre vie, une autre destinée à quelque chose. J'ai travaillé sur de l'ardoise qui était tombée d'un toit suite à une tempête. C'est comment reconsidérer quelque chose qui est censé être terminé. C'est dans ce sens-là, en fait.
- Speaker #1
Très bien. Est-ce que tu as d'autres matériaux un petit peu inhabituels que tu as utilisés ?
- Speaker #2
Le plastique, évidemment, dans tout ce qui est matériaux d'emballage, de recyclage. J'ai travaillé sur des jouets, donc des petits éléments qui viennent se dissimuler dans différentes broderies. C'est des fragments de bijoux cassés, des fragments de textiles qui ont déjà eu un vécu. En fait, moi, je m'en sers dans la manière de ce que ça apporte. en termes de connotation et d'évocation.
- Speaker #1
Très bien. Comment le temps s'invite-t-il dans ton travail ? On parle plutôt du temps long, d'un geste rythmé, mais calme. Enfin, je l'imagine calme, peut-être que ce n'est pas le cas. Est-ce qu'il faut aussi des temps d'attente ? Comment tu vois ce rapport au temps ?
- Speaker #2
Alors, le temps, c'est un vrai défi, parce qu'en fait, chaque minute compte, parce que justement, c'est un travail assez minutieux et il faut vraiment prendre le temps de mettre en place. Mais en même temps, c'est... toujours dans l'urgence parce que ça ne va jamais assez vite, notamment pour les clients. Donc, il faut être rigoureux et ne pas perdre de temps. C'est surtout ça, en fait. Chaque minute est chronométrée. Donc, quand tu rentres dans l'atelier pour revenir à ta question du début, en fait, il y a la radio qui me permet de savoir exactement quelle heure il est, selon ce que j'entends. Et ça, c'est un super outil.
- Speaker #1
Oui, donc tu travailles en radio, du coup, avec... Voilà. Exactement. Très bien. Depuis le début, donc, tu déplaces la broderie. hors de ces usages traditionnels, qu'est-ce qui t'a permis d'explorer ce que tu n'aurais pas pu faire autrement ?
- Speaker #2
C'est face à mes clients et à leur confiance. C'est surtout ça, en fait, qui permet d'aller plus loin. Parce que moi, quand je crée un échantillon, en fait, s'il n'y a personne qui s'en empare, ça reste un échantillon. Mais quand on arrive à amorcer un dialogue ou quand on me dit, voilà, l'évocation, c'est bord de plage, un peu les coquillages, et bien moi, je dis, bah... Allons-y avec les coquillages et si la confiance est là, c'est ce qui permet d'aller plus loin.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une pièce ou une expérimentation qui a marqué un tournant dans ta pratique et pourquoi ?
- Speaker #2
Il y en a eu plusieurs, notamment une pièce pour Givenchy, où là j'ai compris que le temps devait s'imaginer autrement tellement il y avait à faire. Et pour l'expérimentation, je pense à une pièce que j'ai réalisée avec Fanny Boucher et Devoir Elias. qui est sur un rouleau de papier de 13,25 mètres, sur 1,25 mètre de haut. Donc là, ça a été une vraie expérience par rapport à... La broderie, elle est intervenue pour montrer justement l'émotion, pas le côté esthétique. Donc ça, c'est vraiment quelque chose de marquant. C'est aussi parce que c'est tout neuf, c'est tout frais, ça vient de sortir. Mais en fait, chaque pièce, elle est vécue comme un moment unique parce qu'on est dans la pièce unique. Moi, je fais très peu de séries. Quand je reproduis un modèle deux ou trois fois, pour moi, c'est énorme, en fait.
- Speaker #1
Alors nous, on a eu la chance de travailler avec toi. Comment tu as reçu la proposition de participer à notre projet Astromobile ? Et qu'est-ce qui t'a donné envie de dire oui ?
- Speaker #2
Déjà, justement, d'aller sur une réalisation pour une voiture. Alors là, j'ai trouvé ça vraiment génial. Et en plus, cette liberté de création, de confiance, d'échange qu'on a eu. Je vous ai sentis très à l'écoute. et en même temps me laissant une grande liberté. Donc, c'était un vrai cadeau. D'autant plus que quand vous m'avez expliqué justement qui participait, c'était un vrai challenge et il fallait faire honneur à tous ces collègues.
- Speaker #1
Merci. Puis nous aussi, tu sais, on te l'a dit plusieurs fois, c'était vraiment un plaisir de collaborer avec toi. Tu avais toujours le sourire, tu nous as envoyé beaucoup de photos. Ça, c'est un plaisir aussi. Et puis, la chance que nous avons aussi de travailler avec des artisans d'art, c'est que quasiment tout le monde tous, vous avez un respect des délais assez incroyable. C'est toujours très agréable. Est-ce que tu pourrais nous raconter vraiment très concrètement la naissance de la sellerie brodée de coquillages, le travail que nous avons réalisé ensemble ? Peut-être le premier geste, les essais, les ajustements ? Est-ce que tu veux rentrer dans le concret ?
- Speaker #2
Avec plaisir. Donc, merci encore de ce projet. Les premiers tests, en fait, c'était surtout pour jauger la gamme de couleurs. Si on allait aller vers quelque chose de plutôt rose poudré ou plutôt sable, et en même temps, il fallait garder cet esprit de lumière, de soleil, de retour de bord de plage. Et en même temps, il pensait dans l'esprit de la voiture, c'est-à-dire que comment, en fait, si la voiture était allée en bord de plage, comment elle aurait gardé le souvenir du sable et des coquillages qui venaient s'y glisser, donc plutôt dans les creux. Et en même temps, il fallait l'envisager d'une autre manière que quand je consomme un vêtement, où là, il faut que ce soit forcément très solide, tout en étant toujours très coutu. Voilà, c'est comme ça que moi, je l'ai abordé.
- Speaker #1
Est-ce que tu as rencontré peut-être des défis, des difficultés que tu as pu résoudre ? Mais qu'est-ce qui a peut-être été difficile dans ce travail ?
- Speaker #2
Alors, le plus difficile, ça a été la collecte des coquillages. Et je remercie infiniment les personnes qui m'ont aidée pour récupérer ces pièces. Parce que moi, j'avais vraiment un coup de cœur sur des coquillages que j'avais trouvés en Corse. Et malheureusement, ce n'est pas une bonne nouvelle parce qu'il n'y en a presque plus sur les plages. Donc ça, ça nous rappelle aussi d'autres problématiques. Mais en termes de défis techniques, c'était surtout pour pouvoir les percer sans que ça casse. et les préserver aussi au moment de la broderie. Parce que le coquillage, quand il est percé, en fait, il est coupant. Et moi, j'ai choisi de travailler en opposition avec le fil d'or pour ce côté beaucoup plus raffiné qui vient sublimer la pièce. Et donc, il fallait faire très attention pour ne pas couper les fils.
- Speaker #1
Et puis du coup, pour solidifier, tu as réussi à trouver des techniques pour qu'ils ne soient pas trop fragiles, ces coquillages, et qu'ils puissent aussi durer dans le temps.
- Speaker #2
Exactement. Donc moi, j'ai mis un après à l'intérieur, ce qui fait que ça ne change pas la matière. Et en même temps, ça les rend vraiment plus solides parce que les premiers, en fait, si on les pince un peu trop fort, ils risquaient de casser.
- Speaker #1
Et puis, tu nous as fait suivre vraiment au fur et à mesure. Donc ça, c'était très chouette. Est-ce que tu peux nous dire justement, tu as travaillé pour la première fois sur une voiture. C'est un objet populaire, fonctionnel qu'on a plutôt choisi. Qu'est-ce que cela a peut-être déplacé ? dans ta manière de penser la broderie ?
- Speaker #2
Pour moi, ça ne l'a pas déplacé, mais certainement que ça déplacera le regard du public aussi sur la façon d'envisager la broderie. Et ça, c'est un vrai cadeau parce que permettre de montrer qu'en fait, on peut intervenir différemment sur les objets du quotidien et encore plus sur une voiture, un endroit où on ne s'y attend pas forcément. Ça, c'est plutôt très chouette. Et l'objet voiture, c'était symbolique parce que d'autant plus que ce n'est pas n'importe quelle voiture, c'est une méharie. Et c'est une voiture qui a une histoire dans ma famille assez singulière. C'était très évocateur pour moi.
- Speaker #1
Oui, il y avait pour plusieurs d'artisans un peu cette Madeleine de Proust, une voiture qu'ils avaient utilisée quand ils étaient plus jeunes. Et voilà, une histoire de famille souvent. Donc oui, je pense aussi que ça a joué dans le oui que nous avons reçu, unanime de chacun des artisans que nous avons sollicités. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, Astromobile rassemble de nombreux artisans d'art. Comment toi, tu l'as vécu, le fait que ce soit une aventure collective avec beaucoup d'autres corps de métier, métiers rares ?
- Speaker #2
C'était une façon de me dire que le niveau était déjà très haut. Je voulais faire ce que vous aviez choisi. Donc, c'était un gage supplémentaire de faire au mieux, comme toujours, mais encore un peu plus.
- Speaker #1
Et tu as totalement honoré cela. Bravo à toi. Est-ce que tu pourrais peut-être me dire si, avec le recul, ce projet t'a appris quelque chose sur ta manière de créer ? Alors, tout à l'heure, tu m'as dit que ça n'a pas forcément déplacé, mais est-ce qu'il y a peut-être quelque chose que tu n'avais pas formulé avant et il y a des choses qui sont apparues pendant que tu brodais ou après, quand tu as vu le résultat ?
- Speaker #2
Comme pour moi, chaque pièce est unique, en fait, ça ajoute à la façon d'envisager différemment. de travailler sur un textile qui était plutôt souple. J'ai dû intervenir pour que la broderie ne s'enfonce pas à l'intérieur. Il a fallu l'envisager autrement. Chaque pièce me fait avancer un peu plus.
- Speaker #1
Pour les nouvelles techniques que tu utilises, tu dois aller te former ou tu es vraiment plus en autodidacte et à apprendre sur les pièces, à faire des tests toi-même de ton côté ?
- Speaker #2
Je pense que ce n'est pas une histoire de formation, c'est une histoire d'intuition. Quand on voit comment le matériau réagit, on adapte en fonction. Quand c'est trop souple et que la perle disparaît à l'intérieur, c'est qu'il faut renforcer l'arrière. C'est des ajustements et c'est aussi ce qui permet de faire progresser. Parce que par exemple, pour la suite, je saurais tout de suite à partir du moment où il y a un tissu de cette qualité, comment l'aborder dès le montage.
- Speaker #1
Et puis, tu vas aussi t'inspirer à l'étranger, puisque là, tu auras, si tu veux nous en parler un tout petit peu, de ce voyage au Japon.
- Speaker #2
Alors oui, c'est plus qu'un voyage. En fait, moi, je pars en résidence à la Villa Kojoyama pour une résidence de recherche artistique, en fait, pendant cinq mois, de mars jusqu'à août. Et je suis très heureuse, en fait, de pouvoir mener à bien ce projet qui va chercher, en fait, l'empreinte du savoir-faire.
- Speaker #1
Est-ce que... tu dirais à un artisan ou une artisane qui hésite à sortir de ses usages habituels par peur de se perdre ?
- Speaker #2
Deux choses en fait. Qui ne tente rien n'a rien, première chose. Et en même temps, il faut toujours s'écouter. Les choses sensibles, belles, on peut les appeler comme on veut, en fait, elles ne fonctionnent que quand elles sont faites avec amour. Donc ça ne sert à rien d'aller contre soi, mais plutôt à... S'écouter pleinement, c'est dans ce sens-là.
- Speaker #1
Et dans un monde très rapide, justement, on en a parlé de la vitesse à laquelle tu devais aller. Qu'est-ce que le travail de la main peut encore aborter aux objets et aux vies qui les croisent ?
- Speaker #2
Alors ça, c'est une grande question, un peu vertigineuse. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en fait, on apporte une façon d'envisager le monde différente. Et un rapport au matériau, en fait, où on travaille pour quelqu'un. pour celui qui va le regarder, pour celui qui va le recevoir. Et je pense que c'est le petit supplément d'âme qu'il n'y a pas dans les objets qui ne sont pas faits par la main. En fait, on a quelque chose de froid et d'uniforme ou alors on a quelque chose de sensible fait vraiment pour partager. C'est cette notion de partage qui est importante et qui permettra peut-être de rendre les journées plus douces.
- Speaker #1
Oui, c'est bien dit. et... Et d'ailleurs, tu as eu pas mal de pièces exposées lors d'expositions collectives ou sur des thématiques. Il y a Momie en ce moment. Tu veux nous parler un tout petit peu des expositions auxquelles tu as contribué et peut-être celles qui t'ont particulièrement marqué ou ça fait un écho par rapport à ce que tu as fait pour Maison Lac-Mé. Ce que tu veux nous en dire.
- Speaker #2
En fait, j'aime tout, donc c'est difficile. Mais oui, en ce moment, il y a l'exposition « Momie » au Musée de l'Homme qui se tient jusqu'en mai 2026. Et là, j'ai eu la possibilité d'exposer une pièce qui a été conçue autour d'un poème de Baudelaire qui s'intitule « Une charogne » et qui était pour moi l'occasion de montrer ce qu'il reste du... corps, du temps qui passe. C'est une façon de montrer que la broderie, sur ces pièces-là, c'est démontrer un propos et pas démontrer une matière. Mais comment la matière va raconter ? C'est des choses qui se répondent avec les pièces de commande, mais pour toutes les expositions, je pense que c'est une pièce, je lève la tête, je vois un lustre que j'ai fait avec Clément Cogitor qui, lui, est cinéaste. L'idée, c'est... Pour lui, c'était de limber une pièce de rouge. Et ça devait s'appeler la chambre de la mélancolie. Donc, en fait, après, moi, j'ai proposé, en fait, que par rapport au budget, parce qu'en fait, c'est toujours... C'est un cahier des charges, en fait, avant de créer une pièce. Donc, on est arrivé à imaginer un luminaire qui remplirait la pièce plutôt que de remplir la pièce. Donc, c'est des façons de concevoir qu'est-ce qu'on veut dire et comment on le met en place plutôt que est-ce que ça va être joli.
- Speaker #1
Je suis justement sur la partie jolie. Ce que tu fais est beau, finalement. Donc, on a l'impression que ce n'est pas ton objectif premier. Je ne sais pas comment tu fais par rapport à ce beau, à cette relation, à l'esthétisme. Je suis mon cheval de Troie.
- Speaker #2
En fait, je me sers de l'esthétique pour aller capter quelqu'un, pour lui dire qu'il y a autre chose à te raconter. Voilà, c'est pour ça que je dis que c'est un cheval de Troie.
- Speaker #1
De prime abord, la pièce doit être belle, mais après, tu racontes. vraiment une histoire...
- Speaker #2
Alors, c'est à l'inverse.
- Speaker #1
C'est à l'inverse.
- Speaker #2
Oui. C'est d'abord qu'est-ce que je veux dire et comment je l'emballe avec un joli nœud.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mais le public va le recevoir à l'inverse. C'est ça que je voulais dire. C'est que le public va voir que c'est beau et après, il va aller chercher ton histoire, va creuser parce qu'il sera derrière le rocher parce qu'il faut arriver à les... Comme, enfin, il y a tellement de choses dans notre monde tout autour. On est entouré de plein de choses. Il faut arriver à attirer le regard et... Et puis, c'est un bon moyen, la beauté de tes pièces.
- Speaker #2
Merci si ça fonctionne. Mais l'idée, c'est d'avoir des pièces qui sont visuellement attractives, mais qui n'obligent pas à imposer un propos. C'est pour ça que je parle de cheval de Troie, en fait. C'est pas imposé, mais proposé.
- Speaker #1
Très bien, tu proposes. Eh bien, est-ce que d'ailleurs, tu pourrais nous proposer une œuvre d'art qui t'émerveille en ce moment ? C'est ma dernière question pour toi.
- Speaker #2
Alors, je resterai dans l'artisanat d'art. Et ce sont les pièces de Maison Tal, en fait. Tout ce qui est autour du verre. L'idée que le souffle peut proposer une matière solide, je trouve ça juste magique. Et voilà, j'invite tout le monde à... Allez voir le Centre international d'art verrier à Mésenthal.
- Speaker #1
Très bien. Merci encore pour tous ces partages Aurélie. Et puis bonne résidence au Japon.
- Speaker #2
On se moque aussi d'ici.
- Speaker #1
Et à très bientôt.
- Speaker #0
Chaque rencontre autour d'Astromobile nous le rappelle. La création et le patrimoine ne sont jamais figés. Dès qu'on accepte de déplacer les regards et de bousculer les habitudes, Chaque univers se met à raconter des histoires inattendues. Cet échange montre à quel point une aventure collective peut ouvrir des espaces de rêverie là où on ne les attend pas. Le voyage d'Astromobile est loin d'être terminé. Dans le prochain épisode, nous continuerons à explorer cette magnifique constellation en allant à la rencontre d'un nouveau visage de la série. Nous donnerons la parole à une autre voix, une autre vision, pour comprendre comment ce projet transforme notre regard. Pour ne rien manquer de cette aventure humaine et poétique, abonnez-vous à Pop In sur votre plateforme d'écoute préférée. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à lui laisser 5 étoiles. Un grand merci pour votre écoute, et n'oubliez pas, ralentissez le regard et laissez place à l'imaginaire.