- Speaker #0
Quand on traverse l'infertilité, il y a ce qu'on raconte et tout ce qu'on n'arrive plus à expliquer, les rendez-vous, les traitements, l'attente, mais aussi tout ce qui va changer dans son rapport à soi, au corps, à son couple et puis au lien aussi avec les autres. Alors aujourd'hui, j'ai l'immense plaisir de recevoir Khalil Cherty, qui n'est autre que le réalisateur du film « Ce qui nous mène à toi » et qui est le premier film qui est véritablement consacré à la PMA, c'est-à-dire que la PMA n'est pas une histoire annexe. dans une histoire, mais c'est bien au cœur de l'histoire. Alors il y a une histoire d'amour bien sûr tout autour de ça, mais la PMA reste vraiment, en tout cas la PMA, l'infertilité, reste le thème central du film. C'est un film qui va suivre Charlie et Hicham, qui sont interprétés par Nina Meurice et Sofiane Kames. Et tout ça, on va les suivre pendant trois années de parcours PMA. Alors ce film, j'ai eu l'occasion de le découvrir en avant-première. Avec mon regard personnel, c'est-à-dire de femme qui est aussi passée par l'infertilité, par la case PMA, mais aussi évidemment avec mon regard professionnel, puisque ça fait plus de 13 ans aujourd'hui que j'accompagne les couples qui sont confrontés à l'infertilité. Certaines scènes m'ont particulièrement touchée, d'autres m'ont questionnée, et c'est ce qui m'a donné envie finalement d'ouvrir la conversation avec Ralil, qui n'est autre que le réalisateur. Comment est-ce qu'on montre une expérience aussi intime ? Qu'est-ce qu'on découvre quand on écoute tous ces couples ? Qu'est-ce qu'un film, finalement, peut nous aider à comprendre les uns des autres ? Il y a tout un tas de choses. Et puis, vraiment, cet épisode de podcast, regarde-le jusqu'à la fin, parce qu'il y a un invité surprise. Je ne t'en dis pas plus, je ne veux pas te spoiler, mais regarde cet épisode jusqu'au bout, ça vaut le détour. Hello ! Bienvenue à toutes sur cet épisode de podcast ! Alors je dis bienvenue à toutes mais bon quand même les garçons sont les bienvenus aussi bien évidemment ! Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui en plus j'ai l'immense plaisir d'en accueillir un et pas n'importe qui, c'est le réalisateur du film, c'est Raleigh Cherty qui est le réalisateur du film qui est enfin consacré à l'univers de la PMA. Ce film c'est Ce qui nous mène à toi et qui sort très bientôt en salles. La sortie officielle officiel c'est le 11 novembre, c'est bien ça. Donc voilà, bienvenue, bienvenue à Lille.
- Speaker #1
Merci, merci de m'accueillir, je suis ravi, ravi qu'on discute.
- Speaker #0
C'est un immense plaisir pour moi de t'avoir ici. J'avais envie qu'on puisse, j'ai eu l'occasion évidemment de regarder le film en avant-première, c'est un film qui m'a forcément beaucoup touchée et parce que je me dis enfin on aborde vraiment ce sujet au cinéma, c'est pas juste... une partie de l'histoire, c'est l'histoire centrale, c'est la thématique du film et c'est je pense la première fois que la thématique centrale de la PMA occupe la place à l'écran au cinéma.
- Speaker #1
Il me semble, et je vais être très honnête avec toi, pendant que j'écrivais, j'arrêtais pas de me dire à la fois, enfin bon, moi c'est un sujet qui me touche énormément, beaucoup de couples d'amis très proches passaient par là depuis des années, moi il y a certains... certains de mes amis très proches, la première fois que je les ai vus pleurer dans ma vie, c'était durant leur traversée de la PMA, et je n'arrêtais pas de me dire, mais c'est une odyssée incroyable, mais c'est une odyssée qui reste un peu taboue, c'est une aventure qui grandit les jambes, et en même temps, ils sont un peu honteux de vivre ça, et puis moi, la PMA, je l'ai rencontrée un peu plus tardivement, mais pendant que j'écrivais, je me disais à la fois, bon, il faut absolument qu'il y ait un film qui existe là-dessus, Et en même temps, je me disais, mais ce serait génial qu'il y ait un grand réalisateur, une grande réalisatrice qui fasse un grand film pour qu'il y ait un récit collectif qui naisse. Et comme personne de psychologue, je me suis dit, continue, continue à écrire. Mais vraiment, je n'arrêtais pas de me dire, mais pourvu qu'il y ait un film qui existe, il se trouve que là, c'est le mien. Mais j'étais très étonné que le monde du cinéma ne s'empare pas de ça pour justement en faire une histoire à partager.
- Speaker #0
Complètement. Alors c'est super intéressant que tu parles justement des couples que tu connaissais qui sont passés par là. Qu'est-ce que tu as découvert en réalisant le film et que tu n'avais peut-être pas découvert en tant qu'ami à l'époque ?
- Speaker #1
Ah ! Alors, beaucoup de choses. Une des choses, par exemple, il y a beaucoup de projections où il y a des jeunes qui viennent me voir. Il y a deux grands festivals où on a gagné le prix de la jeunesse. Je ne m'y attendais pas du tout parce que je me disais, mais alors là, quand je dis des jeunes, c'est des gens qui ont entre 16 et 22 ans. Et je me disais, bon, ils n'en sont quand même pas là déjà. Et en fait, beaucoup sont venus me voir pour deux choses. En me disant, nous, on avait une histoire d'amour qui nous a énormément touchés et c'est une histoire d'amour de gens qui sont dans une épreuve. Mais ce qu'ils arrivent à... à réinventer ensemble la façon dont ils se battent l'un pour l'autre, c'est un truc qu'on se souhaite nous-mêmes dans notre future vie amoureuse. Donc ça, je ne m'attendais pas à ce qu'ils projettent autant de choses. C'est-à-dire que pour eux, c'était Titanic, mais avec beaucoup moins de budget, mais avec des gens qui vivent un truc de dingue. Et l'autre chose qu'ils me disaient, c'est, pour certains, ils me disaient, à la fin du film, j'ai appelé mes parents, parce qu'en fait, je suis né de la PMA et je ne m'étais pas rendu compte. de ce qu'avaient vécu mes parents. Donc vous imaginez, enfin tu imagines, moi, honnêtement il y a des fois où j'étais très très ému d'imaginer comment cette filiation recommençait un peu à se construire. Et donc ça par exemple, je ne m'y attendais pas à ce genre de réaction.
- Speaker #0
Et toi, en tant qu'ami de ces couples que tu as connus qui sont passés par la PMA, avec le recul, Est-ce que ça changerait quelque chose dans ton rôle d'ami ? Est-ce que tu t'es dit, tiens, je leur ai dit ça, j'aurais peut-être pas dû à l'époque, ou j'aurais peut-être dû faire ceci ou faire cela, ou pas du tout ?
- Speaker #1
Il y a deux choses, moi, qui me sont apparues pendant que j'écrivais et qui ont fait que j'ai changé aussi mon rapport à mes amis. La première, c'est qu'au début, moi, je pensais à leur... parcours médical et je n'osais plus poser de questions parce que je me disais ils n'en peuvent plus d'en parler et je ne savais plus comment entre guillemets relancer des conversations possibles et en discutant et cette fois-ci en étant dans le travail d'écriture je me suis rendu compte que au-delà d'être touché dans leur corps d'être touché dans leur cœur et dans leur intimité en fait l'une des plus grandes sensations qu'ils avaient c'était une immense solitude Et en fait, ce qui leur manquait, c'était juste quelqu'un qui puisse de temps en temps leur dire au fait comment ça va, au fait comment tu te sens, point, sans précision aucune, pour offrir juste l'espace de parole pour que la personne puisse choisir de quoi elle a envie de parler, mais qu'elle sente qu'elle n'est pas seule, même si je ne peux pas me rendre compte de ce qu'elle est en train de vivre. Donc ça, c'est une première chose qui est assez simple, mais qui est importante. Et l'autre chose, c'est que... Avec le parcours de mes couples d'amis, je me suis rendu compte que ça n'est pas possible de résumer le sujet et les parcours de PMA à juste un parcours médical ou à juste un parcours dont le seul enjeu, c'est y arriver ou pas. En fait, et ça, ça m'a beaucoup aidé à l'écriture, mais ça m'a aussi beaucoup aidé dans mes relations avec mes amis, c'est que je me rendais compte que ce parcours-là était en train de les... de les obliger quelque part à se poser des questions qui ne se seraient jamais posées, à avoir un nouveau rapport à leur propre filiation. Et en fait, ça a créé des conversations, une fois que je me suis dit ça, ça a créé des conversations incroyablement intéressantes et beaucoup plus grandes que celles que j'aurais eues s'il n'y avait pas eu ces épreuves-là. Et je me rendais compte que ces épreuves, alors évidemment, je ne suis pas un béni-bouloui, je sais à quel point ça peut créer d'énormes difficultés dans les couples, ça peut créer des séparations, ça peut... Mais quoi qu'il en soit, pendant le parcours, ça leur grandissait le cœur, ça leur grandissait les réflexions. Et à ce moment-là, ils étaient en train de m'apporter quelque chose. Et donc, parfois, je me retrouvais à dire à un pote, écoute, où t'en es et qu'est-ce que c'est en train de t'apprendre ? Parce que tu vas pouvoir aussi m'éveiller moi-même à des choses. Et ça, c'était aussi pour ça que j'avais envie de faire ce film. pour qu'on se rende compte qu'un parcours de PMA, oui, c'est une odyssée, oui, ce sont des épreuves, mais c'est aussi quelque chose qui éveille en nous des choses un peu hors du commun.
- Speaker #0
Oui, et c'est certain qu'on se pose des questions que d'autres ne se seraient pas posées. Et tu vois, par rapport à ce regard aussi qui peut changer, il y a un moment dans une interview, tu expliques que tu as un médecin qui était présent sur le tournage et qui a découvert quelque part une autre vision de ce moment-là à travers finalement les yeux de la patiente. Si toi, tu pouvais montrer une scène du film à toutes les équipes médicales qui travaillent en PMA, est-ce qu'il y en a une que tu choisirais en particulier ? Est-ce qu'il y a un regard que tu aimerais leur apporter ?
- Speaker #1
Oui, une des premières scènes médicales du film, c'est sur une hystérosalpingographie. Donc beaucoup, beaucoup de femmes sont passées par là, on sait le trauma que ça peut créer. Et moi, j'ai voulu montrer cette scène de façon la plus juste possible et en ayant une chirurgienne à mes côtés, non pas pour choquer, mais pour pouvoir la partager cette scène. Quand je veux dire ça, c'est qu'une femme, quand elle passe par une hystérosalpingographie, comment vous voulez, une fois qu'elle sort du bloc, qu'elle puisse raconter une expérience pareille. C'est difficile de trouver les mots, et c'est même difficile pour son compagnon de se rendre compte de ce par quoi elle passe, c'est difficile pour ses amis. Bref, une opération comme celle-là, voilà quelque chose qui plonge dans une immense solitude, beaucoup, beaucoup de femmes. C'est pareil pour les ponctions, c'est pareil pour plein d'opérations. Et moi, cette scène-là, pourquoi je voudrais la montrer au corps médical ? Non pas pour leur dire, vous voyez, vous faites mal, vous faites bien, mais juste pour leur dire... Voilà quelques trucs qui se passent dans cette scène-là. Elle entre et il se trouve que c'est la première fois que son corps va être aussi exposé à des inconnus. Il y a beaucoup de gens qui vont intervenir et donc elle va sentir de l'intrusion. Et puis à un moment donné, excusez-moi l'expression, elle a les quatre fers en l'air et le son va commencer à... c'est comme si le dentiste... c'est presque pire que l'action en elle-même. Et quand elle va sortir de cet endroit-là, comment elle peut raconter à son homme ? Et donc, ce que j'ai envie de dire, et ça m'est arrivé dans des congrès de médecins de l'air d'Irbée, juste, est-ce qu'on ne pourrait pas inviter les hommes à pouvoir être là dans une salle ? Juste ça, ça ne coûte pas plus cher. Mais parce que moi, j'ai énormément de compagnons, dans des couples de PMA, j'ai beaucoup de compagnons à la fin des projections qui me disaient, moi j'ai fait 7 ans de PMA, en fait, je viens de me rendre compte de ce par quoi passait ma compagne, parce qu'ils n'avaient jamais été conviés. à une salle d'opération. J'ai des mères ou des pères de jeunes filles qui étaient passées par un PMI qui disaient « Ah oui, en fait, c'est ça ! » Et donc, moi, ce que j'ai envie de dire, c'est qu'il faut que, au-delà de la pratique même médicale, il faut que ce soit plus possible de partager ça. Et donc, juste en conviant les hommes pour qu'ils puissent être avec leurs compagnes, juste pour qu'il y ait quelqu'un après une hystérosalpingographie qu'on peut rencontrer si on en a besoin pour être accompagné un peu psychologiquement juste après. Voilà des petites choses qui pourraient faire grand bien.
- Speaker #0
Rien qu'au niveau de la douleur, parce qu'effectivement, selon le positionnement de l'utérus, on a des utérus qui sont rétroversés ou antéversés, la douleur peut être encore plus forte. Et donc, c'est vrai que c'est important d'accompagner, évidemment, juste après. Alors c'est intéressant que tu parles de ça parce que dans l'histoire, alors on ne va pas spoiler bien évidemment, rassurez-vous pour celles qui nous écoutent, on ne va pas spoiler. Mais tout ce qu'on peut dire c'est qu'en gros on a un couple, on a Charlie, on a Hicham qui vivent quelque part ce même parcours. Mais, et tu viens d'en parler, c'est que quelque part même s'ils vivent le même parcours, ils ne vivent pas forcément les mêmes épreuves. On est sur des choses qui sont, sur des vécus qui sont complètement différents. Est-ce que... quand tu as écrit le film et que tu as rencontré aussi toutes ces personnes qui étaient confrontées à l'infertilité, est-ce que tu as compris que finalement, il y a des femmes probablement qui vivaient quelque chose, ou même l'homme, parce que l'homme aussi traverse évidemment énormément de choses, mais est-ce que tu t'es rendu compte qu'il y avait en fait, il voulait presque dire la même chose, mais en réalité il y avait un gros malentendu qui s'était installé parce que ne vivait pas la même chose ?
- Speaker #1
Ah ben... Alors moi, je vais te raconter une vraie anecdote. Il y a un moment où pendant les financements, moi j'avais choisi de faire un film selon les deux points de vue et où on allait suivre le parcours, mais à travers les deux points de vue. Et il y a plein de chaînes de télé qui étaient en train de nous dire non parce qu'elles disaient, c'est ton premier film, si tu essaies de suivre deux points de vue et les histoires parallèles, tu vas t'éparpiller et donc ça va faire un film moins fort. Or moi, il y a un moment où j'ai commencé à hésiter alors que mon producteur me soutient. le co-scénariste aussi, et à un moment, j'ai une discussion avec une copine qui était en PMA depuis 8 ans. Et je lui dis, voilà, je me pose des questions. Et elle me dit cette phrase, je te promets que c'est vrai. Elle me dit, si tu racontes une histoire de PMA à travers uniquement le point de vue de la femme, je t'attaque à la carotide. Et elle me dit ça en me disant, ça n'est plus possible de raconter les histoires de PMA juste selon le point de vue de la femme, parce que ça voudrait dire que ça ne concerne que les femmes. Donc elle, déjà, elle a remis l'église au milieu du village. Et ensuite... énormément de couples que j'interrogeais, mais parfois juste les femmes ou juste les hommes, me disaient, mais en fait, c'est d'abord une histoire d'une relation. On est à deux. au départ pour vouloir cet enfant. Et si à un moment donné, on désire être parent, on désire l'être à deux. Et comme pendant le parcours, il y a... L'enjeu de notre relation est presque jamais évoqué, et bien finalement, on se met à être chacun dans son couloir de nage et à être de plus en plus dans une immense solitude par rapport à notre propre vécu parce qu'on n'arrive plus à comprendre celui de l'autre. Et c'est vrai que moi, c'était un énorme enjeu. Et... Je vais te donner deux exemples de témoignages. Il y a une femme qui m'a dit, il y a un moment, elle s'est séparée de son homme, et elle dit, il y a une phrase que j'aurais voulu lui dire pendant tout le parcours, c'est que, moi, il y a un moment où j'avais l'impression que mon corps était devenu un cimetière. Elle me dit cette phrase, elle me dit, c'est presque le plus grand regret de ma vie, c'est que je n'ai jamais été capable de dire cette phrase à mon compagnon. Et donc, il ne pouvait pas imaginer que j'étais en train de vivre ça. Et il y a un autre homme qui m'a dit, comme beaucoup, je me sentais dans une immense impuissance, je ne savais pas quelle était ma place. Il me dit, mais à un moment, j'aurais rêvé pouvoir avoir aussi mal que ma compagne pour qu'au moins je puisse mériter cet enfant. J'avais l'impression de ne pas pouvoir avoir suffisamment mal dans mon corps pour un jour pouvoir mériter d'avoir un enfant. Et tu vois, rien qu'avec des témoignages comme ça, je me disais, ah ouais, mais voilà, il faut absolument que dans un film, on puisse témoigner de ces deux genres de points de vue.
- Speaker #0
Complètement, parce que c'est vrai qu'il y a une logique à ça, c'est que c'est le corps de la femme qui va donner les ovocytes, c'est le corps de la femme qui doit être ponctionné, qui va porter la grossesse, etc. évidemment mais c'est vrai que si on pouvait impliquer davantage les conjoints la communication serait plus facile et plus ouverte, évidemment. Et il y a de multitude de raisons à ça, évidemment. Mais comme tu le soulignes, c'est vrai qu'on peut vivre la même épreuve, mais finalement pas forcément. En tout cas, le même parcours, mais pas les mêmes épreuves.
- Speaker #1
En fait, je trouve que c'est aussi ça qui est beau dans un parcours PMA, c'est que ça nous oblige à travailler sur l'altérité, à travailler sur comment on peut rentrer en empathie vis-à-vis de quelqu'un qui nous est très proche et qui en même temps est en train de vivre quelque chose à travers un point de vue qu'on ne pourra jamais avoir. C'est-à-dire que jamais un homme ne pourra se rendre compte totalement de ce que vit une femme dans le cadre d'un parcours PMA. Jamais. En revanche, à mesure qu'il peut converser, à mesure qu'on essaie de trouver un lien, l'homme peut se retrouver grandi par l'expérience de la compagne. Et c'est pareil dans l'autre sens. C'est-à-dire qu'à un moment donné, effectivement, Euh... Une femme ne pourra jamais ressentir le sentiment d'impuissance que peut avoir un homme. Mais à un moment donné, si elle peut ressentir la vulnérabilité dans laquelle ça peut mettre son compagnon, alors ça peut être un peu rassurant et alors on peut construire ensemble, je ne sais pas moi, quelque chose où on se dit, on n'est pas en train de vivre la même chose, mais on est deux à la vivre et chacun on est en train de la vivre puissamment et profondément. Et ça change un peu la donne. Et ça passe par des petites choses, pardon. Mais ça, j'en discute beaucoup. J'ai montré ça à plein de gynécologues et tout ça. Et je leur faisais la remarque. Attention, quand vous êtes en train de donner des résultats ou de faire des annonces, regardez un peu l'homme, tout simplement. Pas pour lui donner de l'attention, plus qu'à... Mais parce que si vous regardez que la femme, que les résultats ou les annonces, c'est comme ça. L'homme, un, il ne sait plus comment... Enfin, quelle est sa place. Mais vous êtes en train de donner... l'ensemble de la responsabilité à la femme. Donc faites attention, ne serait-ce que dans vos regards, vous avez deux personnes, vous avez un couple, vous avez une relation entre vous, regardez la relation dans sa globalité.
- Speaker #0
Et puis inciter les hommes à être présents au rendez-vous, à tous les rendez-vous le plus possible, même si je sais que concilier travail, PMA, etc., ce n'est pas du tout évident, mais ça reste évidemment un projet commun, et plus on est ensemble dès le départ, et plus on traverse les choses. Plus on les traverse ensemble et où on se soude quelque part dans cette aventure. Alors tu parles justement finalement de ce que tout le parcours peut transformer dans un couple. Et je sais que l'immense majorité des personnes qui nous écoutent seront encore en plein dans ce parcours. Et sont très souvent au bord de l'épuisement. Parce que tu sais à quel point ce parcours, tu l'as dit, c'est une odyssée. Beaucoup parlent d'un parcours du combattant. Comment est-ce qu'on peut finalement réussir à raconter une histoire, une transformation sans avoir à toujours demander de trouver quelque chose de beau à tout prix ?
- Speaker #1
Ah, très grande question. Moi, d'abord, alors je vais déjà commencer par un truc qui est très important. Toutes les femmes et tous les hommes qui sont actuellement en train de passer par là, vous êtes en train de vivre, évidemment, des choses qui fragilisent au plus profond de soi, qui rendent vulnérables, mais vous êtes aussi... en train de vous confronter à des parts de vous-même, qu'il y a des gens qui ne pourront jamais rencontrer ces parts-là. Et ça, il faut en être fier, même si c'est des parts qui peuvent vous mettre un genou à terre, mais ces parts-là de vous-même que vous êtes en train de rencontrer, il faut être fier de cette rencontre. Vous êtes en train de faire un voyage que beaucoup de gens ne seraient pas capables de faire. Bon, vous y êtes peut-être un peu contraints par là. Mais n'empêche que vous êtes en train de faire une odyssée justement dont vous pouvez vraiment être fier et dont la grandeur ne tient pas à est-ce que finalement on va y arriver ou pas ? Parce que votre chemin, il vaut déjà la peine, quoi qu'il en soit. Ensuite, oui, la transformation que ça crée, ça n'est pas évidemment que du beau, mais c'est de la vie. Comment dire ? En chemin, avant même d'avoir réussi à enfanter, vous êtes en train de réenfanter quelque chose chez vous. Il y a quelque chose que vous êtes en train de créer. Et moi, la plupart des gens que j'ai rencontrés, même après la PME, et parfois qui s'étaient séparés, Mais n'empêche qu'elle disait ce meilleur est de plus profond chez elle.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
La personne... Et beaucoup de témoignages que j'ai eus, ce n'était pas des témoignages de gens qui avaient de la vergogne ou de la prétention. Elle disait juste en rencontrant cette vulnérabilité, en rencontrant mes faiblesses, en rencontrant mes limites, ça fait de moi aujourd'hui quelqu'un qui est meilleur qu'avant. Et ça, je le dis pour que les gens... C'est peut-être difficile à entendre aujourd'hui, mais je peux juste témoigner de ça.
- Speaker #0
Je passe mon temps à le dire, je ne serais pas la mère que je suis si je n'avais pas traversé ce parcours. Je pense que même sans avoir eu d'enfant, je ne serais pas la personne que je suis aujourd'hui si je n'avais pas traversé tout ça. Certes, j'aurais aimé le traverser différemment, mais je crois que ça permet de mettre en lumière des parts de nous et de découvrir des forces qu'on ne soupçonnait pas. de découvrir une résilience, une tenacité, enfin plein de choses finalement qui nous servent au quotidien dans la vie.
- Speaker #1
Mais je vais vous donner un autre thème. Enfin, j'ai beaucoup de gens qui, après leur parcours, ont dit « mais c'est marrant maintenant, ça a même changé ma place vis-à-vis de mes amis, parfois des amis qui n'ont pas été capables de m'accompagner, mais moi quand ils ont un coup dur, en fait je peux les accompagner, je sais comment leur parler, je sais comment leur dire comment tu te sens, je sais comment avoir un rapport un peu simple. » à leur fragilité, parce que je suis passé par là. Donc, c'est vraiment une aventure qui, comment dire, parfois, c'est dans le collectif Happy Moi, c'est donc des couples qui sont encore ensemble, mais qui n'ont pas réussi à avoir d'enfants. Et il y a un couple, je me souviens, qui voit le film et tout ça, qui est bouleversé, qui me dit, en fait, nous, on a l'impression, à défaut d'avoir pu avoir nous-mêmes un enfant, mais on est en train d'aider plein de gens à être meilleurs parents. Imaginez la générosité que ça crée chez eux.
- Speaker #0
Génial. J'avais envie aussi de te poser une question. Est-ce que dans le film, il y a eu des choses que tu as eu envie d'édulcorer un peu ? Parce que ce n'est pas toujours évident de se dire jusqu'où on montre la difficulté. Est-ce qu'il y a des réalités que tu as volontairement voulu laisser de côté pour préserver peut-être autre chose dans le film ?
- Speaker #1
Alors, je ne voulais pas faire un film à charge contre le corps médical. Il y a plein de scènes que j'aurais pu rendre beaucoup plus… Voilà, où j'aurais pu rendre le personnel médical beaucoup plus maladroit parce que je sais à quel point il peut l'être et tout. J'avais l'impression qu'en faisant ça, j'allais un peu passer à côté du sujet parce que beaucoup de gens auraient pu se dire, bon ben si c'est dur, c'est parce que le corps médical n'est pas bien. Or, vraiment, on n'a pas besoin d'un corps médical pas bien pour que ce soit dur. Et ensuite, ce que j'ai éduqué, alors... par exemple moi c'est un film comme ça je spoil j'aurais pu emmener le couple jusqu'à l'adoption par exemple on m'a beaucoup dit ça et c'est marrant parce que c'est des gens qui aiment beaucoup qui aimaient le film et qui aimaient le couple et qui me disaient ah mais on aimerait bien les accompagner jusqu'à une éventuelle adoption si jamais ils n'y arrivent pas par voie accompagnée et moi je ne voulais pas faire ça parce que Encore une fois, je ne voulais pas que l'enjeu de ce couple, ce soit uniquement on y arrive ou pas. L'autre chose que j'ai édulcorée, c'est dans le film, il se trouve que Hicham, il est musulman. Et donc, il va à la mosquée et donc, il est accompagné par un imam qui est un peu comme... avec qui il a un rapport fraternel. Et moi, j'ai choisi que le film ne soit pas que... quand il va parler avec l'imam, s'il y a un sujet de don d'ovocytes, ça soit bien les gamètes de la femme et de l'homme. Parce que ça, en tout cas en France, c'est halal. Il n'y a pas de sujet là-dessus. Parce que je ne voulais pas que le rapport à la religion soit un rapport de conflit ou quoi que ce soit. Pour les gens qui verront, moi j'avais juste envie de partager un islam du quotidien que je connais par mes parents, par des amis et tout ça. Voilà un peu les choses sur lesquelles, peut-être que j'en oublie, mais en tout cas, les sujets dont je viens de parler, c'est des choses sur lesquelles j'ai pas mal cogité.
- Speaker #0
Génial. Alors moi, vraiment, j'ai été bluffée, donc je vous invite vraiment à aller voir ce film, parce qu'au-delà du scénario qui est extraordinaire, il y a aussi quand même vraiment des acteurs qui réussissent. à être bouleversant d'authenticité. C'est mon ressenti en tout cas. Mais j'ai trouvé que vraiment les deux acteurs principaux, les acteurs sont tous là, ils jouent tous leur rôle, mais les acteurs principaux vraiment sont incarnés dans l'émotion qu'ils peuvent transmettre. Et c'est quand même assez rare.
- Speaker #1
Nina et Sofiane... Bon, déjà, leur talent est assez rare. Enfin, c'est des comédiens qui montrent à quel point ils sont capables de jouer dans des registres très, très variés et tout ça. C'est pas pour rien que Ninel a eu son César, que Sofiane, il est dans des films hyper différents. Et à chaque fois, on se dit, ah, waouh, il est capable de faire ça. Mais par ailleurs, ils ont eu un investissement sur ce film. Mais un investissement concret, c'est-à-dire le temps qu'ils ont passé pour le préparer, le temps que j'ai pu avoir avec eux. Alors qu'ils sont ultra sollicités. On a pu faire des répétitions pour qu'eux puissent rentrer dans la... Ah bah regardez !
- Speaker #2
Je ne connais pas tout ce qu'il dit. Ah génial ! Parce qu'on sort le 11 novembre et il va faire des entrées. Voilà.
- Speaker #1
Salut Sofiane !
- Speaker #2
Ça va ?
- Speaker #1
Ah tu as réussi à la faire rougir, regarde !
- Speaker #2
Tu n'as pas le droit de nous entendre comme ça.
- Speaker #1
Mais parce que je suis bien là.
- Speaker #2
Tu es bien là. Je suis avec les gens. En plus je suis en train de parler.
- Speaker #1
Mais assis tout le temps, reste là.
- Speaker #2
Je suis avec tout le temps.
- Speaker #1
et donc ils ont eu une implication de dingue et quelque chose qui était quand même incroyable vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où ils se sont jamais dit je voudrais être bon pourvu qu'on me trouve bien en tant que comédien ils étaient tout le temps pourvu que je sois à la hauteur des personnages qu'on est en train d'incarner ils ont toujours eu en tête que c'était des vraies personnes dont on était en train de parler dont on essayait de raconter l'histoire En fait, ils se dédiaient à ça, à voir. Et ils avaient une espèce de générosité l'un pour l'autre qui faisait que nous, sur le plateau, ce que les gens ressentent quand ils voient Mina et Sofiane, quand ils voient Charlie et Hicham et qu'ils se disent « mais il y a une symbiose entre eux, il y a un truc, on a envie d'être avec eux, on a envie de les prendre dans nos bras » , nous, on le ressentait sur le plateau. Bon, et après, il y a Sofiane.
- Speaker #2
Après, tout est vrai dans ce qu'il dit. Mais il oublie un peu la menace physique qu'il nous imposait. Après,
- Speaker #1
il y avait le fouet, mais ça, on ne peut pas en parler.
- Speaker #0
Non, on ne peut pas en parler ici.
- Speaker #2
Je dois rejoindre Inna. C'est un plaisir d'échanger avec vous.
- Speaker #0
Réciproque, c'est réciproque. Passez le bonjour.
- Speaker #2
Au revoir.
- Speaker #0
Salut, Sofiane. J'adore.
- Speaker #1
Ça raconte beaucoup de choses. La relation qu'on a construite, et ça raconte beaucoup de... Il y avait un truc tellement généreux. On ne peut pas inventer ça. La générosité qu'ils avaient, la spontanéité, l'envie que ce sujet existe et qu'il puisse rentrer dans les cœurs du plus grand nombre de personnes. Honnêtement, ils le portaient dans leur cœur eux-mêmes.
- Speaker #0
Mais on a senti vraiment cette authenticité et vraiment je les ai trouvés tellement purs. Il y a une émotion qui était pure et qui transparaissait. On était avec eux dans l'histoire, dans l'aventure. Donc c'est vraiment quelque chose de très très fort. Donc vraiment un film à ne surtout pas louper.
- Speaker #1
Mais c'est des films... On a besoin que les gens y aillent pour que les salles de cinéma veuillent bien le conserver.
- Speaker #0
Voilà, donc rendez-vous le 11 novembre.
- Speaker #1
Rendez-vous le 11 novembre, et puis c'est un sujet plus que d'actualité, et c'est l'occasion aussi d'aller le voir peut-être même avec des amis ou avec de la famille, et de pouvoir ne plus que partager un petit bout de son parcours à demi-mot, qu'on en parle après ou pas, ce sera une excellente occasion de pouvoir ouvrir un petit peu la porte sur la réalité des parcours de PMA, et un peu sur son intimité quelque part.
- Speaker #0
Et puis vous verrez, c'est aussi une belle histoire d'amour, donc ça ne fait jamais de mal. de voir des gens qui se battent ensemble pour quelque chose.
- Speaker #1
On est bien d'accord. Merci infiniment, en tout cas, pour ton temps. Je suis ravie de t'avoir accueilli ici. Et puis, bonne promotion. Et puis, on attend la sortie du film avec impatience. Je mettrai toutes les informations dans la description de l'épisode, bien évidemment.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci, David. A bientôt. Bye bye. Salut. Voilà, j'espère que tu as apprécié l'interview avec le réalisateur du film Ce qui nous mène à toi. C'est un film que tu vas regarder évidemment différemment selon l'étape dans laquelle tu te trouves aujourd'hui dans ton parcours. Peut-être que tu vas te reconnaître, peut-être qu'il y a des choses que tu n'as pas encore vécues, d'autres que tu as déjà vécues. Peut-être que tu vas t'identifier dans certains passages, peut-être moins dans d'autres. En tout cas, je trouve que, ce que j'espère en tout cas, c'est que ça te permettra d'avoir une conversation avec quelqu'un finalement. avec qui tu ne savais plus forcément vraiment comment expliquer ce que tu vis, et ce quelqu'un, ça peut même être ton conjoint, parce que c'est pas parce qu'on vit le même parcours qu'on vit justement la même épreuve, c'est ce dont on a parlé justement avec Rallye dans l'interview, et si tu nous écoutes, si tu es encore là à m'écouter maintenant, j'avais envie justement de juste te rappeler que tu as le droit de vivre ce parcours à ta façon, et que tu n'as pas forcément à tout prix cherché J'aurais presque envie d'utiliser le mot positivité toxique. Je suis la première à dire qu'il faut être positive et que même les épreuves les plus compliquées nous permettent d'apprendre des choses sur nous, nous permettent d'en retirer des jolies choses. Mais c'est vrai qu'à l'instant T, ce n'est pas toujours évident. Et donc voilà, j'avais juste envie de te le rappeler. N'hésite pas à réécouter aussi les mots du réalisateur parce que je l'ai quand même trouvé très juste dans sa manière de voir les choses, de dire les choses. Il y a des conseils qui vraiment sont hyper intéressants. Merci d'avoir passé ce moment avec nous, je sais que si t'es motivé tu vas trouver, mais je vais quand même remettre les liens dans la description de cet épisode, mais en tout cas le film sort officiellement en France le 11 novembre, donc je t'invite bien évidemment à aller le voir le plus rapidement possible, et pourquoi pas, comme je te le disais, avec quelqu'un avec qui tu aurais envie de communiquer un peu plus à propos de ce parcours, ça peut être ton conjoint comme je le disais, parce qu'il y a des choses qu'on n'arrive pas forcément à verbaliser, à exprimer, et que ce film peut vraiment être une bonne chose. porte ouverte justement sur ces discussions mais ça peut aussi être avec d'autres proches ou moins proches mais c'est l'occasion en tout cas d'ouvrir le débat et ça mérite en tout cas d'être vu et d'être débattu partage évidemment cet épisode si tu connais des gens à qui ça pourrait faire écho que ce soit avec un parcours passé ou un parcours à venir je crois que c'est vraiment plus qu'utile de pouvoir briser les tabous et de montrer en fait qu'on n'est pas seul à traverser ce parcours Donc merci en tout cas de m'avoir écoutée jusqu'ici, et on se retrouve bien évidemment dès la semaine prochaine pour un tout nouvel épisode de podcast.