SpeakerIls ont 17 ans, 15 ans, 13 ans, parfois même moins, et ils vivent connectés. Un fil, une story, un scroll, et encore, et encore. Les réseaux, c'est leur place du village. On y discute, on se montre, on teste, on apprend à exister sous le regard des autres. Mais on y observe aussi ce que font les autres parfois avec envie, parfois pour imiter et assez souvent pour les aider. Même les jeux vidéo comme Roblox et Fortnite ont cette fonction de réseau social. Ça parle, ça rigole, ça se chamaille, ça s'informe. Pour eux, les écrans, c'est vital. Sans réseau, no life. Alors que pour les parents, c'est la menace nucléaire. Et entre les deux, un canyon, un fossé d'incompréhension et trop souvent, un manque de confiance. Et attention, ils ne sont pas si inconscients que cela, les adorés s'en réfléchissent beaucoup plus à leurs usages qu'on ne l'imagine, et oui, et même parfois plus que les amis. Bonjour et bienvenue, je m'appelle François-Marie Caron, je suis pédiatre, je suis l'ancien président de l'association française de pédiatrie ambulatoire et l'un des nombreux experts de notre site de conseil aux parents mpia.fr. Alors de l'adolescence, c'est une métamorphose cérébrale. Le cerveau adolescent est en version upload. Côté corps, tout explose. Croissance, hormones, peau qui boutonne, sexualité qui surprend, qui bouscule. Bref, un festival hormonal et ça grogne le matin. Et même beaucoup. Côté cerveau, c'est le printemps synaptique des connexions partout, puis un grand ménage. Mais les zones n'avancent pas toutes à la même vitesse. Le contexte préfrontal, celui qui dit « attends, réfléchis, t'es sûr » , est encore en rodage jusqu'à 25 ans, même Il y en a qui disent 30. Le système limbique, lui, celui qui dit « vas-y, c'est fun » , lui, est déjà sur orbite. Résultat, émotion, XXL. Mais les outils de régulation sont plutôt en version bêta. Et les grandes questions qui débarquent. Qui suis-je ? Où vais-je ? Et pourquoi TikTok connaît mieux mes goûts, mieux que moi et que ma famille ? Les réseaux, mais qu'est-ce qu'ils y cherchent ? 97% des adolescents utilisent au moins une plateforme. TikTok, le roi du royaume. 63% y sont et certains, peut-être un peu trop longtemps. Ils s'y informent sur tout, la sexualité, la santé, l'actu, la géopolitique. Et oui, ils apprennent vraiment des choses. Les réseaux sont devenus des médias. Ce n'était pas prévu, mais c'est ainsi. Le flux infini d'infos sélectionnés par des algorithmes qui adorent vos émotions négatives et vous proposer des images choquantes. Parce que ça, ça retient. Appelez-vous, c'est du business informé, ils s'en contrefichent. Heureusement, beaucoup de jeunes vont chercher du fiable. Hugo décrypte avec ses millions d'abonnés, mais aussi des journaux en ligne, d'autres créateurs plus sérieux. Loin d'être naïf, les adolescents débattent, commentent, questionnent, vérifient. Ils connaissent les fake news et la plupart des autres risques des réseaux sociaux. Bon, pas tous. Ils sous-estiment clairement les conséquences du manque de sommeil et ils ignorent totalement les conséquences de la sédentarité. Et honnêtement, ce n'est pas qu'un problème d'adolescent. Les réseaux... et la santé mentale des jeunes. Attention à la panique ! La santé mentale des adolescents questionne et les professionnels s'interrogent. Et l'ambiance générale laisse croire que tout le monde serait d'accord, qu'il existe un consensus scientifique clair, les réseaux seraient toxiques, point. Eh bien non. La science est en fait beaucoup plus nuancée. Oui, l'essor des réseaux coïncide avec l'augmentation des troubles psychiques. Non, rien ne prouve qu'ils en soient la cause directe. Il n'est évidemment pas question de nier l'existence de comportements problématiques sur les réseaux. Les adolescents déjà fragilisés psychologiquement, ils sont particulièrement vulnérables. Mais les réseaux peuvent aussi être un espace de lien, de soutien, d'expression, de respiration, même pour les plus vulnérables. Le véritable risque... C'est l'alarmisme, cette idée que les réseaux reprogramment le cerveau. Rien ne le démontre, même pour TikTok. Et l'autre danger. Plus silencieux, c'est de ne pas voir qu'un adolescent traverse une période fragile et de tout attribuer au réseau. Alors, on fait quoi ? Les adolescents, eux, ont déjà compris. Oui, ils prennent des risques. Oui, ils y passent trop de temps. Oui, ils dorment beaucoup trop peu. Le numérique, ça s'apprend. Comme on apprend à traverser la rue. À faire du vélo, comme on parle de sexualité réfléchie, comme on alerte sur les mauvaises fréquentations. C'est de la prévention, pas du moralisme. Et eux, qu'est-ce qu'ils demandent ? Ils demandent plus de compréhension de leurs parents, pas plus de contrôle, de l'attention. Mais au beau moment, quand eux ouvrent la porte et demandent, et avec délicatesse, sans jugement, comme on fait avec les petits, ils demandent... Moins d'injonctions, plus d'infos, plus d'échanges. Ils demandent plus de protection par les plateformes elles-mêmes et ils demandent une vraie régulation publique, claire, visible, efficace. Oui, les réseaux facilitent les mauvaises rencontres, c'est vrai. Mais entre les adolescents et les dangers, il y a une digue qui est représentée par la famille, l'école, la formation, la prévention, la régulation. C'est là que tout se joue. Des leviers ? Bien sûr qu'on en a. L'école, le numérique ne s'improvise pas, ça se transmet. Des réseaux alternatifs, plus éthiques, en fait il en existe déjà. Certes ils sont un petit peu discrets, mais bien réels, ils sont à encourager, et même il faudrait en inventer de nouveaux. Un arsenal juridique national et européen, solide, on a, mais sous-utilisé. Pour finir, non. Les jeunes ne s'abrutissent pas. Pas tous. Beaucoup trouvent sur les réseaux ce qu'ils ne trouvent plus ailleurs. Du bien, du sens, de la sécurité et parfois même du réconfort. Parce que leur monde est compliqué, rapide, bruyant et qu'ils y cherchent, comme nous tous, un peu de place, un peu d'air. Allez, un conseil Frenchy spécial pour vos adolescents. En plus d'entraîner ton esprit critique, reprends le contrôle. Garde ta liberté. Tu vas gagner ton autonomie. Ne laisse pas l'algorithme décider à ta place. Abonne-toi à ce qui te parle vraiment. Explore ce fil-là. Le fil pour toi, lui, va s'adapter toujours. Tout seul. Il est programmé pour ça. C'est magique. Enfin, c'est algorithmique. Alors, comme toujours, si vous avez aimé, vous likez. Vous mettez des commentaires. Vous posez même des questions. Même si vous n'êtes pas d'accord, vous expliquez pourquoi vous n'êtes pas d'accord. Vous engagez un débat. Si vous avez des amis qui ont des ados dans la difficulté, n'hésitez pas à le partager. Et la prochaine fois, on parlera d'une question qui nous pose beaucoup de problèmes, c'est « T'inquiète, je gère » .