Speaker #0Bienvenue dans la série « On m'a dit que » . Tout au long de notre vie, on nous répète des phrases, des petites remarques, des conseils, des injonctions. Parfois ça vient de l'école, parfois de la famille, parfois même du développement personnel. Et à force, on les intègre comme des vérités. « Faut être forte » , « Tu es trop sensible » , « Tourne la page » , « Pense un peu aux autres » , « Maîtrise-toi » . Mais ces phrases-là, même dites avec de bonnes intentions, finissent souvent par nous enfermer. Elles créent de la honte, de la pression, de la confusion même. Elles nous coupent. de ce qu'on ressent vraiment. Cet été, j'ai eu envie de faire une pause dans le flot habituel et de revenir à l'essentiel. Dans cette mini-série, on m'a dit que je te propose de déconstruire ces croyances qu'on entend partout, mais qu'on ne questionne pas assez. Chaque épisode part d'une phrase qu'on m'a dite ou que mes clients m'ont confiée. Et je t'emmène plus loin dans ce que ça crée, ce que ça bloque et surtout ce qu'on peut en faire. Parce que non, tu n'es pas trop. Non, tu n'as pas resté fort, fort en silence. Non, tu n'as pas besoin de tourner la page si la blessure est encore vive. Ce que tu ressens mérite d'être entendu et cette série, elle est là pour ça. Pour mettre des mots, pour faire de la place, pour te proposer une autre façon d'être avec toi. Bonne écoute et bel été à toi. On m'a dit que je devais contrôler mes émotions, que pleurer c'était perdre le contrôle, que je devais respirer un bon coup et passer à autre chose. Alors j'ai appris à les contenir, à sourire quand j'étais triste, à faire comme si de rien n'était même quand tout brouillait à l'intérieur. Et c'est devenu une habitude. Ne pas déranger, ne pas trop en montrer, ne pas craquer. Mais à force, je ne ressens plus grand-chose. Ou alors, ça déborde d'un coup. Je ne sais plus ce qui se passe en moi. Je crois que je me suis déconnectée. Je pense qu'on est très très nombreux malheureusement à se reconnaître dans ces mots que j'entends. Cette injonction à contrôler ses émotions. Je dis ça en rigolant mais c'est absolument pas drôle, c'est mon cheval de bataille. Donc on l'entend souvent. dès l'enfance, dès qu'on est petit. Quand un enfant pleure, on va lui dire « Allez, arrête maintenant, c'est rien » , etc. Quand on est ado aussi, un ado qui va s'énerver, tu dois apprendre à te maîtriser. Donc, ado, tu sors de l'enfance, ton cerveau n'est pas fini, tes émotions, tu ne les connais pas encore. On te dit « Allez, maîtrise-toi surtout » . Alors, quand on est grand, on est adulte, pareil, ça continue, on l'entend sous différentes formes, mais on va te dire Reste professionnel, sois rationnel, ce qui se passe chez toi ou ce qui se passe en dehors du boulot, reste à la porte du boulot. Pour moi, ça veut dire exactement la même chose que « allez, arrête maintenant, ce n'est rien » , c'est pareil, ou « arrête de pleurer » , c'est pareil, on se dit qu'un professionnel, en tout cas ton manager ou ton chef de service te dit ça, pour moi c'est la même chose. Et cette phrase aussi, elle revient dans des contextes plus personnels, face à un deuil par exemple, un stress, un trop-plein, on te dit que tu dois rester fort, forte, ne pas craquer. que tu dois gérer, te gérer même des fois, au fil du temps forcément, tu apprends à te méfier de ce que tu ressens. Comme si tes émotions, en fait elles deviennent un problème, puisqu'on te dit tout ce qu'il faut faire face à elles. Donc quelque chose qu'il faut contenir, qu'il faut faire disparaître, qu'il faut maîtriser, gérer, contrôler, comme une feuille de calcul ou de la comptabilité j'ai envie de dire. En tout cas voilà, on ressent bien qu'il y a quelque chose ... de problématiques dans ce qu'on peut ressentir. Petit rappel très très important, contrôler ses émotions, ce n'est pas les réguler, c'est les bloquer. Et donc, quand on parle de blocage, c'est empêcher leur mouvement naturel, leur circulation dans le corps, parce qu'une émotion, son seul travail, c'est nous donner une information qui nous traverse, l'information se passe via... la sensation dans le corps. Une émotion s'exprime via une sensation. Donc, elle passe par notre corps. Donc, si on la bloque, en fait, on bloque une sensation et donc, ça crée une tension dans notre corps. Une émotion, par définition, c'est une énergie qui a besoin de passer. Donc, quand tu la contrôles, tu la figes et tout ce qui est figé ne disparaît pas. Ça s'accumule au fil du temps puisque bien évidemment, si on l'a fait une fois, on va le faire avec toutes nos émotions. Donc, ça s'accumule au fil du temps. Et qu'est-ce qui se passe ? à force d'accumuler, à force de tout retenir, c'est là en fait que tu vas déréguler ton système nerveux. Et ton système nerveux qui, normalement, a une souplesse, c'est-à-dire qui va s'activer quand il y a une alerte, un danger, donc tout de suite palpitation, on tremble, on va peut-être courir ou fuir, etc. Et qui va se calmer, s'apaiser quand il y a besoin, le retour au calme, quand il y a besoin justement de se ressourcer, de se régénérer. Et le fait de... d'accumuler toujours des tensions, il perçoit du danger constamment. Donc on a l'impression que le système nerveux se dit « danger, danger, danger, danger » . C'est ça qui dérégule le système nerveux. Et à partir de là, ton système nerveux est toujours en mode alerte, c'est ce qu'on appelle être en mode survie, on a l'impression d'être toujours en danger. Donc ça va créer des tensions chroniques, de l'irritabilité, de la fatigue nerveuse, parfois même ce qu'on appelle la dissociation, la dissociation émotionnelle. Donc on se coupe de ce qu'on ressent, donc tu as ce sentiment de ne plus rien ressentir, Ou bien tu ressens tout d'un coup, de manière explosive. Je pense qu'on a tous un exemple à soi, où on ne comprend pas pourquoi on a une réaction totalement démesurée face à la situation, il se passe un truc, tu fais une crise de colère de dingue, même tu t'en veux après, tu te dis « mais pourquoi j'ai réagi comme ça ? » Tu vas te mettre à hurler, à crier, ou même à pleurer, de façon un peu inappropriée, entre guillemets. Donc c'est là aussi, ça montre la dérégulation aussi de notre système nerveux. Et surtout, là, dans ce contexte, tout ce que je viens de te dire, le corps finit par se protéger en coupant la connexion ressentie. Donc c'est un mécanisme toujours de protection, ce n'est pas un choix conscient. Alors j'en viens à la partie « ce qu'on peut faire autrement » . Tu l'auras compris, c'est pas en serrant les dents que tu apprends à gérer tes émotions. Même ce mot « gérer » , c'est vrai que je l'utilise parce que c'est vraiment le langage usuel, il n'est pas très approprié. Toujours, c'est vraiment vivre ses émotions, les laisser circuler, j'ai envie de dire même. Mais bon. gérer ces émotions ça parle à tout le monde et c'est pour ça que je l'utilise régulièrement, donc ça va être en réapprenant à ressentir justement ces émotions tout simplement en essayant en tout cas de se réapproprier nos sensations et encore une fois, pas en essayant de les expliquer puisque notre problème, nos plus grands problèmes pourquoi on n'arrive plus à ressentir c'est parce qu'on a envie de comprendre même nos sensations on a envie de les comprendre alors que Merci. une sensation ne s'explique pas et ne s'analyse pas, encore une fois, mais en essayant de leur faire une place dans ton corps, sans peur, sans honte aussi, parce que souvent la honte est là et là on a honte de ressentir de la jalousie par exemple ou de la colère. Donc ça va passer, tu as plein de techniques pour ça, mais une des plus simples, c'est respirer profondément. En fait, quand une émotion vient, On l'accompagne, donc je le dis toujours, c'est 90 secondes, une émotion. En tout cas, la durée, la vraie durée d'une émotion, quand il y a vraiment, j'ai envie de dire, pour un enfant lambda, qui n'a pas encore de trauma, qui n'a pas de blessure, etc., c'est 90 secondes. Donc une émotion nous traverse, c'est une minute trente. On peut essayer de se dire, bon, si ça dure un peu plus longtemps, ok, mais c'est respirer profondément. Quand on ressent une émotion, c'est respirer. C'est de respirer, ne pas... parce qu'on a tendance à se figer quand on ressent quelque chose, une émotion qui est présente, on va figer notre respiration. Donc on va essayer de récupérer sa respiration, on respire profondément en essayant de forcer la respiration. Du coup, on a conscience et on arrive à apporter un peu plus d'oxygène, donc on respire profondément. On peut essayer aussi de bouger, de relâcher la mâchoire, relâcher un peu ce qui est tendu, surtout au niveau du visage en général. On peut aussi poser une main sur son ventre, juste pour s'apaiser. C'est des gestes qui sont super simples, mais qui envoient en fait, là ce que je viens de vous partager, juste respirer profondément avec le ventre, en gonflant le ventre, se poser une main sur le ventre, ou même se poser les mains sur les bras, se toucher, ou relâcher un petit peu ce qui est tendu, ça permet d'envoyer un message de sécurité à ton système nerveux, tout simplement. C'est ça, ça apporte une sécurité intérieure en fait, ça montre à ton système nerveux. C'est comme si tu lui disais, écoute, ça va Coco, je ne suis pas en danger, tout va bien. Donc ça permet de faire redescendre la tension et de laisser l'émotion passer en fait. Et c'est comme ça en fait qu'on passe du contrôle à la régulation. C'est tout simplement ça, c'est de serrer et on apprend petit à petit à desserrer. C'est ça la régulation du système nerveux tout simplement. Donc ce n'est pas en se forçant encore une fois à être calme, mais en offrant à l'émotion un espace pour passer. Et cet espace, comme son nom l'indique, S'il n'y a pas d'espace, l'émotion ne peut pas passer. Et en toi, si tout est tendu, tout est serré, comment veux-tu que l'émotion passe ? Ce n'est pas possible. C'est créer cet espace intérieur par du calme, par la respiration, par détendre un peu certaines parties de ton corps. Et j'ai envie d'ajouter que ce que tu ressens, ça aussi c'est très important dans le fait de bien vivre ces émotions. Ce que tu ressens ne fait pas de toi quelqu'un d'instable ou de faible. Je le dis parce que je sais, je le vois, et j'en ai totalement conscience par mon expérience personnelle et professionnelle, qu'on a... tendance à croire ça, de se juger en permanence par rapport à ce qu'on ressent. J'ai envie de dire, et vraiment à noter, et j'ai envie que tout le monde l'écrive chez lui, sur un tableau, je ne sais pas où, ça fait de toi un être vivant, tout simplement. De ressentir toutes les émotions, tous les panels d'émotions. Et ça, encore une fois, ça ne fait pas de toi quelqu'un d'instable ou de faible. Bien au contraire, c'est que tu es dans ton humanité, que tu es vivant, tu es un être humain. dans toute sa splendeur. Donc acceptons de ressentir toutes les émotions, qu'elles soient agréables, désagréables, inconfortables, confortables, toutes. Parce que si on accepte aussi de ressentir le confort, la joie, l'amour, il faut accepter aussi l'inverse, le versant inverse, parce que je dis toujours, de toute façon, tu ne pourras ressentir la joie qu'à la hauteur où tu auras ressenti ta colère. Et c'est une vérité, tu ne peux pas... ressentir juste quelques émotions, c'est soit tu apprends à les ressentir toutes pour justement bien les ressentir toutes, mais tu peux pas faire un tri en fait. Parce que déjà, tu fais un tri en toi, donc tu n'es jamais entier et c'est là aussi où on se coupe de soi encore une fois. Je vais conclure l'épisode parce que j'étais un peu longue, alors j'avais dit que c'était des épisodes courts, il est court quand même, mais on t'a peut-être appris en tout cas à cacher, à retenir ou taire ce que tu ressens. Ça veut pas dire que c'est la bonne manière. de faire. Et surtout, ça ne veut pas dire que tu dois continuer à fonctionner comme ça. Voilà, j'insiste sur ça. Encore une fois, les émotions ne sont pas là pour te nuire, elles sont des signaux, des mouvements intérieurs qui cherchent juste à être reconnus, entendus. Donc alors, plutôt que de les contrôler, je vais t'inviter à les apprivoiser, à les reconnaître, à les laisser te traverser. Et tu n'as pas besoin de forcer à ton rythme par le corps, le souffle, le mouvement. Encore une fois, je le dis très souvent, on n'a pas besoin d'être parfait pour être digne d'écoute. On n'a pas besoin de tout contenir non plus pour être fort. Et voilà, j'en ai terminé. Je te dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de On m'a dit que.