Speaker #3L'ambassadeur globetrotter ou la difficulté de reconstituer sa trajectoire civile sans mention marginale par Nuno Fernandez généalogiste-chercheur responsable du département international d'ADD Associés Notre étude a été mandatée dans le cadre d'une recherche d'héritier pour un défunt de nationalité italienne décédé à Paris. Ce monsieur, ce défunt, était célibataire dans son décès, né en Italie, et était également d'un point de vue professionnel représentant de la délégation italienne à l'UNESCO. L'administrateur, sachant qui étaient les héritiers les plus proches de ce défunt, Marco, était son prénom, nous a donc mandaté pour effectuer des recherches. et des recherches qui ont dû commencer tout d'abord à Paris, bien évidemment, puisqu'il y vivait depuis un certain nombre d'années. Mais très rapidement, nous nous sommes rendus compte que, pour pouvoir avancer et identifier d'éventuels héritiers, des recherches en Italie étaient indispensables. Je me suis donc déplacé en Italie, la commune de Laspezia, donc en Ligurie, une ville surtout connue pour son port industriel. Je me suis rendu à l'état civil. Après avoir expliqué ma démarche... On m'a laissé accéder au registre d'état civil de la mairie. Et j'ai pu retrouver finalement les informations sur les parents, des informations précises sur les parents de Marco, donc leur date de naissance, leur date de mariage, confirmer qu'il s'agissait bien de l'unique mariage des parents de Marco. Et aussi, j'ai pu, via ces recherches, être à peu près certain que Marco était fils unique. J'ai donc poursuivi en me disant, n'ayant pas de frères et sœurs de Marco, n'ayant pas les tentes dans un premier temps identifiées sur la commune, j'ai également fait des recherches au niveau de la paroisse. Le problème que nous avions, c'est que sur l'acte de naissance de Marco, cet acte était vierge de toute mention marginale. Le décès de Marco n'avait pas été communiqué aux autorités italiennes. Donc les recherches en paroisse qui sont venues doubler, compléter celles effectuées à la mairie de l'Aspezia m'ont permis d'identifier des cousins germains. Des cousins germains dans la ligne maternelle et différents grands-oncles et tantes dans la ligne paternelle. La ligne paternelle, assez rapidement finalement, je me suis aperçu qu'il n'y aurait sans doute pas d'héritier. C'était une famille assez nombreuse, que des hommes, qui était devenue pour la plupart d'entre eux prêtre, donc sans postérité. Donc je me suis concentré finalement sur cette ligne maternelle et j'ai pu ainsi identifier l'existence de deux cousins germains. Deux cousins germains qui, par chance ou par hasard, étaient domiciliés sur la même commune de l'Aspezia. Ces recherches généalogiques étant effectuées, la seconde étape a été de localiser ces cousins germains, pouvoir déjà leur révéler leurs droits, leur indiquer qu'ils étaient héritiers de la succession, et bien évidemment aussi en profiter un petit peu pour voir s'ils avaient connu un peu ce cousin, ce parent, sur un peu son parcours de vie. Ils n'ont pas pu me renseigner finalement plus que cette vie parisienne que je connaissais déjà. Et donc pour eux, il était clair que Marco était fils unique, ce que je savais. que Marco n'avait jamais été marié, ce que je supposais, et que Marco n'avait jamais eu d'enfant. Marco avait gardé tout au long de sa vie sa nationalité italienne, mais aussi sa résidence fiscale italienne. Donc la succession devait se régler selon le droit successoral italien. Donc ses deux cousins germains dans la ligne maternelle devenaient les seuls héritiers de Marco. Partant donc de ce constat, j'étais... à peu près certains, que j'avais les bons héritiers. Je dis à peu près certains, car la généalogie successorale n'est pas une science exacte. Il y a toujours une part de doute, ce qui nous oblige vraiment à chercher, à croiser le maximum de sources possibles. Et donc, j'avais en face de moi deux personnes qui pouvaient manifestement avoir des droits à faire valoir dans la succession de Marco. Et de fil en aiguille, finalement, en discutant un petit peu, on apprend que Marco... comme si c'était finalement une sorte de secret familial, Marco avait énormément voyagé. Il ne s'était pas cantonné à cette vie italienne et parisienne. Il avait beaucoup voyagé, puisque avant d'être le représentant de la délégation italienne à l'UNESCO, il avait été ambassadeur. Ambassadeur d'Italie, et il avait vécu, finalement, exercer dans différents pays. Il avait exercé en Grande-Bretagne, il avait exercé en Tunisie, il avait exercé en Pologne. Enfin, il avait eu une vie vraiment... très très riche en termes de postes qu'il avait occupé, de pays visités. Et finalement, lorsqu'on apprend ça en tant que généalogiste, on se dit ah, je suis peut-être passé à côté de quelque chose là. Il va falloir que je reprenne un peu des recherches, que j'enrichisse un peu les sources que jusqu'ici j'ai pu consulter. Est-ce que Marco finalement, dans tous les pays où il a vécu, il n'aurait pas eu un mariage, des enfants ? La mention marginale, l'absence de mention marginale sur son acte de naissance, finalement, ne voulait pas dire grand-chose. Ce principe de la mention marginale n'existe pas partout, ou du moins n'existe pas de la même manière. En France, c'est un peu le paradis du généalogiste, le paradis de la mention marginale. Nous en trouvons sur les actes de naissance, nous en trouvons sur les actes de mariage, des mentions de naissance, des mentions de mariage, des mentions de divorce, des mentions de reconnaissance. Vous avez tout un lot de mentions qui nous permettent de mieux aiguiller nos recherches. Je ne les avais pas sur l'acte de naissance de Marco. Marco est emmené en Italie. En Italie, ça se passe différemment. Les mentions marginales existent, mais elles ne sont pas aussi bien imposées qu'en France. Les recherches reprennent avec les registres qui sont disponibles, que ce soit en Pologne, que ce soit en Allemagne, que ce soit en Tunisie, que ce soit en Grande-Bretagne. Et c'est justement en reprenant de manière plus approvée ces recherches que l'on trouve quelque chose de déterminant pour nous, c'est qu'on trouve la trace d'un mariage. pour Marco, en Grande-Bretagne. Donc encore un événement de sa vie qui n'apparaît pas sur son acte de naissance. Ce mariage britannique. Mariage qui n'a finalement pas duré très longtemps puisqu'il a été marié pendant 5 ans, mais ce mariage a eu lieu, ce mariage a été célébré, c'est un mariage officiel. Il avait épousé une jeune femme britannique qui se prénommait Julia. Et bien évidemment, lorsqu'on trouve ce type d'informations, ça nous donne un point de départ pour une vérification plus approfondie pour oui ou non la présence d'enfants, l'existence d'enfants. Donc c'est ce que j'ai fait et j'ai trouvé, deux ans après la séparation du mariage, la naissance d'un individu qui portait le même patronyme que Marco. Pour être certain qu'il s'agissait bien d'un enfant de Marco, la supposition finalement était très forte puisque c'était la seule naissance avec ce nom-là sur la période en Grande-Bretagne. J'ai commandé l'acte de naissance. Là encore, les actes britanniques ne comportent pas de mention marginale, mais en tout cas la filiation... est indiqué. Donc on nous a lu avoir la confirmation, oui ou non, que ce Mathieu, c'était le nom de l'enfant, était fils ou non de Marco. Donc nous avons commandé l'acte, il a fallu attendre un peu plus d'une semaine pour recevoir l'acte par courrier. Et à la réception de l'acte, la confirmation était là, à savoir Marco, l'ambassadeur italien qui exerçait à ce moment-là en Grande-Bretagne, s'était marié avec Julia et avait eu un fils. Alors là, ça change tout. Parce que ce fils... C'est un héritier en ligne directe. Donc l'héritier en ligne directe, il est plus proche, bien évidemment, que les cousins germains que j'avais identifiés, localisés en Italie. Donc ça, c'était la première étape. J'étais assez content, parce que c'est l'ensemble des chercheurs. De toute façon, dès qu'on trouve, on est assez fiers de ce que l'on a fait. Et la deuxième étape, c'était de s'assurer que ce Mathieu était encore en vie et le contacter pour lui apprendre qu'il était héritier, qu'il avait des droits à faire dans une succession pour laquelle nous avons été mandatés. Ces recherches nous ont permis, d'une part, de retrouver dans un premier temps la mère de Mathieu, qui était enseignante dans une école primaire à Liverpool. J'ai pris contact avec elle par téléphone, dans un premier temps. Elle a été très surprise de mon appel. Alors oui, elle se souvenait de Marco. Oui, il n'avait pas été marié très longtemps, mais ça avait été une belle histoire. Et puis après tout, c'était le père de son fils. Son fils unique. L'entretien téléphonique avec Julia se passe bien. Elle comprend la situation. Et de cet entretien, nous arrivons à déterminer une date pour un rendez-vous, pour nous déplacer, pour aller la rencontrer en Grande-Bretagne. Mathieu, au final, a très peu connu son père. Mathieu est né un an après le mariage et donc il a connu son père jusqu'à l'âge de 6-7 ans, grosso modo. Et ensuite il ne l'a plus vu. Il a pu échanger quelques courriers avec lui, mais le dernier courrier remontait il y a une dizaine d'années. Mathieu n'avait plus de nouvelles de son père. C'est quand même un choc. C'est un choc d'apprendre que son père, celui que l'on pensait être encore en vie, même si on n'a plus l'occasion, est décédé. Un choc sans doute d'apprendre que ce père est décédé seul. sans que personne ne puisse avertir la famille, puisque la famille, personne ne la connaissait. Marco, c'est vrai, vivait dans son appartement parisien, et au fil de toute sa carrière d'ambassadeur, de diplomate, avait pu se constituer un patrimoine assez important, que l'on évalue aux alentours de 4 millions d'euros. C'est un patrimoine conséquent, et Mathieu n'a pas du tout connaissance de cela. Il faut savoir que Mathieu n'est pas du tout dans le monde de la diplomatie. Mathieu est facteur. Il travaille pour la Poste Britannique à Liverpool. Il est célibataire, il n'a pas d'enfant. Et d'ailleurs, il vit avec sa mère, avec Julia. Donc, cette histoire d'héritage qui, dans un premier temps, survient dans sa vie via l'information du décès de son père, est assez brutale. Mais aussi, il y a le changement de vie que cela peut impliquer pour Mathieu en devenant l'unique héritier de Marco. Puisque recevoir 4 millions d'euros, c'est une somme vraiment conséquente. Et pour Mathieu, ça a changé sa vie, très clairement. Mathieu, nous l'avons revu, puisque la succession a mis un certain temps à se régler. Et Mathieu a voulu assister à certains rendez-vous. Donc il s'est déplacé. avec nous en Italie, puisque nous devions régler sa succession avec la collaboration d'un notaire italien. Et c'est quelqu'un qui finalement a toujours été assez content de ce qui lui arrivait, bien évidemment, de toucher cette somme d'argent, ça fait plaisir, tout en gardant à l'esprit le fait que ce père, il aurait aimé le connaître. Peut-être qu'il vivait avec l'espérance de le rencontrer un jour, à nouveau, je ne sais pas, c'est quelque chose que j'imagine parfois. En tout état de cause, il a toujours gardé une certaine bonne humeur, un certain flègme britannique, je dirais, qui ont permis de faire avancer les choses rapidement et sereinement. Et nous, bien évidemment, le fait de faire une recherche, de pouvoir terminer cette recherche, de la conclure avec les péripéties qui ont été celles que j'ai vécues, savoir qu'au bout du compte, au bout de la chaîne, en quelque sorte, nous avons pu améliorer le quotidien de quelqu'un, de quelqu'un qui s'est toujours montré sympathique, agréable. bien Tout simplement, ça fait plaisir et ça fait aimer ce que l'on fait.