- Speaker #0
« Bienvenue sur Pressroom, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques. »
- Speaker #1
« Ce que je découvre en arrivant sur place au Japon, je découvre que j'ai peut-être fait la connerie de ma vie. C'était de la charogne pourrie, c'était une infection. Alors là, mangez ! »
- Speaker #0
Aujourd'hui, on reçoit un reporter voyageur que vous connaissez tous. Il a parcouru plus de 70 pays en se faisant inviter chez les gens. C'était bien sûr Antoine de Maximi. le réalisateur de l'émission culte J'irai dormir chez vous. Dans cet épisode, Antoine va nous raconter pourquoi il a voulu prélever de la lave au cœur d'un volcan en activité, comment il a fait pour s'incruster dans les loges d'une grande star du cinéma et pourquoi il s'est retrouvé au milieu d'une fusillade aux Antilles. Alors abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains épisodes. Salut Antoine !
- Speaker #1
Ben salut !
- Speaker #0
Merci beaucoup d'être là, on est hyper contents.
- Speaker #1
Ben moi aussi !
- Speaker #0
De te recevoir. Parce qu'on t'adore, comme tous les Français. J'ai l'impression d'ailleurs... Non,
- Speaker #1
il y en a de temps en temps qui ne m'aiment pas, mais j'aime bien.
- Speaker #0
Ah oui ? Tu aimes bien quand on ne t'aime pas ? Oui,
- Speaker #1
parce que ça change.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est incroyable. Tout le monde, quand on nous voit, tu as fait « J'irais dormir chez vous » chez les Gaulois. Et tout le monde te connaît. Même les gens qui sont hors système.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est assez connu.
- Speaker #0
C'est dingue.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
23 ans, c'est ça que tu me disais ?
- Speaker #1
22 ans, le premier tournage. Et je ne sais pas quand ça va s'arrêter.
- Speaker #0
Il n'y a pas de raison.
- Speaker #1
Pour l'instant, ça va.
- Speaker #0
Toi, tu kiffes toujours ?
- Speaker #1
Je pars en Alaska dans dix jours. Si ce n'est pas ce que je vais faire.
- Speaker #0
Tu pars toujours comme ça ?
- Speaker #1
Ah oui, oui.
- Speaker #0
Tu ne prépares rien ?
- Speaker #1
Non. À l'Alaska, j'ai quand même réservé un ou deux avions parce que c'est tellement grand. Mais après, on verra.
- Speaker #0
Mais tu enquêtes un peu sur la culture ?
- Speaker #1
Non, non, ça non. Mais je regarde si c'est dangereux quand même. Mais la culture, je vais la découvrir. En fait, si tu prépares, il y a un défaut. Il y a un problème de préparer. C'est... Pour préparer, tu vas te servir déjà du travail des précédents. Et ces précédents, ils ont fait le même travail, ils se sont servis du travail des précédents. Ce qui fait qu'il y a une énorme inertie entre ce que tu vas découvrir et ce que tu t'attends à découvrir. Et le problème, c'est que quand tu as préparé inconsciemment, tu vas essayer d'obtenir ce que tu as écrit. Donc en fait, tu es déjà un propre frein à la situation actuelle. Quand tu ne sais pas, tu découvres par exemple aux États-Unis, quand j'ai traversé il y a... C'était quoi ? En 2007 ? Eh bien, tu t'aperçois qu'il y a des endroits où les mecs, ils roulent bourrés, où ils roulent très vite. Et quand j'ai acheté mon corbillard dans une casse, on est allé passer le contrôle technique et on fait quelques papiers. On redescend, enfin, on sort, on remonte dans la voiture et on dit bon, on y va. Et je lui dis maintenant, on va faire les tests. Il me dit non, non, c'est fini. Par rapport à nous, nous, les Français, le contrôle technique,
- Speaker #0
c'est sérieux.
- Speaker #1
Dans certains coins, parce que ce n'est pas partout pareil, aux États-Unis, ce n'est pas du tout ce qu'on éclairait, si tu veux.
- Speaker #0
Mais c'est ça l'intérêt de notre métier, finalement. C'est toujours d'être surpris.
- Speaker #1
Et pourquoi j'ai acheté un corbillard ? Parce que je voulais traverser les États-Unis. J'avais fait du train, du bus. Et puis, je me disais, ça serait plus marrant d'avoir un véhicule. Et je cherchais une décapotable américaine, etc. Mais les épaves de cette époque, il n'y en avait plus. Il n'y avait plus. C'est parce qu'elles ont été restaurées. Elles valent cher. Et tout à coup, je tombe sur ce corbillard dans une caisse. Je me dis, je veux ça, moi. Et je l'ai repeint. Au rouleau. J'ai pris un pot de peinture, un rouleau, et j'ai repeint la bagnole en rouge, ma couleur.
- Speaker #0
Comme ta chemise.
- Speaker #1
Et là, tout de suite, ça te donne une... Déjà, t'es décalé. Et où que tu arrives avec ce corbillard, t'es décalé.
- Speaker #0
Et les gens te remarquent.
- Speaker #1
Non seulement ils te remarquent, mais... Alors, ça peut faire une espèce de rejet, parce que quand je suis allé voir les Indiens avec un corbillard rouge, quand j'étais dans une tribu, ils étaient là, ils m'ont demandé de ne pas dormir là, parce qu'il y avait des esprits.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
Mais en même temps, tu arrives à d'autres endroits. Les gens adorent surtout le jour de l'Halloween.
- Speaker #0
Ah oui ? Oui,
- Speaker #1
avec les petites lampes sur les côtés qui étaient allumées. Non, c'est drôle. En fait, je cherche à me décaler à chaque fois, me différencier.
- Speaker #0
Et tu trouves toujours, à chaque fois ? Oui,
- Speaker #1
parce que ça m'amuse.
- Speaker #0
C'est ça. On voit que tu t'amuses quand même. Moi,
- Speaker #1
je m'amuse. De toute façon, si je ne m'amuse pas, je fais autre chose. Moi, je n'ai jamais travaillé.
- Speaker #0
Tu n'as pas l'impression que c'est un boulot, non ?
- Speaker #1
Ah ben non ! Travailler, en fait, je me suis aperçu d'un truc, c'est quand ça devient répétitif, en fait. Même faire des documentaires comme j'ai fait avant de « J'irai dormir chez vous » .
- Speaker #0
Ah oui, c'est ça, parce que tu m'as envoyé ton CV. Déjà, j'ai rigolé, il m'a dit « C'est mon roi, il m'envoie son CV » . Et là, mais tu as fait un milliard de métiers. Tu as été reporter de guerre, ingénieur du son, t'es comédien, écrivain, enfin... T'as eu mille vies, quoi !
- Speaker #1
Oui, et puis, mais je fais ça... parce que justement, ça me renouvelle.
- Speaker #0
Parce que tu es du genre à t'ennuyer vite sinon ?
- Speaker #1
Ah ouais. Les guises ne passent rien, je m'emmerde.
- Speaker #0
Mais là, tu as fait combien de pays avec J'irai dormir chez vous ?
- Speaker #1
J'irai dormir chez vous, on est à 73. Et dans ma vie, j'en suis à 120 à peu près.
- Speaker #0
Alors ce qui est marrant, ton CV a marqué Bac-2. Oui,
- Speaker #1
c'est rigolo. C'était rigolo. Bah oui, j'ai été viré à 17 ans. J'avais redoublé, j'ai eu le brevet au rattrapage tellement j'étais mauvais à l'école.
- Speaker #0
Tu n'aimais pas ?
- Speaker #1
J'aimais bien, mais ça ne fonctionnait pas. Ce n'est pas pour moi. Pour deux raisons. La première, c'est que moi quand je veux apprendre, je pose des questions. Tu ne peux pas faire ça dans une classe, c'est normal. Tu n'as pas un mec qui va poser des questions, donc le prof donne le cours. Et le deuxième problème que j'ai, c'est que je n'écoute absolument pas. J'écoute vraiment dix secondes. Au bout de 10 secondes, je pense à autre chose. Et ça va même plus loin.
- Speaker #0
Ça va trop vite dans ta tête en fait.
- Speaker #1
Oui, alors il paraît que maintenant c'est la mode, mais maintenant il faudrait que je sois TDAH, machin TDAH.
- Speaker #0
Trouble de l'attention avec hyperactivité.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
T'as l'air quand même... Oui. Hyperactif. C'est pas en activité,
- Speaker #1
mais ça va.
- Speaker #0
T'as toujours voulu faire ce métier, être journaliste ?
- Speaker #1
Moi je trouve que le mot qui me va mieux, c'est reporter.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est-à-dire le mec qui va quelque part et qui rend compte d'une situation. Et en général, j'essaye d'être très objectif.
- Speaker #0
Oui, tu arrives toujours à garder une neutralité. Mais tu n'en penses pas moins, j'imagine, parce que tu as vraiment un avis quand même.
- Speaker #1
Oui, j'ai un avis, mais je ne le donne pas pour une raison. Je me suis aperçu d'une chose qui est intéressante. Par exemple, je fais un voyage dans un pays, quel qu'il soit, et quand tu discutes avec les gens qui ont regardé le film, ils n'ont pas vu la même chose. Si tu leur tiens la main d'un bout à l'autre, tu vas les emmener sur ce que tu penses. Mais si tu ne dis pas, eh bien, tu vas avoir des gens qui vont te dire « moi, je n'irai jamais là-bas, les gens ne sont pas sympas » . Et d'autres qui vont te dire pour le même pays, ils vont te dire « c'est vraiment bien, moi, ça m'a donné envie d'y aller » . Eh bien oui, mais on n'a pas tous les mêmes goûts. Donc, moi, je laisse les gens avoir leurs impressions.
- Speaker #0
Tu les laisses, oui. Mais avant tout ça, toi, j'ai vraiment été… j'ai halluciné, tu as fait… plein de documentaires sur des expéditions scientifiques, des documentaires animaliers, etc. C'était ce que tu aimais au début ?
- Speaker #1
En fait, je crois que très jeune, j'ai compris une chose, c'est que je voulais m'amuser. Et donc, je voulais me faire plaisir. J'ai compris assez vite que j'avais qu'une vie. Jusqu'à maintenant, il semblerait que ça soit le cas. Et donc, j'ai... J'ai choisi les films que j'ai faits ou auxquels j'ai participé, parce qu'avant j'étais un créateur du son ou à l'image, en fonction de l'intérêt. Il m'est arrivé de refuser un film bien payé pour un autre pas payé. Mais l'expédition était géniale, donc je voulais la vivre. Et j'ai fait effectivement toute la partie documentaire. J'ai vraiment choisi des expéditions scientifiques extraordinaires.
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #1
Moi j'ai plongé au fond de la mer à 5000 mètres. J'ai dormi dans un volcan en activité avec un masque à gaz. Des gouffres de glace du Groenland, la cime des arbres en Amazonie. Plein, plein, plein de trucs.
- Speaker #0
Tu as fait d'ailleurs un de ces documentaires quand tu en parlais, dans le Niragongo. C'était un volcan en éruption en RDC.
- Speaker #1
Alors il était en activité.
- Speaker #0
En activité, oui. Il était en activité et tu voulais parler de celui-là. Quand je t'ai demandé sur quoi tu as envie de parler.
- Speaker #1
Parce que c'est une sacrée histoire. On a pris des risques incroyables. C'était une expédition géniale, il fallait aller chercher de la lave au fond du cratère. Parfois on peut arriver près du lac de lave, mais là ce n'est pas possible, c'est un cône, il fait 800 mètres de profondeur. C'est-à-dire la tour Eiffel, une autre tour Eiffel et encore une demi-tour Eiffel, c'est très très très haut. Et donc on descend là-dedans, tout se casse la gueule de tous les côtés, donc on est en portée. Pas stable du tout. Tu vois, ça bouillotte. C'est superbe.
- Speaker #0
Les images sont magnifiques.
- Speaker #1
Et nous, on est au bord. Alors en principe, on s'attachait, mais des fois, on ne s'attachait pas. Et ça peut partir. Là, c'est la loterie. Et on a tendu un câble en travers du cratère pour mettre une poulie et faire tomber une chaîne dans le lac de l'Ave pour amener des morceaux. Mais ça a été épique parce qu'on a dormi dans le volcan. Parce que c'était trop long de ressortir. Donc, on a mis un camp.
- Speaker #0
Il faisait hyper froid, en fait.
- Speaker #1
Alors, il faisait froid ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis surtout, tu es quasi sous l'équateur. Mais on est haut, 3000 mètres. Et surtout, le panache qui monte, parfois il y a du vent, ils le rabattent dedans. Mais ça veut dire que d'un seul coup, tu ne vois plus rien, mais plus rien.
- Speaker #0
C'est quoi ? Il y a de la fumée ? Oui,
- Speaker #1
tu es dans le panache, la fumée du volcan. Et surtout, tu ne peux plus respirer. Et donc, on avait en permanence accroché à la ceinture un masque à gaz. Donc, d'un seul coup, tu prends ton masque à gaz. Alors, ça marche très bien. Tu es à la campagne, mais tu ne vois toujours rien. Et quand tu dors dans le volcan, il y a des moments où il n'y a pas de gaz. Tu t'endors et puis d'un seul coup, le gaz arrive. Tu mets ton masque, tu te rends d'or. Et puis là, ça devient jambon sous cellophane. C'est-à-dire ? Tu l'enlèves et puis tu t'aperçois que le panache est parti. Donc, tu te rends d'or. Puis une heure, deux heures, tu n'en sais rien, ça revient. Tu le remets. Au bout de trois jours, t'es un peu... t'es crevé quoi.
- Speaker #0
Ouais, ouais, les conditions avaient l'air vraiment extrêmes.
- Speaker #1
Mais quelle expédition ! Quelle expédition quand on est en train de sortir l'échantillon, qu'on est tous au bord. On n'est pas assez, il y a l'ingénieur du son, moi... Oui,
- Speaker #0
t'es vraiment dedans, on peut voir.
- Speaker #1
Tout le monde tient les trucs pour essayer de sortir l'échantillon. Il n'y a qu'un mec qui ne donne pas un coup de main, c'est le caméraman.
- Speaker #0
Toi, tu étais réalisateur sur ces documentaires-là. Tu t'es spécialisé à un moment donné dans toutes ces expéditions scientifiques, etc., Et c'est ensuite que t'as pensé à gérer dans le mur chez vous ? Oui,
- Speaker #1
pour une raison simple. Plusieurs raisons. D'abord, le fait de faire des trucs aussi variés que ça. Et là, on n'en a pas parlé beaucoup.
- Speaker #0
Oui, t'as fait des documentaires animaliers aussi.
- Speaker #1
Ah oui, en plus.
- Speaker #0
Beaucoup.
- Speaker #1
Mais même dans les expéditions. J'ai fait une autre expédition avec deux sous-marins. Et donc, toutes ces expéditions-là qui étaient plus étonnantes les unes que les autres, eh bien, bizarrement, au bout d'un moment, tu trouves que c'est la routine. Parce que... Ça n'a rien à voir d'aller en sous-marin ou machin, mais tu commences à avoir un peu les mêmes recettes. Tu commences à trop savoir faire et c'est moins drôle. Donc au bout d'un moment, j'ai dit je vais repartir tout seul. Et là, je suis libre. Et quand je fais, j'irai dormir chez vous depuis 22 ans. Je pars le jour que je veux. La destination, je pars en Alaska dans une semaine tout rond. J'ai pris ma décision hier.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Et le billet était pris aujourd'hui. Parce que je serais peut-être allé ailleurs.
- Speaker #0
Comment tu as eu l'idée, toi à la base, de proposer une émission pour aller faire le tour du monde et dormir chez les gens ?
- Speaker #1
Il y a plein de raisons qui m'ont poussé à faire gérer Dormir Chez Vous. La première, c'est que j'avais envie de faire des portraits de gens normaux. Moi, j'étais avec des gens qui dormaient dans des volcans, qui allaient en sous-marins, qui vivaient avec les singes, qui faisaient que des trucs extraordinaires. Et j'avais envie, parce que je voyais qu'il y avait des gens qui étaient des vraies natures, qui dégageaient... mais qui faisait en même temps rien de spécial.
- Speaker #0
Des gens ordinaires, on va dire.
- Speaker #1
Et si tu veux, tu me proposes un truc là-dessus, ça n'intéresse personne. J'avais envie de faire une émission tout seul parce que je savais, j'avais été caméraman, réalisateur, présentateur, ingénieur du son. Donc, je me dis, je connais tous les postes du tournage. Il y avait le défi technique aussi de développer ce matériel particulier. Je rappelle le matériel. J'ai un sac à dos petit. J'ai une petite caméra là, mais on est bien avant les GoPro. Une caméra, c'est comme les GoPro, mais ça n'existe pas à l'époque. Donc qui filme les gens en face de moi ? Et puis j'ai un harnais avec une tige et c'est là qu'on m'a pris pour un cinglé. Avec une tige, une caméra qui me filme moi.
- Speaker #0
Pour avoir tes réactions en fait ?
- Speaker #1
Pour avoir champ contre champ.
- Speaker #0
Champ contre champ.
- Speaker #1
Exploitable.
- Speaker #0
Et plus une à la main.
- Speaker #1
Et une à la main que je fais souvent en bandoulière.
- Speaker #0
Une là, une sur toi et une... ok.
- Speaker #1
Voilà. Et une télécommande qui met en route les deux. Les deux petites. Et je pars dans tous les pays du monde parce que ça me permet de filmer absolument tout seul. Je pars dans tous les pays du monde, j'en suis à 73 pays. Et l'idée, c'est de dormir chez les gens. Ça, c'est le moteur. C'est ce qui te pousse à aller vers eux. Que tu y arrives ou que tu n'y arrives pas, c'est moins important. Ça fait partie du jeu, mais c'est moins important. Ce qui est important, c'est que tu vas rencontrer des gens que tu n'aurais pas rencontrés autrement. Et en fait, ça m'a permis donc de faire énormément de pays. de rencontrer des gens extrêmement différents.
- Speaker #0
Toi, au début, quand tu es allé voir les chaînes de télé ?
- Speaker #1
En fait, ils ne m'ont pas du tout pris au sérieux parce qu'il faut remettre ça dans le contexte. On est en 2000, 2001, 2002. Il y a des trucs qui n'existent pas. C'est la perche à selfie. Personne ne se prend en photo. Personne. Moi, je me rappelle sur un tournage, un copain qui va se balader tout seul et on se sépare là, on est en Afrique du Sud. Il prend son petit appareil jetable et il se prend en photo devant l'avion. Et on éclate tous de rire. Personne ne fait un selfie, ça ne se fait pas. Donc moi j'arrive avec une idée où je suis en selfie permanent. Donc déjà mauvais point.
- Speaker #0
Et ce que sont dit les complètement mégalos celui-là ?
- Speaker #1
Bien sûr, mégalos. Et puis ils me disent tu vas filmer qui ? Je ne sais pas puisque je veux partir au hasard. C'est tout, c'est n'importe quoi ce que je dois faire.
- Speaker #0
Ils n'aiment pas du tout ça les chaînes, il faut avoir un dossier.
- Speaker #1
Moi je ne peux pas faire de dossier. Et donc tout le monde me dit non. Sauf la petite chaîne Voyage. Et la petite chaîne voyage, c'était François Fèvre à l'époque. Elle a un truc extraordinaire. Elle n'a pas de mesure d'audimat. Et c'est ça qui m'a sauvé. Et je vais t'expliquer pourquoi. Si j'avais France 5 aurait dit oui dès le début. Qu'est-ce qu'on fait ? On fait l'épisode, on le diffuse et puis on regarde le score. Et on dit tous et j'aurais été pareil. J'aurais dit oui. Comment est-ce qu'on peut faire pour que ça soit mieux ? Pour que le score monte ? On aurait dit qu'il faut mettre du commentaire parce que là, on ne sait rien sur le pays. Alors, on aurait fait des tas de choses qui nous auraient ramené vers la norme. Alors que là, il y avait juste François Fèvre et puis deux, trois personnes qui regardaient et puis qui disaient qu'ils avaient bien rigolé. Et comme ils ne savaient pas si ça marchait ou ça ne marchait pas, ils ont juste suivi, comme mon producteur, Bonne Pioche, etc., ils ont juste suivi est-ce que ça nous plaît ou pas. Et comme ça marchait, ça faisait rigoler tout le monde, on a continué. Et là où j'ai un peu eu les gens de voyage, c'est que je leur dis qu'est-ce que je fais ? Je continue. Et là ils me disent, ben oui faisons un autre. Sauf que moi je suis lancé, hyperactif et j'en faisais un par mois. Mais le temps qu'on leur montre... Ah ouais,
- Speaker #0
tu partais tout le temps.
- Speaker #1
Ah ouais, parce que j'avais vraiment optimisé le montage, etc. En décalé. Et donc j'en ai fait trois avant qu'ils aient le temps de comprendre. Ce que je découvre en arrivant sur place au Japon... Je découvre que j'ai peut-être fait la connerie de ma vie parce que j'arrive à parler à personne. Je suis dans les rues, mais désemparé. Comment est-ce que je vais faire 52 minutes ? Les gens ne me comprennent pas, ils ne me répondent pas. Je suis à côté de la plaque tout le temps. Et heureusement, j'ai une discipline, c'est que tous les matins, je regarde mes images. Et là, je découvre un mec complètement paumé qui ne sait pas ce qu'il va faire. Et ça se voit sur ma gueule. Et c'est drôle. Et je me barre en voyant ma propre gueule qui est désespérée. Ce qui fait que le lendemain, j'en repars toujours avec aussi peu de résultats, mais avec le côté taquin. Je m'amuse, je les propose.
- Speaker #0
T'es dans l'auto-dérision aussi de toi-même.
- Speaker #1
Auto-dérision également.
- Speaker #0
Oui, ça marche bien, ça va toujours.
- Speaker #1
Le Japon est le premier épisode où tu rigoles beaucoup.
- Speaker #0
Comment tu fais ? C'est très, très rare qu'on te voit gêné dans des situations. T'es toujours hyper à l'aise avec les gens ? D'où ça te vient, ça ? Même là, nous, on s'est rencontrés. Tu es toujours à l'aise et tu mets tout de suite les gens hyper à l'aise. Comment tu fais ?
- Speaker #1
Je ne sais pas comment je fais, moi. Moi, je suis fils de deux artistes.
- Speaker #0
Alors, ils faisaient quoi tes parents ?
- Speaker #1
Ils étaient extraordinaires mes parents. On est où on peut. Moi, je suis bien tombé. Je suis tombé chez des pauvres, mais vraiment pauvres. Mes artistes. Et pour résumer...
- Speaker #0
Ils étaient dans quoi ? Dans quel type ?
- Speaker #1
Mon père faisait du dessin. Mais il faisait un truc... original que je n'ai jamais vu nulle part ailleurs. Et il n'est pas connu parce que mon père, il était tout son fameux homme d'affaires.
- Speaker #0
Il faisait quoi ?
- Speaker #1
Il faisait des dessins avec des petits traits entrecroisés. Et ta mère ? Ma mère, comme elle n'avait pas d'argent, elle n'avait pas de quoi se payer les toiles. Donc, elle a eu l'idée de récupérer des cagettes sur les marchés.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, elle peignait sur les lattes.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et elle mettait un tissu noir derrière et les interstices entre les lattes devenaient des barreaux. Et elle a peint des gens en prison pendant des années.
- Speaker #0
Tu es fils unique ?
- Speaker #1
Non, on est quatre.
- Speaker #0
Vous avez quatre enfants et quand tu dis que vous étiez pauvre, c'était vraiment... T'en avais pas d'argent.
- Speaker #1
Ma mère, par exemple, quand elle faisait les nouilles et qu'il n'y avait presque plus de beurre, elle faisait fondre tout le beurre qu'il y avait sur le papier pour être sûre qu'on ne jetait rien. Et moi je l'ai vu revenir parce que ce n'est pas toujours rigolo. Je l'ai vu revenir en pleurs parce que l'épicier n'a pas fait crédit pour une plaquette de beurre. Tu vois ?
- Speaker #0
Mais c'est marrant parce que tu me parles de ça quand je te demande comment tu fais pour être toujours aussi à l'aise avec les gens.
- Speaker #1
Ils étaient heureux, ils étaient gais et on a mangé des nouilles et des patates pendant des années à tous les repas.
- Speaker #0
Mais en rigolant quoi !
- Speaker #1
Ah oui, parce qu'il y avait toujours énormément de monde qui venait à la maison, toujours des gens décalés, à part, mais pas forcément plus des pauvres. Et d'ailleurs très souvent les invités ils amenaient à manger, ils venaient manger à la maison avec des victuailles. Parce qu'il savait bien que sinon, il n'y avait pas assez. Non, non, c'était...
- Speaker #0
Et c'est ça qui t'a donné ton ouverture d'esprit. Enfin, tu as continué. Ouais.
- Speaker #1
J'en sais rien en fait.
- Speaker #0
Parce qu'il y a des fois, quand on te... Des fois, on est presque mal à l'aise pour toi quand on te voit approcher des gens et que tu fais... On se dit, oulala, comment il va s'en sortir ? Et toi, t'as toujours le bon mot. T'es jamais mal à l'aise, ouais. C'est rare.
- Speaker #1
Rare, ouais, c'est rare. Et si je suis mal à l'aise, à ce moment-là, je vais le dire et je vais en rire.
- Speaker #0
Mais oui, parce qu'en plus, c'est ce qu'il y a de plus difficile d'aller filmer chez les gens. Le moment où on leur demande est-ce qu'on peut venir filmer chez vous pour voir un petit peu votre vie ? Regarde comment tu formules.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut venir maintenant pour voir un peu votre vie ? Il y a cette première formulation qui met une distance.
- Speaker #0
Toi, tu dis quoi ?
- Speaker #1
On va chez toi.
- Speaker #0
Ouais, direct. Tu ne poses pas la question, en fait.
- Speaker #1
Si, il y a un petit point d'interrogation à la fin.
- Speaker #0
On va chez toi ?
- Speaker #1
On va chez toi. On peut aller chez toi. Et puis, il y a une deuxième chose qui nous différencie, c'est que toi, tu vas arriver avec au moins une personne, peut-être deux.
- Speaker #0
Des fois, j'étais seule. C'est vrai que quand j'étais seule, c'était beaucoup plus simple.
- Speaker #1
Eh oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Moi, je suis tout seul. Et puis, mon matériel dont on parlait tout à l'heure, il a un truc extraordinaire, c'est que... Quand je parle avec quelqu'un, comme si on discutait là maintenant. J'aurais moi avec une tige là, j'aurais la petite caméra qu'on ne voit pas et on discuterait pareil. Les mains, je ferais pareil. Le regard, je ferais pareil. Tout est pareil. Donc les gens ne sentent pas la pression de la caméra. En fait, c'est assez étrange. Quand j'ai fait le premier essai dans Paris, je suis arrivé, il y avait un petit mec qui était en train de décharger des caisses. C'était un marché. Il regarde le matériel. Je lui parle. Il me répond « C'est fini » . Le matériel n'existe plus. Et il ne me pose même pas la question de savoir à quoi ça sert. Quasi jamais. En revanche, comme j'avais un petit réglage à faire, il fallait toujours que si je devais toucher mon réglage, que je regarde ailleurs. Le premier essai, il a été vachement intéressant.
- Speaker #0
Donc c'était à Paris ?
- Speaker #1
À Paris.
- Speaker #0
Où ça exactement ?
- Speaker #1
Alors le tout premier, c'est le marché de Jean. C'est la goutte d'or.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Tu vois ? Parce que moi, je voulais un truc cosmopolite. Je ne pouvais pas aller à l'étranger, je voulais y être. Et donc, j'avais trouvé cette fameuse boîte russe qui me fait le matos. Je vais les voir et je leur dis voilà ce que j'ai envie de faire. Et je repars avec deux caisses, deux petites valises. Je rentre chez moi, je m'équipe et je me regarde dans la glace.
- Speaker #0
Donc tu avais déjà réfléchi, tu allais le champ, tu penses au champ.
- Speaker #1
Il y avait des micros, tout était installé. Mal foutu, ça tenait que du scotch, le micro il pendait. La caméra, j'avais mis une cale en bois. Enfin, tout merdeux. Mais... Le principe est là. Je me regarde dans la glace, erreur, je suis ridicule. Je range tout et je dis je vais leur ramener. Heureusement, je n'y vais pas le jour même. Le lendemain matin, je me dis je vais leur ramener et je me dis c'est con, je n'ai même pas fait un essai. Il faut au moins que j'essaye. Tu es qu'un con, tu n'as pas essayé, c'est la phrase. Je me rééquipe. Je demande à un copain de venir avec moi. Je ne sais pas si on va pas me casser la gueule avec ce truc. On ne sait rien, comment ça va être pris ? Et j'arrive sur ce marché de gens et là, je m'aperçois que les gens me parlent, mais comme je n'ai jamais vu quand je faisais du reportage, les mecs n'étaient jamais aussi naturels. Et je rentre chez moi pour regarder les images, il ne s'est rien passé de spécial. Mais je regarde, je dis putain, mais c'est génial !
- Speaker #0
Ça marche.
- Speaker #1
Ça vit. Je fais le montage et là, je commence à essayer de mettre le truc en route. Je suis passé à deux doigts de jamais faire cette série.
- Speaker #0
Tu disais que tu étais toujours quand même en impro total quand tu partais. Comment tu fais pour sentir si tu dois aller chez telle ou telle personne ? Comment tu fonctionnes ? C'est à l'intuition ?
- Speaker #1
Je ne sais pas te dire, j'ai l'impression que j'ai développé, je ne suis pas très croyant dans tous ces trucs, mais j'ai l'impression que j'ai développé une espèce de sixième sens d'intuition. Et je dis le sixième sens n'est que la somme des cinq sens, mais exploité d'une manière plus ou moins inconsciente. Mais tu ne devines rien à mon avis. Mais comment je fais pour me pointer fin fond du Kazakhstan et arriver le jour où ils font un Bouskachi qu'ils ne font qu'une fois dans l'année ? Le Bouskachi c'est une espèce de sport. C'est un sport qui ne plaît pas beaucoup aux Français. Ils prennent une chèvre, ils dégorgent et ils jouent avec le corps. c'est une tradition ancestrale d'Asie centrale moi j'ai pas jugé ça je ferais pas mais bon j'arrive sur l'événement de l'année alors que j'ai rien et que j'aurais pu tourner à droite au lieu d'aller à gauche t'as une bonne étoile aussi t'as
- Speaker #0
l'intuition, une bonne étoile et je vais te dire un truc,
- Speaker #1
un autre sur l'énergie le fait de croire au truc maintenant je crois à tout il y a deux secondes tu croyais à rien maintenant tu crois à tout C'était quoi ? Je ne crois y rien.
- Speaker #0
Tu disais, je ne suis pas croyant.
- Speaker #1
Ah non, mais je crois à tout qui est possible. Voilà, je crois que tout est possible. Ça, je voulais dire. C'est depuis que j'ai fait J'irai dormir chez vous parce que je me suis aperçu que quand ça se passe bien, je ramène des belles séquences, c'est bon pour le film. Et quand je suis dans la galère, la pire possible, où normalement toi tu pleures parce que t'es en panne au fin fond de l'Afrique et que tu ne sais pas ce que tu vas faire. Je suis en train de tourner une putain de bonne séquence. Donc, l'énergie, elle reste là. Et je me suis aperçu que je m'en sortais mieux. Ce qui fait qu'aujourd'hui, quoi qu'il m'arrive, il n'y a rien qui m'atteint. Je reste positif.
- Speaker #0
Oui, parce que si ça se passe bien, c'est une bonne séquence. Si tu as une galère, c'est une bonne séquence aussi.
- Speaker #1
C'est une meilleure séquence même. Tu vois ? Donc, tu gardes le moral puisque tu fais une bonne séquence.
- Speaker #0
Elle s'est remise à brouter et là, elle s'est complètement arrêtée.
- Speaker #1
Et donc, maintenant, je suis avec un moral qui est un peu indestructible.
- Speaker #0
Oui, ça sent.
- Speaker #1
Mais là, je suis arrivé à un niveau... Mais je fais gaffe, je ne me prends pas au sérieux. Je sais que tout peut foirer. Prudent. Avec le doute. Il faut garder le doute.
- Speaker #0
C'est quoi les situations les plus compliquées où tu t'es retrouvé ?
- Speaker #1
Oh ben alors, il y en a eu plein. Il y a eu plein, je pense qu'une des plus marquantes, c'est la fusillade. J'étais à Sainte-Lucie, dans les quartiers chauds, où t'as un peu des bordels, des trucs comme ça, avec mes caméras. Et déjà, à un moment, je monte à un étage et je vois comment ça s'appelle, je comprends pas trop ce que c'est. Je dis « je peux entrer ? » Ça a l'air d'être un peu un bar. Le gars il dit « oui, mais avec les caméras, non » . Je dis « bah moi je laisse pas mes caméras, tant pis » . Il dit « Bon, tu peux rentrer, mais tu ne filmes pas. » Évidemment, je mets tout en route. En fait, c'était un truc de striptease. Alors, au moment où je suis rentré, il n'y avait pas de striptease. Et je pense que c'était bien, je ne reste pas longtemps. Je ne sais jamais comment ça peut tourner. Mais ça donne le ton. Et puis, je redescends et je me retrouve devant un petit couple vachement sympa. On commence à discuter. Et là, d'un seul coup, juste derrière moi, il commence à y avoir des coups de feu. Le bar, mais qu'il est à 5 mètres, le bar. Ouais. Se vit dans deux minutes, tout le monde qui sort en courant. Et puis ils disent bouge pas, bouge pas. Moi, grosse tension à ce moment-là. Et là, le mec se remet à tirer. En fait, tu as deux sortes de peurs. Tu as la peur, comme ça, adrénaline très courte. Parce que deux minutes après, c'est fini. Tu n'es pas mort, plus de raison d'avoir peur. Et puis il y a le truc où c'est beaucoup plus tendu. Tu sens qu'il y a des gens qui te cherchent. Ça, ça m'est arrivé en Bolivie. Parce qu'il y avait une nana qui avait essayé de me faire monter dans un taxi, vraisemblablement pour me dépouiller. Et dans les jours qui ont suivi, il y avait des gens qui me cherchaient. Je le savais.
- Speaker #0
Ah, carrément !
- Speaker #1
Et je me suis retrouvé à l'ambassade de France sous protection. Je suis sorti de là où je dormais, caché dans une voiture, par terre. Et puis le lendemain, j'ai pris un billet d'avion le jour même. Et le lendemain matin, on m'a emmené à l'aéroport.
- Speaker #0
On t'a exfiltré quoi ?
- Speaker #1
Oui, direct.
- Speaker #0
Mais on te voit aussi tout le temps goûter à plein de plats.
- Speaker #1
Oui, si les gens les mangent, tu peux les manger. Oui,
- Speaker #0
mais en Inde, on te voit goûter à plein de plats. Il y a des trucs qui sont quand même un peu bizarres. Tu t'en gênes malade ?
- Speaker #1
Non, en fait, ce qu'il ne faut pas faire, c'est manger des trucs crus. Mais tu peux manger n'importe quoi qui a cuit longtemps. Pour te donner une idée, sur une expédition que j'ai faite en Afrique, sur un lac, une expédition scientifique géniale, eh bien, à un moment, je retourne au camp. et une odeur pestilentielle. Et je me rends compte que ça vient de la cuisine. Je vais voir le cuisinier, et puis je lui dis « C'est quoi cette odeur ? » Il me dit « C'est la viande » . Je lui dis « La viande ? » « Ben oui, parce que je l'ai mise dans le congélateur, mais le groupe électrogène tombe en panne, alors ça congèle, ça décongèle, ça congèle. » Je lui dis « Ben alors elle est foutue ? » Il me dit « Ben non, elle n'est pas foutue. On va la faire cuire 4 heures, et il n'y aura plus rien de vivant. » Personne n'a été malade. Mais c'était de la charogne.
- Speaker #0
Ah ouais !
- Speaker #1
C'était de la charogne pourrie, c'était une infection.
- Speaker #0
Ah ouais !
- Speaker #1
On l'a mangé ?
- Speaker #0
Tranquille.
- Speaker #1
Non, ça pue un peu. Parce qu'une fois que tu as identifié l'odeur, tu la retrouves. Mais tu n'es pas malade.
- Speaker #0
Alors j'imagine qu'on te pose toujours cette question. Quel est le pays de tous les pays que tu as faits, celui que tu as préféré ? Et c'est lui que tu as le moins aimé ? Ah, c'est la France.
- Speaker #1
C'est le meilleur pays.
- Speaker #0
Et c'est lui où tu t'es senti le moins bien ?
- Speaker #1
Là où c'est le plus difficile, c'est quand... Je parle pour l'émission. C'est quand tu te retrouves avec des pays qui fonctionnent complètement différemment.
- Speaker #0
Non !
- Speaker #1
Les pays un peu radicaux, même pas radicaux. Tu vois le sultanat d'Oman, les gens sont adorables, mais les codes sociaux sont extrêmement éloignés.
- Speaker #0
Tu ne peux pas aller dormir chez eux. Ah,
- Speaker #1
tu ne rentres pas.
- Speaker #0
Tu ne rentres pas.
- Speaker #1
Non, tu ne rentres pas. Je suis arrivé à rentrer une fois dans la maison, mais très peu.
- Speaker #0
Tu ne rentres pas parce que tu es étranger ou parce que tu as une caméra ? Non,
- Speaker #1
parce que la manière de fonctionner est la suivante. Tu as ta maison et personne ne rentre là-dedans, sauf d'autres femmes, mais pas les hommes. Et puis, tu as la pièce de réception où les hommes rentrent, mais les femmes n'iront pas. C'est comme ça. Et donc, toi, quand tu veux dormir chez quelqu'un, il te fera volontiers dormir dans cette pièce. Tu seras accueilli, mais vraiment, à te donner à manger, tu es très bien accueilli. Mais tu ne rentreras pas dans la partie privée de la maison.
- Speaker #0
Et toi, c'est ça qui t'intéresse ?
- Speaker #1
Oui, et je suis juste arrivé au sultanat de rentrer dans une maison parce que c'est des gens homanés qui avaient vécu en Occident.
- Speaker #0
Donc, ils connaissaient les codes. Oui. Et je n'ai pas dormi chez eux. J'ai demandé si je pouvais dormir, le mec m'a dit non. Mais sympa ! Mais non.
- Speaker #1
Et la rencontre la plus incroyable que tu aies faite ?
- Speaker #0
Écoute, je ne sais pas. Moi, la plus, je ne sais jamais répondre. Mais dans les plus belles...
- Speaker #1
Oui, les belles rencontres.
- Speaker #0
Il y en a une très, très, très belle que j'ai faite la deuxième année, où j'arrivais à dormir chez vous, où j'arrive dans un petit village perdu au Cambodge et il y a une espèce de petite cabane sur piloti. Tu vois, le sol, il est à cette hauteur-là. Et puis, je me retrouve devant une vieille personne. Je ne sais même pas si c'est un homme ou une femme qui est à moitié chaud. Et puis, on se regarde et on ne sait pas quoi se dire. On ne peut pas communiquer, tu vois. Et puis, il y a une complicité qui naît parce qu'on se regarde et on rigole. Et on ne sait pas quoi se dire, mais à chaque fois qu'on se regarde, on rigole.
- Speaker #1
Vous vous aimez bien. Vous vous aimez bien, oui.
- Speaker #0
Et il y a un truc formidable qui va se passer, c'est que... Au bout d'un moment, comme il ne sait pas trop quoi faire, il prend un instrument qui est, j'ai jamais vu ce truc, un cylindre avec des cordes un peu tout le tour. Et puis, il les règle à sa gorge. Et puis, il commence à faire une petite mélopée en boucle. Et moi, je sais faire un truc, c'est de faire de la flûte en soufflant dans mes mains. Un truc comme ça.
- Speaker #1
Oh, pas mal !
- Speaker #0
Bon, là, je suis à froid. mais je fais laver Marianne Gounod quand même.
- Speaker #1
Ah ouais !
- Speaker #0
Et donc, je commence à jouer avec lui. Et là, la magie, la vraie magie se crée. Et je me disais, je me disais : pourvu que les caméras tournent, pourvu qu'elles soient pas en panne, pourvu qu'il n'y ait pas une merde... Parce que je sentais que j'avais une des plus belles rencontres de la série. C'est-à-dire deux personnes qui ne se connaissent pas, qui ont des cultures différentes, et qui se rejoignent sans pouvoir communiquer, juste avec la musique. Et la rencontre, elle dure huit minutes.
- Speaker #1
Mais comment d'ailleurs tu fais pour communiquer quand tu ne parles pas du tout la langue ?
- Speaker #0
Alors, comment je faisais pour communiquer ? Parce qu'aujourd'hui, je sors mon téléphone. Je parle en français et il cause en arabe. Mais je faisais par gestes. Et je regrette d'ailleurs que ça, ça ait disparu.
- Speaker #1
Bah oui, c'est sympa.
- Speaker #0
Parce qu'il y avait toute une période où tu t'apprivoisais, parce que tu ne te comprenais pas, mais tu avais envie de communiquer. Alors qu'aujourd'hui, le mec, si ce n'est pas toi qui le fais, il sort son téléphone et il dit « Qu'est-ce que tu cherches ? » Et là, tu es obligé de répondre quelque chose. Il n'y a plus le fait de devenir ami avant d'arriver à dire ce que tu veux. Avant, tu devenais ami. avant même de savoir ce que tu allais dire à l'autre.
- Speaker #1
Oui, juste au regard. Après,
- Speaker #0
la communication se fasse.
- Speaker #1
Juste au regard. Voilà.
- Speaker #0
Alors qu'aujourd'hui, l'approche se fait différemment. Il y a un truc qui a pris une ampleur démesurée, c'est quand je suis allé en Algérie. Je suis allé en Algérie, c'est un épisode qui a été un peu compliqué parce que j'ai été suivi beaucoup par la police. Mais ils ne me contrôlaient pas. Ils n'étaient pas du tout en train de vérifier que je n'allais pas faire des trucs interdits, etc. Ils voulaient juste être sûrs qu'il ne m'arrive rien.
- Speaker #1
Ah, ils te protégeaient en fait.
- Speaker #0
Ils me protégeaient. Parce que pour eux, ça aurait été une très mauvaise chose pour l'image du pays.
- Speaker #1
Je m'étonne.
- Speaker #0
Mais moyen ou autre, ils ont fait une erreur parce qu'ils étaient beaucoup trop présents. Et les gens du pays avaient peur de leur propre police. Ce qui fait qu'au début, la rencontre, elle est magique. Les gens sont hyper sympas en Algérie, mais ils sont adorables. Ils t'invitent tout de suite chez eux. C'est le Maghreb. Et le problème, c'est que dès qu'ils voyaient la police, ils faisaient machine arrière. Et parfois même, la police disait non, non. Tu peux pas aller chez le monsieur parce qu'ils avaient peur que je mange un truc qui me rende malade. Toujours est-il que je suis allé en Kabylie et qu'à un moment, je rencontre un mec qui s'appelle Daoud. Et Daoud à un moment, je lui dis « Je peux aller chez vous ? » « Mais il n'y a pas de problème ! » « Mais je vous préviens, la maison est dans un état lamentable. » Il me dit, qu'est-ce qu'on va manger ? Tu veux manger ? Alors il prévoit de faire ce qu'il sait faire. Sa femme n'est pas là. Alors il veut me faire des oeufs bouillis, des patates bouillies, et puis de l'huile d'olive, etc. Et là, il me dit pour boire. J'ai dit, ça ne sert à rien, moi je bois de l'eau. Eh non ! Un peu de gazouze, un peu de limonade. Et la manière dont il le dit est tellement sympa que ça s'est retrouvé sur les réseaux sociaux et ça a fait un carton incroyable. énorme dans tous les pays francophones.
- Speaker #1
Juste cette petite phrase ?
- Speaker #2
Oui, c'est moi qui régale pour manger. On fait des courses et moi je pèche ?
- Speaker #3
Non, non, non. Jamais, il n'est pas question. Les oeufs dans l'eau, on va les couper. Des oeufs durs. De l'huile de cabirine. La pomme de terre comme la purée. Qu'est-ce que vous aimez ? C'est bien,
- Speaker #0
comme vous.
- Speaker #3
Comme gazouge. Ah,
- Speaker #2
moi je bois de l'eau, moi.
- Speaker #3
Non ! Gazouge, un peu de limonade.
- Speaker #2
Ah oui, un petit...
- Speaker #0
Il s'est allé beaucoup plus loin. Lui, c'est devenu une star en Algérie. Il se promène dans Alger. Il fait des selfies avec tout le monde. Tout le monde le connaît. Et là où c'est un peu l'apothéose, il a fait la quatrième de couvre de Libé.
- Speaker #1
Ah dingue !
- Speaker #0
Le mec, il a interviewé.
- Speaker #1
C'est incroyable !
- Speaker #0
Il ne connaissait pas l'émission. Il m'a invité spontanément, tu vois. Et c'est là où c'est super drôle. C'est que ça, vraiment, ça explose. Il y a un mec que je n'avais jamais entendu parler de ce gars. C'est DJ Snake.
- Speaker #1
Oui, je vois qui c'est.
- Speaker #0
Qui a des racines algériennes. Oui. Il a invité Daoud, il lui a payé l'avion, l'hôtel et il l'a invité au Stade de France. Quand il a fait le Stade de France. Ah mais lui, ça a changé sa vie.
- Speaker #1
Tu m'as aussi donné à regarder comme « J'irai dormir chez vous » , celui que tu as fait à Bollywood.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Pourquoi celui-là t'a particulièrement marqué ?
- Speaker #0
Parce que je crois qu'avec du recul maintenant, je crois que je peux dire que c'est un des plus beaux voyages que j'ai fait pour la série. Et je me suis retrouvé trois mois tout seul. Et l'un, si tu veux, le choc... de culture, il est beaucoup plus grand que quand j'avais traversé les États-Unis. Surtout que les États-Unis, c'est assez homogène. Alors que l'Inde, d'une région à l'autre, ce n'est pas du tout la même mentalité. Ce n'est pas la même religion. Et c'était vraiment, je crois que c'est le voyage le plus fabuleux que j'ai vu, que j'ai fait avec de temps en temps des gens qui dorment sur des trottoirs. J'étais invité à des mariages. Je me suis retrouvé à Bollywood.
- Speaker #1
à Bollywood, sur les tournages où tu arrives à t'incruster dans les loges d'une grande star parce que tu la lâches pas tu veux absolument aller chez elle elle me dit oui et après elle t'ignore un peu elle est faite de paupers la vraie de vous déranger excusez
- Speaker #0
moi je voudrais pas vous embêter mais pardon Je dis, je ne veux pas vous déranger. Vous étiez d'accord pour discuter, mais peut-être pas maintenant ?
- Speaker #1
Non, là, pas maintenant, je n'ai pas le temps.
- Speaker #0
Elle ne me voit pas et elle ne veut pas me voir. Ah, on y va ?
- Speaker #1
Je reviens demain, il y a eu des problèmes sur le plateau.
- Speaker #0
Ben oui, mais je devais vous voir.
- Speaker #1
Oui, je sais, mais il y a eu des problèmes.
- Speaker #0
Et vous revenez demain ?
- Speaker #1
Oui, à 7h.
- Speaker #0
7h du matin ? Et on aura un peu de temps ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #2
mais là, je dois vraiment filer.
- Speaker #1
Donc toi quand même, tu leur expliques, voilà, je suis réalisateur, je travaille pour la France.
- Speaker #0
Le plus tard possible, toujours.
- Speaker #1
C'est ça, à quel moment tu leur dis que...
- Speaker #0
Quand ils demandent.
- Speaker #1
Hein ?
- Speaker #0
Quand ils demandent.
- Speaker #1
Que je demande c'est quoi ces camarades, tout ça.
- Speaker #0
Oui, mais souvent ils ne demandent pas.
- Speaker #1
C'est ça qui est dingue.
- Speaker #0
C'est juste l'énergie de la rencontre qui fait que tu ne poses pas de questions. Tu sais, regarde un truc, un parallèle simple. Une belle rencontre, et je suis sûr que ça arrive à toi, à tout le monde. Tu tombes sur quelqu'un, ça matche. Tu causes, tu causes, tu discutes, tu discutes. À quel moment tu demandes le prénom ? Ça fait deux heures que tu discutes.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Parce que la rencontre, elle est faite. Tu n'as pas besoin du prénom pédigré. Même à la limite, moi, quand je demande un renseignement dans la rue, il y a un truc que je ne fais jamais. « Excusez-moi. » Jamais je dis « excusez-moi » . Ou alors vraiment, je le lis à la fin.
- Speaker #1
Tu dis quoi au début alors ?
- Speaker #0
Je pose la question. « Vous ne savez pas où il est le marché ? » Le mec, il te répond. Si tu demandes, il y a un truc par exemple, moi je suis un mec, tu vois passer une jolie nana, tu lui dis « Il est où le marché ? » Elle te répond. S'il dit « Excusez-moi. »
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Il ne faut pas rentrer dans les codes.
- Speaker #1
Tu as mis en place des petites techniques comme ça d'approche en fait. Oui,
- Speaker #0
mais je ne les ai pas mises en place, je les ai découvertes. C'est-à-dire que j'ai analysé après pourquoi ça marchait. Au début, je ne sais pas. Mais si tu dis bonjour, déjà, tu es en train d'installer le fait que nous sommes en procédure de rencontre. On est au moment où on fait la rencontre. Bonjour. Tu parles comme si tu connaissais la personne.
- Speaker #1
Tu poses direct la question, en fait.
- Speaker #0
Bien sûr. Et surtout sans essayer de capter le regard. Tu vois ? Tu dis « il est où le marché ? » On te répond. Tu dis « excusez-moi » .
- Speaker #1
Bonjour, excusez-moi, il est marché.
- Speaker #0
La personne se met... Bon, on va te répondre, mais pas avec la même spontanéité et pas avec la même amitié.
- Speaker #1
Et à un moment donné, en Inde, en revanche, tu filmes une manif.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
ils arrivent tous sur toi. Et là, tu crées une émeute, en fait. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça se fait qu'ils sont tous venus vers toi ? C'était une manif des...
- Speaker #0
Alors, c'est génial. On roule à gauche. Puis là, j'arrive à un endroit. Il y a ces deux fois deux voies. Tout est bloqué. Les camions reviennent en truc. Donc je prends, comme ça se fait en Inde. En Inde, tu roules où tu peux. Tu peux très bien rouler à contresens, à droite ou à gauche. Il faut faire attention.
- Speaker #1
C'est un peu fou, entre parenthèses, d'avoir pris une voiture en Inde et d'avoir conduit toi-même. Parce qu'en Inde,
- Speaker #0
c'est tout en filmant. Je roule et je filme.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Tu roules et tu filmes tout le temps.
- Speaker #0
Mais bon. Donc,
- Speaker #1
tu es allé sur cette manif.
- Speaker #0
Et je vois plein de monde avec des drapeaux. Je dis, qu'est-ce qui se passe ? Je me gare, je vais les voir. Et là, tous, ils se mettent à danser, à chanter. En fait, c'est l'anniversaire du prophète Mahomet. Et en fait, il y a un mec qui vient les filmer. Ils ne se posent pas de questions. Ils sont contents. Et il t'accueille comme un... En plus, moi je suis un peu un extraterrestre puisque je suis un Européen au milieu de l'Inde. Et il y a un moment, une sorte d'imam qui est arrivé et qui m'a chassé. Mais je pense qu'il avait peur que ça déraille.
- Speaker #1
Oui, il t'a chassé. il faut que tu en ailles.
- Speaker #0
Il m'a dit, tire-toi. Mais je pense que ce n'est pas pour me chasser, c'est pour me protéger parce qu'il avait peur que la foule...
- Speaker #1
Ah oui, mais à l'image, c'est impressionnant quand on parle vraiment... Ils étaient des milliers. Ils étaient, ils arrivent tous pour toi.
- Speaker #0
Oui, toute l'autoroute est bloquée. Et toi,
- Speaker #1
tu rigoles ?
- Speaker #0
Je rigole, ils rigolent, on rigole. Tout le monde est content. Non, tu sais que ça dérape Quand quelqu'un est sympa et souriant, c'est vraiment beaucoup plus difficile de le foutre ton poing dans la gueule.
- Speaker #1
Ça t'est déjà arrivé ?
- Speaker #0
Non, sur la série, jamais. J'ai été bousculé, même quand je me fais sortir d'un bar punk en Allemagne, à Berlin, le mec ne tape pas. Il me tord le bras, il casse la tige de la caméra, mais il ne frappe pas.
- Speaker #1
En Inde aussi, je reviens sur l'Inde, à un moment donné tu vas dormir dans une famille Sikh, et là c'est drôle.
- Speaker #0
Ah oui, c'est drôle.
- Speaker #1
Et là ils te proposent, ils te disent oui... Ils te proposent d'aller dormir dans le lit du mari, en fait, de la famille.
- Speaker #0
Oui, en fait, ça marche comme ça. La séparation entre les hommes et les femmes en Inde, c'est un peu comme dans les pays musulmans, elle est sérieuse. Ils réunissent les femmes dans une chambre et les hommes dans l'autre. Et comme le frère ne devait pas avoir envie de dormir avec son frère, eh bien, moi j'ai dormi avec le mari. Le mari. Et ça fait drôle, tu dors avec un barbu et son turban. C'était chez les sics.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
chez les sics. Et tu te couches dans le même lit que le mec, ça fait un peu bizarre. Ça fait bizarre, oui. Mais avec leur mentalité et leurs codes sociaux, c'est rationnel, c'est comme ça qu'on fait.
- Speaker #1
Là-bas, ce n'est pas bizarre, oui.
- Speaker #0
Oui. Et c'est vrai que le mec, à un moment, il fait... Et ça fait un peu... Mais lui, il ne voit pas ma liste du tout.
- Speaker #1
C'est comme ça.
- Speaker #0
Tu vois ? Mais nous, Français, quand on voit la séquence, on rigole.
- Speaker #1
C'est hyper.
- Speaker #4
Vous pouvez dormir ici avec mon mari.
- Speaker #0
Avec votre mari ?
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #5
Bon.
- Speaker #0
Il y a eu en Afrique, une fois, c'était plus drôle.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Là où j'étais un peu gêné, par exemple. Je rencontre une femme qui avait deux enfants, qui était veuve et qui habitait dans une cabane en tôle de 2 mètres de côté. Et il y avait un lit avec la moustiquaire. Et on rigole, etc. Il y avait des copines à elle. On dit que je dors dans le lit avec la famille, quoi. Sous la moustiquaire. C'est un lit de place assez large. Elle a deux enfants, deux petits-enfants. Et... pour faire le moment du coucher je mets ma petite caméra sur un meuble et puis elle est assise à côté de moi et puis je dis bon ben voilà ce soir c'est dodo en famille, je parle à la caméra et puis à ce moment là elle se lève et puis toujours dans le cadre elle enlève son t-shirt, elle enlève son short, elle est en slip soutien gorge et elle rentre sous la moustiquaire, puis moi je me retrouve face à la caméra et je dis bon ben voilà. Et j'ai effectivement dormi dans son lit avec ses enfants etc histoire ne raconte pas la suite je n'ai rien fait parce que je me sentais pas t'as fait des rencontres amoureuses il y a eu une histoire mais tu sais moi quand il y a un fossé culturel Ça ne le fait pas. Et donc, une histoire en 22 ans...
- Speaker #1
Ce n'est pas beaucoup.
- Speaker #0
Ce n'est pas beaucoup, c'est nul. Et encore, c'est un endroit où je suis resté trois semaines. Aux États-Unis, on a la même culture.
- Speaker #1
Il y a aussi une séquence où on se pose des questions en Inde. Tu rencontres un homme. Après, tu vas chez lui et il y a son ado.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Il y a un moment hyper...
- Speaker #0
C'est dans Rajasthan.
- Speaker #1
où on est presque gêné pour toi, où il te regarde comme ça, où personne ne te parle. Et à un moment donné, l'ado, il te dit, il faut que tu t'en ailles. Tu as compris pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
J'ai bien compris. En fait, ce qui se passe, c'est que je rencontre le père. On n'arrive pas à se confier. Super sympa. Et puis avec son chameau et sa charrette, il retourne dans son village. Il y a quatre heures. Et moi, je le suis à deux à l'heure avec ma voiture rouge et jaune.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Que j'ai fait repeindre, qui est extraordinaire.
- Speaker #1
C'est la voiture de Oui Oui.
- Speaker #0
Et donc je le suis, je le suis et on arrive dans son village. Et moi, il est évident vu l'heure que je vais passer la nuit. Et il va chercher son fils qui est censé parler anglais. Et moi, je découvre que son fils, il parle mais zéro anglais. Il a menti à son père. Et c'est ça qu'il pose un vrai problème avec le fils. Puisqu'il n'est même pas foutu de me dire son âge. Il ne comprend pas la question. et le père est en train de regarder son fils et on voit bien qu'il découvre et l'autre il est fou de rage contre moi tu vois Et là, on rentre dans cette espèce de malaise et le fils me dit : "Mais il ne me dit même pas 'you have to go' mais 'go'".
- Speaker #1
Oui, il te dit 'go'. Il ne sait peut-être même pas le dire. Tu vois ?
- Speaker #0
Mais il ne sait pas parler. Et je comprends qu'il faut que je m'en aille. Mais c'est ça le voyage, ça marche, ça ne marche pas. J'ai eu envie de faire gérer dans Merchel et Gaulois parce que, étant connu en France, je me disais que je vais pouvoir aller filmer à des gens qu'on filme jamais. Ah ! Salut !
- Speaker #6
Ah bah ça va !
- Speaker #0
Je visite, moi je vais à la rencontre des gens comme d'habitude. Ils se méfient des caméras, parce que les caméras déforment la réalité. Et que moi ils auront confiance. Ça c'était la première chose. Et la deuxième chose... C'est pas forcément... C'est aussi des gens qui sont contents de me voir. Un campement où t'as plein de punks avec des chiens, etc., des tags partout, eh ben, une équipe de tournage, je suis pas sûr que ça se passerait bien. Moi, j'arrive, premier truc qu'ils voient, c'est un pote. Putain, mais c'est joli !
- Speaker #5
Ouais, franchement, ici, on est bien. Moi, je sais pas... Ça fait pas très longtemps que j'ai arrivé, moi.
- Speaker #0
Ouais ?
- Speaker #5
Ça fait un mois et demi, là. Ouais. Attends, je vais me rouler une cigarette.
- Speaker #0
Bah, vas-y ! Hop. Et ça va même plus loin. Parce que moi, je fais toute la soirée avec eux. On bouffe, on fait la fête, on rigole. Le lendemain, il y en a un qui vient me voir et dit « Faut pas qu'on me voit. Je suis recherché, moi. » Il n'y a même pas pensé. Tellement il était content. Et comme ils savent que je respecte le mec, on ne le voit pas. Du tout. Oui, alors si je dois vous flouter, je vous floute. Je vous floute, ça va ? Mais je peux rester.
- Speaker #2
Ouais,
- Speaker #0
ouais,
- Speaker #2
tu peux rester. Ah bah c'est cool.
- Speaker #0
Avant on ne floutait personne, même en France on ne floutait pas. Il y a 30 ans, quand quelqu'un ne voulait pas être filmé, il se faisait engueuler.
- Speaker #1
Déjà c'était rare déjà des gens qui ne voulaient pas être filmés.
- Speaker #0
Les gens ça ne les dérangeait pas.
- Speaker #1
C'est très...
- Speaker #0
Les mentalités changent. Regarde même un autre truc, ça c'est marrant.
- Speaker #1
Mais ce qui est fou, c'est qu'on est dans une époque où tout le monde se filme et où les gens veulent de moins en moins être filmés.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
C'est bizarre quand même.
- Speaker #0
C'est vrai, ils veulent de moins en moins, ils veulent contrôler leur image qui leur sert à être au quart du temps à rien, mais bon, c'est comme ça. Et d'ailleurs, il y a un truc drôle, c'est que moi j'ai fait l'épisode Royaume-Uni en 2006. Ça ne fait même pas 20 ans. Et j'ai eu du mal à croire... Quand on l'a rediffusé sur RMC Découverte, il m'a dit « Il faut flouter ça, il faut flouter ça, il faut flouter ça. » C'était passé sur France 5 en prime time. Pourquoi elles vont flouter ? Maintenant, je vais te dire ce que j'ai flouté. Et tu vas dire, ah ouais, ça passait à la télé, ça.
- Speaker #1
C'était quoi ?
- Speaker #0
Eh bien, d'abord, ils viennent de gagner un match de foot. Donc toute la ville, c'est à Liverpool. Ils sont en liesse. Donc c'est bourré, ça rigole. Les femmes qui soulèvent leur t-shirt pour qu'on voit leur sein, enfin le soutien-gorge. C'est la liesse. Ça, on ne va pas emmerder là-dessus. Mais à un moment, je suis dans un bar et tu as les mecs qui tapent au carreau parce qu'ils voient que j'ai des caméras. Ils font « film, film » . Ils baissent leur froc, ils se retournent, ils font voir leur cul, ils écartent les fesses pour qu'on voit le trou de balle. C'est passé tel quel sur France 5 en prank time. On n'a même pas flouté et personne n'aurait pensé à flouter ça. Et c'était il y a 20 ans.
- Speaker #1
Alors quand t'es obligé de...
- Speaker #0
Mais t'es obligé de tout flouter maintenant. Et je ne sais pas si on peut encore montrer les seins. Alors dans les films de fiction, on peut encore, je ne dis pas tel quel. Mais tout ce qui est reportage et documentaire, on ne peut plus. Et moi, je sais qu'il y a des endroits dont j'irais dormir chez vous, ils ne l'ont pas vu. Alors que je rigole, je ne dis rien. Mais on a vu des trucs qu'on n'aurait pas dû voir. En Ethiopie, si vous cherchez bien, il y a une quéquette.
- Speaker #1
Ah ouais, et ils ne sont pas floutés.
- Speaker #0
Ils ne l'ont pas vu.
- Speaker #1
Ils ne l'ont pas vu. Et moi, c'est marrant. Toi, tu ne le dis pas surtout.
- Speaker #0
Ben non. Là, je le dis parce que ça m'a pesé.
- Speaker #1
Ben oui, c'est bien.
- Speaker #0
Mais si vous cherchez bien, vous allez la trouver. Tu sais, en fait, je vais te dire un truc. J'irai dormir chez vous et tous les documentaires et tout ce que je fais, c'est authentique.
- Speaker #1
T'aimes bien boire des cousses, on le voit quasiment... Je crois que ce qu'on voit,
- Speaker #0
c'est social.
- Speaker #1
C'est social, tu ne refuses jamais.
- Speaker #0
Mais je ne bois pas tout seul.
- Speaker #1
D'ailleurs, dans le jardin de chez les Gaulois, il y a un fermier qui te met de l'agneau dans ton café au petit déj' au deux, bon que d'accord !
- Speaker #3
Un verre de vin ? Oui. Oui, je veux bien. Une heure et demie. Un verre de vin pour commencer la journée.
- Speaker #1
Oui, si tu ne peux pas refuser.
- Speaker #0
Tu vois, il y a un truc qui est con, c'est que moi je ne fume pas de pétards. Je ne prends rien du tout dans ce registre. Ça m'a fait rater des séquences. Parce qu'il y a une mayonnaise qui est en train de prendre, etc. Les pétards arrivent, moi je ne fume pas, tu t'en vas.
- Speaker #1
Tu n'es pas dans le truc.
- Speaker #0
Parfois tu restes, parce qu'en fait les gens s'en foutent. Mais parfois ça les dérange.
- Speaker #1
Ils ont peur d'être jugés peut-être aussi.
- Speaker #0
Oui, tu n'es pas avec eux.
- Speaker #1
Tu n'es pas dans leur délireur.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un endroit où tu aimerais aller et où tu n'es jamais allé ?
- Speaker #0
Je pense que l'endroit vraiment où je veux aller, et j'essaierai d'y aller même encore déjà maintenant, mais surtout quand ça s'ouvrira, c'est la Corée du Nord. Parce que la Corée du Nord, c'est un pays qui est coupé vraiment du reste de la planète depuis des décennies. Et donc, qui a évolué forcément complètement différemment et beaucoup, beaucoup moins vite. Je suis certain que dans les campagnes reculées, C'est le moyen âge, le vrai moyen âge. Et j'adorerais y aller. Moi, je pense que si c'est ouvert dans 20 ans et que je ne fais plus « J'irai dormir chez vous » depuis 10 ans, j'y vais avec, j'en sais rien, en fauteuil roulant ou avec un nerf. Mais j'y vais, j'y vais. Et je tournerai un épisode, c'est sûr. Non, j'ai des petits regrets. J'ai un regret, par exemple, une fois l'épisode d'Irlande à la fin, Je finis dans un club où ils font du pole dance. Des nanas qui font du pole dance. Et le truc s'établit vachement bien et j'ai pas essayé d'aller chez une parce que je prenais l'avion le lendemain matin. Mais putain, mais quel con Antoine ! Il fallait essayer, tu changes ton vol. Je veux dire, Dublin-Paris, c'est quoi ? Mais je sais pas laquelle soirée était. Elles étaient belles. En plus, c'est même pas ça que je visais. Je visais pas de séduire. Mais j'aurais... tellement aimé terminer l'épisode dans le même lit que la nana. Même s'il ne se passe rien et que dans 5 minutes, je retourne dans ma piôle. Mais tous les deux de dire au revoir, c'est la fin de l'épisode.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
C'était drôle. Ce n'est pas trop tard, mais c'est parfait. Ça m'amuserait, ça serait drôle.
- Speaker #1
Merci beaucoup Antoine. C'était très amusant comme interview. Bonne participation. Et puis bon voyage alors.
- Speaker #4
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. À bientôt !