- Speaker #0
Bienvenue sur Pressroom, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques.
- Speaker #1
Et en fait à ce moment-là quelqu'un arrive en nous disant vous avez filmé la demeure d'un des chefs du Hamas, du coup qui êtes-vous ?
- Speaker #2
Pas de bol.
- Speaker #1
Pas de bol, ouais pas de bol.
- Speaker #2
Aujourd'hui, nous avons la chance de recevoir Julien Bagour. C'est le rédacteur en chef de Tataki, une chaîne YouTube qui produit des reportages et qui cartonne avec 3 millions de followers. Dans cet épisode, Julien dévoile l'envers du décor de son tournage à Gaza avec les pressions incessantes du Hamas. Il revient aussi sur les témoignages déchirants d'anciens esclaves de Daesh dans son documentaire en Irak.
- Speaker #0
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- Speaker #2
Salut Julien !
- Speaker #1
Salut Esther !
- Speaker #2
Merci d'être venu depuis la Suisse. pour Pressroom. Depuis loin, depuis très loin.
- Speaker #1
Merci pour l'invitation.
- Speaker #2
Avec plaisir, on a des fans de Tataki dans l'équipe. C'est vrai ?
- Speaker #1
Ça fait plaisir.
- Speaker #2
Et toi c'est quoi ton rôle alors chez Tataki ?
- Speaker #1
Chez Tataki je suis rédacteur en chef donc je m'occupe principalement de tout ce qui est production et éditorial donc de toute la rédaction et je suis co-chef de Tataki.
- Speaker #2
Et tu pars aussi en tournage avec Sacha Porcher qui est le visage connu de Tataki.
- Speaker #1
C'est un des deux gros visages connus sur Youtube
- Speaker #0
Yo la mif, c'est Sacha. J'espère que vous allez bien. On est très, très fiers de vous présenter cette vidéo.
- Speaker #1
Sur la série Mon Pays, on va couvrir des zones un peu plus complexes et rencontrer les jeunes sur place pour leur donner un peu la parole. Et dans ces cas-là, on part à trois.
- Speaker #2
Oui, d'ailleurs, vous montrez beaucoup les coulisses de vos reportages. Pourquoi vous avez choisi de faire ça, de montrer d'ailleurs toutes les galères que vous avez,
- Speaker #1
etc. ? Ce n'est pas rien de partir là-bas. Donc, il y a aussi beaucoup de tensions. Il y a de l'appréhension. Sur place, il se passe toujours plein de choses. Puis en fait, ça, ça fait partie de l'histoire du contenu. L'idée, ce n'est pas juste de montrer finalement les infos qu'on va récupérer ou les témoignages qu'on a. C'est aussi de montrer par quoi nous, on va passer pour avoir ces témoignages-là et puis surtout comment on les ressent après les avoir eus. C'est un peu, je ne dirais pas la marque de fabrique, mais en tout cas, c'est quelque chose qu'on essaie de faire sur tous les contenus Tata Key.
- Speaker #2
Les gens aiment bien ça ?
- Speaker #1
Je pense que les gens aiment bien ça parce qu'ils se reconnaissent dans Sacha pour ces reportages-là. Pour eux, ce n'est pas juste des reporters ou des journalistes ou des vidéastes qui dévoilent des faits ou qui parlent d'enquêtes, etc. C'est des jeunes qui s'intéressent à un sujet et qui vont donner un petit peu les clés de compréhension de ce sujet-là. Du coup, ça permet d'être vachement plus attaché à la personne. On n'est pas juste attaché à Tata Ki, je pense que les gens sont attachés à Sacha. On n'est pas juste là pour parler des faits, pour aller chercher une info, mais on veut créer toute une histoire. En télé, en radio, des reportages dans des zones de guerre ou des reportages difficiles, il y en a qui sont... incroyable, mais je pense que le public à force est presque habitué à ces zones-là. C'est habitué à ces reportages-là parce qu'en fait on était uniquement sur du témoignage très factuel et puis des faces caméra très factuelles de ces journalistes qui expliquent tant de morts, tant de déplacés, tant de problèmes, tant de réfugiés, etc. Nous, on voulait vraiment casser ça. Sacha, quand il y va, c'est un jeune qui a 32 ans et puis qui rencontre des gens et puis il est très curieux de connaître leur histoire. Il n'y va presque pas dans une démarche journalistique pour chercher des infos, il y va plus comme une démarche d'un jeune curieux qui va rencontrer un autre jeune et puis discuter avec lui pour comprendre son histoire. Ça, ça fait la différence.
- Speaker #2
Vous avez une approche peut-être plus subjective finalement ?
- Speaker #1
En tout cas c'est sûr que le fait de couvrir ces zones là de toute façon c'est purement subjectif. Le fait de les couvrir à cet angle là c'est purement subjectif. La neutralité journalistique pour moi elle est utopique, elle est une espèce de grand mantra qu'on s'est tous dit depuis toujours mais en fait le fait de couvrir ces endroits là avec cet angle-là, de choisir ces personnes-là, cette musique, cette atmosphère. De toute façon, c'est très subjectif. Donc autant l'assumer jusqu'au bout, ce qui n'empêche pas évidemment d'être factuellement irréprochable, mais par contre d'assumer le côté subjectif et d'assumer le côté aussi très personnel. Sacha, pour prendre cet exemple-là, c'est quelqu'un de très sensible. Cette sensibilité, il faut l'assumer.
- Speaker #2
Ça marche très bien. C'est un gros carton.
- Speaker #1
Ça marche bien. On est content. Après, on reste très humble. On sait comment ça se passe sur les réseaux. On est très fort d'un coup et puis on peut très vite disparaître si on ne se remet pas en question, si on ne change pas, etc.
- Speaker #2
J'aimerais qu'on parle du reportage que tu as réalisé à Gaza avec Sacha Porcher et Pablo. Je rappelle que Gaza, c'est une enclave palestinienne qui est sous le contrôle du Hamas depuis 2007. Tu as passé une semaine là-bas. C'était avant le 7 octobre. Mais les tensions étaient déjà très fortes. est-ce que vous avez flippé avant de partir ?
- Speaker #1
Moi je suis d'un tempérament assez anxieux donc ouais c'était une zone que je voulais couvrir, on a tous et je pense que t'en as aussi des endroits que t'as absolument envie de couvrir dans ta vie. Moi Gaza ça faisait partie des endroits que je voulais absolument couvrir une fois dans ma vie Au moment de partir, c'était en mai 2022 il y a eu pas mal de tensions déjà il y avait pas mal de tensions au Cisjordanie à ce moment là ce qui fait qu'on n'a pas pu être autorisé à rentrer Israël avait fermé le checkpoint. J'étais entré dans un espèce de bras de fer aussi avec les autorités israéliennes, en leur disant qu'en tant que journaliste international, dans le cadre de la liberté éditoriale, etc., c'est-à-dire le droit de la presse, tout d'un coup tu utilises toutes les cartes que tu peux avoir. Finalement, ils nous ont laissé rentrer. Et effectivement, on est restés huit jours. Ça a été huit jours hyper intenses, mais en fait hyper lourdes. Parce qu'en fait, il y a une tension et à l'époque, il y avait une tension déjà constante. C'était très anxiogène. Et puis en fait, je pense que moi, c'est un des reportages qui m'a le plus marqué. Je pense que c'était le plus dur, alors que finalement, factuellement, il ne s'est pas passé grand chose. Il n'y a pas eu de bombardement, on ne s'est pas fait tirer dessus, on ne s'est pas fait kidnapper ou quoi que ce soit. Tu sens que c'est vraiment une poudrière et que ça peut partir à n'importe quel moment. Ça,
- Speaker #2
tu le sens dans l'air ?
- Speaker #1
Encore une fois, c'est une tension qui ne dit pas son nom. C'est-à-dire qu'on sait qu'il peut se passer quelque chose. Tout le monde dit qu'il va se passer quelque chose, mais tu ne sais pas quand. Nous, on voulait absolument parler de la vie réelle de Gaza en donnant la parole aux Gazaouis. C'était le plus important. On voulait rencontrer ce qu'on a fait, une chanteuse qui s'appelle Rahaf.
- Speaker #2
Une fois sur place, à Gaza vous avez eu beaucoup de problèmes avec le Hamas, c'est ça ?
- Speaker #1
Il y a un moment où il y a eu vraiment une petite étincelle, rien du tout. C'est la scène qu'on voit quand vous êtes dans la voiture ? On est dans la voiture, Pablo est en train de filmer un endroit, donc faire juste un plan de birol. Donc un plan de birol c'est juste pour les gens qui nous regardent, un plan d'illustration. Donc ça peut être un plan de maison, ça peut être un plan de rue, enfin c'est juste des plans qui nous permettent de faire des plans de coupe. Et en fait, à ce moment-là, quelqu'un arrive en nous disant « Vous avez filmé la demeure d'un des chefs du Hamas. Du coup, qui êtes-vous ? »
- Speaker #2
Pas de bol.
- Speaker #1
Pas de bol, oui, pas de bol. « Qui êtes-vous ? » Et puis du coup, ça crée vite un mouvement de foule parce que quelqu'un qui crie vite dans la rue, que ce soit à Paris, à Gaza ou ailleurs, les gens arrivent, il y a des curieux, etc. Et là où cette petite scène aurait pu se désamorcer assez vite... Notre fixeuse était dans un état de stress tellement élevé. Elle a crié, hurlé, puis ça a pris des proportions assez folles parce que, évidemment, encore une fois, elle crie, elle hurle. Donc du coup, il y a d'autres gens qui se ramènent et puis on se retrouve vite avec 50-60 personnes autour de la voiture. C'est finalement notre chauffeur qui calme la situation. Et puis en fait, on est assez vite parti. Mais ce qui fait qu'on n'était pas du tout en confiance à ce moment-là. Il nous restait... C'était assez tôt dans le reportage. Il nous reste encore 4-5 jours à faire. On a des zones assez compliquées à aller couvrir. On doit aller dans le camp de réfugiés de Jabalia au nord de Gaza. On sait que ce n'est pas un endroit aussi où les journalistes sont forcément très bien accueillis. Résultat, moi je ne suis pas du tout en confiance. Et puis à ce moment-là, quand on est en tournage à l'étranger, et puis ça tu le sais très bien, le fixeur c'est ta vie, c'est ta caution, c'est ta sécurité, c'est ton tournage, c'est toutes tes histoires mais c'est surtout ta vie. C'est-à-dire que si c'est un bon fixeur, ça te sauve un reportage. Un mauvais fixeur peut te mettre complètement en danger. Moi je suis assez anxieux aussi parce que je les vois les news arriver et puis je me dis « à quel moment ça va péter ? » Si ça pète, qu'est-ce qu'on fait ? Il y a cette question qui vient aussi assez vite.
- Speaker #2
Et vous aviez prévu quoi d'ailleurs ?
- Speaker #1
On en a beaucoup discuté. Si ça pète, ça veut dire quoi péter ? Est-ce que si ça pète, on reste ? Est-ce que si ça pète, on part ? Ça dépendait un peu de...
- Speaker #2
Ça fait aussi partie de votre histoire j'imagine ?
- Speaker #1
Ça fait partie de l'histoire. Je pense qu'on serait restés, mais on aurait évidemment tout changé.
- Speaker #2
T'es parano un peu ?
- Speaker #1
Ouais, là-bas j'étais parano. Et puis en fait t'es un peu obligé d'être parano, mais tu te... Tu ne peux pas écouter ta paranoïa, mais oui, tu es obligé. Parce qu'en fait, une bonne parano, en tout cas une bonne peur, c'est peut-être pas parano, mais une bonne peur te force à prendre les bonnes décisions. Mais peur, oui, pendant les sept jours, tu n'écoutes pas ta peur, mais ta peur. Tu essaies d'écouter un peu ton feeling. En plus, tu es dans un truc où tu deviens presque spirituel, mais tu te dis « Ok, j'ai décidé que j'y allais parce que je le sens » . Il y a rien qui te fait... Il y a tout qui te dit de partir, mais tu te dis « Je le sens, ça peut se faire » .
- Speaker #2
Vous avez quand même votre ingénieur du son qui s'est fait arrêter par le Hamas.
- Speaker #1
Oui, il y avait un matin où on devait aller à une journée de tournage assez classique. On avait un ingénieur du son qui était un ingénieur du son local. Et en fait, en arrivant devant chez lui, il n'est pas là. On savait qu'il y avait encore une fois à cause de cette tension, le Hamas qui nous demandait régulièrement d'aller expliquer ce qu'on avait tourné. Ah oui ? Oui, c'était un truc... Il demandait à la fixeuse, il voulait savoir exactement ce qu'on avait tourné, etc., etc. Notre ingénieur du son, il a été mis en garde à vue, on va dire. Interrogé par le Hamas pour savoir ce qu'on avait filmé, ce qui s'était passé, qu'est-ce qui s'était dit, etc. Ce qui fait qu'on s'est retrouvé une journée sans preneur de son et puis avec encore une fois cette espèce d'anxiété parce que tu vas le matin récupérer ton preneur de son, tu sais qu'il s'est fait arrêter, tu sais qu'ils sont en train de le questionner sur les images que t'as tournées. Tu ne sais pas vraiment ce que lui va dire, tu ne sais pas quelle va être la finalité de tout ça. Et puis surtout, trois jours après, tu vas devoir leur passer ce checkpoint. Donc, tu vas devoir les revoir, ces gens du Hamas. Et puis, tu vas devoir après revoir aussi les gens d'Israël qui te requestionnent de la même manière. Donc, oui, ça a refait encore grimper, comme si ce n'était pas suffisant, mais ça a refait encore un peu grimper le stress.
- Speaker #2
Ce que j'ai bien aimé dans votre reportage, c'est que c'est une des rares fois où on voit justement la vraie vie quotidienne des Gazaouis. Les jeunes chantent, étudient, travaillent et c'est des images qu'on voit très rarement sur Gaza. Comment il a été perçu ce reportage justement ?
- Speaker #1
Sur ce sujet-là, tu sais que tu ne feras pas l'unanimité.
- Speaker #2
Pourquoi ?
- Speaker #1
Tu ne feras pas l'unanimité parce que tu sais que c'est un sujet qui est assez inflammable. On savait que c'était un sujet qui allait potentiellement partir ou faire monter le clash. Il y a eu beaucoup de critiques aussi parce qu'on n'a pas donné la parole aux Israéliens. Et ça, en fait, on nous l'a beaucoup aussi reproché.
- Speaker #2
Il suffit de faire un reportage sur la jeunesse israélienne.
- Speaker #1
Oui, mais on nous disait, si vous donnez de la parole, il faut donner aussi... Encore une fois, comme je disais, le côté inflammable, c'est-à-dire que par la profession, il a pu aussi être un peu critiqué parce que tout d'un coup, on n'est pas uniquement... En fait, on montre les jeunes et puis on montre la vraie vie, c'est-à-dire que oui, et c'est une évidence, et puis c'est indéniable, les Gazaouis souffrent, c'est sûr. Depuis très longtemps, les Gazaouis souffrent, mais en fait, les Gazaouis, ils vivent.
- Speaker #2
Ils vivent aussi, oui.
- Speaker #1
Comment ça se passe à Gaza quand on a 20 ans ? Comment ça se passe ? Est-ce qu'on rêve ? Est-ce qu'on a de l'espoir ? Comment on flirte ? Quelles sont les études ? C'est quoi les relations avec les parents ? C'est quoi... Enfin voilà. À Gaza, on a discuté pour revenir sur Gaza avec deux jeunes qui sont Bahai et Abdel Hadi. Je sais que Sacha, ça l'a touché parce que c'était des jeunes qui avaient 25 ans et qui étaient malheureusement dans une naïveté complète. et qui avaient l'impression que grâce à ce reportage, les choses allaient changer.
- Speaker #2
Pour eux ? Et comment tu gères ça justement ?
- Speaker #1
Assez mal parce qu'évidemment on leur dit que c'est pas le cas, mais évidemment on leur dit qu'on veut mettre la lumière sur ce qu'ils vivent. Pour eux ils se disaient : "Si le monde sait comme on vit, le monde va agir." Non, il y a de grandes chances que non. Mais effectivement on va quand même mettre la lumière sur ton récit. Mais ça c'est assez dur parce qu'en fait effectivement c'est une naïveté totale. Oui, effectivement c'est complètement injuste ce qui t'arrive, les gens le savent et puis en vrai ça nous dépasse.
- Speaker #2
Tu as aussi tourné en Irak dans le Sinjar ?
- Speaker #1
Ouais pour aller rencontrer des yézidis. C'est une communauté, c'est une ancienne communauté, c'est une ethnie, une religion, un peu tout ça, qui ont été massacrés à l'époque de Daesh. En fait après coup. Quand tous les médias internationaux se sont barrés et qu'on a mis la lumière sur autre chose, Comment ils vivent ces jeunes ? Comment ils vivent avec les traumas qu'ils ont vécu ? Comment ils se reconstruisent ? Comment ils ont des relations finalement assez simples après ça ?
- Speaker #2
Vous avez aussi un autre témoignage très fort d'une jeune fille qui a été esclave sexuelle de Daesh à 18 ans. Vous étiez trois hommes. Ça a dû être compliqué à obtenir un témoignage comme ça. D'ailleurs, elle ne dit pas tout.
- Speaker #1
C'est drôle parce que j'allais justement te poser la question. Est-ce que toi, tu sens la différence ? Quand t'as des hommes ou quand t'as des femmes ?
- Speaker #2
Énorme.
- Speaker #1
Et comment tu l'adaptes ?
- Speaker #2
Souvent, les hommes, si c'est des hommes qui ont du pouvoir, je vais jouer un petit peu la naïve parce que ça les rassure, même si je vais leur poser toutes les questions que j'ai à leur poser. Et quand c'est des femmes, généralement, je suis un peu plus à l'aise. Je suis plus naturelle, en fait.
- Speaker #1
Plus incisive ?
- Speaker #2
Non, mais moi, je ne sais pas ce que t'en penses. J'ai remarqué que les femmes étaient souvent meilleures en interview. Elles allaient plus se livrer. elles allaient plus dire finalement ce qui nous intéresse, qu'elles ressentent que les hommes. Qui vont toujours être dans une posture de je veux paraître ci ou je veux paraître ça. T'as remarqué ça toi ou pas ?
- Speaker #1
J'ai pas fait le lien. Je sais que pour Adiba...
- Speaker #2
Mais en même temps t'es un homme. Donc toi ça doit changer le principe.
- Speaker #1
La vie de tête c'est complètement différent. Nous je sais qu'évidemment quand c'est des sujets comme ça et puis que c'est une femme, t'arrives avec une posture qui est complètement différente.
- Speaker #2
Qui s'est fait violer en plus.
- Speaker #1
Effectivement là on débarque, on est quatre même. Quatre mecs ? un plus le fixeur que aussi un homme et là comment c'est compliqué la place est compliquée mais ça va être tout d'un coup en fait qu'il essaie d'être le moins le moins présent possible à dire c'est-à-dire que tu autant un mec qui on essaie de mettre en confiance et puis on discute et on parle fort on parle de foot on rigole et puis en fait l'idée c'est de lui dire justement mon petit faiblesse c'est pas grave quand même train de discuter là où avec adiba s'est montré qu'on va respecter ce qu'elle va dire et puis qu'il y aura évidemment aucun jugement mais en fait qu'on a besoin de comprendre son histoire parce que c'est important que les gens pour entendre ce qu'elle va raconter Puis qu'elle a presque un rôle de porte-parole à ce moment-là. Elle n'est pas juste en train de...
- Speaker #2
Mais elle a du mal, hein ? Elle ne dit jamais. D'ailleurs, elle ne dit pas « je me suis fait violer » , elle dit « les femmes se sont fait violer » . Mais là, sur le fait justement qu'il y avait plein de choses qu'elle ne voulait pas dire, vous avez décidé de ne pas insister.
- Speaker #1
En fait, c'est là où le fait d'être un homme, tu ne peux pas.
- Speaker #2
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
C'est là où le fait d'être un homme, tu ne peux pas. Parce que tu as quelqu'un en face de toi qui t'explique qu'elle a eu... Tu sens que c'est assez laborieux. Comme tu dis, tu sens qu'elle a du mal à aller dans ces histoires là, que tu peux que comprendre. Et puis, tu sens qu'à un moment, elle coupe court à la conversation. Et puis, à ce moment-là, elle ne regarde même plus Sacha, elle regarde le fixeur. Donc, ça veut dire que tout d'un coup, tu peux vite perdre le lien avec elle où elle dit en fait, ça, ça ne m'intéresse plus. Et puis, en fait, pourquoi je suis en train de faire ça ? Et puis, elle s'en va. Donc,
- Speaker #2
tu as toujours ce risque.
- Speaker #1
Mais là, en tant qu'homme, si peut-être Sacha avait été une femme... Peut-être que ça aurait permis de trouver les mots ou d'amener la chose différemment. Là, le fait effectivement d'être un homme, d'interviewer une femme sur des violences sexuelles, fait que forcément elle, de facto, son rapport aux hommes est biaisé. Donc c'est sûr que ça complexifie un peu la chose, même si on essaie à chaque fois évidemment d'être le plus light possible.
- Speaker #2
Est-ce que tu as aussi parfois l'impression qu'effectivement, le fait d'être filmé et de témoigner, on a peut-être... comme un effet thérapeutique sur les gens. Quand ils vont décider de tout livrer devant une caméra, on a l'impression que ça les libère en fait quelque part.
- Speaker #1
Mais c'est drôle que tu dis ça parce que je pense que c'est le cas toujours dans la deuxième prise. Je trouve qu'il y a d'abord un truc hyper flippant. Tout d'un coup, il voit des journalistes, on est trois, il y a une caméra, t'as quelqu'un qui fait son point, t'as chacun en train de relire ses questions et puis ils sont un peu dans leur siège en train de dire qu'est-ce qui va se passer. Souvent, la première question et les cinq premières minutes, elles sont catastrophiques.
- Speaker #2
D'ailleurs, on prend toujours des questions qui ne comptent pas.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #2
Ça, c'est la technique. C'est les questions pour du beurre. Tu prends les questions qui ne comptent pas parce que tu sais qu'il faut que ça chauffe.
- Speaker #1
Là, Saïd, effectivement, encore une fois, les dix premières minutes, il est dans un truc, pas du tout de discussion. En fait, il est dans une interview. Je pense que c'est là la grosse nuance. Il est dans une interview, on lui pose des questions, il répond aux questions. Et puis au bout de dix minutes, on s'arrête parce qu'il pleut, je crois. Et puis Sacha va discuter avec lui, avec l'aide du fixeur. Et puis il lui explique, OK, là, l'idée, c'est plutôt… "En fait, raconte-moi ce qui s'est passé." Tout d'un coup, Saïd il parle plus à Tata Ki, il parle plus à une caméra. Il parle à quelqu'un d'autre, un jeune qui a à peu près son âge et puis en fait qui lui demande "racontes-moi ce qui s'est passé". Et puis là en fait on rentre dans un truc qui est assez dingue parce que là effectivement tout d'un coup il va dans le détail et puis j'ai l'impression qu'en tout cas ça donne cette impression-là sur le moment où même lui tout d'un coup il y a des détails...
- Speaker #2
...qui lui reviennent. Il y a les ministériennes à un moment donné qui ont débarqué sur votre tournage parce que vous utilisiez un drone, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, ça c'est une petite anecdote assez drôle qu'on n'a pas mis en montage parce qu'entre autres là ça aurait servi à rien. Mais il y a un moment évidemment sur ces tournages-là, très souvent le drone est interdit ou il est très réglementé, c'est assez chiant. Et là on avait réussi à faire venir un drone de Mossoul, Pablo... fait monter le drone, on est en train de filmer des ruines à ce moment-là et tout d'un coup il y a quatre gars qu'on voit débarquer un peu plus haut vers nous. Pablo est dans la voiture à ce moment-là et en fait on se dit ok s'il voit qu'on est en train de faire du drone là on en a pour trois heures voire on a un gros problème. Donc à ce moment-là on demande à Pablo de rester dans la voiture, de se planquer donc il est allongé sur la banquette arrière et on lui dit tu laisses le drone le plus haut possible donc monte-le le plus haut possible pour qu'il ne le voit pas, qu'il ne l'entende pas. Puis à ce moment-là c'est là ou d'être fumeur ça sert, c'est que là tu tends toutes tes clopes.
- Speaker #2
Tu les offres, c'est ça ?
- Speaker #1
Là pour ce coup on est resté peut-être 5-10 minutes avec ces milices syriennes qui m'ont tapé la moitié de mon paquet de clopes en 10 minutes et en fait ça a permis de détourner un peu l'attention. Tu fais un peu le naïf aussi, tu fais un peu le...
- Speaker #2
Mais ils ne vous ont pas dit où est le drone ?
- Speaker #1
Ils n'ont pas vu le drone. Eux ils ont vu juste quatre gars à côté d'une voiture, à côté des ruines où avaient eu des combats qui étaient bizarres et ils ont débarqué. Pablo il est resté avec le drone beaucoup plus haut Et puis au bout de 10 minutes, ils se sont barrés. Pablo a fait redescendre le drone et puis en fait, on s'en est sortis tranquille. Mais ça aurait pu être vachement chiant.
- Speaker #2
Merci beaucoup Julien d'être venu. Merci infiniment Esther. C'était vraiment top. Merci d'être venu jusqu'à nous. Et c'était vraiment très intéressant et on espère longue vie à Tataki.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #2
On ne va pas manquer de continuer à regarder cette chaîne qu'on adore. Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. A bientôt !