- Speaker #0
Bienvenue sur Pressroom, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques.
- Speaker #1
Dans le Go Fast, t'étais dans la voiture qui allait à 200 km par ?
- Speaker #2
Moi j'étais dans celle où il y avait les stups. Il y avait 200 kilos de shit et 10 kilos de coke. Si les mecs ils décident de nous mettre un coup de fusil de chasse et puis nous enterrer derrière la montagne, moi le loup pour nous retrouver.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on reçoit le journaliste Jérôme Pierrat qui nous ouvre les portes d'un monde interdit. C'est lui du grand banditisme. Dans cet épisode, vous allez découvrir comment il gagne la confiance des criminels, pourquoi il s'est retrouvé dans un go-fast à 200 km heure et comment il a fait pour se faire passer pour un très gros trafiquant. Alors abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains épisodes.
- Speaker #2
Mes contacts dans le monde du banditisme m'ont permis de rencontrer un vendeur d'armes qui fait des affaires grâce au règlement de la France.
- Speaker #3
La plupart de mes amis sont morts. La plupart de mes amis sont encore en prison.
- Speaker #1
On va se rendre dans un atelier, un gros atelier de fabrication, avec un type qui a quelques kilos à faire fabriquer.
- Speaker #2
Tout va très vite.
- Speaker #3
Il y a une tonne 4 à sortir de la camionnette.
- Speaker #0
Merci Jérôme d'être avec nous sur Press Room aujourd'hui. Avec plaisir. Est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #2
Tu veux mon âge exact ? Jérôme Pierrat, alors j'ai des privautés de vieille dame. Non, j'ai 54 ans. Je suis pas risé. Je suis journaliste depuis bientôt 30 ans. Je travaille sur le banditisme, le crime organisé, la mafia, enfin tu l'appelles comme tu veux, les voyous, les méchants, les infréquentables. Moi, c'est un peu ma cam. Depuis, je te dis, bientôt 30 ans.
- Speaker #0
Et pourquoi ?
- Speaker #2
J'ai toujours eu une appétence pour ces histoires de rue. Alors moi... Je n'ai pas un casse-sauce énorme, mais j'ai grogné en 1993. Forcément, il y avait des loulous autour de chez moi. J'avais un père qui avait un parcours un peu original. Il avait été légionnaire, 4 heures de foire, tout ça. Donc forcément, chez moi, il y avait moins d'énarques et d'ingénieurs des ponts et chaussées. Donc c'était plutôt assez folklore entre les forains, les mercenaires, les barbouzards. Pas voyous. Mon défunt père, je ne vais pas quand même salir sa mémoire. Non, il n'était pas voyou. Donc voilà, j'ai toujours aimé ça. Et puis j'avais, ça peut être une expression consacrée, mais c'est vrai, ma mère me disait que j'avais le sirop de la rue. Alors j'avais un frère beaucoup plus intello qui un jour m'a dit, écoute mon garçon, tu ne vas pas aller faire le voyou, ça n'a aucun intérêt à finir tes jours en prison. Je ne me la sentais pas, je vous le rassure. Pas mal honnête. Pas flic, pas juge, ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéressait c'était de regarder. Donc il m'a donné des livres à lire, des livres de journaliste. C'est ce qui m'a donné envie de faire ce journalisme-là. Tout le monde connaît Albert Londres dans cette profession. Grand reporter des années 20-30 qui va disparaître juste avant la Seconde Guerre mondiale dans l'incendie d'un paquebot. Mais c'était un type qui faisait des reportages au long cours et surtout qui faisait ce qu'on appelle maintenant chez les Américains un « unbanded » . Il n'était pas infiltré, il était accepté par des gens et il vivait leur vie. Et puis il voulait faire des sujets qui dérangeaient, donc il a été beaucoup dans les bagnes, les bagnes militaires, les asiles. Il était avec les proxénètes qui emmenaient des filles à Buenos Aires à l'époque, enfin tous les trucs qu'il fallait pas faire. Il a fréquenté l'infréquentable et ça, ça m'intéressait. Et donc mon frère, il m'avait donné Albert Londres au bagne, donc il va en Guyane voir les bagnards, tout ça, les tatoués, les vrais, les durs et tout ça. Bon, moi, ça m'intéressait. Après, Joseph Kessel, il avait écrit Nuit de Montmartre. Alors il va à Montmartre, donc c'était le haut lieu de la pègre dans les années 30, etc., dans l'entre-deux-guerres, 1930, je ne sais pas. Excusez-moi. Et... Et il va dans les bars de voyous, il fréquente les mecs, il sort avec eux, tout ça, tout ça, tout ça. Alors moi, j'ai lu ça, je me suis dit, banco, bingo, banco, tu le dis comme tu veux, je vais faire ça. Donc c'est du journalisme, mais c'est presque, tu vois, de l'ethnologie ou de l'anthropologie. Alors, c'est des grands mots, moi, tu vois. Mais moi, c'est ça qui m'intéresse. C'est des gens qui vivent dans notre société et en même temps, qui n'en sont pas. Ils sont des parasites, hein, pas du tout glorifiés, ces gens, etc. Et donc moi, Ce métier, ce qui m'intéressait dans ce métier, moi, c'est d'aller où je n'aurais pas pu aller en simple citoyen. Je vais bosser, donc c'est très bien. J'aurais pu être ingénieur, peut-être pas, mais j'aurais pu être un bon ouvrier. Mais j'aurais vécu la vie que... Et moi, j'avais envie d'aller voir un peu de l'autre côté du rideau. En plus, ça racontait un truc de notre société, quand même. C'est ça qui est intéressant, dans le fond. Qu'est-ce que ça raconte ? C'est un peu à la japonaise. À la japonaise, ils te disent... La société c'est comme une pièce, il y a pile et il y a face, il ne peut pas y avoir l'un sans l'autre. Et le banditisme, dans toutes les sociétés, il y a du mal, mais chez toi il y a du mal ! Non je déconne, mais il y a une part d'ombre ! Chez vous aussi ! Chez vous,
- Speaker #3
tout le monde a une part d'ombre !
- Speaker #2
C'est ça ! Tout le monde a une part d'ombre, etc. Je ne m'intéresse pas aux faits divers, ce n'est pas que ce n'est pas bien, mais le type qui tue sa femme dans la cuisine ou le serial killer, moi ça ne me raconte rien et je m'en fous un peu. Ce qui m'intéresse chez ces gens, c'est que c'est un C'est un système organisé qui touche à la politique, qui touche à l'économie, qui touche à plein de choses, le monde dans lequel on vit, qui a un impact direct parce qu'il y a une grosse partie de l'argent qui circule sur la planète et de l'argent noir, parce que la corruption, etc. Donc tu peux aller te balader dans tous les domaines. Et en plus, aujourd'hui, avant encore, ils allaient braquer des banques. Maintenant, ils vont te faire de la fausse mozzarella. Donc tu vas toucher à la santé publique. Non, mais tu vois, je déconne, mais tu vois, ça va toucher à l'agriculture. Ils vont toucher, je ne sais pas, ils font des mafias vertes qui vont détourner les trucs d'éoliennes. Tu peux tout trouver aujourd'hui. Donc, si tu t'intéresses au crime organisé, tu as une forme de décryptage dans son ensemble de la société.
- Speaker #0
Tu as vu quand même des...
- Speaker #2
Non, mais je vois des sales gens. Mais tu sais, c'est la différence. C'est des gens dont c'est le métier. Donc, quand tu veux avoir un pédophile ou un violeur, c'est un sale mec dans l'absolu. Quand tu veux avoir un voyou, c'est un sale mec. Et puis des fois, il y a le bon mec à côté. Et c'est souvent ce qui est étonnant. Moi, je reine des gens de la société civile, chez ces gens-là. Tu vois, l'autre fois, je vais en Algérie voir des gens qui étaient en cavale, des Français qui sont là-bas depuis des années, qui ont des grosses peines ici, et puis donc, ils ne reviennent pas. Et puis, je suis avec un type qui est de la société, il dit, de civile, tu vois, d'ici, un copain à moi qui m'a accompagné. Et je lui dis, tiens, on va aller voir un tel. Alors le mec a une réputation épouvantable ici, c'est Joe Pesci. Le mec, il me dit, quand même, il y allait un peu. Je lui dis, non, t'inquiète. Et puis voilà, après coup, il me dit, mais en fait, il est super gentil. Il est machin. Mais oui, parce qu'en fait, il lui a posé la question. Je lui dis, oui, c'est un métier. Le mec, ce qu'il lui a dit, il dit, mec, je sors les dents quand je suis avec les loups. Je suis un loup parmi les loups. Quand je suis avec des agneaux comme vous, c'est-à-dire moi et l'autre, les deux blaireaux de service, il ne va pas nous manger. Ça ne sert à rien. On n'a pas les épaules. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Dédé l'élégant, tu vois, ce genre de mec. Vas-y,
- Speaker #0
dis-nous les surnoms, j'aborde.
- Speaker #2
Il y en a plein, François les Grosses Lèvres. Vas-y, vas-y. Je ne sais pas, je ne peux même pas te le dire. Dédé le Chinois. Il y en a plein, il y en a plein. Patrice l'élégant, il n'habitait pas très loin d'ici. D'ailleurs, Didier les yeux bleus. Mais il y en a mille. En fait, les surnoms à l'ancienne, ils venaient quoi ? Particularité physique, particularité... Si tu es un milieu, tu ne vas pas donner ton nom de famille. Tu vas en disant bonjour. Là mon état civil, si vous me balancez, j'habite là. Donc tu vas avec soit un faux prénom, souvent les mecs ont des faux prénoms, un prénom d'usage, un pseudo d'artiste, tu vois. Soit ils ont effectivement le truc qui les définit le mieux. Le petit, le gros, le grand, les pieds plats, l'œil crevé. Voilà, il faut pouvoir les définir et s'en rappeler. Alors évidemment des pôles, il y en a 15. Donc il y a un petit pôle, il y a un pôle de Calvi, il y a un pôle de je sais n'importe quoi. Il se reconnaîtra Jacques-Yves Général, Thierry le Colonel. Des gens qui sont parce que c'est des espèces de chefs d'équipe qui savent un peu monter leurs trucs. Donc, Michel le militaire. Voilà, tu as des trucs comme ça. Et puis après... Donc, au début, moi, je suis avec des vieux comme ça. Enfin, des vieux ou des moins vieux. Mais le milieu, le mi-temps, la pègre, tu appelles comme tu veux, le grand banditisme, il est composé de ces gens-là, principalement. Et puis après, sont arrivés dans l'équation, les jeunes de quartier. Enfin, maintenant, ils ne sont plus très jeunes. À partir des années 90, on a vu arriver ces nouveaux voyous-là, puis des gens de l'étranger aussi. Puis moi, après, je suis allé à l'étranger. Donc le spectre, il est très large. Je te dirais que je connais du chouf qui n'est pas un voyou, non, mais du guetteur de cité de 14 ans. Tu vois, hier, j'ai eu un copain à moi qui s'appelle Maurice, il a 92 ans, c'est le plus vieux voyou de France sans doute. Il a démarré la carrière, il était en 1948 la première incarcération. Donc tu fais le calcul, c'est 80 ans de criminalité. Bon voilà, donc c'est aussi bien des gens comme ça.
- Speaker #0
Et c'est quoi comme genre de truc ?
- Speaker #2
Ah bah sur 80 ans, il a tout fait le mec.
- Speaker #3
Non mais après,
- Speaker #2
avant t'avais des spécialités. Après il est arrivé un moment où ils étaient touche à tout parce qu'il faut manger. Alors je te donne des exemples. Le braquage ça paye plus. On le sait, t'as la litanie du JT où t'as dit le braquage ne paye plus. Et puis l'argent liquide, donc les mecs qui vont pas aller taper ça, il a fallu se reconvertir. Tous les gens qui braquaient se sont mis au stup. Mais même Marcel Lebeg et Jojo Lélégand, les anciens. C'est eux qui ont commencé à ouvrir la route du shit, qui sont allés en Espagne, avec le Maroc en face, qui ont ramené des tonnes, et puis qui les vendaient aux petits jeunes de quartier au début, puis le petit jeune de quartier n'est pas trop con, il fait comme un saumon, il remonte à la source, et puis c'est du commerce, donc il veut toucher le meilleur prix, il va aller jusqu'au Maroc pour le trouver. Donc ce camarade avait fait un peu tout, il fait de la carambou, c'est-à-dire de l'escroquerie, il a fait des cigarettes, il a fait de la coke, tu vois il est tombé à A 75 ans, il avait ramené 150 kilos de coke sur un voilier qui revenait du Venezuela. Il a traversé tout seul, avec un marin, un pote à lui. Bon voilà, donc c'est des gens... Moi, c'est ça. Alors, ça me permet une petite décrétion, c'est qu'au-delà du crime, etc., humainement, moi, ce qui m'intéresse chez ces gens, et pourquoi des fois je tombe copain avec eux ou ami, je ne choisis pas, mais c'est comme ça, c'est la vie, parce qu'ils ont des vies extraordinaires. Au vrai sens du terme, extraordinaire. Ça ne veut pas dire, waouh, délire, j'adore. Ça veut dire, ce n'est pas la vie de Madame Michu ou de Roger, ton voisin. C'est ça aussi qui m'intéresse là-dedans. C'est que c'est des profils de type. Tu te dis, soit il est un peu touché, soit... Bon, ils sont tous un peu barjots pour aller choisir ce genre de voix. Non, mais tu vois, pour aller choisir ce genre... Beaucoup sont intelligents, mais beaucoup sont quand même un peu sociopathes, psychos. Mais moi, c'est ça que j'aime bien. Ils me font marrer. J'ai du mal avec les...
- Speaker #0
Et tu fais comment du coup pour les approcher ?
- Speaker #2
Déjà je ne viens jamais en journaliste. Évidemment que je viens en journaliste, les mecs me connaissent, mais si tu veux je n'arrive pas à la carte de presse brandie autour du cou en disant c'est la presse, il va falloir parler monsieur et dire la vérité. Il y a un côté proche qui me dérange moi là-dedans. Le journaliste justicier trop procureur, j'adore, c'est le fond de notre métier, mais je ne suis pas très à l'aise avec ça. Il y a un truc, c'est qu'il faut que tu sois en empathie avec les gens que tu vas voir. Tu vois il y avait, moi je me souviens de Serge Moati qui était... qui arrêtait pas de suivre Jean-Marie Le Pen. C'est pas franchement du même bord politique, Serge Moitie. Il disait, mais moi, si je veux suivre Le Pen et le comprendre, il faut que je l'écoute, le mec. Il faut que je le trouve un peu humain. Donc il allait manger à Montretout le dimanche, chez les Le Pen. Je pouvais te dire, ah, le dingue ! Non, moi, je vais manger chez les mafieux aussi. Mais parce que, si je veux qu'il me parle, qu'il se révèle un peu, que j'y comprenne quelque chose, je suis obligé. si j'y vais, tu vois, satanas ! Tu vends de la drogue, c'est mal ! Le mec, à part me mettre une tarte, je ne vais pas en récolter grand-chose. Donc, tu n'arrives pas en jetant de l'eau bénite sur les mecs et en disant, salaud ! J'en ai, moi, au début, je me souviens, je ne faisais pas de télé, je faisais de la presse écrite. J'avais ramené un mec dont j'étais le nom du groupe France Télévisions. Et je me souviens, on avait tourné un semi-grossiste de coke à Toulouse. Ils voulaient un truc comme ça. Donc, ils me devaient vendre ça. je l'emmène chez un gars que je connais. qui sort les pains, les trucs, bon c'était quand même assez conséquent. Le premier truc que le mec lui dit, il dit bon, c'est quand même mal de vendre de la drogue. J'ai cru que mon pote, il allait l'emplâtrer. Parce qu'il a regardé le truc en disant, mec, je te reçois, je me fais chier pour toi. Parce qu'il y a un côté comme ça. Je me fais chier à te sortir de la cocaïne, à te montrer le truc, c'est pas du bidon. J'ai pas été chercher du béguin sèche chez ma mère. Enfin du sucre, tu vois. Et l'autre, il arrive avec son espèce de morale à deux balles. que les gens te parlent si tu arrives comme ça. Donc moi, tout de suite, je n'ai pas pris ce biais-là. Je me suis dit, j'y vais, je t'écoute. Tu me reçois, au moins j'ai le respect de ta fonction. Ça ne veut pas dire que j'appuie ce que tu fais dans la vie. J'essaie d'aller voir. Je ne veux pas essayer de trop voir les sales mecs. Chacun son curseur dans la vie. Un tueur à gage est une personne qui se fait rémunérer pour commettre le pire des crimes, éliminer un être humain. C'est quoi ton dérange ?
- Speaker #1
Moi, pour une jambe, si un mec a une moche dans la jambe, c'est... Moi, je prends 10 000. Après, s'il faut chargé, moi, je prends 60. 60, 55, 60.
- Speaker #0
Mais comment tu arrives à obtenir leur confiance, en fait ? Quelle histoire tu leur racontes ? Parce que quand même, pour les convaincre, ils n'ont aucun intérêt à être filmés, finalement.
- Speaker #2
Aucun intérêt à me parler, aucun intérêt à être filmé. Les histoires d'égo, tu vois. Quand tu vois les années de placard en face, l'égo, il ne compte plus beaucoup. Moi, au début, je venais avec cette attitude un peu humble. Non, mais tu vois qu'ils ne cherchent pas trop la merde. Moi, je ne pose pas de questions. S'ils ne me racontent pas le truc, je ne fais pas de l'investigation. Voilà. Donc, les premiers sont, tiens, le type, il est plutôt, il sait à peu près comment nous aborder et nous parler. Ils ont vu le rendu du boulot. Tu vois, moi, ils ont aimé la connaissance déjà. Ce que je dis, c'est que, mais c'est un truc de journaliste. si tu t'intéresses à l'agriculture et que tu n'arrives déjà pas à reconnaître une vache, d'un mouton, l'agriculteur que tu vas aller voir, ça va vite l'emmerder. Enfin, tu vois, il va devoir reprendre un zéro. Il va avoir une certaine impression de perdre son temps et de ne pas t'apprendre grand-chose. Donc là, c'est pareil, le banditisme, c'est quand même des trucs pointus. Tu vois, il connaît les gens, les histoires, les trucs. Moi, quand j'ai abordé ce sujet-là, j'avais pas tenacé avant. J'avais bossé des années et des années. Je connaissais le banditisme depuis 1900. Je me faisais des petites fiches. Tu as écrit un livre, d'ailleurs. Oui, j'avais fait un livre qui s'appelait « L'histoire du milieu » Ils se sont dit, mais le type il est comme nous, je vais pas te raconter de conneries. Souvent c'est ce qu'ils me disent les gens. Et d'autant plus avec le temps, parce que la mentalité, la manière de parler, le machin, le truc, tu vois. Et puis après, il y a le parrainage. C'est-à-dire que, tu sais, le banditisme, c'est un petit milieu. Je veux dire, les gens en France à un certain niveau, ils vont être combien ? 80, 100, 150 ? Bon bah voilà c'est un milieu professionnel comme nous tu vois donc moi bah ça fait 30 ans 30 ans qu'il me voit là dedans, il me voit au mariage de machin, il me voit au baptême de truc mûche, il me voit dans la sphère privée de ces gens donc ils ont confiance ils se disent voilà et donc moi je me fais parrainer comme ça tu vois c'est comme trouver des voyous étrangers et ça on me dit mais comment tu es arrivé, on est allé en Georgie avec une consoeur, à t'arriver des vorives et des accognes c'est à dire les boss de la mafia d'ex URSS tout ça, Comment tu chopes le contact ? en Georgie. Le contact, je l'ai eu ici. Par des Georgiens qu'il y avait là. Ou d'autres gens qui vont au placard avec des voyous de chez nous. Et quand ils vont en prison, forcément. Ils font des contacts. C'est un foutre en prison. T'as deux Albanais qui font la cam, t'as un machin, ben voilà. Donc tu les rencontres comme ça. Tu dis, attends, j'étais avec un mec d'Albanie, bouge pas, on va aller voir son cousin, il avait un resto, c'est comme ça que ça marche. Tu retrouves le mec qui va te retrouver l'autre et puis tu te retrouves en Albanie à filmer des vendeurs d'armes. Et en fait, tu sais, c'est la règle des... Il y a cinq mecs entre toi, est-ce que tu veux atteindre ? Alors encore plus là-dedans, il n'y a même pas cinq, tu vois ce que je veux dire. C'est tellement petit que finalement, tu arrives à trouver... Tu vois, on est allé tourner, je n'en sais rien, en Asie, des trucs. Je les ai eus ici, les plans, tu vois.
- Speaker #0
Quelles sont les séquences les plus dingues que tu as filmées ou que tu as ramées ?
- Speaker #1
Celles qui t'ont le plus marqué.
- Speaker #2
Ce qui m'a le plus marqué, c'est ce que tu n'iras jamais à la télé.
- Speaker #0
Eh ben voilà.
- Speaker #2
Non, mais c'est vrai. Moi quand je fais les trucs tu vois 10% Avec 15% de ce qui s'est passé Déjà, je vais voir 15 équipes pour faire un go-fast de bagnole. Le go-fast, on sait ce que c'est maintenant. Tu mets de la drogue dans ta bagnole, tu prends l'autoroute à 200, voire plus. Et puis, tu rentres à la maison avec un type qui t'ouvre la route.
- Speaker #0
Mais dans le go-fast, tu étais dans la voiture qui allait à 200 kilomètres. Moi,
- Speaker #2
j'étais dans celle où il y avait les stups.
- Speaker #1
Donc, à 200 kilomètres.
- Speaker #2
Oui, ça ne m'intéresse pas d'être dans l'ouvreuse. Tu ne vois rien dans l'ouvreuse. C'est ce qu'on appelle l'ouvreuse, celle qui roule devant et que le mec qui prévient, c'est la police. ben non tant qu'à faire moi je veux la sensation du pilote tu vois le type cas Il y avait 200 kilos de shit et 10 kilos de coke, je crois, dedans. On venait d'un... Donc,
- Speaker #0
t'étais là-dedans ?
- Speaker #2
Moi, je me mets à côté du passager. T'as l'impression... Alors, sur le coup, même moi, naïvement, je montais dans le truc. Je dis, oh, vas-y, roule, pépère. C'est l'autoroute, on va se marrer. On voit la sauce, tu vois. Puis le mec, d'un seul coup, il te dit, tu vas mettre un gilet pare-mal. beaucoup de mètres gêné pas mal on fait de la voiture mec Dis-donc, parce que là tu vas voir quand je vais arriver au péage, si là il y a la douane avec l'Aers, le merdier, j'en sais rien, je sais n'importe quoi, je vais pas m'arrêter, je vais pas lever les mains, tu vois ce qu'il y a à l'arrière, ça fait de l'argent, ça fait des années de prison mais ça fait de l'argent derrière. Donc il va falloir y aller, donc quand je vais forcer, forcément les mecs ils vont peut-être tirer, ils vont peut-être machin, donc au-delà de trouver le bon mec qui t'emmène, même quand t'es dedans, tu vas pas soupçonner, tu vois, je me souviens, Je te redonne une autre comme ça. Il y a un mec qui vend des armes. Il s'appelle PG. On est dans une forêt comme ça. Et il déterre avec un copain, lui, des armes. En gros, pour pouvoir faire la séquence, je vais voir un type qui me dit « Moi, j'ai des armes à vendre, mais je ne vais pas te les déterrer pour ta télé. Viens le jour où je les déterre pour les fourguer à des gens. » Moi, je ne sais pas avec qui il vend ça, mais en tout cas, voilà. Et donc, ils sont là avec leur pelle, en train de déterrer leur cagoule sur la tête. Moi, je filme mon truc dans la forêt. On me dit « Bon, je m'attends, c'est sympa, il fait beau, les petits oiseaux, tout ça. » Puis d'un seul coup, question naïve, je lui dis bon... Si jamais les mecs de l'ONF, l'Office National des Forêts ou de la gendarmerie, se pointent, parce qu'on n'est quand même pas très loin de la route, il y a une forme d'inconscience quand même, t'es pas perdu au milieu de l'Ardèche, t'es en banlieue parisienne, dans une forêt, la route elle est à 20 mètres. Donc je lui dis, écoute, s'il y a des mecs qui déboulent, comment on fait pour s'arracher, et on se retrouve où pour repartir ? Moi je vais pas rentrer à pied, t'es gentil de ta forêt. Et il me souvient son pote à l'hôte, il me regarde encore une fois comme si j'étais un fatigué comme on dit à marseille il monte la calash il dit oh On a les guitares, le trou il est creusé, pourquoi tu veux que je cours ?
- Speaker #0
Ah d'accord.
- Speaker #2
Bon là je lui dis, moi je courrais, donc avant d'abattre les agents de la force publique, tu me laisses faire 2 km en courant s'il te plaît, j'ai pas de me retrouver dans des histoires. Donc effectivement au début tu peux y aller un peu la fleur au fusil dans ces histoires-là. Moi c'est moi eux que je crains, parce qu'eux ils ont accepté que je vienne, moi je viens pas en les piégeant, donc le mec il m'a dit ok tu viens, mais ça a des risques et périls en revanche. Je sais pas, quand j'ai fait le truc, j'en ai fait un, ça s'appelait « Au royaume du shit » . J'avais été acheter du shit au Maroc, j'y ramenais. Ce que tu vois là, machin, pour arriver à ça, alors déjà pour arriver à ce que tu vois à l'écran, déjà, il y a eu mille galères avant. À un moment, il y a un go-fast. Le go-fast marin, là, dans « Au royaume du shit » , c'est ce qu'on appelle la gommasse. La gomme, c'est ça, le hors-bord, semi-rigide, on met la tonne de shit, On fait Maroc-Espagne. On n'arrive pas à mesurer. La galère que c'est, on a l'impression que c'est facile. Évidemment, puisque tu ne vois que le moment où j'y arrive.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, dans ton documentaire sur le royaume du shit, tu dévoiles tout le trafic entre le Maroc et l'Europe. Ça a été facile de tourner au Maroc ?
- Speaker #2
Au Maroc, moi, j'ai eu que des amis. Bonjour à mes amis marocains. Non, parce que déjà, moi, je vais tourner un truc illégal. Donc, je ne vais pas demander un visa de journaliste au royaume marocain en disant bonjour les gars, je vais aller tourner le shit chez vous. Ça ne vous dérange pas, il n'y a aucun souci. Donc ça, c'est mort. Je suis obligé d'y aller. Je me souviens, pour l'anecdote, je suis avec un mec, un gros trafiquant, un gros, gros trafiquant marocain qui habite en Europe, lui. Donc il me dit, je vais t'emmener. Il me dit, on va arriver par Casablanca et après, on reprendra une voiture, on fera les 600 km pour retourner dans le rift. On ne va pas arriver par Tangier, c'est trop grillé, l'aéroport et tout. Et moi, je faisais quand même déjà des trucs sur Canal où on voyait ma tête à l'époque. Bon, ok, on arrive à Casa. Et je me suis dit, on est avec notre chariot, avec les valises comme ça, sur le parking, discret. Et là, il y a un mec à côté qui fait, « Oh, Pierrin, canal plus, les calages ! » Ils relancent le train. Le mec, il me dit « Oh putain, c'est une barrière ! » C'était des mecs de quartier qui allaient en vacances. Peu importe. Moi, je faisais le trafiquant.
- Speaker #0
Oui, tu t'es fait passer pour un pillant.
- Speaker #2
Une tonne et quelques.
- Speaker #1
C'est toi ou la voix de 25 kg aussi.
- Speaker #3
Ça c'est 25 kg. Oui d'accord.
- Speaker #2
Je faisais vraiment le début, donc t'as les champs, les agriculteurs, ça c'est des fermiers qui fassent de la betterave ou du shit, c'est pas des voyous tu vois. Après arrive donc ça, je pouvais filmer à peu près en caméra ouverte. J'étais avec deux mecs dans cette histoire, il y en avait un qui avait rien compris, que j'étais journée, je filmais toute la journée, mais l'autre il disait ouais il filme, pensez pas de trafic, je sais pas quoi.
- Speaker #0
Oui oui parce que c'est très étonnant, tu filmes beaucoup de choses en caméra ouverte.
- Speaker #2
Mais parce que, en fait, quand j'y suis, le mec que tu vois pas, j'ai un parapluie, tu le vois pas, après, il se barre, le parapluie, au début, il me branche, en fait, lui, comment il fait ? Il me dit, bah... Je vais te faire passer. Donc lui, il est très, très respecté. Il est dangereux. Il est dangereux. Donc les gens ont peur de lui. C'est un mec, un peu un sale mec. Il n'a qu'une soixantaine d'années. Et lui, quand il me présente à tous ces gens, il dit voilà, lui représente une équipe en France. Moi, je ne suis pas Bobo Escobar. Il vient pour des gens qui vont envoyer une vingtaine de tonnes tous les deux mois en Europe. Donc, il vient mettre au point toute cette filière. Trouver les gens qui vont traverser, les gens qui ont un chien, qui voilà. Donc lui, il me met en main. Et lui, pour pas m'emmerder, je lui dis tu sais, moi je vais filmer des fois. Parce que pour mes potes, déjà pour les vacances, pour déconner, non mais je te jure, l'autre il était complètement allumé, il fumait 12 joints à l'heure, donc si tu veux, il savait même plus où il était. Donc je lui ai dit voilà, je lui ai dit, il fumait des trucs, oublie. Dans la voiture, je trouvais plus la portière, non mais je te jure. Donc voilà, donc je filmais, et après je lui disais, moi il faut que je montre à mes amis les changes C'était n'importe quoi, tu vois. Et puis comment sont faits les ballots ? Donc quand j'allais chez les producteurs, je disais au mec, écarte-toi du truc, je vais filmer tes 10 tonnes là. Parce que faut que je montre à mes amis comment tu travailles, comment tu fais tes valises marocaines, comment tu fais tes trucs. Donc je filmais tout comme ça, tu vois. Moi, il fallait que je fasse la tournée des pop-up parce que j'étais censé trouver 20 tonnes. Pourquoi 20 tonnes ? Parce que je ne vais pas les racheter, parce que je voulais des gros. Il m'a dit, sinon, on va trouver des agriculteurs, ils vont te vendre 200 kilos, on s'en fout. Donc si tu veux voir les gros gros trafiquants, ceux qui ont 20 tonnes c'est quoi ? C'est pas les agriculteurs, c'est les mecs qui font la tournée des agriculteurs, qui stockent et qui revendent. Donc moi je voulais trouver un type comme ça.
- Speaker #0
Oui on voit des énormes...
- Speaker #2
Ouais c'est des paquets... 20 tonnes c'est énorme ! Ouais c'est des 10 tonnes, des 20 tonnes de shit, donc moi je voulais 20 tonnes. Donc il me dit comme ça on va faire les Pablo Escobar du RIF, les trucs et tout. Et on va avoir... bah ouais tant qu'il y a sans merder... Tant qu'il y a sans merder autant y aller. Et le mec m'a dit la merde dans le rift, c'est que L'armée et les flics ils rentrent pas dans le rift, ils sont autour, ils font des barrages, puis une fois que t'es dedans, si les mecs ils décident de nous mettre un coup de fusil de chasse puis nous enterrer derrière la montagne, ou à l'loup pour nous retrouver.
- Speaker #0
À un moment donné, tu filmes en caméra cachée et tu te fais griller.
- Speaker #3
Après deux heures de piste, nous arrivons chez un premier producteur. Il est méfiant. Il repère la caméra cachée sur mon torse.
- Speaker #1
De quoi ? Il se demande.
- Speaker #2
Mais t'as pas la faim ! Alors ça t'as pas la faim ! Alors faites ça, scoop ! Parce qu'en fait, à côté, le mec qui est à côté, il a des réflexes de voyou. Moi je commence à lui dire, on a coupé, je lui dis mais non mec, y'a rien du tout, qu'est-ce que tu me prends la tête ? Il fait ça le voyou, je suis censé être un voyou, je vais pas lui dire ah bah non, t'inquiète j'ai rien dans mon sac. Mec c'est mon sac, qu'est-ce que tu t'as pété un plomb, tu me prends pas une balance, un machin, un truc, il faut que ça soit un peu tendu, sinon y'a pas de raison. Et l'autre à côté qui est méchant comme une teigne, il a pris le relais et puis il a commencé à dire Tu dis qu'en gros je te ramène des indicateurs chez toi. Donc tu es en train de me traiter de balance. C'est bien ce que je viens de comprendre. Alors là ça s'est calmé, il n'y a que ça le coup. Tout le monde, bah ouais parce que là ça sort, c'est la guerre après. Donc voilà, tu as des coups de chaud comme ça. Et puis il faut qu'on se fasse pousser comme on dit chez les voyous. C'est-à-dire avancer la marchandise. Je ne vais pas acheter moi une tonne de chine, je ne vais pas la payer. C'est pour 400 000 là-bas, 400 000 euros. Donc c'est pas Canal qui va me donner 400 000 euros. Donc il fallait que je me fasse pousser la marchandise. On ne me connaisse pas, on me poussait une tonne. Donc l'autre, il essaie de m'agouiller, on loupe un moment 300 kilos. Je t'explique comment ça se passe. Mais j'ai flippé, je l'ai compris après.
- Speaker #0
Comment ça tu loupes ?
- Speaker #2
Je devais acheter 300 kilos, puis le mec il merde, le courtier il nous merde le truc, on loupe l'affaire. Alors qu'elle était gratos l'affaire, donc elle m'arrangeait bien. Et 300 kilos, c'était important. Donc l'autre, il nous fout dans la merde, et le type avec qui j'étais, il commence à lui parler en arabe, je ne comprends pas. Et puis je vois l'autre, il commence à pleurer. Le mec, il avait 60 ans, l'autre. Ils étaient des bonhommes, comme tu vois. Et je me dis, qu'est-ce qu'il a à pleurer ? Donc je chope l'autre, je dis, qu'est-ce que tu lui as raconté ? Et l'autre, il est en PLS, comme ça, sur son lit. Il dit, mais je t'explique. Sa femme, elle est sur la Costa del Sol, de l'autre côté que ses gosses. Je lui ai dit, mec, si dans la nuit, tu ne récupères pas les 300 kilos, ils sont là demain matin à 6h, ta femme, je la mets au tapin en Espagne. Tu sais que j'ai un boxon ? C'est un mec qui avait un bordel, je suis désolé de le dire, c'est pas des anges. Ta femme, elle est au bordel demain. C'est réglé, mon ami. Bon, l'autre, il était en pleurs. Il est parti à 23. Je lui dis, bah non, on ne lui dit pas des trucs comme ça. On s'en fout des 300 kilos, tu vois. Il dit, t'inquiète, je ne vais pas la mettre au tapin. C'est pour le pousser un peu, tu vois. Ah bah, l'autre, il est parti dans la nuit. À 6h du matin, il est revenu. C'est réglé, j'ai les 300 kilos. Il avait tout réglé, en fait. Il aurait pu le faire. Il ne voulait pas le faire. Donc, l'autre, pour lui mettre un coup de pression, tu vois. Mais ça, je peux te le raconter. mais des trucs d'un autre monde. Donc, il y a des fois, tu dors moyennement bien.
- Speaker #0
Oui, mais alors, tu dis ça, mais ce qui est drôle, c'est justement dans tes docu... Tu mets toujours du humour en fait.
- Speaker #1
Comment tu fais pour faire de l'humour dans ces situations qui sont quand même ultra dangereuses ?
- Speaker #2
C'est ce que disait Canal, par exemple sur le shit, il me dit « mais non, rien, t'es en train de te marrer dans le champ, t'es en train de machin, tu mâches ton chewing-gum en permanence sur toutes les séquences. »
- Speaker #0
Mais tu perds des moments où tu te casses à moitié la figure. Oui,
- Speaker #2
je l'aimais parce que moi ce qui m'amuse, c'est horrible, ce que je vais dire, c'est même pas le rendu, c'est de le vivre le truc. C'est ça qui me fait marrer, une fois que c'est fini, j'aurais même plus envie que ça passe, je peux le passer à ma mère et encore.
- Speaker #0
C'est un petit peu ta marque de fabrique ?
- Speaker #2
Ben oui, parce que je n'arrive pas à le faire tatata. Alors, ça excitait Canal+, parce qu'il me disait, ben non, il faut que ça soit un peu tatata quand même, tu vois. Parce qu'on voit que, sinon, on a l'impression que c'est les pieds nickelés dans le trafic de shit, tu vois. Ben oui, mais moi, c'est ma nature, tu vois. Donc, je ne vais pas froncer le sourcil, le regarder au loin, me dire que, tu vois, je m'en fous. Et puis, c'est comme ça que ça marche. C'est comme ça que moi, que les mecs, ils m'acceptent. Je me sens bien, un peu sûr que je suis chez moi, les mecs et tout ça. Je ne me dis pas qu'il y a les voyous, les trafiquants. Après, c'est des mecs qui font leur business. C'est un peu honteux moralement.
- Speaker #0
Quel impact il a eu d'ailleurs ce documentaire ? Quelle relation tu as avec le Maroc maintenant ?
- Speaker #2
Je vais te dire, j'ai été grillé pendant des années. Je ne pouvais plus y aller. Parce que le problème, c'est que j'étais sorti du pays. Déjà, quand le truc est passé, on a fait une erreur fatale. On l'a appelé au royaume du Chine. Royaume, roi... Ah ça, ça a tendu. Ça,
- Speaker #0
c'était pas bon.
- Speaker #2
Il aurait fallu mettre, je sais pas quoi, mais pas ça. Bon, ça, c'est mal passé. Pendant 5 ans, j'y allais pas. Les gens en off, ils m'avaient dit, oublie, t'as 12 étoiles rouges. J'ai dit, doutes, doutes, doutes sur le fichier, c'est pas bon. Et puis un jour, tu vas voir l'histoire de... J'ai un pote, c'était ses 50 ans, à Marrakech, c'est le parrain de mes gosses, etc. J'ai dit, vous avez bien choisi l'endroit, les gars. Je vais y aller. Donc, je me suis appelé l'ambassade au service presse. Et je leur ai dit, voilà. Pierre, le truc sur le shit, la nana se marre. Elle me dit, ben venez, je ne peux pas vous dire. Venez, puis vous verrez bien ce qui vous arrive. Ben si, dites-moi, je ne peux pas prendre un billet d'avion pour entrer trois jours au trou là-bas avant d'être expulsé, comme à l'Ogdu, à l'aéroport. Et en fait, bon, je te la fais courte, mais j'ai réussi à passer mes cinq piges.
- Speaker #0
Tu disais que tu as beaucoup de contacts dans le milieu des voyous.
- Speaker #2
Avec le temps, quoi. Ouais,
- Speaker #0
avec le temps.
- Speaker #2
Avec le temps, madame. Je n'ai rien fait, madame la commissaire.
- Speaker #0
Donc, tu as beaucoup de contacts avec le monde des voyous. Est-ce que ça t'a valu des prêmes avec la justice d'avoir tous ces contacts ?
- Speaker #2
Oui, bon. Alors, évacuons cette question immédiatement. Au début, ça a un peu tendu les autorités. Ces histoires de faire le truc du côté des voyous... Alors, c'est pas vrai. Tu avais des policiers spécialisés, puisque j'en connais quand même. Je peux quand même relativiser, je connais des magistrats, des policiers, des gendarmes, des douaniers, tout ça. Tout va bien. Je fais des barbecues aussi le dimanche. Donc il y en a qui aimaient bien parce qu'ils me disaient « Au moins tu montres les trucs, même pour nous il y a des trucs. » Moi je ne suis jamais laissant la gomme entre l'Espagne et le Maroc. Je suis à l'office des stups. Donc au moins je regarde comment c'est foutu. Ça les a fait marrer. Il y a ceux qui sont rageux. T'as le rageux, t'as toujours le rageux qui dit « Non, les voyous, les pirates c'est un voyou, c'est un traficon ! » Non monsieur, c'est pas parce que t'arrives pas à les attraper que moi je peux leur parler, qu'il faut que t'aies les boules. Voilà, mais c'était ça le discours. Donc au début, oui, ils ont eu les boules. Je peux le dire aussi, ils ont eu les boules. Pourquoi ? Parce que j'avais fait, dans ce premier reportage de Canal, qu'à être décité, il y avait Redouane Faïd. Et Ragnar Fade, c'est donc un double évadé des prisons, Ragnar Fade, non ? Moi, c'est mon pote, c'est mon ami, c'est même pas mon pote, c'est un ami depuis des années et des années, et c'est comme ça. Et donc, il avait accepté de témoigner dans ce reportage, et on avait fait un livre au même moment, etc. Et puis, on l'a accusé derrière, en fait, de toujours être braqueur de fourgon avec ses petits copains, etc. Pendant qu'on faisait les malins sur les plateaux de télé, tout ça.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il avait, il faut dire qu'il avait dit qu'il était repenti. Voilà,
- Speaker #2
et qu'il se retrouve mêlé à une sale histoire pour laquelle il a été innocenté, mais qu'il avait noirci le... tableau qui était, et à juste titre, un drame d'une policière municipale qui avait été tuée par une équipe de voyous machin. Et donc il était mêlé à cette histoire, donc l'histoire évidemment était pas reluisante, et pour cause. Et donc moi il y avait une espèce de forme d'association de la part des policiers qui travaillaient sur cette affaire en disant Pierre Assez est le pote de l'autre, il nous cache je sais pas quoi, dans son reportage en fait il y a, enfin il s'était fait des constructions intellectuelles dans le truc. C'était limite si j'étais, il y en a même qui pensaient que j'étais dans l'affaire, en train de filmer l'attaque du fourgon de la policière tuée, des fous furieux. Ça, ça m'a valu des perquisitions chez moi, mon matériel informatique séquestré pendant 8 ans. 8 ans ? 8 ans, parce que les mecs, le temps de l'enquête, ils disaient les gars copiez-le, puis ils bossaient. Pour rien, ils n'ont rien trouvé dessus. C'était cocier comme une pièce du dossier, je ne sais pas pourquoi, il n'y avait rien dedans. Mais voilà, donc j'ai eu comme ça des petits, surtout principalement dû à cette histoire, des coups de chaud et puis c'est tout. Puis après, ça s'est arrêté parce que je pense que les flics, les magistrats, ils ont compris le sens du boulot, tu vois. Et que moi, je ne suis pas un voyou. Ces gens-là, je les ai connus. Il faut quand même revenir. Je ne suis pas d'une famille de voyous. Moi, je ne les connaissais pas plus que vous, tous ces gens. Enfin, tu vois ce que je veux dire. Je n'ai pas été élevé entre Francis Lebel et le parrain de Toulon. Enfin, tu vois ce que je veux dire. Ma mère, elle n'est pas de Dilos de Coq.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. A bientôt !