- Speaker #0
Bienvenue sur Press Room, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques.
- Speaker #1
C'est pas dans les films, c'est pas au Cheyenne Eleven, ils ont pas tous la tête de Brad Pitt et de Georges Clooney. Ils vont t'égargir pour prendre ta part, c'est plutôt ça l'histoire. Sous le canapé, il me sort un truc. C'est le plus gros fusil d'assaut. Évidemment que tu pourrais te tenter. Tu pourrais te tenter. J'ai des mecs qui vendent de la coke, j'en connais 50. Des mecs qui vendent du shit, des mecs qui vendent des armes, des mecs qui font des escrocs cruaux au carbone.
- Speaker #0
Salut à tous ! Donc comme promis, on retrouve Jérôme Pira pour la suite de ses péripéties dans le monde des voyous. Dans cet épisode, il va nous raconter comment il a fait pour filmer des vendeurs d'armes dans les cités marseillaises. Et il va aussi nous emmener au Japon, où il est devenu le meilleur ami d'un chef yakuza, la redoutable mafia japonaise.
- Speaker #2
Alors abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains épisodes. On parle que de ça ! BAM BAM BAM BAM !
- Speaker #3
On remplit des contrats. Le mec est pas correct dans les affaires, voilà. Et automatiquement, on reçoit une punition.
- Speaker #4
C'est plus facile d'aller acheter du shit que d'aller acheter du pain. On met une chute en routine et c'est parti. Et ça fait du bon du bon. C'est ou la mort ou la prison.
- Speaker #1
Il y a des types qui sont là pour remplir des vrais contrats. Vous tuez, vous éliminez physiquement et définitivement.
- Speaker #4
S'il faut le faire, moi, je prends une situation. 55-60. On vivait comme des petits rois, quoi, voilà. On faisait la fête tous les soirs. Tu tues et tu récupères le minas, c'est tout.
- Speaker #0
T'as réalisé un documentaire dans les quartiers nord de Marseille qui s'appelle Génération Kalash. On te voyait qu'il y a un vendeur d'armes.
- Speaker #1
C'est un mec qui revende tout, lui. Des bijoux, des armes, une espèce de recelleur, si tu veux, de fourgue, comme on disait dans le temps. Donc je l'appelle à tout hasard. J'ai dit, dis-moi, dans ce que t'as en stock aujourd'hui, t'aurais pas une petite guitare ou deux ? Un truc comme ça, j'en ai besoin pour agrémenter mon truc. Il se marre. Il dit, je te rappelle, majeur, un mois et demi ce pas, je l'avais oublié, ce garçon. Il m'appelle, je sens au ton de sa voix qu'il est un peu guiré, qu'il est un petit surpris. Il me dit « Ouais, pointe-toi avec ton cadreur, encore le fameux Richard Monrobert, des spéciales dédicaces Richard. » Il m'appelle et il me dit « Donc moi je m'attends à voir la classique Kalachnikov maintenant, désormais. » Et puis quand on se pointe, le mec il peigne un peu, il est tout content de sa séquence. Et le mec sous le canapé, il me sort un truc. C'est le plus gros fusil d'assaut au monde. Il y avait une sorte de calage en chromé, parce qu'il y avait un barjot, une fois, il m'en avait sorti une qui était chromée comme ils font les Mexicains. C'est une connerie comme ça, il a dû faire personnaliser la sienne. Non, non, Kioneli m'a sorti une espèce de fusil à éléphant. Enfin, même pas un truc, c'est un énorme... Je ne sais plus comment ça s'appelait, un truc allemand et un autre, et machin, etc. C'est toujours des... Et là,
- Speaker #0
tu fais une blague, d'ailleurs. Je ne me souviens plus.
- Speaker #1
Ah, t'es comme ça, toi. derrière sac à goule, évidemment, je le connais. Je suis moins dans un truc de stress. Mais en revanche, la surprise, elle n'est pas feinte. Là, il m'avait fait un joli cadeau.
- Speaker #0
Il y a une séquence avec des punisseurs.
- Speaker #1
C'est des gens, par exemple, il y en a un qui n'est pas payé. C'est pour les histoires de stupes. Et généralement, ça se pratique beaucoup en région parisienne. J'appelle les jambisations. C'est un truc qui vient d'Italie. Les jambisations. Je te tire dans les genoux, je te tire dans les fesses. Je te tire dans les... Voilà. Je suis handicap, parce que généralement, tu vas finir boiteux à vie si je te tire dans le genou. Déjà, moi, je risque que 5 ans si je me fais arrêter, au lieu de prendre 30 piges pour un assassinat. Et puis, je lui donne une chance de me rembourser, parce que si je le tue, je n'y arriverai pas. Donc, il y a des gens qui sont spécialisés là-dedans. Et moi, je faisais un truc sur les tueurs à gages, les machins. J'ai des gens que j'appelle et je dis, je voulais filmer des cash tick-off pour ce truc. Et il m'a dit, ouais, je connais des Albanais. Je lui ai dit, vous les achetez où, vous, les Kalachnikovs ? Il m'a dit, c'est des Albanais qui nous vendent ça, je vais les brancher, t'inquiète, machin, machin. Le mec m'appelle, il prend le téléphone de Pierre-Paul Jacques, il m'appelle, il me dit, salut mon ami, tiens, tu peux venir mardi, puis c'est tout, tu vois, bon, je sais que c'est pour ça. Il paraît que Richard traverse la France, on va dans le sud, et là, on arrive, il est avec son poteau, ils nous attendent à la gare, et là, il te dit, Ah ! Bah non, en fait, les Albanais ne sont pas là. Je ne pouvais pas te rappeler pour te dire l'Albanais, c'était trop tard. Il me dit, mais c'est quoi ton sujet ? Je ne savais même pas ce que je faisais. Je lui dis, je t'explique, c'est sur les règlements de compte, les types qui vont flinguer des mecs. Et je lui dis, je cherche aussi des mecs qui font de la jambisation. Il se regarde avec son pote comme ça. Il dit, on peut te le dire, on le fait. Je lui ai dit, mec, tu vas me raconter ça, tu as les outils, tu as les trucs. Voilà, bon, ça, on l'a fait de manière impromptue. Ils nous ont déposés quelque part, ils ont été chercher leur truc, tu vois. Je ne sais pas savoir où c'est caché. Puis on a trouvé un endroit. Ils se sont mis deux passe-montagnes de skieurs, là. Et puis, on a fait notre petit truc, voilà.
- Speaker #3
Nous, on s'en fout de ce qui se passe dans les quartiers. Tout ça, ne regarde pas. Nous, ça veut dire que celui-là a baisé celui-là. Celui-là nous en fout totalement Nous, c'est simple, on règle des problèmes que d'autres personnes ne peuvent pas régler. C'est-à-dire, en clair, nous, on remplit des contraintes. Le mec n'est pas correct dans les affaires, voilà. Et automatiquement, il reçoit une punition. J'appelle ça une punition, c'est peut-être ça un peu pour vous, mais la punition, pour nous, c'est ça, voilà. C'est une balle dans le cul, une balle dans le tibet. Ça veut dire que nous, on tire, je rembarde la ceinture, c'est une leçon.
- Speaker #0
Et eux, ils tournitaient dans leur famille.
- Speaker #1
Oui, après, c'est des gens que je connais bien. C'est horrible. Les gens vont se dire, le type est horrible. Il ne fréquente que des sales mecs, etc. Mais non, parce que moi, je resservice à ces gens. La PJ, ce n'est pas la peine de mettre tout le gyrophare et venir à la maison. Je ne rends pas ça dans ce sens-là. Je resservice dans la mesure de mes compétences. Je trouve des stages aux enfants. Je trouve... Véridique, j'en ai encore un l'autre fois, un gros voyou. Il me dit, écoute, mon fils, il cherche des plans, des stages. Tu peux me trouver ça. Voilà, donnant, donnant. Moi, je trouve des trucs honnêtes. Le stage, tant mieux, ça lui évitera de faire comme papa. Et tu vois, si je peux l'aider. Et voilà, et donc je fais souvent ça.
- Speaker #0
Tu me disais que maintenant, c'est carrément eux qui t'appellent pour être filmé.
- Speaker #1
Les vieux, ils n'appellent pas. Bon, il y en a qui sont contents, tu vois, etc. De raconter, parce que quand tu as eu une vie un peu extraordinaire, je suis désolé, je suis très vulgaire, t'entends, mais ça fait un peu chier de dormir dans ton canapé avec tes histoires et les garder pour toi. Il y a le syndrome de l'agent secret. t'as comme envie de raconter que t'as eu une vie un peu folle, toi. Fais remarquer tes potes. dans ceux qui sont très habitués à l'image parce que les autres c'est plutôt vivant heureux, vivant caché c'est un truc ceux qui sont très habitués à l'image c'est les jeunes les jeunes ils commencent déjà à se filmer maintenant en train de compter les bifetons et les machins même à la com ils savent faire etc et ces réseaux sociaux et tout c'est devenu une dinguerie vraiment pour eux moi je me souviens pour un exemple concret il y a 12-13 ans je fais un truc pour Canal Et on va dans les quartiers, on avait déjà des touches, on connaissait quand même des types de réseaux, les mecs qui tenaient, on était quand même bien dans le quai, on n'était pas venus comme ça. Et on ne pouvait pas tourner les trois quarts du temps. Le mec me disait, non mec, je ne vais pas te faire tourner mon réseau, après je vais me prendre la cavalerie le lendemain, ils vont reconnaître la tour, ils vont se dire que c'est de la provoque, les cons qui vont de là-dedans, ils ne vont pas à la télé, etc. Et donc c'était très compliqué, les mecs le faisaient, entraient hors des pieds parce qu'on connaissait Pierre-Paul-Jacques et tout, donc ils acceptaient en disant putain vous allez me foutre dans la merde les gars Là, la dernière fois que j'y suis allé, j'y arrive moi naïvement, pareil. La cité, en plus, elle était chaude. C'est Bassens, c'est la fameuse cité de la DZ Mafia, dont on parle et tout. C'est un drive, ce qu'on appelle un drive. C'est-à-dire que tu es servi à la portière. Tu viens avec ta voiture, tu cliques le mec qui te demande et tu sers à la portière, tu repars.
- Speaker #2
Tiens, ma copine. Merci, ma soeur. C'est bon ? Allez, à la prochaine. Au revoir.
- Speaker #1
T'as une espèce de défilé de bagnole, à 16h de clients, toc, toc, toc, hyper bien organisé. J'arrive là-dedans. Le big boss, il est incarcéré à l'époque, il nous dit, vous pouvez y aller, mon gérant va vous accueillir à l'entrée de mon supermarché. Le gérant va t'accueillir, ça va voir mon gérant. On est là comme avec mon cadreur et on attend un peu naïvement. Et moi, j'ai encore dans l'idée d'il y a dix ans où les mecs, c'est la galère. Donc le petit jeune, j'essaie d'aller vite, le petit jeune il vient et je lui dis, bon écoute, t'as pas une cave ? Tu me trouves un de tes mecs, toi ou un des cadres de l'entreprise ? Tu mets du produit pour crédibiliser, deux, trois outils, tu vois ce que je veux te dire. Et puis on fait un interview, tu m'expliques que ce n'était pas le cœur du truc, mais il fallait expliquer un peu ce que c'était que ces terrains. C'était un truc sur les règlements de compte. Pourquoi tu le tues ? Parce qu'il y a le terrain, donc il fallait voir le terrain. Le mec, il me regarde comme si j'étais un demeuré. Il me regarde, je le revois comme ça, il a 22 ans, avec ses petites lunettes. Il me regarde, je vois dans son œil qu'il se dit qu'il est con comme un balai. Et il me dit, pourquoi tu veux faire fumer le terrain ? « Bah, j'ai dit, t'es fou, toi, demain, vous avez six quarts de CRS, le JGN... » Tu vas finir à la verticale, à la PJ, à l'horizontale. Et là, le mec me dit, ben non, ça n'a aucun intérêt, ça ne nous fait pas de pub. Regarde, je t'ai fait faire une fresque avec un graffeur. Ça s'emballe pour que ça soit un peu joli avec le nom de la cité et tout. Des barjocons, pas des marrons, mais tu vois, ils sont dans un truc marketé.
- Speaker #2
On a le menu en fait. Il est là.
- Speaker #4
Tu peux nous le détailler ?
- Speaker #2
T'as 10 de bons, 32 jaunes, 52 moulas et 300 à la plaque. En fait, le 30 et le 50, c'est le même. C'est du très, très bon shit. Le 10, il est bon, mais ce n'est pas de la frappe, tu vois.
- Speaker #1
Et le mec nous dit, alors écoute, pour les interviews des mecs du réseau, viens plutôt à 11h30, c'est quand on ouvre. Là, il n'y a pas trop de clients, ils auront le temps de te parler parce que nous, on voulait faire un peu la tournée des popotes, tu vois. Le guetteur, le charbonneur, le machin. Puis il dit, après, tu reviens à 16h parce que là, c'est là où il y a le rush des clients. Donc là, tu auras de la belle image, tu verras les colonnes de voitures. mais qu'on aurait pu leur laisser les caméras, les high-chefs. On revient demain, tu me donneras les roches, vous faites ça bien les gars. Tu vois, donc il y a un changement de mental. Donc je sors ce truc à la téloche et les potes de Marseille, qui sont les plus anciens, qui sont dans ce trafic, tout ça, mais qui connaissent donc tous ces gens des quartiers, etc. Ils m'appellent, ils me disent « putain, faut que tu redescendes, j'en ai un particulier qui traîne beaucoup dans les cartes » . Ils me disent « putain, ils me harcèlent pour te parler, j'ai tel réseau à tel endroit, tel réseau » . Ils ont vu le truc, ils ont dit « putain, le réseau il est passé, il va faire plus 30% de chiffre d'affaires » . Je déconne, je ne sais même pas s'il y a une incidence commerciale, c'est long de te le dire, mais je ne sais pas s'il y a une incidence commerciale réelle. Mais en tout cas, eux, dans leur tête, ils se sont dit, et donc j'avais M. Pira, parce que je pourrais être leur père, au trois quarts de ces petits jeunes comme tu vois. Et les mecs, je me souviens, le pote, je lui dis, c'est bon, je vais te la foutre, je ne vais pas te faire. Il y avait même un mec qui m'avait fait la blague. Tu te souviens de l'émission de Lopez, là, en terrain connu ?
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #1
oui. Un mec qui m'avait dit, fais en terrain connu, parce qu'on appelle ça un terrain, l'endroit où on vend en argot de voyous et de trafiquants. Donc, c'était en terrain connu, j'aurais pu le faire. Je te faisais tous les terrains de France, les mecs t'appelaient. Et donc, j'en avais et j'arrivais. le copain il me disait bon écoute passe au moins leur dire bonjour parce qu'ils me harcèlent et tout donc on avait été en voir 2-3 je me souviens et j'avais les mecs au garde à vous dans le hall de l'immeuble Tous les employés du réseau, le mec venait. Monsieur Pira, ils sont là, ils sont prêts. Ça, c'est l'équipe de vente. Les gars, je ne vais pas filmer 15 fois le terrain. C'est très gentil. Merci à vous d'être venus. Donc, il y a quand même un changement de mentalité, de paradigme. C'est devenu surréaliste. Alors ça, c'est propre à cette criminalité-là. Les big boss, tu ne les filmes pas comme ça. Ils sont comme moins... Voilà, eux, ils ont 15 ans, 16 ans. Ils sont comme des fous avec leur réseau. La cagoule, elle est mal mise. On voit à moitié leur tête. Regarde celui qui a... Le mec qui tuait pour la DZ Mafia, la Matteo, 18 ans, le mec, il allait tuer des gens, il se filmait sur le truc. Enfin, on est quand même passé chez les fous, parce qu'avec ces réseaux, on va recruter des gens qui ne sont pas forcément des voyous très solides, qui ne sont même pas des voyous, et qui vont faire des dingueries, comme on dit chez les jeunes, pour pas grand-chose. Donc voilà, après, le vrai gros voyou, beau voyou, comme on dit à la PJ, celui-là, tu ne vas pas le filmer comme ça. Enfin, tu vois, et... Bon, voilà. Les gens qui sont à Dubaï, qui sont à Marrakech, qui sont à Singapour et qui tirent les ficelles de tous ces petits mecs sur le terrain, ceux-là ont toujours la même mentalité qu'à l'ancienne. Tu ne vas pas lui dire, mais toi, de Dubaï avec la mer, ça va être joli.
- Speaker #0
Et du coup, avec tous les contacts de voyoucta, est-ce que tu crois que la police t'a déjà mis sur écoute ?
- Speaker #1
Ah ouais, j'étais tellement... De toute façon, c'est simple, tu sais comment j'ai testé le truc, j'étais sur écoute. Je les insultais tous les matins. Je dis, pour rien, mais c'est pour voir. J'appelais un copain, il est décédé, Alexandre Sargos, qui était un photographe avec qui je travaillais. J'allais au Japon, les Yakuza, tout ça avec lui. Tous les matins, j'appelais Alex, je lui dis, pose le combiné. Pose le combiné, c'est pas pour toi. Et puis, je les insultais en les nommant, tu vois. Pour voir, ça n'a pas loupé. La deuxième fois, ils sont venus me chercher chez moi. Ils ferment la porte du bureau, le commandant. Et là, le mec, il me dit, bon, super. Faudrait arrêter de nous insulter. Oui, donc ils ont écouté. à chaque fois qu'en plus Redouane il s'évade il est droit comme s'il allait venir chez moi, il serait vraiment débile Donc ouais, j'en avais même chez le fleuriste en face de chez moi qui était caché. Le fleuriste était mon pote.
- Speaker #2
Je le croisais dans la rue, il me disait ils sont dans la boutique derrière le fitus. Non mais je te jure.
- Speaker #1
Non mais voilà, donc j'ai eu un peu ça. Et puis après ils ont laissé tomber parce qu'ils voient bien que voilà, c'est du journalisme. C'est de l'information.
- Speaker #0
Du coup, comment tu communiques avec eux ?
- Speaker #1
Quand il n'y a rien de craignos sur mon téléphone. Et sinon, tu as des techniques. On va les donner, je ne l'utilise plus. Je vais te la donner. À l'époque, j'habitais... Au métro parmentier, dans le 11ème, pour ceux qui connaissent Paris, et je garais mon scooter dans la rue, je gare toujours mon scooter. Il me disait, voilà, il y a un poteau à côté de ton scooter, les mecs qui vont te donner rendez-vous vont mettre des papiers de couleur, des autocollants de couleur sur le poteau. Quand c'est le jaune, c'est lundi 13h, c'est n'importe quoi, porte de bagnole au Balto. Si c'est le bleu, c'est mardi 9h du matin, porte d'Aubervilliers au McDo, etc. Donc, tu y vas, tu prends le papier... Tu vas au rencard, t'attends, s'il n'y a personne, tu t'arraches, t'attends le papier suivant. C'est qu'il y a une merde, qu'on ne va pas te prévenir, etc. Donc voilà, pour éviter les coups de téléphone, pour éviter les trucs. Et ça marche plutôt bien, il y en a mille. Il y a celle-là, tu peux en trouver d'autres qu'on ne va pas dévoiler aujourd'hui. On ne va pas tout dévoiler. Mais voilà, il y a des ruses. Mais oui, tu es obligé de prendre certaines précautions. Et en plus, c'est de plus en plus dur ces histoires-là. Parce que pour protéger les sources aujourd'hui, avec les technologies policières et tout, c'est un enfer. C'est-à-dire que ton téléphone, il va borner. Ton téléphone borné, ils vont le coupler avec la vidéosurveillance. Ils vont m'acheter. Donc, toi, tu crois que... Je ne sais pas, tu veux aller acheter une carte téléphonique à tel endroit, ils vont retrouver le kiosque où tu l'as acheté avec le numéro. Il y a une caméra qui est en face, ils vont voir qui l'a acheté. Tu as intérêt à te penser, je te dis ça n'importe quand, mais à mille trucs parce que tu peux te faire griller. Maintenant, c'est tellement une toile d'araignée technologique que c'est très, très chaud et qu'il faut faire un peu à la sicilienne, tu vois, le petit bout de papier. Pour revenir à l'ancienne, d'où mes histoires d'autocollants, etc.
- Speaker #0
Les plus grands voyageurs, tu as essayé ou pas ?
- Speaker #1
Pas encore, mais je pourrais, je pourrais, la Colombophilie, je fais mi-mètre. Mais moi, j'ai des gens, les trois quarts, je me déplace. Par exemple, pour un truc, des fois je prends le train, je vais à Marseille, le gars il m'attend au bout du quai. Je parle dix minutes, je reprends le train. Parce que le type, je ne vais pas lui parler au téléphone, c'est mort. Donc si je veux filmer un truc, c'est pour ça que c'est souvent long. Ce mec qui va me dire, tu crois qu'on pourrait filmer, je ne sais pas quoi, un mec qui aurait deux calaches dans sa cave. Ouais, sauf que je ne vais pas téléphoner au mec. Elles sont là les guitares, tu crois que tu... Non, donc je descends voir le mec. Et puis, je ne vais pas y passer non plus deux heures, donc il n'y a pas besoin de se voir. Voilà, on se voit cinq minutes, je m'attends qu'à numéro 15, je suis au bout, le poteau, il est là, tac, tac. Je dis, voilà, je voudrais descendre quand je peux, viens mardi, les machins. Et je viens avec mon cadreur, on fait la séquence et on s'en va, on ne peut pas savoir où c'est.
- Speaker #0
Et donc, en 30 ans de carrière, tu as développé des contacts avec plein de voyous et aussi des voyous de l'étranger. Et on a retrouvé une photo de toi avec un chef yakuza, la mafia japonaise.
- Speaker #2
Moi, j'étudie les voyous de chez nous.
- Speaker #1
Et puis, il y a un moment, évidemment, ça m'intrigue ce qui se passe ailleurs. Il vaut mieux aller regarder Tokyo que le 93. C'est plus sympa. Non, je déconne. Même si j'en suis du 93, donc pas de... Mais donc, oui, j'ai dans le... Et puis, c'est une mafia qui est intéressante parce que c'est une des rares mafias qui a pignon sur rue. Les yakus, alors, c'est difficilement explicable. Peu importe, c'est dû au pragmatisme japonais où ils considèrent que le mal étant, ce que je viens de raconter, étant inhérent à chaque société, et de toute façon, il vaut mieux le contrôler, le connaître. plutôt que ça soit anarchique, dans une jungle, et incontrôlable. Donc, ils ont laissé prospérer ce truc dans une forme de contrat social avec l'État, où on laisse... J'y suis allé aux doigts mouillés. Je ne connais personne au Japon, à part aller manger des sushis rusentannes. C'est à peu près ma seule connaissance de l'archipel. D'abord, j'ai vu qu'ils avaient des programmes pour sortir de la mafia. Ce ne sont pas des repentis, parce que les repentis, ça induit que tu balances. C'est comme en Italie. Là, ils ne balancent pas. Ils disent juste...
- Speaker #2
Je quitte la mafia,
- Speaker #1
je déclare son honneur, c'est la japonaise. Et puis un jour, je vois un magazine au Japon, Jitsu wa Jidai, l'histoire de l'époque vraie, c'est du japonais, on parle peu japonais, et c'est Mafia Magazine. Et je décide d'aller interviewer... Mafia Magazine ? Ouais, c'est Mafia Magazine. C'est-à-dire que dedans, c'est surréaliste, t'as les sorties de prison, les rentrées de prison, les nominations, les matchs, c'est surréaliste, t'as même des mangas qui racontent la vie des grands boss, tu vois. Et je vais interviewer le mec. Le rédacteur en chef. Oui, le rédacteur en chef. Je vais dans la rédac, tu vois. Et le mec, il ressent un coup de téléphone, le rédacteur en chef. Il se met même debout au téléphone. Moi, il est flippé. Il est debout. Et puis, il revient. Et tout fébrile. Il nous dit. Et puis, l'étoile montante. Je me souviens. L'étoile montante de la mafia va passer nous voir. Parce qu'il n'est pas content de ce magazine. Il est dans le quartier. On ne le connaît pas. Je lui dis. On se casse. On ne se casse pas. c'est quoi l'histoire ? Je croyais qu'il nous disait ça pour qu'on s'en aille. Il dit non, non, je lui ai dit qu'il y avait des gens qui se françaient, il a dit qu'il m'attendait.
- Speaker #0
En fait, t'as eu un coup de chance, un coup de bol.
- Speaker #1
Voilà. Et moi, je suis tatoué en truc japonais. Et je suis en t-shirt pour une fois. Et donc, lui, il rentre là-dedans. Je vois le mec arriver, un espèce de mec qui avait 80, machin. C'est pas le petit japonais. Il est nippo coréen. Un espèce de grand mec d'aller de 80, costard en lin, machin. Et puis, le secret de service de Donald Trump, c'est les mecs avec les oreillettes, qui est les gardes du corps et tout. Enfin bon. Et puis le mec rentre, il voit les tatouages japonais. Il résumit, il me dit « French Yakuza » , tatouage magazine. Et donc voilà, le gars, c'est ce que je te disais tout à l'heure, c'est que moi je connaissais l'organisation. Parce que j'avais peut-être assez mes trucs avant, j'ai des rapports américains, des machins, je me prends la tête. Et donc le gars, il me dit « Oui, c'est Nagawakai, votre organisation. » Le mec me regarde, d'où il sort, etc. Puis je lui donne des noms de trucs, des machins, des histoires de Yakuza, tu vois. Et donc, ça l'amusait, voilà, comme moi aussi, ça accroche. Si j'étais arrivé en lui disant, et c'est quoi ? Je lui disais tout, il m'aurait même pas parlé. Si t'intéresses au Yakuza, tu connais pas ça, ça sert à rien d'y aller. Et donc, voilà, c'est comme ça que je l'ai connu. Et ce type, on discute, et il fait partie des 1% de catholiques japonais. Et d'un seul coup, il me dit, il s'arrête comme ça, il me regarde, provoquer cette rencontre, on est liés à vie. Toi et moi. Bon, pour le moment, je suis moyennement sûr du pacte d'amitié, tu vois. Je me suis dit, oui, écoute, charmé, enchanté, cher Mazatoshi. Tu vois, et en fait, je suis devenu, alors, n'y voyons pas de truc, je suis devenu petit frère. Mais voilà, donc ce japonais, c'est comme ça. Et puis... Donc on a fait des boulots avec lui au début des interviews dans le Figaro Magazine. Je crois la première étant le Figaro Magazine avec les photos. Et puis il a jugé que c'était honnête. Voilà, aujourd'hui, on est le magazine, je lisais le truc, il a dit, vous avez été honnête, il n'y a pas de conneries dans ce truc et tout, revenez, revenez, je vous en montrerai un peu plus. C'est le boss de Tokyo, le mec. Il y a encore des milliers dans son organisation, son organisation pour la truelle s'appelle Inagawakai, c'est une énorme pyramide, ils sont plusieurs milliers de soldats là-dedans et tout, c'est du très très très lourd. Lui, c'est un des plus gros mafia boss au monde, il est en liste rouge aux Etats-Unis, ils sont 10 grillés aux Etats-Unis, ils n'ont pas le droit de rentrer, il en fait partie, bon, c'est du très très très lourd. Et puis là, évidemment, on a vécu dans ce truc. Ils ont des immeubles, il y a des dortoirs avec les mecs et tout. Nous, on est restés en bandes dans le truc pendant 15 ans. Puis après, ils nous ont amenés voir ses copains d'autres villes, d'autres organisations, d'autres parrains. Moi, ce type-là, on est devenus copains comme cochons. Le jour où il est venu à Paris, il m'a invité à Paris. Je me fais de l'argent sur son dos. Je fais mille interviews, des trucs. Donc un jour, je dis, écoute, je gagne de l'argent sur ton dos. Je n'aimerais pas que tu me le reproches un jour. Viens, je t'invite à Paris. Je préviens la police. On va aller voir le château de Versailles et les écuries de Chantilly. Il n'y a pas de problème. On ne fait pas de business. Et quand il vient, on a été manger chez mes parents. Tu vois, à l'époque. Un petit pavillon en banlieue. C'est des gens, ils ont tellement peu l'habitude de ce naturel que le mec, 20 ans après, il t'en parle encore et les larmes aux yeux. Quand j'avais mon père, en plus, il est décédé depuis. Ça là, il fait marrer, parce que mon père était un peu folclore, tu vois, donc il sentait des conneries, voilà, puis ça, il me tapait dans le dos, genre, dans le mec. Au Japon, personne même ne lui sert la main, tu vois, ne se permet de, voilà. Donc, quand il se retrouve dans ce truc, bah forcément, il y a une confiance qui s'installe, et moi, si je lui demande des choses dans la sphère asiatique pour aller tourner, je sais pas, le trafic de candorino au Vietnam ou le machin, ou là, je te dis n'importe quoi, ça pourrait être ça, comme ça pourrait être je sais pas quoi, bah tu peux demander, ça marche, ça marche pas, mais en tout cas, voilà, il va être... plus prompte à te rendre service. Parce que quand ces gens-là, ils se rendent service, c'est compliqué. C'est un monde où tu te tues très facilement. Donc moi, quand je lui dis « Est-ce que tu peux me trouver ça ? » Lui, il engage vis-à-vis... Si moi, je déconne, c'est lui qui meurt. C'est comme ça que ça se passe. Le voyou, il va pas aller me tirer dessus, moi. Je suis un blaireau de la télé. En revanche, le mec qui lui a présenté, c'est lui, la caution. Et puis bon, voilà, maintenant, on est copains. Copains pour la vie. Alors des fois, Moi, je fais des impairs, lui, il a du mal. Autant les autres voyous de tous les autres pays, ils sont un peu comme nous, tu vois. Un peu latin, un peu... Ah lui, à la japonaise, j'en ai fait mille. Je me demande encore comment il ne va pas couper tous les doigts, décapiter entièrement. Je lui ai fait des plans. Genre, tu lui as fait la bise,
- Speaker #0
vous avez fait comme ça ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, je ne lui fais plus ça. C'était ma mère qui lui faisait la bise. Je ne sais pas, il est tout comme ça. Mon père, il mettait des tartes dans le dos en rigolant. Et ma mère, elle lui faisait la bise. Comme du bon pain. Le mec, il avait un peu des problèmes. Il a un peu angoissé, ça, vraiment. Mais après, il a bien aimé. Parce que c'était très codifié. Il me dit, je devais payer l'anniversaire. Il m'avait rendu service sur un truc. Je lui dis, je paierai le resto pour l'anniversaire de ta femme. Ne me mets pas 5 000 euros, t'es gentil. Tu vois, parce qu'il me rendait le service gracieusement. En Asie, un peu partout, en Corée, sur des trucs et tout. Il se mouillait, ce qu'on disait tout à l'heure, avec d'autres boss. Je lui dis, écoute, c'est l'anniversaire de ta femme. Je vous invite au resto. Et je jure, j'avais oublié la carte bleue. Donc, il a dû payer. Donc il part, il croyait que j'avais payé, moi j'avais pas payé. Il me voit, j'étais aux toilettes. Quand je suis revenu, il s'est dit qu'il a été payé. Puis moi j'oublie, je mets mon blouson, je sors du resto, et lui, ils l'ont rattrapé, tu vois. Genre ça n'a pas été payé, le mec. Truc étoilé, perte de visage. Bon, tu vois, toi qui m'aimes bien, je te le dis tout de suite. J'en ai fait deux, trois des comme ça. On s'en fout, ça n'a rien, mais c'est des mecs qui sont hyper à cheval, sur tout, tout, tout. Alors déjà le voyou en règle générale, il faut quand même être carré. Et japonais. Qu'est-ce qu'il fait ? Alors le voyou ! Il est prise de tête. C'est très prise de tête. Mais ça le fait marrer en même temps. Quand il venait en France, il est content. Il vient tout seul. Au début, il venait avec les gardes du corps, la traductrice. C'est relou à Paris. Donc maintenant, il vient tout seul avec son petit survet. Il est content. Un jour, il est venu. Il m'a dit, où est-ce que je peux acheter des survets comme ils ont ? Des survets ? Avec la sacoche. Donc, il a les survets avec la sacoche. On peut avoir des histoires avec lui, j'en ai plein. Il y a des mecs qui l'ont volé, il s'est fait cambrioler ses affaires ici, on a retrouvé les voyous, ils te disent une histoire, à dormir de nous. Ils l'avaient cambriolé sa chambre d'hôtel sans savoir qui c'était. Les mecs étaient persuadés que c'était l'hôtelier qui l'avait volé, il n'y en avait pas de l'argent. Il vient, il y a de la baguerie, il y avait 40 000 euros en liquide, il y avait tout ce que tu veux, il s'est tout fait voler. Ils en avaient 5 étoiles en plein cœur de Paris. Le mec m'a dit c'est l'hôtelier J'ai dit non c'est pas l'hôtelier qui t'a volé C'est des rats d'hôtel, comme on appelle ça. Mais là-bas au Japon, ils ont pas ça, des mecs qui volent. Lui, il comprenait pas. Il m'a dit mais c'est lui ! Et je suis parti avec lui à Londres pour aller voir des Chinois. Il y avait des casinos à Londres et tout. On va voir les mecs. On va voir les Chinois. Parce qu'il m'a dit, prends-moi deux Eurostars avec toi. On va aller dimanche voir des amis chinois. Moi, j'arrive au casino. Les mecs me donnent des plaques. Il va jouer là-bas. Puis voilà, j'ai joué avec mon trip. Puis en repartant, dans le train, il ne me dit rien. Je lui dis, ça a été ton rendez-vous avec tes amis et tout ça. Il me dit, oh, oh, oh. On est rentrés. puis après, à l'arrivée à la gare du Nord, il me dit, c'est bon, ils vont aller niquer l'automne. Je dis pardon ? Qu'est-ce que je viens d'entendre ? Alors ça, ça ne va pas être possible. Ça ne va pas être possible. Donc je lui ai expliqué en long et en large qu'il ne fallait pas faire de mal à ce pauvre hôtelier. Et il m'en a remercié puisqu'ils ont trouvé ces voleurs deux ans après. La police française est efficace et il est venu au tribunal. Ça a déclenché d'autres histoires puisque les voleurs étaient identifiés.
- Speaker #2
Aïe !
- Speaker #1
Petite amende. Mais c'est là que j'ai réussi à lui démontrer que l'hôtelier était innocent surtout. Voilà pourquoi il fallait m'écouter. Donc voilà, j'ai fait des choses bien. J'ai sauvé des gens. Non, mais voilà, tu vois. Évidemment, ils ont des réflexes qui ne sont pas les mêmes tout à fait que les nôtres.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà hésité à basculer de l'autre côté ? Vu que tu es entouré que de voyous qui gagnent beaucoup d'argent, qu'est-ce qui fait que tu n'as pas justement basculé du côté voyou ?
- Speaker #1
Déjà, le mythe du voyou, ça n'existe pas. Tu as la solidarité, les voyous. On se fait des hugs, le machin, on sort la testostérone, on est tous des potos et les amigos et je sais pas quoi, ça t'oublie. C'est un monde de trahison, un monde crasseux, un monde anxiogène, un monde dangereux, de plus en plus d'ailleurs. On se tue pour rien et qu'ils sont de plus en plus cons, donc c'est là où ça devient vraiment dangereux. Dans le temps, ouais, chez les vieux voyous, des vieilles équipes et tout ça, t'en trouvais, même s'il y avait beaucoup de balance, de trucs, etc. Il y avait encore une espèce de mentalité du film noir. Un peu la Gabin, l'Aventura. Il y avait des gens qui correspondaient à ça. En tout cas, ce n'était peut-être que 10% du milieu. Mais tu en trouvais encore. Aujourd'hui, il y en a. Il y en a de moins en moins. Même dans les gens de quartier, on oppose toujours le Corse et le mec de cité. Non, non. Et plein de Corses balancent, comme partout. Et il y a plein de mecs de cité qui tiennent la route. Enfin, entre guillemets. Je parle d'histoire de voyous. Ouais, globalement, ils ont une vie de merde. Je le voyais dans l'œil des autres, moi. Quand je fais mes trucs, je vois bien qu'ils me prennent pour un débile. Non, mais dans le sens où ils ont presque de la peine. Ce n'est pas très bien payé, journaliste, on le sait. Donc, quand je fais mes trucs, avec d'autant plus quand même un petit peu de risque de trucs, les mecs, ils me regardent, je fais, ils me disent, non mais, combien tu touches ? Je leur dis, tu vois.
- Speaker #0
Vas-y, dis, fais-le. Faut dire ce risque. Mais moi,
- Speaker #1
je ne gagne que dalle. Quand je fais ces trucs-là, je gagne 15 000 balles, 20 000 balles. C'est un que dalle. Ça me prend un an. C'est même pas... Le torreur, vaut mieux que j'aille vendre des poireaux à la sortie du métro, je gagnerais mieux ma vie, je vous dis tout de suite. Donc, je ne le fais pas pour ça. Moi, je le fais parce que ça me fait marrer. Mais si ils ne comprennent pas, il est débile. Il va y prendre une tonne de shit sur un bateau. Pourquoi ça le fait ? Il va prendre des années de prison, prendre un mauvais coup, ou couler avec le truc. Mais moi, ça m'amuse. Donc, il y a cet argument. Mais il y a ça aussi qui l'emporte. Quand les mecs me font confiance et qu'ils se disent que le mec ne le fait même pas pour l'argent. Donc, il est vraiment con comme un balai. Il n'y a pas d'argument normalement valable pour faire ça. Alors, des fois, je me dis effectivement, j'aurais mieux fait de chanter. Non, je déconne. Je suis en train de profession, mais évidemment que tu pourrais être tenté. Tu pourrais être tenté. Je veux dire, des mecs qui vendent de la coke, j'en connais 50. Des mecs qui vendent des shits, des mecs qui vendent des armes, des mecs qui font des escroqueries au carbone. Donc, tout le monde me regarde un peu comme à demeurer, souvent, en disant, il a choisi d'être pauvre. C'est beau. On ne peut plus prendre l'abbé Pierre comme référence aujourd'hui, mais c'est beau, il a une espèce d'abnégation. Bravo. Mais, ben oui, c'est vrai. parce que je ne gagne pas une thune. Je me fais quand même chmire. C'est-à-dire que quand tu vas voir une chaîne de télé, un canal, moi je vends le truc, mais je ne l'ai pas encore fait. Quand je suis allé voir un canal et que je leur dis « Eh les gars, je vais traverser la Méditerranée sans ma gomme ! » Oui, je fais le malin, mais une fois que je suis sorti du bureau, je vais voir un mec, je lui dis « Alors la gomme ? Ben non, c'est impossible à faire. Eh merde ! Et un, deux, et trois, et au bout de six mois, j'ai des nœuds au ventre. j'ai pas des nœuds au ventre de me retrouver sans la gomme, moi j'ai des nœuds de pas monter dessus, tout en me disant, oh putain, je fais comment maintenant ? J'ai tourné une partie du truc, là, pour engager de l'argent. Si je les plante là, j'ai plus qu'à aller me faire un footproc, tu vois.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce qui t'a retenu, justement ? Parce que j'imagine qu'ils ont beaucoup d'argent, qu'ils ont beaucoup de pouvoir. Tu les connais tous.
- Speaker #1
Ma mère. Je les connais. Non, je sais pas. Parce que moi, je suis un garçon honnête. Consciemment honnête, je me fous de l'argent. Donc, c'est pas... Non, mais parce que, oui, c'est pas mon truc. sinon j'aurais fait le voyou avant enfin tu vois maintenant je vais pas le faire à À mon âge, j'aurais aimé me faire gauler à 60 ans avec mes gosses qui me regarderaient au parloir en disant « T'es vraiment... Non, t'as qu'à le faire, il fallait le faire avant. » Mais effectivement, j'aurais pu le faire. J'ai à peu près tout, tu vois, j'ai à peu près tout. Je connais même les flics que je pourrais aller courir. Je connais des policiers, donc je pourrais même tenter le truc, tu vois. Je pense qu'il me jetterait, mais voilà. Mais après, c'est une sale vie.
- Speaker #0
Tu disais qu'en fait, ils ont une vie de merde, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est même pas moral, c'est que c'est une sale vie, en fait. t'as de l'argent
- Speaker #0
Déjà tu te fais chier pour le dépenser, il faut le blanchir, il faut le machin. Moi j'en ai, ils venaient chez moi, ils étaient dix fois plus riches que moi. C'est des mecs qui faisaient des fourgons, il y a vingt ans. Et un jour je me souviens, j'habitais à l'Ubercamp, j'avais un appart pas mal. Et les mecs viennent, ils ont des millions. Et les mecs me disaient, ah putain t'as quand même un appart. Et puis je voyais qu'ils me regardaient un peu envieux. Je dis bon les gars, ils étaient dix fois plus riches que moi. Ils me disaient, mais toi tu peux l'acheter. Moi, si j'achète ça, même si je le blanchis, forcément, les mecs vont dire « qu'est-ce qu'il fait là ? On le connaît, lui ? » Non, c'est des vies crapoteuses, crasseuses. Puis intellectuellement, t'en retires quoi ? Ah ok, t'as une Ferrari, enfin bon. T'as pas des discussions très approfondies. Moi, j'ai choisi, mais sinon, c'est quand même le nivellement par le bas, vite fait. Puis ça parle que de ça, de toute façon. Ça parle d'histoire de voyous, ça parle de trafic, ça parle pas de... Tu vois, de la Renaissance et le Quattrocento italien, on n'est pas là-dedans, tu vois. On est plutôt au prix du machin et tu vas voir les Indiens en Colombie et les machins, et chrac, chrac, chrac, et on va fumer l'eau. C'est une vie de merde parce qu'en fait, il y a quand même la prison. C'est dangereux, tu flippes que ta porte, tous les jours, elle soit pétée à 6h du matin et de partir à l'horizontale entre 4 mecs de la béairie, finir au placard, etc. Donc ton arrière, on t'en profite même pas vraiment, tu vois. Tes gosses, tu vas pas les voir grandir, ta gonzesse au bout d'un moment, elle va faire des parloirs pendant des années, elle va se barrer. Tu vois, à la fin, même ta pauvre mère, elle va pleurer pendant 20 ans, tu crois que t'as choisi ta vie ? Non, t'emmènes tout le monde dans ces histoires-là, c'est moche. T'emmènes tout le monde, t'emmènes ta famille, t'emmènes ta mère que tu vas faire pleurer, ta femme, tes gosses. Si tu veux faire le voyou, faut être orphelin. Non mais vraiment, à ce moment-là, c'est pas de l'égoïsme, t'es tout seul, t'as pas de famille, t'as coupé les ponts, t'as choisi de pas te marier, de pas avoir d'enfant. Voilà, les trois quarts des gros voyous que moi je connais, ils ont pas de vie de famille. Le mec, il a fait un trait dessus. Parce que si tu es un voyou, il faut pouvoir partir demain matin à 6h, ne pas avoir d'appart, bouger, etc. Voilà. Donc, ce n'est pas très beau. Moi, ça m'intéresse, mais ce n'est pas... Tu n'es pas dans les films, ce n'est pas Ocean Eleven. Ils n'ont pas tous la tête de Brad Pitt et de George Clooney. Ils ont plutôt des gueules comme ça. Ils vont t'égargir pour prendre ta part. C'est plutôt ça, l'histoire. Donc, ça ne donne pas envie. Donc, les jeunes, faites journaliste. Vous serez pauvres,
- Speaker #1
mais heureux.
- Speaker #0
Mais heureux, c'est très bien.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour cette interview.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
On serait heureux de te revoir une autre fois. Avec grand plaisir.
- Speaker #0
Je sens qu'on pourrait rentrer un peu. On a ouvert un petit peu la porte.
- Speaker #1
Là, c'est un tout petit tiroir, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Rentons d'histoire. C'était bien, ça a été.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. A bientôt.