- Speaker #0
Bienvenue sur Pressroom, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques.
- Speaker #1
Je pense que je vais y passer, je reste 4 heures sur le trottoir.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Et le photographe qui est avec moi est mort. Tu fais ça parce que t'aimes le risque, t'es avec des mecs de ton âge, tu cours partout, tu fonces, t'es comme dans un film. Pour moi, entendre une bombe, c'est la photo. Donc quand ça arrive, boum !
- Speaker #0
Aujourd'hui, nous avons le grand honneur de recevoir Patrick Chauvel, un photographe de guerre qui est une véritable légende. Depuis son premier reportage en 1968 au Vietnam, Patrick a couvert 34 conflits, traversé les zones les plus dangereuses du globe, Et il a survécu à plusieurs blessures. Guerre civile au Liban, révolution iranienne, invasion russe en Afghanistan, Cambodge, Pérou, Sarajevo ou Grozny. Dans chaque pays, il a risqué sa vie pour informer.
- Speaker #1
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- Speaker #0
Salut Patrick. Bonjour. Ça nous fait super plaisir de t'avoir sur Press Room. Est-ce que tu pourrais citer toutes les guerres que t'as faites ?
- Speaker #1
Bon, la guerre des six jours. Mais là, j'ai raté toutes les photos, donc ça compte pas vraiment.
- Speaker #0
Comment ça se fait que tu as arrêté toutes les photos ?
- Speaker #1
Parce que je ne savais pas me servir d'appareil photo. D'aller comme ça ? En fait, les Israéliens cherchaient des volontaires pour ramasser les oranges dans les kiboutes.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Parce qu'ils avaient mobilisé, parce qu'il y avait la menace de cette guerre qui était... Voilà, tous les pays arabes s'étaient réunis et Israël savait qu'il allait se passer quelque chose. Donc tout le monde était mobilisé, filles et garçons. Donc il manquait de main d'oeuvre pour ramasser et ça allait pourrir. Ramasser tous les légumes, tous les fruits. Et il y a eu une annonce dans un journal où il demandait des volontaires. Donc je me suis inscrit. Moi, je me suis retrouvé au kiboutz Yagour en Galilée. J'ai commencé à ramasser les oranges. C'était un très beau kiboutz. Il y avait une piscine, un théâtre. Donc quand j'ai vu ça, j'ai dit ça va être génial. Et puis à un moment donné, la guerre a éclaté au bout d'une semaine.
- Speaker #0
Tu es allé parce que tu sentais que ça allait arriver ? Oui,
- Speaker #1
mon père était grand reporter. Mon grand-père était diplomate. On sentait que ça... Mais même tout le monde savait que ça allait péter. C'est un peu comme la guerre en Ukraine. On sentait que ça monte. Ça ne se fait pas comme ça. Et j'ai fait le mur. Et puis, je suis parti en stop sur le front.
- Speaker #0
En stop comme ça, tu n'avais pas de contact sur ça ?
- Speaker #1
Oh, j'ai 17 ans. Ah,
- Speaker #0
tu as 17 ans.
- Speaker #1
Je suis en short, je suis en bermuda. D'accord. Et en fait, j'avais un antisèche avec un Leica. Il y avait marqué soleil, pluie, nuages. Mais je n'ai pas bien compris le truc. En fait, il y a deux bonnes photos. Trois. C'est un soldat israélien qui m'a pris en photo avec mon appareil. Lui, il savait s'en servir. où je pose avec une lieutenant zranienne en uniforme, avec la mitraillette, et on est devant le mur des Lamentations. Après, il m'a fait remarquer que la casquette en laine kaki, que j'avais achetée au plus à Paris, c'est une casquette de la Véramarte, et que ce n'était pas utile de la porter.
- Speaker #0
Ah oui, ça fait mauvais genre.
- Speaker #1
Donc je l'ai enlevée. Ah oui. Et on peut se tromper au début. Oui,
- Speaker #0
surtout à 17 ans.
- Speaker #1
Donc j'ai vu des choses intéressantes quand même. J'ai compris que j'étais nul en photo, mais que j'aimais ça.
- Speaker #0
Que t'aimais quoi ? La photo ou la guerre ?
- Speaker #1
L'action. d'être avec des mecs qui se battent. C'est là où j'ai vu mon premier mort, tué par balle, etc. Mais j'ai compris qu'il y avait quelque chose qui me plaisait. Je sentais instinctivement que j'assistais à un truc important et qu'il fallait le raconter. Donc j'étais pris par ça et par l'action, j'adorais ça. Il y avait une sensation d'urgence, de peur, de courage, de fraternité.
- Speaker #0
On a choisi cette photo. Une des centaines de milliers que tu as prises.
- Speaker #1
C'est la Golden Division. C'est la troupe d'élite de l'armée irakienne entraînée par les Américains. Donc j'allais sur le front en solo avec mon fixeur et mon fils. C'est mon fils parce qu'il voulait faire ce métier.
- Speaker #0
Comment tu as réagi quand il t'a dit ça ? J'étais fier.
- Speaker #1
Donc on est partis et on allait sur le front de temps en temps. Là, c'était un peu chaud parce que tu traverses des zones qui ont été capturées une semaine avant.
- Speaker #0
Par Daesh ?
- Speaker #1
Non, par l'armée, mais tu as des cellules de Daesh, il y avait des tunnels partout là aussi. Il y avait quelques regards bizarres, donc on marchait en serrant les fesses. On arrive sur le front. Alors là, c'était comme d'avoir mon fils parce qu'il portait mon sac, il est costaud.
- Speaker #0
Oui, il a l'air.
- Speaker #1
Comme toi quoi Lui il fait 1m83, moi je suis l'échantillon Et en fait on arrive sur le front Et là on se promène Les militaires nous offrent à bouffer Parce qu'il n'y a pas vraiment d'officier avec eux Ils sont Ils sont cool Les Irakiens Super sympa Tu arrives sur le front avec l'armée française Mais tu vas te faire jeter Parce que c'est les ordres, ils ont des consignes Là tu tombes sur des mecs Je... On partageait des galettes avec de la vache qui rit, du thé. Et à un moment donné, je dis à mon fils, tiens, on va allonger un peu le front, on se fait tirer dessus. Donc on court, et ça tire vraiment très fort, mais malheureusement, dans l'axe, je tire. Donc il faut vraiment qu'on court vite pour sortir de l'axe. Et là, il y a une porte qui s'ouvre, et il y a un barbu, un Irakien, avec une barbe blanche, qui nous fait « come on, come on » . Il nous sauve la mise parce qu'on rentre chez lui dans sa cour. Et là, on se met à discuter avec lui. Du coup, je décide de faire une interview de lui. Il y a son fils qui joue avec un pistolet en plastique. Il a 4 ans et on entend les tirs dans la rue.
- Speaker #0
C'est complètement surréaliste.
- Speaker #1
Et donc, on dort chez lui. Et le lendemain matin, on va retrouver nos copains militaires puisqu'on avait mangé de la vache qui crée des liens quand même. Et à un moment donné, alerte. Et on comprend qu'ils vont attaquer. qui vont traverser l'avenue et attaquer. Donc, il y a un bulldozer qui arrive, un bulldozer blindé, un tank. Et ensuite, les homebis. Et je dis au lieutenant, je peux aller avec vous ? Il me dit non, je ne peux pas vous emmener. Je dis, si je suis à pied, je ne suis pas sous votre responsabilité. Il me dit, ok, mais vous n'avez pas la protection des véhicules. Je dis à mon fils, on va se coller Ausha. Est-ce qu'au moins on est protégé par la masse du tank ?
- Speaker #0
En revanche, vous n'avez rien sur vous. Non,
- Speaker #1
non, on était en t-shirt.
- Speaker #0
Vous ne mettez pas de...
- Speaker #1
Les Irakiens ne t'emmerdaient pas avec ça. Ils n'en avaient rien à foutre.
- Speaker #0
Mais toi, pour toi, pourquoi tu ne le fais pas ?
- Speaker #1
C'est trop lourd.
- Speaker #0
C'est combien ?
- Speaker #1
Le gilet, c'est 7 kilos. Le casque, 2.
- Speaker #0
Tu ne mets rien ?
- Speaker #1
Non. Quand je peux ne rien mettre, je ne mets rien.
- Speaker #0
Et ton fils non plus ?
- Speaker #1
Bah non. Tu marches, il fait 40 degrés, à l'ombre, il n'y a pas d'ombre. Tu cours, ça tire, t'as l'odeur de cordée, t'as la fumée, tu ne vas pas en plus te mettre à porter 10 kilos. Déjà, t'as tes batteries, tes appareils photos, ta flotte. Là aussi, t'as presque 5-6 kilos. Tu vas très vite te retrouver avec 25 kilos sur toi. Ouais.
- Speaker #0
En Irak,
- Speaker #1
on est tombé sur d'ailleurs un caméraman après l'explosion. Irak a dit « Not good, gilet » . Il avait un gilet bleu marine. Et en rigolant, je lui ai dit « Oui, mais si ça se trouve, tu vas prendre une balle dans le cul » . Alors il a fait un rire très court. C'est horrible. Deux jours après, il était sur un brancard avec un trou comme ça dans le cul. Alors je n'ai pas fait de remarque parce qu'il était vraiment de mauvaise humeur.
- Speaker #0
Ah ben tu m'étonnes. Il m'a foutu la poitrine. Là, je fais une voie et contact.
- Speaker #1
Il m'a regardé d'un oeil...
- Speaker #0
Ça, c'est de ta faute.
- Speaker #1
Donc là,
- Speaker #0
on avance derrière le tank.
- Speaker #1
Il y a des mecs qui débarquent par moments, donc on fait des bonnes images. Et à un moment donné, on va tourner sur une grande avenue. Et là, je dis à mon fils, là, c'est assez large pour qu'un mec puisse prendre son élan avec un véhicule, un kamikaze, parce qu'il y en avait beaucoup. On va laisser tomber le tank. On va laisser passer deux jeeps. Et hop ! peine on avait laissé passer, les soldats venaient de débarquer, donc on les suivait, et j'ai entendu une voiture en sur-régime, et j'ai vu la gueule des soldats changer, et ils commençaient à paniquer, donc j'ai levé l'appareil. Et mon fils a été surpris parce qu'il n'a pas l'habitude. Du coup, il fait demi-tour en fait.
- Speaker #0
Il se tourne, c'est un réflexe.
- Speaker #1
C'est un réflexe de fuite.
- Speaker #0
En plus, la photo est parfaite. Elle est parfaitement cadrée, elle est parfaitement éclairée. Alors que tu as un kamikaze, tu as ton fils devant et toi, tac !
- Speaker #1
Oui, mais je suis prêt. J'ai mon appareil dans la main. J'ai la mise au point de 1 mètre à l'infini. Je vois très bien mon cadre toutes les trois secondes. J'avance en risquant d'être attaqué ou d'avoir un soldat qui tombe devant moi. Ou un chat en feu. Donc j'attends le moment, je suis prêt. Donc quand ça arrive, boum !
- Speaker #0
Comment tu fais pour ne pas avoir le réflexe humain ? Ou tu entends une bombe ? Le premier truc c'est de se protéger ?
- Speaker #1
Pour moi, entendre une bombe, c'est la photo. C'est pas autre chose. D'ailleurs, en plaisantant, j'ai dit à mon fils, t'es photographe et tu tournes le dos à l'événement en fait. Tu vas faire une photo avec ton cul, je veux dire, c'est quoi toi ? Et puis t'as le doigt en l'air. Pour faire une photo, il faut appuyer. Et en plus, tu gâches ma photo, t'es dessus. C'est une photo de famille.
- Speaker #0
C'est sympa les photos de famille chez les Chauvels. C'est un style.
- Speaker #1
C'est un style.
- Speaker #0
C'est la priorité à la photo avant tout.
- Speaker #1
On est là pour ça quand même. Si quand ça pète, je fais pas de photo, autant rester à Paris. Ou alors je prends des risques et je ne fais pas la photo au moment où ça pète. Ce qui est complètement con. Mais ça, c'est une question d'habitude. Tu vois, par exemple, mon fils, j'ai dit, OK, tu veux aller faire la gare, tu vas venir avec moi. Parce qu'à un moment donné, il avançait dans la rue au début, juste avant ça. Et je lui dis, mets-toi contre le mur. Et il me dit, pourquoi ? Je lui dis, tu vois l'immeuble qui dépasse un peu à 100 mètres, l'immeuble bleu ? Il y a une espèce de building plus haut que les autres. Il me dit, oui, bien sûr. Je dis, ben donc cet immeuble te voit donc. C'est un immeuble à snipers, ça. Donc, tant que tu vois cet immeuble-là, t'es pas protégé. Et après, il aurait pas eu le réflexe de penser qu'une grande avenue pouvait être plus dangereuse. Il serait resté derrière le char. Donc il serait mort. Parce que l'explosion a foutu en l'air les mecs de la première jeep derrière le char. Le blast peut te tuer aussi.
- Speaker #0
C'est-à-dire juste le...
- Speaker #1
Le déplacement d'air.
- Speaker #0
Le souffle, c'est ça ? Ça peut te tuer parce que ça te...
- Speaker #1
Ça te compresse le cerveau, le cœur, ça rentre par tous les... Tu trouves quelquefois, d'après des explosions comme ça, des types qui n'ont plus de vêtements, aucune blessure apparente, mais ils sont morts.
- Speaker #0
Purée, c'est dingue.
- Speaker #1
C'est la compression de l'air. Là, justement, sur la photo à Mossoul, j'ai les deux yeux ouverts et je guettais le souffle. C'est vrai que tous les débris qu'il y a dans le ciel qu'on voit, qui vont retomber sur nous. C'est pour ça que les soldats qui n'ont pas pu fuir vont vers le Humvee et se collent au véhicule.
- Speaker #0
Pour se protéger.
- Speaker #1
Pour se protéger de tout ce qui arrive. Alors c'est quelques secondes, mais tu vois bien sur la série de photos que d'un seul coup, il y a la poussière qui arrive et les objets qui arrivent. Et c'est à ce moment-là qu'à un moment donné, mes photos sont plus basses, parce que je me suis accroupi. Donc il y a des éclats qui sont passés. Il y en a un qui est passé très près. Et j'ai entendu mon fils crier. Et ses appareils ont été coupés en deux. Comme du rasoir.
- Speaker #0
Vous avez eu du mal, hein ?
- Speaker #1
J'ai entendu crier. Et après, il était là. Et je lui ai passé mon portable. Il m'a dit, tu continues le reportage avec un portable.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il y a comme ambiance dans les terrains de guerre que tu ne vas pas retrouver finalement ailleurs ?
- Speaker #1
D'abord, les masques tombent. Les lâches se boivent tout de suite. Les salauds aussi. Donc, tu fais très vite le tri. Le mensonge ne marche pas très bien parce que tu es face à une réalité immédiate. Les conséquences sont immédiates. Donc ça nettoie. C'est agréable parce que tu vis à l'instinct et tous tes sens se développent. Tu as l'impression de voir plus loin, d'entendre tout, le moindre son. Tout de suite, tu ne sens pas la personne, tu changes d'endroit. Il y a quelque chose de très fort. Moi j'aime bien le risque, c'est très physique, donc ça me plaît. Tu te déplaces, tu cours, tu portes des choses lourdes, tu es aux aguets en permanence, tu dors comme un bébé.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ah ouais.
- Speaker #0
Ça j'aurais pas cru j'étais...
- Speaker #1
C'est génial, j'adore ça. Quand le type te dit, ok, 10 minutes de pause, je pose mon sac, la tête dessus, paf, je dors. Mais en 3 secondes. Je suis plutôt proche du labrador, quand je suis fatigué je dors. Ouais,
- Speaker #0
c'est tôt.
- Speaker #1
Ton corps s'adapte. Enfin, en tout cas le mien. Et je me sens beaucoup mieux sur place. Je ne suis jamais malade, rien.
- Speaker #0
Tu es mieux en terrain de guerre que chez toi, par exemple ? Tu es mieux, tu dors mieux et tout ça ?
- Speaker #1
Ah oui, ici j'ai du mal à dormir.
- Speaker #0
Parce que tu as des images qui te reviennent ?
- Speaker #1
Je ne rêve pas, du tout.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que tu as une espèce de syndrome post-traumatique avec tout ce que tu as vu ?
- Speaker #1
Une fois, j'étais rentré, après les bombardements en 82, on était souvent bombardés à Beyrouth. Et j'étais au Champs-Elysées en train de raconter mon enfance malheureuse à une jolie fille. Et en fait, c'était la veille du 14 juillet, et t'as les avions de chasse français qui ont fait un passage en basse altitude le long des Champs-Elysées pour s'entraîner pour le lendemain. J'ai foutu toute la terrasse par terre.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
J'ai eu un réflexe de mémoire musculaire. Donc j'ai pris la jeune fille et je l'ai balancée au sol.
- Speaker #0
Elle a dû se dire il lui faut...
- Speaker #1
On s'est pas revues en fait.
- Speaker #0
Ben non.
- Speaker #1
Non, ça n'a pas marché. J'ai pris un râteau.
- Speaker #0
Bah oui, là, il est malade. Il est malade, celui-là.
- Speaker #1
Il se jette par terre.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il faut faire ou pas faire pour survivre justement au terrain de guerre ?
- Speaker #1
En Ukraine, à un moment donné, on va aller sur la tranchée quand tu peux. C'est rare que tu puisses. Mais quand tu peux, donc déjà, tu roules très vite à cause des drones. Et une fois que tu es sur le front, il faut faire attention aux mines, à plein de choses comme ça.
- Speaker #0
Mais les mines, j'imagine, elles se font enterrer. Comment tu peux faire ? Non,
- Speaker #1
elles ne sont pas enterrées. Enfin, il y en a plein qui sont enterrés, mais il y a aussi les mines lancées du ciel.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ce sont des petites mines marron, couleur bitume ou terre.
- Speaker #0
Ouais, pour pas que tu les reconnaisses justement, pour pas que tu les vois.
- Speaker #1
Et t'as plein de débris partout, des arbres couchés sur la route, des trous d'obus, des bouts de métal, des briques. Comment tu vas avoir un truc comme ça qui va t'arracher le pied ? Et en général, c'est entre chien et loup que tu vas aller vers le front, parce que c'est le moment... où les drones russes vont passer de la caméra normale à la caméra thermique.
- Speaker #0
Tu utilises vachement ton intuition. Oui, c'est l'intuition.
- Speaker #1
C'est tout le temps ça.
- Speaker #0
C'est ça. En fait, c'est ton cerveau instinctif qui ne peut plus travailler. C'est le côté animal. Que ton cerveau rationnel finalement.
- Speaker #1
Tu sais, les animaux, c'est un bon exemple. Je sais qu'une fois, je dormais à Jitomir. Jitomir, c'est à 100 kilomètres à l'est de Kiev.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Près de la frontière russe en fait. Et je ne sais pas, il devait être 2h du matin. J'entends les chiens aboyer furieusement. Je fous la GoPro sur la fenêtre. Le toxin se met en marche et le missile arrive. C'est les chiens qui m'ont prévenu. Avant les sirènes. À Grozny, en Tchétchénie, il y avait un chien aussi. Alors lui, il toussait. Je pense qu'il avait tellement aboyé qu'il toussait.
- Speaker #0
Il n'arrivait plus.
- Speaker #1
C'est marrant parce que c'est un vieux chien. De temps en temps, il était là. Et là, on était là. Ça va taper. Et à chaque fois,
- Speaker #0
ça tapait.
- Speaker #1
Ça lui déclenchait une toux.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des choses que tu prends, des choses dans tes bagages ? Comment tu te prépares avant de partir ?
- Speaker #1
Dans ma valise, j'ai des barres de sportifs, parce que c'est comme un repas. Donc, tu en mets une cinquantaine. Il faut être autonome pour ne pas être en train de quémander de la bouffe aux militaires. Ce ne sont pas des viviciteurs, les militaires. Ce qu'il faut,
- Speaker #0
c'est qu'ils soient totalement autonomes. Si tu veux qu'ils t'accèdent, il ne faut pas être lui. Et là,
- Speaker #1
ils apprécient un mec qui a les bonnes chaussures, qui a son couteau, qui a son kit. de médecine de guerre.
- Speaker #0
Ah, tu as un kit de médecine de guerre. Tu as quoi dedans ?
- Speaker #1
Trachéotomie, pansement. Tu fais des exercices. Ce n'est pas pareil que la réalité, mais bon, le pansement 3 points que tu mets quand il y a une blessure pulmonaire pour ne pas que les poumons s'effondrent. En fait, tu peux le faire avec une carte de crédit. C'est-à-dire que ça fait comme un clapet. Donc l'air sort et quand tu aspires, ça ferme. Les garrots, des désinfectants, de quoi clamper une artère s'il le faut, des trucs comme ça. Mais tu prends des cours.
- Speaker #0
Ah oui, je te prends des cours.
- Speaker #1
Il faut renouveler les cours. Tu peux le faire avec les pompiers, avec les militaires, etc. Mais c'est hyper important. Tu as ton sac de couchage, évidemment. Tu as des couvertures de survie. C'est bien contre les drones thermiques parce que ça coupe la chaleur. Ils ne peuvent pas se repérer. Apparemment. Du PQ. On peut être autonome à tous les niveaux.
- Speaker #0
Oui, c'est important.
- Speaker #1
Et c'est tout.
- Speaker #0
Tu as été blessé plusieurs fois. Au Panama et au Cambodge, c'est ça ?
- Speaker #1
Au Cambodge, au Panama, en Iran, j'ai pris une balle dans la jambe.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Par les gardiens de la Révolution. À Beyrouth, j'ai eu le bras pété et j'étais essoufflé. C'est-à-dire que je perdais l'équilibre, je voyais double et je n'arrivais pas à parler pendant une heure. Et en fait, c'est le cerveau qui a pris. Et où tu te remets, où ça se dégrade au fur et à mesure et tu meurs. En fait, j'étais dans une Jeep et on fonçait avec un médecin pour retourner à Beyrouth. Mais la route était bombardée et il y a un O855 qui est tombé peut-être à 20 mètres devant la Jeep. Et le chauffeur a paniqué et la Jeep s'est retournée et est partie en glissade sur le toit. Et moi, comme j'étais à l'arrière, quand elle s'est retournée, la toile de la Jeep s'est enroulée autour de moi et j'ai été éjecté dans la toile comme un paquet cadeau. Alors ça a pété le bras, mais les deux qui étaient dans la Jeep, le médecin et le chauffeur, sont morts.
- Speaker #0
Mais tu as eu un bol incroyable.
- Speaker #1
Oui, j'ai eu des peaux, mais juste le bras a pété.
- Speaker #0
Mais c'est ça qui est fou, c'est que t'es blessé, etc. Mais tu y retournes tout le temps. Qu'est-ce que t'aimes dans la guerre ?
- Speaker #1
Au début, c'est personnel. Tu fais ça parce que t'aimes le risque. T'es avec des mecs de ton âge. Tu cours partout, tu fonces. T'es comme dans un film. Et après, tu te rends compte de ta responsabilité. Devant la souffrance des gens. Des civils qui t'appellent en disant « Viens, je veux te raconter mon histoire. Je te montre ma maison détruite. Mon fils est mort. » Et tu te rends compte que c'est hyper important. Tu ne travailles pas que pour la presse, tu travailles aussi pour la mémoire collective. Au fur et à mesure, tu prends en charge cette responsabilité de journaliste, en fait. Et du coup, en plus du plaisir perso de l'aventure, tu as cette responsabilité. Moi, je crois que ça sert à quelque chose, quoi. La première victime de la guerre, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est la vérité. Notre métier, c'est de la trouver, quoi. Et forcément, c'est la mienne, c'est la vérité auquel j'assiste.
- Speaker #0
Mais tu n'as pas la boule au ventre quand tu prends l'avion, quand tu arrives ? Tu n'as plus peur ou tu n'as jamais eu peur ?
- Speaker #1
Ce n'est pas le mot peur, tu peux être tendu. Dans l'avion, quand tu prends le whisky, tu vas le boire lentement en disant « Maybe c'est le dernier, toi. »
- Speaker #0
Ah ouais, tu te dis ça quand même, à chaque fois ?
- Speaker #1
Non, pas vraiment, mais c'est pas loin, quoi. Non, tu penses souvent à la blessure.
- Speaker #0
Ça te fait plus peur que la mort, en fait ?
- Speaker #1
Bah la mort, c'est pour ceux qui sont vivants que c'est chiant. Moi j'ai vu tellement de gens mourir, c'est que dalle, en fait. C'était là et t'es plus là, quoi. Ce qui m'avait impressionné dans le premier mort, c'était le non-événement que c'était. C'était... tellement simple. Du coup, j'étais déçu. Même quand je suis blessé à Panama, je prends la balle dans le bide. D'expérience, je sais qu'une balle dans le ventre, c'est mortel. Ça prend un peu de temps, mais c'est hémorragie interne. Tu ne peux pas faire de garrot. Tu ne peux rien faire. Donc, je pense que je vais y passer. Je reste 4 heures sur le trottoir. Ah ouais. Et le photographe qui est avec moi est mort. Il est juste à côté. Il a pris la balle sous le nez, qui est sortie par le crâne. L'anglais qui est plus loin a pris la balle dans la hanche, qui est sortie par le genou. Le lieutenant américain en train de s'étouffer à deux mètres de moi. Il fait hyper chaud. J'ai un trou dans le dos.
- Speaker #0
Parce que la balle est ressortie de l'anglais ?
- Speaker #1
Elle est ressortie parce qu'elle a tapé une côte et la colonne et elle a tourné. Et en fait, j'essaye de trouver une grande phrase. Comme dans les films, quoi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Mais je trouve que dalle.
- Speaker #0
Tu trouves rien ?
- Speaker #1
Mais rien. C'est lamentable.
- Speaker #0
Est-ce que c'est vrai qu'on voit toute sa vie défiler comme des photos, justement ?
- Speaker #1
T'as rien vu du tout.
- Speaker #0
T'as rien vu ?
- Speaker #1
Rien vu, pas eu d'inspiration. Je pense que je suis vivant parce que ma mère était trop chiante. Il ne se passait rien. C'était un non-événement. À part la douleur, parce que les tripes ça fait vraiment mal, j'ai développé une espèce de haine pour un moineau.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Il chantait ce qu'on a. Et moi je pensais que j'allais crever et qu'il allait continuer à chanter sa salopard. Donc j'imaginais que je lui arrachais la tête et les pattes. Ça m'a maintenu un peu. Après, quand j'ai compris que c'était peut-être une chance, c'est là où la peur peut s'installer. Parce que quand tu sais que tu vas crever, bon...
- Speaker #0
Il n'y a plus rien à faire. Tu attends. C'est la fatalité, oui.
- Speaker #1
Mais d'un seul coup, j'ai regardé ma montre, ça faisait plus d'un quart d'heure, et je me suis dit, tiens, si ça se trouve, je n'ai pas des maladies importantes, pourtant ça saignait pas mal, du coup tu as peur qu'on ne vienne pas te chercher à temps. Là, j'ai commencé à faire les gestes médicaux qu'il faut faire. C'est-à-dire que j'ai découpé ma manche, Je l'ai mis en boule, j'ai mis de la bétadine dessus. J'ai tout enfoncé dans le trou. Et en mettant ma ceinture pour faire un truc de compression, j'ai vérifié sur mes ongles qu'ils redevenaient rouges une fois que tu as appuyé, et qu'ils deviennent blancs. Ça veut dire que la circulation passe, qu'elle ne s'arrête pas là. J'ai fait ce que j'ai pu. Toi, tu défais ton pantalon. Après, tu as des moments de tachycardie. C'est le cœur qui commence à merder parce qu'il n'y a plus assez de pression, parce que tu perds trop de sang. donc là c'est marrant parce que pour éviter de mourir tu fais les gestes d'une femme qui accouche tu fais des trucs de respiration c'est marrant parce que c'est la vie contre la mort et donc puis voilà à un moment donné les soldats américains sont venus me chercher quoi et la fois d'après t'as pas hésité une seconde ? au contraire j'étais hyper impatient parce que toi pendant un certain temps il faut que ça se refasse tout ça et j'étais dans une rage jamais. Parce qu'il se passait plein de trucs.
- Speaker #0
Au Panama, c'est ça.
- Speaker #1
Oui. Moi, j'habitais Miami. Ce New-Zwick m'avait payé une maison à Miami pour couvrir les guerres. Donc, je suis au bord de ma piscine comme un couillon. Horrible, quoi. Je me rappelle, je m'attachais les jambes et je faisais des longueurs. Mais à chaque fois, je me sentais faible. Ça, ça me mettait dans une rage. Parce que mes copains m'appelaient en disant, « Ah, t'es pas là ? On est en Irak, on est à tel endroit. »
- Speaker #0
C'est quoi pour toi une bonne photo de guerre ?
- Speaker #1
Une photo, c'est celle qui va résumer une situation. Tu le sens quand tu la fais, la photo. Tu en fais pas mal. Tu fais de l'illustration, des portraits, quelquefois même une carte postale parce qu'il y a un coucher de soleil que tu ne vas pas publier. Parce qu'on n'est pas là pour faire de l'art non plus. Et puis d'un seul coup, il y a tout. Il y a trois lectures, quatre lectures. Le mec là-bas, il y a tout. Tu le sens. Au moment où tu appuies, la plaque. Tu sais, ça vient de la guerre de 14, la plaque.
- Speaker #0
Non, c'est quoi la plaque ?
- Speaker #1
Les photographes avaient des plaques en verre. Ils en avaient quatre. Ils pouvaient faire quatre photos. Quand ils décidaient de faire la photo, c'est qu'il y avait tout. On appelle ça une plaque. C'est quand tu as réussi ta photo. Et au Vietnam, quand je n'avais pas d'argent, quelquefois, j'avais trois films. Trois fois 36 vues. Je partais trois semaines.
- Speaker #0
Tu réfléchis avant de prendre la photo.
- Speaker #1
À un moment donné, il te reste encore quatre jours et il te reste deux vues.
- Speaker #0
Aïe !
- Speaker #1
À quel moment t'as pu ?
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une photo que t'as jamais osé prendre ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Tout ? J'imagine beaucoup que tu ne te publies pas. Est-ce que par exemple, tu prends des... Tu disais tout à l'heure que tu prends des photos de cadavres. Oui.
- Speaker #1
Mais je ne les montre pas à la presse. Sauf si le cadavre raconte une histoire. Tu es le seul à un endroit, sur un événement énorme, il faut tout prendre. Parce que ça peut servir au TPI, le Tribunal international. Ça peut servir en médecine de guerre, pour voir les frics faire un obus sur un ventre, par exemple. Je ne vais pas te...
- Speaker #0
te censurer, oui bien sûr.
- Speaker #1
Donc tu fais ton tri après, que tu envoies à la presse, qui elle-même va faire son tri.
- Speaker #0
Est-ce que tu as vu, toi, dans ta carrière, une évolution dans la manière dont sont traités les journalistes en zone de guerre ?
- Speaker #1
Au Vietnam, on faisait ce qu'on voulait. C'était open bar.
- Speaker #0
Au Vietnam ?
- Speaker #1
Oui, c'était génial. Il y avait la conférence pratiquement quotidienne, ou à l'aéroport, ou à l'hôtel, choisie par les Américains. C'était à 5 heures d'après-nuit, on appelait ça les 5 o'clock follies, parce que c'était en plein délire. Donc ils montraient toutes les opérations. Là, on attaque là, là on progresse ici, là on recule là. Donc on levait la main et on disait, moi je voudrais aller sur cette opération. Et le lendemain, on se retrouvait à 5 heures du matin, hélicoptère numéro 8 qui nous amenait sur l'opération. Donc on sautait de l'hélico et ensuite on courait vers l'officier commandant de l'opération. Et on lui disait, voilà, on m'a permis d'aller avec vous. En général, le type levait les yeux au ciel en disant, voilà, j'ai encore un fléau avec moi. Mais il disait, toi, OK, tu vis ta vie. Et il n'y avait pas de restrictions. Et si on en est marre, on reprenait un hélicoptère quand il y avait un blessé qui était évacué. Tu rentrais sur la base et là, tu étais air-conditionné, bière fraîche. Et tu pouvais vivre. Moi, j'avais 19 ans, 18 ans. Je n'avais pas un rond. Donc, tu pouvais vivre sur la base. Tout était offert. T'avais ta piole, enfin ta piole avec 30 mecs. Il y avait une cantine ouverte 24h sur 24. Tu voulais partir au combat, tu levais la main. C'était fabuleux. Moi j'ai adoré. C'était des bonnes années pour le reportage, pour l'école de guerre. C'était facile. Depuis, ils ont compris, toutes les armées du monde ont compris, la puissance d'une image, d'un reportage. Donc ça fait partie de la stratégie maintenant, c'est de contrôler la presse.
- Speaker #0
Et ça, concrètement, ça se matérialise comment ?
- Speaker #1
Alors, pour votre sécurité, On va attendre que l'opération soit finie. C'est le mot que je déteste le plus. On va vous mettre dans un véhicule de l'avant blindé.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Dedans, pour votre protection. Donc dans un van, tu ne vois rien.
- Speaker #0
Pourquoi ? Parce que c'est tout...
- Speaker #1
Parce que tu es blindé, il y a des meurtrières.
- Speaker #0
D'accord, donc tu ne peux faire aucune photo.
- Speaker #1
Et quand le tir s'arrête, ils te laissent sortir.
- Speaker #0
Pour les femmes qui ont partagé ta vie, ça doit être quand même dur pour elles d'avoir l'homme qu'elles aiment partir comme ça.
- Speaker #1
Oui, il y a des moments où ça ne doit pas être marrant. C'est le cinquième mariage quand même.
- Speaker #0
Ah c'est vrai ?
- Speaker #1
Oui. Ah oui, à la mairie c'était pas mal. Tu sais, parce que tu présentes ton...
- Speaker #0
Ton livre de famille.
- Speaker #1
Oui. Et t'avais la bonne femme qui était là. Ah, il y a un divorce. Deux divorces. Trois divorces. Quatre divorces. Et elle regardait Anna en disant, vous êtes sûre ? J'ai essayé presque toutes de les amener sur le terrain au moins une ou deux fois.
- Speaker #0
Tu penses que c'est une bonne idée ça ?
- Speaker #1
Au moins elles savent pourquoi tu fais ça.
- Speaker #0
Et elles ont compris ?
- Speaker #1
Oui mais à un moment donné il y a une lassitude. En fait elles te quittent pour la même raison qu'elles sont attirées par toi. Tu es un grand reporter qui est l'aventure, la légende. Et après tu n'es pas là pour le déjeuner avec la belle-mère, tu n'es pas là pour les vacances. Donc elles vont te quitter aussi parce que tu fais ce métier. Moi, je... Je déteste les vacances. Plus maintenant. Mais qu'est-ce que c'est chier, quoi. Mais tu vois, je me rappelle au tout début, quand j'étais un peu steady avec une fille, elle voulait absolument aller à la vacances. Elle voulait aller à la plage, tu vois. Mais se mettre au soleil, tu vois. Mais ça me rappelle le boulot, le soleil, moi, tu vois. Donc je me mets à l'ombre. Et t'es allé comme une méduse au soleil, tu vois. Je comprends pas. On va rien faire, en fait, c'est ça ?
- Speaker #0
Mais t'as pas rien à faire.
- Speaker #1
Et puis je veux pas me nager, je suis pas un poisson. Si on me tire dessus, je veux bien nager.
- Speaker #0
C'est tout.
- Speaker #1
Donc au début, ça se passait pas bien avec tout ça. C'est trop chiant. Il se passe rien. Tu te fais chier. Donc t'es obligé de boire des gouttes. Et en fait, je me rappelle qu'une fois à Ramallah, ma femme, à ce moment-là, elle avait organisé des vacances au Club Med. Mais il faut être dingue, dans une île quelconque. Elle me disait, tu verras, c'est génial, tout est organisé. Et en fait, j'étais à Ramallah et les Israéliens attaquent. J'étais à Ramallah pour autre chose, et d'un seul coup, j'entends un hélicoptère en stationnaire, donc je me lève, c'est pas normal toi, à minuit, et donc on enclenche la caméra, et l'hélicoptère tire sur une bagnole, et c'était un des assassinats ciblés. Oh là ! Et le lendemain matin, 150 blindés encerclent le Ramallah. Donc tous les journaux commencent à appeler, la presse ne peut pas rentrer. Mais nous, on est dedans. Et ma femme appelle. On est dans la rue, ça tire. On ne sortait quand même pas encore en Israël. Je lui dis, ben si. Mais tu ne te rends pas compte dans quelle position tu me mets ? On part demain au Clomède. Je lui dis, ben, pas moi. Et là, je me fais pourrir. Donc, je raccroche. Et il y avait Zéron Cessini, un photographe qui était de l'autre côté, qui est un pote, derrière un muret. Et je le vois prendre son téléphone et il me fait... Comme je ne répondais plus, elle l'a appelé lui. Et donc, voilà, c'est ça le problème.
- Speaker #0
Bon, merci beaucoup d'être venu. C'était vraiment top.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. À bientôt.