- Speaker #0
Bienvenue sur Pressroom, le podcast qui vous dévoile les coulisses des plus grandes enquêtes journalistiques.
- Speaker #1
Il s'implante des os humains sous la peau, ça fait des petites bosses. Clash, bing, j'ai un tilt, je vais le faire.
- Speaker #0
C'est pas eux qui te demandent de le faire. Non,
- Speaker #1
moi je vais le faire, fais-le moi.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on reçoit Sébastien Pérez-Pézani. C'est un reporter, aventurier, voyageur de l'extrême, un peu dingue. Son truc ? c'est de se plonger dans les milieux les plus dangereux de la planète. Ça peut être des prisons ultra-violentes en Amérique latine, des bidonvilles explosifs aux Philippines ou des territoires contrôlés par des gangs au Salvador. Dans cet épisode, Sébastien va nous raconter pourquoi il s'est fait arrêter au Venezuela, qui lui a implanté un os humain sous la peau en Argentine et les aventures incroyables qui lui sont arrivées hors caméra, celles qu'on ne voit jamais à l'écran.
- Speaker #2
Alors abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains épisodes.
- Speaker #0
Salut ! Salut Sébastien, merci beaucoup d'être avec nous. Est-ce que tu peux commencer par te présenter d'abord ?
- Speaker #1
Je m'appelle Sébastien Pérez-Pézen. Je suis né en Uruguay. Je suis arrivé à l'âge de 7 ans en France, parce que ma mère a été recherchée par toutes les polices du sud de l'Amérique du Sud, Uruguay, Argentine, Chili et Brazil, parce qu'elle était militante d'extrême gauche, et donc au moment des dictatures, elle a été recherchée. Donc on s'est échappé. clandestinement et on est arrivé en France en 79 à Lyon. J'ai grandi, on est arrivé dans un foyer avec tous les Chiliens, tous les militants et tout ça qui étaient là. Et après de fil en aiguille, j'ai fait des études à Lyon et puis j'ai fait des études de cinéma et puis après je suis devenu monteur et après réalisateur de documentaires.
- Speaker #0
Alors le concept de ton émission c'est d'aller dans les pays les plus dangereux de la planète.
- Speaker #1
J'aime bien.
- Speaker #0
T'as fait quoi en gros ? Quel pays ?
- Speaker #1
J'ai fait Mexique, Salvador, Venezuela, Colombie, Argentine, à Rosario aussi. C'est chaud.
- Speaker #0
C'est quand même une semaine dans un bidonville contrôlé par les dealers. Donc déjà,
- Speaker #1
est-ce que c'est facile de le fermer là-bas ? Là, tu as un fixeur qui contacte un mec local qui te dit, avec moi, tu vas rentrer partout, je les connais tous.
- Speaker #0
Tu peux expliquer ce que c'est qu'un fixeur ?
- Speaker #1
Un fixeur, c'est quelqu'un qui fait le lien entre moi, venant de France, et... les quartiers où on peut pas aller. Tu t'aperçois quand t'arrives en fait que non.
- Speaker #0
Il connait personne.
- Speaker #1
Le mec c'est une truffe.
- Speaker #0
Ah oui d'accord merde.
- Speaker #1
Ouais t'es le mec qui discute ouais j'étais avant j'étais un brigand machin et à chaque fois qu'on fait un pas il baisse la caméra il me dit oh attends tu m'as dit que tu les connaissais tous et que je pouvais filmer. Donc on se retrouve bloqué trois jours sans tourner, tout le pas, je rentre ils veulent pas, je rentre ils veulent pas, je rentre ils veulent pas donc je lui demande qu'est ce qu'on peut faire en fait. Ouais. Elle me dit, les trafiquants, les criminels de là-bas, les voleurs, les petits... Même les gens, tout ça. Les femmes de voleurs aussi, parce qu'il y a une femme qui fait ça. Ils s'implantent des os humains sous la peau. Ça fait des petites bosses. Et c'est pour se protéger de la police.
- Speaker #0
De la police ?
- Speaker #1
C'est-à-dire, cet os humain, donc il les trouve, je ne sais pas, il y a de la pratique, alors il les trouve, machin, et c'est souvent ce qui est le mieux. En fait, il y a un os humain normal, mais le mieux, c'est quand tu as un humain qui s'est fait tuer par la police.
- Speaker #0
D'accord, là, c'est double.
- Speaker #1
Maximum. Tu vois, c'est celui qui te protège. Tu es sûr de ne pas être tué par la police.
- Speaker #0
D'accord. C'est hyper logique.
- Speaker #1
Tout un programme. Et en fait, il y avait cette histoire. Donc, je me suis dit, bon, on va filmer ça déjà, puisque les mecs, ils sont d'accord. Ils sont au courant qu'on vient. Ils sont sympas. On commence par ça. On va commencer par ça. Et on filme ça. Puis moi, là, j'ai un tilt. J'ai dit, attends, ils se connaissent tous, machin. Je vais le faire, comme ça, ils vont se dire...
- Speaker #0
C'est pas eux qui te demandent de le faire ?
- Speaker #1
Non, moi, je vais le faire, fais-le moi, en fait. Donc, eux, ils ont un système d'anesthésie. Je sais pas où ils trouvent, c'est des médecins. Ouais,
- Speaker #0
mais vachement, ils ont vachement l'air de médecins,
- Speaker #1
d'ailleurs. Non, c'est des anciens prisonniers, c'est des anciens... Enfin,
- Speaker #0
c'est des criminels, quoi. Voilà,
- Speaker #1
c'est des anciens criminels qui font ça. Et donc, soit t'as l'anesthésie piqûre, soit t'as l'anesthésie... au glaçon. Et moi, les piqûres, je m'en fous. Tu te dis,
- Speaker #0
c'est peut-être pas clean et tout ça.
- Speaker #1
Je ne sais pas le produit qu'il a. Vas-y au glaçon. Donc, glaçon, il touche la peau, il glisse l'os, qui est sculpté en tête de mort. Je suis tombé dans les pommes. trois minutes.
- Speaker #0
Et c'est quoi en fait tu penses ?
- Speaker #1
Je sais pas, j'ai vu noir à un moment, le truc c'est qu'est-ce que je suis en train de faire ?
- Speaker #0
On le voit dans l'image.
- Speaker #1
Et tout ça en fait, pour en revenir à cette histoire, c'est que tout ça c'était... et du coup j'ai pu filmer dans le quartier.
- Speaker #0
Parce qu'ils se sont dit... Il est taré. Il a du cran.
- Speaker #1
Ça va, il est comme nous.
- Speaker #0
Donc ouais, en fait... Des fois, tu es quand même obligé d'aller super loin pour avoir... Et tu l'as toujours ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Il est où ?
- Speaker #1
Je l'ai tout le temps dans les pommes. J'étais dans l'avion et je suis retombé dans l'avion. Il est où ? Pourquoi tu l'as enlevé ? Je l'ai dans un petit fiole. Je ne l'ai pas amené, putain, dommage. Ah ouais ? Bah ouais, un petit fiole.
- Speaker #0
Tu l'as enlevé ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
En fait, j'ai pris des vacances après ce documentaire. Vraies vacances ? Ou tu es allé dans un bidonville ?
- Speaker #0
Au Salvador ? Ah ouais, ok.
- Speaker #1
Les vraies vacances. Non, à l'île Maurice. Ouais. L'île Maurice. Sur la plage.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Machin, tac, tac, je fais le con, bouée, machin, de l'eau et tout ça. Et puis à un moment, j'étais avec des copains qui me disaient, t'as un truc là, qu'est-ce qui dépasse ? Et t'avais l'os qui était sorti comme ça. Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Tout seul ? Avec l'eau de mer, la cicatrisation, le glaçon avait serré la peau, il avait tendu la peau. Le mec m'a recousu avec la peau tendue. Après, c'était... Tac, infecté. Donc, j'étais à l'hôpital. Et ils te l'ont enlevé ? Ils me l'ont enlevé. Le médecin m'a vu arriver. Il me dit, je vous connais, vous. Vous faites des trucs bizarres dans les pays.
- Speaker #0
Non, non. Tu peux m'enlever l'os que j'ai sous la peau. Non, je ne suis pas du tout bizarre.
- Speaker #1
Et je lui ai dit, si, justement, parce que là, j'ai un problème. Et regarde, pourquoi je ne suis pas surpris ?
- Speaker #0
C'est le truc le plus extrême que tu aies fait ? Oui.
- Speaker #1
Ah ouais, quand même, ouais. Enfin, non, il y a le puits, le truc aux Philippines.
- Speaker #0
Tu peux juste nous le dire vite fait ?
- Speaker #1
En fait, j'étais dans une mine d'or pirate, un truc illégal, une mine d'or illégale, où les mecs faisaient des trous de 50 mètres au fond pour aller chercher de l'or.
- Speaker #0
Un petit trou ?
- Speaker #1
Un tout petit trou, tu rentres comme ça, t'es sérieux. Donc, la poulie, tu descends et je suis resté coincé.
- Speaker #2
Ça ne marche pas. Il est trop lourd.
- Speaker #1
J'étais peut-être trop gros.
- Speaker #0
Ah bah les Philippines, ils sont gros.
- Speaker #1
Les Philippines, ils sont... C'est pas que je suis gros, mais c'est les mecs qui sont ultra secs, donc ils n'ont pas besoin de faire des trous énormes. Et moi, je ne passais pas. Et la poulie, elle ne me remontait pas.
- Speaker #0
Ah mais t'as dû...
- Speaker #1
Je ne pouvais ni monter ni descendre.
- Speaker #2
Ouais. En bas, ils ne peuvent pas te remonter si tu ne vas pas tout en bas. Tu peux ou pas ?
- Speaker #0
Comment tu te sentais ? Tu as vécu ma race. Mais ouais.
- Speaker #1
Mais tu l'entends d'ailleurs, c'est... Ah ! Tu sais... Ah ! Et donc,
- Speaker #0
comment il t'est remonté ? J'ai dû descendre,
- Speaker #1
en fait. J'étais remonté à la poulie, mais à la main. C'est une grosse corde, pas de moteur, et c'est les mecs qui m'ont remonté à la main. Une heure de coincé, dix minutes pour redescendre, et une heure de remonté, quoi.
- Speaker #0
Et de tous les pays que t'as fait, selon toi...
- Speaker #1
Venezuela.
- Speaker #0
C'est le plus chaud ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce qu'il y a un contexte politique, économique, de corruption hallucinante, de violence endémique. Je ne sais pas si on dit comme ça, mais c'est franchement... Avant de partir là-bas, j'ai fait la connerie de regarder des vidéos qu'on m'envoyait des prisons au Venezuela, des tortures, des massacres en Pré-Histoire. prison. Des trucs, c'est du snuff movie. Donc avant d'y aller, je savais même déjà que... Je ne sais pas pourquoi. D'entrée, j'ai eu peur. En arrivant, en posant les pieds, j'ai eu peur. C'est drôle, un pays où quelqu'un qui te parle spontanément dans la rue, il faut t'en méfier. C'est-à-dire que les gens marchent, ils ne se parlent pas. C'est horrible.
- Speaker #0
Et tu avais l'autorisation d'aller filmer là-bas ?
- Speaker #1
Non, alors on rentre. Comment tu rentres ? Parce que c'est comme si une dictature, on ne peut pas se cacher. Oui, c'est une dictature. Voilà, le Venezuela, ils disent, vous pouvez rentrer. Il faut demander un visage journaliste. Tu demandes un visage journaliste, mais ils ne te le donnent jamais. Ils te font attendre, machin. Donc, si tu veux un peu de liberté et faire ce que tu as envie de montrer, tu rentres normal avec les petites caméras. Tu vois, machin, petites caméras.
- Speaker #0
Les petits caméscopes. Ouais. T'y allais avec qui ? Oui, avec Didier Barral. Avec les cheveux blancs. C'était Venol. C'était Clac-Tang. Ah oui, en plus, ouais.
- Speaker #1
C'était Venol avec l'accent. Bref, on est rentrés. Lui, il avait une grosse caméra quand même, mais on a dit qu'on allait faire du tourisme et qu'on allait sur une île. paradisiaque du Venezuela. Je pense que même, ils se sont dit, à la douane, ils se sont dit, eux, ils nous prennent pour des cons. Donc, tu te fais repérer quand même.
- Speaker #0
Vous vous êtes fait repérer, vous avez été suivi ?
- Speaker #1
Presque. Direct ? En sortant de l'aéroport, tu crois ? Au bout de trois jours, sûr. Il faut savoir que Venezuela, ils sont entraînés, ils savent faire. Ils sont forts. Les services secrets, ils sont très, très forts. C'est tout un réseau. De toute façon, les dictatures, elles tiennent comme ça, avec des gens partout. Tout le monde, en fait. Tout le monde. À l'hôtel, tu prends un verre, tu parles doucement. De peur que le mec au bar, il l'entende. Bref. On a travaillé, en fait, pour aller dans le quartier Pétaret, le quartier avec les kidnappeurs.
- Speaker #0
C'est quoi, le quartier Pétaret ?
- Speaker #1
Pétaret, c'est le plus grand bidonville d'Amérique du Sud. Un million de personnes. Et 30 crimes par jour. 30 morts ? Oui.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
C'est bon pour nous.
- Speaker #0
D'accord. Donc ils sont tous armés ?
- Speaker #1
C'est un bordel. Sans nom, t'as des trafiquants de drogue, t'as des kidnappeurs, des gangs de... T'as tout.
- Speaker #0
T'as tout sur place, quoi. Comment tu fais, d'ailleurs, pour les approcher ? Comment tu les appelles avant ?
- Speaker #1
Pour rentrer, en fait, dans ces endroits-là, t'es toujours obligé de négocier avec quelqu'un parce qu'il y a un patron. Dans ces quartiers-là, comme il y a du trafic et des machins, les mecs tiennent la rue. Et donc, pour aller montrer des gens qui vivent Merci. normalement là-dedans. Pour rentrer avec une caméra, t'es obligé de prendre contact avec le patron du quartier.
- Speaker #0
Les trafiquants, en fait ?
- Speaker #1
Les trafiquants, les gens qui... Les criminels. Quel type de trafiquants ? Les criminels, voilà.
- Speaker #0
Les criminels,
- Speaker #1
ouais. Ouais, pas que des criminels, mais les gens, oui, qui te permettent de rentrer dans ces endroits-là.
- Speaker #0
Et donc, avant d'arriver, tu les connais pas, en fait ? Je les connais pas, non. Tu sais pas du tout ce que tu vas filmer ? Tu le sais jamais,
- Speaker #1
c'est trop instable. Faut savoir un autre truc, c'est qu'en France, on est pas comme des équipes américaines. les équipes américaines... passent ils vont ils payent tout le monde comme ça pas de souci nous non alors ça comment tu fais du coup parce qu'ils doivent se dire les américains ils sont venus comment tu leur vends le truc en fait tu vois si tu sais pas au bagout mais à la grande gueule aux négociations ou de se faire ok on paye pas mais toi tu payes un barbecue tu les avais te reste assez tu viens avec des pierres fait avec tout le monde et tout le monde se la colle sur ton dos mais voilà ouais au moins allez c'est pas grave Ils sont bourrés le lendemain matin.
- Speaker #0
Ils n'arrivent pas à l'heure.
- Speaker #1
Ils n'arrivent pas à l'heure. Tu ne peux pas faire d'interview, mais ce n'est pas grave. Moi, ce que j'aime bien, c'est que ça crée aussi de la spontanéité. Je voulais raconter ces endroits-là, des endroits où on te dit de ne pas aller. Tu sors de l'aéroport, tu dis au taxi de t'amener à l'endroit et le mec te dit de ne pas aller là-bas. Je ne vous amène pas là-bas. J'aime bien ces endroits-là, parce que c'est... C'est une bonne histoire. En fait, tu t'aperçois que c'est vivant, il y a des gens qui travaillent, il y a des gens qui... Il y a de la violence, mais il y a beaucoup de personnes intéressantes, et c'est souvent de ces endroits-là qu'émergent beaucoup de choses. D'humanité, finalement. D'humanité, exactement. J'ai toujours trouvé de l'humanité là-dedans. Tu vois, moi, j'ai rencontré des mecs, après la fin de l'interview, ils me disaient « Mais si t'étais né ici, tu serais comme nous, quoi. »
- Speaker #0
Comme nous comment ?
- Speaker #1
Comme eux. Trafiquant quoi, au dealer ? Non, pas fameux. À chercher, je ne sais pas ce qu'il voulait dire, je n'ai pas compris.
- Speaker #0
Tu n'as pas compris ou tu ne veux pas le dire ?
- Speaker #1
Ça va, je ne sais pas. Et donc, pour rentrer dans ce truc, le fixeur que j'avais, pareil, il disait, moi je n'y vais pas, j'ai peur, machin. Il faut qu'on prenne quelqu'un d'autre. Donc, un deuxième fixeur, il nous présente un... des mecs qui font des kidnappings et qui m'expliquent comment ils procèdent.
- Speaker #0
Et comment déjà ? Déjà, comment tu les as convaincus de cesser de filmer ? Et comment t'as fait pour ne pas te faire kidnapper toi ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais toujours pas pourquoi ils ont accepté de filmer. Eux, ce qu'ils veulent, c'est montrer au quartier qu'il y a une télé étrangère. C'est nous les patrons quoi. Et donc après, derrière, ils diront tout le monde sait qu'il y a une télé étrangère française qui est venue les interviewer. Et donc ça fait deux. Ça les fait monter en hiérarchie.
- Speaker #0
Et comment t'as fait pour être sûr qu'ils allaient pas te kidnapper toi parce que vous étiez des pro-idéal ?
- Speaker #1
Tu peux pas savoir, tu peux pas savoir. Et nous on est monté dans le quartier donc on part en moto avec les mototaxis qui habitent dans le quartier donc ils connaissent. Et à un moment ils s'arrêtent. J'étais avec Didier, il avait une autre moto, et à un moment il s'arrête, et ils disent on va changer de véhicule, et nous font rentrer dans un...
- Speaker #0
Un fourgon ?
- Speaker #1
Un fourgon. Et là, le Didier, je ne sais pas ce qu'il voulait faire, parce que la porte elle se ferme, on rentre dans le fourgon, la porte elle se ferme, Didier il se dit mais on va voir des kidnappeurs, on est dans un fourgon, là ils n'ont même pas besoin de nous taper, on est déjà machin, je lui dis ok, on dit quelque chose, et il dit caca, caca, j'ai envie de faire caca ! Ils nous ont sortis du fourgon, on a repris les motos. On a eu de la chance. Bref, on arrive au kidnappeur. Et puis après, ça se fait presque... Du coup, c'est même presque... Bonjour. Ils ont mis leur masque. Il y en avait un, il avait un masque à gaz. On comprenait pas.
- Speaker #0
C'est drôle, oui. Il y en a un, il met un masque à gaz. On n'entend rien. On aurait dit...
- Speaker #1
Il n'avait pas pensé.
- Speaker #0
Il met un masque à gaz, c'est vrai que c'est drôle. Encore,
- Speaker #1
tu mets un masque à gaz. Moi, je reste deux heures avec eux. Donc des fois, ils se mettent à fumer des joints et machin, tu vois.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu fais dans ces cas-là, justement, quand tu t'en proposes ?
- Speaker #1
Non, moi je bois une bière, je leur demande une bière ou tout ça.
- Speaker #0
Mais ça ne les vexe pas ? Est-ce que justement, parfois, ils te demandent ? Non,
- Speaker #1
non, non,
- Speaker #2
non, non,
- Speaker #1
non, non, non. Il ne faut pas tricher, en fait. Le truc, c'est qu'il ne faut pas faire croire que tu fumes un joint. Moi, je ne fume pas. Donc, si je fume un joint, je deviens parano. C'est pas la situation.
- Speaker #0
Il ne faut pas l'imiter.
- Speaker #1
Et puis, il faut mieux être comme t'es. Il ne faut pas tricher. Si tu es un mec, un bourgeois du 16e et que tu vas aller voir, tu ne triches pas. Il ne faut pas faire le mec qui a des expressions. Ouais, yo frérot. Non. Si tu triches, ça se voit en fait.
- Speaker #0
Quand tu as une interview comme ça, tu vas rester avec eux avant ? Tu vas discuter ? Tu vas boire des coups ?
- Speaker #1
Tu bois des coups. C'est ta technique. ouais ouais j'ai vu on se présente salut machin mettez les masques je reviens avec Didier ouais avec le caméraman qui a envie de faire caca ouais et que vous avez laissé sortir du fourgon c'était une bonne technique ouais ouais tu vois ça a marché quoi mais donc Didier il est rigolo parce que pareil t'as le caméraman heureusement qu'il comprend pas donc on se moque un peu de lui en plus c'est le blanc c'est le col blanc ça permet tu vois tu désamorces de détendre Ouais, tu jettes tout sur le caméra.
- Speaker #0
Qui ne comprend rien, c'est dégueulasse.
- Speaker #1
Qui rigole, a des blagues. Et donc avec moi, il m'a dit, c'est la première fois que je vais en prison.
- Speaker #0
Alors oui, voilà. C'est ça, donc ça s'est mal fini en Vénézuéla. Raconte, alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Donc, on fait un peu le tour du pays. On est partis trois jours aussi à la frontière avec la Colombie. J'ai montré, en fait, le trafic. Ce que je voulais filmer, c'était le trafic d'essence. Parce que l'essence, comme le Venezuela est un pays de producteurs. de pétrole, ça ne coûte rien au Venezuela. Et c'est 1 euro le litre en Colombie. Donc, c'est simple, tu passes 3 000 litres par jour, tu as 3 000 euros. C'est aussi rentable que la cocaïne et c'est parfait. Sauf que pour passer la frontière, il faut passer les douanes. Et en fait, moi, j'ai filmé tout ce qui était la corruption, les douanes, tout ce qui prenait à tout le monde. Et quand on finit le tournage, je rentre à Caracas. J'ai dit, c'est bon, il faut partir. Là, j'appelle la production, on part maintenant. L'instinct, des fois, c'est fort.
- Speaker #0
Toujours, c'est ce qui est le plus important.
- Speaker #1
Et on passe la douane, on va pour rentrer dans l'avion. Et il y a la Cébine, donc les services secrets qui viennent nous voir, moi et Didier. Et ils disent, non, non, vous ne partez pas ni avec votre caméra, ni avec vos images, ni rien, machin, tac, tac, c'est terminé. Vous n'êtes pas allé dans votre île que vous nous avez dit, là. Vous avez tourné à la frontière, vous avez tourné à Pétare, vous avez tu machin, on vous a suivi, machin. Et je vois nos sacs, il y avait des militaires dans la soute, en train de prendre nos valises. Ils ouvrent mon sac, il y a des affaires de Didier dans le sac. Moi je me dis, mais il ne m'a pas prêté un t-shirt lui ! Ils sont dégueulasses ces t-shirts ! Et après j'ai vu, il y avait de la cocaïne dedans, 30 grammes chacun, avec des sachets.
- Speaker #0
Et vous avez mis ça dedans quoi ? Ouais.
- Speaker #1
et donc Je le regarde et je lui dis « Vous ne faites pas ça ! » Il me dit « Si ! » Rien à foutre ! Il y avait un militaire qui sautillait à côté, il me dit « C'est de la bonne celle que vous avez passée ! » Je l'appuie, il me fait peur.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?
- Speaker #1
Putain, j'étais inconscient, rien. Pour moi, c'était tellement gros que je me suis dit « Non ! » C'est bon. Pour moi, on va vraiment prendre l'avion d'après.
- Speaker #0
Donc, il t'a mis de la cocaïne dans la valise. Ah, il y a Didier. En gros, tu risques quoi ? Tu fais ça ? 8 ans.
- Speaker #1
8 ans de prison ? 8 ans de prison. Et ça, tu ne le savais pas ? Non, mais tu essaies de passer... En fait, ils nous ont mis 34 et 36, je ne sais plus lequel... Gramme ? Ouais. Et à partir de 30 grammes, au Venezuela, à la demande de l'Europe, à partir de 30 grammes, tu es considéré comme trafiquant international de drogue, tu prends 8 ans ferme.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Sans possibilité de négociation de quoi, d'une caisse, c'est 8 ans ferme. Donc, je suis passé... On est rentré en prison.
- Speaker #0
D'accord, au Venezuela, ça doit être chaud quand même. C'est comment la prison là-bas ?
- Speaker #1
Non mais alors, attends, on est resté 10 jours, on était 17 dedans, dans 24 mètres carrés.
- Speaker #0
17 dans 24 mètres carrés ? Ouais,
- Speaker #1
ouais.
- Speaker #0
Et avec des gens sympas j'imagine ?
- Speaker #1
Ouais, il y en avait un, c'était une mule, il était passé en gobant les trucs, plus d'un kilo. Il n'arrivait pas à les sortir. C'est un chien.
- Speaker #0
C'était l'interview caca, en fait. Donc, il n'arrivait pas à les évacuer.
- Speaker #1
Il n'arrivait pas à les évacuer. Ils lui ont ouvert l'estomac. Il avait une cicatrice comme ça. Attends, ne bouge pas. Il avait une cicatrice comme ça. Ils lui ont enlevé. Ils ont recousu. Mais au Venezuela, il n'y a plus de médicaments. Il n'y a plus rien, en fait. Ça s'infectait, en fait. Ça sentait la mort, en fait. Donc, en fait, t'es dans 17 mètres carrés avec un mec qui est en train de mourir parce que ses intestins sont en train de pourrir. Les mecs, je te dis, l'inhumanité, c'est un truc... Bref, nous, ils savaient qu'on était journalistes, qu'on n'avait pas arrêté. Les flics leur avaient dit « Vous touchez pas parce que c'est chaud. » Et donc, vous les emmerdez pas. Vous les emmerdez pas. Donc, on n'a pas eu de problème. Au bout de trois jours, on est passé devant un juge. Ça, c'est pendant qu'on était en prison. Ils nous ont tamponné huit ans. Donc, on était parti pour huit ans. Et moi, à ce moment-là, je ne savais pas ce qui se passait en France.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
tu t'es dit quoi ? Là,
- Speaker #0
tu pleures, non ?
- Speaker #1
J'étais encore un con. Je te jure, je me suis dit que ce n'était pas possible. Ce n'était pas possible. Tu te dis non.
- Speaker #0
Tu ne crois pas ?
- Speaker #1
Non. Tu te dis que ce n'était pas possible. Ce n'était pas possible. Je ne vais pas faire 8 ans avec Didier. et il ya le ministre de la communication qui est venu puisque dans les dictatures c'est très important le ministre de la communication la propagande ouais ouais c'est bas c'est le numéro 2 du gouvernement et au bout de inaudit non ça va s'arranger on va vous changer de cellules et puis après j'ai après on est tenu au courant que comme quoi on va sortir et quel impact ça a eu sur toi cet épisode j'ai arrêté pendant un moment T'as arrêté quoi ? J'ai arrêté de tourner. Pendant 5 mois, j'ai pas bougé de chez moi.
- Speaker #0
T'as fait une dépression ? Ouais,
- Speaker #1
je sais pas si un truc, pas envie de...
- Speaker #0
Tu bougeais plus de chez toi ?
- Speaker #1
Non, ouais, je suis resté vachement bloqué chez moi. Et après, j'ai reçu les images.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
Les images du film.
- Speaker #0
Ah, tu les avais laissées là-bas ? Comment tu les as récupérées ?
- Speaker #1
On avait 3 sauvegardes. Un,
- Speaker #0
j'ai dit,
- Speaker #1
un mois. et une troisième que j'avais laissée sur place. J'avais donné 100 dollars, qui ne savait pas ce que c'était.
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
bienvenue ! Je lui ai dit, je te donne 100 dollars, tu gardes ce disque dur, je t'appelle dans 5 mois, c'est avant d'aller à l'aéroport.
- Speaker #0
T'avais du nez, hein ? Ouais.
- Speaker #1
Et je t'appelle dans 5 mois, tu me le renvoies, je te donne 200 dollars. Ouais, il a dit. D'accord.
- Speaker #0
Bah, nickel, ouais.
- Speaker #1
Ouais. Bah, 300 dollars, c'est un nombre de salaires.
- Speaker #0
D'accord, ok. Donc, t'as reçu les... Ah, ouais, donc quand même, Tu les as bien, tu les as bien eu quand même. Pas mal.
- Speaker #1
Tu sais qui c'était ? Non. Le taxi qui nous a amenés à l'aéroport.
- Speaker #0
Selon toi, quel comportement il faut avoir et absolument pas avoir dans ce genre d'environnement ?
- Speaker #1
Être soi-même. Pas tricher. T'as un accent, fais l'accent. N'essaye pas de... Faut être naturel. Naturel.
- Speaker #0
Mais c'est dur parfois d'être naturel dans la vie avec tout le monde en plus.
- Speaker #1
Oui, c'est dur. Ouais, en vrai, c'est dur. C'est dur, c'est la plus dure même. C'est le principe de mes films. Que ça soit spontané, naturel. plus possible.
- Speaker #0
D'ailleurs, ça se voit que tu es hyper naturel.
- Speaker #1
Je suis comme ça tout le temps. En fait, comme ça, comme là, même comme hors caméra. Nous,
- Speaker #0
on se connaît quand même depuis
- Speaker #1
20 ans.
- Speaker #0
Depuis 20 ans, il ne faut pas le dire. Mais c'est vrai, on est bien quand même. Est-ce que toi, à chaque voyage que tu as fait dans ces pays là, est ce que tu as eu peur ? Est-ce que tu avais peur à chaque fois ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
Mais comment tu gères ta peur ? Parce que ta peur, il faut être naturel.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. C'est le truc. C'est le plus difficile. En fait, tu joues. La seule chose qu'il ne faut pas montrer, c'est peur. Il ne faut pas montrer que tu as peur. Et donc, comme tu as peur, c'est le seul point de comédie que tu fais, c'est que tu caches ta peur. Il faut être le plus naturel possible en ayant peur. C'est un travail.
- Speaker #0
Et tu aimes bien avoir peur, toi, du coup ?
- Speaker #1
C'est ce que j'aime. Mais je ne supporte pas de ne pas maîtriser la peur.
- Speaker #0
Et tu la maîtrises tout le temps ?
- Speaker #1
Non, mais non. Quand tu étais dans ton boyau, j'ai eu une... Mais non, mais non. Maîtriser sa peur, c'est... Ne plus avoir peur, c'est dangereux. Ceux qui n'ont pas peur, ils sont dangereux. En tournage.
- Speaker #0
Juste, on va revenir sur... Tu disais, c'est important, les caméramans, il faut qu'il ait quoi comme qualité ?
- Speaker #1
Un regard extérieur, ou peut-être qu'il calme ma folie. Qu'il dise, attends, c'est bon. Mais même des fois, en fait, tu te dis, je vais faire ça, et le mec, il dit, ça sert à rien. On n'arrivera pas à le filmer, machin, je veux monter dans l'arbre, machin, c'est dangereux, en fait, ne le fais pas. L'image sera nulle. Donc, ça sert à rien.
- Speaker #0
Je vais monter sur une...
- Speaker #1
Si tu t'implantes un os, ça fait un bon image.
- Speaker #0
C'est une bonne idée.
- Speaker #1
Ça fera des belles images.
- Speaker #0
Alors, tu es allé au Salvador, et là, tu as choisi de te faire une immersion dans une morgue.
- Speaker #1
Ouais !
- Speaker #0
C'est quand même...
- Speaker #1
Alors que je n'avais jamais vu un morgue, de ma vie. Je me dis, en fait, que tout a été fait sur les maras.
- Speaker #0
Alors, les maras, c'était les gangs.
- Speaker #1
C'était les gangs là-bas qui se patouent, qui tuent, qui... Ouais. On les a déjà filmés, je ne sais pas ce que je vais raconter de plus. Et donc à ce moment-là, j'ai voulu montrer ce que ça faisait dans la société. Comment dans une morgue, tu vis avec 30 cadavres qui arrivent par jour. Des enfants, des mecs coupés, des gens...
- Speaker #0
Et c'est non-stop ?
- Speaker #1
C'est non-stop. Et puis tu vas voir, il y a des morts, les mecs se tuent pour... T'as marché dans mon trottoir. waouh, super !
- Speaker #0
Et ils sont durs. Et donc toi, comment tu as réagi ? Donc tu n'avais jamais vu de mort, et là tu en as vu plein.
- Speaker #1
Je suis servi là. Donc tu as des corps qui sont en décomposition. Et là, ça a été dur. Là, ça a été dur parce que c'est...
- Speaker #0
C'est quoi le plus dur ?
- Speaker #1
Il y a un sac qui sort, il nettoie les os pour pouvoir les analyser. Donc à un moment, je ne sais pas comment... Humainement, je ne sais pas comment c'est possible de... Tu avais un sac où il y avait 5 corps en putréfaction qu'ils ont dû ouvrir. Donc tu as les corps et de sortir les os, les nettoyer, les sécher, tout ça quoi.
- Speaker #3
Il y a cinq corps les uns sur les autres. Là je crois que je vais voir, je ne vais pas tenir toi. Yann, tu vas tenir toi ?
- Speaker #1
Ils vont attaquer le corps à quatre, je n'ose même pas regarder. À peine ont-ils ouvert le sac, que l'odeur envahit toute la pièce. Une odeur d'une puissance inouïe, même à travers le masque. Encore maintenant, quand je revois les images, j'ai l'odeur dans la tête. Si tu peux pas... Cette odeur, je sais pas comment il faut...
- Speaker #0
C'est une odeur unique, quoi. Et comment t'as tenu le coup ? T'as fait des cauchemars après ?
- Speaker #1
Non, j'ai vomi.
- Speaker #0
Ah quand même, ouais.
- Speaker #1
Tu vomis.
- Speaker #0
Tu as vomi ce jour-là ?
- Speaker #1
Ouais, ouais. D'accord. J'ai vomi, ouais. Après, ouais. Non mais même quand on rentrait à l'hôtel, on dormait dans l'hôtel, j'avais l'eau, elle reste toute la nuit, tu sais, tu dors le matin, tu te dis, putain, faut retourner. Et le caméraman avec qui j'étais, lui, c'est... Il y allait.
- Speaker #0
Lui tu me dis,
- Speaker #1
il a tout filmé Je lui ai dit, moi je ne peux pas, je ne peux même pas regarder. Et lui, il filmait tout. Je lui ai dit, non mais les médecins, je ne filme que les visages là. Je lui ai dit, c'est pas possible. Oui, parce que c'est immontable. Immontable. Le monteur, il a vu les images, il a arrêté, il a dit, je ne peux pas faire ça. Et donc, je me suis mis dans une salle à côté, parce que je suis monteur, pour faire un bout à bout des images qui étaient possibles, et effacer toutes les autres. Il ne voulait pas, le monteur ? Ben non, même, t'as ton... Ton truc de montage, tu tombes dessus par hasard.
- Speaker #0
C'est une drôle. Tu n'as pas l'odeur,
- Speaker #1
mais c'est horrible. Tu as des yeux, c'est immontrable. Bref, encore une aventure.
- Speaker #0
Encore sympa.
- Speaker #1
Pourquoi on fait ça ?
- Speaker #0
Maintenant,
- Speaker #1
c'est des films historiques.
- Speaker #0
C'est bien, c'est tranquille.
- Speaker #1
Sur Paris Antoinette.
- Speaker #0
Merci beaucoup Sébastien d'avoir partagé tes aventures avec nous, c'était vraiment hyper sympa.
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté cet épisode. Vous pouvez retrouver bien d'autres enquêtes sur notre podcast. A bientôt !