- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans le podcast Proches. Êtes-vous proche de votre famille ? Avec mes invités, on s'interroge à propos du lien que vous avez avec vos parents et vos frères et sœurs. Comprendre son lien à sa famille permet-il de mieux comprendre son lien aux autres ? Quelle est l'influence que nos proches ont sur la personne que l'on devient ? Je m'appelle Guilhemette, vous êtes dans le podcast Proches, et je vous invite à rejoindre notre conversation. Hello Stan, merci beaucoup d'être avec moi aujourd'hui et de me faire l'honneur de participer à ce podcast proche. Tu l'auras compris, l'idée de parler de nos proches, c'est plus particulièrement de nos parents et de nos frères et sœurs, afin de comprendre leur influence sur notre vie, sur nos projets et sur la personne que l'on devient. J'aimerais d'abord te présenter aux gens qui nous écoutent. Certains t'appellent Nico, d'autres Stan comme moi. Nous nous sommes rencontrés grâce à notre meilleur ami commun et sommes devenus peu à peu toi et moi très proches. Tu es une personne forte, inspirante et toujours en mouvement. Tu as toujours mis le projet et surtout, tu mets tout en œuvre pour les réaliser avec justesse et sincérité. Maintenant, entrons dans le cœur du sujet qui nous a réunis aujourd'hui. Avec la question, la première grande question. Est-ce que tu es proche de ta famille ?
- Speaker #1
Eh bien, dis donc, quelle intro ! Tu m'impressionnes ! Je suis impressionnée, en tout cas très content d'être là. Et est-ce que je suis proche de ma famille ? Pas un pape. plus que ça. Je ne dirais pas que je suis... Je ne me considère pas proche, en fait. Quand je vois les gens autour de moi, j'ai le sentiment d'avoir quand même une sorte de distance avec ma famille.
- Speaker #0
Donc, quand tu dis par rapport aux autres, qu'est-ce que ça signifie pour toi, être proche de tes parents, par exemple ?
- Speaker #1
J'ai le sentiment que j'ai des personnes dans mon entourage qui vont facilement passer des week-ends chez eux. En l'occurrence, ma famille est en Bretagne et je ne vais pas passer des week-ends en Bretagne. Ben tout le temps quoi. Avant d'avoir le permis, j'y allais une fois par an.
- Speaker #0
Une fois par an depuis que tu es à Paris ?
- Speaker #1
Oui, donc jusqu'à mes 34 ans, parce que j'ai eu le permis très tard, j'allais en Bretagne une fois par an. qui étaient en général pour Noël. Et je restais le moins de temps possible puisque je n'avais pas de permis, donc je me sentais coincée. Donc je préférais être chez moi en Bretagne, en Bretagne, à Paris, l'absurde, que bloqué en Bretagne sans voiture, en famille.
- Speaker #0
Ah oui, donc du coup, de te retrouver entre quatre murs avec ton père, avec ta mère et tes frères et sœurs, du coup, ça pour toi, c'est se sentir bloqué si tu ne peux pas avoir de voiture. C'est hyper fort, en fait, de dire ça.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, je suis beaucoup plus allée en Bretagne. Enfin, je n'y vais pas non plus souvent, mais l'été...
- Speaker #0
Tu n'y vas plus longtemps aussi.
- Speaker #1
J'y vais plus longtemps, en fait. Là, je suis restée deux semaines et demie à Noël. J'ai dû rester un mois et demi cet été, donc c'est beaucoup plus. Donc évidemment, je suis beaucoup plus proche d'eux à ces moments-là. Mais j'ai la liberté de la voiture qui fait que je peux à tout moment prendre du temps pour moi, où ma mère qui est revenue habiter dans le... En Bretagne, puisqu'elle a habité pendant un peu plus de 20 ans dans le Sud, je sais qu'aujourd'hui, je veux avoir la possibilité de partir quand je veux. Je ne veux pas me sentir enfermée avec ma famille. J'aime les voir, mais avec, entre guillemets, mes conditions.
- Speaker #0
Ta liberté est à petite dose. D'accord. Et donc toi, tu es arrivé à Paris, tu avais quel âge ?
- Speaker #1
18 ans.
- Speaker #0
18 ans. Donc pour les études...
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et donc là, grand sentiment de liberté. Ça y est, je m'en vais de ma petite Bretagne.
- Speaker #1
Alors, grand sentiment de liberté. En même temps, mes parents se sont séparés quand j'avais 14 ans. Ma mère est partie dans le Sud. Et je suis restée vivre avec mon père qui travaillait beaucoup. Donc, je ne voyais pas et j'ai peu de souvenirs. Finalement, quand même de 14 ans à 18 ans, ça fait 4 ans. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Pour en matin. La part du lycée, en gros. Oui,
- Speaker #1
exactement. J'étais seule avec lui et je n'ai pas de souvenirs vraiment. Il m'a dit récemment qu'après le divorce, il s'est beaucoup amusé.
- Speaker #0
Beaucoup amusé, mais pas avec toi, du coup.
- Speaker #1
Voilà. Et il m'a dit que je profitais les week-ends. Et ça me montre bien aussi à quel point on n'a pas créé de... Enfin, on a forcément créé un lien parce qu'on a vécu ensemble et que j'étais très, très, très proche de ma mère. Et que le fait que ma mère s'en aille... Quelque part, j'ai dû me rapprocher de mon père. Indirectement. J'avais pas le choix, quelque part.
- Speaker #0
Parce qu'avant le divorce, t'étais plus proche de ta maman ?
- Speaker #1
Ouais, beaucoup plus. Et je voyais toujours pas mon père à cette époque-là. Parce qu'il travaillait toujours autant. Donc j'avais un lien même un peu froid. J'ai aucun souvenir de mon père qui m'ait pris dans ses bras. Ou de quelque chose de proche à ce niveau-là. Il y a quelque chose d'assez distant. D'assez masculin. Non, d'une masculinité...
- Speaker #0
presque provinciale comme si ça n'existait pas la masculinité provinciale mais c'est que ça a un sens pour toi en fait ce terme, c'est que ça signifie quelque chose C'est comme ça que tu définis ton papa ? Ou c'est comme ça que tu définis la relation que vous aviez ? Ou tu sentais... Du coup, ça créait nécessairement une distance entre vous ? Parce que c'est parce que tu étais hyper masculin, t'avais pas ces codes-là déjà à l'époque ?
- Speaker #1
Non, non, non. Il a toujours été très ouvert sur moi et il m'a toujours apporté ce que je voulais, mais c'était pas la tendresse en tout cas. C'est clairement pas ce qu'on a mis en place. J'ai des souvenirs de regarder des films le dimanche avec lui. à l'époque où les DVD sortaient, donc ça fait quelques années, et d'avoir acheté un lecteur DVD et de regarder La Momie, notamment.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
La Momie ! Avec lui, un dimanche, et c'est les rares souvenirs que j'ai. J'étais beaucoup plus proche de mes grands-parents, en fait.
- Speaker #0
Mes grands-parents paternels ?
- Speaker #1
Paternels, qui viennent le plus élevé à cette période-là.
- Speaker #0
Donc là, tu parles de la période à partir de tes 14 ans ou quand tu étais plus petit ?
- Speaker #1
Ils ont toujours été présents.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Toujours, toujours, toujours paternelle, puisque maternelle, c'était très différent. Ma grand-mère maternelle, non pas que je m'en souvienne, mais ma mère m'avait dit un jour, ce qui m'avait un peu... Je comprends peut-être pourquoi on n'a pas eu trop de lien. Elle m'avait dit qu'elle préférait garder les chiens que toi.
- Speaker #0
Ah oui ? Ça veut dire ce que ça veut dire. Et tu t'en rappelles aujourd'hui. Je pense qu'on te dit ça une fois quand t'es enfant, tu l'oublies pas.
- Speaker #1
Ouais. Et c'était vraiment grand-mère maternelle, c'était les cadeaux.
- Speaker #0
Ils habitaient proches de chez tes parents ? Oui.
- Speaker #1
Petit, c'était vraiment ça. Côté maternel, c'était la grand-mère avec les cadeaux. Et la grand-mère paternelle, là, c'était plus le soutien. Faire à manger, t'amener là, à l'école. Accorder du temps, aller à la plage. C'était pas matériel, mais c'était beaucoup plus sentimental quelque part.
- Speaker #0
Donc au moment du divorce, ils ont été, j'imagine, hyper présents encore plus.
- Speaker #1
Oui, mes grands-parents paternels complètement, puisque j'allais faire les courses avec eux.
- Speaker #0
Ton père n'avait pas le temps, il travaillait ?
- Speaker #1
Il ne prenait pas forcément le temps, et vu que j'aimais bien aller faire les courses, j'allais avec eux. Mais parce que mon père, il y avait un côté où je ne suis pas présent, mais entre guillemets, il me donnait matériellement aussi, quelque part. Donc je pouvais acheter un peu ce que je voulais. Et sachant que... À 17 ans, mon père est parti en Afrique. Et là, je me suis retrouvé seul.
- Speaker #0
Il est parti faire quoi en Afrique ?
- Speaker #1
Travailler. Il m'avait posé la question. Il m'avait dit, est-ce que tu m'autoriserais à que je... Enfin, m'autoriserais, c'est pas moi qui... Mais il m'a dit, est-ce que ça te dérange que j'aille travailler en Afrique ? Et à 17 ans, je lui avais dit, écoute, moi, je compte partir vivre à Paris. Je ne vais pas t'empêcher de vivre ta vie.
- Speaker #0
C'était hyper mature de dire ça à 17 ans.
- Speaker #1
Oui, mais je pense que je m'étais habitué à être seul. Donc, j'allais... encore moins l'empêcher de partir. De toute façon, ce n'est pas comme si je le trouvais très présent. Je faisais ma vie. Il n'y avait pas de manque réel à ce moment-là. En tout cas, pas consciemment. Inconsciemment, je ne sais pas. Mais consciemment, il n'y avait pas de manque réel. Puisque finalement, c'est là que j'ai commencé à faire de la musique et que j'étais enfermée dans mes passions. De la musique, de chanter, etc. Et j'ai le souvenir d'être dans cette maison, très seule. Et mes grands-parents habitaient le champ d'à côté. Donc, je traversais le champ. pour aller chez eux quand j'avais besoin d'un soutien plus familial.
- Speaker #0
Donc en fait, déjà à l'époque, ta vie, tu étais indépendant en fait. Parce que t'es beaucoup aujourd'hui. Tu le dis souvent ça. J'ai besoin de mon indépendance. J'ai besoin d'avoir mon temps pour moi. Décider quand je veux faire les choses et quand je veux pas. Donc en fait, c'est aussi ce qu'on t'a appris à être... Dès tout jeune, on t'a laissé un peu face à soi-même en fait. Oui, ouais,
- Speaker #1
ouais. Je l'ai toujours vu très positivement en vieillissant. Oui,
- Speaker #0
c'est absolument négatif, mais c'était là en fait.
- Speaker #1
Avec le recul, notamment avec mes séances de psy, on commence à se dire est-ce que trop de liberté à 14 ans n'est pas finalement un cadeau empoisonné ? Après je pense que dans toute vie, on a nos propres casseroles quelque part et que finalement être trop couvé, ce n'est pas ce qui est arrangeant non plus, être trop de liberté non plus, et le juste milieu, il y aura forcément quelque chose qui n'ira pas non plus.
- Speaker #0
C'est bien résumé. Et ta maman, quand elle est partie, alors, est-ce que, comme ton papa, elle t'a dit, Stan, est-ce que ça te dérange que je m'installe dans le Sud ?
- Speaker #1
Non, justement. Alors, j'ai pas de souvenirs. Comment ça s'est passé ? Ma mère m'a redit depuis, je t'ai demandé de venir avec moi. T'as refusé. Moi, j'ai aucun souvenir. J'ai plus le souvenir de, elle prend sa vie en main et elle part sans me demander mon avis. Et je vois beaucoup plus ça comme une blessure que comme quelque chose... Parce qu'à vrai dire, elle m'a proposé d'aller avec elle. Elle ne m'a pas proposé de rester. Donc, à partir du moment où je ne voulais pas, je n'ai pas eu le choix. Et c'est vrai que, quelque part, j'ai même presque l'impression de lui en vouloir encore aujourd'hui. Elle me le dit souvent, que j'ai un comportement comme si je voulais lui faire payer ce qu'elle avait fait à mon adolescence. Et peut-être, je suis beaucoup plus clément avec mon père qui m'a demandé l'autorisation et qui était peut-être absent, mais qui était quand même là plutôt que ma mère qui est partie. C'est comme si je lui avais voulu... Ça m'avait tellement blessée que c'est resté une blessure ouverte pendant des années. Je ne suis même pas sûre qu'elle soit encore réglée.
- Speaker #0
Après, tu l'as dit aussi, ton papa, du coup, tu t'étais habituée au fait qu'il n'était pas souvent là, je veux dire physiquement à la maison. Donc, tu passais de fait beaucoup moins de temps avec lui, ce qui n'était pas le cas avec ta mère. Ce que tu ne faisais pas avec ton papa, tu le faisais avec ta maman. C'est sûr que le départ, il n'est pas le même. Ça n'a pas le même impact dans ta vie.
- Speaker #1
Tout à fait. Sachant que j'ai été voir ma mère, j'ai habité avec elle pendant six mois et qu'elle partait avec un homme aussi. Elle partait avec un... Un... premier beau-père et ça s'est très très mal passé. J'étais à Toulon et en fait la relation avec mon beau-père était catastrophique avec mon demi-frère, enfin demi-frère le fils de ta maman. Voilà, c'était catastrophique et j'ai vécu six mois un peu d'enfer où je vivais je n'allais pas en cours j'appelais le collège pour me faire passer pour ma mère et j'allais traîner au bord de la plage.
- Speaker #0
Et pourquoi tu y es allée alors ? Parce que tu disais tout à l'heure que tu ne voulais pas y aller.
- Speaker #1
Parce que ma mère me manquait trop, je pense. À un moment donné, c'était... Justement, c'était tellement mon pilier de base que le fait qu'elle parte, ça avait été trop dur. Mais finalement, je suis partie de janvier à juin et au retour, je devais être en troisième puisque j'ai redoublé ma troisième logique. Oui, le troisième, c'est le...
- Speaker #0
Brevet.
- Speaker #1
Le brevet. Le brevet, je ne l'ai pas eu, je n'allais pas en cours. Donc, je redoublais et j'ai décidé de redoubler en... en Bretagne et de remonter en Bretagne puisque j'ai vu que ma vie n'était pas dans une famille recomposée, je préférais...
- Speaker #0
Il n'y avait pas trouvé ta place.
- Speaker #1
Je n'ai pas du tout trouvé ma place et je préférais revenir dans un cocon, même avec une pièce manquante, mais un cocon où je me sente à ma place.
- Speaker #0
Tu étais chez toi en fait.
- Speaker #1
Voilà, ouais.
- Speaker #0
Ah oui, donc il y a quand même eu cet aller-retour là.
- Speaker #1
Ouais, mais qui a développé la musique puisque j'ai commencé les cours de chant en Bretagne, à Toulon.
- Speaker #0
Ah, t'as commencé à Toulon ? Ouais. C'est incroyable.
- Speaker #1
Et c'est quelque chose qui... Pendant des années, j'ai dit le divorce de mes parents a été un cadeau, mais je pense que c'était une jolie histoire que je me racontais et que je ne le vivrais pas réellement. C'était joli à dire, mais qu'au final, il y avait quand même une souffrance que je ne voulais pas voir, puisque quand je dois parler du départ de ma mère, je n'ai pas de souvenirs. Et j'ai souvenir, par contre, d'avoir été en voyage pendant deux semaines en Égypte avec mon père, parce que c'est mon père qui m'a dit « tu n'allais pas bien » . Donc... Je t'ai demandé où tu voulais aller en vacances. Et t'as dit en Égypte. Oui, c'était pas au camping du coin. Je voulais voir les pyramides.
- Speaker #0
Qui t'a choisi ? Allez hop, on va voir les pyramides.
- Speaker #1
C'est atypique aussi à 14 ans.
- Speaker #0
Et ton papa, à ce moment-là, il te dit oui. Il est aussi hyper soutenant. C'est ça qui est...
- Speaker #1
Et on a fait une croisière. On a descendu le Nil ou remonté, je sais plus.
- Speaker #0
Ça, tu t'en rappelles quand même.
- Speaker #1
Oui, je me souviens. Et je me souviens d'acheter un cadeau pour ma mère. Un collier. C'était mon père forcément qui l'avait acheté. Mais d'avoir cette démarche, ma mère n'avait jamais quitté ma tête finalement. C'est vrai qu'en... Tu vois, c'est marrant d'en parler parce que même si j'en parle avec ma psy, tu vois, là, j'ai l'impression que je ne l'ai jamais raconté de cette manière-là et je vois à quel point c'était sûrement beaucoup plus difficile que ce que j'ai voulu faire de cette histoire en grandissant à la vingtaine. Oui,
- Speaker #0
c'est très juste ce que tu dis, mais je crois qu'on le fait tous, ça. Et puis qu'il faut aussi avoir un certain âge pour pouvoir analyser les situations de notre enfance, adolescence et reprendre un peu les choses, pas analyser forcément au sens, comme tu dis, comme un... si le ferait bien sûr, mais juste de toi se dire ah mais aujourd'hui j'ai telle réaction peut-être parce que je me rends bien compte que quand j'étais petite ça on me l'a pas donné, ça on me l'a pas dit ça je l'ai pas fait, enfin pour plein de raisons et c'est hyper intéressant de parler de tout ça ouais,
- Speaker #1
c'est pas forcément évident justement de voir les répercussions quand on fait un travail thérapeutique parce que j'ai l'impression qu'aujourd'hui par exemple ma vie sentimentale est liée à mon passé et quelque part c'est dérangeant parce que mon passé je peux enfin ... Je peux changer la perception que j'ai de mon passé, mais néanmoins, on peut changer mentalement, mais après, changer le ressenti de ce qu'on a vécu à une époque où on ne se souvient même plus trop exactement comment ça s'est passé. C'est potentiellement quelque chose d'inconscient. À vrai dire, comment on change ça dans la vie d'aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, on ne le change pas, mais je ne pense pas qu'il faille le changer parce que c'est là, mais en tout cas, mieux le comprendre,
- Speaker #1
oui. De la lumière, quelque part.
- Speaker #0
Ça, c'est passionnant. Mais c'est vrai qu'en plus, on a aussi ce que nos parents nous disent. Alors, tu vois, on dit tout spontanément, ma mère me disait que, mon père me disait que. Mais en fait, ça reste des choses qu'on nous a racontées. Est-ce que nous, on l'a vraiment vécu comme ça quand on était petits ? Ce n'est pas nécessairement la vérité. C'est une perception qu'eux avaient à ce moment-là. Tu vois, ton papa, il t'amène en Égypte. Peut-être qu'il perçoit que tu n'es pas bien, alors que c'est peut-être que tu es... Un ado qui n'a pas envie de parler à son père, comme pour un ado de 14-15 ans. Tu vois, c'est plein de choses qui sont des perceptions.
- Speaker #1
Mais oui, même au-delà des parents, c'est à quel point, nous, l'histoire qu'on se raconte est-elle vraie ? Oui, c'est vrai. Des fois, je me questionne sur ce que j'ai vécu et je me dis, mais est-ce qu'à cet âge-là, est-ce que c'est vraiment comme ça que ça s'est passé ? Ou est-ce que ce n'est pas moi aussi qui me raconte une histoire ? J'ai le sentiment que plus on vieillit, plus le passé peut être déformé. par je ne sais quoi d'ailleurs, mais juste le temps qui passe.
- Speaker #0
Notre perception de ce qu'on a vécu change. Oui, c'est vrai. Oui, c'est totalement vrai. Et d'ailleurs, j'avais noté l'une de mes questions, celle que je voulais te poser, c'était quel impact tu pensais que le divorce de tes parents avait sur tes relations amoureuses ou avait eu sur tes relations amoureuses ? On peut aborder ça, du coup ?
- Speaker #1
Mais oui, oui. T'aurais dû me dire qu'il fallait que j'appelle ma psy, qu'elle vienne témoigner aussi. Je pense qu'elle a beaucoup de choses à dire.
- Speaker #0
Non, mais ta perception à toi, juste...
- Speaker #1
Oui, mais c'est parce que souvent, elle a un effet miroir et elle m'aide à mieux percevoir. Parce qu'en fait, aujourd'hui, même avec le travail que j'ai fait, des fois, je ne sais pas... potentiellement ma dernière relation, elle disait que mon ex-compagnon, c'était l'image de mon père. Et que je représentais ma mère. Je m'y retrouve un peu dedans. Mais pas tellement, je me retrouve aussi beaucoup dans mon père, parce que je travaille beaucoup, donc je suis quand même très... Je suis entre les deux, je peux très bien avoir le costume de ma mère, quelquefois, qui peut être... Enfin, les deux étaient très indépendants. Les deux ont fait leur vie, quelque part. Finalement.
- Speaker #0
Moi, je parle plutôt de la sensation, et c'est justement de se rappeler de ça, de la sensation que t'as eue quand on t'a annoncé le divorce, cette espèce de déchirure-là. Est-ce que ça a, dans tes relations amoureuses, aujourd'hui, t'as pu ressentir à nouveau cette déchirure-là ? Ou je sais pas, ou... Faire un peu un lien entre les deux.
- Speaker #1
Non, parce que je n'ai aucun souvenir.
- Speaker #0
Tu l'as un peu effacé.
- Speaker #1
Je n'ai aucun souvenir du divorce. Là, en en parlant, une sorte de flash quand j'étais dans ma maison, forcément avec mes parents, et de les entendre s'engueuler, ce qui était excessivement rare, et de me dire, moi, je m'en fous, j'ai mes jouets. C'est un truc qui était très bizarre quand j'y pense, mais je me mets dans ma bulle.
- Speaker #0
C'est de la protection.
- Speaker #1
Mais à part ça, j'ai aucun souvenir. Mais j'ai aucun souvenir de mes parents proches non plus. Ce qui fait que j'ai pas été amenée... C'est quelque chose que j'ai vu avec ma thérapeute sur le fait... Est-ce que vous avez déjà vu des gestes tendres qui amenaient même à quelque chose de sexuel avec vos parents ? Donc non jamais. Et qui pourraient avoir des répercussions dans ma vie d'aujourd'hui. Puisque c'est cette image du couple que j'ai pu construire. Finalement, du père qui bosse tout le temps, de la mère qui fait sa vie, et peu de rapprochement et pas de communication. Oui. Bon.
- Speaker #0
Non, mais c'est passionnant. Ok. Et donc, là, on va reprendre un peu le fil. Ton papa, du coup, part en Afrique. Oui. Toi, tu as 17 ans, tu me disais tout à l'heure. Oui. Donc là... Qu'est-ce que tu fais ? T'es encore en Bretagne, t'es dans la maison tout seul avec tes grands-parents à côté ?
- Speaker #1
Exactement, c'est mes grands-parents. Je mange chez eux le midi, le soir je me débrouille et je fais les courses avec ma grand-mère, toujours.
- Speaker #0
Et donc là t'es tout seul dans une grande maison où il y avait toute ta famille avant quand même ? Enfin tes parents quoi.
- Speaker #1
Mon père, puisqu'entre temps on avait déménagé quand mes parents se sont séparés, on avait pris une maison plus petite mais qui restait une maison. Et effectivement j'étais tout seul pendant un an et j'ai été très calme. Souvent, c'est ma grand-mère qui disait ça, avec toute la liberté que tu as eue, tu aurais pu mal finir. Mais dans ma tête, à l'époque, il y avait ce côté musique, musique, musique. Donc, je passais mon temps à chanter. Et je pense que c'était déjà le cas, puisque dernièrement, mon père m'avait dit aussi, moi, quand je rentrais le soir, c'était dur de te parler. Tu étais en mode musique à fond à chanter dans ta chambre. Donc, il semblerait que moi, je m'en souvienne. Mon père me le dit. C'est quelque chose qui a sûrement pris beaucoup de place aussi. Et mon père faisait sa vie, je faisais la mienne, il s'en va, je continue ma vie, mais en totale liberté, avec toujours le socle des grands-parents qui se parlent, et qui m'amènent au collège, qui me recherchent le midi, on mange ensemble, ils me ramènent en début d'après-midi, et ils viennent me rechercher à 16h30. Donc il y avait quand même une...
- Speaker #0
T'avais un cadre quand même au final. Oui.
- Speaker #1
Oui, ils ont été des plus présents. C'est vrai que là-dessus, je ne peux pas... C'était génial. J'ai créé un lien avec mes grands-parents qui était très, très fort.
- Speaker #0
Oui. Et donc là, tu passes ton bac.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui fait que tu pars à Paris alors ? Tu l'as dit, je savais que je voulais y aller.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu pars comme ça, avec ta valise et on y va.
- Speaker #1
C'est comme un rêve. Je rêvais de prendre le TGV à Morlaix et de partir à Paris. Avec quelque chose de... Je pars à la capitale.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, je te parlais de liberté tout à l'heure, au début. Mais comme tu dis, la liberté, tu l'avais déjà, en fait. Tu pouvais faire ta musique, tes projets.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc en fait, bien sûr, c'est autre chose de partir de la ville d'où tu viens. Mais là, c'est juste ton rêve.
- Speaker #1
Ouais, parce que dans ma tête, je voulais être une star. Ouais. En soi. Et je tiens quand même à dire que mon père, avant de partir, il m'avait amené faire un casting qui avait changé beaucoup de choses dans ma vie. La veille de mon bac de français en moto. C'est vrai ? Au fin fond de la Bretagne. Et il l'avait accepté. Donc, il pouvait être présent. C'est vrai que j'oublie de dire aussi qu'on a fait les castings de la nouvelle star ensemble. Et qu'on allait à Rennes et qu'il attendait toute la journée.
- Speaker #0
C'est extraordinaire. Tous les parents ne feraient pas ça.
- Speaker #1
Il a quand même été... En fait, c'est marrant. Il a été très présent à certains moments clés. Quand j'avais besoin de lui, il était là. En fait, c'est ça. Quand je demandais, il était là. Il n'a jamais dit non. Après, dans le quotidien, il faisait sa vie, quelque part. Mais par contre, si je demandais, on allait faire les castings de Noël Star ou on allait passer un casting la veille d'un bac de français où il m'avait dit franchement, t'as pas autre chose à faire.
- Speaker #0
C'est extraordinaire. Donc ça t'a vachement poussé en fait. Donc là, t'arrives à Paris, plein d'espoir, plein de projets en tête. Ouais. Et avec tes parents là, du coup, comment vous communiquez ? Est-ce que ça te rapproche par exemple de ton papa ? Non,
- Speaker #1
non, non. Mon père, non. Par contre, ma grand-mère, je pouvais l'appeler pendant des heures.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ça, au début à Paris, c'était peut-être elle où j'étais le plus... Ma mère, j'ai toujours été proche, cela dit. Je dis ça, mais je l'avais au téléphone quasi quotidiennement. Donc il y avait quand même une présence qui était là. Elle restait... Oui, il y avait un lien qui n'est jamais parti. Elle habitait à Nice, donc je passais mes vacances à Nice. Oui, parce qu'entre-temps, elle est partie de Toulon à Nice.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Elle a trouvé quelqu'un d'autre. Ça s'est terminé avec l'un et elle a retrouvé quelqu'un d'autre. Et... Et toutes mes vacances étaient à Nice. Mais ça se passait très mal avec mon beau-père, à nouveau. J'ai toujours eu des problèmes avec mon beau-père. Enfin, mes beaux-pères.
- Speaker #0
Et toi, avec lui ? Entre ta maman et ton beau-père, ça se passait bien ? Oui. Ok. Donc ça te donnait moins envie d'y aller ? Ou ça te donnait de l'envie de ta maman ?
- Speaker #1
Non, j'y suis quand même allée. J'y suis allée. Mais même, finalement, quand j'étais en Bretagne, tous mes étés, je les passais à Nice. Puisque très vite, elles se séparaient. Donc, effectivement, j'avais cette vie un peu particulière, très indépendante. en Bretagne, mais l'été, je passais un à deux mois à Nice, à faire ma vie. J'ai eu un scooter aussi, donc j'avais une certaine liberté, mais je passais quand même beaucoup de temps avec ma mère quand elle était disponible, puisque ma mère était de toute façon beaucoup plus présente quand j'étais là, surtout qu'elle profitait aussi de moi quand j'étais là. Ma mère, en fait, c'est vrai qu'on pourrait croire qu'elle n'a pas été présente, mais en fait, si.
- Speaker #0
Non, c'est que t'en as moins parlé, là, depuis tout à l'heure, c'est tout.
- Speaker #1
Mais on se voyait... Tous les étés, potentiellement les vacances d'hiver, mais pas tout le temps parce que j'ai fait un seul Noël hors de ma famille en Bretagne. Et c'était la première et dernière fois, puisque encore une fois, je n'étais pas à ma place et ça ne m'allait pas et je me sentais extrêmement seule finalement. Mais par contre l'été, après il y a pire que Nice, donc c'était néanmoins un mode de vie qui était très agréable en soi. Et j'ai continué à aller à Nice quand j'étais à Paris. Mais par contre, je n'allais plus en Bretagne. Sauf les trois jours à Noël. Puisque Noël, je ne dérogeais pas à cette règle. Je ne ferais pas Noël ailleurs. Donc, je continuais.
- Speaker #0
Tu avais ton organisation quand même. Donc, tu continues ta petite vie, toujours aussi indépendant. Et ça a été aussi bien. Tu es content de partir de Bretagne ?
- Speaker #1
J'étais... plus que ravi d'être parti de Bretagne je me sentais libre effectivement je faisais ce que je voulais je voyais mon père m'a beaucoup souvenu financièrement ce qui m'a permis d'avoir des études en communication, d'avoir un appartement dans le centre de Paris il a toujours été présent quand j'en avais besoin y compris de manière financière financièrement et il y a eu un moment donné après avoir fini mes études où je suis parti ... À Londres.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et je suis parti deux ans, et là c'est pareil, c'est mon père qui m'a soutenu financièrement, j'hésitais entre Londres et New York, et il m'avait dit écoute pour apprendre l'anglais, on peut juste traverser la Manche, ça va très bien aussi.
- Speaker #0
Et puis c'est la pire comme destination que London quand même.
- Speaker #1
Tout à fait, mais c'est vrai que moi je voyais grand, donc je voyais grand façon la Big Apple. Je voulais aller chanter Alice, Yaki, là New York.
- Speaker #0
Et Londres t'es parti pourquoi ?
- Speaker #1
Pour apprendre l'anglais. J'étais plus en contact avec ma grand-mère, puisque mon père était en Afrique, et c'est ma grand-mère qui gérait les comptes de mon père et mes comptes.
- Speaker #0
C'est vrai, c'est incroyable ça.
- Speaker #1
C'est elle qui gérait tout, c'est elle qui gérait les virements.
- Speaker #0
Elle gérait les courses à l'époque,
- Speaker #1
elle gère les virements pour toi. Oui, toujours. Et des fois elle me disait, écoute, tu dépenses beaucoup quand même.
- Speaker #0
Est-ce que du coup elle savait tout ?
- Speaker #1
Elle savait tout et mon père qui réfléchissait pas et qui gagnait très bien sa vie en Afrique,
- Speaker #0
si j'avais besoin c'était sa manière à lui d'être toujours là pour toi. Tu l'as dit il t'a toujours soutenu matériellement donc il faut continuer quoi en fait. Ouais,
- Speaker #1
mais mon père a toujours eu une relation particulière avec l'argent ça aussi c'est un sujet aller chercher des valises de cash à la défense ou je ne sais où euh... Pour lui amener, il y a eu des choses.
- Speaker #0
C'est ce que tu as fait toi pour ton papa ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais écoute,
- Speaker #1
j'en apprends de tous les jours. Mais ça a duré des années, jusqu'à qu'il revienne. Je me souviens, un jour, je rentrais de Bretagne. Il me dit, à République, il y a une telle voiture qui s'arrêtera, tu lui donnes cette enveloppe. Et elle, elle te donnera quelque chose. C'est dingue.
- Speaker #0
Et tu n'as jamais posé de question ? Pour moi, c'est son business. Je ne sais pas si tu aurais pu demander. Pour moi, il est dans la mécanique. C'est une histoire de... Il est parti en Afrique à la fois traiter de la mécanique et les camions et le nettoyage des plages. C'était un peu flou ce qu'il faisait. En même temps, je savais qu'il y a toujours eu des allers-retours de camions. Forcément qu'il y a du liquide. entre guillemets avec un pays comme celui-là ça te bloquait pas, non mais c'est vrai que dit comme ça en contexte on se dit une valise de cash ça fait un peu bizarre mais je sais que ça venait pour des camions ça venait d'Afrique j'ai jamais pensé tu vois là c'est vrai que vu que moi j'ai toujours vécu comme ça pour moi de toute façon effectivement c'est son taf Puisque je l'ai toujours vu travailler dans les camions, dans les pièces, etc. Oui, c'était juste ça. Donc tiens, tu donneras cette enveloppe à telle voiture qui t'attendra à répu. Mais c'est vrai qu'il est 23h, tu rentres, j'ai 4000 euros dans une enveloppe. Il y a une voiture qui s'arrête, une vitre qui souffle un thé. Je donne l'enveloppe et je rentre chez moi.
- Speaker #1
Mais c'est lunaire cette anecdote. J'adore l'anecdote.
- Speaker #0
je suis très ravie de l'entendre la notion de l'argent avec mon père a souvent été un peu si j'ai des enveloppes de cash à donner à quelqu'un je peux te demander de le faire moi ça me choque pas du tout tu vois et du coup quelque part à Londres la notion de l'argent pour moi il y avait il y avait presque un côté je grossis le trait je mets des gros guillemets mais l'argent pousse aux arbres c'est pas un sujet pour toi c'était pas un manque ça c'est une vraie chance du coup ça t'a permis de
- Speaker #1
d'entreprendre beaucoup de choses dans ta vie. Et d'avoir cette vraie liberté-là, cette indépendance, on en revient encore là. Mais en fait, c'est ce qui a construit ta personnalité beaucoup aussi, en fin de compte. D'avoir cet appui-là, ça te permet de mieux te découvrir toi-même, d'entreprendre plus facilement que d'autres. Il y a moins d'impact, en fait, tu vois.
- Speaker #0
Au bout d'un an, il a dit, on va arrêter. J'étais à Londres.
- Speaker #1
Pourquoi il a dit ça ?
- Speaker #0
Parce que j'avais fini mes études. que j'étais parti faire un extra à Londres pour apprendre l'anglais. Il m'a dit, bon, là, tu as fait tes études, ça fait un an que tu es à Londres, je pense que tu parles anglais. Donc maintenant, juste, tu vas commencer à faire comme tout le monde. J'avais 24 ans, donc ça commençait à...
- Speaker #1
T'es gentil, papa. Oui,
- Speaker #0
oui, très. Et là, j'ai commencé à travailler. Et même à Londres, je me souviens que je prenais l'avion pour aller à Brest. Donc j'ai continué à... à revenir à Brest. Et l'été, je retournais toujours à Nice. Mes deux points d'accroche, ma mère et mon père, certes ponctuellement, mais j'y allais. Et ma mère, je sais qu'à Londres, elle pétait des câbles, parce que c'est elle qui payait mon forfait. Dit comme ça, ça me fait enleveur. Ça commence à me dire ouf. Je ne me suis jamais, jamais, jamais sentie dans une famille aisée, pourtant. On n'est pas du tout, je ne sais pas, on n'est pas à Paris 16e. Mes parents ont toujours beaucoup travaillé et ils gagnaient de l'argent d'eux par leur travail, mais l'argent venait du travail, ce n'était pas de l'argent facile. Et mon père a peut-être compensé un manque de présence par « je t'aide » , je pense, jusqu'au moment où ça s'est arrêté. Mais ma mère me payait, elle, mon forfait téléphone, mais on passait tellement d'heures par téléphone qu'il y avait des hors-forfaits de fous. Et comme on dit, elle a dit, il faut que tu trouves un autre forfait. On ne peut pas continuer comme ça. Parce qu'on pouvait rester une à deux heures par téléphone par jour.
- Speaker #1
Surtout à l'époque, ça coûtait un bras.
- Speaker #0
Donc elle restait toujours très, très, très présente. Je ne sais pas ce que je pouvais raconter à ma mère pendant une heure par jour, tous les jours. Mais j'avais toujours des choses à raconter, en tout cas.
- Speaker #1
Et donc ça, ce rapport avec ta maman, de l'avoir au téléphone beaucoup, tu l'as gardé après ? Aujourd'hui, c'est quoi vos rapports ?
- Speaker #0
Eh bien, c'est parti petit à petit. En vrai, ce n'est plus le cas, mais ça a bien duré très tard, la trentaine passée. Et maintenant, c'est moins courant. Ça s'est fait petit à petit, il n'y a pas de raison.
- Speaker #1
Donc en fait, avec ta maman, tu partages beaucoup le quotidien en fin de compte. Oui. Ce que tu faisais en tout cas.
- Speaker #0
Mais mes parents connaissent ma vie relativement dans le détail. Je ne leur ai pas caché que ce soit mes relations sentimentales, mon quotidien.
- Speaker #1
Donc tu vois, c'est marrant, au début tu disais, t'as commencé en disant ça, si je compare un peu ce que je vois autour de moi, je me sens pas très proche de mes parents. Non mais tu vois, on parlait de perception tout à l'heure, c'est incroyable ce que l'on peut dire, et puis après on se met juste à parler un peu de la vie comme ça, et puis on se dit non mais en fait pas du tout, qu'est-ce que je raconte ? Bon en tout cas, c'est que t'as une perception de ne pas en être très proche. Hum. mais pourtant tu dis que tu partages énormément de choses avec eux qui connaissent ta vie.
- Speaker #0
Donc je te repose la question,
- Speaker #1
qu'est-ce qui te fait dire ça ? Te fait dire que tu ne te sens pas très proche de ta famille ou en tout cas de tes parents ?
- Speaker #0
Je pense que c'est la distance géographique, en fait. Puisque ma grand-mère, je l'ai quand même appelée beaucoup. Mon père, on s'appelait de temps en temps, pas tout le temps. Mon père, on était moins téléphone. Il est moins téléphone et on n'avait pas passé une heure. Mais ma mère, je l'appelais souvent. Donc, j'ai quand même toujours gardé des liens très... Oui, j'ai gardé des liens très proches avec ma famille. Même Laurent. Ouais. Quelque part, mais c'était géographiquement. Je n'étais pas là, en fait. Et que c'est des points clés aussi. C'est mon père, ma mère, ma grand-mère. Après, le reste de ma famille, c'est toujours resté très flou. Je n'ai jamais été de la propre part de famille. Donc, c'est vraiment des personnes clés. C'est pas famille en mode je retourne tous les week-ends faire le repas du samedi midi, du dimanche. C'est pas ça. Je garde un lien très fort finalement, mais avec une distance et c'est pas tout le monde.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mais cette distance, c'est vrai que c'est un fait en réalité. C'est là quoi. Je veux dire, vous n'êtes juste pas à côté finalement. Mais c'est fou comme le mot proche, c'est aussi pour ça que je l'ai choisi. Ça signifie plein de choses, en fait. Proximité géographique, proximité de ce que l'on partage de nos vies, de ce qu'on dit, de ce qu'on ne se dit pas. En fait, c'est hyper intéressant. Chacun a sa propre définition de la chose, tu vois.
- Speaker #0
Oui, totalement.
- Speaker #1
Et du coup, ton papa était en Afrique. Je reprends un petit peu le fil. Et là, il habite actuellement en Bretagne, tu nous disais. Oui. Il est revenu quand, du coup ?
- Speaker #0
Il est revenu, je devais avoir 25 ans. Il est resté 7 ans. Il est parti à 17 ans. Le calcul...
- Speaker #1
Je ne vais pas t'aider. Il est revenu à
- Speaker #0
24-25 ans. A peu près. J'étais rentré de Londres.
- Speaker #1
Quand tu rentrais de Londres. A peu près.
- Speaker #0
Je pense que c'était là-dessus. Mais il n'est pas revenu seul.
- Speaker #1
Oui, c'est là que ça m'intéresse.
- Speaker #0
Puisque entre-temps, je suis allé une fois en Afrique le voir.
- Speaker #1
Il est dans quel pays en Afrique ?
- Speaker #0
Au Sénégal.
- Speaker #1
Au Sénégal. Ah oui, c'est magnifique qu'on puisse y parler, le Sénégal. Non ? A l'époque, ça ne t'a pas marqué ?
- Speaker #0
Non, ça ne m'a pas marqué. Non, non, pour le coup, non. J'ai des gros pays coup de cœur, mais pas le Sénégal en tout cas. Je suis allé le voir quand j'avais 20 ans et il m'avait présenté à sa copine. Donc, j'avais 20 ans, elle en avait 19. Elle passait son bac.
- Speaker #1
Et c'est quoi ta réaction à ce moment-là ?
- Speaker #0
Je me souviens qu'il avait peur que je sois perturbé par l'Afrique. Donc, il faisait ça aussi. Il gérait des constructions de villas. Ok. Tant qu'il avait mis dans une villa.
- Speaker #1
Un nouveau Stan à sa maison pour lui tout seul. C'est extraordinaire.
- Speaker #0
Donc j'avais la petite villa avec la piscine, etc. La femme de ménage. Mon père n'était pas très présent non plus. Je suis allé voir en Afrique, mais il travaillait encore beaucoup.
- Speaker #1
Il t'a mis dans des super conditions pour que la pilule passe, tu crois ?
- Speaker #0
J'avais le quad aussi à disposition.
- Speaker #1
Ah oui, il voulait vraiment que la pilule passe. Non, non, mais là, je rigole. Mais du coup, tu le prends comment, ça ?
- Speaker #0
En fait, je me souviens de la voir, on était justement en dehors de cette maison, elle arrive, effectivement, elle était jeune puisqu'on avait le même âge, elle était même plus jeune que moi. Et c'est cette phrase qui m'avait choquée à l'époque, perturbée. Elle m'a regardée de la tête aux pieds et elle m'a dit « Ah ouais, ton père est quand même beaucoup plus beau » .
- Speaker #1
C'est les premiers mots qu'elle a dit ! Ah oui, ça pose des choses. T'as eu du répondant sur le coup ?
- Speaker #0
Non, du tout. A l'époque, j'étais assez timide et introvertie.
- Speaker #1
Tu crois qu'elle l'a fait avec un peu de recul maintenant ?
- Speaker #0
C'est l'Afrique. C'est l'Afrique. Il n'y a pas de jugement, mais c'est la culture qui peut avoir... Comme je pourrais dire, c'est la Bretagne ou c'est le Nord. C'est juste des expressions, des façons d'être qui peuvent être un peu étonnantes. Mais... Mais la relation des femmes africaines aux hommes est quand même de base particulière. Bien sûr. Il y a de tout et... Et ils sont toujours ensemble aujourd'hui. Donc il y a vraiment... Ce n'est pas juste, entre guillemets, une femme africaine qui se marie avec un blanc. C'est au-delà de ça. Ils sont encore ensemble. Mais à l'époque, il aurait pu avoir ce côté...
- Speaker #1
Il aurait pu avoir cet a priori. Je veux dire, ton... Afrique ou pas Afrique, en réalité, ton père te présente sa nouvelle amie qui a ton âge. Je pense qu'il y a tout le monde qui pourrait être un peu désarçonné par la situation, tu vois. C'est normal. Et donc vous entendez bien alors ? Vous passez du temps ensemble ?
- Speaker #0
Un petit coucou comme ça. J'ai des souvenirs de vacances où j'allais à la plage avec mon quad et je me baignais dans la piscine mais il faisait trop chaud, il faisait faire 45 degrés. Du coup j'étais enfermée dans la chambre à faire de la musique.
- Speaker #1
C'est fou. Et même, tu vois, à chaque fois avec ton papa c'était le même schéma, c'est rigolo. On peut vous mettre en Bretagne, au Sénégal ou peut-être même à Paris, c'est la même chose.
- Speaker #0
Oui c'est vrai.
- Speaker #1
C'est drôle.
- Speaker #0
Ouais, ou inquiétant, je sais pas.
- Speaker #1
Je sais pas si c'est inquiétant, non, peut-être pas. Ça, c'est toi et toi-même. Mais du coup, ils sont encore ensemble aujourd'hui, comme tu le disais. Et donc là, ils sont en Bretagne.
- Speaker #0
Ouais, mon père... En fait, du coup, sa compagne est tombée enceinte, sa femme d'ailleurs, est tombée enceinte. Mon père voulait rentrer. Il lui a posé la question. Je ne sais plus exactement où est le bébé là-dedans. Il y a eu un moment donné où il voulait rentrer. Il voulait rester ensemble. Donc, forcément, il fallait qu'elle vienne en Bretagne pour pouvoir qu'ils restent ensemble. Ils sont mariés et elle était enceinte quand ils sont arrivés en Bretagne. Et donc, j'ai eu ma... première petite sœur à 27 ans. il me semble 26 ans ah bah non parce qu'il était enceinte peut-être 25 ans on est plus sur 25 ans on est mauvais sur les chiffres elle a 12 ans aujourd'hui ok non mais Stan tu me fais une petite mentale moi je vais pas faites vos calculs prenez votre iPhone là mais elle a 12 ans mais ce que je veux dire c'est que j'en ai 38 ce qui veut donc dire bah non tu as 38 bah si c'est ça c'est 26
- Speaker #1
25 quoi ouais c'est ça et là comment tu l'accueilles c'est Demi petite sœur.
- Speaker #0
C'est bizarre, j'ai toujours été fils unique. C'est vrai que dans mes souvenirs, il y a un côté... Une petite sœur à 25 ans... Bon... Et je sais pas comment faire en fait. Je me souviens, j'ai des photos de moi avec elle... une petite photo. C'est pas naturel. Je n'aimais pas les enfants. Ça va mieux. Mais c'est vrai que je n'aimais pas les enfants. Je n'avais pas d'attirance ou d'attrait pour le côté maternel ou du coup moins un côté paternel quelque part. Je n'avais pas envie d'enfants. Il n'y avait rien qui m'attachait aux enfants. Je les fuyais plus qu'autre chose. Donc c'est vrai que là, je me retrouve quand même avec une belle-mère plus jeune que moi. Mais ça... C'est vrai que je le précise presque parce que c'est drôle, mais ça n'a jamais été un sujet.
- Speaker #1
Vous n'avez pas la même vie en réalité aussi. L'âge, ce n'est pas vraiment ça qui compte.
- Speaker #0
Exactement. On n'a pas la même vie, on n'a pas la même culture. Je vais me dire, là, c'est un détail.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
En soi. Et du coup, là, ma petite sœur, au début, c'était bizarre. Et puis très vite, il y a eu le deuxième.
- Speaker #1
Et comment tu trouves ton... Je reste là-dessus, mais ton papa avec sa fille ?
- Speaker #0
Il travaille beaucoup. Toujours. Toujours, toujours, ça n'a pas changé. Cela dit... À ce moment-là, non, mais avec le temps et ceux qui sont arrivés par la suite, je l'ai quand même vu beaucoup plus présent au niveau du corps.
- Speaker #1
Physiquement ? Physiquement. Ah oui, d'accord.
- Speaker #0
Plus câlin, plus...
- Speaker #1
Plus de gestes de tendresse.
- Speaker #0
Plus de gestes de tendresse, oui, totalement. Sachant qu'ils sont aussi demandeurs. et que ma belle-mère est très froide c'est vrai tu la trouves froide ? c'est alors pareil il me semble toute personne d'origine africaine moi je le vois comme ça peut-être que je me trompe mais j'ai le sentiment de ce que j'ai vu et de ce qu'on m'a dit qu'au Sénégal en tout cas les femmes ne sont pas très proches très calines avec leurs enfants donc Je parle de mon expérience et de ce qu'on m'a dit. Je ne dis pas que c'est une vérité, mais c'est comme ça que je l'ai vécu. Et du coup, je pense que mes frères et sœurs trouvent chez mon père ce qu'ils n'ont pas chez leur mère. Là où moi, de toute façon, j'avais ma mère pour ça, qui était demandeuse.
- Speaker #1
Donc ton papa, il a toujours un peu ce rôle-là. En fait, il fait un peu quand il faut le faire, il le fait bien. J'ai un peu l'impression que c'est ça, c'est rigolo.
- Speaker #0
En étant toujours très occupé, très peu là. Et je le vois aujourd'hui, mes frères et sœurs qui... Ah, papa n'est pas là. De toute façon, papa n'est jamais là le samedi, il travaille. Et puis, quand c'est pas, il n'est pas là le dimanche. Et des fois, moi, je lui en parle. Je dis, mais pourquoi être si peu présent ?
- Speaker #1
Et il t'a répondu quoi ?
- Speaker #0
Je ne peux pas faire autrement. J'aime mon boulot. Je pense que c'est vrai. Maintenant, je ne suis pas psy.
- Speaker #1
Non, et puis c'est son travail.
- Speaker #0
Je ne sais pas à quel point il fuit quelque chose ou il comble quelque chose, je n'en sais rien. On a beau justement avoir des discussions très ouvertes, je ne peux même pas encore aujourd'hui vraiment voir le pourquoi du comment. Si ce n'est qu'il est vraiment passionné par son boulot. Mais c'est très familial. Et les gens qui ne travaillent pas, ma reine qui est ma tante, qui a toujours été à l'inverse de... Elle a cinq frères. Plus grands. Mes oncles.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Elle, elle travaille peu, voire pas. C'est toujours celle qui est jugée et qu'on juge vraiment. Ah oui. Ou rien.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Le travail est une valeur.
- Speaker #1
C'est une valeur importante.
- Speaker #0
Si tu ne bosses pas, c'est compliqué. Un repas de famille, si tu ne travailles pas, si tu n'as rien à dire sur ton boulot, ça peut être difficile.
- Speaker #1
Ah oui, d'accord. Je crois qu'il y a beaucoup de familles comme ça. D'accord. Et donc, ta belle-mère ? Donc vous avez un rapport aujourd'hui qui est comment ? Tu le définirais comment, toi ?
- Speaker #0
C'est assez étrange parce qu'on n'est pas proches beaucoup. On ne s'appelle pas, on ne se donne pas des nouvelles par SMS. On se voit quand je suis là-bas.
- Speaker #1
Et là, tu y as passé beaucoup de temps, du coup.
- Speaker #0
Oui, du coup, on papote, on peut discuter. Ma belle-mère est très, très, très... Elle fera tout pour que je sois bien. Vraiment, là-dessus, je dirais qu'elle a beaucoup de respect pour moi. Je suis le premier, le fils de mon père, de son mari, et elle me donne une vraie place. Ça, c'est génial. Elle sait que je préfère la chambre d'en haut, donc ce sera toujours la chambre d'en haut. La dernière fois, j'ai été mis en bas parce qu'il y avait sa sœur qui était là. Ça m'a perturbée. J'ai vu que ça l'a déstabilisé, que je le verbalise. Et c'était que trois nuits. Et tout de suite, après, je suis repartie en haut. Mais ça l'a perturbée un peu que je n'ai pas la chambre que j'avais envie. Elle galère au niveau des repas parce que je ne mange pas de viande. Et elle fait beaucoup de plats en viande.
- Speaker #1
Elle fait beaucoup d'efforts pour toi. Elle est attentionnée, quoi.
- Speaker #0
Elle est très, très attentionnée. On peut discuter de son boulot, etc. Et j'ai depuis peu aussi créé un lien avec mes frères et sœurs qui a mis du temps à se créer.
- Speaker #1
Justement, c'était... Oui, j'allais te demander. Là ils ont quel âge du coup ? Tu disais 12 ans et ?
- Speaker #0
12, 11, 8 Donc ils ont grandi
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a changé en toi Tu penses Pour qu'aujourd'hui il y ait un lien entre vous ?
- Speaker #0
Quand ils étaient petits c'était pas évident Je savais pas comment faire Puis c'est pas facile les enfants De mon point de vue Pour toi c'est pas facile Non et puis 3 C'est du monde. C'est vrai que mon père dit que ce n'est pas les vacances et que pour lui, à son âge, les enfants lui permettent de ne pas vieillir. Je peux comprendre parce que... Non, effectivement, quand tu es là-bas, tu es dans l'instant présent. Tu n'as pas le choix. Tu es là. Tu n'as pas le temps de penser au passé ni au futur. Tu vis là leurs envies, leurs désirs, leurs crises.
- Speaker #1
Et ça, le vivre l'instant présent, c'est quelque chose que tu arrives à faire, toi ?
- Speaker #0
Ils m'aident beaucoup. Ils m'aident énormément et c'est pour ça que j'ai passé ces derniers temps du temps avec eux. Ça va de plus en plus, mais par exemple, l'été dernier, en fait, il me faisait du bien de me reconnecter à l'enfance, aux envies naturelles. Je veux aller à la piscine, je veux manger du chocolat, je veux aller voir ça au cinéma. Je choisis le film, je fais semblant qu'ils veulent aller au ciné, je choisis le film. Moi, j'aime passer un bon moment. Quand même. Donc,
- Speaker #1
tu dis, il te reconnecte à ton enfance ou il reconnecte à ce que t'aimes, toi, dans l'enfance ?
- Speaker #0
À la légèreté. Il y a un côté léger. J'aime bien être dans la chambre de ma petite sœur et lire Mortel Adèle sur le lit pendant qu'elle joue à la poupée. Moi, quand j'étais petit, je jouais beaucoup à la poupée. ce qu'on va dire ce qui est plutôt féminin c'est vrai que dans sa chambre à elle avec des châteaux des barbies je me sens un peu dans mon élément et il y a un truc où je souffle et quand je suis avec elle il y a un truc qui est hyper agréable que j'ai pas connu parce que finalement j'ai jamais connu de lien et là je crée ce lien parce que même si j'ai 38 ans et qu'elle en a 12 Ben, je peux rester très jeune. Je peux aimer les dessins animés, les conneries.
- Speaker #1
Tu penses que tu as un rapport de grand frère, même si toi, tu n'as pas eu de frère et sœur avant. Est-ce que tu crois que tu as ce rôle-là ou c'est une autre relation ?
- Speaker #0
Ah non, j'ai le sentiment. Parce que souvent, je leur dis, moi, vos conneries, je m'en fous. Je ne vais pas répéter à papa et... Je ne vais pas dire maman, mais c'est dans l'idée. Je ne vais pas répéter, franchement. Et c'est avec moi que la piscine, après c'est gâteau. Et je me souviens, là encore l'été dernier, non, à Noël dernier, on rentre et on va dans le magasin. Et en fait, moi je suis comme eux, c'est-à-dire que j'avais envie de me faire plaisir. Et j'ai ce côté un peu égoïste du fils unique. Donc, vu que moi ça ne me dérange pas que chacun ait son paquet, du coup chacun son paquet.
- Speaker #1
Ah oui, donc non, t'arrives pas à partager ?
- Speaker #0
C'est très dur.
- Speaker #1
C'est drôle. Oui, mais tu t'adaptes pour que ça fonctionne pour tout le monde. C'est une autre manière de faire. Bah oui, mais c'est aussi trouver une solution. Ça, c'est génial.
- Speaker #0
Chacun a son paquet. Surtout que eux, ce qu'ils aiment, c'est pas forcément ce que j'aime. Moi, je prends mes pitchs, là. Et eux, ils prennent autre chose. Par contre, je leur dis, c'est soit bonbons, soit gâteaux. Et je sais que je le fais, mais que c'est pas bien. que ma belle-mère, quand elle le voit, quand elle rentre et que tu as les paquets, elle s'est dit
- Speaker #1
« Ah ! » Oui, mais du coup, tu as ce côté grand frère avec qui on peut faire un peu la fiesta, s'amuser, avoir des gâteaux un petit peu par-ci, par-là, alors que normalement, on n'en a pas autant, etc. C'est un super rôle, ça, aussi, avec les enfants.
- Speaker #0
Oui, c'est faire des snaps aussi. On fait des snaps parce que du coup, on joue avec le téléphone. Ça paraît qu'ils n'ont pas le droit. Donc, il y a tous ces interdits. que le grand frère peut faire et moi ce que je leur dis vu qu'ils peuvent avoir tendance à ne pas dire les choses à leurs parents moi je leur dis juste dites moi les choses en fait ne me mentez pas moi je m'en fous je répète rien et
- Speaker #1
voilà même si c'est pas toujours vrai et je fais attention parce que c'est vrai que je parle forcément d'eux à mon père oui c'est super et puis t'es un adulte aussi donc tu parles plus spontanément t'analyses un peu leur comportement tu peux t'inquiéter pour eux aussi exactement
- Speaker #0
Parce que ma petite sœur vit un peu ce que j'ai vécu au collège.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
Alors, elle, elle vit une forme de racisme, quelque part. Là où moi, j'ai vécu une forme d'homophobie. Et on a un point commun là-dessus.
- Speaker #1
Donc, elle t'en parle beaucoup ?
- Speaker #0
Je dirais pas beaucoup, mais...
- Speaker #1
Je veux dire, comme une enfant peut en parler aussi, parce que... Mettre des mots sur le racisme à son âge,
- Speaker #0
c'est compliqué. Elle ne va pas dire racisme, elle le dit quand elle était en maternelle. C'est assez triste de se dire qu'elle a vécu ça.
- Speaker #1
De le conscientiser à son âge, c'est violent.
- Speaker #0
Mais là, c'est plus, je n'ai pas d'amis et je peux être seule le midi. C'est vraiment quelque chose que j'ai vécu et c'est très compliqué de répondre parce que vu que j'ai vécu cette exclusion, je n'ai pas vraiment de solution en fait. Parce que je l'ai subi et à part le subir, tout le collège... à vivre seul, manger seul le midi en dehors de la cantine, parce que c'était plus simple pour moi d'aller manger un sandwich en ville que d'être à la cantine. C'est vrai que ma petite sœur, quand elle me dit ça, ça me renvoie à quelque chose qui n'est pas forcément agréable et où je n'ai pas de réponse.
- Speaker #1
Tu n'as pas de réponse ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Est-ce que toi, tu en parlais à son âge ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Déjà, j'allais te dire... quelque chose d'énorme qu'elle te confie en fait, ça veut dire qu'elle arrive à mettre des mots dessus donc potentiellement elle va avancer peut-être plus ou tu vois, plus vite ou je sais pas mais en tout cas c'est déjà beaucoup d'écouter, enfin les réponses on les a pas forcément, ce serait génial mais on les a pas toujours, mais en tout cas d'être une oreille attentive et de dire oui oui je te comprends c'est déjà le principal.
- Speaker #0
Oui, c'est ça que je lui dis, j'ai vécu la même chose, je sais ce que tu vis et Et je fais attention de ne pas tomber dans du def perso, que je peux faire très facilement, qu'est-ce qui ne serait pas compris à une enfant de 12 ans. C'est-à-dire que lui dire que ça va passer, mais je ne peux pas lui dire, t'inquiète pas, ça fera ta force, c'est un cadeau caché. Non, évidemment, je ne peux pas dire ça.
- Speaker #1
Mais en fait, moi, j'ai la sensation qu'il t'apporte pas mal de lâcher prise, en fait, quand même.
- Speaker #0
Oui, et puis en fait, c'est un effet miroir. Mais c'est vrai qu'eux, à leur âge, je me retrouve... Parce que ma petite sœur a 12 ans, elle commence à être un peu... A avoir du caractère.
- Speaker #1
Ça doit bien vous lier, ça, non ?
- Speaker #0
On s'engueule des fois. Avec la télécommande. Mais tu te réveilles pour qui, là ? Eh oh, c'est moi le grand frère, c'est moi qui décide. C'est moi. Ou des fois, on regarde un film, on est tous ensemble. C'est un de mes moments préférés quand je suis en Bretagne. En général, je ne fais jamais rien de mes soirées. Je fais toujours en sorte quand je dois voir de la famille ou autre d'être rentré pour 19h30 ou si je mange avec ma mère je fais en sorte de rentrer pour 21 heures ma mère et couche tôt donc ça va et à 21 heures c'est le moment du film et on est tous dans les canapés à regarder un film souvent bien pourri on s'est fait tous les fast and furious l'été dernier que je n'avais jamais vu est en fait le fait d'être ensemble ça crée quelque chose que je n'ai pas connu je n'ai pas connu ça moi dans ma vie Et c'est de reconnecter à cet aspect familial et d'être très proche de mes frères et sœurs qui sont très câlins. J'en ai toujours un, deux qui peuvent être sur moi, voire pas la grande. Parce que la grande, justement, c'est si je dis quelque chose,
- Speaker #1
elle va faire « chut » .
- Speaker #0
Et ça va deux minutes, mais elle va le faire plein de fois si je dis quelque chose. Pourtant, je ne suis pas très bavard pendant le film. Et ça m'énerve. Et il y a une sorte de bataille d'égo entre nous deux. quelque part qui est en train de se dessiner.
- Speaker #1
Comme il y a entre frères et sœurs.
- Speaker #0
Exactement, sauf que j'ai 38 ans, alors la douze.
- Speaker #1
Ah bah ça, il n'y a pas d'âge. Tu sais, ça, tu le vois tout le temps. Même des gens qui ont 50 ans et qui sont frères et sœurs, ils ne s'adressent pas du tout de la même manière entre eux que vos autres. Ah bah oui, ça ne change pas. Ça ne change jamais, ça, je crois. Mais du coup, ça s'est créé sur le tard, dans une famille recomposée. Je trouve que c'est merveilleux comme histoire en fait. Oui. Et de le vivre un peu naturellement aussi parce que comme tu l'as dit, toi tu as été enfant unique, tu n'as pas d'enfants, tu n'as pas beaucoup d'amis qui ont des enfants non plus, donc ce n'est pas un truc que tu connais, juste l'enfance, les enfants à gérer, et que tu l'as fait à ton rythme et puis que là aujourd'hui tu vois que vous avez des connexions, vous pouvez faire des choses ensemble, eh bien on le fait et puis on lâche prise et puis on voit comment ça se passe.
- Speaker #0
et puis les années prochaines elles vont être super oui ça donne envie en fait de se lien créer ça donne envie de faire d'autres choses tout en sachant que tout ne sera pas simple et que c'est faire face aussi tout simplement à des êtres humains à la vie et à cette spontanéité qui n'est pas toujours facile à vivre quand on est un contrôlant de l'extrême mais qui m'aide comme tu disais à lâcher prise et à avancer
- Speaker #1
À vivre l'instant présent.
- Speaker #0
À vivre l'instant présent et à communiquer beaucoup avec mon père, puisque du coup, on crée ce lien aussi de beaucoup parler de ses ressentis, de ce qu'il vit, etc. Et également avec ma belle-mère. Donc, quelque part, ça crée quelque chose. Même fut un temps, j'aurais pu me dire, franchement, est-ce qu'on était nécessaire de faire trois enfants ? Aujourd'hui, je ne regrette pas, parce que c'est un peu les enfants que je n'ai pas. Non pas que j'ai envie d'avoir des enfants, mais ils représentent les enfants que je n'ai pas, que j'aurais pu avoir. Puisqu'encore une fois, ma belle-mère ayant le même âge que moi, à un an près, c'est clairement des enfants que j'aurais pu avoir.
- Speaker #1
C'est vrai que tu as cette ambivalence-là, en fait. Quand tu disais que ça fait miroir, oui, ça fait miroir aussi avec ta belle-mère vis-à-vis de vos âges. Tout fait un peu miroir, en fait, dans cette histoire. Vis-à-vis de tes frères et sœurs, ce que tu n'as pas vécu, c'est le fait d'avoir des frères et sœurs. Avec elles, d'avoir des enfants, tu n'as pas d'enfants. C'est fou comme la vie peut nous offrir d'autres manières d'être... Lié aux autres. Et on peut toujours apprendre à se connaître soi plus tard. Tu as 38 ans, 38 ans. Heureusement qu'à 38 ans, on se découvre encore un peu. Sinon, ça serait chiant quand même.
- Speaker #0
L'année dernière, il y a deux ans, ma belle-mère a eu son diplôme d'aide-soignante. Mon père travaillait, n'avait donc pas le temps. C'est moi qui l'ai accompagné pour la remise de diplôme avec les enfants. C'était malaisant. Parce qu'à un moment donné, j'ai senti que dans les gens qui étaient là, qui venaient la voir, ils ne savaient pas si j'étais le mari ou quelqu'un d'autre.
- Speaker #1
Est-ce que tu l'as vraiment vécu ou est-ce que c'est ce que toi tu t'es un peu projeté ? Je pose toujours cette question parce que tu sais, on dit je l'ai vu un peu dans les yeux, dans le regard de l'autre. En fait, c'est peut-être simplement ce que toi tu t'es un peu imaginé et du coup, tu analyses le truc.
- Speaker #0
la projection en fait la projection est faite du fait qu'on est le même âge et qu'il y a des enfants métis ah bah oui ça match le papier ça match t'as raison c'est sûr et ça je le dis là parce qu'on a été confronté aux gens et que avant qu'elles disent c'est mon beau-fils effectivement j'étais un peu mal à l'aise mais ça arrive si on peut faire des courses ensemble alors c'est très très très très rare mais les moments où on se retrouve à trois c'est vrai que ça peut toujours être un peu ... Moi, je projette une confusion de la part des gens.
- Speaker #1
Oui, c'est normal. Et là, ils ont l'âge qu'ils ont. Il y a aussi peut-être que le lien se fera quand ils viendront te voir, toi. Parce que là, tu dis beaucoup, je vais en Bretagne. Et c'est pour le moment, toi, qui fais ce mouvement-là. Et peut-être qu'eux, avec l'adolescence, ou le fait de vouloir venir à Paris, etc. Peut-être qu'il y aura un autre lien encore différent à ce moment-là qui va être aussi... J'aurais plein de choses à leur apporter quoi tu vois
- Speaker #0
Moi, j'aimerais bien créer un lien complice. C'est vrai que dans mon idéal, en tout cas, ce serait un lien complice. C'est pour ça que même si elle m'agace beaucoup, ma plus grande sœur, parce qu'elle rentre dans l'adolescence à 12 ans.
- Speaker #1
Je crois que ça ne va pas s'arranger dans les prochaines années.
- Speaker #0
Je sais aussi que j'essaie de garder un lien très complice pour qu'elle puisse me dire les choses et qu'on puisse tout se dire sans jugement.
- Speaker #1
Ce n'est pas toi qu'elle attaque. Parfois, c'est difficile, je pense, avec les ados. peut-être,
- Speaker #0
je ne dirais pas que j'ai pas d'enfant pour le dire mais je crois qu'on se sent peut-être attaqué personnellement alors qu'en fait ils ont bien d'autres préoccupations ça m'a rassuré quand j'ai vu qu'elle faisait ça avec mon père aussi je me suis dit en fait finalement mon père il peut à peine prendre un paquet de chocolat et faire du bruit que ça va elle filme en plus de film elle est hyper fort on n'entend rien bon bah c'est une belle manière je crois de terminer cette conversation
- Speaker #1
Ça fait déjà une heure qu'on parle, en fait. Il me disait combien de temps ça va durer, combien de temps ça va durer. Merci beaucoup. C'était une conversation merveilleuse, pleine d'infos aussi, pleine d'anecdotes croustillantes que je n'oublierai pas. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi, Stan.
- Speaker #0
Je te remercie de m'avoir invitée et d'avoir replongé dans un thème qui, pour moi, n'est pas évident. Et je trouve que tu apportes une safe place pour parler d'un sujet. qui mérite que ça prenne place quelque part parce qu'en fait ça touche tout le monde donc merci pour ça merci Stan salut