- Speaker #0
« Prof et pédago, on en apprend tous les jours ! »
- Speaker #1
Salut les collègues, c'est Arnold, prof et pédago. Bienvenue dans ce podcast qui vous aide à lire une circulaire ministérielle sans avoir besoin d'un décodeur et de trois cafés serrés. Aujourd'hui, on parle du feuilleton de l'été, le téléphone portable interdit au lycée dès cette rentrée.
- Speaker #2
Par Jupiter, est-ce que les gens peuvent être désagréables ? Que voulez-vous ?
- Speaker #3
Le laisser passer à 38.
- Speaker #2
Vous avez le formulaire bleu ?
- Speaker #3
Le formulaire bleu ? Non.
- Speaker #2
Alors comment voulez-vous obtenir le laisser passer à 38 ?
- Speaker #3
Et où trouverais-je le formulaire bleu ?
- Speaker #2
Guichet 1.
- Speaker #3
Mais j'en viens.
- Speaker #1
La question n'est pas de savoir si c'est une bonne idée. Sincèrement, que les élèves lâchent l'écran pendant les cours, même eux n'y voient pas un scandale absolu. La vraie question, c'est comment on nous demande de l'appliquer. Et là, mes amis, bienvenue à la maison qui rend fou.
- Speaker #0
Le laissez-passer à 38 ! Adressez-vous au guichet 1, boulevard de Gaulle,
- Speaker #1
dernière porte à droite. On connaît tous ce sketch, deux Gaulois entrent dans un bâtiment administratif pour un simple papier, le fameux laissez-passer à 38. Guichet 1, on les envoie au guichet 12, guichet 12, on les envoie au guichet 1. Personne n'est méchant, chacun applique son règlement à la lettre. Et pourtant, au bout de la journée, tout le monde est devenu fou. Remplacer le laisser-passer à 38 par Comment on confisque un smartphone à un élève de terminale sans se faire filmer, dénoncer sur les réseaux et convoquer par l'inspection le lendemain. Et vous avez presque mot pour mot la rentrée qui attend nos collègues de lycée. Parce qu'au collège, on a déjà fait le test. Grandeur nature avec portable en pause. Bilan, dès cette rentrée-là, 9% des collèges l'ont vraiment mis en place à la rentrée 2025. 9, 9% hein ? Deux tiers ont dit non merci, un quart attend encore les instructions. C'est pas un fiasco parce que l'idée était mauvaise, c'est un fiasco parce qu'on a demandé aux équipes de construire la maison qui rend fou en deux mois. Sans plan. Sans budget, sans la clé du guichet 12. Pourquoi c'est important d'en parler avant la rentrée plutôt qu'en salle des profs le 3 septembre ? Ambiance déjà tendue en attendant les emplois du temps. Parce qu'on a maintenant un texte. La circulaire du 2 juillet 2026 qui s'appuie sur l'article L511-5 du code de l'éducation. En attendant qu'une proposition de loi vienne solidifier tout ça. Sur le papier c'est simple, plus de téléphone ni d'objet connecté pendant les activités scolaires dans l'établissement. Sauf que le guichet 12 réapparaît. Le règlement intérieur doit d'abord passer devant le conseil de la vie lycéenne, puis être validé en conseil d'administration. Et il y a des exceptions. Usage pédagogique, nécessité administrative, au CDI, à la cantine, à l'internat, des raisons médicales. Sur le papier, c'est cohérent. Sur le terrain, un maquis que chaque adulte doit connaître par cœur, sous peine de devenir soit le tyran qui confisque en pleine pause médicale, Merci. Soit le laxiste qui laisse filer un usage pédagogique qui n'a de pédagogique que le nom. Premier guichet, le casier ou la pochette scellée. Sur le papier, c'est génial. Dans la vraie vie, les élèves les plus motivés déposent gentiment un vieux téléphone hors service qui traîne dans un tiroir et garde le vrai dans la poche arrière. Le dispositif ne rate pas faute de cadenas. Il marche quand il y a un vrai rituel collectif accepté. Pas un objet qu'on pose sur une étagère en maugriant. Leçon pour le lycée, arrêtez de débattre du modèle de pochette, le sujet ce n'est pas le contenant, c'est l'adhésion. Un dispositif accepté par des élèves associés à sa conception fonctionne. Un dispositif imposé d'en haut aussi solide soit le cadenas se contourne en deux jours.
- Speaker #4
Allô, SOS Détresse Amitié, bonjour, je vous écoute.
- Speaker #1
Et si vous voulez des prévisions sur ce fameux protocole, bon courage. Vous appelez le rectorat ou la DSDEN et on vous répond avec le même allant professionnel que la standardiste de SOS Détresse Amitié un soir de réveillon. Poliment, chaleureusement et sans jamais vraiment répondre à la question posée. Deuxième guichet, le temps. Au collège, la circulaire officialisant la généralisation est tombée le... 10 juillet pour une application à la rentrée de septembre. A peine deux mois pour équiper, former les surveillants, informer les familles. Résultat, dans les mots même de chef d'établissement, on n'a pas les moyens de s'adapter. Pas par mauvaise volonté, juste parce qu'on ne construit pas un protocole solide en deux mois. Pour le lycée, le calage est identique. Circulaire début juillet, application en septembre, avec des effectifs plus lourds, des bâtiments éclatés et des majeurs au rapport à l'autorité plus affirmée. Si l'équipe de direction attend la pré-rentrée pour improviser, la partie est perdue avant même la sonnerie.
- Speaker #3
d'une simple formalité administrative.
- Speaker #5
C'est ça, une formalité administrative. Vous devez demander le laisser passer à 38.
- Speaker #1
Troisième guichet, celui qui rend vraiment fou, la concertation oubliée. Là où ça a fonctionné au collège, climat scolaire amélioré, plus de 80% de soutien des familles dans certains établissements, c'est là où les élèves et les parents ont été associés dès la conception, pas juste informés par une note collée sur la porte. Pour le lycée, la loi prévoit justement ce garde-fou. Consultation obligatoire du CVL avant le passage en conseil d'administration. C'est une chance, pas une formalité administrative de plus. Un CVL consulté sérieusement avec du tempo à en débattre, ce n'est pas un guichet douce qui vous renvoie au guichet 1. C'est la seule sortie de la maison qui rend fou. Alors concrètement, avant la pré-rentrée, trois choses. 1. On associe le CVL et les délégués d'élèves à la rédaction du protocole. pas seulement à sa validation. La loi vous en donne le prétexte. Utilisez-le vraiment. 2. On arrête d'investir son énergie dans le boîtier et on la met dans le rituel quotidien et la clarté des exceptions. Écrite noir sur blanc, connue de tous. 3. On refuse d'improviser en 48 heures ce qui demande un trimestre. Mieux vaut une mise en œuvre progressive qu'une généralisation bâclée qui s'effondre à la rentrée. Et si en salle des profs, ou au bout du fil, un collègue vous demande où en est le protocole du lycée voisin ? Ne lui répondez pas avec l'enthousiasme poli du standard de SOS détresse-amitié.
- Speaker #4
Allô, SOS détresse-amitié, bonjour, je vous écoute.
- Speaker #1
Répondez vraiment. C'est toute la différence entre appliquer un texte et le faire vivre. Le téléphone interdit en classe, très sincèrement, ce n'est pas le sujet qui devrait vous empêcher de dormir. Le sujet, c'est qu'on ne vous refasse pas le coup du laisser-passer à 38. Une bonne idée ? transformé en cauchemar administratif par manque de méthode. Cette fois, le formulaire, préparez-le vous-même en amont avec les élèves. Comme ça, personne n'a besoin de hurler. Le laisser passer ! Allez, avant d'aller vérifier si votre propre téléphone a survécu à la panique de la rentrée dans le fond de votre sac, faites-moi plaisir. Si cet épisode vous évite de reproduire les erreurs du collège, likez-moi, abonnez-vous. Partagez ce podcast aux collègues qui vont gérer ce dossier dès l'après-rentrée. C'est ça qui me fait vivre. Prof un jour, pédago toujours.