Speaker #0Hello vous, moi c'est Marie, future psy. Bienvenue dans Psycho Pop, le podcast, une pause et un podcast. Dans Psycho Pop, deux fois par mois, on plonge ensemble dans des sujets universels. Amour, travail, parentalité, légitimité. On prend une pause, on se donne des tips de vie ou de survie, et on sait qu'on est dans le même bateau. On va aussi débuguer des grands mythes de la psycho et répondre à des questions bizarres, tu verras. Une fois tous les trois épisodes, il y aura aussi une surprise pop. Je poserai des questions à quelqu'un que tout le monde connaît. mais qui n'existent pas vraiment intéressés. Alors viens te poser par ici, ça va commencer. Hello vous ! Bienvenue dans l'épisode 2 de Psycho Pop. Alors je vous avais dit dans l'épisode 1 que j'allais vous raconter pourquoi j'ai relié maternité et légitimité. Pour être honnête, je voulais commencer directement par un épisode sur la parentalité, mais finalement j'ai vraiment eu besoin de passer par la question de la légitimité d'abord, comme c'est intéressant. J'imaginais... pas faire autrement pour deux raisons. La première, c'est que bien que je me sache privilégiée, je n'ai pas vraiment pris certaines places jusqu'ici parce que je ne me sentais pas légitime pour les prendre. Et la deuxième, c'est que cette question de la place, ça a notamment concerné le rôle de mère pour ma part. Parce que oui, avant d'être mère, je me suis demandé si j'en étais capable. Pendant des années, j'ai dit que je ne voulais pas d'enfant, mais en réalité, c'est parce que je me disais que je ne pouvais pas bien faire les choses. Et donc... avant d'être mère, je me disais, est-ce que je vais être une bonne mère ? Est-ce que je vais savoir faire ? Est-ce que c'est possible pour moi d'être une bonne mère ? Comme si la maternité, c'était une place qu'on devait mériter et comme s'il fallait encore une fois cocher toutes les cases et être parfaite avant même de se lancer. Encore une fois, je croyais qu'il fallait que je sois parfaite avant d'agir alors qu'en réalité, c'est quand même pas mal en faisant qu'on devient compétent et compétente et la maternité est très loin de faire exception. Et surtout, il n'y a pas de diplôme de bonne mère. Tiens donc, on revient encore à cette espèce de code de validation, cette espèce d'étape qui m'aurait donné le droit d'exercer en tant que mère. Parce que c'est vrai qu'avant d'être parent, il n'y a pas d'examen d'entrée, il n'y a pas de certification qui vous dit « Ok, c'est bon, t'es prête, tu ne vas pas rater cette expérience, tu ne vas pas rater ta parentalité. » Il n'y a aucun titre officiel qui va vous valider aux yeux du monde. Il n'y a que vous, avec votre histoire, vos valeurs, vos doutes et tout votre amour dans l'idée. Et pourtant, cette conception selon laquelle il faudrait être prêt ou prête à 100% avant même d'avoir un enfant, elle est profondément ancrée dans nos imaginaires. Alors je ne dis pas, je vous avoue que moi j'étais assez contente d'avoir un enfant à un moment de ma vie où j'avais un petit peu plus d'argent que d'habitude, à un moment où je me sentais plutôt pas trop mal professionnellement, et à un moment où j'étais avec une personne qui m'épaule et qui me comprend et que je trouve solide. Sans parler du fait que je me sentais quand même plus solide qu'il y a 15 ans. Ça, c'est d'autres critères qui nous font nous sentir prêts ou prêtes à accueillir un enfant de façon très concrète dans nos vies. Ça, c'est encore une autre question. D'ailleurs, c'est des critères qui sont tout à fait personnels et propres à chacun et à chacune, je le rappelle. Donc, le but de cet épisode, là, ça va être de se pencher sur le besoin que j'ai eu personnellement et dont d'autres femmes m'ont aussi parlé, de me sentir parfaite et aboutie. avant de pouvoir m'autoriser à avoir un enfant. Et quand bien même j'avais coché toutes ces cases qui pour moi me disaient que j'étais prête, c'est-à-dire de me sentir un peu plus équilibrée, d'avoir un petit peu d'argent, d'apprécier le moment de ma carrière professionnelle et pour moi d'être avec quelqu'un qui me soutienne, même alors je me disais que je n'allais pas forcément y arriver, que je n'allais pas cocher certaines cases. Donc, Comme vous savez, on va commencer par faire un petit détour par la psychologie, un peu de sociologie. C'est parti ! Donc si je vous dis « bonne mère » , vous pensez à quoi ? Bon, au-delà de la petite référence à la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille, qu'on appelle la bonne mère, peut-être que... Vous allez visualiser une maman douce, patiente, aimante, mais aussi hyper souriante, toujours épanouie et heureuse d'accueillir la vie et de l'aider à grandir et à s'élever. Ce modèle ne vient évidemment pas de nulle part, il est aussi construit par notre histoire, notre culture et puis la société au sens large, même si je n'aime pas trop cette expression. En France, la maternité, on considère que c'est une affaire d'état depuis assez longtemps. puisque dès le début du XXe siècle, la politique nataliste va encourager les femmes à avoir des enfants pour soutenir la nation. On va avoir aussi au début du XXe siècle le corps médical qui va apporter sa vision de la maternité. Alors on sait en France qu'aujourd'hui on a un bien meilleur taux de survie des mères et des bébés qu'au début du XXe siècle. On a 143 bébés sur 1000 qui ne passaient pas leur première année. Aujourd'hui on est à 3,7 pour 1000 selon l'INSEE. C'est évidemment un progrès énorme. Même chose pour les mères, vous avez la mortalité maternelle qui a chuté drastiquement entre 2016 et 2018. On comptait 8. 8,5 décès pour 100 000 naissances vivantes. Alors bien sûr, c'est encore beaucoup, mais on est loin de l'époque où accoucher représentait un risque énorme de vie ou de mort. Le risque existe encore, mais c'est un risque qui est beaucoup moins élevé qu'au début du XXe siècle. On va avoir un article de Mariette Denne qui date de 2015, qui va examiner notamment l'influence croissante des médecins sur la maternité en France au début du XXe siècle. Dans son article, Mariette Denne analyse comment la profession médicale... a contribué à médicaliser la grossesse et l'éducation des enfants en établissant des normes très strictes pour les mères notamment. Cette médicalisation, elle a renforcé une vision très normative de la maternité où les femmes étaient encouragées, voire contraintes, à suivre des directives médicales précises qui vont limiter leur autonomie dans les choix parentaux et donc faire une sorte de tri entre les bons et les mauvais choix. Attention, donc là je cite un article qui est ce qu'il est. qui m'intéresse parce qu'on voit ici l'irruption de la médicalisation dans le parcours maternel. Je ne peux pas critiquer cette façon de faire dans la mesure où je suis consciente du poids de la médicalisation dans mon propre accouchement. C'est quelque chose que je raconterai dans un autre épisode, mais c'est vrai que mon accouchement, à moi, il a été déclenché. J'ai eu un diabète gestationnel qui a été traité sous insuline. Je ne sais pas ce qu'il serait advenu de ma maternité. sans l'intervention du médical dans ma grossesse et dans mon accouchement. C'est une petite parenthèse. Mais je trouve que la question mérite d'être posée. Et cette intervention du médical dans la grossesse et dans la maternité, elle est à double tranchant et elle contient à la fois des informations importantes comme l'augmentation du taux de survie, tout simplement mère-enfant. Et elle contient aussi une part de dépossession, effectivement. En tout cas, plusieurs femmes de mon entourage m'en ont parlé. de nos accouchements et de notre maternité. Voilà, ça peut agir sur notre impression d'être bonne ou mauvaise, par exemple. Y compris dans la grossesse. Je pense à des jugements, par exemple, sur notre poids pendant la grossesse. Voilà, on y reviendra, notamment pendant une interview. Pour continuer sur ce petit point sociologique, aujourd'hui, on a une maternité qui reste quand même très encadrée par des injonctions. On a les concepts aux Etats-Unis de Intensive Motherhood, un concept qui est développé par Sharon Hayes, qui va imposer aux mères d'être à la fois disponibles et ambitieuses. Et en parallèle, un concept qui s'appelle le Néolibéral Motherhood, qui pousse les femmes à gérer non seulement l'éducation des enfants, mais aussi leur carrière et leur charge mentale. Et c'est une logique très emprisonnante, où chaque mère va devenir seule responsable de son succès ou de son échec. Et pour finir avec le point science humaine, vous vous souvenez du premier confinement ? revêtues des conséquences différentes pour chacun et chacune d'entre nous, mais pour beaucoup de gens, ça a signifié télétravail, école à la maison, une charge mentale qui a explosé, et les mères ont souvent pris ça en charge. Dans un article qui s'appelle « Neolibéral motherhood during the pandemic » , on a Irem Günevram, je ne sais pas comment le prononcer, son nom est turc-allemand. Elle explique comment la pandémie a mis les mères face à un paradoxe assez cruel. D'un côté, on leur demandait d'être des pros ultra efficaces en télétravail, et de l'autre, il fallait aussi qu'elles soient mères, qu'elles soient disponibles H24, souvent sans aide, sans structure, et bien sûr, souvent sans reconnaissance. Ce qu'elle a montré dans son article, c'est que même en pleine crise, on a cette idéologie du « neoliberal motherhood » qui n'a pas bougé d'un poil. C'est un modèle qui va donc pousser les mères à penser qu'elles doivent quand même tout gérer seules et être performantes partout. et à culpabiliser aussi si elles n'y arrivent pas. Et pour finir sur cette idée de figure maternelle en Occident, parce que pour l'instant je me penche principalement sur la France et l'Occident. La figure maternelle en Occident a quand même aussi été façonnée par des représentations religieuses et sociales où la mère va être perçue comme une figure de dévouement total. On a donc la Vierge Marie qui est l'incarnation absolue de cette maternité idéalisée qui est douce, aimante, disponible. vierge de surcroît et surtout totalement tournée vers son enfant. Je ne vous raconte pas le petit bonus supplémentaire quand on s'appelle Marie. Voilà ! Et donc vous avez cette vision qui a été renforcée à partir du XIXe siècle avec la montée de la bourgeoisie et des valeurs familiales assez patriarcales. Donc la bonne mère. À cette période-là, c'est celle qui reste à la maison, qui élève ses enfants avec patience et bienveillance et qui fait passer leur bien-être avant tout. Et encore aujourd'hui, tout de même, même si on a une vraie mutation de la structure familiale, on a un modèle qui continue à peser dans les consciences, qu'il faut être une mère impliquée et investie et ne pas montrer de faille. Voilà, on a fait le tour des attentes assez irréalistes qu'on va s'imposer en tant que mère. qu'on va peut-être aussi nous imposer, ou en tout cas, on va récolter les fruits de centaines d'années d'images et de clichés. Et on voit aujourd'hui émerger d'autres types de maternités, d'autres types d'images de familles, qui vont un peu faire bouger ces lignes-là, même si le soutien social n'est pas encore idéal, et qu'aujourd'hui, dans notre société occidentale, ce n'est pas encore ça, je trouve. Voilà, pour faire un petit point un petit peu plus. personnel avant de boucler cet épisode. Voilà ce que ça m'a apporté de faire ces quelques recherches. Ça m'a apporté de comprendre en partie pourquoi je voulais être aussi parfaite, parce que je ne me donnais pas le droit à l'erreur. Et en fait, les conseils non sollicités, par exemple, c'est très difficile de comprendre comment on les reçoit quand on n'est pas parent ou qu'on n'est pas susceptible. Parce que parfois, c'est du bon sens. Tu ne trouves pas qu'il a l'air d'avoir chaud, etc. Et ça va aller se nicher dans des coins où on se sent prise en faute, par exemple. En revanche, ce qui est très positif pour moi dans l'expérience de la maternité, c'est qu'à la naissance de mon fils, je ne me suis pas reconnue. Et ça, je vais en parler dans le prochain épisode. Je me suis trouvée totalement transformée parce que je n'avais plus d'énergie que pour me focaliser dans un premier temps sur la survie de mon bébé et la mienne. que je n'avais pas de temps à consacrer à des choses qui étaient pour moi devenues annexes. Je suis devenue une maman Louvre et j'ai été la première étonnée de cette transformation parce que je ne suis pas quelqu'un qui assume son côté Louvre facilement. En tout cas, pas dans les situations sociales dans lesquelles mon côté Louvre a pu s'exprimer. Ça a été très marquant pour moi et très impressionnant à vivre, mais ça m'a aussi permis, entre autres, de passer à l'action sur beaucoup de projets, cette espèce d'énergie très puissante. notamment sur le fait d'enregistrer ce podcast que vous écoutez aujourd'hui. Parce que ça m'a permis aussi d'avoir ce regain de puissance et d'énergie sur certains projets. Je pense que je me serais penchée sur la question du podcast tôt ou tard parce que ça me passionnait, mais clairement pas sous cette forme et clairement pas avec ce type d'énergie. Pour boucler la boucle, je dirais que justement, la maternité m'a donné, malgré moi, une sensation de légitimité pour... pour parler, pour m'exprimer ou pour échanger sur certains sujets, une sensation de légitimité jamais éprouvée auparavant. Je ne dis pas que je ne doute plus, puisque je suis quelqu'un qui avance au doute. C'est presque un carburant à certains moments pour moi, même si c'est épuisant. Mais c'est vrai que ça m'a donné une certaine solidité et une certaine assise sur certains plans que je ne soupçonnais pas. Comme quoi vraiment, il me semble que le passage à l'action, quelle que soit la façon dont les choses se passent, est toujours... une bonne idée, dans la mesure où on se sent prêt ou prête à le faire et qu'il y a ce petit feu intérieur qui nous pousse à le faire. Ce sujet en particulier sera développé dans les deux prochains épisodes de Psycho Pop. Voilà, l'épisode 2 de Psycho Pop touche à sa fin. Merci beaucoup de l'avoir écouté. Si vous avez aimé cette pause podcast, je vous invite à me suivre sur les réseaux Marie Futur Psy et à laisser un commentaire. et quelques étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée, c'est toujours très cool. Je vous dis à très vite pour le prochain épisode de Psycho Pop, le podcast. Une pause et un podcast.