- Speaker #0
Hello vous, moi c'est Marie, future psy. Bienvenue dans Psycho Pop, le podcast, une pause et un podcast. Dans Psycho Pop, deux fois par mois, on plonge ensemble dans des sujets universels. Amour, travail, parentalité, légitimité. On prend une pause, on se donne des tips de vie ou de survie, et on sait qu'on est dans le même bateau. On va aussi débuguer des grands mythes de la psycho et répondre à des questions bizarres, tu verras. Une fois tous les trois épisodes, il y aura aussi une surprise pop. Je poserai des questions à quelqu'un que tout le monde connaît, mais qui n'existe pas vraiment intéressé. Alors viens te poser par ici, ça va commencer. Hello Laetitia, déjà merci beaucoup de répondre à mes questions dans PsychoPop. Ma première question, ce serait de savoir ce qui t'a conduit vers ce métier. Et à tes débuts, si t'avais une idée précise de ce que ça signifiait être psychologue, est-ce que tu l'as découvert petit à petit en pratiquant ?
- Speaker #1
Coucou Marie, je suis ravie de pouvoir échanger avec toi dans PsychoPop. Merci beaucoup pour cette invitation. et avec plaisir pour commencer par un petit retour dans le passé. Alors le moment où je me lance dans des études de psychologie, je ne suis pas du tout sûre de moi dans le sens où j'étais quelqu'un de très peu sociable au lycée et de très introvertie. J'avais beaucoup de mal à échanger avec les autres et avec les professeurs de manière générale. Et ma prof principale en terminale... m'avait fait comprendre, quand j'avais émis ce souhait d'orientation, qu'il fallait aimer les gens pour être psychologue. Donc je l'avais très mal pris, évidemment. Mais à l'époque, de par la personnalité en tout cas que j'avais, elle ne me voyait pas du tout psychologue, pas du tout dans le relationnel. Donc petite dédicace à elle, Madame Arnaud, si jamais tu nous écoutes. Je suis bien devenue psychologue. Et je pense, en fait, au moment où en L1, en psychologie, Oui. énormément de monde et en fait on n'a pas du tout idée. Je pense qu'à ce moment-là, personne ne se représente vraiment ce que c'est concrètement. J'ai commencé à me représenter ce que c'était quand j'ai commencé à faire des stages, c'est-à-dire en L3, troisième année. J'ai fait un premier stage dans un service de neurologie parce que je connaissais quelqu'un qui y était. Mais pour moi, la voile s'est vraiment dessinée en Master 1, quand j'ai fait mon premier stage en XAPA. en centre de soins, d'accompagnement, de prévention en addictologie. À ce moment-là, je me suis vraiment sentie à ma place. Pas encore totalement à l'aise ni légitime, mais je me suis dit que j'avais envie de travailler en addictologie et que le public m'intéressait beaucoup. J'ai eu une grande liberté aussi pendant ce stage. J'ai pu proposer des ateliers. J'ai pu avoir mes premiers suivis individuels. J'avais vraiment un tuteur de stage qui m'a fait confiance. Et honnêtement, ça a vraiment fait toute la différence. Et après, j'ai continué. J'ai fait d'autres stages en addicto, en master. Et ça a été vraiment très formateur. J'ai fait aussi un stage à la clinique de Labord, qui est une clinique de psychothérapie institutionnelle, où le fonctionnement est vraiment particulier. En fait, j'ai fait un stage d'un mois là-bas. et du coup, Du coup, on vit vraiment au sens propre, sur place. On est hébergé dans une aile de la clinique avec d'autres stagiaires. Et du coup, on est vraiment dans le quotidien avec les patients. Et ça aussi, en termes de relationnel, ça a été un vrai challenge. Et voilà, on n'est pas que dans les entretiens, on est aussi dans de l'informel, en fait. Et c'est tout aussi riche par rapport aux études de psychologie, en fait. Peut-être le conseil qui me vient et que j'aurais aimé qu'on me donne à l'époque, c'est que... justement sur cette histoire de relationnel. En tant que psychologue, notre premier outil, c'est nous-mêmes. Il y a beaucoup de théories, de courants, d'approches, de concepts, et c'est indispensable pour comprendre la psyché humaine. Mais au cours des études, des cinq ans d'études, je trouve qu'on ne nous prépare pas du tout à accueillir ce que les autres peuvent nous dire, à travailler sur soi pour pouvoir aider correctement les autres. Et du coup, on ne nous oblige pas forcément à avoir un suivi psychothérapeutique, tu vois, alors que ça devrait être une condition, en fait, pour moi, à l'obtention du diplôme. Parce que je trouve que si tu n'as déjà pas fait ce travail-là sur toi-même, en fait, je trouve que c'est délicat d'aller proposer ça aux autres. Mais voilà, ça, c'est vraiment mon avis subjectif. Oui, je trouve qu'il y a... Et justement, sur cette question de la légitimité, en fait, je pense que c'est à ce niveau-là que ça se joue. c'est qu'au bout des 5 ans Tu arrives dans un milieu professionnel où tu dois être en capacité d'accompagner les gens. C'est quand même hyper lourd en fait, comme métier et comme responsabilité. Il y a quand même des personnes en face de toi, donc je pense que ça peut être pressurisant en fait. Et en termes de légitimité, au bout des cinq ans, même si tu as fait des stages, tu te dis mais... Est-ce que je vais être en mesure, en fait, concrètement, de proposer quelque chose aux personnes qui va les amener vers un mieux-être ? Moi, cette légitimité-là, comme beaucoup d'autres personnes, du coup, je l'ai eue avec les années d'expérience, en fait, les années vraiment professionnelles, où, voilà, au bout d'un certain nombre de suivis et d'années en institution, je me suis sentie plus légitime, plus formée, avec plus d'outils. Mais en sortant de la fac, clairement... C'est vraiment un moment délicat, et à ce moment-là, c'est vrai que t'es un peu tout seul quand même. Et maintenant, j'ai l'impression qu'il y a plus en plus de psy qui, en sortant des études, s'installent directement en libéral. Et je trouve que c'est... J'irais pas dire que c'est moins bien, parce que l'institution et le libéral, c'est très différent, et pour moi, c'est complémentaire. Mais du coup, tu t'installes, tu es tout seul, et... tu n'as pas ce travail pluridisciplinaire que tu peux avoir en équipe et qui est vachement formateur, en tout cas au début, en tout cas ça l'a été pour moi. Et je trouve qu'en termes de légitimité, encore une fois, pour revenir à cette histoire, le côté équipe et le côté partage-échange, ça t'aide aussi à te sentir intégrée et pas juste avec toi-même.
- Speaker #0
Je me disais qu'entre ton travail en institution, en libéral, plus l'écriture, plus les réseaux, tu jongles avec plusieurs formes de transmission et d'échange. Est-ce que ton regard sur ta pratique a évolué ? grâce à ces différents espaces de partage dans lesquels tu évolues.
- Speaker #1
Les réseaux sociaux, ça m'a permis aussi d'envisager mon métier peut-être sous un angle plus large et plus collectif que ce que j'avais imaginé jusqu'à maintenant, dans le sens où quand des psychologues et d'autant plus en libéral, moi j'ai un peu cette double casquette d'être psychologue salarié, psychologue en libéral. Mais quand tu es dans ton activité libérale, tu es seule. Et même si, dans le meilleur des cas, tu peux avoir un petit réseau de partenaires et de confrères, tu ne vas pas forcément aller chercher des gens pour développer des projets divers et variés. Et je trouve qu'Instagram, ça permet vraiment ça. Je parlais du podcast avec toi. J'ai rencontré une autre personne qui organise des cafés psychos à Paris. avec qui on réfléchit pour amener la question de la dicto dans ces événements-là. En fait, c'est vraiment un champ d'action beaucoup plus large que ce que je peux faire moi dans ma pratique auprès des personnes, des usagers, des patients. Et c'est hyper complémentaire, je trouve, le fait de proposer des soins, mais aussi ce côté aller vers. et amener de la psychoéducation, proposer des champs de réflexion dans le débat public, là où ça manque un peu, et puis se faire rencontrer les gens, tout simplement, parce que c'est des sujets qui nous touchent tous, des sujets existentiels, des sujets émotionnels. Donc je pense que c'est important de se retrouver autour de ça, et c'est pour ça que je soutiens vraiment les gens qui prennent ce type d'initiative.
- Speaker #0
Alors toi, tu es présente sur Instagram. Je t'y ai découverte grâce à un partage de Sabrina, donc mes livres, mes voyages. Tu y abordes des sujets hyper complexes avec beaucoup de bienveillance et beaucoup de clarté. Je voulais savoir ce qui t'avait poussé à prendre la parole sur les réseaux, si tu étais familière des réseaux à la base et comment est-ce que tu vivais cette exposition ?
- Speaker #1
J'ai créé mon compte Instagram Lalopsi il y a maintenant plus d'un an. Ce qui m'a poussé à créer ce compte, c'est vraiment la promotion de mon livre Humanité. Clairement, c'était mon intention. Première, j'ai fait l'impasse pendant très longtemps sur les nouvelles technologies, les réseaux sociaux de manière générale. Pour te donner un exemple, il n'y a pas encore si longtemps, je n'avais pas de smartphone, j'avais un téléphone, un Blackberry que mes amis appelaient la brique. Sans internet, je n'étais pas du tout aux réseaux sociaux. Et quand j'ai décidé de sortir Humanité en auto-édition, je me suis dit que je pouvais... pas forcément me permettre de faire sans réseaux sociaux, dans le sens où la communication, la visibilité en auto-édition, elle est quand même assez réduite, et c'est se priver d'un outil, d'un outil quand même essentiel maintenant. Donc je me suis lancée, je gère bien l'exposition, dans le sens où j'essaye de faire attention à ne pas y passer trop de temps, et à poster aussi ce dont moi j'ai envie, pas ce que me préconise l'algorithme ou ce que attendent les gens. Tu vois, par exemple, j'ai du contenu assez varié dans le sens où je peux très bien poster de la poésie, des retours de lecture, des réels psychos sur la dicto, des retours de lecteurs ou d'événements en lien avec mon livre. Je trouve que c'est bien d'avoir un conte éclectique qui te ressemble, donc je ne me mets pas pas la pression sur la cohérence du contenu et je me dis que toutes ces choses peuvent aussi intéresser les gens. Donc voilà, je suis plutôt contente de l'usage que j'en fais, d'autant que j'ai quand même fait de belles rencontres grâce à Instagram et aussi des rencontres qui vont me permettre de faire de nouveaux projets en lien ou pas avec le livre, mais comme la rencontre avec toi et le fait de pouvoir enregistrer cet épisode dans Psychopop aujourd'hui. Donc rien que pour ça, je remercie Instagram.
- Speaker #0
Merci beaucoup. pour encore une fois cette réponse qui fait vraiment bien le tour de la question. J'ai beaucoup aimé l'évocation de la brique. Et chapeau pour l'exposition que tu as créée, puisque c'est ta façon de le faire et qu'elle te ressemble. Je trouve ça très intelligent et intéressant de se poser la question des injonctions qu'on a sur les réseaux, de créer plus ou moins à tout prix, et de la façon dont les réseaux s'attendent à ce qu'on partage. Et au contraire, toi, de mettre en place cette forme de résistance, je trouve, de courage, qui est de partager à ta façon, donc des lectures, des coups de cœur, des éléments d'information sur ta pratique, sur des concepts, je trouve ça intéressant et courageux. On va passer à l'écriture maintenant. Je voulais que tu nous parles de ton premier livre, Humanité, et de sa raison d'être, si tu veux bien.
- Speaker #1
En ce qui concerne mon livre Humanité, en fait, c'est un recueil de portraits fiction. inspiré de mes suivis. Il y a 24 portraits sur des formats assez courts. C'est vraiment très bref dans le sens où chaque portrait fait entre 2-3 pages à 10 pages max. Je voulais vraiment faire quelque chose de court et de percutant, vraiment d'incisif. Un peu comme des fenêtres de vie sur des personnalités, des sensibilités, des parcours de vie. L'idée de ce livre m'est venue... J'ai toujours écrit. Il m'est venu il y a quelques années, lorsque j'ai commencé à vouloir écrire, à avoir besoin d'écrire plutôt, sur certains entretiens qui m'avaient marqué. Pas forcément remué dans le mauvais sens, dans le sens mal à l'aise ou inconfortable ou mise à mal. Mais en fait, en entretien, dans les suivis, il peut vraiment y avoir des émotions très fortes et des relations assez particulières qui se créent avec les gens. Et il y a des moments très puissants. Et tu gardes avec toi, en toi, une part de ces moments et de l'émotion des gens. En tout cas, moi, je fonctionne un peu comme ça. Et du coup, à un moment, j'ai eu besoin de faire quelque chose de tous ces contenus. Enfin, de tout ce que j'avais ressenti et accumulé un peu en moi. Mais je n'avais pas envie de parler de moi, j'avais envie de parler d'eux. Et je me suis dit, peut-être que si je me mettais à leur place. parce qu'il faut savoir que je n'arrive pas à écrire aux pronoms impersonnels. Mon écriture n'est pas du tout la même, je suis beaucoup plus à l'aise avec le jeu. Je suis beaucoup plus juste dans ce que j'écris et dans ce que je veux faire ressentir au lecteur. Donc j'ai décidé de prendre le jeu pour les 24 portraits. Et c'est comme ça que j'ai commencé à écrire sur la dépression, sur la bipolarité, la schizophrénie, sur les addictions, surtout les addictions à l'alcool. sur les violences conjugales aussi, sur le deuil, sur l'amour, la maladie. En fait, des sujets qui nous touchent tous, de près ou de loin. Et dans les retours que j'ai pour Humanité, c'est vraiment ce qui me touche le plus, c'est de voir comment ça fait écho vraiment à chaque lecteur. C'est pas le même portrait qui va résonner, ce ne sont pas les mêmes phrases, mais il y a toujours un portrait ou une thématique qui vient faire écho. à des choses que la personne a vécues ou qu'un proche a vécues. Et je me dis que là, je suis à la bonne place, tu vois. Je me dis que mon écriture sonne juste. Et l'auto-édition, en fait, ça a été une opportunité pour moi parce que Humanité, c'est un manuscrit que j'ai quand même, avant ça, soumis à plusieurs maisons d'édition. En fait, c'était un peu frustrant. Et à la fois, voilà, c'était compréhensible, mais c'était frustrant quand même. Parce que le retour le plus fréquent que j'ai eu, c'était, je caricature, mais en gros c'était, bah, vous écrivez bien, mais votre texte est trop hybride. Il ne rentre pas dans les cases. C'est-à-dire que Humanité, effectivement, ce n'est ni un roman, ce ne sont pas des nouvelles, ce n'est pas une autobiographie, ce n'est... pas de la fiction pure, puisqu'il y a quand même des éléments qui sont tirés de ma pratique, mais en même temps, on n'est pas... Enfin, c'est ni de la fiction ni de la non-fiction, en fait, dans le sens où il n'y a aucun portrait qui désigne une personne en particulier. C'est souvent un pêle-mêle de ce que j'ai pu voir chez les gens et dans leurs problématiques, et il y a même la moitié des portraits qui sont complètement inventés, en fait. Donc soit les éléments sont mélangés, soit ils sont complètement fictionnels. Et donc sur le genre d'humanité, ce style hybride, cette absence de catégories clairement définies, sur le plan commercial, figure-toi que ce n'est pas très vendeur. Et qu'on m'a conseillé l'auto-édition pour mettre en avant mon ouvrage, et jusqu'à maintenant je ne regrette pas. Je suis vraiment... contente des retours et je vais continuer à le défendre et à en parler.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ce tour d'horizon. C'est vrai que c'est un ouvrage que personnellement j'ai trouvé très touchant, voire tellement touchant par moments que j'ai dû faire des pauses et le lire au bon moment pour moi. Surtout certains témoignages, c'était une lecture... passionnante et touchante et remuante, si je puis dire. Je me demandais s'il y avait un portrait de ces humanités qui sont aussi marquantes, en tout cas, c'est l'effet que ça m'a fait. Est-ce qu'il y a un des portraits en particulier que tu souhaiterais évoquer ici, ou plusieurs ?
- Speaker #1
Je n'ai pas forcément de portrait préféré, dans le sens où je les aime vraiment tous, aussi pour leur diversité. Il y a des hommes, des femmes, des mamans. Une enfant, une ado, c'est aussi diversifié que ce que ça peut l'être dans la vie en fait. Si je devais en choisir, ce serait peut-être le premier et le dernier. Le premier parce que c'est le premier portrait que j'ai écrit, donc il y a déjà un moment. Mais je me souviens très bien de l'écriture de ce premier portrait et de me prendre plaisir à l'écrire et de me dire que peut-être je tenais un truc. Et le premier, je l'ai volontairement gardé en... premier dans le livre parce que je pense que c'est le plus choc et pour le coup celui-ci ne laisse vraiment personne indifférent et si je devais peut-être en choisir un autre ce serait le dernier parce que j'y ai mis beaucoup de moi mais c'était important pour moi de faire partie en quelque sorte de ces humanités parce que je voulais défendre un peu cette idée qu'il n'y a pas de frontières vraiment entre le normal et le pathologique Cette frontière, elle est très floue, elle est très fine. Et je pense que n'importe qui, à un moment de sa vie, peut développer un trouble psychique et il n'y a pas de honte ou de culpabilité à avoir. Et j'ai eu des difficultés, comme tous les autres êtres humains. Et c'était important pour moi de m'y inclure.
- Speaker #0
Une petite question, enfin plusieurs questions en une, par rapport à ton ouvrage « Excès d'émotion, excès de boisson » . qui est paru aux éditions Erol. Je voulais savoir déjà pourquoi ce sujet en particulier ? Qu'est-ce qui t'a donné envie de te pencher dessus ? Est-ce que tu t'es penchée sur la question de l'alcool par rapport aux addictions déjà pendant ton cursus ? Ou est-ce que c'est le nombre de patients et de patientes que tu as pu croiser qui t'a donné envie de partir sur ce sujet ? Et la deuxième question, c'est est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus, sans bien sûr dévoiler tout le contenu de l'ouvrage, sur ce livre en fait, à l'usage de qui est-il ? Et puis, qu'est-ce que tu veux transmettre à travers ce livre ? Qu'est-ce qu'on va y trouver si on l'achète ?
- Speaker #1
Pour mon livre, excès d'émotion, excès de boisson. En fait, cette thématique de la dipsomanie, pour redonner une brève définition, la dipsomanie, c'est une consommation massive d'alcool, donc des crises d'alcoolisation massive entrecoupées de périodes d'abstinence totale. Et c'est un usage d'alcool qui est connu. Je n'ai rien inventé dans le sens où ce terme existe depuis 130 ou 140 ans et qu'il fait partie du dictionnaire de l'Académie de médecine. C'est un terme reconnu, officiel. Et donc moi, comme je l'ai dit, je travaille dans un XAPA, donc un centre de soins en addictologie. Et au cours de ma pratique, j'ai rencontré plusieurs personnes en consultation par rapport à l'alcool qui avaient cet usage épisodique. Et je me suis rendue compte que ces personnes-là avaient des points communs. en termes de fonctionnement psychologique et aussi dans leur rapport à l'alcool, dans l'usage que pouvait avoir l'alcool, dans leur fonctionnement émotionnel. Et j'ai commencé à m'y intéresser et en fait je me suis rendue compte en cherchant, parce que j'aime beaucoup pas toujours apprendre et continuer à lire des trucs. Et je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas grand chose pour dire rien, quasiment rien. il y avait vraiment trois articles sur ce sujet et j'ai trouvé ça dingue parce que voilà c'est alors cet usage là il reste minoritaire dans les consultations je trouve mais je me suis dit que s'il était aussi invisibilisé dans le domaine universitaire ou au public peut-être qu'il y avait quelque chose à faire parce que peut-être que plus de personnes étaient concernées par ce trouble Mais ne savaient pas ce que c'était, ne se sentaient pas légitimes d'aller amener cette difficulté en centre d'addicto ou en psychothérapie. Et je voyais vraiment ça comme ça. Le pourquoi de ce livre, c'était vraiment de donner de l'information, que ce soit pour les professionnels, mais surtout pour les personnes concernées, pour leur entourage aussi. Pour que ce trouble-là, il soit vraiment... parler et, encore une fois, reconnu, en fait, qu'il soit légitime, au même titre que les personnes qui ont un usage chronique et quotidien d'alcool. Dans la première partie du livre, j'explique ce qu'est la dipsomanie, en quoi ça consiste, concrètement, comment ça se manifeste, notamment dans la manière de boire, puisque ce sont des personnes qui vont boire rapidement, massivement, avec une recherche d'ivresse. un besoin d'ivresse particulier, dont l'objectif, moi, c'est ce que j'appelle la fonction d'extinction, c'est-à-dire de tout couper. C'est des personnes qui vont chercher à oublier, s'oublier, ne plus être là, ne plus penser, tout déconnecter. Donc ça, c'est déjà un point commun que j'ai pu observer chez les différentes personnes que j'ai suivies pour Dipsomanie. Donc la première partie, je développe un petit peu ce que c'est le trouble épisodique avec les recherches que j'ai pu faire et aussi en donnant des exemples concrets, puisque dans le livre, on suit cinq personnes qui sont atteintes de ce trouble et qui me permettent d'illustrer plus clairement les tenants et les aboutissants. Dans la deuxième partie du livre, je parle de la psychologie des usagers épisodiques, donc ce que je disais, le fonctionnement psychologique, le fonctionnement émotionnel. Et aussi, je soumets des pistes. C'est un peu un livre de réflexion et d'information, mais ça n'a pas du tout valeur à imposer quoi que ce soit, et tout le monde ne s'y retrouvera peut-être pas, et c'est tout à fait normal. Mais je donne des pistes sur qu'est-ce qui a construit ce fonctionnement psychologique, notamment dans les rôles familiaux, et puis l'attachement, la censure émotionnelle, enfin d'autres choses comme ça. Et dans la dernière partie, c'est l'intérêt aussi de cette collection Comprendre et Agir chez Erol, c'est de donner des pistes, des outils sur comment prendre soin de soi. Et quelqu'un qui serait concerné par la dipsomanie, ou un professionnel qui serait concerné dans le fait d'aider quelqu'un qui souffre de dipsomanie, concrètement, qu'est-ce qu'on peut proposer ? comme méthode, comme thérapie, comment on peut l'aider à penser les choses. Donc la troisième partie, c'est plus qu'est-ce qu'on en fait, qu'est-ce qu'on peut proposer. Le livre, il se veut vraiment, encore une fois, accessible à tout le monde et tous les retours que j'ai eus jusqu'à maintenant ont été dans ce sens-là, donc je suis très contente, parce que c'était vraiment hyper important pour moi, justement, de vulgariser ce qu'on sait pour que tout le monde puisse s'en saisir.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour tes éclairages sur les deux ouvrages dont tu es l'autrice. Je leur souhaite de très beaux voyages à la rencontre de leur lecteur et de leur lectrice, et surtout de sensibiliser à la santé mentale, et d'aider les personnes qui auraient un trouble comme la dypsomanie, qui est un terme qui est assez méconnu du grand public, que moi j'ai appris à travers mes études et que j'avais oublié. avant que tu ne le redises. Donc voilà, c'est vraiment très précieux aussi d'avoir des termes tout à fait précis pour parler des troubles. Ça permet aussi d'éviter les clichés, de s'éduquer. Merci beaucoup pour ça. Et voilà, longue vie à tes deux ouvrages. En plus, on a un petit peu en commun cette envie de sensibiliser et d'apporter une aide de façon un peu vulgarisée aussi à certaines personnes sur... sur les troubles mentaux, et puis personnellement par psychopop, c'est aussi de sensibiliser tout simplement à ce qu'on traverse toutes et tous à certains moments de notre existence. Donc c'est une démarche qui me parle. Donc longue vie à tes ouvrages et à toi-même. J'avais une petite question maintenant pour revenir à ta pratique, sur la question de la juste distance du thérapeute, qui est une notion avec laquelle on nous rebat les oreilles. sur laquelle on insiste beaucoup pendant les études de psychologie. Et je voulais savoir ce que tu en penses, et si c'est quelque chose que tu arrives à trouver dans ta pratique. Je pense que tu as déjà un petit peu répondu précédemment en parlant de ta pratique.
- Speaker #1
Sur la fameuse juste distance du thérapeute, je rejoins un peu ce que je disais sur la légitimité, enfin en tout cas l'absence de légitimité. plutôt quand tu sors de la fac au bout des cinq ans et cette question de la juste distance ben c'est un peu pareil tu vois c'est quelque chose que on explique en théorie mais clairement pour la trouver et être confortable avec elle en fonction des situations et des personnes que tu rencontres aussi bas c'est vraiment sur le terrain et en l'expérimentant quand tu te rends compte si t'es à la bonne place ou pas en fait, si t'es à la bonne distance. Et je me suis aussi rendue compte que, en tout cas pour ma part, il y avait un décalage entre ce qu'on nous présentait comme être la bonne distance à la fac, dans quelque chose, encore une fois, d'assez neutre et de, je sais pas, presque d'une posture professionnelle un petit peu, j'irais pas jusqu'à dire rigide, mais en tout cas pas forcément chaleureuse. Pas forcément dans une posture où le psy peut montrer des émotions, peut exprimer vraiment des signes de soutien euh manifeste, je me suis rendue compte alors peut-être parce que j'ai rapidement fait des stages et travaillé en addictologie mais en fait vraiment la qualité première réparatrice de la psychothérapie, elle ne tient pas dans l'approche que tu proposes elle tient dans la relation en fait, le lien avec le thérapeute, c'est ça qui est primordial Et du coup, pour qu'il y ait du lien, pour qu'il y ait de la relation, t'as besoin d'être en empathie avec l'autre et surtout que la personne en face sente que tu es vraiment là, que tu écoutes, que tu ressens, que tu es disponible pour elle. Donc ça demande forcément de l'investissement et beaucoup plus, je trouve, que ce qu'on nous avait dit à la fac. cet investissement émotionnel aussi, mine de rien. Je pense qu'il faut vraiment... en tant que psychologue en tout cas, avoir des espaces pour récupérer, pour décharger, pour se protéger aussi à cet endroit-là, parce qu'on n'est pas soignant pour rien. On est souvent assez sensibles, assez empathiques, très altruistes, pour la majorité d'entre nous en tout cas. Et du coup, il ne faut pas s'oublier aussi dans l'histoire. Et quand je dis d'avoir des espaces aussi pour soi, je pense aux espaces de supervision où tu peux évoquer des situations comme... qui t'ont remué, qui ont été difficiles pour toi, mais aussi et avant tout un espace de psychothérapie perso. Je pense que c'est vraiment essentiel. Tout le monde ne le fait pas, mais j'avoue que moi, en tout cas en ce qui me concerne, je pense que je serais peut-être une moins bonne professionnelle à l'heure actuelle et je serais beaucoup moins confortable dans ma posture et peut-être que j'aurais été... Tu vois, dans la question de la bonne distance, un exemple qui me vient, parce que c'est une difficulté que beaucoup de psychologues rencontrent, qui est le transfert amoureux. Quand un patient ou une patiente développe des sentiments amoureux envers son thérapeute, ça, clairement, à la fac, on ne te dit pas comment gérer cette situation. Et donc, sans espace de partage avec un autre psychologue pour essayer pourquoi tu te... tu te décentres et que tu parviennes à analyser le transfert et à le transformer en quelque chose de positif, sans abîmer la relation que tu as créée avec le patient. Clairement, tout seul, c'est vraiment très compliqué de se défaire de ça, de travailler avec ça. Donc voilà, c'était pour donner un exemple un peu plus concret. Et sinon, pour revenir à l'investissement émotionnel, il y a un peu cette idée de batterie. On donne beaucoup. On donne beaucoup pour les autres. Et quand je disais, il ne faut pas s'oublier, moi, je suis assez vigilante à ma batterie interne, mon niveau d'énergie. Et je fais en sorte de me ressourcer, que ce soit dans des temps calmes. La lecture et l'écriture, clairement, ce sont mes activités quotidiennes les plus importantes. Mais de passer du temps avec mon amoureux, avec mes amis, de voir des gens que j'aime et de faire des activités qui me font du bien. pour me rebooster et reprendre de l'énergie pour ensuite la redistribuer aux autres.
- Speaker #0
La question que je voulais te poser par rapport à la question des addictions, c'était... Est-ce qu'il est possible de développer une forme d'addiction envers une relation ? Moi, quand j'observe, par exemple, des amis avec leur ex, je me dis parfois que c'est impressionnant à quel point ces personnes vont regarder leur téléphone plusieurs fois par jour, attendre un message, avoir envie d'écrire à la personne, se rendre malade quand... Quand il n'y a pas de nouvelles, ça devient obsessionnel, ça peut prendre beaucoup de place dans la vie. Est-ce qu'on peut parler d'addiction ou pas à une relation ?
- Speaker #1
Pour répondre à ta question, déjà il n'existe pas dans les classifications d'addiction à une relation. Dans le langage courant, c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de dépendance affective. Et je pense que c'est ce terme de dépendance qui crée un amalgame avec les addictions. Mais en aucun cas, quelqu'un qui aurait une problématique relationnelle de dépendance affective, et uniquement celle-ci, ne pourrait être reçu en centre d'addicto. Donc ça c'est la première chose. La deuxième chose qu'il faut savoir, c'est que la dépendance affective, souvent, elle n'existe pas seule. Il y a souvent une notion de carence affective, il peut y avoir des troubles psychologiques, voire psychiatriques associés. et dans les relations dites toxiques. perverse, par exemple, il y a quand même une notion d'emprise et de manipulation qui font que ces relations, elles sont quand même spécifiques. Ce que je veux dire, c'est que c'est complexe, en fait. Parce que moi, ce qui me gêne souvent quand on parle de dépendance affective, c'est qu'on présente ça de manière un petit peu binaire, comme quelqu'un qui serait justement très dépendant à l'autre, à une relation affective, mais sans s'intéresser à pourquoi cette personne a développé ce lien d'attachement, est-ce qu'il y a emprise ou pas. parce que ce n'est pas forcément le cas. Il y a beaucoup de paramètres quand même à évaluer, à prendre en compte. Et à mon avis, ça ne peut être fait que dans une perspective globale. Et pour ajouter un petit quelque chose par rapport à cette perspective globale, il faut aussi se souvenir que l'addiction à une substance ou à un comportement engendre des conséquences neurobiologiques. Il y a tout un circuit de la récompense. et de la production de certains neurotransmetteurs qui rentrent en ligne de compte, il y a vraiment cet aspect sur le système nerveux central qui est fondamental dans le processus des addictions qu'on ne va pas forcément retrouver dans celui de la dépendance affective. Là où pour moi la dépendance affective est plus psychologique et relationnelle que par rapport à une substance ou un comportement où il y a quand même ces aspects neurobiologiques qui sont très puissants, très forts. Donc ça c'est un point de différenciation important. Après, c'est pour ça que je mentionnais la question de l'emprise associée ou non à des violences. Et du coup, on part sur un autre sujet, puisque dans certains contextes spécifiques, il peut aussi y avoir un impact sur le système nerveux central. Mais encore une fois, je pense que c'est important de distinguer ça de l'addiction.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir répondu de façon à la fois théorique et pratique à cette question de la dépendance affective, de ce qu'on peut être accro à une relation. C'est vraiment une question qui revient. énormément quand j'échange avec des amis et puis c'est une question que je me suis posée aussi par le passé bien sûr, concernant mes propres relations. Donc c'est vraiment intéressant d'avoir des éléments de théorie psychologique pour y répondre. Je vais te poser maintenant la question de la fin. Qu'est-ce que tu pourrais donner comme conseil à quelqu'un qui voudrait devenir psy et spécialement en addictologie ? Tu as la parole. Merci encore d'être intervenu dans PsychoPop.
- Speaker #1
Pour quelqu'un qui voudrait travailler dans le domaine de l'addictologie, je pense que les deux conseils que je donnerais, c'est d'être optimiste et d'être humble. Le premier conseil, être optimiste. L'addictologie, c'est un domaine assez éprouvant et assez chargé émotionnellement parce que les conduites addictives, c'est des processus des maladies chroniques. Donc, il y a des reconsommations, il y a des périodes difficiles. On peut avoir l'impression parfois que la personne... n'avance pas comme on voudrait ou que voilà ça prend du temps qu'en fonction des événements de vie il ya toujours des choses qui nous rattrape et puis c'est chargé émotionnellement aussi parce que ce sont des personnes qui la plupart du temps des parcours de vie avec beaucoup de beaucoup de trauma il ya parfois aussi des comorbidités avec des troubles psychiatriques en termes de suivi psychologique je dis qu'il faut rester optimiste et il faut aussi penser à se recharger ses propres batteries. pour pouvoir nourrir celle des autres, pour pouvoir recharger celle des autres. Et moi, je suis quelqu'un de très optimiste dans la vie de manière générale, ce qui fait que... En addictologie, il faut vraiment valoriser et aussi mettre en avant les petites réussites. Parce qu'il y en a toujours. Et même dans les reconsommations, il y a des choses positives à en tirer parce que ça donne des informations sur pourquoi la personne a reconsommé, est-ce qu'il y a eu tel événement déclencheur, telle émotion, dans quel contexte elle était. Même s'il y a des reconsommations, ça n'efface aucunement le travail qui a été fait en amont. S'il y a eu des périodes d'abstinence, si la personne est dans un suivi psychothérapeutique, sans mauvais jeu de mots, moi je vois toujours le verre à moitié plein. Et du coup, ça c'est vraiment important parce que les personnes qui viennent en addicto, elles ont vraiment besoin de ça. Que quelqu'un soit moteur et soit un peu... il croit pour eux, parfois. Et sur le conseil, le deuxième conseil d'être humble, en fait, je m'explique, c'est que... Moi, le fait de travailler en addictologie depuis de nombreuses années, en fait, ça m'a vraiment appris à gérer un sentiment d'impuissance déjà et à me dire que je ne vais pas sauver tout le monde et surtout, je ne vais pas pouvoir faire à leur place. Parce que parfois, on a envie d'aider les gens plus que ce qu'ils ont envie d'être aidés. On a envie d'aller à notre rythme plutôt qu'à leur rythme. Et en fait, ça, c'est pas... Alors déjà, c'est pas forcément toujours adapté et c'est pas constructif ou bénéfique. Parce qu'il faut vraiment suivre le propre rythme de la personne. Et on ne peut pas faire pour eux dans le sens où c'est leur vie, c'est leurs besoins, c'est leurs attentes. Et il faut être vigilant à ne pas vouloir coller les siennes. Et du coup, ce truc-là, de se rendre compte que oui, on accompagne la personne là où elle veut aller, mais on ne va pas décider pour elle, je trouve que ça invite beaucoup à être humble et à rester à sa place de soignant. qu'il n'y ait pas de leadership, mais qu'on n'est pas là pour diriger la personne dans le soin, on est là pour l'accompagner en fait. On n'est pas là pour être devant, on est là pour être à côté. Et ça, c'est vraiment important. Moi, je l'ai beaucoup ressenti en addicto et ça a vraiment été très formateur pour moi. Donc d'où le deuxième conseil d'être humble.
- Speaker #0
Et c'est déjà la fin de cet épisode de Psycho Pop avec Laetitia ou Lalopsi sur Instagram. N'hésitez pas. Allez suivre son compte. Quant à moi, je vous retrouve dans 15 jours pour un nouvel épisode. Je vous souhaite un très beau mois d'août et j'envoie plein de courage aux personnes qui se retrouvent dans les incendies d'ici ou d'ailleurs. Très bel été.