SylvainBonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Punkin'Dev. Eh ben ça y est, vous avez eu ma peau. Je vais parler d'IA générative, de copilot, de chat GPT et tous ces trucs-là. À la base, j'avais franchement pas envie, tant ce sujet phagocyte trop de discussions et ça a tendance à vraiment me taper sur le système. Est-ce que l'IA va remplacer les devs ? Est-ce que l'IA est en train de changer le monde ? Est-ce qu'on gagne vraiment du temps en codant avec une IA ? Oh, ça me fatigue ! Pas que ces questions soient forcément inintéressantes. Encore que, un peu quand même, mais bon. Mais je trouve que c'est surtout l'aspect ultra moutonnier de toute notre industrie qui me saoule. Tout le monde parle d'IA, alors il faut absolument que tout le monde parle d'IA. Comme ça, tout le monde va parler d'IA, et comme ça, tout le monde va parler d'IA. Et si on parle pas d'IA, on va être largué, parce que tu comprends, si tu fais pas ça maintenant, après tu vas être pourri. Je vais essayer de vous spoiler direct. Aujourd'hui, je ne vais pas vous dire qu'il ne faut ou qu'il ne faut pas utiliser Copilot ou autre pour coder. Et en toute franchise, je m'en fous. Faites ce que vous voulez. Par contre, j'aimerais bien arriver à amener, à vous amener à poser des bonnes questions avant de faire un choix. Il n'y aura pas de pilule rouge, de pilule bleue. (De toute façon, ce film est totalement surcoté). Par contre, j'espère que ça puisse recentrer des fois les débats sur des choses un peu plus essentielles que... Est-ce qu'on va être mis au Cchômage par ChatGPT ? Bon allez, j'ai envie de commencer par vous parler d'une lecture qui m'a amené cette réflexion. Je mettrai le lien en description, mais c'est un article d'un vieux dev qui parle de jeunes devs. Il y raconte qu'il voit beaucoup de juniors coder des choses très très vite grâce aux IA. Et qu'il observe en même temps des grosses lacunes de compréhension du code chez ces mêmes jeunes devs suite à une utilisation trop systématique de la génération de code. Et en première lecture, là on a une corrélation qui globalement fait sens. Au moins on a à faire de recherche pour trouver une solution qui fonctionne, et du coup moins on a l'occasion d'apprendre et de comprendre le fonctionnement de fond. de ce qu'on est en train de faire. Du coup, qu'est-ce qui nous attend avec tout ça ? On va se retrouver avec toute une génération de jeunes devs qui vont être biberonnés à l'IA et qui seront incapables de sortir du code de qualité sans aide extérieure ? Voir sans aide tout court ? Voir sans qualité non plus ? C'est un peu la teneur de l'article dont je vous parle. Du coup, lui, il propose des méthodes et des outils d'apprentissage pour essayer de contrecarrer ce phénomène. La démarche est louable. Mais au moment où je lisais cet article-là, et je voyais qu'il essayait de développer des techniques pour apprendre mieux, je me suis dit, j'ai une petite impression de déjà vu. J'ai l'impression que c'est pas la première fois que je lis ce genre de discours, ou que je l'entends. Et puis je me suis souvenu. Au début de ma carrière de dev, dans la période du début, donc on va dire autour des années 2010, c'est une époque où on a vu fleurir des éditeurs WYSIWYG. What you see is what you get. Et ces éditeurs, ils permettaient de glisser, déposer des composants, de faire des double-clics pour faire générer des events, à l'IDE, de générer des requêtes en BDD sous forme visuelle, avec des tableaux et tout ça. Et face à ça, à l'époque, je me souviens, les anciens disaient que les juniors, ils ne comprenaient plus rien au code et que vraiment, avant, quand on codait sous VI, ça, c'était du vrai code. Quelques années plus tard, quand on a vu l'explosion de Stack Overflow et que tout le monde s'est mis à s'en servir, là, les seniors, ils ont commencé à dire que, vraiment, de nos jours, les jeunes qui ont un problème, ils vont sur Stack Overflow, ils prennent une solution, ils collent sans comprendre. Alors que le bon dev, lui, il a un problème, il cherche sur Stack Overflow et il cop-colle le code, sans comprendre. Mais lui, c'est un bon dev. Bon, je m'égare un peu. Mais j'imagine que tu vois où je veux en venir. J'en viens à me demander si les devs des origines n'ont pas trouvé trop nuls et sans avenir ces nouveaux devs qui utilisaient des éditeurs texte au lieu de perforer à la main leur vieille carte en carton. Tu m'as compris la posture du « c'était mieux avant», au mieux ça me fait sourire, au pire ça m'énerve . Si je reviens à l'article dont je parlais juste avant. son auteur essaie de trouver des solutions au problème du fait que l'IA fait de nous de moins bons devs. Encore une fois, si l'intention paraît extrêmement louable, si on se met à intégrer la propension systématique au « c'était mieux avant » , est-ce qu'on est sûr et certain qu'on est en train de chercher une solution à un problème qui existe ? Parce que ça, c'est un des gros travers du monde de la tech. On peut appeler ça la solutionnite. On s'échine à inventer des solutions, parfois ubuesques, alors qu'en fait on n'a rien confirmé du tout du problème, au-delà d'un « je suis convaincu » ou même pire des fois, « je crois que… » Dans le monde du DDD, on appelle ça les espaces du problème et de la solution. Et globalement, les devs… pas que les devs d'ailleurs, on a tendance à se jeter sur une solution avant d'avoir compris la problématique à résoudre. Mais bon, ça c'était juste mon petit rappel de poser plus de questions dans l'espace du problème et l'espace du problème qu'on cherche à résoudre ou que les gens cherchent à résoudre avant de partir dans une solution qui tombera presque assurément à côté. C'est du vécu aussi. Ceci étant dit, j'aimerais quand même revenir au fameux « c'était mieux avant » . C'est généralement la posture favorite des vieux boomers, aka des vieux cons, qui supportent pas que les choses changent, tout en se gargarisant d'être les portes-étendards d'une industrie toujours en mouvement. Et je dois bien avouer que j'ai du mal avec cette espèce de double standard. D'un côté, c'est censé être cool d'embrasser le changement, mais d'un autre, on fait fermer leur gueule à tous les jeunes qui débarquent et qui essaient de proposer autre chose. Même si des fois c'est maladroit, ils proposent, tu leur dis pas « ferme-la » , t'écoutes, puis tu discutes, tu mets en perspective la qualité de l'idée, sa réalisabilité, tout ça, enfin voilà. Mais tu sais que cette posture, elle a un nom, cette posture de vieux con, au-delà d'appeler ça des vieux boomers. Mais en fait, cette posture, ça s'appelle le gatekeeping. Le gatekeeper, qu'on peut traduire par un peu le gardien des clés, lui, il sait. Lui, il a l'expérience. Il a vu et vécu des choses et il ne se trompe plus. Crois-le sur parole, c'est un cador. Un ninja dev, un gourou, un ten-time developer. Même qu'il a commencé à pisser de l'assembleur alors que toi tu faisais encore dans tes couches. Ces profils, pour moi, c'est ce qui se fait pire en termes de toxicité dans notre métier. Ils prendront toujours la posture du sage qui est là pour t'enseigner les fondamentaux. mais sans jamais vraiment vouloir remettre en question leur doctrine ou leur approche, ou leur valeur des fois même. Donc pour résumer, ben non, c'était pas mieux avant. Il y a toujours, et il y aura toujours, des profils curieux, intéressés de comprendre certains fondamentaux, et d'autres, ben, pas du tout. Et l'IA n'y change absolument rien. Peut-être que l'IA accentue ou accélère ce genre de phénomène. Pourquoi pas ? J'en sais rien, mais pourquoi pas ? Mais il n'y a actuellement rien de neuf sous le soleil. Les profils qui n'ont aujourd'hui pas envie d'aller chercher des infos de fond et comprendre tout plein de trucs hyper compliqués, ben, ils n'aimaient pas ça il y a 20 ans non plus. Et vous savez quoi ? Ben, c'est pas un problème. Ces gens-là qui n'aimaient pas vraiment le code et qui n'aiment pas aujourd'hui, ils ont ou ils vont très probablement arrêter de coder pour s'orienter vers d'autres rôles, peut-être plus fonctionnels, peut-être du management, peut-être même ils vont changer de secteur, de métier. Ces gens-là, ils ont raison. Ça devrait être OK et totalement normal de se dire qu'on va changer de fonction dans notre vie professionnelle. Et en soi, je trouve ça même plutôt sain. Je pense que personne ne vous dira jamais qu'il faut forcément avoir exactement la même activité pendant toute ta vie professionnelle sans jamais changer. Non, moi je pense que c'est une vertu de tester des métiers pour ensuite avoir la force d'en changer. Parce que c'est difficile de se dire « Ok, le code je pensais que ça allait me plaire. » Bah en fait... Pas tant que ça. Bah j'arrête, je vais changer. C'est une mise en danger que, personnellement, j'ose pas faire. Et qu'à des moments, peut-être j'aurais voulu. Je l'ai pas fait, bonne, mauvaise raison, on s'en fout, c'est pas le sujet. Au final, pourquoi on fait tout un flanc de savoir si l'IA va nous piquer notre boulot et nous rend plus ou moins rapide, ou je ne sais quoi d'ailleurs ? Eh ben là... On tombe pour moi dans le travers ultime du monde de la tech, pire que la solutionnite. Ce qu'on adore brasser du vent pour éviter de poser des questions plus importantes. Et potentiellement plus dérangeantes. Et donc c'est quoi la question fondamentale, monsieur le donneur de leçons ? 6%. Ouais, c'est pas une question en fait, c'est une réponse. 6%. Voilà ce que devrait consommer l'IA comme énergie au niveau mondial en 2026. Pas en 2050, en 2100. Non, non. L'année prochaine, dans à peine plus de 6 mois. À une époque où des populations entières n'ont pas accès à des besoins élémentaires, nous on va cramer du pétrole, du charbon, du gaz, de l'atome, pour puisser plus vite 2-3 lignes de code, et générer des images dégueulasses ? Sérieusement ? Et à aucun moment on questionne ce truc. Sous couvert de « oui, c'est le progrès, faut s'habituer » , on accélère notre propre destruction. Non seulement sans poser de questions, mais en plus avec l'aval et l'approbation des plus concernés, on est dans la tech. Normalement, on devrait être le fer de lance pour stopper ça. Et pour aller de pire en pire, cet outil qui fait clairement partie de nos plus grands fossoyeurs, que ce soit au niveau écologique ou au niveau social, maintenant on nous le présente souvent comme la panacée de ce qui nous sauvera toutes et tous. Sans déconner ? Alors, j'ai l'air de m'énerver. Ouais, je m'énerve. Mais dans le fond, en fait, je suis plutôt un peu résigné parce que j'ai déjà observé le même mécanisme à différentes échelles dans d'autres contextes. Et à chaque fois, sous couvert d'une fausse facilitation à très très court thème, l'humain semble toujours choisir sa propre destruction. Tant qu'à rager un peu, j'ai envie de rappeler autre chose. En plus d'être une hérésie écologique, on va essayer de se pencher 5 minutes sur le fonctionnement de l'IA, de manière très sommaire. Pour donner l'impression qu'elle est compétente, puisqu'elle ne l'a jamais vraiment, une IA doit être entraînée. C'est un joli mot, ça. Entraînée. Ça fait vraiment croire à une montée en compétence. Mais c'est quoi de l'entraînement pour une IA ? En gros, on va lui faire digérer des quantités invraisemblables de données, jamais acquises honnêtement et légalement, sinon ça ne pourrait jamais envisager d'être rentable, déjà que ça a du mal comme ça. Et ensuite, on va vérifier que les réponses proposées par cette IA sont pertinentes pour qu'elles puissent se corriger et renforcer ses meilleures pistes. Bon, je schématisme mais grosso merdo, c'est quand même à peu près ça. Mais donc cette vérification, elle est faite, j'imagine, par des profils hautement diplômés, dans des conditions de travail idéales, j'imagine. Ben non, banane. On va sous-payer des gens, généralement dans des pays fortement défavorisés. Si possible, ces mêmes pays qui ont tendance à s'asseoir sur les droits de l'homme. Ceux de la femme aussi, d'ailleurs. Mais à ce point-là, voilà. Donc si je résume... On se plaint qu'un outil rende nos jeunes moins compétents, alors que cet outil se base sur de l'esclavagisme, est en train de précipiter l'effondrement de notre société et de notre monde physique. Et après, il y a encore des gens pour dire que la tech n'est pas politique. Parce que vous pensez vraiment que les gens qui poussent ces outils n'ont pas d'agenda politique ? Parce que pouvoir disposer d'un régime qui s'assoit sur les droits fondamentaux, ça n'a pas de fondement politique? Parce que maintenir de tels régimes, ça se fait sans appui politique ? Parce qu'avoir des IA qui répondent singes quand on leur montre des images de personnes noires, c'est pas politique ? On peut même l'observer en direct, en ce moment même, avec la mise en place d'un beau régime fasciste aux US. Ben ouais, la tech, elle est politique. Et bien évidemment qu'elle sert un agenda politique. Les personnes qui veulent bien laisser faire les delete en base de données pour dire « Non, il n'y a pas de femmes qui a travaillé sur tous ces sujets. Il n'y a pas de personnes racisées. Non, non. » Tous les outils pour forcer des gens à collaborer, tout ça, tout ça, c'est une réalité. Je vous invite à aller voir un excellent talk qui s'appelle « Techno-autoritarisme et design persuasif, quels risques pour nos libertés ? » C'est un talk qui adresse extrêmement bien toutes ces problématiques. qui est pas hyper optimiste, mais qui adresse ça très bien. Qu'on soit très très clair, je te demande pas d'arrêter d'utiliser des IA. Je te demande rien en fait. Je suis juste un vieil idéaliste, et je donne mon avis. J'aimerais juste parfois qu'on arrête de se prendre pour des êtres éclairés, alors qu'on fait partie du système, et qu'on est même, à l'occasion, autant les dindons de la farce que d'autres. Chaque outil qu'on utilise, chaque projet qu'on code, auquel on abonde, il a forcément une teinte politique. Il a forcément des conséquences pour d'autres personnes. Et il serait peut-être temps qu'on essaye d'y penser, pas en tant qu'individu, mais en tant que système, en tant que communauté, et essayer de ne pas rester dans ce culte de l'outil apolitique qui ne fait rien de mal à personne parce qu'on est tous des gentils dans la tech. C'est bien connu. Et bah voilà, fallait que ça arrive, j'ai fait mon Bacri, je me suis énervé, et j'ai fini par dire du mal des américains. Mais pas que les amerlocs, ceci dit. Si t'as envie d'en discuter, hésite pas à répondre à ça sur les posts des réseaux sociaux. Tu peux même écrire directement sur la boîte mail du podcast, j'en fais pas la comm, mais elle existe, tu fais podcast at punkindev.fr. Je serais ravi de recevoir de tes nouvelles. si je peux éviter de recevoir de tes insultes ça serait pas mal mais y'a pas de soucis vraiment je serais ravi d'en discuter d'échanger et peut-être de mettre en perspective tout ce que je viens de raconter peut-être de me détendre ou peut-être de m'énerver encore plus. Enfin voilà il ne me reste plus qu'à te souhaiter une excellente fin de semaine à la prochaine pour un nouvel épisode et puis d'ici là geekez bien et codez bien