- Speaker #0
Vous écoutez Quelque chose à vous dire, le podcast qui rebooste les parents séparés.
- Speaker #1
Ah c'est une mini-odyssée que je faisais avec cette bagnole. Je pense qu'on aurait pu faire un truc, un film, un mélodrame. Parce que assez souvent je pleurais dans la voiture en roulant, donc il fallait que je m'arrête. Mais heureusement que j'ai fait ça, c'était dur à faire. Je ne savais pas encore, mais c'est ce qui m'a... fait tenir et c'est ce qui m'a porté ensuite. Parce que je suis rentré avec à peu près 10 heures de musique et il fallait à ce moment-là dérusher, j'ai laissé un petit temps de décantement et j'ai déruché derrière en réécoutant et en ayant de plus en plus de bonnes surprises. De choses très belles, de choses qui me parlaient, de choses dont je me souvenais et c'est là qu'est venue l'idée d'en faire un disque.
- Speaker #0
Salut, je suis Pamela Mourinière et vous écoutez la saison 5 de Quelque chose à vous dire. Chaque semaine, je donne la parole à des parents séparés qui viennent partager leurs expériences et les ressources qui les ont aidés à se préserver et à mieux accompagner leurs enfants pendant et après leur séparation. J'interview également des experts pour vous apporter des clés afin de mieux anticiper et naviguer dans votre propre cheminement. Et vous retrouverez également des chroniques plus spécifiques pour trouver de l'inspiration dans votre quotidien et retrouver de bons moments de complicité avec vos enfants et adolescents. Parce que la séparation, ce n'est pas une fatalité et vous le constaterez au fil des épisodes, on s'en sort. N'oubliez pas de vous abonner au podcast pour ne manquer aucun épisode et parlez-en autour de vous pour qu'il puisse aider d'autres parents. Salut les parents, j'espère que vous allez bien. Aujourd'hui, j'aimerais vous partager le message de Mafaldane posté sur Instagram à propos de l'épisode 64 dans lequel j'ai reçu le docteur en psychologie Ilyos Koutsou. Elle me dit ceci. Très bel épisode pour toutes et tous, que l'on soit en couple, amoureux ou pas. En l'écoutant, j'ai pensé à des personnes proches de moi, amies, familles et puis lointaines, mais que j'aime bien quand même. Je me suis dit... qu'ils et elles devraient peut-être l'écouter et que certaines phrases résonneraient peut-être chez eux. En tout cas, j'emporte avec moi de jolies choses sur la littérature, mais pas que. Et puis, j'avais aussi la larme à l'œil à la fin. Merci à ton invité et à toi. Merci beaucoup Mafaldane pour ton retour constructif. C'est vrai que l'épisode d'Ilios qui parle beaucoup d'amour et pas seulement de séparation est très inspirant parce qu'il aborde la manière dont... on conçoit l'amour et il sépare les émotions du comportement amoureux. Et je vous invite à aller écouter cet épisode pour découvrir comment, en envisageant l'amour comme un comportement, on peut inscrire davantage une relation dans la durée. Je vous mets le lien dans les notes de cet épisode et je vous laisse à présent avec notre invité du jour. Bonne écoute. Épisode 66, Jean-Louis. Aujourd'hui, nous retrouvons Jean-Louis, papa séparé de deux garçons de 9 et 12 ans.
- Speaker #1
Ah, t'es là. Je suis là,
- Speaker #0
salut. J'ai cru que tu t'étais perdu chez toi. Presque. Il m'avait donné rendez-vous chez lui, à Bruxelles, dans son appartement baigné d'une chaleureuse lumière de fin d'été. Jean-Louis est musicien professionnel. Chez lui, la musique est omniprésente. Ici, une batterie, là, un synthétiseur, et puis des micros, des disques, des photos qui racontent son parcours de musicien et ses enfants. On s'est installé autour de la table, on a trinqué avec une petite bière et il m'a raconté son chemin depuis sa séparation il y a 5 ans. La tristesse qui s'estompe avec le temps, le manque des enfants encore bien réel, la musique comme exutoire et l'amitié qui soigne. On a aussi parlé du patriarcat qui s'infiltre dans notre quotidien, de féminisme et de musique évidemment. Une conversation sur le fil et d'une grande sincérité. Après l'entretien, Jean-Louis m'a fait écouter quelques morceaux qu'il avait composés et c'est là que j'ai découvert la petite pépite que vous pourrez entendre en fin d'épisode et dans laquelle chante son jeune fils Joseph. C'est une reprise d'un morceau d'Orelsan et je la trouve d'une beauté bouleversante. J'espère qu'elle vous plaira à vous aussi. Un grand merci à Jean-Louis d'avoir accepté de nous partager ce moment. Bonne écoute.
- Speaker #1
Je suis Jean-Louis, je suis musicien professionnel. Je vis seul avec mes enfants une semaine sur deux. Je suis séparé, c'est toujours compliqué de compter parce qu'en vrai ça a commencé la séparation il y a 5 ans, mais elle s'est vraiment officialisée il y a 4 ans. et mes enfants aujourd'hui en 9 et 12 ans et demi.
- Speaker #0
Si tu devais décrire ta séparation en un mot, tu dirais quoi ?
- Speaker #1
Tristesse, parce que ça m'a rendu vraiment triste. J'ai eu l'impression d'entrer dans une tristesse que je n'avais pas forcément connue jusqu'alors. Un niveau, un niveau de tristesse énorme, alors que j'ai connu des drames. Mais là, c'était encore autre chose. Je passais à un niveau. C'était comme un apprentissage de la tristesse.
- Speaker #0
Tu avais connu des séparations avant ?
- Speaker #1
J'ai connu des séparations avant. Mais là, ça allait au-delà parce que c'était la famille. C'était une famille qui s'arrêtait. J'ai connu des chagrins d'amour. Mais là, ça me semblait amusant d'y repenser. Là, ce n'était pas la même, parce qu'il était question d'un changement radical de la vie. Et cette perspective, c'était une tristesse qui faisait mal.
- Speaker #0
Quand tu parles de changement radical, c'est parce qu'il y avait des enfants et que ça les bouleversait aussi, tout ça ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et comment vous vous êtes organisés suite à cette séparation ? J'imagine que vous viviez ensemble.
- Speaker #1
On vivait ensemble ici, dans cet appartement qui avait vu naître les deux enfants. les deux garçons et au début on a fait ce qu'on pourrait appeler du satellite une semaine sur deux l'un ou l'autre partait enfin non tout au début on a tout au début on a fait comme je dormais sur le canapé mais je dormais pas et puis c'est là qu'on s'est dit voilà il fallait qu'on puisse retrouver un peu d'espace et donc on faisait une semaine moi une semaine je partais dans le studio d'une copine qui était libre, c'était cool, mais c'était compliqué parce qu'il fallait que je prenne à chaque fois, que je déménage un peu mes instruments. Et puis l'autre semaine, j'étais moi à la maison et elle partait.
- Speaker #0
Et ça a duré combien de temps ?
- Speaker #1
Ça a duré, je pense, un mois et demi, jusqu'à l'évidence qu'il faut qu'elle prenne un appartement et qu'on arrête ça, parce que c'était vraiment usant. Et pas du tout confortable. Et quand je dis qu'il fallait qu'elle prenne un appart, parce que je crois que c'est elle qui avait vraiment envie d'un chez elle, qui n'était pas ici. Et puis moi, ça m'arrangeait bien d'être ici. Parce que, comme tu le vois, c'est là que je travaille. Et puis je trouvais ça plutôt bien pour les enfants. qui, malgré ce changement, puissent garder ce repère-là, en tout cas une semaine sur deux.
- Speaker #0
Ça fait cinq ans maintenant que vous êtes séparés. Quel regard tu jettes sur toute cette période-là, ces cinq dernières années ?
- Speaker #1
C'est fou, parce que cinq ans, c'est énorme. On a passé douze ans ensemble, et je me dis qu'on arrive bientôt à la moitié de cette période-là. période, c'est pragmatique, et pourtant, c'est quand même, j'ai trouvé ça ultra rapide, tellement rapide que j'ai l'impression que la marge de progression, de guérison, le fait d'aller mieux, ça prend du temps.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui t'a permis d'aller mieux, justement ? Si ça va mieux, j'espère.
- Speaker #1
Oui, ça va mieux. La musique, le fait de pouvoir jouer, le fait de pouvoir être entouré de mes amis qui sont principalement des gens avec qui je joue, je travaille. Ça, c'était formidable et essentiel. La famille aussi, mes parents étaient vachement présents. Ma sœur.
- Speaker #0
Mais tes parents, parce qu'on ne l'a peut-être pas précisé, mais tu es français. Tu dis que tes parents étaient vraiment présents. Ils ne sont pas ici en Belgique, ils ne sont pas ici à Bruxelles. Non. Ils ont été présents de quelle façon pour toi ?
- Speaker #1
À l'écoute. En tout cas, par téléphone, ça marche très bien. Puis c'est quand même une facilité de pouvoir se déplacer. Ils ne sont pas très loin en France. Oui, mais ne serait-ce que des fois, juste parler au téléphone, ça fait du bien.
- Speaker #0
Et tu dis que tes amis ont été présents pour toi. Est-ce que tu as eu le sentiment que... Parce que ce n'est pas toujours facile de comprendre quand on n'a pas vécu ça soi-même. C'est pas toujours facile de comprendre, c'est pas une séparation anodine, c'est pas n'importe quelle séparation, c'est une séparation avec une famille qui se dilite, etc. Ou pas d'ailleurs, mais en tout cas, si la famille reste, mais elle sera forcément différente. Est-ce que t'as eu ce sentiment qu'on peut avoir parfois que les gens ne comprennent pas exactement ce par quoi on passe ? Ou au contraire, parce qu'en t'écoutant, on dirait que... Ça coulait de source, qu'il y avait plein de gens autour de toi qui t'entouraient, et tant mieux pour toi, mais je sais que c'est pas toujours simple dans toutes les familles, dans toutes les relations d'amitié.
- Speaker #1
Ouais, je vois très bien ce que tu veux dire. Non, là, il n'y avait pas beaucoup d'amis, mais il suffit d'avoir les essentiels qui sont là, qui écoutent. C'est drôle aussi parce que j'ai deux amis qui sont aussi parents, Mais... L'un s'est séparé trois ans avant moi. On l'a accueilli ici et on l'a vraiment épaulé, parce que c'était aussi un coup dur pour lui. Et donc, il avait trois ans d'expérience. Et puis un autre qui, lui, s'est séparé quelques mois avant moi. Et je me souviens très bien, quand il m'a annoncé ce truc, j'étais tellement désolé pour lui, parce qu'il n'allait pas bien. Et ce truc qui m'arrive ensuite, et c'est finalement assez ironique parce qu'on s'est retrouvés un peu... On a presque monté un club, tous les trois.
- Speaker #0
Ça vous a rapproché ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ouais, ouais, ça nous a rapproché.
- Speaker #0
De quelle manière ?
- Speaker #1
Ben, un peu de soutien. Ouais, je suis pas seul. Je suis pas seul à vivre ça. Ça, d'une manière générale, moi, je me disais... Ou c'est quelque chose qui peut me... Me rassurer, me faire du bien, me dire « Ouais, en fait, je ne suis pas le seul à vivre ça et accepte-le, c'est rassurant » . Alors pourtant, il y a aussi des gens qui, à un moment donné, me disaient « Bon allez, ça fait un an, il faut passer à autre chose maintenant » .
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu leur répondais ?
- Speaker #1
Ça m'énervait. D'ailleurs, ça m'énerve encore. Parce que c'est une question de rythme. Je suis bien placé pour le savoir. Si c'est trop vite, ça ne marche pas. Si c'est trop lent, ça ne marche pas non plus. Il faut le bon rythme. Et c'est là que ça m'a beaucoup aidé d'accepter, de prendre ce temps-là.
- Speaker #0
De ne pas te voiler la face par rapport à ce qui t'arrivait, ou te dire, vite, passons à autre chose, noyons-nous dans la fête, les femmes, je ne sais pas, la musique, je ne sais pas.
- Speaker #1
Oui, dans tout, mais non, bon alors après on peut quand même le faire, mais ce n'est pas ça qui aide, ce qui aide c'est, voilà, Le temps, le temps qui passe, le temps de cicatrisation, de guérison.
- Speaker #0
Quand on a préparé cette interview, tu m'as dit, moi, j'ai pas encore fait le deuil de la famille qu'on vivait tous les quatre.
- Speaker #1
Non, ça c'est le plus dur. Ça c'est vraiment le plus dur. Parce que... parce que mes enfants, quand ils sont pas là, me manquent. C'est pas un truc... Alors, ça aussi, ça m'énerve quand on me dit « Oui, mais t'as qu'à profiter de ta semaine quand ils sont pas là pour faire plein de trucs. » Moi, c'est un peu l'histoire de ma vie. Je profite d'être musicien, même si c'est pas facile, surtout aujourd'hui. C'est aussi une liberté. magique pour s'organiser. C'est-à-dire que je travaille, mais je peux aussi me dire, tiens, je ferai ça plus tard, je vais chercher les enfants à l'école et on va se faire une gaufre. Donc j'ai toujours pu profiter de ça. Quand ils sont à l'école, j'ai tout le temps pour travailler. Ben souvent là, quand ils sont pas là, quand c'est des semaines sans eux, je pense souvent à ce moment-là, à 15h30, où j'allais quand même assez systématiquement les chercher, sauf évidemment rendez-vous ou travail précis. Et des fois j'allais, ouais, ça, ouais, enfin souvent même, j'y pense, et je pourrais le faire, mais je peux plus, parce que c'est pas ma semaine, et ce compartiment-là... On n'a pas trouvé mieux comme garde alternée 50% du temps. Mais je trouve que ça reste un calvaire.
- Speaker #0
Donc en fait, c'est plus tes enfants qui te manquent les semaines où tu ne les as pas que la famille nucléaire que vous formiez à 4 ?
- Speaker #1
Oui, c'est essentiellement les enfants. Je ne suis pas sûr que cette femme dont j'ai été amoureux me manque aujourd'hui, j'en sais rien. C'est pas ça qui me... comment dire... C'est une distinction entre... on en a parlé tous les deux. Je suis un père, c'est une mère, on élève ensemble des enfants, mais qu'est-ce qu'on représente sans les enfants ? Moi je sais que j'étais profondément amoureux. quand elle a décidé, quand elle a pris la décision de me quitter. Et aujourd'hui, je ne sais pas comment dire, elle est devenue quelqu'un d'autre. Je ne suis pas sûr que ça serait idéalement une reconnexion. Ça ne marcherait plus, à mon avis. Mais ça pourrait être la solution pour être ensemble, pour être avec les enfants. Tout le temps. Je sais que pour elle, ça la touche aussi quand ils ne sont pas là. Mais ça aussi, ça fait partie de la tristesse. C'est-à-dire que ce truc qu'on ne peut plus recoller devient définitif, de par ce qui est aujourd'hui.
- Speaker #0
Vous n'avez jamais envisagé de pouvoir voir les enfants la semaine où ce n'est pas votre semaine ?
- Speaker #1
C'est tout à fait possible.
- Speaker #0
On peut prendre le mercredi midi, par exemple, pour déjeuner avec eux, même si ce n'est pas ta semaine, des choses comme ça.
- Speaker #1
C'est possible, ça serait envisageable. Moi, ça a tendance à me frustrer plus. Et puis bon, typiquement, le mercredi midi, c'est un moment où je travaille. Donc ce n'est pas idéal.
- Speaker #0
Ou un autre jour.
- Speaker #1
Oui, ou un autre jour. Mais moi, je trouve ça assez frustrant. C'est comme de leur parler au téléphone. Il y a un truc... Je préfère ne pas le faire. Et je préfère... Parce que c'est frustrant. On verra, ils vont grandir.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a été un grand défi pour toi dans cette séparation ? Dans, je ne sais pas, dans la mise en place de la garde, peut-être ? Dans la gestion du quotidien ? La charge mentale ? Qu'est-ce qui a été... Peut-être que c'est les finances, je ne sais pas. Quel défi tu as su relever ? Et puis peut-être, comment tu t'en es sorti aussi ?
- Speaker #1
Le fait d'être... Papa solo, c'est vraiment pas un problème, parce qu'on partageait quand même toutes les tâches de la maison, les tâches domestiques, la cuisine, le ménage, les transports des enfants à l'école. Ça, c'était plutôt facile. Je ne fais pas partie de cette génération. Je pense à mon père, par exemple. qui aurait été tu déléguais tout à ta mère c'était ça, lui il allait travailler ma mère a été pour son grand plaisir, on en parle sur ce conflit des générations elle était ravie d'arrêter de travailler pour être avec nous, pour gérer et c'était convenu comme ça ils le sont toujours d'ailleurs nous évidemment la société évolue moi c'est avec un grand plaisir qu'on a rendu tout ça vraiment commun. Et donc ça, ce n'était pas un défi.
- Speaker #0
Donc tu t'occupais déjà de rendez-vous médicaux, des rencontres à l'école, de la nourriture, tout ça, c'était quelque chose que tu connaissais très longtemps, un papa moderne.
- Speaker #1
Je suis un papa moderne. Mais alors le défi, c'est que c'est assez compliqué. Tu parlais des finances. Ça, pour moi, ça a été un... Ouais, c'était compliqué.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on ne s'enrichit pas avec une séparation.
- Speaker #1
On ne s'enrichit absolument pas. Et ça, il faudrait presque le savoir.
- Speaker #0
Il y en a qui économisent pendant plusieurs années avant de pouvoir se séparer, tu sais.
- Speaker #1
Ah oui, il y en a qui ne se séparent pas parce qu'ils n'auraient pas les... Bon, après... Les reins, les solides.
- Speaker #0
Et comment tu t'en es sorti ? Déjà, il était meublé, ton appartement, visiblement. Il y avait beaucoup de choses.
- Speaker #1
Oui, alors ici, il y avait beaucoup de choses. Elle est partie finalement avec très peu. Donc, il y avait très peu de choses à elle. Je veux dire, beaucoup de choses héritées, des meubles de grands-parents. Non, alors le défi, sinon, c'était de tenir, de ne pas tomber dans un désespoir total. Ça, c'est un peu mon défi.
- Speaker #0
Rester debout.
- Speaker #1
Oui, ne pas tomber.
- Speaker #0
On va en parler d'ailleurs, parce qu'on va parler quand même de ce... Justement, c'est peut-être l'occasion. de tout ce travail créatif aussi. Parce que c'est vrai qu'on se rend compte que, et j'ai eu plusieurs invités comme ça dans le podcast, c'est que la séparation a apporté quelque chose d'autre, a nourri leur créativité. Et je me demandais si toi, en tant que musicien, ça avait aussi nourri quelque chose chez toi, au niveau de la créativité, de ta musique ?
- Speaker #1
C'était le début d'une période... Finalement, oui, assez créatif parce que dans ces périodes satellites dont je parlais tout à l'heure, c'était trop compliqué d'être dans cet appart à Saint-Gilles. Et j'ai organisé une sorte de petite tournée. J'ai loué une bagnole pour y mettre tous mes instruments, des pieds de micro, des micros. Et j'organisais... 10 jours pour partir, enregistrer de la musique en France, dans trois endroits différents, seul ou accompagné. Je suis parti avec un studio mobile, ça c'était mois de novembre 21. C'était quoi le choix des endroits ?
- Speaker #0
Et pourquoi tu as choisi ces endroits-là ?
- Speaker #1
C'était assez pragmatique. Le premier, c'était dans les Vosges, chez une amie qui avait... qui avait cette maison à 1000 mètres d'altitude, qui était libre, et qui me dit « Bien sûr, tu es bienvenue, je fais partie des amis qui soutiennent à ce moment-là. » Et puis ensuite, je suis allé, c'était dans le Beaujolais, chez un ami saxophoniste, et c'est drôle parce que je suis arrivé d'ailleurs le soir du Beaujolais Nouveau.
- Speaker #0
Oh, mince !
- Speaker #1
Ouais. C'était drôle parce qu'il y avait une fanfare qui jouait, l'harmonie municipale de Quincier, qui va apparaître petit à petit dans ce disque, parce que je l'enregistre ce soir-là. Je me nourris de ce que j'entends et je joue. Et le troisième lieu, c'est dans le Morvan, chez Christian Maes, qui était un accordéoniste diétonique, que j'avais rencontré quelques mois plus tard. et qui m'avait dit bienvenue pour faire de la musique et son voisin est Jacques Didonato qui est un illustre clarinettiste de 80 ans qui a une carrière merveilleuse que j'admire profondément et que Christian m'a permis de le rencontrer à ce moment là et donc ces trois endroits j'ai joué de la musique que j'ai improvisé en public ? Non Non, je posais les micros et je jouais, j'improvisais. C'était quand même teinté de tristesse, parce qu'on est au mois de novembre, souvent avec du brouillard. Moi, j'étais dans cette espèce d'infinie tristesse. Donc, je n'ai pas trop pensé à interpréter des polkas à ce moment-là.
- Speaker #0
Je comprends. Pour clarifier, ces lieux-là, tu les avais prévus à l'avance. Tu les gérais dans ces trois lieux-là. Là, dans ces trois lieux, tu avais un pied-à-terre ou un endroit qui t'accueillait. Et là, tu posais tes micros. Ça ressemble un peu à un projet initiatique, quoi. Une espèce de... Ouais, c'est marrant. C'est comme une espèce de mini-odyssée, quoi. C'est un peu ça.
- Speaker #1
Ah, c'est une mini-odyssée que je faisais, ouais, ouais, avec cette bagnole. Et je pense que j'aurais pu avoir... On aurait pu faire un truc, un film, un mélodrame. Parce que assez souvent, je pleurais dans la voiture en roulant, donc il fallait que je me arrête pour essayer. Ouais, non, il y avait un truc... Mais heureusement que j'ai fait ça, parce que ça m'a... C'était dur à faire. Mais c'est... Je ne savais pas encore, mais c'est ce qui m'a fait tenir. Et c'est ce qui m'a porté ensuite.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce que je suis rentré avec à peu près 10 heures de musique. Et il fallait à ce moment-là dérusher. Enfin, j'ai laissé un petit temps de décantement. Et j'ai déruché derrière en réécoutant et en ayant de plus en plus de bonnes surprises. De choses très belles. De choses qui me parlaient, de choses dont je me souvenais. Et c'est là qu'est venue l'idée d'en faire un disque. Un disque, quelque part, qui est un témoignage.
- Speaker #0
Qui s'appelle comment ?
- Speaker #1
Le disque s'appelle « Je ne suis pas tombé » .
- Speaker #0
Qui est une phrase que tu t'es dit en conclusion ou ça vient d'autre chose ? Non,
- Speaker #1
c'est très beau, c'est issu. C'est tiré d'un poème de Maram El Masri, qui est une poétesse syrienne avec qui j'ai un tout petit peu travaillé. Et ce poème dit « Je marchais sur le droit chemin, lorsque tu m'as coupé la route, j'ai trébuché, mais je ne suis pas tombé » .
- Speaker #0
C'est quatre strophes ?
- Speaker #1
Oui. Voilà, le droit chemin, c'est tiré d'une référence au Coran. Et voilà, c'est devenu... Ce poème était là, il traînait, et c'est vrai que le « Je ne suis pas tombé » , alors je connaissais ce poème avant, avant de vivre cette séparation, mais c'était évident que ça serait le titre de l'album.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression que tu es plus inspiré quand tu vis quelque chose de fort ? Est-ce que ça... Ça développe une sensibilité particulière dans ta musique et dans ton exercice de cet art-là ?
- Speaker #1
En fait, je dois te dire que c'est un peu un préconçu. On dit souvent qu'un artiste compose mieux dans la douleur. Quand j'écoute des chansons de Brel, où maintenant on sait, par exemple Brel, pour ne citer que lui, mais on sait qu'il a écrit ça. pour ça et c'est fabuleux moi j'étais j'avais ça dans un coin de la tête quand même à me dire il faut que j'écrive quelque chose il faut que je fasse quelque chose mais j'étais incapable à ce moment là de composer quoi que ce soit c'était trop difficile et
- Speaker #0
du coup t'as improvisé du coup j'ai improvisé parce que c'est aussi des choses que j'aime faire mais c'est pas évident parce que si t'improvises comment tu fais pour le reproduire de nouveau tu écris tout toutes tes notes sur une partition ?
- Speaker #1
Non, alors ça pourrait m'arriver, mais c'est ça qui est beau avec l'improvisation, c'est que c'est un moment, à un moment donné, c'est Eric Dolphy qui est un musicien que j'aime beaucoup, saxophoniste, clarinettiste, flûtiste, américain, qui disait, quand la musique est dehors, on ne peut jamais l'attraper. You can never capture it again.
- Speaker #0
On ne peut pas.
- Speaker #1
C'est passé.
- Speaker #0
On ne pourra jamais la jouer de la même façon, de nouveau ?
- Speaker #1
Non, mais c'est pour ça qu'il y a des disques. Et moi, je trouve ça beau d'avoir... J'ai quelques enregistrements de concerts que j'ai vus. C'est assez troublant. Souvent, même en réécoutant le disque, on se dit « Oui, ça me touche moins » , alors qu'on a adoré le concert. C'est une drôle d'expérience.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des livres ou des films qui t'ont aidé, qui t'ont soutenu pendant cette séparation ?
- Speaker #1
Des livres à proprement parler sur la séparation ?
- Speaker #0
Peut-être que tu as lu des choses ou il y a des auteurs ou des autrices qui t'ont marqué ?
- Speaker #1
Alors, il n'y a rien qui m'a marqué spectaculairement.
- Speaker #0
Non ?
- Speaker #1
Mais j'ai essayé de me dire, il faut que je lise des trucs. Donc j'avais acheté ce bouquin qui s'appelle, ce nom est complètement ridicule, mais ça s'appelle « Couple » . mode d'emploi. Je cherchais... Et le verdict ? Je pense que c'était un livre d'une autre époque. Et donc j'entendais plein de choses, mais je n'avais pas l'impression dans la situation dans laquelle on se trouvait que ça allait m'aider. Ou alors c'était peut-être, il fallait qu'elle le lise aussi, elle.
- Speaker #0
Tu ne lui as pas suggéré ?
- Speaker #1
Rapidement, je crois.
- Speaker #0
Tu le laissais traîner un peu quand tu quittais l'appartement ?
- Speaker #1
Non, ça je l'ai lu quand elle était partie. Donc je cherchais des solutions. Donc je suis allé un petit peu chercher des bouquins. J'ai aussi écouté des podcasts.
- Speaker #0
Qu'est-ce que t'as écouté ? Le cœur et les couilles sur la table. Donc c'est deux podcasts différents.
- Speaker #1
C'est des podcasts assez féministes. T'écoutes des podcasts féministes ?
- Speaker #0
Pourquoi pas.
- Speaker #1
Oui, j'étais une question.
- Speaker #0
Ah oui ? Oui. C'est important. C'était aussi une façon d'essayer de me dire, je dois comprendre, qu'est-ce qui s'est passé, pourquoi... Donc c'est énorme d'avoir un point de vue...
- Speaker #1
Et qu'est-ce que ça... Il y a quelque chose qui t'a marqué dans ces podcasts ? Dans la manière dont elles parlaient des relations hommes-femmes, par exemple ?
- Speaker #0
Ben souvent, je me suis dit, ok, j'entends. J'entends ce truc du patriarcat qui est quand même bien pourri. Mais allez, je trouvais ça un peu injuste parce que je me disais, mais putain, je suis quand même pas comme ça.
- Speaker #1
Not all men.
- Speaker #0
Alors, c'est pas non plus ça. Non, non. Non, non.
- Speaker #1
Je te taquine, mais...
- Speaker #0
Non, mais alors, on m'a expliqué ça. Mais je ne savais pas, parce que je disais « not all men » .
- Speaker #1
Tu t'es dit que tout ça ne s'appliquait pas forcément à toi.
- Speaker #0
Non. Non, non. Et puis, ben non. Enfin, je... Cette chanson de Stromae, « La charge mentale » , C'est cette chanson sur multitude qui est superbe. Elle dit « Mais il ne faudrait surtout pas que madame porte la culotte, même si la charge mentale, on sait bien qu'il la porte. Et si être féministe est devenu à la mode, c'est toujours mieux vu d'être un salaud qu'une salope. » J'adore ça. Je trouve que c'est... Et donc ça, je me sens très féministe.
- Speaker #1
Et pourquoi t'adores cette phrase ?
- Speaker #0
Parce que je trouve qu'il a vraiment raison. Mais c'est dans ce sens-là où je me dis, la charge mentale...
- Speaker #1
Il a vraiment raison, pourquoi ?
- Speaker #0
C'est souvent que la charge mentale est portée par les femmes, dans cette société, d'une manière générale. Moi, j'avais pas l'impression. J'avais aussi l'impression de la porter.
- Speaker #1
Je pense aussi que ce que dénonce Victoire Toyon, qui est l'autrice, l'animatrice de ces podcasts, en tout cas qu'il était, c'est aussi cette présence du patriarcat qui ne se limite pas du tout à la charge mentale, mais qui est aussi quelque chose qui infuse dans toutes nos relations, dans tout notre quotidien, si c'était que la charge mentale à la limite. Mais ça va beaucoup plus loin que ça, en fait. Toi, tu trouvais que la charge mentale, ça ne s'appliquait pas à toi, mais est-ce que tu as pu voir, peut-être, que même dans les relations amoureuses, le patriarcat faisait que la relation se passait d'une manière spécifique parce que, justement, elle était aussi dictée par le patriarcat, cette relation, dans les rôles assignés aux couples, par exemple ?
- Speaker #0
Par exemple, je vois très bien, oui. S'il fallait louer une voiture pour partir en vacances... C'est moi qui louais la voiture, c'est moi qui la cherchais au parking de la gare du Midi, et c'est moi qui mettais l'essence dedans. Donc pour ne pas payer un supplément, ils se font plaisir quand même sur les deuxièmes conducteurs, je conduisais. Donc là j'avais un vrai rôle de patriarche au volant, avec ma femme à côté, mes enfants derrière. Après, je pense qu'à ce moment-là, si elle m'avait dit « je vais chercher la bagnole, ça m'intéresse de rouler » , j'aurais été ravi. Mais c'est aussi lié à la longueur. À un moment donné, on prend tous un rôle dans une histoire qui est pérenne. Et oui, des choses s'installent inévitablement, qu'elles soient belles ou moins belles. Les choses changent et j'ai l'impression... qu'il y a énormément de séparation aujourd'hui. Il faut penser à une nouvelle manière du couple, de vivre ensemble. Aujourd'hui, je pense, on ne va pas avoir le choix.
- Speaker #1
Est-ce que la séparation, pour toi, c'est un échec ?
- Speaker #0
Oui, ça l'est encore. Je ne désespère pas que ça ne le soit plus à un moment donné.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce qu'on avait un... On avait une sorte de contrat ensemble, on aimait ce contrat, on avait visé un peu loin sur le fait de pouvoir se dire que ça irait. Et voilà, c'est d'où l'échec. Assez vite, je crois qu'elle était enceinte du 1er, donc c'était en 2013. On s'est rencontrés en 2009, et je lui avais demandé d'être ma femme dans 30 ans.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
30 ans ou 20 ans, je ne sais plus. Quand on aurait 50 ans. C'est marrant parce que c'est bientôt. Parce que je voulais qu'on puisse célébrer quelque chose, mais quelque chose qu'on a vécu. Et pas, je n'aime pas le mariage, je trouve que c'est ridicule de se marier. au début, parce que finalement, on ne sait pas. Je trouve ça plus beau et plus fort, pouvoir se marier à la fin, finalement. À la fin,
- Speaker #1
enfin, t'es pessimiste.
- Speaker #0
Oui, mais à 50 ans, ça va encore. Elle m'avait dit, oui, c'est super, mais elle avait accepté. Mais c'était... Elle m'avait dit qu'il ne faut pas qu'on fasse ça trop tard, comme ça on aura encore nos parents.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des podcasts que tu écoutes, qui ne sont pas nécessairement liés à la séparation, juste des podcasts que tu écoutes et que tu pourrais partager avec nos auditeurs, nos auditrices ?
- Speaker #0
Je suis assez nul en podcast.
- Speaker #1
Tu écoutes le mien régulièrement, évidemment.
- Speaker #0
J'écoute le tien, évidemment. Sinon, j'écoute... Si, des replays d'émissions, mais c'est plus lié à... C'est beaucoup de choses de Radio France, notamment France Culture, que je trouve assez chouette.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu écoutes comme replay ?
- Speaker #0
J'adore les grands entretiens. C'est souvent des archives avec des musiciens que je... que j'admire. Jacques Didonato a fait un grand entretien il y a quelques années. C'est assez chouette de l'entendre. Il raconte des anecdotes avec Olivier Messiaen. C'est chouette. Les archives, de manière générale. Pouvoir écouter des témoignages d'un autre temps.
- Speaker #1
Merci beaucoup Jean-Louis.
- Speaker #2
Tout va bien, tout va bien, petit tout va bien. Si la voisine crie très fort, c'est qu'elle n'a pas bien entendu. Si elle a du bleu sur le corps, c'est qu'elle a joué dans la peinture. Et si un jour elle a disparu, c'est qu'elle est partie en lune de miel. En attendant les jours de pluie, elle faisait lunettes de soleil. Tout va bien, tout va bien, petit tout va bien, tout va bien. Tout va bien, petit Si les hommes se tirent dessus, c'est que du vaccin dans les balles Et si les bâtiments explosent, c'est pour fabriquer des étoiles Et si un jour ils ont disparu, c'est qu'ils s'amusent et tellement bien Ils sont partis, ils ont affaire et ils auront tous en prime dans la main Tout va bien, tout va bien, petit tout va bien Tout va bien,
- Speaker #1
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Je suis Pamela Mourinière et vous venez d'écouter un épisode de Quelque chose à vous dire, le podcast qui rebooste les parents séparés. Si le podcast vous plaît, parlez-en autour de vous, recommandez-le à celles et ceux qui pourraient aider. Mettez-lui 5 étoiles sur vos plateformes d'écoute préférées, ainsi que des commentaires positifs pour l'aider à se faire connaître davantage. Pour toute proposition de thème, d'invité ou pour me contacter tout simplement, laissez-moi un message sur les réseaux sociaux Instagram et LinkedIn ou envoyez-moi un email quelquechoseavoudirepodcast.com Quelque chose à vous dire podcast.gmail.com A la semaine prochaine pour un nouvel épisode et d'ici là, portez-vous bien. Ciao !