- Aurélie Roux
Aujourd'hui, je reçois Christina Gabelica-Fernandez. Christina est maman et entrepreneuse multicasquette. Depuis une vingtaine d'années, elle traduit, elle enseigne les langues et depuis 2020, elle est aussi réflexologue. Et Christina, c'est la joie incarnée, une personnalité lumineuse, le sourire toujours collé au visage. J'avais envie de l'inviter parce que ce qui m'intrigue chez elle, c'est cette double vie qu'elle mène dans la même journée, l'écran d'un côté, les mains de l'autre. Et puis, elle m'a dit quelque chose que je voulais aussi creuser un peu. L'IA est en train de transformer son métier et au lieu de me raconter une perte, elle m'a parlé de ressources enfouies dont elle ne se doutait pas. Forcément, ça a éveillé ma curiosité. Christina, bonjour. Comment tu arrives aujourd'hui ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Bonjour Aurélie, merci pour cette invitation. J'arrive en joie, justement, c'est la reprise et je suis vraiment ravie d'être là.
- Aurélie Roux
C'est la joie de la rentrée. C'est ça. C'est notre rentrée à toutes les deux.
- Christina Gabelica-Fernandez
Tout à fait.
- Aurélie Roux
Si tu devais te présenter, sans parler de ce que tu fais dans la vie. Tu dirais quoi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Sans parler de ce que je fais, ça fait vraiment partie de moi. Je dirais une femme ambitieuse qui a toujours l'envie d'aller de l'avant, qui a toujours une solution même dans les pires moments et qui a envie de prendre soin des autres dans toutes les façons possibles.
- Aurélie Roux
C'est joli. Si je te rencontre aujourd'hui, je te rencontre à quel moment de ta vie ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Tu me rencontres à un moment un peu charnière. Je vais avoir 45 ans. Pour moi, c'est assez important. J'ai l'impression d'être à la moitié de ma vie. Et je suis plutôt contente de tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant. Et il y a des nouveaux défis qui se présentent, que ce soit sur le plan professionnel ou privé. Et du coup, je trouve ça très, très excitant, même s'il y a toujours un petit côté, des petites peurs qui reviennent. Mais c'est très excitant. Je pense que cette deuxième moitié va être aussi très intéressante.
- Aurélie Roux
Je te souhaite une longue et belle deuxième moitié, à mon avis t'es pas encore à la moitié.
- Christina Gabelica-Fernandez
Une petite centenaire, j'en ai dans la famille donc bien possible.
- Aurélie Roux
Grave. Il y avait quoi comme joie chez toi dans la maison où t'as grandi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Il y avait la joie déjà d'être dans une famille où j'avais ma sœur, donc on était toutes les deux, donc avec les petites disputes de sœurs mais on était très proches, on est toujours 16 mois d'écart, élevées presque comme des jumelles, et puis la joie aussi de ma grand-mère. notre baba croate qui était là, chez qui on passait énormément de temps et qui était aussi la joie de vivre incarnée malgré une vie pas facile et c'est des doux souvenirs d'enfance que j'aime me remémorer que ce soit comme ça ou sur des photos j'adore les photos, les vieilles photos des années 80 c'est toujours un plaisir les revoir et je revis vraiment ces petits moments dans la petite maison de ma baba avec ma soeur
- Aurélie Roux
Mais c'était où ? c'était en Belgique mais pas du tout en Croatie ?
- Christina Gabelica-Fernandez
non Mes deux parents sont croates, mais j'ai grandi en Belgique et ma grand-mère vivait avec nous. Donc, une vie double culture, croates à la maison et puis français à l'école et les amis. Mais une communauté croate très présente et soudée. Ça a vraiment, on va dire, structuré toute mon enfance, ce côté communauté croate, école croate, messe en croate, les fêtes, les amis.
- Aurélie Roux
Tu étais en Belgique francophone ?
- Christina Gabelica-Fernandez
oui, oui, tout à fait, à Liège.
- Aurélie Roux
Et qu'est-ce que tu as gardé de l'enfant que tu étais ?
- Christina Gabelica-Fernandez
J'ai gardé, je pense, toujours ce côté optimiste et positif. Alors, avec l'âge, on apprend à être moins naïve et être plus à terre à terre, mais je me dis, voilà, dans n'importe quelle situation, il y a toujours une lumière au bout du chemin et j'ai toujours ce côté, ça va aller, quoi. Que les enfants ont naturellement.
- Aurélie Roux
Parce qu'ils se posent moins de questions ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Exactement.
- Aurélie Roux
Parce qu'ils ne savent pas ce qui peut se passer.
- Christina Gabelica-Fernandez
C'est ça, et parfois c'est mieux. Le déni, parfois.
- Aurélie Roux
Donc, tu grandis en Belgique. Jusqu'à quel âge tu es en Belgique ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Jusqu'à 25 ans.
- Aurélie Roux
Tu as fait tes études là-bas ?
- Christina Gabelica-Fernandez
J'ai fait mes études de traduction. C'était vraiment mon métier de cœur. Parce qu'en fait, je passais mon temps à traduire et interpréter tout le temps, que ce soit pour ma grand-mère. Ça allait des journaux télévisés, les émissions de Michel Drucker, tout ce qu'il y avait à la télé à l'époque. Puis les conversations du quotidien. Et puis voilà, donc c'était vraiment mon métier de cœur. Et naturellement, moi à 15 ans, je savais déjà que je voulais être interprète. Je voulais être aussi diplomate, mais ça restait toujours dans ce genre des études. Puis voilà, je me suis commencé à travailler. Puis 25 ans, j'ai rencontré mon mari, un Français lyonnais. Et puis, petite folle que j'étais, j'ai tout quitté. Tout quitté le boulot, la Belgique, les amis, pour aller suivre en quasi inconnu après quatre mois. Donc voilà. Je suis toujours là, donc c'est bien.
- Aurélie Roux
Et lui aussi.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui, lui aussi.
- Aurélie Roux
Ah oui, c'est quand même, pardon, couillu.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui.
- Aurélie Roux
C'est quoi le moteur de la décision ?
- Christina Gabelica-Fernandez
où je me suis dit, encore une fois, dans ce côté... Je teste et puis on verra. Au pire, je reviens. Enfin, il n'y a pas mort d'homme. À l'époque, j'étais jeune fille, 25 ans, pas d'enfant. Donc, on est quand même dans une liberté totale, pas de crédit. Donc, j'y vais, on verra. Et j'avais eu... Alors, mes parents, les amis étaient là. C'est un petit peu folle, évidemment. On a toujours peur, c'est normal. Maintenant, en tant que maman, je comprends complètement. Mais non, pour moi, c'était, c'est lui, on verra. Puis après, on a vu, je suis restée, voilà.
- Aurélie Roux
Tu n'as pas encore d'enfants, mais ils arrivent vite ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Ça arrive vers 30 ans.
- Aurélie Roux
Ah, c'est pas mal, vous avez bien le temps de vivre tous les deux.
- Christina Gabelica-Fernandez
On aurait voulu plus tôt, mais la vie fait que, on ne choisit pas, des jumelles. Coup double. Voilà, petit surprise de la vie. Ouais, des jumelles, sur le coup, gros choc. Ouais. Parce qu'il y en a qui disent, c'est mon rêve d'avoir des jumeaux. Moi, pas du tout. Mais voilà, c'était un petit cadeau de la vie, un beau cadeau de la vie. Et mes filles qui sont arrivées en 2012.
- Aurélie Roux
Ok. Tu m'as dit, en préparant, que la maternité, ça a été le premier truc qui a changé ta trajectoire. Ça a changé quoi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors, ça a tout changé. Je suis devenue un peu une autre femme aussi à ce moment-là. Moi, j'étais plutôt... peut-être, on suit son instinct, je quitte tout pour retrouver un mec que je connaissais depuis peu dans un autre pays. C'est la France, je ne prenais pas grand risque. Et là, d'un coup, des sentiments que je ne connaissais pas, parce que j'avoue qu'avant, j'ai toujours voulu avoir des enfants, mais ce n'était pas quelque chose qui m'obsédait. Et là, c'est arrivé, comme une surprise, ça nous remet à une place qu'on ne connaissait pas et on prend des décisions qu'on n'aurait jamais prises et qu'on s'est surtout dit jamais moi vivant je ne ferais ça par exemple j'ai pris un très long congé parental et jamais je me serais vue mère au foyer alors c'était pas à la base, c'était un peu subi mais en fait je regarde absolument pas c'est des choses que j'aurais signé, jamais j'aurais fait ça et en fait ça ouvre toute une perspective et en fait c'est là que je me suis lancée dans l'entrepreneuriat quand j'ai fait mon petit retour au salarié après le congé maternité, en fait ça a été un moteur de plein de choses beaucoup plus grandes c'était c'est... Tout prend une autre proportion et ça n'empêche rien, on peut continuer à voyager, voir ses amis, c'est un peu différent mais globalement, moi ça m'a ouvert des perspectives, puis on a une vraie raison de se battre au quotidien, de montrer, d'aller jusqu'au bout des choses parce qu'on a envie que nos enfants soient fiers de nous et moi ça a vraiment tout changé. J'ai retrouvé des émotions, je n'étais pas quelqu'un qui pleurait, qui était émotive, même pas du tout, j'étais plutôt, on va pas dire loin d'être un cœur de pierre mais plutôt... La fille, c'est bon, tout va bien, etc. Dans l'action. Et là, on se retrouve avec des petites... On se sent submergée par des montées d'émotions qu'on n'avait pas avant. Et ça, c'était très nouveau pour moi aussi. Et c'est extraordinaire dans tous les sens du terme. Et sans idéaliser complètement. Parce que je me rends compte aussi que j'ai eu des bébés assez cools. J'ai que des très bons souvenirs. Parce que on m'a dit, ça a dû être super difficile. Ben non ! Ou peut-être t'as un peu oublié. Ou j'ai aussi oublié, mais je me souviens pas de grande, un peu vers la fin, parce que voilà, on avait déménagé, j'avais deux ans, deux fois deux, je sais pas. Voilà, mais c'était pas de grand moment de désespoir, comme j'ai pu en voir moi-même en étant dans une association active de parents de jumeaux, où il y avait vraiment des cas de détresse. Je me dis, moi j'ai vraiment vécu ça, j'ai surfé sur le truc.
- Aurélie Roux
Donc tu découvres les émotions.
- Christina Gabelica-Fernandez
C'est ça.
- Aurélie Roux
Quelles émotions par exemple ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Un truc qui m'a marquée, et on en rigole encore avec mon mari, c'est quand j'étais enceinte, on regardait un documentaire animalier et la maman, je ne sais plus quoi, renard ou je ne sais pas quoi, avait perdu son petit. C'est monté d'un coup. Je ressens encore l'émotion. Elle ne va pas pleurer. Elle ne pleure pas. Mais c'était vraiment le truc. Mon mari m'a regardée et me fait, mais tu pleures pour... Oui, mais la maman, comment elle va faire ? Et des trucs comme ça, ça ne m'était jamais arrivé. Donc voilà, c'est un peu les petits souvenirs. C'était vraiment la première montée que j'ai eue.
- Aurélie Roux
Tu étais connectée avec cette maman. Complètement.
- Christina Gabelica-Fernandez
Et que ce n'était pas... Puis je ne suis pas spécialement... Alors, bien les animaux, mais je ne suis pas spécialement une grande fan. Ce n'est pas ma passion du quotidien.
- Aurélie Roux
En fait, tu commençais à incarner de l'émotion. C'est pas mal quand on devient maman.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui.
- Aurélie Roux
Tu as parlé d'entrepreneuriat. Tu te lances dans quoi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors je me suis lancée dans la traduction, c'est mon diplôme, mon métier de cœur. Je travaillais, quand je suis arrivée en France, j'allais pas en plus vivre au crochet de mon mari que je connaissais, enfin mon futur mari à ce moment-là. Il faut que je trouve un boulot et j'ai pris le premier boulot qui s'est présenté. C'était globalement dans une société qui faisait l'impression numérique grand format, rien à voir. Ils m'ont laissé ma chance, j'ai commencé à la réception et puis après j'ai vraiment pu évoluer. J'y suis restée huit ans. quand même et j'ai appris plein plein de choses j'ai rencontré des gens super aussi et au retour du congé parental je me trouvais plus du tout à ma place donc déjà j'étais arrêtée à 4 mois de grossesse et j'ai repris les filles avaient 2 ans et demi donc ce fut très long à la maison et le retour ça a été assez difficile pour moi, courir partout la crèche, l'école, la maternelle ça a été compliqué c'est là que je me suis dit je peux pas Je ne veux pas vivre comme ça, courir comme ça, dans ce rythme-là. Moi, j'avais des parents qui travaillaient énormément. Donc, j'ai dit, je ne veux pas faire ça. Et un jour, je suis sortie de mon corps et je me suis vraiment vue. C'était en juin 2015. Et je me suis dit, en fait, il faut que tu t'en ailles de là. Tu te lances, peu importe. J'en ai parlé à mon mari et il m'a dit, vas-y, lance ta boîte, fais ce que tu as envie de faire et puis tu verras. Donc, c'est ce que j'ai fait. conventionnel et tout. Et je me suis lancée officiellement en tant que traductrice indépendante en 2015. Et ça a fonctionné assez vite. J'ai eu tout de suite un gros contrat. L'aventure a bien pris. Et j'étais contente. Alors, je travaillais beaucoup, mais je pouvais être là, emmener les filles, aller les chercher. C'était hyper important pour moi.
- Aurélie Roux
Oui, de trouver une flexibilité.
- Christina Gabelica-Fernandez
Exactement, une flexibilité. Si pas une liberté, parce qu'au départ, il ne faut pas se leurrer. L'entreprenariat, il faut bosser. Et puis là, j'étais dans des textes. plutôt compliqué parce que c'était du juridique lié à l'Union Européenne, donc ce n'était pas trop mon domaine. Donc, j'étais bien bien prise, mais n'empêche, j'étais là pour mes enfants. C'était hyper important.
- Aurélie Roux
Oui, tu m'as dit que tu as fait des missions d'interprétation pour l'agence de biomédecine.
- Christina Gabelica-Fernandez
c'est venu après et ça a été vraiment dans les missions, donc c'est de la liaison. C'est-à-dire qu'on est là et on discute avec les personnes. C'est comme une discussion, sauf que quand la personne parle dans la langue, moi je traduis et vice-versa. Je traduis les réponses. Et là, c'était vraiment des missions qui m'ont beaucoup marquée, parce que c'était une association qui est en Bosnie-Herzégovine, qui faisait faire des opérations, donc des dons de reins, donc de personnes vivantes à une personne malade, et ils se faisaient opérer au CHU de Grenoble, parce qu'à Sarajevo, ils n'ont pas les infrastructures nécessaires pour faire ce genre d'opérations très délicates, et notamment le suivi qui est très important après. Et donc l'agence de biomédecine, elle a un comité d'éthique, donc tout se passe à Lyon, même pour Grenoble. C'est un comité d'éthique qui vérifie si le donneur ou la donneuse le fait de manière bien consciente et prend conscience des risques éventuels, etc. C'était très fort parce qu'en plus, c'est des histoires. Déjà, il y a la maladie souvent et puis il y avait des histoires. J'avais une femme qui donnait un rein à une personne qui n'était pas de sa famille, mais parce qu'il les avait aidées et même sauvées. pendant la guerre. C'était des choses, donc beaucoup d'émotions aussi. Il faut essayer de rester historique parce que je ne suis pas là non plus. Oui,
- Aurélie Roux
tu n'es pas là pour prendre parti.
- Christina Gabelica-Fernandez
Après, c'était toujours des questions. Ça se passait plutôt dans la bienveillance. Puis les gens sont assez stressés. Ils sont dans un pays étranger. Ils vont se faire opérer. Il y a tout un comité. C'est des médecins, des psychologues. C'était plutôt bienveillant. Et en fait, là, je me sentais vraiment à ma place parce que j'étais un pilier dans ce... Là-dedans, malgré moi, parce que s'il n'y avait pas ce comité d'éthique, il n'y avait pas une autorisation. En fait, c'est le tribunal qui donne une autorisation de prélever le rein. S'il n'y a pas de comité d'éthique, eux, ils approuvent. Et après, seulement le tribunal donne cette autorisation. Donc, c'était hyper important. Malheureusement, après, il y a eu Covid, etc. Tout ça s'est un peu arrêté, en tout cas avec cette association-là. Mais ça a été des missions hyper, très humaines. qui m'ont énormément marquée. Des beaux moments de joie malgré le sujet, d'avoir appris le suivi des gens, d'avoir les petites nouvelles, c'était bien.
- Aurélie Roux
Et puis arrive la réflexologie.
- Christina Gabelica-Fernandez
Tout à fait.
- Aurélie Roux
Comment tu tombes là-dedans ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Comment je tombe là-dedans ? Moi, j'ai toujours été déjà, depuis petite, j'étais assez intéressée par tout ce qui était bien-être, santé, beauté, etc. Je me souviens, je... Les magazines Femmes Actuelles ou je ne sais plus quoi de ma mère, j'arrachais les pages, je les gardais dans des vieux classeurs. Enfin voilà, ça m'intéressait beaucoup. Mais bon, j'avais mis ça dans un côté de ma tête et j'ai ma meilleure amie qui a souffert d'un cancer du sein. Elle en est décédée et dans ses soins de support, elle avait de la réflexologie, elle adorait ça. Les fois où elle rentrait à la maison, j'essayais de lui faire des massages, vite fait comme ça, en regardant un petit peu sur Internet. Et ça lui faisait un effet fou, notamment sur les douleurs, sur son sommeil, après son décès. Je suis tombée par hasard sur une autre formation, complètement par hasard, qui avait lieu à Lyon. Puis je me suis dit, c'est très intéressant. Et puis j'ai envie de, pourquoi pas me former ? Parce qu'en fait, j'ai vu les effets et aucune ambition sur le coup de refaire un métier ou quoi que ce soit. Moi, je suis dans mes traductions, j'en vivais bien, un hobby. Et en fait, je suis tombée dedans. et j'ai commencé à la planter et puis entre temps il y a eu le Covid et le confinement après le confinement j'ai passé mon examen et puis l'été 2020 j'ai eu une opportunité d'intégrer un jour par semaine ce cabinet où nous nous trouvons aujourd'hui à la Croix-Rousse à Lyon, c'était aussi un coup de foudre amicale en guillemets avec Émilie qui est ma collègue qui cherchait quelqu'un pour être avec elle pour se partager des jours Et en fait, ce n'était pas prévu. On est resté pendant une heure et demie à papoter, etc. Puis je me suis dit, allez, on y va. De toute façon, qui ne tente rien à rien, on verra bien. Toujours dans la même lignée de ma façon de vivre. Je me suis dit, on verra, ça fonctionne, c'est bien, ça ne fonctionne pas. Voilà, je n'avais pas grand-chose à perdre. J'ai un peu investi dans du matériel. Et ça a bien pris tout de suite aussi, parce que je pense aussi que les gens, à l'époque de confinement, ils ont commencé aussi beaucoup à s'intéresser à... Des alternatives à la médecine conventionnelle, donc c'était complémentaire en tout cas, et ça a bien fonctionné. Et puis j'ai continué en fait, parce que dans les personnes que je voyais, mes clients, j'avais des cas parfois un petit peu... J'ai très vite eu des cas un petit peu plus compliqués. Des gens en errance médicale ou qui ne se trouvaient pas entendus ni par le corps médical. En plus, il faut se remettre à 2020 où c'est toujours très très compliqué. Et là, j'ai décidé d'approfondir et en me formant à tous les types de réflexologie, donc réflexologie faciale vietnamienne, Yen Chan, auriculothérapie, spécialisation dans l'accompagnement des maladies dégénératives, enfin plein, plein de choses que j'ai pratiquées au fur et à mesure sur mes clients.
- Aurélie Roux
Du coup, là aujourd'hui, on est dans ton cabinet à la Croix-Rousse, donc cabinet partagé. Raconte-moi un peu cette pièce. Qu'est-ce qui s'y passe qui ne pourrait pas se passer ailleurs ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors, dans cette pièce, déjà, c'est la déco de ma collègue Émilie, que j'ai tout de suite adorée, parce que c'est un bleu nuit, ça met tout de suite toujours des compliments sur cette déco qui n'est pas du tout de mon fait, je n'y ai rien fait. Mais prends les compliments ! C'est ça, exactement. Donc voilà, Émilie, si tu m'écoutes, c'est un petit cocon, où il peut faire très très chaud en été, mais on gère. Moi, je me suis sentie bien tout de suite dès que j'ai mis les pieds ici, et je pense que les gens le ressentent. Et c'est, voilà, le cabinet. Alors aujourd'hui, j'en ai deux parce que j'ai déménagé. Je suis sortie de la région lyonnaise. Je suis en Isère et je reçois aussi chez moi. Donc il y a un cabinet totalement différent. Une autre façon parce que c'est mon domicile.
- Aurélie Roux
Tu n'as pas demandé à Émilie de décorer ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Je devrais. En plus, c'est en cours de réflexion pour le décorer. Mais c'est vrai qu'ici, voilà, c'est mes débuts. Et les gens s'y sentent plutôt bien. Et voilà, moi, je... Je me sens une vraie réflexologue ici dans son petit cabinet, partagée avec... Mais c'est vrai qu'au départ, c'était un petit syndrome de l'imposteur, parce que la façon de débarquer, la fille, elle est traductrice, mais j'ai vraiment eu ce truc, ce coup de cœur pour cette pratique, et maintenant, je me sens bien dans mon rôle, enfin dans mon rôle qui est même devenu mon identité, mais c'est vrai que le fait d'avoir un cabinet, ça posait aussi les choses.
- Aurélie Roux
Tu parles de petits miracles qui se produisent grâce à la réflexologie. Est-ce que tu pourrais m'en raconter un, un seul, en entier ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Le plus spectaculaire, c'était une personne qui était arrivée avec une paralysie faciale. Et en fait, à l'hôpital, ils l'avaient relâchée en disant, il n'y a pas d'AVC. Ils l'ont relâchée dans la nature, la pauvre. Et en disant, ce n'est pas un AVC. Donc voilà, il faut juste attendre. Sauf que cette personne, non seulement ça la stressait, elle avait le visage complètement vers la droite, je pense. c'était très compliqué et vraiment beaucoup de... de stress et d'angoisse, en se disant, est-ce que je vais redevenir comme j'étais ? Et donc, cette personne m'a été adressée par un autre praticien en disant, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais là, voilà. Et là, je me suis dit, on va tester le Dien Chan, réflexologie faciale vietnamienne, où on peut travailler vraiment très précisément sur des points sur le visage et notamment des points qui sont liés aux nerfs crâniens. On a 12 paires de nerfs crâniens. crâniens qui sont vraiment reliés au cerveau. Et c'est les nerfs faciaux. Enfin, il y en a plein. Et ça a été une séance très douloureuse pour elle. Ça a été très, très compliqué. Mais à la fin de la séance, son visage avait déjà repris forme. Et ça, en plus, je lui avais dit, je n'ai jamais eu votre cas. Je ne sais pas. Je vais tenter. On est ensemble. On est une équipe sur ce coup-là. Elle avait tellement envie de se débarrasser de ça qu'elle m'a dit, c'est pas grave, c'est pas grave. Elle avait les larmes, la pauvre. À la fin de la séance, elle me dit « mais c'est dingue, elle avait retrouvé des sensations, etc. » Et à la deuxième séance, elle l'a complètement retrouvée. Et c'est un truc dingue. C'était mon premier cas.
- Aurélie Roux
Très satisfaisant.
- Christina Gabelica-Fernandez
Très satisfaisant, oui. Ça, c'était vraiment l'avant-après. Alors, je n'ai pas pris en photo, évidemment, mais ça aurait valu le coup. Oui, pour toi. Ah oui, ça reste. Pour ton petit livre d'or. On m'avait fait un petit commentaire pour un avis. Donc, ça, je le garde précieusement parce que je me dis, waouh, c'est moi qui ai fait ça. Le Dien Chan, mais sous mes doigts. Bravo.
- Aurélie Roux
Quand quelqu'un se présente, qu'est-ce que tu regardes ? Qu'est-ce que tu écoutes ? Qu'est-ce que tu touches en premier ? Qu'est-ce que tu vois, toi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors, quand quelqu'un arrive... La première chose, je me mets vraiment à l'aise et c'est important de discuter. Ma première phrase, c'est toujours, ma première question, c'est qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Des personnes qui vont dire ça, ça, ça et ça, j'ai ça. Et d'autres, c'est l'invitation à me raconter beaucoup de choses qui n'ont parfois pas spécialement à voir avec ce qu'on va faire. Mais ce temps d'écoute, je pense que c'est la première chose. Et moi, après, ça me permet de faire aussi les liens parce que je combine les différentes réflexologies. On me dit, ah oui, mais il a ça, mais il a ça aussi. Ça, ça pourrait être intéressant. Donc, moi, mon cerveau, il est à fond. Mais l'écoute, malheureusement, on trouve aussi de moins en moins chez les médecins en médecine conventionnelle. Et les gens ont besoin de ça. Ça fait partie du processus d'aller mieux, sans dire guérir, quoi que ce soit. Et ça, souvent, ils vont le trouver ailleurs que chez le médecin. Et ça, c'est hyper important. Bon, après, il faut aussi un peu cadrer pour... pas partir dans tous les sens et puis je ne suis pas psy, je ne suis pas... Je sais toujours où est ma limite, mais c'est la première chose que je fais et après, j'aime bien expliquer ce que je fais parce qu'il y a des gens qui viennent, ils ne savent pas du tout à quoi s'attendre, ce que c'est la réflexologie, ils viennent parce qu'on leur a dit que et ça c'est important d'expliquer tout et en mettant bien sûr en rappelant toujours les choses que je ne fais pas de miracle. Enfin voilà, c'est important qu'ils se sentent vraiment à l'aise. Et puis après, c'est une découverte. Après, selon le protocole que je choisis, on découvre le visage. C'est beaucoup d'observations aussi, sans nécessairement dire les choses. Après, c'est les doigts qui partent. Je teste aussi des choses.
- Aurélie Roux
À quel moment tu sais que la séance est en train de bien se passer ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Quand la personne se relâche vraiment, et ça, on le sent tout de suite, surtout sur les pieds, et même le visage. Je vois tout de suite parce que le visage est très, très expressif chez tout le monde. Et il y a toujours un moment où ça relâche. Bon, certains s'endorment, il y a un petit ronflement, mais vraiment, c'est ça, c'est bonus. Mais c'est vrai que souvent, j'ai des personnes parfois qui sont très stressées, qui sont vraiment dans le contrôle. Et donc, ça met un certain temps. franchement jusqu'ici tout le monde a réussi à relâcher à un moment donné même si c'est les cinq dernières minutes. Et après elles ont moins d'appréhension et quand elles reviennent, elles relâchent un peu ce contrôle.
- Aurélie Roux
Et ta joie à toi dans ce geste, elle se déclenche quand ? Avant, pendant ou après le geste ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Moi, c'est pendant. Moi, je pars avec mon... Évidemment, je me concentre beaucoup, notamment quand je travaille sur le visage ou en auriculo sur l'oreille, parce que c'est très précis. Mais c'est vrai que quand je fais, notamment en plantaire ou quand je fais la version purement bien-être de la réflexologie faciale, je pars aussi. Je connais mes gestes, c'est fluide. Moi, je me détends en même temps. ça te masse ton énergie oui exactement et avec le temps j'ai aussi appris à me protéger j'aime pas dire on est négative mais des personnes qui ont vraiment des choses lourdes que ça a pu me toucher au début où on rentre, on est pas bien là maintenant j'ai appris à oui parce qu'il faut-il préciser que tu es empathique oui peut-être c'est pas la peine de le préciser mais voilà de l'empathie et puis la savoir aussi surtout quand on reçoit beaucoup de personnes qui ont maladies chroniques, cancers, etc. Il faut poser sa limite.
- Aurélie Roux
Est-ce qu'il y a une partie de ton travail que tout le monde pourrait trouver pénible mais que toi, tu adores ? Je pense à un truc avec cette question et je te dirai.
- Christina Gabelica-Fernandez
Moi, une des choses qu'on me dit beaucoup, c'est justement l'accompagnement des personnes, notamment en fin de vie, soins palliatifs, avec des choses très très lourdes. Je me dis, mais comment tu fais ? Je fais parce qu'en fait, j'adore ça et que... Là aussi, malgré la douleur, il y a toujours des moments de joie, d'espoir qui reviennent. Et je sais vraiment que ça fait du bien, non seulement pour la personne, mais aussi l'entourage.
- Aurélie Roux
Moi, je pensais à un truc beaucoup plus terre à terre.
- Christina Gabelica-Fernandez
Vas-y.
- Aurélie Roux
C'est ma question à moi, c'est comment tu fais pour toucher les pieds des gens ? Ouais,
- Christina Gabelica-Fernandez
d'accord. Je pense que je vais te répondre comme... Alors là, je ne vais pas me mettre à la place d'un médecin, mais tous ceux qui font des spécialités un petit peu, on pensera peut-être au gynéco, etc. Tu ne vois pas ça du tout comme un pied. Puis j'avoue, j'ai vraiment des clients hyper respectueux. Je n'ai jamais eu quelqu'un qui vient avec... Oui, c'est exul, mais voilà. Il y a tout ce qu'il faut pour que ça se passe bien. Et non, je n'y réfléchis même pas. Je ne vois pas ça comme un pied moche. Il y a autant de pieds différents, autant de pieds que de personnes. Mais ça, c'est aussi un truc. qu'on me dit ça me dégoûte les pieds. Non, ben non. Pourtant, on m'aurait dit ça il y a dix ans. J'aurais dit mais impossible. Ça me dégoûte. Mais non, en fait. Je ne sais pas, je pense que le côté bénéfice-bienfait est passé tellement au-dessus que voilà, c'est pas...
- Aurélie Roux
Pardon pour ma petite question.
- Christina Gabelica-Fernandez
Mais non, mais c'est exactement ça. Moi, j'étais plutôt partie dans mes cas...
- Aurélie Roux
Je te propose qu'on se sorte du cabinet.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui.
- Aurélie Roux
Et je voudrais maintenant plus parler de ta joie quotidienne. C'est quoi ton meilleur moment d'une journée normale ?
- Christina Gabelica-Fernandez
D'une journée normale, me réveiller le matin, faire mes petits rituels. Moi j'aime bien, je suis très rituelle. Me lever mes étirements, mon petit drainage lymphatique, mon petit rituel peau, mon sport. J'ai besoin de tout ça pour me mettre en...
- Aurélie Roux
Mais tu mets combien de temps pour te réveiller ? Entre le réveil et le...
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors entre le réveil, mes petits rituels, c'est une dizaine de minutes. Après le sport, c'est une demi-heure à peu près. Tous les matins ? Oui, tous les matins, j'essaye. Mais j'aime bien ça. Et puis voilà, ouvrir les fenêtres. Alors quand il fait beau, c'est encore mieux. Puis je suis à la campagne, donc j'adore. Je me dis que c'est une des meilleures décisions. Et ça aussi, c'est un truc, on m'en redit ça il y a dix ans. Jamais à la campagne, j'ai des poules. Je me dis, j'ai toute cette verdure et tout. C'est un plaisir le matin.
- Aurélie Roux
Comment elles s'appellent tes poules ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Ah ben on a changé parce qu'il y en a plusieurs qui se sont fait manger par le renard. Donc là on a Blanchette la survivante et puis on a deux nouvelles là d'hier.
- Aurélie Roux
Elles n'ont pas de nom encore ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Flocon et Eclair d'après mes filles. Flocon étant grise, je n'ai pas compris mais c'est pas grave. C'est mes petites joies du matin. Bon après c'est plein de petites choses tout au long de la journée mais j'aime vraiment bien ce moment.
- Aurélie Roux
Est-ce qu'il y a une odeur qui te met de bonne humeur à tous les coups ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Les odeurs... pâtisserie, gâteau, sentir le pain. C'est vraiment... C'est des odeurs qui me mettent vraiment de bonne humeur. Après, j'aime aussi les huiles essentielles. Donc voilà, j'ai mes petites huiles.
- Aurélie Roux
Tu as des huiles du bonheur ?
- Christina Gabelica-Fernandez
J'ai des huiles du bonheur. J'ai les petits grains Bigarade, moi, que j'adore. C'est l'orange amer. C'est une huile du bonheur.
- Aurélie Roux
Ok.
- Christina Gabelica-Fernandez
Que j'adore sentir. Après, la vente, des choses plus classiques aussi. Donc, il y a plein d'odeurs qui... la cannelle aussi. J'adore les odeurs de l'hiver aussi, sapins. Les odeurs, c'est quelque chose dans ma vie.
- Aurélie Roux
Toi, t'es plutôt joie partagée ou joie perso ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Joie partagée. Ouais, avec. Famille, amis, les amis qui deviennent aussi la famille, avec le temps. Moi, c'est vraiment des moments, des gros fourris, parce qu'on peut difficilement être en fourris tout seul.
- Aurélie Roux
C'est vrai. Avec qui est-ce que tu ris le plus fort ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Avec mon amie Aude et avec ma sœur, voilà, si elle m'écoute.
- Aurélie Roux
Il y a du monde qui va écouter, je te dis. Émilie, Aude, la sista. Est-ce que tu as une joie un peu honteuse que tu ne mets pas sur Instagram ? Un petit plaisir coupable ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Un petit plaisir coupable, au moins ça va être toujours lié à la bouffe, à la nourriture. C'est finir le pot de beurre de cacahuète. Plus récemment, j'ai découvert, c'est italien, c'est un petit pot de pistache, 100% pistache, que je me fais à la petite cuillère. Donc moi, ça c'est mes petits trucs honteux, c'est vraiment quand je mange en cachette mes petits... La petite cuillère.
- Aurélie Roux
Maintenant, tout le monde le sait.
- Christina Gabelica-Fernandez
Tout le monde le sait, mais j'assume. Ce n'est pas grave.
- Aurélie Roux
Un petit peu moins léger, mais parce que je sais que pour toi, c'est important et positif. J'aimerais que tu me parles de la place de ton couple dans ta vie
- Christina Gabelica-Fernandez
C'est mon roc mon mari, justement, c'est notre rencontre improbable et puis tout ce qui s'est passé au début, tout quitter, je ne me suis pas trompée et on forme une équipe, vraiment. Et je trouve ça d'autant plus important en tant qu'entrepreneur, quand on a quelqu'un qui nous soutient, qui est derrière, quoi qu'il arrive. Après, voilà, c'est pas rose tous les jours, il a ses défauts, moi j'ai les miens et on est aussi très, très différents. Et je pense qu'on se complète vraiment bien, on s'est trouvé les deux pièces du puzzle, en fait. Elle est vraiment hyper importante et on forme vraiment une équipe au quotidien. Que ce soit au côté vie privée, avec les enfants, on a toujours les mêmes valeurs, les mêmes objectifs. C'est quelqu'un avec qui je pense que je peux vieillir sans avoir peur. Parce qu'il y a souvent des gens qui ont un peu peur une fois sortis de la routine, les enfants, machin. Moi, je me vois très bien à la retraite avec mon mari, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. C'est vraiment une personne très importante dans ma vie. On rigole beaucoup. Une petite blague. Il peut être un peu relou aussi, mais voilà.
- Aurélie Roux
Comme par exemple.
- Christina Gabelica-Fernandez
Il est très tactile, moi pas du tout. Et ça a toujours été des moments de...
- Aurélie Roux
T'es pas tactile, mais tu travailles avec tes mains.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui, exactement. C'est ça aussi quelque chose de particulier. Mais oui, je suis pas quelqu'un...
- Aurélie Roux
Donc tes mains ont le droit de toucher, mais par contre, il faut pas trop t'embêter.
- Christina Gabelica-Fernandez
Voilà, c'est ça. Après, je me suis améliorée justement avec la maternité, avec la vie de couple et tout, mais je ne suis pas quelqu'un qui aime bien qu'on me prenne beaucoup dans les bras, etc.
- Aurélie Roux
Je vais te poser deux questions qui sont peut-être un peu moins confortables. Tu réponds ce que tu veux. Qu'est-ce qui abîme ta joie en ce moment ? Qu'est-ce qui peut abîmer ta joie ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors, ce sera sur le coup, les coups durs de la vie, apprendre une mauvaise nouvelle, sur la santé de quelqu'un, ce genre de choses. Ça peut abîmer ma joie. Encore une fois, sur le coup, après... Moi j'ai toujours ce côté où on va quand même essayer de trouver du positif, essayer d'avancer malgré tout. Mais ça, ça peut abîmer ma joie, une mauvaise nouvelle. Parce qu'avec le temps, les personnes que je trouve toxiques, etc., je ne les vois plus. Au quotidien, personne ne va abîmer ma joie à part ce genre de nouvelles de la vie. Quelqu'un en apprend, un cancer, un accident de voiture, ça oui, sur le coup, c'est...
- Aurélie Roux
Et comment tu fais justement pour remonter ta joie dans ces cas-là ?
- Christina Gabelica-Fernandez
On avance au quotidien, en fait, après quand c'est quelqu'un de très proche, c'est être là. Je me rappelle, j'étais avec une personne très proche, qui devait se faire opérer, on était dans une salle des admissions, ambiance très lourde, dans un hôpital, avec plein de gens qui sont là pour des très mauvaises nouvelles, etc. On a réussi à avoir un espèce de fou rire sur un truc, rien que dans... Je reparle aujourd'hui, je me remets pour ce moment complètement incongru. Enfin voilà, alors il y avait sûrement besoin d'évacuer du stress, etc. Mais on pleurait de rire. Les gens nous regardaient un peu en disant « c'est un coup de main folle » . C'est Anne Dauphine Julien qui dit ça, « remettre de la vie au jour quand on ne peut pas ajouter du jour à la vie » . Je trouve que ça, ça veut tout dire. Après, ce n'est pas le but aussi de faire tout va bien, être dans le déni, faire l'autruche. Mais il y a toujours moyen de trouver des petits moments de joie. Après, je me tiens à éloigner de trop d'actualités moraux, etc. C'est ce qui se passe dans le monde, etc. Mais je ne veux pas qu'au quotidien, ça me mine. Parce qu'en fait, je ne peux pas y faire grand-chose. Et quand je peux faire quelque chose, par contre, je le fais.
- Aurélie Roux
Merci pour cette citation qui fait du bien à réentendre. Tes choix professionnels, personnels, qu'est-ce que ça t'a coûté ? Qu'est-ce qui t'ont coûté ? Est-ce que tu as dû dire adieu à des choses, renoncer à des choses pour faire tes choix ? Est-ce que choisir, c'est renoncer ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Non. En fait, moi, je suis plutôt dans la team, on peut tout avoir. Mais après, ce n'est pas toujours tout en même temps non plus. Mais non, mes choix étaient faits toujours... Je sentais que je devais faire ça. Et franchement, jusqu'ici, j'ai toujours réussi à faire tout ce que je voulais. Il y a des échecs, etc. Mais il n'y a jamais eu rien de grave qui m'a dit j'ai vraiment fait un choix de merde. Des petits trucs, évidemment, mais jamais rien que ce soit à vie privée, sur les gros choix. Carrière professionnelle, le mari, les enfants, on ne les choisit pas. On les prend quand même. On les prend quand même, on prend le package. Mais non, franchement, ce que ça m'a coûté, peut-être un peu du temps quand on met en place un projet entrepreneurial. Mais pour moi, le chemin, c'est aussi bien que la destination. Donc, pour reprendre un peu les trucs bien bateau. Mais c'est un peu ça, quoi.
- Aurélie Roux
c'est parce que tu vas avoir 45 ans. Tu te dis, j'étais obligée de sortir des phrases comme ça.
- Christina Gabelica-Fernandez
Exactement. J'en sors tout le temps à mes enfants.
- Aurélie Roux
Et oui, c'est ça. Exactement. Elles lèvent les yeux au ciel comme ça. Complètement.
- Christina Gabelica-Fernandez
la dernière en date c'était quand même quand le mensonge prend l'ascenseur la vérité prend l'escalier et je crois que je leur ai dit ça pendant une semaine parce qu'elles m'avaient embrouillée avec des histoires de téléphone elles m'avaient caché elles avaient mis une application que j'avais interdit etc et du coup la vérité prend l'escalier et elles sont là ah maman
- Aurélie Roux
Ça fait 20 ans que tu traduis et l'intelligence artificielle arrive. Qu'est-ce que tu as vu changer concrètement ? Et à quel moment tu t'es dit que ça te concernait vraiment toi ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Alors en plus, moi, ça, c'est arrivé très, très récemment. Donc là, nous sommes en fin août. J'ai vraiment eu les premiers... 2026. 2026, tout à fait, c'est important. Et j'ai vraiment eu les premiers gros, où ça m'a vraiment impacté mon chiffre d'affaires en mai. Donc c'est vraiment cette année.
- Aurélie Roux
C'est-à-dire concrètement ?
- Christina Gabelica-Fernandez
J'ai perdu un client, un gros client, qui me faisait du chiffre d'affaires très régulier tous les mois depuis 8 ans. C'est un de mes premiers clients en plus, dans le domaine de la cosmétique. Et du jour au lendemain, c'était le mois prochain, on fait une pause, on va tester. Et un gros manque à gagner. Alors, ça faisait pas tout mon chiffre d'affaires, mais quand même une bonne partie. Et là, je me suis dit, ah oui, ça y est, ça commence. Et puis bon, un peu d'autres clients apparaissent. commence, qui m'envoie plutôt de la révision de ce qu'on appelle la post-édition, donc de la révision de traduction édité par l'IA, etc., que je refuse de faire quand c'est vraiment mauvais, et c'est souvent mauvais. Et là, je me suis dit, bon, ben ça y est, je me sens comme le vendeur de VHS dans les années 90. Je suis un métier en voie de disparition. Alors, pas complètement, parce que j'estime qu'il y a d'autres ressources, il y a d'autres façons de proposer la traduction. D'autres façons de proposer la communication interculturelle, ce que je fais finalement, avec l'anglais, l'allemand et le croate. Et puis le lien humain, c'est vraiment ça qui fera la différence. Parce qu'une machine, elle peut traduire une notice d'utilisation. Globalement, tu n'as pas besoin d'un traducteur. Mais pour des choses où on va aller plus en profondeur, des choses après juridiques qui vont être un petit peu plus pointues, du médical, des choses... On aura vraiment besoin de... Du ressenti de la personne.
- Aurélie Roux
Donc tu penses qu'il y a quand même un espace protégé.
- Christina Gabelica-Fernandez
Je pense qu'il y a un espace, enfin offrir autre chose que purement des mots passés d'une langue à l'autre. Et ça c'est vraiment je pense l'essence même de la traduction. Et que ce qui était purement qu'une machine peut faire, c'est la machine qui le fera. Et nous on sera là pour des trucs vraiment intéressants. Donc toujours des bouquins, parce que là il y a, alors peut-être qu'un jour ça viendra et qu'on va complètement disparaître. Et là, je le vois aussi pour les cours de langue. Les gens étaient vachement les applis, duolingo, machin, les trucs en innerlink que tu causes avec une IA. Sauf qu'en fait, sur le coup, ça ne fonctionne pas. Les gens se rendent compte qu'ils abandonnent parce que c'est très répétitif. Il manque vraiment un lien humain. Et le fait d'être derrière, même si c'est en visio, et que tu as quelqu'un qui t'attend, ils ont besoin de ça. C'est plus engageant. Donc voilà, il faut vraiment s'adapter et proposer autre chose. Et j'y travaille justement. J'ai plein d'idées qui viennent. Je pensais ne plus devoir être créative pour ça. Donc j'avais beaucoup donné sur tout ce qui était réflexologie, etc. Là, je retourne un peu aux sources, traduction. Qu'est-ce que je fais maintenant ? Parce que ça reste mon métier de cœur, que j'aime.
- Aurélie Roux
Et tu parles de ressources enfouies qu'on ne soupçonne pas. C'est quoi ? C'est quoi chez toi tes ressources ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Chez moi, c'était notamment pour le croate. C'est ce que je suis en train de mettre en place, des cours de croate. Alors, les tourner d'une façon justement qui soit où on va utiliser les facilités de l'IA, enfin l'IA ou autre chose, mais en tout cas de technologie et la présence humaine. Moi, je suis très attachée à cette langue. C'est une vraie langue, une culture, un peuple, etc. qui, au fur et à mesure, ça va se perdre parce que c'est une langue en guillemets rare parce qu'on part en Croatie, on ne la parle pas, mais Il y a beaucoup de gens qui la portent en eux parce que des ancêtres croates, et souvent, si des gens y reviennent, c'est des personnes qui ont aujourd'hui 25-30 ans, dont le grand-père ou l'arrière-grand-père était croate, et ils sont à l'autre bout du monde et ils s'intéressent à leurs racines, etc. Et ils ont envie de comprendre, etc., la culture. Et ça, c'est un truc que j'ai toujours porté en moi. Et c'est vraiment une envie qui revient, mais que j'avais enfuie depuis des années, des années. Donc là, j'ai plein d'idées qui me viennent. J'ai lancé pour l'instant sur les réseaux sociaux. Ça fonctionne plutôt bien. J'ai plein de gens, des super retours. Et au fur et à mesure, je construis mon projet. Et je ne pensais pas avoir autant de créativité. Après, il y aura le côté technologique qui sera moins mon truc, mais je me ferai aider. Et en fait, je ne pensais pas que finalement, ça me libère peut-être du temps pour lancer ce truc qui me tenait à cœur depuis longtemps. Et ouais, donc c'est des ressources, des idées qui se concrétisent depuis cet été.
- Aurélie Roux
Comment ça s'appelle ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Crofacil. C'est le croate enfin pensé pour les francophones. Parce que je suis la mieux placée, je pense. Mais bien sûr. Pour les deux langues.
- Aurélie Roux
Tout à l'heure, tu parlais, c'est moins rigolo, tu parlais de soins palliatifs, de maladies, et tu me dis que même dans ces pires moments, il y a des instants de joie. Tu te souviens d'un exemple, d'un instant en particulier ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui, à l'instant qui restera gravé. Je collabore avec une amie qui est infirmière libérale et qui fait beaucoup d'hospitalisations à domicile, notamment dans le Nord-Isère. On s'est beaucoup attaché à une maman en phase terminale du cancer, qui a de grandes filles. On a tout fait pour qu'elle puisse passer un dernier Noël. Mon amie infirmière a fait ce qu'il fallait faire, côté médicaments, etc. Et moi, j'ai fait ce qu'il fallait pour le côté énergie, bien-être, etc. Et donc, cette maman a pu passer son dernier Noël. Donc, elle s'est levée, elle a pu s'habiller, elle a pu se maquiller, elle a pu un peu manger, même boire un petit verre. Et ça restera un Noël mémorable. Elle est décédée en début janvier, après. Et dans ce truc vraiment assez horrible... Il y a eu vraiment ce moment de joie qui restera gravé aussi bien pour nous, mais surtout pour ses enfants et sa famille. Et ça, c'est les petits moments de joie dans... Je pense qu'on touche du doigt le pire de ce qu'on peut avoir dans la fin de vie d'une personne plutôt jeune qui avait nos âges.
- Aurélie Roux
Ça devait être intense. Qu'est-ce que tu as fait juste après ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Juste après, alors déjà, moi, juste après... On était à fond, on s'est dit, il faut qu'elle soit bien. Donc, il y avait cette espèce de truc d'adrénaline. Mais c'est vrai que l'envie était un peu plus la vraie fin de vie. C'était parce qu'on sait qu'on est au bout. Mais c'est là qu'on se dit, il faut le faire. On a besoin de nous pour ce genre de choses, que ce soit le côté purement médical. Là-dessus, c'était vraiment ultra complémentaire, qui est un peu aussi un de mes combats, la complémentarité des méthodes naturelles. on va dire, et médicale. Mon cheval de bataille. Et ça, elle restera toujours importante dans ma vie. C'était peut-être un peu trop attachée à la personne aussi, parce que malgré... Enfin, on ne peut pas... Mais ça restera une belle victoire et beaucoup de joie dans un moment vraiment... Enfin, voilà, il n'y a pas de mots.
- Aurélie Roux
Christina, qu'est-ce que tu aimerais qu'on dise de toi dans 10 ans ?
- Christina Gabelica-Fernandez
Dans 10 ans, j'aurai 55 ans. Moi, j'aimerais bien qu'on dise que côté pro, que je sois l'experte en la matière. En les matières. En les matières. Que les deux côtés se soient développés et que dans ces domaines-là, on parle de moi, clairement. D'accord. Et puis au niveau personnel, toujours, que je n'ai pas changé, que je suis toujours la même. peut-être plus sages avec d'autres proverbes et citations. Mais voilà, toujours aussi autant d'énergie, à rire, que mon mari me dise toujours qu'il m'aime et puis que j'ai toujours les mêmes amis.
- Aurélie Roux
Si tu devais offrir une boîte de démarrage de la joie, tu mettrais quoi dedans ? Tu sais, c'est la mode des box.
- Christina Gabelica-Fernandez
Oui, les box, oui. Tu mets quoi dans la joybox ? Dans la Joybox, déjà, il y aura de la nourriture. Des Ausha, du beurre de cacahuète, des chocolats, plein de trucs, des pistaches. Donc ça déjà, ça fait partie de la joie. Une bonne bouteille de vin aussi, qui va avec.
- Aurélie Roux
À boire avec modération. On va être obligés de le dire, je pense.
- Christina Gabelica-Fernandez
C'est ça, avec modération. Et qu'est-ce que je mettrais dans la boîte ? Un bon pour une séance de réflexologie, obligatoire. Et puis, une séance photo. parce que non mais finalement oui parce qu'on a commencé la rencontre par les portraits et c'était assez sympa drôle et je pense que ça peut aussi aider à voilà sûrement quelques bouquins et puis un petit carnet avec un stylo parce qu'il faut toujours écrire
- Aurélie Roux
on arrive à la fin c'est passé vite c'est passé vite Christina j'ai une dernière question c'est la question rituelle en ce moment qu'est-ce qui te ramène de la joie ?
- Christina Gabelica-Fernandez
En ce moment, moi, c'est la reprise. Moi, j'aime bien, j'ai passé de bonnes vacances. Et moi, septembre, c'est pas janvier, moi, les bonnes résolutions et tout. Moi, janvier, il ne faut pas me parler. C'est septembre, moi, c'est des belles énergies, du renouveau, on repart. Et puis, quand on aime ce qu'on fait, c'est cool, c'est chouette. Donc, je suis contente. des petits voyages à venir très prochainement. Donc ça aussi, ça me met en joie parce qu'après, les vacances en famille, les vacances entre copines et ça, c'est cool quand tout le monde est au boulot. Et donc tout ça me met, voilà, le mois septembre, c'est outre le mois de mon anniversaire, c'est vraiment un mois qui me met en joie. On est fin août, mais les perspectives me réjouissent.
- Aurélie Roux
Et bon anniversaire en avance !
- Christina Gabelica-Fernandez
Merci.
- Aurélie Roux
Merci Christina pour cette conversation et pour toute cette joie créatrice.
- Christina Gabelica-Fernandez
Merci à toi.
- Aurélie Roux
On te retrouve sur ton site internet et sur Instagram reflexofit.fr at christina reflexofit et at crofacile. Merci Christina.
- Christina Gabelica-Fernandez
Merci Aurélie.