- Aurélie Roux
Aujourd'hui, je reçois Maïtena Biraben et Alexandra Crucq.
- Maïtena Biraben
Bon courage !
- Aurélie Roux
Elles ont créé ensemble Mesdames Productions, puis Mesdames Médias, un média vidéo gratuit qui parle boulot, argent, désir et santé des femmes de plus de 45 ans, sans jamais les traiter comme si c'était fini. Si vous ne savez pas encore ce qu'est Mesdames Médias, allez vite voir sur Internet, c'est fantastique ! Maïtena Biraben, vous voyez qui c'est, vous l'avez forcément eue dans votre salon ou dans vos oreilles ces 30 dernières années. Pour moi, Maïtena... c'était l'émission Les Maternelles une pépite télévisuelle telle que j'étais heureuse d'être enceinte pour être enfin concernée par les sujets ; aujourd'hui elle jongle entre Mesdames et France Inter, à temps plein de chaque côté et je la remercie donc d'autant plus de m'offrir ce temps si précieux ici ensemble. Ce que j'aime chez Maïtena c'est qu'elle fait partie des gens qui posent une question et qui attendent vraiment la réponse. Alexandra Crucq on commence maintenant sérieusement à voir qui c'est. Elle a passé une vie à fabriquer des programmes télé que vous avez tous regardés, en restant soigneusement hors du cadre parce que c'était ça son métier, produire, diffuser. Moi, je l'ai rencontrée autrement. J'ai eu l'audace d'envoyer un message à Mesdames sur Instagram, et elle m'a répondu elle-même, directement: « Voilà mon numéro, rappelez-moi, j'ai une idée. » Et hop, me voilà embarquée, photographe officielle dans l'aventure "Mesdames en vraies"; là, sous couvert de son rôle de productrice qui consiste, entre autres, à organiser le chaos des autres, elle prend un malin plaisir à faire son chemin vers le devant de la scène. Et elle commence à aimer ça. Ce que j'aime chez Alexandra en trois mots, sa rigueur, son audace et son rire. J'espère qu'on va l'entendre.
- Maïtena Biraben
Et moi, je n'ai pas eu ma liste de ce que vous aimez chez moi.
- Aurélie Roux
Si, je t'ai dit, tu n'as qu'à écouter.
- Alexandra Crucq
Et bim !
- Aurélie Roux
J'ai dit ! Ce que j'aime chez Maïtena, c'est qu'elle fait partie de ces gens qui posent une question et qui attendent vraiment la réponse.
- Maïtena Biraben
En plus, c'était très joli.
- Aurélie Roux
En plus.
- Maïtena Biraben
Mais t'as quand même une plus grande liste de ce que t'aimes.
- Alexandra Crucq
Je suis d'accord.
- Maïtena Biraben
Ah oui, ça m'énerve.
- Alexandra Crucq
Pour une fois, pour une fois, Maïtena.
- Maïtena Biraben
Pourquoi pour une fois ? Genre une petite chose. N'importe quoi, la cousine de province.
- Aurélie Roux
Je vais me marrer au montage. Je ne sais pas.
- Maïtena Biraben
Ah bah nous, on te fait du monté.C'est prêt à livrer là. Tu montes pas. Nous, on fait du direct.
- Aurélie Roux
C'est mon premier épisode live. Je ne sais pas encore précisément ce qui les a fait se choisir. Je sais qu'elles rient beaucoup et qu'entre elles, ça n'a pas l'air d'être un détail. Et deux femmes qui rient fort et qui travaillent ensemble depuis des années. Moi, c'est de ce couple-là que je veux qu'on parle. Bienvenue donc dans la première conversation à trois de Ramène ta joie.
- Maïtena Biraben
C'est beau. C'est beau, hein ? Dès qu'il y a la joie, c'est beau. Franchement, la classe.
- Aurélie Roux
Maïtena t'a dit dans un podcast une phrase magnifique. T'as dit « J'ai un mari et j'ai un deuxième mari. C'est ma femme, c'est mon associé. »
- Maïtena Biraben
Oui.
- Aurélie Roux
Tu la dis souvent cette phrase ?
- Maïtena Biraben
Oui, parce que c'est vrai, en fait, quand on s'associe pour un job, on ne se rend pas bien compte en vrai au départ. Mais tous les gens, tous les associés le disent, une association professionnelle, tu es encore plus à poil que dans un mariage. C'est-à-dire que tu ne caches pas tes travers, tes défauts, tes mesquineries. Comme c'est une association, c'est gratuit, tous les jours, on choisit. On n'a pas d'enfants ensemble, on a une boîte. Tous les jours, on se dit « bon, j'ai encore envie de continuer de travailler avec toi » . Donc, on connaît les défauts de l'autre et on voit la face négative de l'autre et on accepte de faire avec. C'est quand même hallucinant, quoi. Et si le jour, on n'accepte plus, on s'en va. Mais c'est quand même extraordinaire comme association. C'est très exigeant, très profond et on se connaît, on connaît la vie privée, on connaît la personne. que l'autre ne veut pas montrer, on connaît les chemins qu'elle a empruntés pour arriver à ce qu'elle est aujourd'hui, ou à ce qu'elle n'est pas. On sait beaucoup, beaucoup de choses. Je pense que je sais presque plus de choses d'Alexandra que de Pierre, mon mari.
- Alexandra Crucq
Et moi, j'ajoute que c'est très juste ce que tu as dit, Maïtena, et ça me fait penser à... Quand on a monté cette boîte... il y a eu un contrat à faire, un contrat d'associé en fait. Et on m'avait dit, fais attention, prépare le bien, parce qu'un contrat d'associé, c'est encore plus important qu'un contrat de mariage. Donc c'est dire si c'est un engagement de s'associer avec quelqu'un dans une affaire en fait. Et je sursois complètement à tout ce qu'a dit Meïtena. On passe, je pense, entre 8 et 9 heures par jour ouvrable à minima, par semaine. Il n'y a pas un week-end où on n'échange pas des SMS. À n'importe quelle heure. À n'importe quelle heure et ce n'est pas un sujet. Et on est capable de tout se dire. Et ça, c'est très fort. Mais peut-être qu'on croit que c'est les associés en général. En fait, je me réfléchis et je pense que c'est d'abord principalement des femmes, parce qu'on s'épaule.
- Maïtena Biraben
Et en plus, nous, on a eu ce média avant même qu'il existe, cette idée que les femmes devaient prendre leur place très fortement dès le départ. Donc, on était obligatoirement l'allié et l'accomplice l'une de l'autre, sinon on n'allait pas y arriver. D'autant qu'on n'y connaissait rien, ni l'une ni l'autre.
- Alexandra Crucq
Non, et puis Maïtena a une faculté de parler, pour parler. Elle aime beaucoup, donc un, elle aime beaucoup parler, et deux, elle dit les choses, très simplement. Donc en fait, ça a beaucoup de vertu. Alors, ce n'est pas toujours facile à entendre parce qu'elle dit les choses simplement et compris les choses qu'on n'a pas envie d'entendre. Mais du coup, ça oblige beaucoup à la discussion, à l'explication. Et ça évite les malentendus, les situations un peu compliquées. Et on a compris que dès que quelque chose allait mal entre nous, il fallait en discuter. On n'a pas inventé, mais je crois qu'on fait... Je suis bien meilleure en communication avec Maïtena au travail que dans mon couple. Je peux vous dire que ça n'a rien à voir.
- Aurélie Roux
Maïtena, en une phrase, présente-moi Alexandra sans parler de son métier.
- Alexandra Crucq
Alexandra arrive à elle-même,
- Maïtena Biraben
est en train d'éclore à elle-même. Et elle va beaucoup se surprendre.
- Aurélie Roux
Alex, en une phrase, parle-moi de Maïtena sans parler de son métier.
- Alexandra Crucq
C'est... C'est la... Chez Maitena, il y a quelque chose de sincérité, de généreux à l'état pur. Il y a un truc très enfantin. C'est une femme, mais il y a quelque chose de très enfantin que peu d'adultes ont. J'en connais peu des adultes comme elle qui ont cette capacité à s'amuser, à mettre la joie dans la vie.
- Aurélie Roux
C'est beau. Je voudrais connaître un peu le moment où vous vous êtes trouvée. Pour continuer la métaphore du mariage, j'ai des questions dont moi, je me sers dans mes séances photo couple. Oui, c'est intéressant. La première fois que vous vous êtes vue, c'était où ? Et il se passait quoi ?
- Maïtena Biraben
Chez Ardisson et Lumière, Alex devait travailler avec Thierry Ardisson sur Paris Dernière, émission qui me faisait rêver. Et moi, j'arrivais chez Ardisson de Suisse pour éventuellement faire une émission.
- Aurélie Roux
Et qui a parlé à l'autre en premier ?
- Maïtena Biraben
Ah j'en sais rien, j'ai vraiment la vision de cette môme, c'était une môme, c'était il y a 30 ans. Longiligne, avec des longs cheveux bruns,
- Alexandra Crucq
avec des mèches ignobles. T'avais des mèches ignobles ? Je me faisais pas de mèches !
- Maïtena Biraben
Tu faisais du balayage dans tes longs cheveux.
- Alexandra Crucq
Faut dire elle a un problème avec les cheveux.
- Maïtena Biraben
Non c'est toi qui sais pas choisir ton coiffeur.
- Alexandra Crucq
Ça, c'est vrai, je n'ai jamais su choisir mes coiffeurs. Maintenant, c'est beaucoup mieux. Mais c'est vrai que tu ne laisses rien passer à personne en matière de chevelure.
- Maïtena Biraben
Ça, c'est vrai. Ça, c'est très vrai. Mais donc, non, tu avais ces espèces de mèches, c'était très chelou. Mais en tout cas, on était deux jeunes femmes, plus ou moins du même âge. On était les deux seules dans cet endroit. Il y avait Marion aussi, qui était assistante, mais qui était plus jeune. En fait, on était un peu deux filles là-bas.
- Alexandra Crucq
Moi, je n'ai pas de souvenirs. En fait... Je me rappelle de l'émission Vue sur la mer, qui est la première émission que Maïtena a animée en France pour Thierry Ardisson. Et moi, j'étais assistante sur cette émission. J'ai juste un bon souvenir de la relation que nous avions. Et elle n'est pas simple, la relation entre une assistante de production et une animatrice. Et je sais juste qu'il y avait un truc qui fitait entre nous.
- Maïtena Biraben
Oui, c'est vrai. D'autant que c'était conflictuel. On s'en fout de pourquoi, mais c'était conflictuel, donc c'était un peu tendu, en même temps, on était dans un palace, enfin, tout était lunaire. Et j'allais fêter mes 30 ans. Le soir de mes 30 ans, j'étais avec Alex. J'étais pas avec mon conjoint de l'époque, il s'était barré. Mais par contre, Alex, c'était là. C'est très étonnant, quoi. C'est très étonnant.
- Aurélie Roux
Alex, le jour où tu t'es dit, avec elle, je peux, c'était quand ?
- Maïtena Biraben
C'était tard. c'était longtemps après que je lui ai dit je vais venir.
- Aurélie Roux
Ah ouais ? C'est toi qui as su d'abord maintenant ?
- Maïtena Biraben
C'est pas que j'ai su, elle a dit je vais monter une boîte. Je peux même pas dire si j'ai un savoir, une envie, etc. Pour moi, c'est je vais y aller. Je suis avec elle, donc je vais la voir, je vais le faire avec toi. Et là, je vois la meuf qui fait, je vais réfléchir. Je vais réfléchir. Elle a réfléchi trois mois, c'est ouf.
- Alexandra Crucq
Je l'ai mise à l'épreuve, je lui ai dit avant qu'on s'associe, il faut quand même qu'on se connaisse. Parce qu'on se connaissait depuis 25 ans, mais on n'avait plus bossé depuis 25 ans. Donc est-ce qu'on en était capable ? Est-ce qu'on allait monter une boîte ensemble ? Le fameux pacte d'associés dont je savais que c'était pire qu'un contrat de mariage. Moi, il fallait que je mesure tous les tenants et les aboutissants de la relation qui était en train de s'ébaucher.
- Maïtena Biraben
Tu vois pourquoi je connais très bien Alex quand je te dis Alex est une fille qui est en train de se découvrir et de devenir elle-même. Ce n'est pas moi qu'elle a mis à l'épreuve du tout, c'est elle-même. C'est très drôle.
- Alexandra Crucq
Non, ce n'est pas que moi-même, c'est nous deux ensemble.
- Maïtena Biraben
Tu m'as sentie à l'épreuve ? Comment ça se passe ? Non,
- Alexandra Crucq
mais je me rappelle qu'on s'est dit qui fait quoi. Si on faisait un documentaire, on ferait quoi ?
- Maïtena Biraben
On a fait en faux, on a fait comme si on avait des clients, etc. Et à force de faire semblant, on s'est dit, mais là, si on faisait un documentaire là-dessus, on ferait ça, on ferait comme ci, on ferait comme ça. Si on devait faire une fiction, puis tout d'un coup, la première fiction qu'on a faite, c'est quand même l'histoire, elle est quand même extraordinaire. je vais chez mon coiffeur qui est désormais son coiffeur et il a une filleule il nous dit elle a écrit un truc je vous l'envoie, on est une toute petite boîte de prod je dis oui bien sûr on reçoit un scénar, on est hyper contentes on lit le truc, on dit c'est génial on rencontre la fille on lui dit on aime beaucoup sur la base de quoi on sait pas, sur la base du fait qu'on est lui et qu'on aime quoi. Et elle dit, bon, je viens avec vous. On lui dit, mais tu te rends compte, tu es le seul dossier sur pas de pile.
- Alexandra Crucq
Avec des productrices qui n'ont jamais fait de fiction.
- Maïtena Biraben
Et on le vend, 15 jours plus tard. C'est complètement fou. Donc les choses se font...
- Alexandra Crucq
C'est un alignement. Tu vois, voilà. Oui, les deux premières années, ou la première année, je dirais. Dans les deux premières années, il y a vraiment ce que j'ai appelé la synchronicité. C'est-à-dire qu'il y a eu une évidence entre le moment où... Maïtena m'appelle et me demande ce que je veux faire et je lui dis, je vais peut-être monter une boîte et elle me dit, viens on la monte ensemble et à partir de là, mais tout se déroule entre ce coup de fil là le moment où elle raccroche, où elle dit à son mari Alex va monter une boîte, je vais le faire avec elle et pendant deux ans tout se déroule les projets arrivent à nous, on les vend facilement
- Maïtena Biraben
bon on bosse et on est très bonnes,
- Alexandra Crucq
bien sûr mais il y a une évidence un alignement D'ailleurs, qu'on n'a pas perdu, c'est l'évidence de notre relation et de notre complicité professionnelle et...
- Maïtena Biraben
Sexuelle ?
- Alexandra Crucq
Non, pas sexuelle, mais humaine.
- Maïtena Biraben
Pardon.
- Alexandra Crucq
Elle est bien toujours là.
- Maïtena Biraben
Ne jamais rater une occasion de faire rire Alexandra. Elle rit, elle rit. Ça la fait rire. Ça la fait rire. Non mais là, regarde, si tu fais une pauvre blague nulle, elle rit. Elle rit.
- Alexandra Crucq
Moi, je suis bon public.
- Maïtena Biraben
C'est très bon public.
- Aurélie Roux
Et toi, tu as trouvé ton public. c'est ça la complémentarité . C'est génial donc on est dans un vrai 1 plus 1 égale 3
- Alexandra Crucq
exactement d'ailleurs je me demande si ça fait pas 3,75 à la fin
- Aurélie Roux
1 plus 1 ?
- Maïtena Biraben
pi, non c'est 3,14
- Aurélie Roux
tu mets quoi dans les 75 ?
- Alexandra Crucq
Non, parce que c'est plus que 3. C'est encore plus que 3, 4, 5.
- Maïtena Biraben
C'est de l'humour d'Alexandra.
- Alexandra Crucq
J'ai senti que je vous ai troublé. J'ai senti que vous avez essayé de chercher quelque chose qui n'y avait pas.
- Maïtena Biraben
Non, non, moi je sais exactement ce que tu as fait. Mais je me dis, comment on va faire Aurélie avec cette chose ? Parce que c'est 3,75. Et là, voilà, c'est Alex.
- Aurélie Roux
Je note
- Maïtena Biraben
3,75. Et des fois, elle fait de l'humour par SMS. Et là, tu te dis... Ah ouais, t'as pas SMS,
- Alexandra Crucq
ça marche pas. elle le prend au premier degré je suis obligée de dire c'était de l'humour
- Maïtena Biraben
je mets des messages "est-ce de l'humour ?"
- Aurélie Roux
Une journée unique parmi vous qui est-ce qui dit bonjour en premier ?
- Alexandra Crucq
c'est toi, tu dis plus facilement bonjour que moi Moi, j'étais fascinée au début de mesdames. Et j'essaie de faire ça maintenant, quand tu n'es pas là. Surtout là, depuis la rentrée. Elle arrive, elle dit bonjour. Bonjour. Bonjour. Avec le sourire. Je ne fais jamais ça. je peux dire bonjour, mais je ne fais pas forcément un sourire. Alors qu'elle... Parce que j'y pense pas. Elle, elle arrive. Non mais ça m'a vachement frappée. Maintenant je suis habituée. Je me rappelle quand on était à Tour Montparnasse. Bonjour, bonjour, on dirait une pub. Bonjour, bonjour. Mais pour moi c'est pas... Je me dis mais elle se force, c'est pas normal.
- Aurélie Roux
Tu sais que ça sollicite moins de muscles de sourire que de faire la tête ?
- Alexandra Crucq
Non mais je sais, c'est pas le sujet.
- Maïtena Biraben
Non si, le sujet c'est Alex, j'ai découvert ça. Alex a découvert qu'on pouvait travailler et avoir le sourire. Que le travail ce n'est pas un truc emmerdant. Difficile, complexe, c'est pas ça le travail.
- Alexandra Crucq
Maïtena, qui dans le bureau arrive en disant aux gens bonjour ? Bonjour ! À part toi. À part toi.
- Aurélie Roux
Moi tout à l'heure ?
- Alexandra Crucq
Oui c'est vrai. Mais il y a très peu de gens qui font ça dans une entreprise. J'y ai travaillé longtemps. C'est vrai que ça surprend. Et je peux te dire qu'il y a très peu de gens, ils disent bonjour. Non ils disent... Voilà, ils s'arrêtent pas. Elle, c'est... Je suis présente dans le sourire, il y a l'intention. Au début je me dis mais elle joue et tout, mais à force de le faire tous les jours je me dis bah en fait c'est elle. Mais je vous jure que c'est très rare, tu le sais pas ça ?
- Maïtena Biraben
Non non je savais pas.
- Alexandra Crucq
C'est sûr ! Alors aujourd'hui, je me rappelle ce matin quand je suis arrivée, je suis allée faire le tour des bureaux, je dis bonjour ! Bonjour ! C'est vachement plus sympa quand t'arrives. Mais j'ai dû me forcer un peu parce que c'est pas encore naturel. J'étais contente.
- Maïtena Biraben
Non mais sinon... En plus, c'est notre boîte, avec des gens qu'on a choisis, dans une culture qui est la nôtre. C'est super. Le jour où j'arrive ici et où je n'ai pas envie de voir la tête des gens qui sont là, c'est chaud.
- Aurélie Roux
Et du coup, hormis physiquement, vous êtes en contact combien de fois par jour ?
- Maïtena Biraben
Tout le temps. En continu. Oui, tout le temps.
- Alexandra Crucq
On fait une coupure pendant les vacances parce que je pense qu'on a besoin, un, de se reposer et deux, d'avoir chacun nos univers. Mais sinon, on sait tout le temps. C'est le soir, le matin tôt, et ce n'est pas un sujet.
- Maïtena Biraben
Moi, je suis insomniaque, donc je peux envoyer des messages au milieu de la nuit.
- Alexandra Crucq
En revanche, à 23h, 23h30, je dors. Je ne les vois que le lendemain. Et parfois, je ne réponds pas avant 7h30, 8h, parce qu'elle peut m'envoyer à 4h, 5h, quand elle est en insomnie. Je ne me sens pas obligée de répondre dans l'urgence.
- Maïtena Biraben
Tu ne les lis pas, c'est surtout ça.
- Aurélie Roux
Et du coup, à force d'être ensemble, est-ce qu'il y a... Est-ce que vous avez piqué des gestes à l'autre ? Est-ce que vous finissez vos phrases ?
- Maïtena Biraben
Parfois, c'est vraiment... Alexandra sors de ce corps. Parfois, on s'intervertit. C'est très étonnant. On a pris la culture de l'autre et on a des réactions de la culture de l'autre. Vraiment.
- Aurélie Roux
Comme quoi, par exemple ?
- Maïtena Biraben
Par exemple, je vais dire à quelqu'un... Je vais essayer d'être dans la compréhension de ce qu'est en train d'essayer de faire la personne plutôt d'être exaspérée parce qu'on parle encore de ce truc qui ne m'intéresse pas. Donc là, je deviens Alexandra. Ou Alexandra, tout d'un coup, va... Faire une blague au milieu de rien, et là tu te dis mais qu'est-ce qui s'est passé ?
- Aurélie Roux
C'est sa technique pour mettre fin à la conversation ?
- Maïtena Biraben
Non mais tout d'un coup, ou alors des réflexions qui devraient être celles de l'autre. Parfois ça nous arrive. Oui,
- Alexandra Crucq
ça nous arrive souvent dans des conversations très sérieuses de penser en étant dans le corps de l'autre. Moi j'ai des réflexes de Maitena maintenant. Quand je fais des réunions où elle n'est pas là, j'ai intégré les réflexes qu'elle aurait si elle avait été là.
- Maïtena Biraben
c'est pour ça qu'elle montre ses seins maintenant
- Alexandra Crucq
non je montre pas mes seins On n'y est pas du tout on est hyper loin ; rendez-vous dans 5 ans on sait pas Moi j'ai été épatée parce que tu le fais pas souvent il y a Hmmmm... Deux, trois jours, on était en réunion d'équipe et j'avais zappé qu'on avait une réunion, un call en fait, avec deux, trois autres personnes sur la tournée. Et c'est Maïtena, du coup, et en fait, du coup, la personne appelle pour ce rendez-vous et moi, je finis une réunion. Donc, je dis à Maïtena, vas-y, réponds. Donc, elle répond et puis elle commence la réunion. Et moi, je finis la réunion qui était en cours et je la rejoins. Et là, j'avais une Maïtena qui organisait la réunion. Si tu es là, que tu le fais. Hors du jour, point du jour, machin, machin. Je n'avais jamais vu aussi...
- Aurélie Roux
Parce que tu lui avais jamais laissé cette place ?
- Alexandra Crucq
Peut-être. Peut-être qu'elle s'est laissée faire. Mais j'avais l'impression de me voir en fait. J'ai l'impression que c'était moi.
- Maïtena Biraben
Alexandra, et je pense qu'elle ne l'a pas encore intégrée, la boîte tourne quand elle n'est pas là. c'est juste qu'on a des natures extrêmement différentes. Et on a des capacités, des qualités et des savoir-faire extrêmement différents. Sur l'organisation, sur penser en amont, il n'y a pas photo, ne comptez pas sur moi, je ne suis pas là, je ne suis pas venue. Si elle n'est pas là et qu'il faut le faire, de la même manière qu'elle m'a intégrée, je sais exactement comment il faut le faire. Ce n'est pas parce que je ne le fais pas d'habitude que je ne suis pas capable de le faire. De la même manière, on va dire que le dur, tenir la boîte, faire avancer les choses, c'est chez Alex, de manière très à la hache Le créatif, c'est chez moi. Pour autant, elle est tout à fait capable d'être créative. Et je suis capable de faire de l'administratif. Ce n'est pas le sujet. Mais donc, les choses se sont réparties de manière naturelle. Même si dès le départ, j'ai dit à Alex que je ne ferais pas d'administratif. Parce que c'est une blague. Maïtena qui fait de l'administratif, ce n'est pas possible. C'est possible. Mais aucun n'a plus valu à faire ça. Je ne sais pas le faire.
- Aurélie Roux
Alex, qu'est-ce que Maïtena sait faire et que tu admires ?
- Alexandra Crucq
Elle est ultra créative, elle l'a dit. Et ça, elle a trois idées à la seconde, c'est assez chouette. Quand on a une problématique, qu'on doit faire un brainstorm, c'est dix fois plus productif quand Maïtena est là que quand elle n'est pas là. Elle a un aspect visionnaire. Médam, moi je lui dis toujours, la vision de la nécessité... d'avoir un média, une émission, etc., qui parle des femmes de notre âge, c'est elle qui l'avait. Ça ne voulait pas dire que je n'y croyais pas, mais c'est elle qui ne lâchait pas le truc. Et si mesdames médias sont là, c'est parce qu'elle y a cru plus que moi. Parce que moi, j'ai beaucoup interrogé le modèle, etc., avant de la rejoindre. Donc, oui, une vision et de la créativité. Et puis, elle a un truc que je n'ai pas du tout. Enfin, plein de trucs, d'ailleurs. Elle a la spontanéité. Moi, je suis bluffée par sa capacité. Alors, ce n'est pas que de la spontanéité, c'est être capable d'improviser en permanence. Mais ça, c'est à la fois son tempérament et puis ses expériences de télé, radio, etc. Dans n'importe quelle situation, elle a un truc à dire, une connerie à faire ou à dire qui décontracte l'atmosphère, même si vous êtes avec les gens les plus importants de la Terre. Et c'est ultra précieux et assez unique quand même. C'est en ça que...
- Maïtena Biraben
Merci pour tout ça, Alex. C'est en ça que l'association est très intéressante. Tu peux avoir une idée, mais s'il n'y a pas l'application, la descente dans le réel, la fabrication, c'est une idée.
- Aurélie Roux
Donc Alex, elle t'aide à descendre ça dans le concret.
- Maïtena Biraben
C'est qu'elle le fait. Moi, elle ne m'aide pas, elle le fait. Je n'ai aucune idée du chemin. Je ne sais pas comment me prendre. Par exemple, je ne sais jamais qui appeler. J'en sais rien. C'est Alex qui trouve les gens à appeler. Moi j'en sais rien, je sais pas qui appeler. Moi j'ai le numéro de Manuel Macron, il va pas nous aider si tu veux, il sert à rien pour mesdames. Donc j'ai plein de numéros, mais de gens qui servent à rien pour mesdames. Qui servent à beaucoup de choses dans la vie, mais pas dans la nôtre.
- Aurélie Roux
Et tu sais que tu as ces numéros ? Ou Alex sait que tu as ces numéros ?
- Maïtena Biraben
Oui
- Alexandra Crucq
Bon, on s'était dit qu'il fallait que je regarde tout ton carnet d'adresses pour que je voie ce qui pourrait nous servir. On n'a jamais fait. On n'a pas eu le temps.
- Maïtena Biraben
Non, on n'a pas eu le temps.
- Aurélie Roux
Du coup, on voit bien ce que ça vous apporte toutes les deux. Mais qu'est-ce que ça vous demande ? C'est-à-dire, est-ce qu'il y a des jours où ça coince ?
- Maïtena Biraben
Ça coince, on a eu des engueulades homériques. Mais homériques ! Quand je disais tout à l'heure, on est à poil devant l'autre. Parfois, on tape dans ce qu'il y a de plus intime. On remet en cause, on bouscule des choses. Moi, rarement, quelqu'un m'a mis autant en peine ou en colère ou en question qu'Alexandra. Et l'inverse, c'est vrai. Je n'ai jamais laissé personne rentrer ou s'approcher comme ça. Jamais, jamais, jamais. Donc, on a eu des... On s'est beaucoup dit de choses, comme ça fait 7 ans. On s'est beaucoup dit de choses. On est passé par-dessus beaucoup de choses. On a intégré, compris et accepté beaucoup de choses. Donc maintenant, on en a beaucoup moins à se jeter à la figure. Mais ça s'apprend aussi de dialoguer. Maintenant, on est vraiment, je crois... extrêmement transparente. Après, il y a toujours les incompréhensions, les quiproquos, les interprétations et tout ça. Et ça, c'est tout à fait normal. Mais maintenant, je pense qu'on se lit mieux. Après, moi, je vois quand je suis fatiguée, je la lis beaucoup moins bien et je la déteste beaucoup plus vite. C'est sûr.
- Alexandra Crucq
Avec le temps, on navigue beaucoup mieux avec les défauts de l'autre. Donc, les choses qui pouvaient bloquer ou qui nous emmerdaient vraiment au début et qui pouvaient conduire à des engueulades, aujourd'hui, on balance une blague ou on s'en va, on sait comment est l'autre et on laisse filer.
- Maïtena Biraben
C'est vrai, c'est vrai.
- Alexandra Crucq
Du coup, ça facilite les choses. Donc, il y a beaucoup moins de disputes. Moi, il y a une dispute vraiment qui est fondatrice pour moi. C'est le jour où on nous annonce qu'on va faire notre première série, la fameuse série dont parlait Maïtena avec la productrice qu'elle avait rencontrée, J'ai le coiffeur. Et le diffuseur nous appelle en disant, on va y aller. Et moi, il se trouve que c'était le retour du Covid, je faisais le ménage et donc on raccroche. Je suis contente 5 minutes et puis je vais faire le ménage, je finis le ménage. Visage fermé. Ouais visage fermé. Et je sens qu'à partir de ce moment là c'est un jeudi, jeudi, vendredi, lundi. Je trouve Maïtena hyper distante, elle déjeune pas avec moi.
- Maïtena Biraben
C'est pour ça que c'est pas une dispute en fait, c'était pas une dispute.
- Alexandra Crucq
Mais moi je sens qu'il y a un truc qui va pas et je sais pas quoi. C'est au début de l'histoire, on est à 9 mois ou même pas un an de mesdames. Et oui il y a un non-dit absolument.
- Aurélie Roux
Et toi tu savais ce qu'il y en allait pas ?
- Maïtena Biraben
Ah bah moi je me demandais ce que je foutais là.
- Aurélie Roux
Ok.
- Alexandra Crucq
Et le lundi midi, je lui demande de venir déjeuner. Elle me dit non, Je vais déjeuner dans mon coin. Même pas, je vais déjeuner avec quelqu'un. Et je reviens du déjeuner. Je lui dis, là, il faut que tu me dises ce qui se passe. Il y a un truc que j'ai fait qui ne va pas, etc. Et là, elle me dit, on a monté cette boîte, notamment aussi parce que tu avais envie de faire de la fiction. Si quand on t'annonce que tu fais une fiction, ton retour, c'est juste de dire, ok, c'est cool. Et puis ensuite, tu vas faire ton ménage. ça m'intéresse pas du tout de monter une boîte pour ça et moi je me souviens que je me suis mise à pleurer ce jour là et c'est pour ça que ça tapait dur c'est que moi quand on m'a annoncé ça super mais j'ai tout de suite vu les problèmes il fallait que je fasse un budget de fiction j'avais jamais fait ça j'avais jamais fait de fiction avant et pour moi se mettre en joie d'une décision d'un programme qu'on nous commandait je voyais d'abord les problèmes avant de voir la joie et la joie pour moi elle ne me vient pas naturellement, en fait.
- Aurélie Roux
Elle te vient quand ? Dans un projet comme ça, elle te vient quand ?
- Alexandra Crucq
C'est une bonne question, mais moi, je ne posais pas les questions comme ça, en fait. La joie n'était pas un sujet pour moi. Ce n'était pas un sujet dans ma vie.
- Aurélie Roux
Moi, c'est mon sujet aujourd'hui. Alors, elle te vient quand ?
- Alexandra Crucq
Non, mais à l'époque, je te parlais de ça il y a six ans, elle ne venait pas et ce n'était pas un sujet. Je savais que rire, c'était meilleur pour la santé, pour les rides et tout ça, je le savais très bien. Mais la joie en tant que telle, ce n'était pas un sujet. Ce n'est pas un sujet sur lequel je m'interrogeais. Dans ma vie, je n'avais pas raconté...
- Aurélie Roux
On n'est pas éduqués à ça.
- Alexandra Crucq
On n'est pas éduqués et je n'avais pas rencontré de gens qui me disaient combien c'était important. Ce n'était pas un truc que j'avais transmis à mes enfants. Ce n'est pas un truc que mes parents m'avaient transmis. Mes parents, ce qu'ils m'ont transmis, c'est la vie est un bâton de merde qu'on mange tous les jours. Je peux vous dire qu'ils ont énormément de qualités. Mais je peux vous dire que quand vous grandissez là-dedans, la question de la choix, elle est plus que facultative. Donc elle, quand elle me dit ça... J'ai mon monde, mes certitudes qui s'écroulent et elle me demande un truc qui est impossible pour moi. Et là, je me dis, en fait, je ne vais jamais pouvoir... Je comprends à ce moment-là que c'est important pour elle, la joie. Et moi, j'en suis tellement loin que je lui dis... D'abord, je me rappelle lui avoir dit, j'en ai marre avec tes injonctions sur la joie. Genre, il faut être heureuse, parce qu'elle m'avait dit plusieurs fois, il faut rigoler, il faut être heureuse, etc. Et surtout, moi, j'avais une incapacité. C'est-à-dire que moi, je n'avais pas été allée comme ça, je ne savais pas comment on y allait. Pour moi, ce n'était pas naturel, il fallait se forcer. Donc voilà, elle est fondatrice, cette engueulade-là dans l'histoire de mes dames. Et c'est pour ça que la joie, elle est vraiment hyper importante aujourd'hui. Et c'est pour ça que ça rejoint quand elle arrive et qu'elle dit « mesdames » . Qu'elle dit « bonjour, bonjour, bonjour » . C'est tout ce chemin-là que moi, j'essaye de faire doucement, à mon rythme, en me bousculant sans aucune facilité dans la vie de mesdames et dans ma vie tout court.
- Maïtena Biraben
J'ai été admirable. Moi aussi ! Je réentends combien c'était complexe pour toi. Et je me souviens de m'être dit, c'est respirer, enfin je veux dire... Mais c'est marrant comme quoi, parce que je ne viens pas d'une famille beaucoup plus drôle, mais moi j'ai vu mon père abîmer la joie tout le temps et pour moi c'était, mais pourquoi tu fais ça ? Mais pourquoi tu fais ça, garçon ? C'est complètement fou, quoi. Les emmerdes, ça vient tout seul. Il n'y a pas de sujet, ça va venir, dont't worry. Par contre, la joie, tu peux la donner et la recevoir tous les jours. Donc, let's go, quoi. Enfin, allons-y, vraiment.
- Aurélie Roux
Et à ce moment-là, que vous m'avez raconté, qu'est-ce qui vous a tenu ?
- Maïtena Biraben
En fait, la sincérité, je vois sa sincérité. Je vois... C'est son être qui... Je ne dis pas que je l'ai compris tout de suite, mais je vois que c'est sincère. Ça m'est complètement étranger et tout. Je suis désemparée même. Mais je vois que c'est sincère et je pense qu'on a été désemparées l'une face à l'autre un bon paquet de fois.
- Alexandra Crucq
Mais cette fois-là, elle est fondatrice parce que moi, je ne savais pas à quel point c'était important pour toi. Tu m'avais dit, mais je n'avais pas compris que c'était ça qui générait les trois jours d'embrouille, que ça pouvait aller jusque-là. Et en même temps, je ne savais pas comment j'allais faire ce chemin jusqu'à elle. Je me disais, ça n'a pas marché. notre association, ce qu'elle attend de moi. est inatteignable pour moi. Et je comprends que c'est quelque chose de très important pour elle.
- Maïtena Biraben
Dans la vie, pas pour moi. C'est très important dans la vie.
- Alexandra Crucq
Non mais à ce moment-là, dans ta vie, pas encore...
- Aurélie Roux
Mais du coup, quel chemin vous avez fait pour revenir l'une vers l'autre à ce moment-là ?
- Maïtena Biraben
Je pense qu'on se respecte et qu'on s'estime. Je pense que quand on s'est vues, les deux mômes dans le bureau d'Ardisson, on a 28, moi j'ai 28 ans, elle a 25. On est tellement différentes, ça nous fait marrer nos différences en fait. On est la même personne, mais à deux endroits différents, avec deux caractères différents. Voilà, et ça nous intrigue, ou ça nous intéresse, ou ça nous parle. On se reconnaît dans nos différences. Donc voilà, on est 30 ans plus tard, l'une en face de l'autre, dans un bureau vide, avec une boîte à mener. Tu peux t'en aller si tu veux, il n'y a aucun problème.
- Aurélie Roux
Mais qu'est-ce qui te retient de t'en aller justement ?
- Maïtena Biraben
Tu es engagée, c'est intéressant. moi j'en suis pas sûre pas du tout à ne plus en pouvoir. Ça fait un an, tu vois. Je suis un tout petit peu plus dure au mal que ça, quand même. Il va venir, le moment où je me dis, non, c'est pas possible, en fait, j'arrête. Mais pas là. Pas du tout là. Ça m'est absolument pas venu à l'esprit à ce moment-là.
- Alexandra Crucq
Non, moi non plus. Ça a été un moment difficile à passer. Mais moi, pour des raisons très pratiques, c'est qu'on avait une fiction qui nous était commentée. Ah oui, il fallait la livrer. Donc, il fallait qu'on trouve les moyens. En tout cas, moi, il fallait que je trouve les moyens pour composer avec elle. même si je ne savais pas comment j'allais faire, il fallait que je trouve. En dehors de faire mon budget pour la fiction, qui était mon sujet numéro un, le deuxième, c'est comment je faisais le chemin jusqu'à Maitena. Il y a eu un moment où tu t'es dit...Moi je sais, ça y est,on va voir si c'est au même moment. En fait, quand tu révèles ton autisme, en fait, elle a passé sa vie à essayer de s'auto-réguler, de s'adapter à l'autre, au monde, à la société, etc. Et puis tout d'un coup, elle a son pronostic d'autisme, dont elle me parle ainsi qu'à ses proches, et là, elle reste dans la régulation, elle ne change rien, etc. parce que le monde ne le sait pas encore. Le jour où elle l'annonce sur Mesdames Média, Et tout d'un coup, ça la libère. Et elle décide qu'elle va arrêter de se mettre des barrières, des fils, etc.
- Maïtena Biraben
C'est aux autres de faire des efforts.
- Alexandra Crucq
Voilà. Et là, moi, j'ai 15 jours, voire 3 semaines, où à moi et à l'équipe, elle ne nous laisse rien passer. Rien. Et je me souviens que je vais dans le sud passer quelques jours chez mes parents et ils viennent me chercher à la gare. Ma mère me dit « Comment ça va le boulot avec Métina et tout ? » Je lui dis « Là, je ne sais pas. » Pour la première fois... Je ne sais pas si j'ai envie de continuer. On était en fin de saison, je ne sais plus. C'était dur, etc. Et il y a ça qui se rajoutait. Moi, que ce soit dur, je veux bien. Mais si avec elle, ça ne marche pas, je n'ai plus ce socle. Je pense que tout est dur, mais si on est à deux, on y arrive. Mais si on ne peut pas compter sur l'autre, alors moi...
- Aurélie Roux
Qu'est-ce qui te rattrape ?
- Alexandra Crucq
Les vacances. Je suis partie cinq jours, et je ne sais pas ce qu'elle a fait comme chemin. Mais quand elle est revenue, parce que je lui ai dit avant de partir, je lui ai dit, là, Maïtena, c'est hyper dur, je te dis. C'est dur pour moi et c'est dur pour tous les autres. Après, tu fais comme tu veux. Je savais par quoi elle passait. Enfin, je savais et en même temps, je n'étais pas à sa place. Donc, je ne savais pas tout. Mais j'essayais de comprendre, etc. J'essayais de me mettre à sa place. Mais à un moment donné, il fallait se mettre à notre place aussi. Ce n'était pas que la sienne. Et quand je suis rentrée, j'ai trouvé qu'elle avait fait un petit peu le chemin en arrière. Et ça redevenait « cohabitable » . Et depuis, je n'ai plus aucun sujet. Je ne sais pas si ça te parle.
- Maïtena Biraben
Oui, je vois très bien le moment. Mais pour moi, ce n'est pas le même moment. Je dirais que c'est les moments où... Parce que quand on s'affronte... Alex, elle peut fermer. Et c'est tout, elle ferme. Terminé. Et elle devient très tête de con. Très tête de con. Et moi, des fois, je n'ai pas envie. Et des fois, je me suis dit, j'arrête, j'ai pas envie de la combattre. J'ai pas envie. J'ai plus envie. J'arrête.
- Aurélie Roux
Et du coup, tu changes de sujet ?
- Maïtena Biraben
Du coup, tu viens un petit peu moins, tu viens plus tard, tu repars plus tôt. T'avais besoin de vacances un peu l'une de l'autre, quoi. Voilà, et puis voilà.
- Aurélie Roux
Et puis ça revient...
- Maïtena Biraben
Et puis même là, on l'a eu là cette semaine, on a encore eu une conversation qui est légitime, il n'y a aucun sujet. Mais moi, je veux plus avoir cette conversation, en fait. Je veux plus. C'est usant sur le fond en fait. Ça fait comme un truc qui fait... En même temps, il faut continuer d'avoir ta vision. Et en fait, c'est hyper intéressant parce que du coup, tu dois bouger sur ta vision, pas parce que tu lâches l'affaire. Sinon, ce n'est pas du tout intéressant, tu n'es pas professionnelle. Mais parce que tu te dis, une vision contre une autre. On n'a pas la même. Et si on la tienne ? On verra bien.
- Alexandra Crucq
C'est vrai qu'on est tellement différentes, qu'il y a beaucoup de visions qui s'opposent. Alors, on dit toujours que, mesdames, c'est l'addition des deux visions. Et c'est vrai que ça nous a porté chance plutôt depuis sept ans. Mais il y a des moments où on n'arrive pas... On est chacune enfermée dans la nôtre, quoi. Et on n'arrive pas à faire ce chemin qu'on arrive à faire dans 95% des cas. Il y a quand même 5% des cas où il y en a une qui est obligée de plier sur l'autre parce qu'elle n'est pas acquis à l'autre, en fait. Donc dans ces 5%-là, ça frotte beaucoup, quoi.
- Aurélie Roux
Vous n'avez jamais fait appel à un thérapeute de couple ? Enfin, un coach pour vous accompagner là-dessus ?
- Maïtena Biraben
On a fait appel à un médiateur. Oui, qui, moi, m'a beaucoup aidée, en fait. Après, il faut trouver la bonne personne. Mais moi, ça m'a super intéressée parce que le mec, il m'a dit « Mais vous racontez que vous êtes elle. » En fait, c'est ça qu'il m'a dit. En fait, il m'a pas dit comme ça. Mais on devait dire nos compétences et moi, j'ai dit toutes les compétences que je pensais avoir. Et le mec, il m'a dit « Non, on a demandé tes compétences à toi, pas celles d'Alex. » J'imagine que je te les ai données. « Non, ça, c'est celles d'Alex. » Il y avait une superposition. Je me racontais que je savais faire pour ne pas être prise en défaut. Un truc, tu vois, pour masquer. Moi, ça m'a vachement intéressée. Vachement intéressée. C'était vraiment intéressant. Toi, tu n'en as rien tiré du coup ?
- Alexandra Crucq
Non, d'ailleurs, je ne me souviens même plus. Je n'en ai rien tiré.
- Aurélie Roux
Est-ce que quand vous êtes en vacances, justement, un peu éloignées l'une de l'autre, est-ce que vous vous manquez ? Comme des copines ?
- Maïtena Biraben
C'est pas comme des copines. Non, non, non. On est associés, amies, et je sais pas ce qu'on est quand on estime quelqu'un, mais on se manque comme quelqu'un qui fait partie de ta vie et qui est pas là, quoi.
- Alexandra Crucq
Ouais. Moi, il y a un truc, j'aurais même rajouté le mot famille. La famille qu'on choisit, pas celle qu'on subit, mais la famille qu'on choisit. Je me rappelle une fois, tu m'avais dit, je sais plus comment tu l'avais formée, tu m'avais dit, t'es la sœur... Tu te rappelles, soeur ?
- Maïtena Biraben
J'ai quatre frères. Pour moi, une soeur c'est lunaire.
- Alexandra Crucq
Évidemment que je ne me mets pas dans cette place-là. Mais il y a un truc comme ça.
- Maïtena Biraben
On se connaît vraiment très bien.
- Alexandra Crucq
Quand on s'est associées, on n'était pas copines. Si, on était copines. Ensuite, je me rappelle d'un jour où on s'est dit, en tout cas, je me suis autorisée à le dire, qu'on était amies. Je suis d'accord avec Maïtena, il y a un truc de plus.
- Maïtena Biraben
Oui, on crée une aventure ensemble. Moi, j'ai des amis, j'ai mon ami Héléna, ça n'est pas du tout la même chose avec Alex.
- Alexandra Crucq
Pareil.
- Maïtena Biraben
Pas du tout. On a créé quelque chose qui nous a coûté, qui nous a obligées, qui nous a confrontées, qui nous a réjouies, qui nous a grandies, qui nous a embellies. C'est à nous, c'est à nous deux, c'est à personne d'autre. Et c'est la vie à la mort, c'est fini. Personne ne pourra prendre ça.
- Aurélie Roux
C'est quoi votre joie minuscule d'être vous deux ? D'être ensemble ? Une joie rien qu'à vous que personne ne voit.
- Maïtena Biraben
Moi sa tronche quand je la fais rire. Elle veut pas, regarde. Elle le retient, elle le retient.
- Aurélie Roux
C'était quoi le dernier fou rire ?
- Maïtena Biraben
Il y en a tout le temps. Je crois que c'était...
- Alexandra Crucq
Moi je me rappelle de l'Indien quand on s'est retrouvés. L'Indien c'était drôle. Attends, non mais il y en a eu d'autres.
- Maïtena Biraben
Non mais là il y en a eu un pas longtemps, des fois on voit les gens, je sais pas où je dis quelque chose, où il y a un... Ah non ça c'était à mon autre travail. C'était pas moi alors. J'ai crié. Non mais là tout à l'heure,
- Alexandra Crucq
je sais pas ce que t'as foutu, tu me faisais marrer. C'était pas un fou rire, mais quand t'es passée dans tous les...
- Maïtena Biraben
Non mais il y en a tout le temps, il y en a tout le temps. Il y en a tout le temps, elle part en fou rire tout le temps. Et elle me fait rire, ça me fait beaucoup rire qu'elle rie.
- Alexandra Crucq
Moi mais t'as dit minuscule plaisir ? Moi je sais qu'il y a un truc que j'aime beaucoup qui est rien qu'à nous, c'est nos déjeuners. D'abord on aime toutes les deux manger, et j'aime bien ces moments, d'abord moi j'ai besoin de sortir le midi, et c'est souvent des moments rien qu'à nous, où on peut aborder tous les sujets, parce que quand on est au bureau, on est là pour bosser, puis il y a des gens, machin, et au déjeuner on arrive à se faire une petite parenthèse qu'à nous en fait.
- Maïtena Biraben
Pas tous les jours, mais... C'est un peu comme un vieux couple, des fois on se parle même pas et tout. Ouais c'est pas grave.
- Alexandra Crucq
Il peut y avoir des silences.
- Aurélie Roux
C'est aucun problème. Parfois, on bosse tout le temps aussi.
- Alexandra Crucq
Tu as vu, on se dit des trucs. On a besoin d'Aurélie pour se dire des trucs.
- Aurélie Roux
C'est beau. Allongez-vous.
- Alexandra Crucq
Non, mais tu es bonne parce que tu fais sortir des trucs.
- Aurélie Roux
Oh, merci. Merci. Attends, je suis perdue du coup. Qu'est-ce que vous ressentez quand l'autre réussit quelque chose ? Attends, je repose ma question. Alex, quand Maïtena prend le poste à Inter, elle fait ça sans toi. Ça te fait quoi ?
- Maïtena Biraben
Ah non, je fais pas ça sans elle. Ah non. Jamais j'aurais fait ça.
- Aurélie Roux
Non mais sans lui demander, tu veux dire ?
- Maïtena Biraben
Mais je fais pas sans elle. C'est une décision qu'on a prise toutes les deux.
- Aurélie Roux
D'accord.
- Maïtena Biraben
D'abord, je trouverais ça. indécent de ne pas lui avoir posé la question. Ça impacte directement. Peut-être que tu le vis pas aussi profondément partagé que moi, mais pour moi, c'est une décision à deux parce que c'est une décision, bien sûr, qui impacte ma vie, mais ça impacte le quotidien ici du travail et ça impacte le média. Ça raconte quelque chose du média.
- Aurélie Roux
Tu fais une aventure... Pour moi, c'était pas forcément dans le sens de la décision. C'était plus dans le sens où... Elle fait une activité sans toi. Une activité qui prend beaucoup de temps.
- Maïtena Biraben
Elle, elle a le Mediaclub, elle, sans moi. Elle a plein de trucs. Elle donne des cours. Elle est sur LinkedIn. Elle fait plein de trucs sans moi.
- Alexandra Crucq
Oui, je pense que d'abord, c'est important d'avoir nos endroits. Moi, je me rappelle, tu parles de LinkedIn, mais je me rappelle que quand j'ai décidé de publier sur LinkedIn, et donc sur LinkedIn, je publie, évidemment, ma vie pro, puisqu'on est sur LinkedIn, et donc je parle de la boîte. Et je me rappelle... je me suis dit, il faut quand même que je lui demande l'autorisation, c'est-à-dire que je vais parler d'aboite, etc., il faut que je lui demande si elle est d'accord ou pas.
- Aurélie Roux
C'est drôle comme elle raconte les choses. C'est moi qui t'ai dit d'aller écrire.
- Alexandra Crucq
C'est possible.
- Aurélie Roux
C'est moi qui t'ai dit de prendre ton espace.
- Alexandra Crucq
Mais j'avais commencé à écrire, c'est pas toi qui m'as donné l'idée. Je ne m'as pas donné l'idée d'aller écrire,
- Aurélie Roux
t'es d'accord ? Mais tu disais, la fille de LinkedIn, je l'ai croisée, elle disait, machin, tu viens, et tu lui as dit, je te promets, je vais publier. Je lui ai dit, mais prends ton espace et raconte, etc. Et Alexandra, comment ça tu me corriges ? Par dire nous, machin, etc. Arrête de dire nous ! Je ne suis pas avec toi quand tu poses... C'est toi, c'est je, ce n'est pas moi. C'est ton espace.
- Alexandra Crucq
Je disais nous parce que je racontais l'histoire de la boîte et pour nous, c'était nous. Mais c'est vrai aussi que parfois je disais des nous qui n'étaient pas son jeu à elle. C'est-à-dire des choses que moi je ressentais qui n'étaient pas des choses qu'elle ressentait. Donc elle pouvait se trouver en porte-à-faux, être associée à un truc que je racontais dans lequel elle avait... Elle n'aurait pas dit des choses comme ça, etc. Mais pour revenir à ta question sur France Inter, d'abord, je trouve ça absolument admirable ce qu'elle dit. C'est-à-dire, je n'aurais jamais pris cette décision sans l'avoir parlé. Ça me donne une importance absolument dingue. Tu comprends. Bien sûr que je comprends, mais je peux te dire que je pense que c'est extrêmement rare. Franchement, il y a plein de choses pour Maïtena qui semblent hyper naturelles, que le monde entier partage. Et qu'elle est la fille unique à vivre. Mais ça, pour qu'elle s'en rende compte, comme de dire bonjour tout à l'heure. Non, mais il faut que je lui dise, parce que pour elle, c'est hyper naturel. Il n'y a pas 50 associés à qui un jour, moi, des duos femmes connues, d'ailleurs, c'est souvent hommes, hommes connus, hommes inconnus, et il y en a un qui part à l'antenne, je peux vous dire qu'il y en a très peu qui disent à l'autre inconnue, qui lui posent des questions de savoir s'il est d'accord, machin. Même si ça a une incidence sur la réputation.
- Maïtena Biraben
Oui, mais nous, c'était réglé dès le départ. Moi, j'étais sortie de l'antenne, j'arrêtais l'antenne, je ne voulais plus faire d'antenne. Ce n'était pas un sujet, tu vois. C'était même plutôt toi qui disais, si on vend un truc, est-ce que tu ne pourrais pas y aller ? Donc, c'était réglé entre nous. Il n'y avait zéro sujet, quoi.
- Alexandra Crucq
Mais en tout cas, je sais que quand on lui a fait la proposition, je me suis bien sûr un petit peu inquiétée de ce qui allait se passer sur mesdames. Dans la mesure où, au même moment de la proposition, elle m'a dit tout de suite, de toute façon, mesdames, c'est d'abord mesdames. C'est ma vie, moi. Donc, à partir du moment où elle me disait que ce n'était pas mesdames ou France Inter, que c'était d'abord mesdames et que c'était aussi France Inter, déjà, il n'y avait pas de sujet. Je n'avais pas beaucoup de doutes, mais c'est toujours mieux en le disant. Et ensuite, j'étais hyper fière, parce que c'était hyper cohérent avec tout ce qu'on raconte chez mesdames, qu'on lui propose un job à 59 ans. Sinon, je n'aurais même pas réfléchi, j'aurais dit non. Voilà, et elle a mis deux, trois semaines. à donner sa réponse. Elle a beaucoup hésité parce que ça allait avoir une charge de travail. Et je pense que je suis parmi les personnes qui l'ont aidée à prendre la décision pour y aller. Je ne dis pas que je suis la seule. Voilà. À un moment donné, je me souviens de lui avoir dit... Parce qu'à un moment donné, elle se disait non. Elle disait oui, non, oui, non. Je me rappelle, on était à La Rochelle.
- Maïtena Biraben
C'était horrible.
- Alexandra Crucq
Et je lui ai dit, tu te rends compte que tu vas dire non à la première radio de France. et là je me rappelle que d'un coup elle me dit et à ce que tu promeux et voilà absolument donc c'est d'abord de la fierté et ensuite de l'inquiétude quand même parce que ce que je dis toujours c'est que nous étions deux plein temps chez mesdames et maintenant elle a deux plein temps ce que tu disais au début un chez mesdames et un France Inter
- Maïtena Biraben
mais c'est intéressant ça parce que moi j'y suis aussi allée parce que je me suis dit plus ça fera moins, moi ça me donnera de la distance ici Merci. dont j'avais besoin, honnêtement, parce qu'il y avait des choses, j'étais trop bizarre, trop intense, trop machin. Ça donne à Alex sa place dans le regard des autres, pas entre nous, mais dans le regard des autres très pleinement. Il se rend compte de ce qu'elle fait.
- Aurélie Roux
Oui, parce que tu as dit ça tourne sans Alex, mais ça tourne sans toi aussi.
- Maïtena Biraben
Bien sûr que ça tourne sans moi. Moi, j'en suis tout à fait persuadée. Donc, ça... On voit qu'il y a la taulière, si tu veux, du dur, là, ça se voit, et je pense que ça te fait du bien.
- Alexandra Crucq
Je sais pas, moi, je sais pas. Est-ce que ça me fait du bien ? Je sais pas. C'est encore trop tôt, en fait. Ça fait que 15 jours. Non, ce qui me fait du bien, c'est qu'elle est pas là le matin et que moi, je peux faire... Non, mais c'est sûr, je peux faire ce que j'appelle le deep work. Vous savez, le truc où tu travailles, t'es pas dérangée, t'es pas obligée de parler, parce que quand t'es là, il faut qu'on parle.
- Aurélie Roux
Oui,parce que vous êtes dans le même bureau.
- Alexandra Crucq
On est dans le même bureau qu'on partage. Et je ne verrai pas qu'on ait un bureau différent, qu'on n'ait pas le même bureau. Maintenant, on a fait le début et je pense que ça fait partie de nous. Je dis souvent que mesdames, c'est une pièce à deux faces et on est les deux faces de la pièce. Et donc, ça me permet de faire du deep work. Mais par contre, là, les journées, elles sont hyper intenses parce que quand elles arrivent, il y a tellement de choses à faire. Je la sollicite, mais on rattrape en une demi-journée ce qu'on faisait ensemble sur une journée.
- Maïtena Biraben
Je pense qu'il faut encore qu'on trouve un peu notre organisation et puis on est qu'au début donc j'attends de voir comment on est tous. Mais moi quand je suis sur Inter j'ai l'impression de pas travailler pour mesdames en vrai. Donc tu vois ce matin dans l'émission il y a une des humoristes qui a commencé la truc, sa chronique en disant... Alors Maïtena, vous qui êtes la cofondatrice d'un média pour les femmes de plus de 45 ans, mesdames...
- Aurélie Roux
T'étais interviewée dans ton émission.
- Maïtena Biraben
Non mais... Tu vois, je me dis que je travaille pour mesdames en fait. Ou quand on reçoit Lio, qu'on a reçue évidemment ici chez mesdames, et qu'ils disent, chez toi dans l'interview... Je travaille pour mesdames en fait. En fait, ce que je suis est un travail pour mesdames. De toute façon, je le trimballe avec moi, que je le veuille ou pas. Donc voilà.
- Aurélie Roux
Génial. Vous êtes ensemble depuis des années, donc en couple. J'aimerais bien savoir ce que vous voulez en faire de toutes ces années. Dans dix ans, vous vous voyez comment, toutes les deux ?
- Maïtena Biraben
Il y aura un après, ça va être très singulier. Moi, je pense très souvent au moment où je partirai pour ne pas revenir, ou on partira pour ne pas revenir. On aura vendu, ou ça sera fini. Je ne sais pas ce qui se passera, mais il y aura un jour où on quittera. On partira. Et ça va être... Waouh ! J'en ai les larmes aux yeux rien que de le dire.
- Aurélie Roux
Qu'est-ce qu'on dira de vous à ce moment-là ?
- Maïtena Biraben
J'en ai rien à taper. Moi je sais ce qu'on aura été.
- Aurélie Roux
Oui ? Et quoi ?
- Maïtena Biraben
Grandiose. Franchement on a été grandiose. C'est grandiose ce qu'on a fait. C'est fabuleux. C'est méritant, je le dis parce que c'est important pour elle. C'est beau. C'est puissant, c'est fragile, ça a ses défauts, ça a donné du travail à des gens qui n'en auraient jamais pu, ça a porté une voix politique d'une importance capitale. Et j'écrivais sur le fil des filles hier, parce qu'on a fait la répétition du spectacle, mais quoi qu'il arrive, la fierté de mettre ça au monde, même si c'est qu'un soir et qu'on annule tout après, mais la fierté de dire au monde On est là, on est là, et ce qu'on est, c'est incroyable.
- Alexandra Crucq
Pour rebondir sur ce que tu dis, et je répondrai aussi à ta question, c'est que dans la tournée, on fait des magnétos, des best-ofs, des femmes qui disent ce que c'est que mesdames, et des best-ofs de déclic. Et quand on écoute ces femmes, on a les larmes aux yeux, tellement c'est puissant ce qu'on leur apporte. Mais on le savait, parce qu'elles nous envoient des mails, etc. Mais quand on les écoute s'exprimer, on se dit, moi, je me dis en tout cas, ah, waouh, on a fait ça. C'est bluffant. Non, la seule chose que je veux rajouter, moi, je ne me suis jamais projetée sur la fin de mes dames. Mais c'est sans doute parce que je suis un peu plus jeune que Maïtena. Donc, moi, j'ai encore beaucoup d'années à travailler. Mais je pense souvent à notre mort.
- Maïtena Biraben
Tu vas pas continuer Mesdames sans moi, t'es complètement malade.
- Alexandra Crucq
Non, je sais, mais de toute façon, depuis le début, à chaque fois tu me dis dans deux ans j'arrête, dans trois ans j'arrête, et puis les deux années sont passées, puis elle est toujours là.
- Maïtena Biraben
Non, je voulais arrêter à 60 ans, mais c'est l'année prochaine.
- Alexandra Crucq
Donc à chaque fois, je vois que les dates qu'elle fixe, de toute façon, il y a toujours eu un problème avec les dates, les durées, les chiffres, machin. C'est le package. En fait, j'ai compris maintenant que quand elle me dit moi dans deux ans j'arrête, c'est pas mal.
- Maïtena Biraben
Sur le pognon, je suis très bonne par contre.
- Alexandra Crucq
ce que je voulais dire c'est que par contre moi ce sur quoi je me projette c'est la mort de l'autre l'enterrement de l'autre ; qu'est-ce que je dirais je sais pas encore ce que je veux dire
- Aurélie Roux
pourquoi tu penses à ça ?
- Alexandra Crucq
Parce que moi, je trouve que la mort fait partie de la vie, donc ça m'accompagne tout le temps. Non,
- Aurélie Roux
je vais vous traduire. Je vais vous traduire l'Alexandra. Tu vas me dire si c'est juste. Si elle pense à ça, parce que c'est quelque chose de très intime, on ne va pas faire un discours à la mort de n'importe qui. On n'est pas légitime pour prendre la parole à la mort. Donc ça veut dire que je suis dans sa vie très proche. C'est ça que ça veut dire.
- Alexandra Crucq
Moi, je suis obligée. Je ne l'ai pas encore dit à ses enfants ni à son mari. Mais le jour où Maïtena... Je parle.
- Maïtena Biraben
Moi, je partirai pas, je mourrai. Parce que moi, j'ai pas l'intention de ressusciter après.
- Alexandra Crucq
non, mais voilà, je vais dire tout ce que je pense de Maïtena. Enfin, au monde. Obligée. Je suis là. Je suis là et je suis au premier rang. Je vous le dis. C'est pour ça, c'est un peu la famille. Je suis avec ses enfants, avec son mari. Je suis pas au dernier rang.
- Aurélie Roux
Je pensais pas qu'on arriverait là.
- Maïtena Biraben
La plus chelou des deux n'est pas celle qu'on pense !
- Aurélie Roux
C'est pas faux !
- Maïtena Biraben
Si, si, Alex, t'es complètement chelou. Oui, c'est très singulier.
- Aurélie Roux
Mais je comprends, c'est une pensée que j'ai souvent. Autant sur... Qui va dire quoi à mon enterrement ? Et oui, qu'est-ce que je dirais ? Pour les gens qui comptent, effectivement, c'est vrai. Ok. Vous croisez deux femmes qui se demandent si elles doivent monter un truc ensemble. vous leur dites quoi ?
- Maïtena Biraben
démerde-toi
- Aurélie Roux
attends j'allais dire sans leur vendre du rêve
- Maïtena Biraben
démerde-toi ça ne meregarde pas c'est pas parce que c'est deux femmes les gens se trouvent ou ne se trouvent pas il faut se poser les bonnes questions il faut se mettre l'un en face de l'autre il faut avoir le courage d'être soi-même le reste débrouillez-vous moi
- Alexandra Crucq
je fais du mentoring j'aime bien accompagner des femmes qui sont dans des challenges qui sont dans des interrogations je leur dirais euh... Soyez forte, c'est un chemin difficile..
- Aurélie Roux
On a perdu Maïtena.
- Alexandra Crucq
En fait, je ne veux pas laisser croire que l'entrepreneuriat, c'est facile, dans nos métiers comme ailleurs. C'est juste ça.
- Maïtena Biraben
Comme il n'y a rien de facile, ce n'est pas pire qu'ailleurs.
- Alexandra Crucq
Écoute, moi, je pense que le salariat, c'est plus facile que l'entrepreneuriat. Les décisions sont partagées. C'est pas ton argent. Généralement, t'es salarié. Nous, on est entrepreneuse d'un truc qu'on a créé. From scratch, de zéro. Moi, je suis d'une fierté absolue. Et je me trouve dix fois plus puissante que les patrons. C'est horrible ce que je vais dire. Mais que les patrons de TF1 au fond de télévision, en fait.
- Maïtena Biraben
Prends ça, Rodolphe.
- Alexandra Crucq
Non, mais c'est un truc qui est parti de rien. C'est parti de notre... tête et c'est là. Et ça, peu de gens en sont capables. Nous,
- Maïtena Biraben
on a un code wifi, c'est grâce à nous. Pas TF1. Voilà, ça c'est de l'humour d'autiste.
- Alexandra Crucq
Chacune notre humour. Pour Maëtena, tapez 1. Pour Alexandra, tapez 2.
- Aurélie Roux
Parfait. Je pense qu'on fatigue, on arrive au bout.
- Maïtena Biraben
C'est toi qui avoue ce que nous, on est en pleine forme. On peut continuer pendant des heures. On a encore plein de choses à dire. On t'a usée. Tremble, racaille.
- Aurélie Roux
Je voudrais vous poser la question rituelle de Ramène Ta Joie. A chacune. Maïtena, en ce moment, qu'est-ce qui te ramène de la joie ?
- Maïtena Biraben
Je suis très joyeuse d'avoir dit oui à Inter. Je ris. J'ai réussi à faire... J'ai deux équipes. J'ai mes deux équipes. Et de faire équipe, moi, ça sera toujours ma passion dans la vie. Donc ça, ça me donne beaucoup de joie. Je vais tester un truc. La joie, c'est petit. Je vais tester d'être en vacances toutes les six semaines. C'est beaucoup de joie. Ça m'intrigue beaucoup et ça me plaît beaucoup. Et je gagne un petit peu d'argent. deux jobs et je ne gagne vraiment pas une tune ici. Et j'espère pouvoir partir en voyage de temps en temps. Et c'est beaucoup de joie. J'aimerais aller passer un week-end à Rome et je peux me l'offrir enfin. Parce que je ne suis pas que millionnaire, je suis fauchée aussi. Et donc, voilà. C'est beaucoup de joie, des petites joies comme ça, tu vois.
- Aurélie Roux
Alexandra ?
- Maïtena Biraben
Et la tournée, pardon, excuse-moi.
- Aurélie Roux
Ouais, je veux bien qu'on fasse ça, et après je vous laisse un espace pour parler de la tournée. Moi,j'allais commencer, professionnellement, c'est la tournée, parce que c'est nouveau. Parlons de la tournée.
- Maïtena Biraben
Attends, attends, attends, excuse-moi, parce que là, c'est la première fois que tu dis que c'est de la joie. Parce que toi, pour la tournée, Alex, c'est un process, on peut travailler avec n'importe qui, on n'est pas une équipe.
- Aurélie Roux
Replacez-nous la tournée, juste le pitch.
- Maïtena Biraben
La tournée de mesdames, c'est mesdames en vrai, mesdames en vraies, on va aller à la rencontre des femmes, physiquement, en chair et en os. Parce qu'on se voit à travers les réseaux, mais on avait envie de se regarder dans les yeux, de se toucher, de se prendre dans les bras, etc. Et ce qui se passera dans chaque date restera dans chaque date. On ne filme pas, on ne diffuse pas, c'est entre nous, on vit quelque chose. Et donc, de la même manière, on a deux manières de l'aborder. Pour moi, c'est une aventure, c'est un message politique avant tout, et une aventure humaine qu'on va vivre entre nous, les sept sur scène et... Les femmes qui seront dans un échange etc. Pour Alex, c'est un business model de divertification et il faut mettre plein de gens connus. Et là, tout d'un coup, pour la première fois, tu dis, tu mets une émotion sur la tournée.
- Alexandra Crucq
La vérité c'est que quand je t'écoute, je ne sais pas si c'est en vrai de la joie que je mets vraiment sur la tournée en fait.
- Aurélie Roux
Moi j'ai assisté à la répète d'hier, j'ai vu la joie.
- Alexandra Crucq
Non, alors je ne sais pas si c'est la joie ou la fierté mais... Non, moi, la joie chez mes dames, c'est d'aller dans des endroits où je n'ai pas l'habitude d'aller et de le faire avec Maïtena. Par exemple, ce moment qu'on vient de passer là, tu nous l'arraches dans un emploi du temps au cordeau. Et je suis super contente. Et c'était un moment joyeux, on s'est marrées, etc. Donc moi, ces moments-là, je les aime beaucoup. Mais c'est aussi les déjeuners où on se marre. Voilà l'Indien, là. C'était trop drôle ! C'était lunaire ! Maïtena mange une première ! Comment ça s'appelle les galettes ? Un nan au fromage ! Elle est avant moi au restaurant donc elle a mangé une galette au fromage et j'arrive et je commande une galette au fromage et le serveur arrive et il lui débarrasse même pas sa première assiette qu'il lui met la deuxième nan au fromage à elle ! Alors qu'elle est pour moi, moi je n'ai rien. Il lui met les deux assiettes de nans. Et donc on s'est dit, mais comment il peut lui donner à elle les deux ?
- Maïtena Biraben
Rien à foutre le mec, rien à foutre. Rien à foutre, prends ça bim !
- Alexandra Crucq
Et là on est parti dans une crise de rire. Mais voilà, c'est ces petits moments-là volés à un quotidien qui est hyper cadenassé chez moi, qui est hyper focus, action, réaction, rentabilité, voilà. Et dans la vie personnelle... Les moments de joie, c'est de voir mes enfants grandir, s'épanouir. Mon fils s'installe dans son premier appart. Je l'accompagne, on achète tout ce dont il a besoin et c'est assez chouette. Ma fille rentre en deuxième année de droit, elle a passé des vacances de dingue. Et je suis heureuse de l'avoir épanouie, etc. Hier soir, j'ai booké mon avion pour aller au Canada voir mon frère. Et on va faire Halloween avec ses enfants qui ont quel âge ? Oui, genre 9 mois et 3 ans. et on va faire Halloween ensemble et voilà les moments de joie simples je sais pas s'ils sont simples mais ils sont comme ça
- Maïtena Biraben
c'est intéressant t'as vu c'est tout par l'humain alors qu'elle pense qu'elle est une machine
- Aurélie Roux
c'est pour ça que je te dis ça va être intéressant à réécouter quand tu vas l'écouter tu vas encore redécouvrir très intéressant
- Maïtena Biraben
je regarde ça moi avec beaucoup d'intérêt Des fois, je tape un peu dedans pour voir. Eh oh ! Oh mon Dieu, mon Dieu !
- Aurélie Roux
Bien,, merci Maëtena, merci Alexandra pour cette conversation et pour la joie d'être deux. Où est-ce qu'on vous retrouve ?
- Maïtena Biraben
Dans ton cul, déjà dans ton cul.
- Aurélie Roux
Attends, je regarde. Non,
- Maïtena Biraben
mais c'est la réplique de Caroline. Si vous venez au spectacle, vous l'entendrez parce que c'est juste mythique.
- Alexandra Crucq
parce qu'Aurélie a eu la chance d'assister de manière très exclusive pour y prendre des photos à nos journées de répétition. Elle se couvrira la tournée en photographe professionnelle de Mesdames.
- Maïtena Biraben
Et tout est là. Et ce n'est pas pour la vulgarité que je le dis. C'est pour ce mot. Il est dit par Caroline. qui a 66 ans elle a 66 ans elle est red chef elle va monter sur scène pour raconter les addictions et quand on dit tiens on fera un petit off avant d'entrer sur scène et moi je dis ah bah je dirais ouais mais elle est où Caroline elle est où et tout d'un coup on l'entend dans ton cul tu te dis mais qu'est-ce qui s'est passé avec ces meufs pour qu'elles soient en toupie comme ça quoi c'est magnifique quoi C'est magnifique.
- Aurélie Roux
Alors, donc, Mesdames Média, c'est sur Internet. Mesdames.Média, c'est sur Instagram. Comme ça, on rate rien.
- Alexandra Crucq
Instagram, Facebook, TikTok, YouTube. Voilà.
- Aurélie Roux
Alexandra, toi, donc, tu documentes aussi ton aventure entrepreneuriale dans tes posts LinkedIn qui sont une véritable source d'inspiration.
- Alexandra Crucq
Tant mieux.
- Aurélie Roux
Tu en es à combien, tiens ?
- Alexandra Crucq
Je crois que je suis à 260, quelque chose comme ça.
- Aurélie Roux
Maïtena, on retrouve ta voix sur France Inter tous les jours à 11h dans Franche Culture et surtout, on vous retrouve donc en vrai. sur votre spectacle, Mesdames en Vraies, où vous venez à la rencontre de toutes les mesdames et de tous les messieurs.
- Maïtena Biraben
Bien sûr, on les aime.
- Aurélie Roux
Avec une belle partie de l'équipe de mesdames. À moi donc maintenant de conclure cet épisode avec un immense merci pour cette conversation joyeuse. Je crois qu'on va avoir du boulot au montage pour régler les aigus. Et je vais être honnête, moi, recevoir Maïtena et Alexandra pour un premier duo, c'est un événement pour Ramène ta joie. Et j'espère que cette conversation lui fera prendre de la hauteur. Et vous, auditeurs joyeux, vous pouvez y contribuer. Il suffit de partager à une personne ou plus.