- Aurélie Roux
Aujourd'hui, je reçois Étienne Thouvenot. Dans son profil LinkedIn, Étienne se définit comme amoureux des rencontres. Alors non, ce n'est pas un épisode dédié aux rencontres amoureuses, quoi que, après tout, j'imagine que tout ce que tu racontes, on doit pouvoir l'utiliser aussi dans ce domaine-là. Étienne parle de la rencontre avec un grand R, celle qu'on fait professionnellement, mais aussi dans un cadre privé, parce que c'est plus ou moins facile de rencontrer des gens. Moi, je suis arrivée à Lyon il y a deux ans, et au bout d'un an, je me suis dit, mince, je n'ai rencontré personne de nouveau. Quand mes enfants étaient petits, j'avais le prétexte de l'école pour rencontrer des gens. Mais quand les enfants sont grands, ou quand on n'a pas d'enfants, comment on fait pour rencontrer des gens ? Comment on fait pour les aborder sans qu'on nous regarde de travers, ou pour ne pas déranger ? Parce que moi, sous mes airs super à l'aise, je souffre d'anxiété sociale. Je ne sais pas faire. Alors quand j'ai croisé le chemin d'un atelier pédagogique pour développer ses compétences à rencontrer les autres, tu penses bien que je me suis inscrite tout de suite. Et j'ai vu Étienne à l'œuvre. Et j'ai trouvé ça extra, super utile, et ça avait l'air chouette même pour des gens moins anxieux que moi. J'ai donc eu envie d'inviter Étienne pour qu'il nous raconte un peu ce qui le met en joie dans le fait d'aider les gens à mieux se rencontrer. Bonjour Étienne.
- Étienne Thouvenot
Bonjour Aurélie.
- Aurélie Roux
Bienvenue dans cet épisode, ton épisode. Première question simple, comment tu arrives aujourd'hui ?
- Étienne Thouvenot
Comment j'arrive aujourd'hui ? Déjà c'est toi qui es arrivé chez moi. Donc moi je suis bien installé, moi je suis bien. Je suis très bien. Ensuite, le micro, ce n'est pas quelque chose que j'utilise tous les jours. Mais c'est un exercice que je trouve intéressant à faire. Tu vas aussi, je pense, m'aider à développer ma pensée.
- Aurélie Roux
Alors, Étienne, qui es-tu ? D'où viens-tu ? Et qu'est-ce qui t'a amené là ?
- Étienne Thouvenot
J'ai d'abord l'impression de prendre en boomerang la question que je pose aux gens pendant les ateliers. La plupart des gens bloquent sur qui es-tu? quand on doit définir qui on est. Et moi, je leur donne l'astuce de dire qu'en fait, on peut parler soit d'une origine, en effet, d'où on vient, d'un trait de caractère, d'une compétence, d'une vulnérabilité. Parce que souvent, on se présente par brique. "Bonjour, je m'appelle Étienne, j'ai 49 ans, je suis marié, j'ai 4 enfants." Génial, mais en fait, ça n'avance à rien. Donc, si je devais me présenter autrement... Je peux dire que je suis quelqu'un qui aime changer régulièrement d'activité parce que j'aime découvrir. Et dans ce que je fais, en fait, j'aime comprendre les choses, comprendre les gens, comprendre le monde. Et je crois que j'aime ce qui est beau. Il n'y a pas longtemps, ma femme me dit « mais oui, mais tu es un esthète en fait » . Je vais aller vérifier la définition d'esthète. Et je peux rester plusieurs minutes devant un tableau, devant une fleur.
- Aurélie Roux
Contemplatif.
- Étienne Thouvenot
Oui, essayer de comprendre pourquoi je suis touché par ce que je suis en train de voir. Prendre le temps de décortiquer, c'est-à-dire ne pas rester simplement sur « c'est beau » . Non, observer, contempler.
- Aurélie Roux
Ok. Mais ça, tu as ça depuis que tu es petit ?
- Étienne Thouvenot
Je ne crois pas. C'est peut-être l'âge.
- Aurélie Roux
C'est la sagesse ?
- Étienne Thouvenot
Non, mais en effet, il y a des choses qui sont toutes petites et toutes belles, et en fait, qu'on ne prend pas le temps de savourer. Le rayon de soleil qui réchauffe juste à... Ah, qu'est-ce que ça fait du bien ! En fait, si on en prend conscience, on utilise réellement ce moment, c'est-à-dire qu'il devient vraiment agréable. Alors que si on ne l'a pas conscientisé, en fait, ok, ça nous a fait plaisir, mais c'est resté très superficiel, instantané, et hop, on passe à autre chose.
- Aurélie Roux
Et c'est dommage de s'en priver.
- Étienne Thouvenot
Oui.
- Aurélie Roux
Et donc, tu parles de regard, de sensation, c'est des choses que tu appliques dans ton quotidien, dans ta famille, dans ton travail ? Cette attention-là ?
- Étienne Thouvenot
Peut-être pas de partout. Peut-être que ça vient rejoindre un autre trait de personnalité qui est le perfectionnisme. Alors là, j'essaie plutôt de lutter contre parce que ça empêche d'avancer aussi, de chercher quelque chose qui est nickel en permanence. Non, c'est peut-être quelque chose qui vient équilibrer, je dirais. Ma vie professionnelle qui est cadrée, je sais pourquoi je fais, j'avance comme ça, c'est structuré. En fait, j'ai l'impression que c'est la poésie qui vient m'équilibrer. La poésie au sens... La vraie poésie, comme en effet des petits détails de peinture, le temps qu'il fait, des petites choses.
- Aurélie Roux
Ok, j'adhère. Évidemment, tu prêches une convaincue. Tu nous fais un petit point sur ton parcours pro quand même, qui t'amène à ça aujourd'hui ?
- Étienne Thouvenot
Bien sûr, ça permet de se situer et puis on aime bien comprendre.
- Aurélie Roux
Oui, sans forcément dérouler un CV, mais juste peut-être en quelques étapes marquantes, puisque tu as dit que tu aimais bien changer d'activité. Du coup, tu as éveillé ma curiosité. Tu as fait quoi comme métiers ?
- Étienne Thouvenot
Alors j'ai une formation d'ingénieur et... Dès le début, j'ai voulu travailler en production. Et en fait, ce n'était pas neutre. C'est-à-dire que je voulais travailler avec des gens et manager une équipe. Et puis, il y avait le côté très concret en production. Donc, j'ai eu de la chance. J'ai pu commencer par ça. Et en 23 ans de carrière dans le groupe Seb, je crois que j'ai fait 11 postes différents. Donc, en effet, très régulièrement, je changeais de poste, de mission, de manager, de collègues . Et ça, c'était passionnant. J'ai fait de l'industrie pendant 7 ans. production, amélioration continue, assurance qualité, qualité après-vente. Ensuite, j'étais auditeur international. Super intéressant pour comprendre le fonctionnement de l'entreprise dans plein de métiers différents.
- Aurélie Roux
C'est quoi un auditeur ?
- Étienne Thouvenot
L'auditeur, c'est celui qui vient vérifier que tout est sous contrôle, qu'il n'y a pas de risque pour l'entreprise.
- Aurélie Roux
On y revient.
- Étienne Thouvenot
Oui.
- Aurélie Roux
Donc, tu as su utiliser tes compétences innées ?
- Étienne Thouvenot
Alors, a priori, ce ne sont pas mes compétences innées, c'est plutôt mes compétences acquises de structurer, etc. Mes compétences innées, c'est peut-être plus, au contraire, le côté lâcher prise, bout en train, artiste, etc. Donc je joue entre les deux.
- Aurélie Roux
Toujours cet équilibre.
- Étienne Thouvenot
Voilà, donc auditeur international, hyper intéressant. Ensuite, gestion d'un projet informatique avec un changement de logiciel dans six sites de production en France. Gros, gros travail, mais hyper intéressant. Et là, il commence à y avoir des petits changements parce qu'en parallèle, je commence une aventure entrepreneuriale avec une amie où on cofonde les petites cantines. Donc sous format associatif, mais ça reste quand même un vrai projet entrepreneurial. Et là, ça me nourrit à fond.
- Aurélie Roux
Tu peux décrire Les Petites Cantines ?
- Étienne Thouvenot
Les Petites Cantines, aujourd'hui, c'est un réseau de cantines de quartier ou de restaurants de quartier où on se rencontre au travers du repas. Donc c'est la fête des voisins, tous les jours, sauf que le lieu, il est ouvert en permanence. Vient qui veut, on mange ensemble, c'est une occasion de se rencontrer. Ceux qui veulent peuvent aussi cuisiner ensemble, c'est un autre moyen de se rencontrer.
- Aurélie Roux
C'est un modèle associatif ?
- Étienne Thouvenot
C'est un modèle associatif à plusieurs niveaux. Chaque cantine est une association. Et il y a le réseau des Petites Cantines qui est une association qui fédère toutes les cantines existantes et qui accompagne des citoyens qui veulent monter leur propre cantine dans leur quartier ou dans leur ville. Et donc j'ai fait ça en parallèle du groupe Seb parce que je n'avais pas du tout la capacité de lâcher mon emploi pour aller me jeter dans cette chose que je ne connaissais pas. Donc j'ai fait ça en parallèle. Et petit à petit, je trouvais que ce que je vivais dans le groupe Seb devenait fade. par rapport à ce que j'arrivais à vivre à côté.
- Aurélie Roux
Sur quel plan ?
- Étienne Thouvenot
Alors, un côté innovation, c'est-à-dire la capacité d'imaginer, de créer, de mettre en œuvre. Et puis, l'autre pan, c'est sur l'impact. Quel est l'impact de mon travail ? Et j'ai proposé au groupe Seb la création d'un poste de responsable d'innovation sociale. Je leur ai proposé de vivre la même chose que ce que je faisais à l'extérieur, c'est-à-dire travailler sur des projets à impact au sein du groupe Seb. Avec une modalité où j'ai pris en compte la culture du groupe Seb, ça a pris la forme d'un parcours intrapreneurial où on proposait à des salariés de former une promotion de 6-8 personnes qui consacraient entre 2h et 4h par semaine à ce projet sur une période de 3 mois. Et moi, je les accompagnais avec des méthodes plutôt issues des startups, des startups sociales pour venir vérifier si 1. il y avait bien un problème social, 2. qu'on avait une piste de solution intéressante et après chercher à ce que le projet soit repris par une entité du groupe Seb derrière.
- Aurélie Roux
Ok, ça c'est toujours d'actualité? C'était quand ça ?
- Étienne Thouvenot
Moi et les dates, c'était il y a longtemps.
- Aurélie Roux
Est-ce que ça a l'air hyper innovant peut-être par rapport à l'époque ?
- Étienne Thouvenot
C'était très innovant, ça a duré deux ans et demi. Et ensuite on m'a dit, écoute, super Etienne, tu as démontré que l'impact social ou environnemental était un relais potentiel de croissance pour le groupe Seb. Donc aujourd'hui, les gens du marketing sont convaincus, les gens de la recherche sont convaincus. Donc tu n'as plus besoin de convaincre. Et surtout, ils m'ont dit, la méthode que tu as développée fonctionne super bien et on aimerait que tu puisses l'appliquer aussi à la recherche traditionnelle. Même s'il n'y a pas d'impact, comment impliquer des salariés qui ne connaissent rien au sujet sur une thématique et comment en quelques mois, on peut faire des avancées extraordinaires sur la compréhension et sur des propositions de valeur derrière. Donc, j'ai accompagné d'autres collègues. J'ai rejoint une autre cellule d'innovation du groupe Seb, où j'étais facilitateur d'innovation.
- Aurélie Roux
Qu'est-ce qui t'a fait quitter le groupe ?
- Étienne Thouvenot
Un trop plein. Un trop plein ou un pas assez plein. En fait, j'ai vécu un petit moment compliqué où, je ne sais plus si c'est une psychologue qui m'a accompagné, qui me disait, en fait, vous avez vécu un burn-out, un burr-out et un burn-out.
- Aurélie Roux
La totale.
- Étienne Thouvenot
Donc j'ai compris ce que c'était que ces mots. J'ai eu beaucoup de chance parce que ça a été relativement faible. C'est-à-dire que je pense que j'ai chopé les premiers signaux qui m'ont fait craquer.
- Aurélie Roux
Tu t'es pas effondré.
- Étienne Thouvenot
Voilà. En tout cas, c'était très court. C'est pas agréable, mais je connais suffisamment de personnes qui se sont effondrées pendant longtemps pour relativiser ce que j'ai vécu. En tout cas, c'était ce qu'il fallait pour que je me dise, OK, il faut changer des choses. Donc, qu'est-ce que je veux faire ? En fait, je m'accrochais au groupe Seb parce que j'ai beaucoup aimé cette entreprise, les gens qui étaient dedans, les activités, tout ce que j'ai pu faire dedans. Mais j'ai découvert que ce n'était pas là où je pouvais rester. C'est-à-dire qu'il n'y avait plus les managers qui me faisaient grandir ou des missions dans lesquelles j'allais m'éclater. Donc, il fallait que je parte. Grosso modo, j'ai mis à peu près deux ans pour accepter le fait de devoir partir parce que c'est quand même très confortable d'être dans une grande entreprise, surtout quand on y est reconnu, quand on a fait une carrière. Et après, la question, c'était de me dire, ok, je pars, mais pourquoi ? Pour faire quoi ? Mon premier réflexe, ça a été de me dire... Je vais refaire ce que j'ai déjà fait et que je sais bien faire en changeant l'entreprise, en changeant la thématique, etc. Et grâce à un accompagnement d'une personne à l'APEC, qui m'a fait relire tous mes changements de poste en me disant « Mais qui a décidé ? Comment ça s'est passé ? Quelles étaient les conditions ? Et lesquelles ont bien fonctionné ? » Et je me suis aperçu que là où ça avait le mieux fonctionné, c'était quand j'arrivais sur à peu près une feuille blanche, que c'était quasiment impossible à faire et que j'avais la liberté. de faire à peu près ce que je voulais et la confiance d'autres personnes. Donc je me suis dit, en effet, il ne faut pas que je refasse ce que j'ai fait, je ne vais pas m'éclater. Où est-ce que je peux aller ? Qu'est-ce que je peux faire ? Et là, il restait une question que j'avais posée quelque part en disant, qu'est-ce que la rencontre ? C'est-à-dire qu'avec Les Petites Cantines, on voyait des rencontres se produire. Moi, j'arrivais à faire des rencontres, etc. Génial. Mais je voyais bien que c'était insuffisant. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a 20 Petites Cantines en France, même à 100. ça serait génial mais il n'y en aurait toujours pas assez pour qu'il y ait les rencontres dont le monde a besoin. Donc comment faire ? on était accompagné par HOK notamment sur l'approche systémique donc on avait réfléchi déjà pas mal avec Diane sur ce qu'on faisait aux Petites Cantines, comment ça pouvait rentrer dans un système mais j'avais pas réussi à mener ma réflexion là où ça me semblait important d'aller. Je me suis dit en fait si je comprends ce que c'est que la rencontre, les mécanismes de la rencontre ce sera beaucoup plus facile d'agir dessus et donc je me suis dit ok je pars là dessus. Il y avait la possibilité de partir du groupe Seb avec le confort dont j'avais besoin, c'est-à-dire pouvoir avoir accès aux indemnités Pôle Emploi à l'époque, et puis les indemnités légales de départ.
- Aurélie Roux
Et avoir l'esprit libre pour te consacrer à ça.
- Étienne Thouvenot
Et pour ça, il fallait que j'explique le projet sur lequel j'allais aller, entrepreneurial. Donc j'expliquais rapidement ce que je voulais faire avec quelques pistes, quelques idées en tête. Et c'est comme ça que j'ai pu partir du groupe Seb.
- Aurélie Roux
Et t'es parti quoi ? Faire des études ?
- Étienne Thouvenot
Presque.
- Aurélie Roux
Tu as fait une thèse ?
- Étienne Thouvenot
Plusieurs m'ont demandé si j'allais en faire une. C'est toujours une question que je me pose. En fait, j'ai pris quatre mois pour explorer la thématique un peu sous tous les sens. Et j'ai notamment organisé des entretiens anthropologiques pour me dire, OK, moi, j'ai ma représentation de la rencontre, mais qu'en pensent les gens ? Donc, je suis allé interroger des personnes diverses et variées. Pour eux, qu'est-ce que c'est que la rencontre ? Je me posais la question des lieux de rencontre et je leur demandais quels étaient les lieux auxquels ils attendaient de rencontrer des gens, quelles étaient les rencontres qu'ils avaient envie de faire mais qu'ils n'arrivaient pas à faire? Et ça, ça a été une collecte d'informations hyper riche. Je me souviens, le premier entretien, je me suis dit, je vais essayer de ne pas biaiser les choses, je vais dans un parc public et je vais interroger des gens. Premier résultat, je m'aperçois que, waouh, vachement dur pour moi d'aller m'adresser à des gens. Notamment parce qu'ils étaient deux ou trois, c'est-à-dire s'insérer dans un groupe c'est très, très, très compliqué. Un apprentissage merveilleux. Ensuite, je vais voir quelqu'un qui était en train de lire sur un banc. Je lui dis, excusez-moi, est-ce que je peux vous déranger ? Voilà mon sujet, j'aimerais vous interroger sur... Il me dit écoutez, est-ce que vous me laissez finir mon chapitre ? Je lui dis, bien sûr, finissez. Et puis la personne ne finit pas son chapitre et me dit: bon, alors expliquez-moi, c'est quoi votre histoire ? On parle et la personne m'explique que grosso modo dans sa vie, elle discutait avec 3-4 personnes, une personne qu'elle considérait dans le registre de l'amitié, qui était un ancien manager, voilà. Et que ça lui suffisait. C'est-à-dire que son besoin de rencontre, il me disait, je n'ai pas besoin de plus. Donc, génial, mon projet, c'est de provoquer la rencontre. La première personne que j'interroge, me dis : j'en ai pas besoin.
- Aurélie Roux
Oui, c'est ça. En fait, mais toi, c'est de ton besoin de rencontre à toi ?
- Étienne Thouvenot
En fait, après, j'ai relativisé. C'est-à-dire que ça m'a permis de comprendre que tout le monde n'était pas en attente de rencontre. En revanche, il y a beaucoup de personnes qui sont en attente. derrière, il y a une autre notion qui est le besoin. C'est-à-dire qu'on peut ne pas être en attente et pour autant en avoir besoin. Moi, ça m'a permis de me dire, en fait, je vais commencer par les gens qui ont envie de rencontrer et ça en fait déjà pas mal. Mais les autres entretiens que j'ai pu réaliser m'ont montré à quel point, pour le commun des mortels, en fait, c'est très compliqué de rencontrer. On a tous cette image que c'est naturel, et je pense que c'est la première erreur qu'on fait collectivement. On a un besoin naturel de rencontrer, de rencontrer des liens qui vont venir derrière, mais en fait, on ne sait pas faire. Alors, ce n'est pas vrai. On sait faire, mais alors il faut plein de conditions pour que ça marche. Et c'est là où j'ai essayé de creuser pour comprendre qu'est-ce qui fait qu'il y a des moments où ça marche, et des moments où ça ne marche pas.
- Aurélie Roux
Ce sujet d'études, il est innovant ? Ou il y a de la biblio là-dessus ?
- Étienne Thouvenot
Je suis allé chercher sur Internet, dans les bibliothèques, pour essayer de comprendre ce qui a déjà été fait sur le sujet, en me disant que mon rôle, ce sera peut-être simplement de le mettre au jour et de monter des ateliers pédagogiques pour transmettre. J'ai eu beaucoup de difficultés à trouver des éléments concrets dessus. En tout cas, sur la rencontre du quotidien. Je tombais beaucoup plus sur des thématiques de pathologie, c'est-à-dire quand ça devient vraiment pathologique, ou les rencontres très complexes. Parce que, par exemple, le parcours d'un migrant, comment est-ce qu'il s'insère et comment est-ce qu'il rencontre des personnes ? Moi, je voulais m'adresser, je veux comprendre la rencontre du quotidien. Voilà, donc j'ai cherché. Alors, il existe des choses, mais qui abordent sous des angles différents. Il y a des super beaux livres. Il y a le livre de Charles Pépin sur la rencontre, qui est une approche philosophique, alors pratique, mais qui reste quand même philosophique et qui ne donne pas non plus les clés immédiates pour rencontrer. Donc moi, je me suis dit, OK, je vais essayer de regarder qu'est-ce qui fonctionne moi quand j'arrive à rencontrer des gens ou quand j'observe des gens qui y arrivent. Et puis, si je vais partir de ces éléments-là pour essayer de les transmettre aux autres.
- Aurélie Roux
Qu'est-ce que tu penses de cette phrase qu'on entend : Il faut d'abord se rencontrer soi avant de pouvoir rencontrer les autres.
- Étienne Thouvenot
C'est exactement l'histoire de la poule et de l'œuf.
- Aurélie Roux
Oui.
- Étienne Thouvenot
Moi, je ne me connais pas pleinement. Regarde, quand tu as commencé à me dire, présente-toi, qui es-tu ? En fait, il y a plein de choses que j'ignore sur moi. C'est Paul Ricoeur qui dit, le plus court chemin de soi à soi passe par l'autre. Donc en fait, pour se connaître, c'est quand je me mets en relation avec les autres. Je vais apprendre plein de choses sur moi. Et ce qui est vrai, c'est que plus je me connais, plus je suis à l'aise pour aller à la rencontre des autres. Donc en fait, c'est quelque chose qui est vivant. Donc il ne faut pas attendre, il faut commencer. Je rencontre quelqu'un, je découvre quelque chose sur moi, ça me rend plus fort d'une certaine manière parce que je me connais, donc c'est plus simple pour aller vers les autres. Commencez par où vous voulez, mais il faut y aller!
- Aurélie Roux
Donc tu as créé toute cette matière, tu l'as digérée et tu la mets à disposition. Aujourd'hui dans des ateliers, c'est quoi tes supports aujourd'hui de propagande ?
- Étienne Thouvenot
Oui, le principal outil que j'ai à ma disposition, c'est des ateliers pédagogiques. Ils vont prendre des formats différents en fonction des espaces dans lesquels j'interviens, en fonction du nombre de personnes, de l'âge des personnes, des circonstances, etc. Donc des ateliers pédagogiques où on va principalement expérimenter la rencontre, Mais chaque exercice d'expérimentation a un objectif pédagogique bien spécifique pour toucher du doigt une réalité particulière de la rencontre. Quand je dis réalité, c'est pas l'approche philosophique, mais l'approche pratique. Quel est l'impact de ma posture dans la rencontre ? L'importance du regard, l'importance du sourire. Hop, on fait une expérience, je propose aux gens de déambuler sans se regarder, c'est-à-dire en regardant le sol, et à un moment, je leur dis, ok, sans contact visuel, commencez à aller parler à quelqu'un. On refait l'exercice, où là, vous avez le droit de regarder les gens. Ok, on débriefe. Qu'est-ce que vous avez vécu ? C'est super dur d'aborder quelqu'un, de parler avec quelqu'un sans les yeux. Bon, donc là, vous venez de mesurer l'importance, en fait, vous venez de conscientiser l'importance du regard. Sans le regard, je ne peux pas rencontrer l'autre, selon les cultures. Ça, c'est très important.
- Aurélie Roux
Ah oui, parce qu'il y a des cultures où on ne regarde pas.
- Étienne Thouvenot
Voilà, donc moi, je suis sur une base de la culture que je connais, la culture française. Et ce qui est intéressant, c'est que les gens... vont aussi apporter d'autres choses. Dans leur témoignage, ils vont me dire « Le fait de ne pas se regarder, je me suis senti plus libre pour parler. » Ah, c'est intéressant. Pour se connecter, j'ai besoin du regard et en même temps, le regard de l'autre peut m'impressionner. Ok, c'est des éléments qu'on doit prendre en compte dans la rencontre. On a plusieurs exercices comme ça qui vont permettre de se dire « Ah tiens, les sujets de conversation, les points communs, comment est-ce que j'ai besoin d'être rassuré dans la rencontre, quel est l'intérêt de l'altérité, qu'est-ce qui fait rencontre ? » Poser la question de qu'est-ce qu'une rencontre ? Tout l'art de savoir poser des questions, l'art de savoir écouter, l'art de savoir parler de soi.
- Aurélie Roux
Et toi, ton objectif à toi dans un atelier comme ça, c'est quoi ?
- Étienne Thouvenot
Je crois qu'il est double. Il y en a un, c'est de donner envie aux gens de rencontrer, c'est-à-dire revaloriser la rencontre et dire « Ah ouais, c'est hyper important, c'est hyper intéressant, c'est hyper bien. » Et au-delà de l'envie, c'est de donner la capacité à. Et quand je dis donner la capacité à, c'est d'aller un peu plus loin que ce que je fais aujourd'hui. Parce que derrière, on vient travailler des compétences, donc on ne peut pas passer du niveau 1 au niveau 5 d'un seul coup. Mais c'est comment est-ce que je vais un peu plus loin. Et en fait, en allant un peu plus loin aujourd'hui... je découvre autre chose, ça me donne envie d'aller plus loin et je serai en capacité de progresser tout seul, petit à petit. Ou de refaire un autre atelier après pour voir un autre aspect et me dire, ah oui, punaise, ça, je ne l'avais pas conscientisé à ce moment-là. Donner envie et donner la capacité de. Ça, c'est hyper important.
- Aurélie Roux
Ces ateliers, pour moi, c'est un peu ésotérique. Comment on arrive dans ton atelier ?
- Étienne Thouvenot
Qu'est-ce qui fait venir les gens dans l'atelier ?
- Aurélie Roux
Comment les gens enclenchent de venir, de participer ?
- Étienne Thouvenot
Je crois qu'il y a plusieurs profils. Il y a d'abord un profil de personnes qui aiment les rencontres, qui apprécient les rencontres et qui veulent aller plus loin, qui veulent en savoir plus parce que dans leur métier, dans leur pratique privée, en fait, ils ont envie de plus rencontrer, de mieux rencontrer, de comprendre ce que c'est que la rencontre. Et ensuite, il y a des personnes qui disent « moi, j'ai envie de rencontrer et en même temps, je vois que je n'y arrive pas ou que je bloque dans certaines circonstances qui vont être très variées. » Je pense à quelqu'un qui m'a dit « mais en fait, moi, rencontrer quelqu'un avec une cravate, j'y arrive pas. En fait, le statut social de l'homme d'affaires, etc., ça bloque. Il y en a d'autres, c'est les voisins. Il y en a d'autres, c'est lors d'une soirée réseau professionnel. D'autres, ça va être plutôt sur des liens ou des personnes qui disent, moi, j'arrive sur cette ville, ça fait deux ans que je suis à, comment je rencontre de nouvelles personnes ? Elles ont identifié une difficulté et un véritable besoin et elles viennent.
- Aurélie Roux
Tu as plusieurs formats d'atelier ?
- Étienne Thouvenot
Oui, il y a plusieurs formats d'atelier. Parce que j'ai dû adapter l'atelier de départ en fonction des contraintes des personnes. Dans certaines organisations, on dit « Ah non, mais nous, on n'a pas trois heures disponibles. Qu'est-ce que tu peux nous faire pour une heure, une heure et demie ? » D'autres fois, c'était pour des jeunes, des lycéens. J'ai commencé par mon atelier classique que j'ai adapté comme je pensais qu'il soit bon d'adapter pour des lycéens. Et en fait, au bout du premier atelier, j'ai dit « Non, il faut que je modifie encore les choses. » Donc, je suis allé progressivement sur des ateliers encore plus expérientiels. Plus simple dans l'organisation, moins de logistique, ce qui est pratique pour moi, mais ce qui est aussi pratique pour les organisateurs. C'est-à-dire, ah tiens, quand on n'a plus besoin de table, ça change les choses. Quand on n'a plus besoin de ça, ça simplifie les choses. Donc, il y a des ateliers où il va y avoir un peu de réflexivité. On va se poser des questions sur qu'est-ce que c'est que la rencontre ? Quels sont les impacts positifs de la rencontre à titre individuel, collectif, social ou sociétal ? Quel est l'impact de l'absence de rencontre ? Donc on va prendre du temps de se poser les questions et ça c'est génial parce que ça vient donner du sens. Et quand il y a du sens, on passe plus facilement à l'action. Et puis dans d'autres ateliers plus « accessibles » , on va être exclusivement sur des expériences apprenantes. Et ce qui me permet aussi de les animer pour des grands nombres, voire des très grands nombres de participants. Mon record c'est 270. Et intergénérationnel. Ce qui est génial. Mais il fallait voir les témoignages, c'était mais alors du bonheur, incroyable en fait quand des adultes entendent des enfants, quand des enfants enfin des enfants c'était des jeunes, des jeunes entendent les adultes parler de leurs problématiques et de leur joie dans la rencontre waouh !
- Aurélie Roux
Ils prennent le temps, ils s'offrent le temps de le faire ce qu'ils font pas forcément dans la vie.
- Étienne Thouvenot
Oui, et puis les pépites ! C'est à dire que quand un jeune entend un adulte qui dit « Ouais, moi c'est pas facile quand même d'aller aborder quelqu'un que je connais pas ou trouver des sujets de conversation. Quand on a dû faire ça, j'ai trouvé ça compliqué. » Ça fait du bien à un jeune d'entendre ça. Et quand un adulte entend un jeune dire « Ah, quand tu m'as parlé de ça, » c'était tellement agréable de voir que le jeune est touché quand on lui parle. Enfin, magnifique.
- Aurélie Roux
T'es attentif à quoi quand les gens arrivent ?
- Étienne Thouvenot
Ah, à l'accueil. Pour moi, c'est un sujet qui est très très proche de la rencontre, que j'ai beaucoup travaillé par ailleurs. En fait, l'accueil, c'est souvent un impensé ou une pensée très partielle. D'ailleurs, la rencontre comme l'accueil, on pense au premier instant, sauf que ce n'est pas suffisant. On raccourcit souvent à dire à l'accueil « bonjour, bienvenue » . En fait, c'est totalement insuffisant. L'accueil, c'est faire en sorte que la personne se sente bien. Qu'est-ce qui va permettre qu'elle se sente bien ? C'est qu'elle ait des repères. Donc, c'est déjà se présenter. Moi j'essaie de dire, il y a des repères sur les personnes présentes, le déroulé et le lieu. Donc souvent il y a un temps qui est horrible dans tous les événements, que ce soit des formations, c'est le temps entre le moment où j'arrive et le temps où ça commence réellement. Il est horrible ce temps, c'est un no man's land. C'est comment est-ce qu'on va l'occuper et on va faire en sorte que ce soit le plus serein possible. Donc si je donne des repères en disant vous pouvez aller poser vos affaires à tel endroit, on commence à telle heure, vous êtes libre sur cette période de faire ce que vous voulez. Et je vous présente Marie. Je ne la connais pas, mais je vous laisse faire connaissance, faire l'entremetteur, mais habiter ce temps tout simplement.
- Aurélie Roux
Et ta joie à toi là-dedans, elle se déclenche quand ? Avant ? Pendant ? Après l'atelier ?
- Étienne Thouvenot
Pendant.
- Aurélie Roux
Pendant ?
- Étienne Thouvenot
Avant, j'ai plutôt le stress. C'est-à-dire que même si je l'ai animé plus d'une centaine de fois, j'ai toujours un petit stress en me disant... C'est quasiment toujours le même. C'est... Punaise, je parle d'un truc qui est tellement commun. Il va bien y avoir un jour quelqu'un qui me prend pour un fou ou un simplet, quoi.
- Aurélie Roux
Oui, mais celui-là, il ne vient pas à l'atelier.
- Étienne Thouvenot
Oui, mais j'ai toujours peur qu'il y en ait un qui vienne à l'atelier, en me disant mais en fait tu nous dis des choses qu'on connaît ben oui je suis d'accord on connaît tous mais en fait on le fait pas ou on l'a pas mis les mots mais voilà en fait j'ai toujours un peu cette appréhension et puis une fois que je rentre en scène, parce qu'il y a un peu de ça, je suis bien on rentre en résonance avec les gens je leur donne un maximum de choses et ils me le renvoient, et plus l'atelier avance plus j'entends des prises de conscience des réactions grâce à Jean-Baptiste Jourdan je redonne J'ai modifié ma manière d'animer l'atelier. Au début, j'étais beaucoup à vouloir donner aux gens. Mais en fait, quand on veut donner, on contraint. Aujourd'hui, je propose des exercices et chacun dit ce qu'il en pense. En fait, j'accueille ce que les gens disent. Alors, je peux éclairer s'il y a des petites choses avec ce que je connais. Mais en fait, ça m'enrichit énormément. Et dans ces témoignages, en fait, c'est là où moi, je trouve mon bonheur. Parce que quand quelqu'un me dit, ah ouais, tiens, j'avais jamais vu que... Le fait de connaître le beau-frère de quelqu'un, ça n'a aucun impact sur la personne. Moi, je l'ai vécu à la rencontre professionnelle. À un moment, je me suis dit, vous connaissez aussi mon beau-frère. Et ça a changé tout le reste de la rencontre professionnelle. Alors que profondément, ça ne change rien qu'on connaisse la même personne.
- Aurélie Roux
Ça fait un point d'ancrage.
- Étienne Thouvenot
Oui, ça fait un point commun. Ça vient rassurer. Mais ça n'a aucun lien avec le sujet de conversation.
- Aurélie Roux
Ah oui, tu veux dire s'attacher à des choses...
- Étienne Thouvenot
J'ai encore vécu hier un rendez-vous professionnel, une personne venait de Villeurbanne, je suis sur Villeurbanne. De manière mécanique, ça crée un attachement, une sécurité, alors que ça n'a rien à voir avec le sujet dont on parle. Mais bref, tous les témoignages que les participants vont donner après un exercice, moi ça me met en joie, parce qu'en fait je me dis, ah tiens, ils ont pris conscience de quelque chose qui leur est utile maintenant. Et parfois, après l'atelier, je me dis « mince, j'ai pas parlé de ça, j'ai pas parlé de ça, j'ai pas dit ça » . En fait, c'était tout simplement pas le lieu, pas le moment. Tant pis, j'ai tellement de choses à dire sur le sujet que c'est pas grave si je dis pas tout à chaque atelier, j'ai pas le temps.
- Aurélie Roux
Oui, puis ils savent pas ce que t'as pas dit, en fait! Est-ce que dans ce métier, dans ces ateliers, il y a une joie que tu ressens que t'avais pas prévue ? Ou est-ce que tu te fais surprendre parfois ?
- Étienne Thouvenot
Je me fais surprendre par les émotions des gens. Là encore, dans les témoignages, alors des témoignages ou pas forcément, mais je vais voir des gestes qui vont avoir lieu entre des participants. Et là, ce qui est intéressant, c'est que c'est aussi bien auprès de participants, grands publics, donc qui ne se connaissent pas entre eux, que dans des espaces, entreprises, associations, où les gens se connaissent. Mais on va voir après un exercice, des immenses sourires, voire des hugs, des checks ou des pleurs. Tu dis, waouh, il s'est passé quelque chose pendant l'exercice là. Je ne maîtrise pas, mais il s'est passé quelque chose de fort. Et là, oh, waouh ! Donc moi, je peux être parfois pris d'émotion par les émotions que je vois dans les participants.
- Aurélie Roux
C'est des nouvelles connexions que les gens n'attendaient pas?
- Étienne Thouvenot
Je crois que c'est très variable. Ils peuvent être surpris en effet par l'intensité de la connexion, en tout cas de ce qui est partagé par l'un ou par l'autre. Des gens pour qui ça a été un bonheur de pouvoir enfin parler et d'être écouté par quelqu'un. Pour d'autres, le bonheur d'écouter. Voilà, de pouvoir se confier, de pouvoir aller plus loin, de découvrir quelque chose sur quelqu'un, c'est juste incroyable.
- Aurélie Roux
J'imagine que d'animer ces ateliers, toi, ça te demande pas mal d'énergie, ne serait-ce que pour lutter contre ton stress du début. Mais t'es humain, il y a des jours où ça va, des jours où ça va moins bien. Comment tu fais quand t'arrives en atelier, un jour un peu moins bien ? Comment tu fais pour remonter, toi, ton niveau de joie d'être là, d'énergie, pour toujours donner un bon atelier?
- Étienne Thouvenot
Là, pour le coup, je crois que c'est une force que j'ai, c'est que j'arrive à me mettre à chaque fois dans la sincérité du moment, c'est-à-dire que je n'ai encore jamais fait une animation d'atelier en mode automatique. J'ai eu l'occasion d'animer trois fois un atelier dans la même après-midi pour des collégiens. Donc en effet, ça demande beaucoup de logistique, etc. Mais à chaque fois, j'étais vraiment pour eux. Et j'écoutais ce qu'il me disait et je réagissais. Donc en fait, chacun de ces trois ateliers était différent. Autant je peux être fatigué avant, mais dès que je rentre dedans et que je suis dedans, l'énergie est là, en tout cas je tiens. Ce qui est plus compliqué pour moi, c'est de redescendre en énergie après un atelier. Ça m'arrive d'animer des ateliers professionnels au grand public le soir, impossible de me coucher derrière. Il faut que j'arrive à redescendre. Mon cerveau est en ébullition, je revois tous les visages, j'ai plein d'idées qui arrivent, de nouvelles idées qui arrivent, il faut que j'arrive à redescendre.
- Aurélie Roux
Et du coup, ça rejoint une question que je voulais te poser, c'est est-ce que toi, ta propre jauge sociale, elle arrive à saturation parfois ?
- Étienne Thouvenot
Alors je sais pas. Je dirais que ma capacité à rencontrer vraiment quelqu'un correctement et disponible, je peux pas en enchaîner plein. Je le vois par exemple dans mes journées de travail où je peux être en visio et enchaîner 3-4 visios de suite. Waouh, c'est épuisant et à ne plus savoir ce qu'on s'est dit avec la première, mélanger les gens, ça c'est compliqué pour moi. Et je prends conscience aussi que par moment, je peux être dans des espaces avec beaucoup de gens où je vais rester en retrait parce que je n'ai pas envie. Ce n'est pas le moment. J'ai la compétence d'aller m'adresser à quelqu'un que je ne connais pas, etc. Mais sur le moment, j'ai d'autres besoins. Et du coup, j'assume de me dire, ok, je ne suis pas là pour ça. Je suis là parce que je viens voir une personne qui n'est pas encore disponible.
- Aurélie Roux
Et dans le non professionnel, qu'est-ce qui te met en joie ?
- Étienne Thouvenot
Avant que tu viennes, je me suis dit, mais il y a bien une différence entre la joie et le bonheur. Et du coup, je vois que dans les éléments qui me rendent heureux, donc du domaine du bonheur, c'est quand je vois mes enfants qui vont bien, qui sont autonomes, qui grandissent. Ça, c'est un vrai bonheur de voir tout ce qu'ils peuvent. vivre, ce qu'ils peuvent nous apporter, leurs regards différents, m'émerveiller de ce qu'ils sont capables de faire, ça, c'est du bonheur. Ma joie, ça va être croiser une fanfare, ça va être être satisfait de moi quand je fais un dessin dans la rue, quand j'arrive à croquer quelque chose et que je me dis « ouais, celui-là, il est pas trop mal » . La joie d'apprendre, le trombone à coulisses, c'est-à-dire qu'il y a jouer de l'instrument, mais en fait, je suis en apprentissage, ça fait que quelques années que j'apprends, et en fait, j'ai une vraie joie d'apprendre. Et d'être satisfait de « Ah, tiens, j'ai réussi à passer ce passage, ça j'aime bien » . Les joies du travail accomplies. En fait, alors ça c'est dur. J'essaye aussi de travailler sur, attention, on a le droit aussi de se réjouir quand on n'a pas une to-do list qui a été faite. Mais voilà, moi un bon week-end, c'est quand j'ai pu avancer des travaux, faire des choses. Enfin voilà, le sentiment d'avoir avancé.
- Aurélie Roux
D'avoir agi, d'être dans l'action.
- Étienne Thouvenot
Ouais, et si je peux être utile, c'est pas mal.
- Aurélie Roux
Tu nous as pas parlé de vélo ?
- Étienne Thouvenot
Non, j'en parle pas toujours.
- Aurélie Roux
Ah mince, tu veux en parler ou pas ? Non,
- Étienne Thouvenot
je varie les plaisirs. Mais tu vois, ce matin, quand je suis allé chercher du pain, ça c'est une petite joie aussi d'aller chercher du pain frais, le vélo c'est une sensation de liberté en fait. Tu appuies, ça avance, t'as un petit peu de vent, tu maîtrises. Et moi, mon vrai plaisir, c'est les randos en vélo. On part plusieurs jours, on est totalement autonome, c'est-à-dire qu'on a nos tentes, nos casseroles, tout ça sur le vélo. Et on part sur plusieurs jours visiter différents coins de France. Et là, un sentiment de liberté complète. C'est-à-dire qu'on a tout lâché, l'aspect matériel, les soucis du quotidien, tout. On a l'impression d'être les rois du monde parce qu'on avance. Et quand on se retourne, on se dit, on a déjà fait 200 bornes, 300 bornes, 400 bornes. On est surpuissant. Et on va où on veut, on s'arrête où on veut.
- Aurélie Roux
C'est la liberté ?
- Étienne Thouvenot
Ah moi, aujourd'hui, c'est comme ça que je le vis.
- Aurélie Roux
Et pourquoi c'est si important pour toi ?
- Étienne Thouvenot
Je crois que ça me permet de corriger ce que je n'arrive pas à corriger au quotidien. C'est-à-dire que mon côté perfectionniste, là, je ne peux plus l'avoir.
- Aurélie Roux
Pourquoi ?
- Étienne Thouvenot
En fait, le vélo, tu as deux tenues. Donc, tu oublies d'avoir des tenues correctes, des tenues propres, etc. En fait, il n'y a plus les repères. Tu ne peux plus avoir une maison nickel. De toute façon, tu n'as plus de maison. Donc, voilà. Le seul truc, c'est d'avancer, de regarder, d'observer. C'est tout. Vivre simplement. Alors que dans la vie du quotidien, tu vas faire en sorte que la maison soit propre, qu'il y ait de quoi manger, de te casser la tête pour savoir...
- Aurélie Roux
Tu manges aussi quand tu es à vélo ?
- Étienne Thouvenot
Ouais, mais alors on se pose beaucoup moins de questions.
- Aurélie Roux
Et t'es en solo ou t'es en collectif à vélo ?
- Étienne Thouvenot
En collectif.
- Aurélie Roux
En collectif, toujours ?
- Étienne Thouvenot
Ouais. On fait ça en famille, avec ceux qui veulent bien nous suivre.
- Aurélie Roux
Parce qu'ils ne veulent plus ?
- Étienne Thouvenot
Alors il y en a qui voudraient bien, mais qui sont plus dispo, il y a un peu de tout.
- Aurélie Roux
Comment tu vois évoluer ton métier ? Une fois que t'auras formé tout le monde à se rencontrer, il restera quoi à faire ?
- Étienne Thouvenot
Alors, ce qui est bien, c'est qu'en fait, il y aura encore besoin de former. C'est-à-dire que ça, c'est l'un des projets que j'ai, c'est de travailler avec l'éducation nationale pour qu'on apprenne réellement aux gens à se rencontrer. C'est-à-dire que là, moi, je m'adresse aujourd'hui à un public très, très large, dans les entreprises, les associations, donc des adultes, des jeunes. Mais demain, il y aura bien tous les nouveaux-nés, entre guillemets, qu'il faudra accompagner.
- Aurélie Roux
C'est un vivier qui va se renouveler.
- Étienne Thouvenot
Voilà, donc définir à quels âges c'est le plus intéressant, d'apporter quelles compétences, comment, mais c'est ce qui nous a manqué. C'est-à-dire que... Ma lecture, c'est qu'on a tous fait des rencontres, donc on s'est tous un peu rencontrés. Par contre, l'évolution de la société fait que nos compétences diminuent. Pourquoi je dis ça ? C'est qu'on a tous appris sur le terrain, en observant et en devant se débrouiller. Sauf qu'on a de moins en moins d'occasions d'être en société. C'est-à-dire que le temps qu'on va passer sur des téléphones, des ordinateurs, pour travailler ou pour se divertir, on n'est pas avec d'autres personnes. On n'a plus besoin d'aller chercher de l'eau au puits où on voyait des personnes. On n'a plus besoin de demander de l'aide sur très très peu de choses. Donc je ne dépends plus de l'autre, donc je ne lui parle plus. Je peux télétravailler, ce qui est super sympa, super agréable sur plein d'aspects, mais j'ai moins de contacts directs avec un collègue. Je peux me faire livrer à manger, je peux... Donc on a beaucoup moins d'occasions de sociabiliser, donc de développer nos compétences. Donc déjà qu'on n'était pas très très habile, ça va être encore plus compliqué. Donc le fait que demain, il y ait vraiment un apprentissage de qu'est-ce que c'est que la rencontre et comment je rencontre avec les différentes étapes. C'est-à-dire rentrer en connexion avec quelqu'un, aborder quelqu'un, trouver des sujets de conversation et puis après trouver des sujets de conversation qui font rencontre. Parce que je peux parler avec quelqu'un dans la rue, on peut parler de la météo, super, mais ça ne va pas avancer grand-chose. C'est déjà important, c'est déjà génial. Mais voilà, je peux parler avec un collègue du projet, du timing, de la finance, etc. On reste sur du transactionnel, sur la relation professionnelle. Ça ne nourrit pas du tout le lien individuel, personnel. Donc, il faut le conscientiser, l'apprendre et se dire, OK, nos interactions sociales ne sont pas toutes de même nature. C'est important d'en prendre conscience. Il n'y a pas besoin de mettre de la rencontre à toutes les sauces. Et en même temps, il faut savoir ce qu'elle est et comment est-ce qu'on peut la faire advenir parce qu'on en a besoin.
- Aurélie Roux
Mais est-ce que la rencontre, elle n'est pas en train d'évoluer ? Je veux dire, est-ce que tu penses que tu vas toujours... former à la même rencontre, malgré les modifications de mise en contact, justement, tout le développement des réseaux sociaux, c'est aussi des rencontres. Est-ce que tu appelles ça des rencontres aussi ?
- Étienne Thouvenot
Ce qui est sûr, c'est que la rencontre dépend d'un contexte culturel. Et la culture évolue en permanence. Donc, il faut vérifier. C'est-à-dire, il faut mettre à jour certaines choses. Aujourd'hui, moi, ce que j'aborde, sincèrement, c'est le B.A.B.A. Je pense que ça, ça va perdurer un... paquet de temps, c'est-à-dire avant que dans la culture le regard disparaisse, l'importance du regard disparaisse, que l'importance du sourire disparaisse, je pense qu'il faut quand même du temps. Il y a des choses qui, à mon avis, sont de l'ordre anthropologique, c'est-à-dire que les bébés, on voit très bien leur réaction, si on leur sourit ou on ne leur sourit pas, l'effet des téléphones portables sur les parents, l'impact sur les bébés, on le constate, on le connaît. Donc ça, c'est pas, à mon avis, une question de culture, mais bien de l'anthropologie. Il y a des choses qui seront des invariants et d'autres qui seront plutôt de l'ordre culturel. Mais ça, je ne sais pas.
- Aurélie Roux
Et pour toi, rencontrer quelqu'un sur un réseau virtuel, professionnel, personnel, peu importe, c'est une vraie rencontre ou pas ?
- Étienne Thouvenot
C'est possible. Alors, on va définir ce que c'est que la rencontre. Moi, je prends beaucoup l'image de ce que propose Charles Pépin sur la rencontre. Il dit que la rencontre, il y a un avant et un après. Si je le dis autrement, c'est que... Je ne suis pas tout à fait le même après l'interaction que j'ai eue avec la personne. Je ne suis pas le même parce que je pense différemment, je perçois le monde différemment, je me pose d'autres questions, etc. Parfois c'est infime, on ne pourrait même pas être capable de le verbaliser, de le conscientiser, mais en tout cas, je ne suis pas tout à fait le même. Pour que ça arrive, il y a plein de conditions. Il y a un, c'est quelle est ma disposition à changer, à évoluer, est-ce que je suis disponible ? Et puis, quel a été le contenu ? de l'échange, de l'interaction, et peut-être comment l'autre a été présent et authentique dans la relation. Tout ça pour dire que ces conditions, parfois, elles sont remplies, y compris si je suis au téléphone ou si je suis en visio avec quelqu'un ou par une correspondance épistolaire numérique. On a des exemples de correspondances épistolaires d'il y a très longtemps où on dit « Ah, c'est magnifique ! » Tout ce qu'ils disent, ben oui. En fait, il ne faut pas confondre l'outil et le message. Cependant, il y a des outils qui sont plus propices à certains messages qu'à d'autres. Je peux être en présentiel avec quelqu'un. sans pour autant qu'il y ait de rencontre. Parce qu'on va rester sur, même pas que des banalités, mais on va passer un super moment, on va se faire un bon barbecue, on va boire des coups, super sympa. On ne se sera pas spécialement rencontré, on aura vécu un bon moment, convivial, génial. Et pour autant, on peut passer par téléphone, visio ou autre, un échange avec quelqu'un qu'on ne connaissait pas, ou qu'on connaissait, et pour autant, il va se dire des choses tellement... bouleversantes ou éclairantes. C'est-à-dire que parfois, ce n'est pas un bouleversement, c'est « waouh, je n'avais jamais vu ça en fait, je n'avais jamais vu cette problématique sous cet angle-là. » Ça m'ouvre un champ complètement nouveau. Là, il y a rencontre. Donc c'est possible.
- Aurélie Roux
Ok. Tu as parlé des bébés. Est-ce que tu t'intéresses à tous âges ?
- Étienne Thouvenot
Par définition, je m'y intéresse. C'est-à-dire que moi, je suis très curieux de voir ce que ça fait. Ensuite, je ne sais pas ce qui peut être fait. à tout âge. J'ai eu la joie d'animer les plus jeunes qui ont participé à des ateliers avaient 3 ans. Puisque j'ai fait un atelier où il y avait une classe de maternelle avec des petits, des moyens, des grands et une classe de CM1. On a réussi à vivre des choses. Je ne sais pas concrètement ce qu'ils ont vécu, ce qui en est ressorti. J'ai réanimé un atelier après avec des grandes sections et des CP. Là, j'ai trouvé qu'il y avait des pépites. Et je pense qu'il y a vraiment des choses intéressantes à apporter à cet âge là et pas en one shot, c'est à dire pas en un seul atelier mais à proposer des rituels aux enseignants pour qu'ils puissent permettre de le vivre plusieurs fois de manière à ce que ça devienne une compétence réelle pour l'enfant de se dire bah tiens, j'apprends à parler de moi, j'apprends à écouter, je vais sur des sujets différents donc là j'en suis convaincu. Au lycée par exemple c'est rigolo, je ne sais toujours pas Si c'est le meilleur âge ou le pire âge pour intervenir. C'est-à-dire que le jeune est en plein changement. Tu disais tout à l'heure, est-ce qu'il faut se connaître pour pouvoir rencontrer l'autre ? Là, c'est un âge où on ne se connaît pas très bien, où on se pose plein de questions sur soi, on n'est pas à l'aise, on a son corps qui évolue et tout. Peut-être que c'est un moment où il faut faire le break sur ça. Ou au contraire, c'est peut-être le meilleur âge pour aller se confronter à l'autre. J'en sais rien.
- Aurélie Roux
Il faut aller chercher des effets miroirs.
- Étienne Thouvenot
Oui, je ne sais pas. Et après, j'ai des personnes relativement âgées qui ont fait les ateliers et qui m'ont partagé des choses magnifiques. J'ai une personne qui était à la retraite qui me dit « Mais maintenant, grâce à l'atelier, quand je vais à mon club de bridge, je peux proposer à quelqu'un de venir jouer avec moi. » Alors que jusque-là, elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait proposer que à des personnes qu'elle connaissait dans son club. Si on change la vie à 60-65 ans, c'est génial.
- Aurélie Roux
Oui parce que c'est vrai que c'est un public aussi qui peut être vite isolé. Une fois sorti du rythme de la vie active, c'est pareil, comment on rencontre des gens quand on est à la retraite ?
- Étienne Thouvenot
Et en fait, ils n'ont pas plus de compétences que nous, donc ils sont confrontés au même problème. Et demain, j'aimerais tester dans un EHPAD, des personnes qui vivent ensemble alors qu'elles n'ont pas du tout choisi de vivre ensemble. Comment est-ce qu'on amorce des sujets de conversation et des rencontres qui peuvent changer aussi quand même le quotidien de personnes !
- Aurélie Roux
Ça fait plein de pistes à explorer. Finalement, tu vas peut-être garder ce métier un petit moment.
- Étienne Thouvenot
En tout cas, il y a pas mal de choses à creuser. Il y a encore plein de choses à comprendre. Je n'ai pas tout compris, moi, encore sur la rencontre.
- Aurélie Roux
J'ai une dernière question. Alors, tu n'as pas écouté les épisodes précédents, mais c'est devenu la question rituelle. En ce moment, qu'est-ce qui te ramène de la joie ?
- Étienne Thouvenot
Ce qui me ramène de la joie, c'est d'écouter de la musique. Je n'avais pas du tout l'habitude de brancher mon téléphone sur la petite appli qui va bien. Et en fait, je prends le réflexe quand je dois déjeuner tout seul ou manger tout seul. Ah tiens, mais en fait, si je mettais de la musique, ça va me faire du bien.
- Aurélie Roux
Tu l'écoutes comment ? Sur une enceinte, sur le téléphone, dans les oreilles ?
- Étienne Thouvenot
Au grand dam de mes enfants, je l'écoute directement sur le téléphone, ce qui est une qualité d'écoute qui n'est pas géniale. Mais bon, ça leur donnera une idée de cadeau.
- Aurélie Roux
Et c'est quoi comme musique ?
- Étienne Thouvenot
Là, les dernières, j'ai fait playlist musique des années 80.
- Aurélie Roux
Un petit plaisir coupable ?
- Étienne Thouvenot
Alors pas coupable du tout. En fait, ce qui est marrant, c'est que j'avais lu une étude scientifique qui montre qu'en fait, on est marqué à vie par le style musical de son enfance. Donc en fait, on change rarement de style musical, de goût. Alors je ne sais plus vers quel âge, si c'est entre 10 et 18 ans, mais voilà. Donc ça, ça me fait du bien. Et puis de temps en temps, si je dois aller choisir certaines musiques, ça va être les Cowboys fringants par exemple.
- Aurélie Roux
Ok, ça, ça t'ambiance.
- Étienne Thouvenot
Le petit plaisir coupable, c'est plutôt Mylène Farmer.
- Aurélie Roux
Moi aussi. Et tu vois, on se rencontre. Il a fallu une heure d'enregistrement pour se rencontrer sur Mylène. Incroyable.
Merci Etienne pour toute cette conversation, pour la joie de la rencontre sincère que tu transmets. Étienne, on te retrouve sur LinkedIn et sur ton site internet occurro.org. Je mettrai les liens dans la description de toute façon pour être sûre.
Pour conclure, Étienne, est-ce que tu peux nous donner une petite astuce pour aller à la rencontre de quelqu'un ?
- Étienne Thouvenot
Alors, quand je ne connais pas les gens, je les aborde déjà en commençant par me présenter. En disant bonjour, je m'appelle Étienne.
- Aurélie Roux
Mais tu fais ça dans la rue ?
- Étienne Thouvenot
Alors je peux faire ça dans la rue. Alors je fais ça plutôt dans le train par exemple, c'est facile, j'ai un voisin. mais je peux faire ça dans la queue ou au théâtre donc je commence comme ça mais surtout je sais ce qui va se passer après parce que si on fait juste ça c'est compliqué, et en fait soit je dis mon intention, pourquoi je suis là soit je demande à la personne pourquoi est-ce qu'elle est là c'est à dire : bonjour je m'appelle Etienne, alors moi cette pièce de théâtre je ne suis encore jamais venu la voir est-ce que vous, vous l'avez déjà vue ? et la personne va dire bah moi je m'appelle Sylvie, moi, c'est la troisième fois que je vois cette pièce, mais les deux premières fois, c'était dans tel théâtre, etc. Le "bonjour, je m'appelle" quand on m'a donné cette phrase, j'ai trouvé génial parce que le "bonjour", c'est chaleureux, en fait. Et le ""je m'appelle", ça prépare le cerveau de notre interlocuteur à recevoir l'information. "Bonjour Aurélie," on ne sait plus si c'est qui et qui, on sait, enfin, ça va vite. "Bonjour, je m'appelle Étienne", voilà, c'est propre, c'est posé. Et l'intention, en fait, c'est souvent riche. Alors on n'en a pas toujours conscience, mais il y a bien une raison pour laquelle je suis ici. Il y a bien une raison pour laquelle la personne est là. Dans un parc public, on peut très bien s'arrêter et discuter avec quelqu'un. Bonjour, moi je m'appelle Étienne. Là je fais mon break parce que je bosse toute la journée chez moi et là j'ai besoin de prendre l'air. La personne va répondre, bonjour, moi c'est...
- Aurélie Roux
Bon, à essayer alors! Merci Étienne.
- Étienne Thouvenot
Merci Aurélie.