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RayonNantes - le premier podcast nantais

#61 FALMARES : l’exil, la poésie et l’espoir

#61 FALMARES : l’exil, la poésie et l’espoir

1h12 |25/02/2025
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#61 FALMARES : l’exil, la poésie et l’espoir

#61 FALMARES : l’exil, la poésie et l’espoir

1h12 |25/02/2025
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Description

« boza boza boza… tout le monde se réunit dans la cour et ils commencent à nous appeler »

Cette phrase, le nantais falmarès l’a entendue un nombre de fois incalculable.

Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d’actualité.


À 14 ans, il quitte la Guinée, laissant derrière lui une enfance bouleversée.

Son chemin, semé d’épreuves, le conduit à travers le Mali, l’Algérie… jusqu’en Italie, où, dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots.

La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience.

De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l’arrachement, la perte, mais aussi l’espoir.


Installé en France, à Nantes, il est nommé Ambassadeur de la Paix et porte, un message puissant : celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui renaît.

Cette voix résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force inébranlable.

Je vous souhaite une très belle écoute. 🎧✨

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Transcription

  • Speaker #0

    Hello à tous, je suis Eleonore Vigneron et je suis ravie de vous accueillir sur Rayon Nantes. Dans ce podcast, je pars à la rencontre de personnalités inspirantes qui rythment l'actualité ou l'innovation à Nantes et dans la région. Ensemble, nous discutons de leur parcours de vie, de l'origine de leurs projets et de leur vision de l'entrepreneuriat à Nantes. Rayon Nantes ? un podcast original à écouter quand vous le voulez sur toutes vos plateformes de podcast. Boza, Boza. Tout le monde se réunit dans la cour et il commence à nous appeler. Ces mots, Falmarès les a entendus un nombre de fois incalculables. Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d'actualité. À 14 ans, il quitte la Guinée laissant derrière lui une enfance bouleversée. Son chemin, semé d'épreuves, le conduit à travers le Mali, l'Algérie. jusqu'en Italie, où dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots. La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience. De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l'arrachement, la perte, mais aussi l'espoir. Installé en France, il est nommé ambassadeur de la paix et porte un message puissant, celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui est renée. Cette voix, elle résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force. inébranlables. Alors je vous souhaite une belle écoute. Bonjour Falmarès.

  • Speaker #1

    Bonjour Eleonore.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Rayonnante.

  • Speaker #1

    Merci.

  • Speaker #0

    Je suis ravie de t'accueillir ce matin plus dans un endroit particulier puisqu'on enregistre dans un nouveau studio d'enregistrement qu'on vient d'ouvrir avec les équipes d'ici lundi qui s'appelle le Studio Planqué qui se trouve en plein centre de Nantes. Donc je suis ravie d'inaugurer ce studio avec toi. Falmarès, donc toi tu es poète et ambassadeur de la paix mais tu es avant tout une personne hors du commun, enfin du moins qui a un parcours hors du commun. Aujourd'hui j'aimerais bien qu'on revienne justement sur ton histoire, donc des débuts, ton enfance en Guinée jusqu'à ton arrivée en France. Écoute, je te propose que tu commences par nous parler de ton enfance.

  • Speaker #1

    Alors mon enfance, je dirais d'une manière générale, est une enfance heureuse dans le sens où il y a eu beaucoup de choses. Mais ce que je retiens, c'est ma naissance bien sûr à Conakry, la capitale de Guinée. Avec mes parents et ensuite, où j'ai commencé d'ailleurs ma scolarité avec ensuite mon frère, ma soeur aussi. Et un bouleversement aussi dans la famille. D'abord un premier. Les parents se séparent quand on était très jeunes et la maman ne pouvait plus s'occuper de nous. C'est notre grand-mère maternelle qui nous a accueillis à 200 kilomètres de Conakry, dans un village qui s'appelle Koba. C'est là où nous... Tous les trois, on ne voyait pas nos parents. On voyait la maman une fois par semaine. Elle venait le samedi, elle partait le dimanche parce que c'était le marché de Koba. Donc elle repartait après les marchés.

  • Speaker #0

    Pourquoi ta maman ne pouvait pas vous...

  • Speaker #1

    Parce qu'elle avait besoin de s'occuper d'elle, d'elle-même aussi, de trouver aussi... ... à manger, donc faire ses petits commerces, acheter tous les produits, la viande chèche, le poisson chéché, des choses de Ausha et revendre à Conakry. Donc elle passait la semaine à Conakry auprès de la petite sœur à ma grand-mère maternelle. Et donc c'est comme ça en fait, elle arrivait à subvenir à ses besoins et nous aider aussi. Donc nous on était avec notre grand-mère maternelle là-bas et on n'a pas vu notre papa. durant des années, plusieurs années.

  • Speaker #0

    Ah bon ? Ton papa était resté dans ton village ?

  • Speaker #1

    Non, il est resté après la séparation avec la mère à Conakry. Je ne sais pas où il est parti, on ne sait pas. En fait, on a entendu qu'il était un peu plus vers Kamsar. C'est dans la même région, mais c'est une autre ville en fait, une ville industrielle d'ailleurs. Donc, c'est le premier bouleversement. On avait peut-être 7-8 ans, moi j'avais 7-8 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Toi tu es l'aîné ?

  • Speaker #1

    Je suis le deuxième, il y a ma soeur qui est beaucoup plus petite et mon frère qui est beaucoup plus grand, qui avait deux années de plus que moi. Et c'est comme ça en fait, mais ces moments-là, moi je ne retiens pas que cette séparation-là d'abord. Parce que c'est les moments où moi j'ai beaucoup beaucoup appris dans ce petit village-là, qui n'est d'ailleurs pas très petit, mais qui m'a appris énormément de choses avec la grand-mère maternelle. qui travaillait toute l'année, elle seule. Donc, elle faisait la pêche, l'agriculture, l'élevage aussi. Donc, on l'aidait dans ses travaux au quotidien. Et son rapport avec ses semblables, avec ses voisins, voisines, avec la nature aussi, qui m'a beaucoup, beaucoup marqué et qui m'a aussi beaucoup influencé, je dirais, parce que... Quand je vois comment dans son quotidien elle résolvait ses problèmes, elle arrivait à survivre, à vivre aussi. Tout simplement, je me suis dit, si cette femme a su subvenir à ses besoins, a su vivre dans un environnement comme ça, c'est une grande force, beaucoup de monde peut le faire. Et ensuite, après quelques années avec elle, donc une grande partie de l'école primaire, Et ensuite le collège, juste avant de passer l'examen pour finir le collège, une année avant, les parents se sont réconciliés. Et ensuite, tous les trois, on est revenus auprès de notre papa, avec la belle-mère. Avec la belle-mère ?

  • Speaker #0

    Avec la belle-mère qui était là. C'était remarié ?

  • Speaker #1

    Voilà, c'était remarié d'ailleurs deux fois.

  • Speaker #0

    Avec la mère ?

  • Speaker #1

    J'avais 14 ans, 13-14 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Ok, donc de tes 8 ans à tes 14 ans, tu n'as pas vu ton papa et ta fille ?

  • Speaker #1

    Oui, on ne l'a pas vu.

  • Speaker #0

    Qu'est-ce qui se passe quand tu le revois la première fois ? Tu ressens quoi à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors, je ne me souviens plus de toutes mes émotions à ce moment-là, mais moi j'étais quand même très habitué à ma grand-mère. Bien sûr que je voulais, parce que quand on y était, il y a des moments quand même où on ne mangeait pas assez, on mangeait quand même une fois par jour. Il y a des jours où... On passait en fait toute la journée sans manger, on mangeait qu'à 23h minuit, on mangeait et on se couchait. Donc on a passé des moments économiquement très très durs avec la grand-mère maternelle. Et aussi quand on est passé au collège, nos amis, nos camarades, leurs parents pouvaient s'offrir des vélos parce que c'était loin pour aller au collège de la maison. Donc nous on n'avait pas les moyens, la grand-mère n'a pas les moyens de nous offrir un vélo. par exemple, pour aller au collège et pour acheter parfois des années de nouvelles tenues, en fait. Donc, on passait deux années avec la même tenue scolaire. Parce qu'en Guinée, on a des uniformes, en fait, pour aller à l'école. Et voilà, quand on revient avec chez le papa...

  • Speaker #0

    Avec ta maman, à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Avec la maman. Et ensuite, il y a aussi la belle-mère et on passe une année avec eux.

  • Speaker #0

    Vous habitez tous dans la même maison ?

  • Speaker #1

    Oui, tous la même maison, mais des chambres différentes, des chambres pour les garçons, des chambres pour les filles et aussi pour la mère et la belle-mère.

  • Speaker #0

    Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi est-ce que finalement ta maman est revenue vers son ex-mari, vers ton papa ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelle a été la démarche qu'ils ont initiée ?

  • Speaker #1

    Alors la démarche a été longue parce que je pense qu'aucun enfant ne souhaite que les parents se séparent. Sauf dans les cas exceptionnels, quand il y a des violences, etc., des choses très très dures, là, pour la paix, pour la stabilité, en fait, de la famille, etc. Et donc, ça, c'est dans les cas vraiment extrêmes. Et ça, à ce moment-là, lors de la séparation, ce n'était pas le cas. Et la démarche a été, surtout la démarche est venue du côté maternel. Et ensuite, ils se réconcilient comme ça, et nous aussi, les enfants. qui ont fait cette démarche-là, donc qui disaient, qui réclamaient qu'ils se réconcilient parce que ça faisait des années. Et ensuite, voilà, on est revenus chez le papa et la belle-mère. Là,

  • Speaker #0

    vous vivez tous sous le même toit.

  • Speaker #1

    Tous sous le même toit, une année après.

  • Speaker #0

    Toi, tu es au collège, en plus, tu disais, donc tu changes en plus de ville, d'école.

  • Speaker #1

    D'établissement.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu t'adaptes ?

  • Speaker #1

    Alors, c'était très dur parce que j'ai lié des amitiés pendant ce moment-là à l'école primaire et au collège. On a eu de très grandes amitiés, surtout dans un village, ce n'est pas la même vie que dans une capitale. Parce que c'est des amitiés en fait fortes et à cet âge aussi. Et c'est toujours très dur de faire ça, de vivre ce changement-là. Mais c'était important pour reconstituer la famille pour nous et à ce moment-là c'était nécessaire. Et une année après, ma maman tombe malade, elle décède. Dans les conditions aussi...

  • Speaker #0

    Elle est décédée de quoi ?

  • Speaker #1

    Alors, elle est tombée malade. Elle nous a dit, je me souviens, un matin qu'elle avait mal à la tête. Et on a dit, bon, ça va passer. On l'a amenée dans un hôpital à côté. Et ensuite, ça s'aggravait. Et avant midi même, et c'était vraiment très très dur, on ne comprenait pas ce qui se passait. On nous dit, il faut l'amener encore ailleurs. On nous a dit qu'il y avait un endroit. Avant la fin de la journée, elle ne pouvait plus parler. Et donc, en moins de dix jours, elle est décédée sans même nous reconnaître, nous, ses enfants. Et on n'a même pas su en fait de quoi elle est décédée. Et elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pas bouger, elle ne pouvait pas manger elle-même. Elle ne pouvait rien faire, parler, même nous reconnaître. Et c'était très très dur de vivre ça à cet âge-là.

  • Speaker #0

    Vous avez 15 ans ?

  • Speaker #1

    Oui, j'avais 14 ans quand elle est décédée vraiment. Et après aussi, quelque temps, ma soeur est partie vivre chez ma grand-mère maternelle où nous étions. Et aussi mon frère est parti.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Après le décès. Moi je suis resté et c'est là où tout bascule et ensuite je quitte. C'est là où l'exil commence après.

  • Speaker #0

    Attends, alors du coup, si on reprend, quand tu dis c'est là où tout bascule, c'est à partir du moment où ton frère et ta soeur ont fait le choix de retourner vivre avec leur grand-mère, là où toi, tu n'as pas fait ce choix ?

  • Speaker #1

    Alors, ce n'était pas pour vivre avec eux parce que ma grand-mère maternelle a eu l'iniquité, en fait, comme ma mère. Heureusement pour elle, elle a adopté un enfant, un autre garçon qui était beaucoup plus jeune. Mais ce garçon, voilà, il travaillait ailleurs, il n'était jamais présent. Et donc, imaginez vivre le décès d'une fille unique. C'est dur, c'est encore dur pour nous, nous les enfants, mais c'est encore beaucoup plus dur pour une mère de voir son enfant décédé de sa sorte, mourir sous ses yeux. Et donc, voilà, pour peut-être consoler ou l'aider un peu à regarder, donc ma soeur est partie vivre quelques temps avec elle. Et ensuite, c'est là où mon frère aussi est parti. Moi, je suis resté dans la famille avec la belle-mère. C'est là où tout bascule.

  • Speaker #0

    Tu n'as pas eu envie de suivre tes frères et soeurs et de retourner vivre chez ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Non, je n'ai pas eu cette pensée-là. Ce n'était pas des moments où on réfléchissait à faire des plans ou à faire quoi que ce soit. C'était vraiment ces moments-là. On y pense souvent, mais comment est-ce que ça se fait et comment cela peut arriver ? Parce que quand on a cet âge-là, bien sûr qu'on sait, on a tous l'idée. Dès qu'on est conscient, on est conscient en fait de la réalité, de la vie, on sait que nous allons mourir et on voit aussi les gens mourir. Mais quand on voit, quand ça frappe à notre porte de la sorte, ça devient encore quelque chose. Différent. Et à ce moment-là, on se demande pourquoi, pourquoi nous, pourquoi elle, pourquoi elle, si jeune, décédée, et encore nous, et qui va s'occuper de nous, etc. Donc on se pose différentes questions. Donc on ressent à ce moment-là une forme d'injustice très forte. Et on dit que ce n'est pas juste, la vie n'est pas juste et ça ne devrait pas se passer comme ça.

  • Speaker #0

    Et quelle relation tu avais avec ton papa à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors avant ces moments-là, on avait une relation normale. Et voilà, c'est vraiment après que les relations se dégradent. Et qui se dégradent très rapidement aussi.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'il y avait peut-être la belle-mère, etc. Tu t'entendais bien avec ta belle-mère ? Oui, on n'avait pas vraiment... Elle avait même contribué aussi à l'arrivée de ma mère, ce qui était paradoxal. Mais après, les choses se sont vite dégradées.

  • Speaker #0

    Tu nous parlais de cet exil. Tu nous disais que tu avais quitté ton pays suite au décès de ta maman. Qu'est-ce qui t'a poussé à quitter ton pays ?

  • Speaker #1

    C'est cet événement, cette raison familiale d'abord, qui m'a poussé à quitter. Parce que j'étais en danger. Et c'est pourquoi j'ai fui, j'ai fui la famille et je ne savais pas où aller. En fait, j'ai suivi les gens, j'ai pris à la gare une voiture, je suis monté dedans et je suis venu jusqu'à Bamako en fait.

  • Speaker #0

    C'est une décision que tu as prise comme ça sur un coup de tête du jour au lendemain ou au contraire c'était plutôt une décision qui était réfléchie ?

  • Speaker #1

    Non absolument pas, ce n'était pas des moments où... parce que ces moments-là d'ailleurs avant... Avant, ce qui s'est passé dans la famille, je le mets entre parenthèses, je ne le raconte pas ici, bien sûr, parce que ça reste des choses familiales malgré tout. Et ensuite, ces événements-là, ces événements-là que je n'avais pas imaginés, je pense que personne n'avait imaginé venir à ces événements-là et qui m'ont poussé vraiment à fuir pour survivre. C'est la décision qui m'est venue en tête de quitter la famille avec juste le petit sac scolaire que j'avais.

  • Speaker #0

    Sans prévenir ton frère, tes soeurs, ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Je n'avais pas de moyens pour les prévenir parce qu'ils étaient loin. Est-ce qu'ils pouvaient même comprendre tout ce qui se passait peut-être ? Mais je n'avais pas les moyens pour prévenir. Ça pouvait prendre peut-être des mois pour voir quelqu'un qui y va et l'envoyer un petit message ou à mon frère aussi.

  • Speaker #0

    Donc là t'as 14 ans, c'est ça ? Tu prépares un petit sac un soir et tu sautes dans un train de séquence dans la nuit ?

  • Speaker #1

    C'est dans la journée même, ouais. Tu te lèves un matin,

  • Speaker #0

    tu pars avec ton sac à dos sur le dos, tu dis au revoir à ton père et à ta belle-mère ?

  • Speaker #1

    J'ai dit au revoir à personne, c'était surtout pour ne pas qu'on cherche.

  • Speaker #0

    Mais pour bien comprendre ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là, qu'est-ce que tu te dis ? Tu te dis, je fuis parce que... Enfin déjà, est-ce que tu savais où tu voulais aller ?

  • Speaker #1

    Non. Alors j'ai quitté, c'était vraiment fur, je ne savais pas où je voulais aller. Tout ce que je voulais c'était un endroit stable, c'est ça que je cherchais. C'était beaucoup ce qui se passait dans ma tête. Et moi, quand j'arrive à Bamako, déjà le trajet me calme un peu parce que ça dure quand même plusieurs heures, trois jours, quasiment deux jours, plus de deux jours pour venir à Bamako. En train ? Non, en voiture.

  • Speaker #0

    Il y a un peu d'argent à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Je n'avais quasiment pas grand-chose, juste le transport et à manger pour quelques jours. D'ailleurs, c'est pourquoi j'ai suivi plus tard les gens, parce que je ne pouvais pas rester seul pour manger aussi avec eux.

  • Speaker #0

    Donc là, tu sautes dans une voiture pour Bamako. Oui. Tu demandes à un chauffeur de te demander là-bas.

  • Speaker #1

    Oui. Je ne savais même pas qu'il était vraiment destiné là, mais je voulais aller au plus loin possible, à un endroit où on ne me retrouve pas. Donc, je ne savais même pas.

  • Speaker #0

    C'est le même que ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    C'était la peur aussi. Beaucoup plus la peur de rester là où je suis que d'aller là où le destin me conduit. C'était beaucoup plus cette peur-là. Et je ne savais pas et je ne connaissais même pas vraiment cette route que j'ai découvert soudainement. Et j'entendais parler, etc. Et je me suis traversé tout le désert du Sahara plus tard, pendant plusieurs jours, sans jour. Je n'avais même pas une bouteille d'eau. D'ailleurs, quand je suis monté dans... Je n'avais pas de biscuits, je n'avais absolument rien sur moi. Je me demandais comment j'allais survivre, mais je n'étais pas seul. Parce qu'il y avait énormément, il y avait deux camions à Ben. Des camions qui transportent du sable. C'était des sortes de camions-là. On était vraiment entassés les uns sur les autres et plusieurs nationalités, des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens, des Sénégalais, d'autres nationalités encore plus, Niger, Kikad, etc. Et rempli, les femmes devant, les garçons derrière. Et c'est comme ça, mais c'est grâce au...

  • Speaker #0

    Quel était le but ? J'ai bien oublié à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Le but du camion, c'était vraiment traverser le désert. Traverser le désert, venir jusqu'en Algérie, quasiment à la frontière.

  • Speaker #0

    Fais-nous un petit topo géographie. Donc la Guinée, hop, tu as traversé quel pays ?

  • Speaker #1

    La Guinée, le Mali. Le Mali, le désert, parce que c'est des grands pays aussi pour les traverser. Et ça prend énormément de jours. Et ensuite, en Algérie, la ville de Tamaracet. Arrivé à Tamaracet, on se sépare parce que... Avant d'arriver dans la ville, le camion ne peut pas traverser comme ça la frontière parce qu'il y a les gardes.

  • Speaker #0

    C'est passé combien de jours entre le moment où tu as quitté la Guinée et que tu es arrivé en Algérie ?

  • Speaker #1

    C'est deux mois, peut-être un peu moins de deux mois. Parce que la Bamako, Tamara 7, en Algérie, ça a duré quasiment deux semaines. Parce qu'on nous arrêtait tous les jours.

  • Speaker #0

    Mais tu dis... Tu avais très peu d'argent à ce moment-là, comment tu faisais pour te nourrir ?

  • Speaker #1

    Alors, c'est quand j'ai suivi les gens et on partageait ce qu'ils avaient. Et il y en a qui ont accepté de me partager leur eau, de me faire partir de leur groupe. Et il y avait aussi, dans le groupe, tout le monde avait des gourdes d'eau de 5 litres. Et aussi de l'amidon du manioc. Le manioc a... quand on enlève son amidon, comme une sorte de couscous de manioc. Donc il y avait ça, il y avait du sucre et aussi du sel et de l'huile. Donc c'est avec ça qu'on se nourrissait. Et des biscuits aussi. Donc c'était ça parce que ça ne pouvait pas se gâter et ça pouvait durer plusieurs jours. Tous les jours, pendant que le camion roule, on met un peu d'eau sur l'amidon, sur la farine de manioc.

  • Speaker #0

    Vous étiez combien en ce cas ?

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais pas exactement. Je n'ai même pas pensé à compter parce qu'on était tellement nombreux. Deux camions remplis et aussi, il y a la peur aussi. Bien sûr. Et la violence tous les jours, la nuit. On vous arrête, les gens vous arrêtent avec des armes. Vous ne savez pas d'où ils sont sortis parce que vous ne voyez rien. Le camion, vous ne voyez, il n'y a pas de fenêtre. Pour voir ce qui se passe, on vous arrête avec... Des kalachnikovs pour vous demander ce que vous avez, pas pour vous fouiller, enlever vos habits, si vous avez de beaux habits, et fouiller vos sacs, tout ce qu'ils pouvaient prendre, ils les prennent. Et même si vous avez des bagues ou des choses sur votre main, une montre, on les enlève. Et donc ça, c'était quasiment tous les jours. Et on pourrait se repartir. Parfois, on peut vous garder pendant une journée, dormir là-bas. Et il y en a, ils peuvent rester. Il y en a, ils partent pas avec eux, mais on ne sait pas qu'est-ce qu'ils deviennent ces gens-là, après.

  • Speaker #0

    Et tu ne sais pas pourquoi, eux ? Vous comprenez,

  • Speaker #1

    Iris ? Oui, pourquoi ? On vous sépare, on demande aux gens, il faut là vous payer de l'argent. Et là aussi, il y a la complicité aussi, les gens, les transporteurs aussi, les chauffeurs aussi. Parce que je me souviens...

  • Speaker #0

    Vous voulez dire que les chauffeurs étaient complices ?

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr, ils sont complices. Et je me souviens un moment quand on a quitté Bamako. Arrivé au nord, ils nous ont dit tous, ils se sont arrêtés, ils ont dit, ah là on va rencontrer peut-être les Touaregs, les gens du nord qui ont des armes, etc. Et si vous avez des objets de valeur, de l'argent, donnez-nous, on va les garder en fait. Ça vous permet de prévenir. Et arrivé à...

  • Speaker #0

    Arrivé à Tamaracet, on ne donne plus. On ne sait même pas où sont passés ces transporteurs-là. On ne saura jamais parce qu'on vous laisse dans un endroit où on vous dit que c'est la frontière. Il faut traverser la nuit, etc. Et c'est comme ça où on vous indique et ils repartent sur leur chemin. Donc, ils connaissent le chemin. Ils ont l'habitude de faire ces choses-là depuis des années.

  • Speaker #1

    Quelle histoire ! Et donc... J'imagine que les conditions devaient être tellement insalubres. Tu n'es pas tombé malade pendant tout ce trajet ?

  • Speaker #0

    Alors, le trajet, non. Le trajet, ça a duré quelques mois quand même. Maintenant, je ne suis pas tombé malade. Et quand je suis arrivé à Tamaracet, je suis resté pendant plusieurs jours dans la rue, etc., dans la gare. Et ensuite, dans la rue, il y a un monsieur qui s'est arrêté pendant qu'il pleuvait. D'ailleurs, il faisait hyper froid. Il m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai dit que je cherchais. Juste un endroit pour dormir. Il m'a demandé de monter dans son véhicule et on est venu à Alger. C'est un trajet aussi très long d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait ce monsieur m'a accueilli dans son chantier parce qu'il travaille dans un chantier de bâtiment, il gère plusieurs immeubles à rénovation, etc. à Alger.

  • Speaker #1

    Il te propose de monter dans ta voiture tout de suite, tu lui fais confiance ?

  • Speaker #0

    Ben, j'avais pas trop le choix. J'avais pas trop le choix parce que c'est ça qui est aussi fou parce que quand on pense aujourd'hui, aujourd'hui on réfléchit beaucoup, mais c'est des moments où on ne se demande pas, est-ce que je dois faire confiance à cette personne ou pas. Et dès qu'on a quelque chose pour survivre, on le fait tout simplement parce que c'est cet instinct-là. Quand on a, on a très froid, on a passé plusieurs jours sans dormir correctement et dormir dans la rue. Et quand quelqu'un nous ouvre sa porte, on ne réfléchit pas trop beaucoup.

  • Speaker #1

    Et là, qu'est-ce qui se passe ? Tu faisais quoi sur ce chantier ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'étais pas seul à travailler pour lui. On était plusieurs jeunes, plusieurs personnes venant de différents pays. Aussi des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens aussi, qui travaillaient comme aide-ouvriers. C'est-à-dire qu'on faisait tout, tout ce qu'on pouvait faire, on n'avait pas de métier qualifié. Donc accompagner, aider par exemple les munisiers ou des plaquistes à monter des placo, différents étages, décharger, charger, nettoyer. Par exemple, je me souviens d'une activité quand même qui était vraiment très pénible pour moi. Beaucoup plus, on avait comme l'immeuble où on travaillait était en rénovation, il fallait enlever tous les carreaux sur la déventure de l'immeuble. Donc on a monté d'abord des essafotages, plusieurs étages, et on nous a attachés, on a pris des marteaux piqueurs pour enlever. Donc c'était des journées extrêmement longues. Et quand on finissait la journée, on se couchait, on se réveillait le matin, on prenait le petit déjeuner et on travaillait. Donc on dormait toute la nuit. Tellement le marteau piquant, il est très lourd. Et oui, ça, ça a duré plus de six mois. Voilà, travailler dans l'arène.

  • Speaker #1

    C'est très génial.

  • Speaker #0

    Je n'étais pas rémunéré directement. Je n'ai pas reçu directement de l'argent propre. Mais le monsieur, au lieu de me rémunérer, il m'a dit qu'un jour les gens vont venir pour te chercher, pour te ramener en Europe. C'est comme ça que je me suis retrouvé en Libye aussi. Mais il y a énormément de choses qui se passent aussi pendant les six mois en Algérie.

  • Speaker #1

    En Algérie, tu étais... nourris, logés, blanchis par cet homme ?

  • Speaker #0

    Oui, on avait des boxes où on dormait, sur le chantier aussi, où on nous envoyait des provisions.

  • Speaker #1

    Quelles étaient les conditions là-bas ?

  • Speaker #0

    Les conditions ? On avait des matelas, un petit matelas d'une place au sol et il faisait très froid. En Guinée, il fait beaucoup plus chaud, mais c'était des moments où aussi... Il y a des moments où il y avait la neige, etc. Moi, j'ai découvert qu'il neige en Algérie.

  • Speaker #1

    Tu ne connaissais pas la neige ?

  • Speaker #0

    Et donc, il faisait très froid. Et des moments aussi, on n'a pas assez pour se couvrir. Donc, des petits pulls, pas des manteaux pour se couvrir, pas aussi des draps pour se couvrir de couettes, comme on dit. et donc on... à aucun moment tu perds espoir alors je de là je ne savais même pas quoi faire Je ne me demandais pas ce qui se passait. En fait, je ne me posais pas beaucoup de questions.

  • Speaker #1

    Attendez, mais sans trop poser de questions.

  • Speaker #0

    Oui, je ne savais pas en fait quoi faire. Qu'est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ? Avec quoi je vais aller ? Si je quitte ici aujourd'hui, je peux décider de ne pas travailler. Mais où est-ce que je vais aller ? On entend aussi. En Algérie, c'est vrai qu'il y a une chose qu'on ne dit pas souvent. Aussi dans le Maghreb. Quand on se retrouve là-bas, dans certains pays, dans beaucoup de pays, on est aussi dans une sorte d'illégalité, comme on dit. Et on entend tous les jours qu'on a pris les gens en Algérie, on les a laissés dans le désert. C'est des gendarmes, des policiers algériens qui font ça. Parfois souvent aux subsahariens et même parfois les étudiants le vivent aussi. On ne le raconte pas tous les jours. Mais c'est la réalité.

  • Speaker #1

    Quand tu entends ça, comment est-ce que tu fais, toi, pour retrouver des ressources en toi, pour aller jusqu'au bout de ton histoire, pour continuer d'y croire ? J'imagine qu'il y avait des moments où tu devais être désespéré.

  • Speaker #0

    Oui, mais quand on entend certaines choses, il y a énormément... Ça mérite vraiment un livre, parce que quand on entend parfois qu'il y a un patron et son histoire à Oran, un patron et... Et le monsieur qui est là où il y a eu des problèmes d'argent, etc., où l'autre a perdu la vie parce qu'on ne l'a pas payé, il a passé un an de salaire dans le chantier où on n'a pas payé finalement. Et la police l'a retrouvé mort dans le chantier ou des choses comme ça. Ça fait partie où on prend les gens, on les met dans les déserts, comme en Tunisie d'ailleurs avec le président. Donc c'est des histoires, je ne raconte pas des choses. Il y a des articles de presse qui en parlent aussi. Et moi quand j'y étais, j'ai entendu aussi beaucoup de choses. Donc on ne peut pas, quand on est dans un lieu comme ça où la personne est bienveillante aussi, Ce monsieur qui me demande pourquoi je suis là, qu'est-ce que je fais là à mon âge moi, et qui me prête des livres pour la première fois, et on discute de plein de choses. Je vais voir son papa chez eux, en plus, c'est pas court, et je passe la moitié de la journée avec son papa à discuter dans le jardin, à boire du thé, etc. On ne pense pas aussi à... à aller ailleurs, à fuir, tout simplement. Donc, on reste en attendant. Oui, peut-être en attendant. Et ce n'était pas des moments où je réfléchissais beaucoup par rapport à ces questions-là, d'aller, mais où aller, en fait, avec quel argent, avec quels moyens, et aussi pour aller, tout simplement.

  • Speaker #1

    Ces six mois se passent.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Et un matin.

  • Speaker #0

    Il m'a dit, en fait, à la fin de la journée, il m'a dit, un jour, les gens vont venir te chercher pour te ramener en Europe. C'est comme ça et je n'avais même pas un sou, un dinar parce que c'est l'argent au Maghreb, le dinar algérien. Et du coup, les gens viennent, je monte dans un véhicule Toyota et on voit, on change de véhicule et jusqu'à la frontière, on voit aussi d'autres personnes d'abord à la frontière et les gens viennent nous faire passer la frontière. Et on ne sait même pas qui est qui, je ne me souviens même pas d'un seul visage parce que c'était la nuit. Et je voyais des hommes, des femmes. Et après la traversée, il y a aussi des véhicules Toyota qui nous attendent derrière. On monte dans ces véhicules-là et pendant plusieurs jours, on a traversé toute la Libye, tout le pays. Et jusqu'à côté de Tripoli, dans une ville qui s'appelle Sabralta. Et c'est là qu'on traverse la Libye et on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Moi, je n'ai même pas vu. Et comme les autres qui étaient avec moi, on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Parce qu'on était derrière des véhicules Toyota, les bâches sur nous, où tout le monde se pissait dessus parce qu'ils ne pouvaient pas s'arrêter pour toi. Et donc il y a énormément de choses qui se passent. Et donc jusqu'à Sabralta, Sabralta, arriver là-bas.

  • Speaker #1

    Là tu mets combien de jours à traverser ?

  • Speaker #0

    Pendant plusieurs jours, peut-être 4-5 jours.

  • Speaker #1

    Tu perds la notion du temps à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Oui, on peut... On traversait quasiment la nuit. La nuit, on arrive dans un endroit, dans une cour fermée. C'est là où on nous donne des conserves à manger, des choses à manger. Et puis, peut-être à 6h du matin, à 5h du matin, on nous réveille. La nuit encore, de continuer la route, c'était comme ça en fait. Pendant ces jours-là, jusqu'à Sabralta. Et c'est là où moi je tombe malade, vraiment. Pendant tout le séjour, deux mois, je me souviens encore. Parce que je suis venu, je n'avais même pas d'argent. Et je n'avais rien sur moi. Et moi je pensais que voilà, arriver et le lendemain vous allez partir, comme je n'ai rien sur moi, mais ça a duré deux mois. Et c'est là où on se fait des amis aussi, on partage les mêmes choses et on rencontre aussi des gens. Très, très bienveillant aussi. C'est là, c'est d'ailleurs très paradoxal.

  • Speaker #1

    Une question que je ne t'ai pas posée. Quelle langue vous parlez entre vous ? Parce que tu dois aussi avoir cette barrière-là, non ?

  • Speaker #0

    Oui, absolument. Alors, en Afrique subsaharienne, il y en a beaucoup de pays qui sont francophones, y compris la Guinée. Donc, beaucoup de pays qui sont autour de la Guinée sont francophones aussi. Et donc, ça facilite aussi la communication quand on parle la même langue. Et aussi il y a d'autres langues, il y a le mandingue aussi, les langues mandingues aussi, qui permettent aussi de faciliter ce dialogue. Moi je parle très peu le mandinga en Guinée, le djoula en Côte d'Ivoire, le malier bambara en Gambie. Donc en fait c'est le mandingue aussi qui permet de communiquer entre ces différents pays, le français et l'anglais aussi. Donc moi je communiquais avec les gens en français. Et aussi, je rencontrais aussi quelques sous-sous, parce que c'est la langue de mes parents aussi. Mais ce n'était pas aussi beaucoup. Il y en avait aussi quelques-uns.

  • Speaker #1

    Et quand est-ce que tu traverses la Méditerranée ?

  • Speaker #0

    On vient, on nous dit... Il y a un poème d'ailleurs qui s'appelle Boza et qui est sur...

  • Speaker #1

    Un de tes poèmes ?

  • Speaker #0

    Un des poèmes d'un catalogue d'Annexidé qui explique ça, qui s'appelle Boza. Donc, nous, on nous dit un jour, vous allez Boza aujourd'hui, vous allez traverser la Méditerranée. On dit Boza, Boza, Boza et tout le monde se réunit dans la cour et on commence à appeler les noms, les pays. Ça ne veut pas dire Boza ? C'est un terme qu'on utilise quand on traverse et même quand on traverse. C'est-à-dire qu'on a traversé, on a fait la traversée. Ça, c'est pour faire la traversée. Donc, c'est ça.

  • Speaker #1

    Ok, donc là tu entends un jour Boza, là tu te dis ça y est c'est mon tour.

  • Speaker #0

    Voilà et on appelle les noms, les pays, etc. Ils ont tous les noms et on appelle toi parfois même, je pense qu'ils désignent d'autres par hasard. Et vous venez, vous gonflez le bateau par vous-même, vous le poussez, vous le gardez s'il n'y a pas de lumière, vous le mettez dans l'eau et on prend quelqu'un parmi vous. On le fait faire le tour, on le dit, toi tu es capitaine. Parfois la personne ne sait même pas nager, la personne n'a jamais conduit un bateau.

  • Speaker #1

    Vous êtes sur une plage ?

  • Speaker #0

    Oui, sur une plage.

  • Speaker #1

    Vous donnez à ce moment-là un bateau pneumatique, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Voilà un bateau pneumatique.

  • Speaker #1

    Il faut que vous gonfliez ?

  • Speaker #0

    Oui. Et vous le gonflez, en fait, ça se fait facilement. Vous le prenez aussi, parce qu'ils envoient en fait...

  • Speaker #1

    Vous faites combien par bateau ?

  • Speaker #0

    Ça dépend du nombre, ça peut être des centaines. Nous, on était 180 quasiment.

  • Speaker #1

    180 ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est des zodiacs longs.

  • Speaker #1

    Des hommes, des femmes, des enfants ?

  • Speaker #0

    Oui, des enfants aussi.

  • Speaker #1

    Donc là, vous montez dans le bateau. Donc tu dis, il y en a un qui est le capitaine, on lui donne une carte, une boussole ?

  • Speaker #0

    Oui, on lui donne une boussole. On lui dit ce qui est vraiment très marrant. On lui dit là, c'est l'Italie. Les lumières que tu vois, donc s'il se trompe de lumière, il revient à Tripoli. Non on en rit mais c'est tellement... c'est pas normal ce qui se passe. Déjà prendre le bateau pneumatique n'est pas fait pour ce genre de choses, pour traverser... Un fleuve ça va, mais pas une mer. Et ensuite une personne qui n'a jamais fait ça, qui n'a jamais piloté un bateau, qui n'a jamais navigué, et prendre comme ça hasardement, parfois même des jeunes, et le mettre derrière juste avec une boussole, c'est criminel. Donc c'est ça qui se passe, tout simplement. C'est la réalité pourtant. Et tu suis parce que tout le monde est convaincu que là... On vous met à 23h à minuit du matin, tu dis, à 6h, on va être en Italie, mais c'est faux. On ne peut pas faire ça avec un zodiaque.

  • Speaker #1

    Puis en plus, il n'y a pas le choix, en fait. Quand on est arrivé là, tu continues ta quête.

  • Speaker #0

    Voilà, on n'a pas le choix parce que je me souviens d'un épisode pour expliquer ça, qu'on n'a pas le choix. Quand je suis arrivé là-bas, dans le camp, c'est des prisons, il y a un moment. Il y a trois personnes qui ont essayé de fuir le camp parce qu'ils expliquent qu'ils ont fait des mois et des mois. L'autre a fait plus d'une année là. On ne l'a jamais mis dans un bateau. On ne lui a jamais laissé partir. Donc il est là, ça fait... Il est tellement maigre. Donc ils se sont réunis en fait à trois pour fuir. pour grimper la cour. Et on a tiré sur eux. Il y en a un qui est mort. Et on a rattrapé les deux autres. Et on les a frappés devant nous. Pendant plusieurs jours, l'autre est mort sous nos yeux. Il est attaché. Ses pieds ne touchaient pas le sol. Donc on l'a frappé, frappé, avec des croix, avec des choses très très dures. Et donc il est décédé. Et donc on ne te laisse pas fuir, on ne te laisse pas partir. Donc tu ne réclames rien, on ne te laisse pas partir, on ne te laisse pas retourner, tu n'as pas ta liberté. Et voilà le seul choix c'est, voilà si tu es réussi à fuir, t'as mieux sinon. Et même si tu es réussi à fuir parce que c'est, peut-être que tu vas tomber sur des gens encore qui vont t'attraper parce qu'ils ont des armes ou bien ils vont tirer sur toi. Tout simplement. Et finalement, voilà, dans le Zodiac, on a eu quand même beaucoup de chance, nous. Parce que je me souviens, on a lancé plusieurs bateaux quand moi j'étais là, sous mes yeux. Et les gens se sont retrouvés en prison. Parce que tout simplement... Ils se sont fait arrêter ? Ils se sont fait arrêter par les gardes-côtes. Ils se sont retrouvés en prison à Tripoli.

  • Speaker #1

    Donc les gardes-côtes arrivent en bateau et hop, ils prennent tout le monde et...

  • Speaker #0

    Oui, quand on répare le bateau, les gardes-côtes... Les Libyens peuvent intervenir, et même parfois certains militaires peuvent intervenir pour vous attraper. Et parfois même appeler vos parents, appeler les gens, les demander de l'argent, avec la complicité aussi parfois des gens de nos pays, nos compatriotes aussi, qui mettent ces réseaux en place.

  • Speaker #1

    Et pourquoi vous, vous n'avez pas été attrapé ?

  • Speaker #0

    Je ne sais pas, je ne pourrais pas l'expliquer. On s'est retrouvés, après deux jours, on s'est retrouvés dans les eaux internationales. Et du coup, je ne sais pas comment, ils nous ont repérés. Il y avait un hélico et ensuite la Croix-Rouge et la Croix-Blanche qui sont venus en notre séco. Je pense que c'est des systèmes de radar. On voit tout ce qui se passe en Méditerranée avec les Européens.

  • Speaker #1

    Donc là, la Croix-Rouge vous repère et vous ramène en Italie ?

  • Speaker #0

    Voilà, la Croix-Rouge et la Croix-Blanche ensemble.

  • Speaker #1

    Comment est-ce que tu as fait pour payer ta traversée ? Tu disais que tu n'avais pas d'argent.

  • Speaker #0

    Quand j'étais en Algérie, le monsieur ne me rémunérait pas, le chef de chantier. Et au lieu de me rémunérer, il a donné cet argent pendant six mois aux gens qui m'ont... Donc, tout était payé de mon travail en Algérie.

  • Speaker #1

    Donc là, excuse-moi, je reprends le fil de l'histoire. Tu arrives en Italie et qu'est-ce qui se passe ?

  • Speaker #0

    Alors, on arrive en Italie, on ne connaît pas le pays. On demande juste les noms et les prénoms. Et ensuite, arrivé en Syrie...

  • Speaker #1

    Mais vous êtes dans des camps ?

  • Speaker #0

    Oui, avant même d'être là-bas, on nous met dans les bus. Des bus... plusieurs bus qui viennent, qui nous répartissent un peu partout en Italie, sur le territoire. Et moi, je me retrouve à Bolzano. Avec la Croix-Rouge et la Croix-Blanche d'ailleurs encore. Et ensuite, voilà, c'est là où je réalise aussi tout ce qui s'est passé, honnêtement. C'est là où je réalise une année qui s'est passée, plus d'une année. Et quand même ma vie et tout ce que j'ai traversé aussi. J'ai dit, j'aurais pu mourir dans le désert. Et même d'ailleurs en gare à Bamako, dans le désert. En Algérie, dans la Méditerranée, en Libye, sans que personne ne cherche. J'avais du mal à dormir tous ces souvenirs douloureux. Et aussi, je réalise aussi que... Après, j'ai dit les souvenirs de ma maman. J'ai dit ce qui était vraiment, à ce moment-là, insupportable pour moi. J'ai dit, je ne vais jamais plus voir ma maman. Et cette idée, j'essayais de la rejeter plusieurs fois. J'ai dit non. c'est pas possible et on va plus se revoir et ça j'avais du mal à accepter j'ai eu du mal à accepter même aujourd'hui j'ai aujourd'hui voilà je grandis mais j'avais énormément du mal à accepter cette idée de ne plus se revoir maintenant et ensuite tout ce qui s'est passé les violences aussi les violences parfois qu'on n'a pas subi mais les violences qu'on a vu aussi Les gens se faire tirer dans les bras, dans les pieds, se faire tirer des balles, se faire tabasser, se faire escroquer, toutes ces choses-là, ces violences physiques, psychologiques qu'on a vues, et les violences contre les femmes aussi, qu'on en parle très peu, mais qui est vraiment là. Les femmes ne traversent pas tout ce parcours-là sans des violences physiques et des violences sexuelles, etc. Et tout ça... J'avais du mal à dormir, m'empêchait de dormir. C'est là où j'ai eu ce désir-là de lire. Ensuite, j'ai commencé à écrire. J'écrivais pour me lire. Et je me lisais, ça m'aidait à m'endormir. C'est comme ça pour la première fois.

  • Speaker #1

    On va justement parler de la poésie qui est rentrée en ta vie. Je voudrais juste terminer ton exil, parce que là, tu t'es arrêtée en Italie, donc à Bolzano, tu disais. Mais toi, ton objectif, c'était d'arriver en France, c'est ça ? Tu avais la France...

  • Speaker #0

    Non. depuis le départ j'ai dit que je ne savais pas où j'allais en fait l'idée de venir en france est venu quand j'étais en italie à bolzano j'avais le choix parce que bolzano sur la carte c'est quelque chose qui est beaucoup plus proche c'est une région qui est beaucoup plus proche de la suisse aussi donc il y avait des gens que je voyais qui partaient en suisse ou même dans d'autres pays beaucoup plus proches que la france et moi j'ai choisi de venir en france parce que Il y a aussi l'idée de la langue, mais la ville aussi de Nantes. La ville de Nantes, parce que quand j'étais en Guinée, il y avait un joueur de football guinéen qui jouait pour la ville de Nantes. Donc quand j'ai dit la France, j'ai dit tout de suite la ville de Nantes.

  • Speaker #1

    Mais tu savais où c'était positionné sur la carte de France ?

  • Speaker #0

    Non, je ne savais absolument pas.

  • Speaker #1

    Tu parlais de cette ville et tu t'es dit je vais aller là-bas.

  • Speaker #0

    Voilà, je connaissais quand même les couleurs des Canaries, du football. C'est tout ce que je connaissais. De Nantes, c'est tout ce que je savais. Et c'est comme ça que j'arrive en Nantes, c'est comme ça que j'arrive à l'ouest de la France. Et quand j'arrive ici, c'est comme ça...

  • Speaker #1

    Mais qu'est-ce que tu fais pour traverser l'Italie et la France ?

  • Speaker #0

    Alors l'Italie...

  • Speaker #1

    Pour venir jusqu'ici.

  • Speaker #0

    L'Italie, on nous avait raconté dans le camp, je ne sais pas si c'était vrai ou pas, qu'on avait le droit de prendre les terres gratuitement. Je pense que ce n'était pas vrai. Et donc on a pris les trains jusqu'à la frontière. à 20 000. En fait, on a, avec quelques camarades dans le camp qui voulaient venir en France, donc on a volé le train jusqu'à 20 000. Donc parfois, les contrôleurs nous faisaient descendre dans le train. On est venus comme ça jusqu'à 20 000. Et 20 000, aussi, les gens nous ont fait passer. Un peu tard la journée, je ne sais pas, peut-être 23h minuit du matin. Et tout s'est fait vraiment très, très... tard parce qu'il y a un collectif qui nous a accueillis après la frontière à 20 000. Je ne sais même pas où ils sont situés. Je ne sais pas comment ils s'appellent. Je ne sais même pas si c'est une association ou un collectif. Ils nous ont hébergés pendant plusieurs jours. Ils nous ont donné un lit. On s'est lavé. Ils nous ont acheté des billets de train. Ils nous ont demandé où est-ce que vous voulez aller en France. On a dit, on veut aller. Moi, j'ai dit, je vais aller à Nantes. Donc il y a un billet de train de là jusqu'à Paris, Paris-Nantes. Et comme pour tout le monde d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait que ça s'est passé.

  • Speaker #1

    Et là, quand tu arrives à Nantes, quand tu mets un pied à Nantes,

  • Speaker #0

    qu'est-ce qui se passe ? Quand j'arrive à Nantes, alors j'arrive d'abord en gare, un peu en fin de journée. Et je marche avec mon sac, avec tout ce que j'ai écrit en Italie dedans. Parce que j'avais beaucoup écrit en Italie, j'ai encore ces écrits-là. Et donc je marche quand même dans Nantes, je viens dans le centre-ville, avant même de trouver le centre-ville. Et je marche quand même beaucoup. Jusque tard la nuit. Et ensuite j'arrive dans le centre, j'arrive au square d'Avier. Il y avait d'autres Africains là qui m'ont expliqué que c'est le week-end, il fallait rester ici. En attendant le lundi pour voir, je dors deux nuits dehors à commerce. Avec mes poèmes, je dormais avec ma tête posée sur mon sac. J'avais juste un blouson. Je n'avais pas quelque chose vraiment qui pouvait tenir. J'avais tellement, tellement froid. Donc, je passe deux nuits comme ça à commence à dormir dehors. Et le lundi matin, je vais à la police. La police qui me conduit en fait à une association. Donc, qui m'indique la porte bleue. fait l'association Saint-Benoît-Alabre. Donc, je vais là-bas, à l'association Saint-Benoît-Alabre. Et en fin de journée, on m'a dit qu'on me prend, mais qu'il n'y a pas de place à l'association Saint-Benoît-Alabre. Après, il y a une famille d'accueil qui vient me chercher en fin de journée. Donc, on va à Saint-Marc-de-Coutey, en fin de journée, dans la soirée. Et puis, avec un jeune qui vient aussi de la Côte d'Ivoire. Donc, on était tous les deux. Et lui, il est resté. un mois dans cette famille, un mois, deux mois dans cette famille avant de revenir à Nanta Commerce avec cette même association.

  • Speaker #1

    OK. Et là, tu obtiens ton titre de séjour à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'étais encore mineur à ce moment-là. Donc, on demande le titre de séjour à la majorité. Tu avais 15 ans ou plus ? Voilà, j'avais 15 ans et plus. Et du coup, le juge d'enfant... m'a dit que je vais poursuivre ma prise en charge dans le Morbihan, mais qu'à Vannes. Donc c'est la première fois que j'entends la Bretagne, le Morbihan, Vannes. Je n'avais jamais entendu parler avant. Mais bien avant, j'avais rencontré des amis à Nantes, des écrivains, qui m'ont dit que Vannes, c'est une belle ville, que Dallais, c'est une toute petite ville, ça peut m'aider vraiment à m'intégrer plus facilement que dans une grande ville. Et c'est comme ça, en fait, ces mots-là qui m'encouragent à aller. Et donc je suis allé, là je me suis, comme tous les jeunes qui arrivent, qui ont moins de 18 ans et qui n'ont pas de famille. Donc j'étais dans cette structure-là, dans ce cadre-là. L'aide sociale à l'enfance me suit. Donc je vais au Bonneau. Avant, il n'y avait pas de place, mais je vais au Bonneau, au Bonneau. Je passe plus de six mois au Bonneau où je rencontre mes premiers éditeurs. Mais durant tout ce parcours-là, je continue à écrire. Et même quand j'étais à Nantes, je passais toutes mes journées à la médiathèque Jacques Demy, Lisa Bresner. Je passais toutes mes journées du lundi au... Au samedi.

  • Speaker #1

    À lire et écrire.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu reviens à Nantes ?

  • Speaker #0

    Quand je passe en classe de terminale. Donc, j'ai…

  • Speaker #1

    Tu poursuis les études à Vannes.

  • Speaker #0

    Voilà. J'ai commencé à Vannes, entre-temps, les études de logistique en lycée professionnel. Donc, je passe deux années dans une école, avant dans une autre école. Et ensuite, à mes 18 ans, je passe en classe de terminale. J'avais le choix. Je voulais absolument passer mon bac. Donc, je voulais… J'avais le choix de l'alternance, de faire des études en alternance pour payer aussi le loyer, subvenir à mes besoins en un mois.

  • Speaker #1

    Parce que tu dormais moins ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Alors, quand j'étais, j'étais suivi par les apprentis de taille. Donc l'aide sociale à l'enfance m'a confié, après quelques mois, m'a confié aux apprentis de taille qui m'ont suivi, les apprentis de taille de Vannes, qui m'ont suivi pendant plus de deux années et qui m'ont accompagné dans tous mes besoins. en santé administrative, etc. Tout ce que j'avais besoin, comme tous les jeunes qui le suivent.

  • Speaker #1

    Donc tu t'en es dans un foyer d'accueil ?

  • Speaker #0

    Voilà, j'étais dans un foyer d'accueil. Donc ça, c'est le parcours classique de tous les jeunes qui sont suivis dans ce cadre-là. Et ensuite, en 2020, j'obtiens ma majorité. J'avais plus de 18 ans et plus. Et ensuite, je reviens à Nantes parce que j'ai trouvé une entreprise. le réseau de transport en commun qui s'appelait à cette époque-là la Semitane qui a accepté que je passe mon bac en alternance avec l'entreprise et une école, un CFA à Saint-Luc-sur-Loire qui s'appelle Aftral. J'ai passé mon bac là-bas avec la Semitane et ensuite, avant de passer le bac, il y a aussi une obligation de quitter le territoire. Heureusement, il y a beaucoup de gens qui m'ont soutenu. Les gens m'ont soutenu, mes éditeurs, les familles

  • Speaker #1

    Parce que là tu reçois une lettre un jour qui te dit Vous êtes obligé de quitter le territoire Voilà,

  • Speaker #0

    de la préfecture de la Loire-Atlantique Mais j'étais aussi membre du jury du festival Étonnant Voyageur Donc il y a énormément de gens, de médias qui me suivent Qui me soutiennent, de personnes, de familles Et c'est grâce à cette mobilisation-là Que finalement j'ai obtenu mon premier titre de séjour Donc j'ai passé le bac Merci J'ai passé le bac et je suis resté deux années de plus avec la Semitane. Donc trois années et j'ai fait un BTS à la Semitane avec la même école. Après ça, je publie mon cinquième recueil de poèmes, Catalogue d'un exilé, après mon année de BTS du coup.

  • Speaker #1

    Et t'es retourné en Guinée ?

  • Speaker #0

    Je ne suis pas encore retourné en Guinée depuis mon départ, mais ça va plus tarder maintenant.

  • Speaker #1

    Ouais, t'aimerais bien y retourner ?

  • Speaker #0

    Oui. ça me manque tous les jours, la Guinée me manque tous les jours et ma famille me manque aussi Tu as des nouvelles de tes frères et soeurs ? Oui

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu as retrouvé leurs traces ?

  • Speaker #0

    Alors c'est il n'y a pas longtemps il y a quelques années et puis on a commencé à communiquer grâce aux réseaux sociaux

  • Speaker #1

    C'est toi qui les as recherchés ou c'est eux ?

  • Speaker #0

    C'est eux qui m'ont contacté d'abord sur mes changeurs Facebook et ensuite on a échangé de Voilà, des numéros pour se contacter via WhatsApp.

  • Speaker #1

    Et ton père, tu as des nouvelles ?

  • Speaker #0

    Oui, j'ai des nouvelles, oui. Il va bien.

  • Speaker #1

    Tu l'as recontacté ?

  • Speaker #0

    Très peu, on a parlé deux ou trois fois depuis, mais il va bien. Ma soeur me dit qu'il va très bien.

  • Speaker #1

    Il a compris que tu partes ?

  • Speaker #0

    On n'en a jamais parlé, je ne sais pas. On n'en a jamais parlé encore, mais c'est... Voilà, c'est une... Voilà, c'est une chose aussi, parler, voir aussi, pour remédier à ça.

  • Speaker #1

    Felmarie, ton histoire, elle est tellement touchante et tellement incroyable. Je voudrais qu'on parle poésie maintenant. Tu nous as raconté un peu comment la poésie est arrivée dans ta vie, mais j'aimerais savoir justement quand est-ce que tu as commencé à écrire ?

  • Speaker #0

    J'ai commencé à écrire en Italie, à mon arrivée. Après cette longue traversée, ce long périple, je n'arrivais pas à dormir. C'est là où j'ai ressenti le désir de la lecture qui m'a poussé à écrire en français et je me lisais pour la première fois. Donc au départ, ce n'était pas une passion, c'était juste...

  • Speaker #1

    Un échappatoire.

  • Speaker #0

    Voilà, un échappatoire. Et ensuite, quand je suis venu en France, en Nantes, c'est là où c'est devenu une passion pour moi. la poésie, l'écriture. Parce que je passais toutes mes journées dans les médiathèques à lire. C'est là où j'ai appris la poésie, la différence entre la poésie et le roman, l'essai, la philosophie. C'est là où j'ai découvert aussi quasiment tous les noms que je connais, les noms littéraires que je connais, ou même plus, je ne lisais pas que de la littérature, des scientifiques, etc. Voilà d'autres personnalités qui ont marqué. l'histoire, etc. aussi des biographes, de la biographie, pardon, aussi.

  • Speaker #1

    Et comment est-ce que tu fais pour écrire ? Est-ce que tu laisses mûrir tes idées et tu les couches sur un papier ou est-ce que c'est très spontané ? Quel est ton processus de création ?

  • Speaker #0

    Alors, ça a évolué un peu, mais ce que j'ai fait depuis que j'ai commencé à écrire, j'ai écrit avec le papier. Donc, j'écris avec le papier et ensuite, je les travaille beaucoup. Je récorrige, j'ai réécrit beaucoup.

  • Speaker #1

    Je vois que tu as ton carnet d'écriture.

  • Speaker #0

    Et ensuite, je le tape à l'ordinateur. Parfois, il m'arrive aussi de commencer directement à taper avec l'ordinateur. Et ça, c'est vraiment récent pour moi. Mais le processus, d'un point de vue littéraire aussi, a évolué. Parce que le regard aussi, la poésie, c'est le regard aussi que fait la personne. sur le monde, sur les choses, tout simplement. Et c'est comme ça, en fait, ce regard-là aussi évolue, les sujets qu'on aborde, les manières dont on aborde, et avec les mots, etc. Et donc ça, ça a évolué, et parce que j'ai appris aussi, depuis ces années-là, en écrivant, j'ai appris beaucoup de choses.

  • Speaker #1

    Tu écris sur quoi ?

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup écrit sur mon parcours, sur ce périple. Mais ça va au-delà de ça. Par exemple, quand on prend l'exemple de ce catalogue d'un exilé, le dernier qui est publié chez Flammarion, ça raconte mon histoire personnelle, mais c'est l'histoire aussi de beaucoup d'autres personnes. Et finalement, cette histoire personnelle se confond avec une histoire plurielle, l'histoire des centaines et centaines d'autres personnes en France aujourd'hui, en Europe, et même peut-être dans d'autres régions du monde, sur le continent américain et même peut-être ailleurs. Mais pour moi, ça va au-delà de ça, tout simplement, parce que la vie d'une personne ne se résume pas seulement à ces personnes qui ont vécu ces situations-là. Comme on le dit, comme d'autres veulent nous faire croire, ce ne sont pas des étiquettes, c'est aussi des êtres humains, aussi à part entière. Donc, ils ont des besoins aussi, ils ont besoin de faire leurs courses. de vivre, de rencontrer l'amour, de vivre leur vie tranquillement, d'aller dans un jardin, se promener, aller boire un verre avec des amis, rencontrer de nouvelles personnes. Donc c'est des gens comme les autres aussi. Et voilà, c'est pourquoi dans le catalogue d'un exilé, il y a des poèmes qui parlent de Nefru de Halle, la rue où j'habitais avant, de mon quartier où j'habitais avant, des poèmes qui parlent de ma chambre, d'une journée tout simplement que j'ai... Pas que des poèmes comme « Je ne suis pas migrant » , comme « Le voyage infernal » , il n'y a pas que des poèmes syllogans, mais il y a aussi des poèmes tout simples. Ça, peut-être, c'est aussi une forme de réponse aussi, une réponse par le simple aux choses peut-être difficiles.

  • Speaker #1

    Tu nous disais que tu lisais beaucoup. Qui sont tes inspirations, tes maîtres à penser en poésie ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est vrai que... J'écris beaucoup. Moi, je dirais que ma grand-mère a été... Une des sources d'inspiration importantes pour moi, elle l'est encore aujourd'hui. Je dirais même que c'est la plaque tournante de ma poésie, mais aussi de ma pensée. Beaucoup plus parce qu'elle m'a profondément influencé, marqué. Et bien sûr, dans mes lectures, dans mon écriture, on peut rencontrer aussi d'autres écrivains comme Senghor, Césaire, etc. Parce que... les poètes de la négritude, les écrivains de la négritude, parce que moi, je ne peux pas les ignorer. C'est vraiment important du point de vue historique, mais il y en a beaucoup. Il y a aussi Pascal, qui n'est pas poète, mais qui est philosophe, penseur aussi. Il y a Arthur Rimbaud, il y a Victor Hugo, et que j'admire beaucoup. Donc, il y a énormément de personnes, d'écrivains, des familles. que j'admire et des personnes toutes seules qui, à des moments, discutent de certaines choses et ces discussions mènent à la poésie. J'ai envie de les mettre ou de souvenir avec ma grand-mère, avec les endroits, les activités que faisait ma grand-mère. Je me suis dit, il faut que je les mette en poésie. Donc, les influences sont multiples aussi.

  • Speaker #1

    Et en 2020, tu as été nommé ambassadeur de la paix. Comment est-ce que tu as reçu cette reconnaissance ?

  • Speaker #0

    Ce n'était absolument pas une reconnaissance recherchée, mais j'ai été contacté par le cercle des ambassadeurs de la paix à Genève qui m'a proposé cette reconnaissance-là. J'étais très ému, je suis encore très ému quand on parle de ça, parce que pour moi, être ambassadeur de la paix, ce n'est pas seulement la responsabilité d'un jeune poète, ce n'est pas la responsabilité. d'une personne comme moi, mais c'est la responsabilité qui nous concerne tous, toutes et tous, et nous sommes tous ambassadeurs de la paix, parce que la paix nous concerne tous, et moi je le vois comme ça. Et c'est une reconnaissance, c'est un titre, mais je le suis autant que vous, autant que nos auditeurs qui sont là.

  • Speaker #1

    Ça veut dire quoi, être ambassadeur de la paix ?

  • Speaker #0

    Être ambassadeur de la paix, c'est contribuer à la paix dans notre quotidien, dans notre manière de vivre. Avec nous-mêmes, être en paix avec soi, avec son voisin, avec son entourage, avec son pays, le pays où on habite, avec son environnement, avec la nature. Être en paix, c'est comme si... ça me fait penser à la manière dont ma grand-mère vivait. Je pense que si on est en paix avec soi, on sera en paix avec tout ce qui nous entoure. Les gens qui ne sont pas en paix aujourd'hui, qui créent parfois même... Les conflits aujourd'hui sont des gens qui ne sont pas en paix avec eux-mêmes. Ils ont des problèmes personnels. Donc ils essayent de les porter ailleurs, à leurs voisins, au monde que nous sommes. Donc c'est des gens qui doivent revoir leur paix intérieure.

  • Speaker #1

    Merci pour ce message. Est-ce qu'il y a des projets que tu portes en ce moment pour justement sensibiliser à la paix, à la fraternité ?

  • Speaker #0

    Oui, je fais beaucoup de rencontres littéraires, notamment dans les écoles avec les collèges et des ateliers d'écriture aussi. Je suis à la recherche de résidence d'écrivain en ce moment, mais je suis aussi parrain de plusieurs associations. Il y a une association, un collectif qui est à Nantes qui s'appelle Atelier de Français. Et voilà, je suis parrain. en tant que membre aussi. Et en même temps, dans l'Oise aussi, il y a une association. Donc, il y a ces causes-là qui me tiennent beaucoup à cœur aussi, tout ce qui est humanitaire aussi. Parce que pour moi, c'est très important tout ce qu'on fait. Il faut que l'être humain soit à la base de ça. Il ne faut pas qu'on oublie notre humanité. Et pour moi, c'est tellement important de ne pas oublier ça par les actes aussi. tout ce qu'on fait, même si on n'est pas d'accord avec tout ce que l'autre dit, l'autre fait, mais on ne doit pas oublier que l'autre aussi est un humain comme nous. Et ça, c'est important aussi.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de ton dernier ouvrage, « Catalogue d'un exilé » , qui évoque justement la douceur, la nostalgie. Qu'est-ce qu'il représente pour toi, ce livre ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est le dernier, mais il y a eu aussi quatre autres avant. Donc, je les porte tous. Au même titre dans mon cœur parce que voilà c'est des enfants, c'est comme des enfants, c'est les naissances. Et aussi l'écriture nous permet aussi de dialoguer avec parfois les personnes qu'on ne connaît même pas, les personnes qu'on n'a pas rencontrées. Et avec l'écrit. Aujourd'hui, moi j'arrive à lire les écrivains de la Grèce antique, les écrivains, les philosophes de la lumière qui ne sont plus aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui, je me rends compte aujourd'hui aussi, c'est une manière aussi de témoigner aussi. Oui, bien sûr, c'est la poésie, mais de témoigner par l'écrit, par la poésie de ce qui se passe, parce que ces choses-là se passent encore aujourd'hui. Et de sensibiliser, de montrer aussi aux gens, on est en Nantes aujourd'hui, montrer aussi aux Nantais, aux Français, aux Européens aussi, que ces gens-là qui font ces périples-là, ils le font souvent, ils n'ont pas le choix. C'est des gens aussi comme vous, et parfois c'est des enfants, parfois c'est des mères, c'est des hommes, et parfois d'autres avaient d'autres métiers. Et c'est aussi une manière de témoigner de cela aussi. Et je me rends compte de cette responsabilité aussi qu'a l'écrivain, qu'a l'artiste aussi.

  • Speaker #1

    Et quel va être ton prochain projet ? Sur quoi est-ce que tu vas travailler ?

  • Speaker #0

    Je travaille sur plusieurs projets en ce moment. Notamment, il y a un projet que j'ai fait il y a quelques années quand j'avais 17 ans. Quand j'ai publié mon premier livre. Je n'avais pas encore publié le deuxième. Je voulais découvrir la poésie guinéenne. Peut-être qu'on aura un jour l'occasion d'en parler. Et donc j'ai fait une recherche sur la poésie guinéenne. J'ai constitué une anthologie de plus de 50 poètes guinéens. Donc un recueil de quasiment 500 pages. Et ce projet-là, c'était vraiment découvrir la poésie guinéenne parce qu'il n'y a pas d'anthologie de la poésie guinéenne jusqu'à aujourd'hui. Et moi, je voulais lire une anthologie. Et je me suis rendu compte aussi qu'en le publiant, ça peut aussi répondre à la même question peut-être que d'autres se posent, des Guinéens ou pas, des Français aussi, parce que c'est la langue française qu'ils écrivent. Et donc, il y a ce projet-là que je souhaite publier cette année ou l'année prochaine, et aussi un recueil de poèmes aussi.

  • Speaker #1

    À quel âge, Femarese ? Je ne t'ai même pas demandé.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, j'ai 23 ans.

  • Speaker #1

    Je termine souvent ce podcast par des questions sur Nantes. Qu'est-ce que tu penses de Nantes ? Qu'est-ce que tu trouves ici ?

  • Speaker #0

    Nantes, c'est mon...

  • Speaker #1

    Ta passion pour les Canaries ? Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Malgré, on aimerait qu'ils fassent plus les Canaries, mais ça n'a pas changé. Nantes, c'est une ville agréable à vivre. N'oublions pas quand même que moi je voyage beaucoup en France particulièrement, à l'intérieur de la France. Quasiment toutes les semaines je vais dans plusieurs endroits.

  • Speaker #1

    Tu m'as compté ton planning avant qu'on enregistre, c'est vrai qu'il est noir.

  • Speaker #0

    Les prochaines semaines,

  • Speaker #1

    on va aller dans la France.

  • Speaker #0

    Voilà, j'ai découvert quand même que Nantes c'est une ville culturellement forte en France. C'est une des villes culturellement qui bouge beaucoup, beaucoup. En France il y a énormément de festivals. de littérature, de poésie, de films, énormément de festivals de jeunesse, etc. que la ville propose. Et le message c'est que, malheureusement, ce qu'on voit, etc. avec la région, la suspension de la subvention à la culture, au sport et au monde associatif, c'est désolant. Il faut qu'on garde ce côté-là, ce côté-là culturel. Il faut qu'on poursuive ce côté, parce que la culture, c'est ce qui nous rassemble. Avec la culture, quand on voit dans une soirée, dans un concert, peu importe le concert musical, peu importe le genre musical, on ne se demande pas dans quelle langue cette personne parle. On écoute tous la musique, beaucoup en tout cas. On écoute la musique, on écoute différents genres musicaux, etc. Ce sont des exemples culturels forts. Et pour moi, c'est ça qui fait la particularité de cette ville. C'est que c'est une ville à dimension culturelle grande. Et ça, on doit tous contribuer à cela, même si on n'est pas d'accord sur tout. C'est normal, mais on doit préserver ce côté-là. On ne doit pas laisser la culture de côté.

  • Speaker #1

    Et est-ce qu'il y a un événement culturel, justement, à Nantes que tu manquerais pour rien au monde ?

  • Speaker #0

    Ah ! C'est difficile à choisir. C'est difficile à choisir. Parce qu'il y a énormément d'événements, de grands événements culturels à Nantes. Il y en a beaucoup, il y a les Folles Journées qui viennent se passer. Bientôt il y a les Atlantides, le festival des littératures du monde où j'étais l'année dernière. Et il y a bientôt Atlantide, il y a aussi le festival de cinéma, les Trois Continents aussi qui sont là, le festival de films. Il y en a... Il y en a énormément.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu as des adresses que tu voudrais nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, à Nantes, il y a 30 mots aussi. Prendre le bateau à la gare maritime et traverser la Loire, qui est un fleuve qui n'est plus à présenter aux Français aujourd'hui. Et aller à 30 mots faire une petite balade. Et aussi, il y a les machines de l'île qui ne sont plus à partager. Mais moi, il y a un endroit que j'aime beaucoup en Nantes aussi, c'est le jardin des plantes. Le jardin des plantes, c'est extraordinaire. D'ailleurs, on pourrait dire que c'est un jardin extraordinaire.

  • Speaker #1

    Pourquoi ? Qu'est-ce que tu apprécies dans ce jardin ?

  • Speaker #0

    D'abord, le calme. Et aussi, c'est très propre. C'est tout le temps propre. C'est entretenu et c'est en face de la gare parfois. Si on a une longue attente, on peut venir s'asseoir au jardin des plantes. C'est la sérénité en fait. Malgré les gens sont... sont sereins, sont agréables dans la ville, dans toute la ville. Et voilà, c'est mon endroit secret, c'est un endroit que je fréquente souvent, le jardin des plantes en haute.

  • Speaker #1

    Merci, Félmaré. Je te propose pour terminer ce podcast, est-ce que tu pourrais nous partager un extrait d'un de tes poèmes préférés ? Enfin, un poème qui te tient particulièrement à cœur.

  • Speaker #0

    Tous ces poèmes me tiennent à cœur, bien sûr. La chaleur qui me manque. Que je voudrais me souvenir de toi, ô chaleur qui me manque. Quand dans la nuit européenne, sous ma couette bien chaude, je ne te sens guère. Quand je viens m'asseoir près de la cheminée, je ne te sens guère. Ô chaleur, hélas, hélas, hélas, ô. Pourtant, tu es feu rempli d'oiseaux plumes en elle-même. Pourtant, tu es thé doré classique, semblable à la lumière et l'ombre de Borgès. Pourtant, tu es le tambour, le tam-tam, le djembé et la femme qui réchauffe mon cœur. Pourtant, tu es si importante à la case maternelle, si chère à la vie hivernale en elle-même. Oh, chaleur qui me manque ! Chaleur maternelle, chaleur natale, chaleur amicale. Oh, je voudrais m'en souvenir, que je voudrais m'en souvenir simplement. La chaleur à laquelle tout enfant aspire.

  • Speaker #1

    Merci, Palmarès. Merci pour aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Merci également, Léonore. C'était un plaisir.

  • Speaker #1

    Oui, c'était un plaisir. À très bientôt, Palmarès.

  • Speaker #0

    À très bientôt.

  • Speaker #2

    Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a plu, Partagez-les autour de vous en l'envoyant à vos proches ou en le reléguant sur vos réseaux sociaux. Et si jamais vous écoutez cet épisode sur Apple Podcasts et Spotify et que vous avez 20 secondes devant vous, n'hésitez pas à laisser une note et un commentaire en dessous du podcast. C'est grâce à ça que vous m'aidez à le faire connaître et grandir. Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu'il y a plus d'une soixantaine d'épisodes enregistrés avec de nombreux invités mentais passionnants et plein d'autres formats sur l'actualité d'ici. disponible sur votre plateforme d'écoute préférée. Pour suivre toute l'actualité du podcast, retrouvez-nous sur Instagram et Facebook, ou suivez-moi sur LinkedIn. Bref, en deux mots, abonnez-vous au podcast, écrivez-moi, partagez, c'est ce qui fait vivre ce podcast qui n'existerait pas sans votre fidélité. Merci.

Description

« boza boza boza… tout le monde se réunit dans la cour et ils commencent à nous appeler »

Cette phrase, le nantais falmarès l’a entendue un nombre de fois incalculable.

Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d’actualité.


À 14 ans, il quitte la Guinée, laissant derrière lui une enfance bouleversée.

Son chemin, semé d’épreuves, le conduit à travers le Mali, l’Algérie… jusqu’en Italie, où, dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots.

La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience.

De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l’arrachement, la perte, mais aussi l’espoir.


Installé en France, à Nantes, il est nommé Ambassadeur de la Paix et porte, un message puissant : celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui renaît.

Cette voix résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force inébranlable.

Je vous souhaite une très belle écoute. 🎧✨

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Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu’il y a plus d’une 60aine d’épisodes enregistrés avec de nombreux invités nantais passionnants et pleins d’autres formats sur l’actualité nantaise disponibles sur votre plateforme d’écoute préférée. 


Pour suivre toute l’actualité du podcast, retrouvez RayonNantes sur Instagram et Facebook ou suivez-moi sur Linkedin. 


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Hello à tous, je suis Eleonore Vigneron et je suis ravie de vous accueillir sur Rayon Nantes. Dans ce podcast, je pars à la rencontre de personnalités inspirantes qui rythment l'actualité ou l'innovation à Nantes et dans la région. Ensemble, nous discutons de leur parcours de vie, de l'origine de leurs projets et de leur vision de l'entrepreneuriat à Nantes. Rayon Nantes ? un podcast original à écouter quand vous le voulez sur toutes vos plateformes de podcast. Boza, Boza. Tout le monde se réunit dans la cour et il commence à nous appeler. Ces mots, Falmarès les a entendus un nombre de fois incalculables. Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d'actualité. À 14 ans, il quitte la Guinée laissant derrière lui une enfance bouleversée. Son chemin, semé d'épreuves, le conduit à travers le Mali, l'Algérie. jusqu'en Italie, où dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots. La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience. De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l'arrachement, la perte, mais aussi l'espoir. Installé en France, il est nommé ambassadeur de la paix et porte un message puissant, celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui est renée. Cette voix, elle résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force. inébranlables. Alors je vous souhaite une belle écoute. Bonjour Falmarès.

  • Speaker #1

    Bonjour Eleonore.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Rayonnante.

  • Speaker #1

    Merci.

  • Speaker #0

    Je suis ravie de t'accueillir ce matin plus dans un endroit particulier puisqu'on enregistre dans un nouveau studio d'enregistrement qu'on vient d'ouvrir avec les équipes d'ici lundi qui s'appelle le Studio Planqué qui se trouve en plein centre de Nantes. Donc je suis ravie d'inaugurer ce studio avec toi. Falmarès, donc toi tu es poète et ambassadeur de la paix mais tu es avant tout une personne hors du commun, enfin du moins qui a un parcours hors du commun. Aujourd'hui j'aimerais bien qu'on revienne justement sur ton histoire, donc des débuts, ton enfance en Guinée jusqu'à ton arrivée en France. Écoute, je te propose que tu commences par nous parler de ton enfance.

  • Speaker #1

    Alors mon enfance, je dirais d'une manière générale, est une enfance heureuse dans le sens où il y a eu beaucoup de choses. Mais ce que je retiens, c'est ma naissance bien sûr à Conakry, la capitale de Guinée. Avec mes parents et ensuite, où j'ai commencé d'ailleurs ma scolarité avec ensuite mon frère, ma soeur aussi. Et un bouleversement aussi dans la famille. D'abord un premier. Les parents se séparent quand on était très jeunes et la maman ne pouvait plus s'occuper de nous. C'est notre grand-mère maternelle qui nous a accueillis à 200 kilomètres de Conakry, dans un village qui s'appelle Koba. C'est là où nous... Tous les trois, on ne voyait pas nos parents. On voyait la maman une fois par semaine. Elle venait le samedi, elle partait le dimanche parce que c'était le marché de Koba. Donc elle repartait après les marchés.

  • Speaker #0

    Pourquoi ta maman ne pouvait pas vous...

  • Speaker #1

    Parce qu'elle avait besoin de s'occuper d'elle, d'elle-même aussi, de trouver aussi... ... à manger, donc faire ses petits commerces, acheter tous les produits, la viande chèche, le poisson chéché, des choses de Ausha et revendre à Conakry. Donc elle passait la semaine à Conakry auprès de la petite sœur à ma grand-mère maternelle. Et donc c'est comme ça en fait, elle arrivait à subvenir à ses besoins et nous aider aussi. Donc nous on était avec notre grand-mère maternelle là-bas et on n'a pas vu notre papa. durant des années, plusieurs années.

  • Speaker #0

    Ah bon ? Ton papa était resté dans ton village ?

  • Speaker #1

    Non, il est resté après la séparation avec la mère à Conakry. Je ne sais pas où il est parti, on ne sait pas. En fait, on a entendu qu'il était un peu plus vers Kamsar. C'est dans la même région, mais c'est une autre ville en fait, une ville industrielle d'ailleurs. Donc, c'est le premier bouleversement. On avait peut-être 7-8 ans, moi j'avais 7-8 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Toi tu es l'aîné ?

  • Speaker #1

    Je suis le deuxième, il y a ma soeur qui est beaucoup plus petite et mon frère qui est beaucoup plus grand, qui avait deux années de plus que moi. Et c'est comme ça en fait, mais ces moments-là, moi je ne retiens pas que cette séparation-là d'abord. Parce que c'est les moments où moi j'ai beaucoup beaucoup appris dans ce petit village-là, qui n'est d'ailleurs pas très petit, mais qui m'a appris énormément de choses avec la grand-mère maternelle. qui travaillait toute l'année, elle seule. Donc, elle faisait la pêche, l'agriculture, l'élevage aussi. Donc, on l'aidait dans ses travaux au quotidien. Et son rapport avec ses semblables, avec ses voisins, voisines, avec la nature aussi, qui m'a beaucoup, beaucoup marqué et qui m'a aussi beaucoup influencé, je dirais, parce que... Quand je vois comment dans son quotidien elle résolvait ses problèmes, elle arrivait à survivre, à vivre aussi. Tout simplement, je me suis dit, si cette femme a su subvenir à ses besoins, a su vivre dans un environnement comme ça, c'est une grande force, beaucoup de monde peut le faire. Et ensuite, après quelques années avec elle, donc une grande partie de l'école primaire, Et ensuite le collège, juste avant de passer l'examen pour finir le collège, une année avant, les parents se sont réconciliés. Et ensuite, tous les trois, on est revenus auprès de notre papa, avec la belle-mère. Avec la belle-mère ?

  • Speaker #0

    Avec la belle-mère qui était là. C'était remarié ?

  • Speaker #1

    Voilà, c'était remarié d'ailleurs deux fois.

  • Speaker #0

    Avec la mère ?

  • Speaker #1

    J'avais 14 ans, 13-14 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Ok, donc de tes 8 ans à tes 14 ans, tu n'as pas vu ton papa et ta fille ?

  • Speaker #1

    Oui, on ne l'a pas vu.

  • Speaker #0

    Qu'est-ce qui se passe quand tu le revois la première fois ? Tu ressens quoi à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors, je ne me souviens plus de toutes mes émotions à ce moment-là, mais moi j'étais quand même très habitué à ma grand-mère. Bien sûr que je voulais, parce que quand on y était, il y a des moments quand même où on ne mangeait pas assez, on mangeait quand même une fois par jour. Il y a des jours où... On passait en fait toute la journée sans manger, on mangeait qu'à 23h minuit, on mangeait et on se couchait. Donc on a passé des moments économiquement très très durs avec la grand-mère maternelle. Et aussi quand on est passé au collège, nos amis, nos camarades, leurs parents pouvaient s'offrir des vélos parce que c'était loin pour aller au collège de la maison. Donc nous on n'avait pas les moyens, la grand-mère n'a pas les moyens de nous offrir un vélo. par exemple, pour aller au collège et pour acheter parfois des années de nouvelles tenues, en fait. Donc, on passait deux années avec la même tenue scolaire. Parce qu'en Guinée, on a des uniformes, en fait, pour aller à l'école. Et voilà, quand on revient avec chez le papa...

  • Speaker #0

    Avec ta maman, à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Avec la maman. Et ensuite, il y a aussi la belle-mère et on passe une année avec eux.

  • Speaker #0

    Vous habitez tous dans la même maison ?

  • Speaker #1

    Oui, tous la même maison, mais des chambres différentes, des chambres pour les garçons, des chambres pour les filles et aussi pour la mère et la belle-mère.

  • Speaker #0

    Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi est-ce que finalement ta maman est revenue vers son ex-mari, vers ton papa ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelle a été la démarche qu'ils ont initiée ?

  • Speaker #1

    Alors la démarche a été longue parce que je pense qu'aucun enfant ne souhaite que les parents se séparent. Sauf dans les cas exceptionnels, quand il y a des violences, etc., des choses très très dures, là, pour la paix, pour la stabilité, en fait, de la famille, etc. Et donc, ça, c'est dans les cas vraiment extrêmes. Et ça, à ce moment-là, lors de la séparation, ce n'était pas le cas. Et la démarche a été, surtout la démarche est venue du côté maternel. Et ensuite, ils se réconcilient comme ça, et nous aussi, les enfants. qui ont fait cette démarche-là, donc qui disaient, qui réclamaient qu'ils se réconcilient parce que ça faisait des années. Et ensuite, voilà, on est revenus chez le papa et la belle-mère. Là,

  • Speaker #0

    vous vivez tous sous le même toit.

  • Speaker #1

    Tous sous le même toit, une année après.

  • Speaker #0

    Toi, tu es au collège, en plus, tu disais, donc tu changes en plus de ville, d'école.

  • Speaker #1

    D'établissement.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu t'adaptes ?

  • Speaker #1

    Alors, c'était très dur parce que j'ai lié des amitiés pendant ce moment-là à l'école primaire et au collège. On a eu de très grandes amitiés, surtout dans un village, ce n'est pas la même vie que dans une capitale. Parce que c'est des amitiés en fait fortes et à cet âge aussi. Et c'est toujours très dur de faire ça, de vivre ce changement-là. Mais c'était important pour reconstituer la famille pour nous et à ce moment-là c'était nécessaire. Et une année après, ma maman tombe malade, elle décède. Dans les conditions aussi...

  • Speaker #0

    Elle est décédée de quoi ?

  • Speaker #1

    Alors, elle est tombée malade. Elle nous a dit, je me souviens, un matin qu'elle avait mal à la tête. Et on a dit, bon, ça va passer. On l'a amenée dans un hôpital à côté. Et ensuite, ça s'aggravait. Et avant midi même, et c'était vraiment très très dur, on ne comprenait pas ce qui se passait. On nous dit, il faut l'amener encore ailleurs. On nous a dit qu'il y avait un endroit. Avant la fin de la journée, elle ne pouvait plus parler. Et donc, en moins de dix jours, elle est décédée sans même nous reconnaître, nous, ses enfants. Et on n'a même pas su en fait de quoi elle est décédée. Et elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pas bouger, elle ne pouvait pas manger elle-même. Elle ne pouvait rien faire, parler, même nous reconnaître. Et c'était très très dur de vivre ça à cet âge-là.

  • Speaker #0

    Vous avez 15 ans ?

  • Speaker #1

    Oui, j'avais 14 ans quand elle est décédée vraiment. Et après aussi, quelque temps, ma soeur est partie vivre chez ma grand-mère maternelle où nous étions. Et aussi mon frère est parti.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Après le décès. Moi je suis resté et c'est là où tout bascule et ensuite je quitte. C'est là où l'exil commence après.

  • Speaker #0

    Attends, alors du coup, si on reprend, quand tu dis c'est là où tout bascule, c'est à partir du moment où ton frère et ta soeur ont fait le choix de retourner vivre avec leur grand-mère, là où toi, tu n'as pas fait ce choix ?

  • Speaker #1

    Alors, ce n'était pas pour vivre avec eux parce que ma grand-mère maternelle a eu l'iniquité, en fait, comme ma mère. Heureusement pour elle, elle a adopté un enfant, un autre garçon qui était beaucoup plus jeune. Mais ce garçon, voilà, il travaillait ailleurs, il n'était jamais présent. Et donc, imaginez vivre le décès d'une fille unique. C'est dur, c'est encore dur pour nous, nous les enfants, mais c'est encore beaucoup plus dur pour une mère de voir son enfant décédé de sa sorte, mourir sous ses yeux. Et donc, voilà, pour peut-être consoler ou l'aider un peu à regarder, donc ma soeur est partie vivre quelques temps avec elle. Et ensuite, c'est là où mon frère aussi est parti. Moi, je suis resté dans la famille avec la belle-mère. C'est là où tout bascule.

  • Speaker #0

    Tu n'as pas eu envie de suivre tes frères et soeurs et de retourner vivre chez ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Non, je n'ai pas eu cette pensée-là. Ce n'était pas des moments où on réfléchissait à faire des plans ou à faire quoi que ce soit. C'était vraiment ces moments-là. On y pense souvent, mais comment est-ce que ça se fait et comment cela peut arriver ? Parce que quand on a cet âge-là, bien sûr qu'on sait, on a tous l'idée. Dès qu'on est conscient, on est conscient en fait de la réalité, de la vie, on sait que nous allons mourir et on voit aussi les gens mourir. Mais quand on voit, quand ça frappe à notre porte de la sorte, ça devient encore quelque chose. Différent. Et à ce moment-là, on se demande pourquoi, pourquoi nous, pourquoi elle, pourquoi elle, si jeune, décédée, et encore nous, et qui va s'occuper de nous, etc. Donc on se pose différentes questions. Donc on ressent à ce moment-là une forme d'injustice très forte. Et on dit que ce n'est pas juste, la vie n'est pas juste et ça ne devrait pas se passer comme ça.

  • Speaker #0

    Et quelle relation tu avais avec ton papa à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors avant ces moments-là, on avait une relation normale. Et voilà, c'est vraiment après que les relations se dégradent. Et qui se dégradent très rapidement aussi.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'il y avait peut-être la belle-mère, etc. Tu t'entendais bien avec ta belle-mère ? Oui, on n'avait pas vraiment... Elle avait même contribué aussi à l'arrivée de ma mère, ce qui était paradoxal. Mais après, les choses se sont vite dégradées.

  • Speaker #0

    Tu nous parlais de cet exil. Tu nous disais que tu avais quitté ton pays suite au décès de ta maman. Qu'est-ce qui t'a poussé à quitter ton pays ?

  • Speaker #1

    C'est cet événement, cette raison familiale d'abord, qui m'a poussé à quitter. Parce que j'étais en danger. Et c'est pourquoi j'ai fui, j'ai fui la famille et je ne savais pas où aller. En fait, j'ai suivi les gens, j'ai pris à la gare une voiture, je suis monté dedans et je suis venu jusqu'à Bamako en fait.

  • Speaker #0

    C'est une décision que tu as prise comme ça sur un coup de tête du jour au lendemain ou au contraire c'était plutôt une décision qui était réfléchie ?

  • Speaker #1

    Non absolument pas, ce n'était pas des moments où... parce que ces moments-là d'ailleurs avant... Avant, ce qui s'est passé dans la famille, je le mets entre parenthèses, je ne le raconte pas ici, bien sûr, parce que ça reste des choses familiales malgré tout. Et ensuite, ces événements-là, ces événements-là que je n'avais pas imaginés, je pense que personne n'avait imaginé venir à ces événements-là et qui m'ont poussé vraiment à fuir pour survivre. C'est la décision qui m'est venue en tête de quitter la famille avec juste le petit sac scolaire que j'avais.

  • Speaker #0

    Sans prévenir ton frère, tes soeurs, ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Je n'avais pas de moyens pour les prévenir parce qu'ils étaient loin. Est-ce qu'ils pouvaient même comprendre tout ce qui se passait peut-être ? Mais je n'avais pas les moyens pour prévenir. Ça pouvait prendre peut-être des mois pour voir quelqu'un qui y va et l'envoyer un petit message ou à mon frère aussi.

  • Speaker #0

    Donc là t'as 14 ans, c'est ça ? Tu prépares un petit sac un soir et tu sautes dans un train de séquence dans la nuit ?

  • Speaker #1

    C'est dans la journée même, ouais. Tu te lèves un matin,

  • Speaker #0

    tu pars avec ton sac à dos sur le dos, tu dis au revoir à ton père et à ta belle-mère ?

  • Speaker #1

    J'ai dit au revoir à personne, c'était surtout pour ne pas qu'on cherche.

  • Speaker #0

    Mais pour bien comprendre ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là, qu'est-ce que tu te dis ? Tu te dis, je fuis parce que... Enfin déjà, est-ce que tu savais où tu voulais aller ?

  • Speaker #1

    Non. Alors j'ai quitté, c'était vraiment fur, je ne savais pas où je voulais aller. Tout ce que je voulais c'était un endroit stable, c'est ça que je cherchais. C'était beaucoup ce qui se passait dans ma tête. Et moi, quand j'arrive à Bamako, déjà le trajet me calme un peu parce que ça dure quand même plusieurs heures, trois jours, quasiment deux jours, plus de deux jours pour venir à Bamako. En train ? Non, en voiture.

  • Speaker #0

    Il y a un peu d'argent à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Je n'avais quasiment pas grand-chose, juste le transport et à manger pour quelques jours. D'ailleurs, c'est pourquoi j'ai suivi plus tard les gens, parce que je ne pouvais pas rester seul pour manger aussi avec eux.

  • Speaker #0

    Donc là, tu sautes dans une voiture pour Bamako. Oui. Tu demandes à un chauffeur de te demander là-bas.

  • Speaker #1

    Oui. Je ne savais même pas qu'il était vraiment destiné là, mais je voulais aller au plus loin possible, à un endroit où on ne me retrouve pas. Donc, je ne savais même pas.

  • Speaker #0

    C'est le même que ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    C'était la peur aussi. Beaucoup plus la peur de rester là où je suis que d'aller là où le destin me conduit. C'était beaucoup plus cette peur-là. Et je ne savais pas et je ne connaissais même pas vraiment cette route que j'ai découvert soudainement. Et j'entendais parler, etc. Et je me suis traversé tout le désert du Sahara plus tard, pendant plusieurs jours, sans jour. Je n'avais même pas une bouteille d'eau. D'ailleurs, quand je suis monté dans... Je n'avais pas de biscuits, je n'avais absolument rien sur moi. Je me demandais comment j'allais survivre, mais je n'étais pas seul. Parce qu'il y avait énormément, il y avait deux camions à Ben. Des camions qui transportent du sable. C'était des sortes de camions-là. On était vraiment entassés les uns sur les autres et plusieurs nationalités, des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens, des Sénégalais, d'autres nationalités encore plus, Niger, Kikad, etc. Et rempli, les femmes devant, les garçons derrière. Et c'est comme ça, mais c'est grâce au...

  • Speaker #0

    Quel était le but ? J'ai bien oublié à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Le but du camion, c'était vraiment traverser le désert. Traverser le désert, venir jusqu'en Algérie, quasiment à la frontière.

  • Speaker #0

    Fais-nous un petit topo géographie. Donc la Guinée, hop, tu as traversé quel pays ?

  • Speaker #1

    La Guinée, le Mali. Le Mali, le désert, parce que c'est des grands pays aussi pour les traverser. Et ça prend énormément de jours. Et ensuite, en Algérie, la ville de Tamaracet. Arrivé à Tamaracet, on se sépare parce que... Avant d'arriver dans la ville, le camion ne peut pas traverser comme ça la frontière parce qu'il y a les gardes.

  • Speaker #0

    C'est passé combien de jours entre le moment où tu as quitté la Guinée et que tu es arrivé en Algérie ?

  • Speaker #1

    C'est deux mois, peut-être un peu moins de deux mois. Parce que la Bamako, Tamara 7, en Algérie, ça a duré quasiment deux semaines. Parce qu'on nous arrêtait tous les jours.

  • Speaker #0

    Mais tu dis... Tu avais très peu d'argent à ce moment-là, comment tu faisais pour te nourrir ?

  • Speaker #1

    Alors, c'est quand j'ai suivi les gens et on partageait ce qu'ils avaient. Et il y en a qui ont accepté de me partager leur eau, de me faire partir de leur groupe. Et il y avait aussi, dans le groupe, tout le monde avait des gourdes d'eau de 5 litres. Et aussi de l'amidon du manioc. Le manioc a... quand on enlève son amidon, comme une sorte de couscous de manioc. Donc il y avait ça, il y avait du sucre et aussi du sel et de l'huile. Donc c'est avec ça qu'on se nourrissait. Et des biscuits aussi. Donc c'était ça parce que ça ne pouvait pas se gâter et ça pouvait durer plusieurs jours. Tous les jours, pendant que le camion roule, on met un peu d'eau sur l'amidon, sur la farine de manioc.

  • Speaker #0

    Vous étiez combien en ce cas ?

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais pas exactement. Je n'ai même pas pensé à compter parce qu'on était tellement nombreux. Deux camions remplis et aussi, il y a la peur aussi. Bien sûr. Et la violence tous les jours, la nuit. On vous arrête, les gens vous arrêtent avec des armes. Vous ne savez pas d'où ils sont sortis parce que vous ne voyez rien. Le camion, vous ne voyez, il n'y a pas de fenêtre. Pour voir ce qui se passe, on vous arrête avec... Des kalachnikovs pour vous demander ce que vous avez, pas pour vous fouiller, enlever vos habits, si vous avez de beaux habits, et fouiller vos sacs, tout ce qu'ils pouvaient prendre, ils les prennent. Et même si vous avez des bagues ou des choses sur votre main, une montre, on les enlève. Et donc ça, c'était quasiment tous les jours. Et on pourrait se repartir. Parfois, on peut vous garder pendant une journée, dormir là-bas. Et il y en a, ils peuvent rester. Il y en a, ils partent pas avec eux, mais on ne sait pas qu'est-ce qu'ils deviennent ces gens-là, après.

  • Speaker #0

    Et tu ne sais pas pourquoi, eux ? Vous comprenez,

  • Speaker #1

    Iris ? Oui, pourquoi ? On vous sépare, on demande aux gens, il faut là vous payer de l'argent. Et là aussi, il y a la complicité aussi, les gens, les transporteurs aussi, les chauffeurs aussi. Parce que je me souviens...

  • Speaker #0

    Vous voulez dire que les chauffeurs étaient complices ?

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr, ils sont complices. Et je me souviens un moment quand on a quitté Bamako. Arrivé au nord, ils nous ont dit tous, ils se sont arrêtés, ils ont dit, ah là on va rencontrer peut-être les Touaregs, les gens du nord qui ont des armes, etc. Et si vous avez des objets de valeur, de l'argent, donnez-nous, on va les garder en fait. Ça vous permet de prévenir. Et arrivé à...

  • Speaker #0

    Arrivé à Tamaracet, on ne donne plus. On ne sait même pas où sont passés ces transporteurs-là. On ne saura jamais parce qu'on vous laisse dans un endroit où on vous dit que c'est la frontière. Il faut traverser la nuit, etc. Et c'est comme ça où on vous indique et ils repartent sur leur chemin. Donc, ils connaissent le chemin. Ils ont l'habitude de faire ces choses-là depuis des années.

  • Speaker #1

    Quelle histoire ! Et donc... J'imagine que les conditions devaient être tellement insalubres. Tu n'es pas tombé malade pendant tout ce trajet ?

  • Speaker #0

    Alors, le trajet, non. Le trajet, ça a duré quelques mois quand même. Maintenant, je ne suis pas tombé malade. Et quand je suis arrivé à Tamaracet, je suis resté pendant plusieurs jours dans la rue, etc., dans la gare. Et ensuite, dans la rue, il y a un monsieur qui s'est arrêté pendant qu'il pleuvait. D'ailleurs, il faisait hyper froid. Il m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai dit que je cherchais. Juste un endroit pour dormir. Il m'a demandé de monter dans son véhicule et on est venu à Alger. C'est un trajet aussi très long d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait ce monsieur m'a accueilli dans son chantier parce qu'il travaille dans un chantier de bâtiment, il gère plusieurs immeubles à rénovation, etc. à Alger.

  • Speaker #1

    Il te propose de monter dans ta voiture tout de suite, tu lui fais confiance ?

  • Speaker #0

    Ben, j'avais pas trop le choix. J'avais pas trop le choix parce que c'est ça qui est aussi fou parce que quand on pense aujourd'hui, aujourd'hui on réfléchit beaucoup, mais c'est des moments où on ne se demande pas, est-ce que je dois faire confiance à cette personne ou pas. Et dès qu'on a quelque chose pour survivre, on le fait tout simplement parce que c'est cet instinct-là. Quand on a, on a très froid, on a passé plusieurs jours sans dormir correctement et dormir dans la rue. Et quand quelqu'un nous ouvre sa porte, on ne réfléchit pas trop beaucoup.

  • Speaker #1

    Et là, qu'est-ce qui se passe ? Tu faisais quoi sur ce chantier ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'étais pas seul à travailler pour lui. On était plusieurs jeunes, plusieurs personnes venant de différents pays. Aussi des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens aussi, qui travaillaient comme aide-ouvriers. C'est-à-dire qu'on faisait tout, tout ce qu'on pouvait faire, on n'avait pas de métier qualifié. Donc accompagner, aider par exemple les munisiers ou des plaquistes à monter des placo, différents étages, décharger, charger, nettoyer. Par exemple, je me souviens d'une activité quand même qui était vraiment très pénible pour moi. Beaucoup plus, on avait comme l'immeuble où on travaillait était en rénovation, il fallait enlever tous les carreaux sur la déventure de l'immeuble. Donc on a monté d'abord des essafotages, plusieurs étages, et on nous a attachés, on a pris des marteaux piqueurs pour enlever. Donc c'était des journées extrêmement longues. Et quand on finissait la journée, on se couchait, on se réveillait le matin, on prenait le petit déjeuner et on travaillait. Donc on dormait toute la nuit. Tellement le marteau piquant, il est très lourd. Et oui, ça, ça a duré plus de six mois. Voilà, travailler dans l'arène.

  • Speaker #1

    C'est très génial.

  • Speaker #0

    Je n'étais pas rémunéré directement. Je n'ai pas reçu directement de l'argent propre. Mais le monsieur, au lieu de me rémunérer, il m'a dit qu'un jour les gens vont venir pour te chercher, pour te ramener en Europe. C'est comme ça que je me suis retrouvé en Libye aussi. Mais il y a énormément de choses qui se passent aussi pendant les six mois en Algérie.

  • Speaker #1

    En Algérie, tu étais... nourris, logés, blanchis par cet homme ?

  • Speaker #0

    Oui, on avait des boxes où on dormait, sur le chantier aussi, où on nous envoyait des provisions.

  • Speaker #1

    Quelles étaient les conditions là-bas ?

  • Speaker #0

    Les conditions ? On avait des matelas, un petit matelas d'une place au sol et il faisait très froid. En Guinée, il fait beaucoup plus chaud, mais c'était des moments où aussi... Il y a des moments où il y avait la neige, etc. Moi, j'ai découvert qu'il neige en Algérie.

  • Speaker #1

    Tu ne connaissais pas la neige ?

  • Speaker #0

    Et donc, il faisait très froid. Et des moments aussi, on n'a pas assez pour se couvrir. Donc, des petits pulls, pas des manteaux pour se couvrir, pas aussi des draps pour se couvrir de couettes, comme on dit. et donc on... à aucun moment tu perds espoir alors je de là je ne savais même pas quoi faire Je ne me demandais pas ce qui se passait. En fait, je ne me posais pas beaucoup de questions.

  • Speaker #1

    Attendez, mais sans trop poser de questions.

  • Speaker #0

    Oui, je ne savais pas en fait quoi faire. Qu'est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ? Avec quoi je vais aller ? Si je quitte ici aujourd'hui, je peux décider de ne pas travailler. Mais où est-ce que je vais aller ? On entend aussi. En Algérie, c'est vrai qu'il y a une chose qu'on ne dit pas souvent. Aussi dans le Maghreb. Quand on se retrouve là-bas, dans certains pays, dans beaucoup de pays, on est aussi dans une sorte d'illégalité, comme on dit. Et on entend tous les jours qu'on a pris les gens en Algérie, on les a laissés dans le désert. C'est des gendarmes, des policiers algériens qui font ça. Parfois souvent aux subsahariens et même parfois les étudiants le vivent aussi. On ne le raconte pas tous les jours. Mais c'est la réalité.

  • Speaker #1

    Quand tu entends ça, comment est-ce que tu fais, toi, pour retrouver des ressources en toi, pour aller jusqu'au bout de ton histoire, pour continuer d'y croire ? J'imagine qu'il y avait des moments où tu devais être désespéré.

  • Speaker #0

    Oui, mais quand on entend certaines choses, il y a énormément... Ça mérite vraiment un livre, parce que quand on entend parfois qu'il y a un patron et son histoire à Oran, un patron et... Et le monsieur qui est là où il y a eu des problèmes d'argent, etc., où l'autre a perdu la vie parce qu'on ne l'a pas payé, il a passé un an de salaire dans le chantier où on n'a pas payé finalement. Et la police l'a retrouvé mort dans le chantier ou des choses comme ça. Ça fait partie où on prend les gens, on les met dans les déserts, comme en Tunisie d'ailleurs avec le président. Donc c'est des histoires, je ne raconte pas des choses. Il y a des articles de presse qui en parlent aussi. Et moi quand j'y étais, j'ai entendu aussi beaucoup de choses. Donc on ne peut pas, quand on est dans un lieu comme ça où la personne est bienveillante aussi, Ce monsieur qui me demande pourquoi je suis là, qu'est-ce que je fais là à mon âge moi, et qui me prête des livres pour la première fois, et on discute de plein de choses. Je vais voir son papa chez eux, en plus, c'est pas court, et je passe la moitié de la journée avec son papa à discuter dans le jardin, à boire du thé, etc. On ne pense pas aussi à... à aller ailleurs, à fuir, tout simplement. Donc, on reste en attendant. Oui, peut-être en attendant. Et ce n'était pas des moments où je réfléchissais beaucoup par rapport à ces questions-là, d'aller, mais où aller, en fait, avec quel argent, avec quels moyens, et aussi pour aller, tout simplement.

  • Speaker #1

    Ces six mois se passent.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Et un matin.

  • Speaker #0

    Il m'a dit, en fait, à la fin de la journée, il m'a dit, un jour, les gens vont venir te chercher pour te ramener en Europe. C'est comme ça et je n'avais même pas un sou, un dinar parce que c'est l'argent au Maghreb, le dinar algérien. Et du coup, les gens viennent, je monte dans un véhicule Toyota et on voit, on change de véhicule et jusqu'à la frontière, on voit aussi d'autres personnes d'abord à la frontière et les gens viennent nous faire passer la frontière. Et on ne sait même pas qui est qui, je ne me souviens même pas d'un seul visage parce que c'était la nuit. Et je voyais des hommes, des femmes. Et après la traversée, il y a aussi des véhicules Toyota qui nous attendent derrière. On monte dans ces véhicules-là et pendant plusieurs jours, on a traversé toute la Libye, tout le pays. Et jusqu'à côté de Tripoli, dans une ville qui s'appelle Sabralta. Et c'est là qu'on traverse la Libye et on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Moi, je n'ai même pas vu. Et comme les autres qui étaient avec moi, on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Parce qu'on était derrière des véhicules Toyota, les bâches sur nous, où tout le monde se pissait dessus parce qu'ils ne pouvaient pas s'arrêter pour toi. Et donc il y a énormément de choses qui se passent. Et donc jusqu'à Sabralta, Sabralta, arriver là-bas.

  • Speaker #1

    Là tu mets combien de jours à traverser ?

  • Speaker #0

    Pendant plusieurs jours, peut-être 4-5 jours.

  • Speaker #1

    Tu perds la notion du temps à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Oui, on peut... On traversait quasiment la nuit. La nuit, on arrive dans un endroit, dans une cour fermée. C'est là où on nous donne des conserves à manger, des choses à manger. Et puis, peut-être à 6h du matin, à 5h du matin, on nous réveille. La nuit encore, de continuer la route, c'était comme ça en fait. Pendant ces jours-là, jusqu'à Sabralta. Et c'est là où moi je tombe malade, vraiment. Pendant tout le séjour, deux mois, je me souviens encore. Parce que je suis venu, je n'avais même pas d'argent. Et je n'avais rien sur moi. Et moi je pensais que voilà, arriver et le lendemain vous allez partir, comme je n'ai rien sur moi, mais ça a duré deux mois. Et c'est là où on se fait des amis aussi, on partage les mêmes choses et on rencontre aussi des gens. Très, très bienveillant aussi. C'est là, c'est d'ailleurs très paradoxal.

  • Speaker #1

    Une question que je ne t'ai pas posée. Quelle langue vous parlez entre vous ? Parce que tu dois aussi avoir cette barrière-là, non ?

  • Speaker #0

    Oui, absolument. Alors, en Afrique subsaharienne, il y en a beaucoup de pays qui sont francophones, y compris la Guinée. Donc, beaucoup de pays qui sont autour de la Guinée sont francophones aussi. Et donc, ça facilite aussi la communication quand on parle la même langue. Et aussi il y a d'autres langues, il y a le mandingue aussi, les langues mandingues aussi, qui permettent aussi de faciliter ce dialogue. Moi je parle très peu le mandinga en Guinée, le djoula en Côte d'Ivoire, le malier bambara en Gambie. Donc en fait c'est le mandingue aussi qui permet de communiquer entre ces différents pays, le français et l'anglais aussi. Donc moi je communiquais avec les gens en français. Et aussi, je rencontrais aussi quelques sous-sous, parce que c'est la langue de mes parents aussi. Mais ce n'était pas aussi beaucoup. Il y en avait aussi quelques-uns.

  • Speaker #1

    Et quand est-ce que tu traverses la Méditerranée ?

  • Speaker #0

    On vient, on nous dit... Il y a un poème d'ailleurs qui s'appelle Boza et qui est sur...

  • Speaker #1

    Un de tes poèmes ?

  • Speaker #0

    Un des poèmes d'un catalogue d'Annexidé qui explique ça, qui s'appelle Boza. Donc, nous, on nous dit un jour, vous allez Boza aujourd'hui, vous allez traverser la Méditerranée. On dit Boza, Boza, Boza et tout le monde se réunit dans la cour et on commence à appeler les noms, les pays. Ça ne veut pas dire Boza ? C'est un terme qu'on utilise quand on traverse et même quand on traverse. C'est-à-dire qu'on a traversé, on a fait la traversée. Ça, c'est pour faire la traversée. Donc, c'est ça.

  • Speaker #1

    Ok, donc là tu entends un jour Boza, là tu te dis ça y est c'est mon tour.

  • Speaker #0

    Voilà et on appelle les noms, les pays, etc. Ils ont tous les noms et on appelle toi parfois même, je pense qu'ils désignent d'autres par hasard. Et vous venez, vous gonflez le bateau par vous-même, vous le poussez, vous le gardez s'il n'y a pas de lumière, vous le mettez dans l'eau et on prend quelqu'un parmi vous. On le fait faire le tour, on le dit, toi tu es capitaine. Parfois la personne ne sait même pas nager, la personne n'a jamais conduit un bateau.

  • Speaker #1

    Vous êtes sur une plage ?

  • Speaker #0

    Oui, sur une plage.

  • Speaker #1

    Vous donnez à ce moment-là un bateau pneumatique, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Voilà un bateau pneumatique.

  • Speaker #1

    Il faut que vous gonfliez ?

  • Speaker #0

    Oui. Et vous le gonflez, en fait, ça se fait facilement. Vous le prenez aussi, parce qu'ils envoient en fait...

  • Speaker #1

    Vous faites combien par bateau ?

  • Speaker #0

    Ça dépend du nombre, ça peut être des centaines. Nous, on était 180 quasiment.

  • Speaker #1

    180 ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est des zodiacs longs.

  • Speaker #1

    Des hommes, des femmes, des enfants ?

  • Speaker #0

    Oui, des enfants aussi.

  • Speaker #1

    Donc là, vous montez dans le bateau. Donc tu dis, il y en a un qui est le capitaine, on lui donne une carte, une boussole ?

  • Speaker #0

    Oui, on lui donne une boussole. On lui dit ce qui est vraiment très marrant. On lui dit là, c'est l'Italie. Les lumières que tu vois, donc s'il se trompe de lumière, il revient à Tripoli. Non on en rit mais c'est tellement... c'est pas normal ce qui se passe. Déjà prendre le bateau pneumatique n'est pas fait pour ce genre de choses, pour traverser... Un fleuve ça va, mais pas une mer. Et ensuite une personne qui n'a jamais fait ça, qui n'a jamais piloté un bateau, qui n'a jamais navigué, et prendre comme ça hasardement, parfois même des jeunes, et le mettre derrière juste avec une boussole, c'est criminel. Donc c'est ça qui se passe, tout simplement. C'est la réalité pourtant. Et tu suis parce que tout le monde est convaincu que là... On vous met à 23h à minuit du matin, tu dis, à 6h, on va être en Italie, mais c'est faux. On ne peut pas faire ça avec un zodiaque.

  • Speaker #1

    Puis en plus, il n'y a pas le choix, en fait. Quand on est arrivé là, tu continues ta quête.

  • Speaker #0

    Voilà, on n'a pas le choix parce que je me souviens d'un épisode pour expliquer ça, qu'on n'a pas le choix. Quand je suis arrivé là-bas, dans le camp, c'est des prisons, il y a un moment. Il y a trois personnes qui ont essayé de fuir le camp parce qu'ils expliquent qu'ils ont fait des mois et des mois. L'autre a fait plus d'une année là. On ne l'a jamais mis dans un bateau. On ne lui a jamais laissé partir. Donc il est là, ça fait... Il est tellement maigre. Donc ils se sont réunis en fait à trois pour fuir. pour grimper la cour. Et on a tiré sur eux. Il y en a un qui est mort. Et on a rattrapé les deux autres. Et on les a frappés devant nous. Pendant plusieurs jours, l'autre est mort sous nos yeux. Il est attaché. Ses pieds ne touchaient pas le sol. Donc on l'a frappé, frappé, avec des croix, avec des choses très très dures. Et donc il est décédé. Et donc on ne te laisse pas fuir, on ne te laisse pas partir. Donc tu ne réclames rien, on ne te laisse pas partir, on ne te laisse pas retourner, tu n'as pas ta liberté. Et voilà le seul choix c'est, voilà si tu es réussi à fuir, t'as mieux sinon. Et même si tu es réussi à fuir parce que c'est, peut-être que tu vas tomber sur des gens encore qui vont t'attraper parce qu'ils ont des armes ou bien ils vont tirer sur toi. Tout simplement. Et finalement, voilà, dans le Zodiac, on a eu quand même beaucoup de chance, nous. Parce que je me souviens, on a lancé plusieurs bateaux quand moi j'étais là, sous mes yeux. Et les gens se sont retrouvés en prison. Parce que tout simplement... Ils se sont fait arrêter ? Ils se sont fait arrêter par les gardes-côtes. Ils se sont retrouvés en prison à Tripoli.

  • Speaker #1

    Donc les gardes-côtes arrivent en bateau et hop, ils prennent tout le monde et...

  • Speaker #0

    Oui, quand on répare le bateau, les gardes-côtes... Les Libyens peuvent intervenir, et même parfois certains militaires peuvent intervenir pour vous attraper. Et parfois même appeler vos parents, appeler les gens, les demander de l'argent, avec la complicité aussi parfois des gens de nos pays, nos compatriotes aussi, qui mettent ces réseaux en place.

  • Speaker #1

    Et pourquoi vous, vous n'avez pas été attrapé ?

  • Speaker #0

    Je ne sais pas, je ne pourrais pas l'expliquer. On s'est retrouvés, après deux jours, on s'est retrouvés dans les eaux internationales. Et du coup, je ne sais pas comment, ils nous ont repérés. Il y avait un hélico et ensuite la Croix-Rouge et la Croix-Blanche qui sont venus en notre séco. Je pense que c'est des systèmes de radar. On voit tout ce qui se passe en Méditerranée avec les Européens.

  • Speaker #1

    Donc là, la Croix-Rouge vous repère et vous ramène en Italie ?

  • Speaker #0

    Voilà, la Croix-Rouge et la Croix-Blanche ensemble.

  • Speaker #1

    Comment est-ce que tu as fait pour payer ta traversée ? Tu disais que tu n'avais pas d'argent.

  • Speaker #0

    Quand j'étais en Algérie, le monsieur ne me rémunérait pas, le chef de chantier. Et au lieu de me rémunérer, il a donné cet argent pendant six mois aux gens qui m'ont... Donc, tout était payé de mon travail en Algérie.

  • Speaker #1

    Donc là, excuse-moi, je reprends le fil de l'histoire. Tu arrives en Italie et qu'est-ce qui se passe ?

  • Speaker #0

    Alors, on arrive en Italie, on ne connaît pas le pays. On demande juste les noms et les prénoms. Et ensuite, arrivé en Syrie...

  • Speaker #1

    Mais vous êtes dans des camps ?

  • Speaker #0

    Oui, avant même d'être là-bas, on nous met dans les bus. Des bus... plusieurs bus qui viennent, qui nous répartissent un peu partout en Italie, sur le territoire. Et moi, je me retrouve à Bolzano. Avec la Croix-Rouge et la Croix-Blanche d'ailleurs encore. Et ensuite, voilà, c'est là où je réalise aussi tout ce qui s'est passé, honnêtement. C'est là où je réalise une année qui s'est passée, plus d'une année. Et quand même ma vie et tout ce que j'ai traversé aussi. J'ai dit, j'aurais pu mourir dans le désert. Et même d'ailleurs en gare à Bamako, dans le désert. En Algérie, dans la Méditerranée, en Libye, sans que personne ne cherche. J'avais du mal à dormir tous ces souvenirs douloureux. Et aussi, je réalise aussi que... Après, j'ai dit les souvenirs de ma maman. J'ai dit ce qui était vraiment, à ce moment-là, insupportable pour moi. J'ai dit, je ne vais jamais plus voir ma maman. Et cette idée, j'essayais de la rejeter plusieurs fois. J'ai dit non. c'est pas possible et on va plus se revoir et ça j'avais du mal à accepter j'ai eu du mal à accepter même aujourd'hui j'ai aujourd'hui voilà je grandis mais j'avais énormément du mal à accepter cette idée de ne plus se revoir maintenant et ensuite tout ce qui s'est passé les violences aussi les violences parfois qu'on n'a pas subi mais les violences qu'on a vu aussi Les gens se faire tirer dans les bras, dans les pieds, se faire tirer des balles, se faire tabasser, se faire escroquer, toutes ces choses-là, ces violences physiques, psychologiques qu'on a vues, et les violences contre les femmes aussi, qu'on en parle très peu, mais qui est vraiment là. Les femmes ne traversent pas tout ce parcours-là sans des violences physiques et des violences sexuelles, etc. Et tout ça... J'avais du mal à dormir, m'empêchait de dormir. C'est là où j'ai eu ce désir-là de lire. Ensuite, j'ai commencé à écrire. J'écrivais pour me lire. Et je me lisais, ça m'aidait à m'endormir. C'est comme ça pour la première fois.

  • Speaker #1

    On va justement parler de la poésie qui est rentrée en ta vie. Je voudrais juste terminer ton exil, parce que là, tu t'es arrêtée en Italie, donc à Bolzano, tu disais. Mais toi, ton objectif, c'était d'arriver en France, c'est ça ? Tu avais la France...

  • Speaker #0

    Non. depuis le départ j'ai dit que je ne savais pas où j'allais en fait l'idée de venir en france est venu quand j'étais en italie à bolzano j'avais le choix parce que bolzano sur la carte c'est quelque chose qui est beaucoup plus proche c'est une région qui est beaucoup plus proche de la suisse aussi donc il y avait des gens que je voyais qui partaient en suisse ou même dans d'autres pays beaucoup plus proches que la france et moi j'ai choisi de venir en france parce que Il y a aussi l'idée de la langue, mais la ville aussi de Nantes. La ville de Nantes, parce que quand j'étais en Guinée, il y avait un joueur de football guinéen qui jouait pour la ville de Nantes. Donc quand j'ai dit la France, j'ai dit tout de suite la ville de Nantes.

  • Speaker #1

    Mais tu savais où c'était positionné sur la carte de France ?

  • Speaker #0

    Non, je ne savais absolument pas.

  • Speaker #1

    Tu parlais de cette ville et tu t'es dit je vais aller là-bas.

  • Speaker #0

    Voilà, je connaissais quand même les couleurs des Canaries, du football. C'est tout ce que je connaissais. De Nantes, c'est tout ce que je savais. Et c'est comme ça que j'arrive en Nantes, c'est comme ça que j'arrive à l'ouest de la France. Et quand j'arrive ici, c'est comme ça...

  • Speaker #1

    Mais qu'est-ce que tu fais pour traverser l'Italie et la France ?

  • Speaker #0

    Alors l'Italie...

  • Speaker #1

    Pour venir jusqu'ici.

  • Speaker #0

    L'Italie, on nous avait raconté dans le camp, je ne sais pas si c'était vrai ou pas, qu'on avait le droit de prendre les terres gratuitement. Je pense que ce n'était pas vrai. Et donc on a pris les trains jusqu'à la frontière. à 20 000. En fait, on a, avec quelques camarades dans le camp qui voulaient venir en France, donc on a volé le train jusqu'à 20 000. Donc parfois, les contrôleurs nous faisaient descendre dans le train. On est venus comme ça jusqu'à 20 000. Et 20 000, aussi, les gens nous ont fait passer. Un peu tard la journée, je ne sais pas, peut-être 23h minuit du matin. Et tout s'est fait vraiment très, très... tard parce qu'il y a un collectif qui nous a accueillis après la frontière à 20 000. Je ne sais même pas où ils sont situés. Je ne sais pas comment ils s'appellent. Je ne sais même pas si c'est une association ou un collectif. Ils nous ont hébergés pendant plusieurs jours. Ils nous ont donné un lit. On s'est lavé. Ils nous ont acheté des billets de train. Ils nous ont demandé où est-ce que vous voulez aller en France. On a dit, on veut aller. Moi, j'ai dit, je vais aller à Nantes. Donc il y a un billet de train de là jusqu'à Paris, Paris-Nantes. Et comme pour tout le monde d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait que ça s'est passé.

  • Speaker #1

    Et là, quand tu arrives à Nantes, quand tu mets un pied à Nantes,

  • Speaker #0

    qu'est-ce qui se passe ? Quand j'arrive à Nantes, alors j'arrive d'abord en gare, un peu en fin de journée. Et je marche avec mon sac, avec tout ce que j'ai écrit en Italie dedans. Parce que j'avais beaucoup écrit en Italie, j'ai encore ces écrits-là. Et donc je marche quand même dans Nantes, je viens dans le centre-ville, avant même de trouver le centre-ville. Et je marche quand même beaucoup. Jusque tard la nuit. Et ensuite j'arrive dans le centre, j'arrive au square d'Avier. Il y avait d'autres Africains là qui m'ont expliqué que c'est le week-end, il fallait rester ici. En attendant le lundi pour voir, je dors deux nuits dehors à commerce. Avec mes poèmes, je dormais avec ma tête posée sur mon sac. J'avais juste un blouson. Je n'avais pas quelque chose vraiment qui pouvait tenir. J'avais tellement, tellement froid. Donc, je passe deux nuits comme ça à commence à dormir dehors. Et le lundi matin, je vais à la police. La police qui me conduit en fait à une association. Donc, qui m'indique la porte bleue. fait l'association Saint-Benoît-Alabre. Donc, je vais là-bas, à l'association Saint-Benoît-Alabre. Et en fin de journée, on m'a dit qu'on me prend, mais qu'il n'y a pas de place à l'association Saint-Benoît-Alabre. Après, il y a une famille d'accueil qui vient me chercher en fin de journée. Donc, on va à Saint-Marc-de-Coutey, en fin de journée, dans la soirée. Et puis, avec un jeune qui vient aussi de la Côte d'Ivoire. Donc, on était tous les deux. Et lui, il est resté. un mois dans cette famille, un mois, deux mois dans cette famille avant de revenir à Nanta Commerce avec cette même association.

  • Speaker #1

    OK. Et là, tu obtiens ton titre de séjour à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'étais encore mineur à ce moment-là. Donc, on demande le titre de séjour à la majorité. Tu avais 15 ans ou plus ? Voilà, j'avais 15 ans et plus. Et du coup, le juge d'enfant... m'a dit que je vais poursuivre ma prise en charge dans le Morbihan, mais qu'à Vannes. Donc c'est la première fois que j'entends la Bretagne, le Morbihan, Vannes. Je n'avais jamais entendu parler avant. Mais bien avant, j'avais rencontré des amis à Nantes, des écrivains, qui m'ont dit que Vannes, c'est une belle ville, que Dallais, c'est une toute petite ville, ça peut m'aider vraiment à m'intégrer plus facilement que dans une grande ville. Et c'est comme ça, en fait, ces mots-là qui m'encouragent à aller. Et donc je suis allé, là je me suis, comme tous les jeunes qui arrivent, qui ont moins de 18 ans et qui n'ont pas de famille. Donc j'étais dans cette structure-là, dans ce cadre-là. L'aide sociale à l'enfance me suit. Donc je vais au Bonneau. Avant, il n'y avait pas de place, mais je vais au Bonneau, au Bonneau. Je passe plus de six mois au Bonneau où je rencontre mes premiers éditeurs. Mais durant tout ce parcours-là, je continue à écrire. Et même quand j'étais à Nantes, je passais toutes mes journées à la médiathèque Jacques Demy, Lisa Bresner. Je passais toutes mes journées du lundi au... Au samedi.

  • Speaker #1

    À lire et écrire.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu reviens à Nantes ?

  • Speaker #0

    Quand je passe en classe de terminale. Donc, j'ai…

  • Speaker #1

    Tu poursuis les études à Vannes.

  • Speaker #0

    Voilà. J'ai commencé à Vannes, entre-temps, les études de logistique en lycée professionnel. Donc, je passe deux années dans une école, avant dans une autre école. Et ensuite, à mes 18 ans, je passe en classe de terminale. J'avais le choix. Je voulais absolument passer mon bac. Donc, je voulais… J'avais le choix de l'alternance, de faire des études en alternance pour payer aussi le loyer, subvenir à mes besoins en un mois.

  • Speaker #1

    Parce que tu dormais moins ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Alors, quand j'étais, j'étais suivi par les apprentis de taille. Donc l'aide sociale à l'enfance m'a confié, après quelques mois, m'a confié aux apprentis de taille qui m'ont suivi, les apprentis de taille de Vannes, qui m'ont suivi pendant plus de deux années et qui m'ont accompagné dans tous mes besoins. en santé administrative, etc. Tout ce que j'avais besoin, comme tous les jeunes qui le suivent.

  • Speaker #1

    Donc tu t'en es dans un foyer d'accueil ?

  • Speaker #0

    Voilà, j'étais dans un foyer d'accueil. Donc ça, c'est le parcours classique de tous les jeunes qui sont suivis dans ce cadre-là. Et ensuite, en 2020, j'obtiens ma majorité. J'avais plus de 18 ans et plus. Et ensuite, je reviens à Nantes parce que j'ai trouvé une entreprise. le réseau de transport en commun qui s'appelait à cette époque-là la Semitane qui a accepté que je passe mon bac en alternance avec l'entreprise et une école, un CFA à Saint-Luc-sur-Loire qui s'appelle Aftral. J'ai passé mon bac là-bas avec la Semitane et ensuite, avant de passer le bac, il y a aussi une obligation de quitter le territoire. Heureusement, il y a beaucoup de gens qui m'ont soutenu. Les gens m'ont soutenu, mes éditeurs, les familles

  • Speaker #1

    Parce que là tu reçois une lettre un jour qui te dit Vous êtes obligé de quitter le territoire Voilà,

  • Speaker #0

    de la préfecture de la Loire-Atlantique Mais j'étais aussi membre du jury du festival Étonnant Voyageur Donc il y a énormément de gens, de médias qui me suivent Qui me soutiennent, de personnes, de familles Et c'est grâce à cette mobilisation-là Que finalement j'ai obtenu mon premier titre de séjour Donc j'ai passé le bac Merci J'ai passé le bac et je suis resté deux années de plus avec la Semitane. Donc trois années et j'ai fait un BTS à la Semitane avec la même école. Après ça, je publie mon cinquième recueil de poèmes, Catalogue d'un exilé, après mon année de BTS du coup.

  • Speaker #1

    Et t'es retourné en Guinée ?

  • Speaker #0

    Je ne suis pas encore retourné en Guinée depuis mon départ, mais ça va plus tarder maintenant.

  • Speaker #1

    Ouais, t'aimerais bien y retourner ?

  • Speaker #0

    Oui. ça me manque tous les jours, la Guinée me manque tous les jours et ma famille me manque aussi Tu as des nouvelles de tes frères et soeurs ? Oui

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu as retrouvé leurs traces ?

  • Speaker #0

    Alors c'est il n'y a pas longtemps il y a quelques années et puis on a commencé à communiquer grâce aux réseaux sociaux

  • Speaker #1

    C'est toi qui les as recherchés ou c'est eux ?

  • Speaker #0

    C'est eux qui m'ont contacté d'abord sur mes changeurs Facebook et ensuite on a échangé de Voilà, des numéros pour se contacter via WhatsApp.

  • Speaker #1

    Et ton père, tu as des nouvelles ?

  • Speaker #0

    Oui, j'ai des nouvelles, oui. Il va bien.

  • Speaker #1

    Tu l'as recontacté ?

  • Speaker #0

    Très peu, on a parlé deux ou trois fois depuis, mais il va bien. Ma soeur me dit qu'il va très bien.

  • Speaker #1

    Il a compris que tu partes ?

  • Speaker #0

    On n'en a jamais parlé, je ne sais pas. On n'en a jamais parlé encore, mais c'est... Voilà, c'est une... Voilà, c'est une chose aussi, parler, voir aussi, pour remédier à ça.

  • Speaker #1

    Felmarie, ton histoire, elle est tellement touchante et tellement incroyable. Je voudrais qu'on parle poésie maintenant. Tu nous as raconté un peu comment la poésie est arrivée dans ta vie, mais j'aimerais savoir justement quand est-ce que tu as commencé à écrire ?

  • Speaker #0

    J'ai commencé à écrire en Italie, à mon arrivée. Après cette longue traversée, ce long périple, je n'arrivais pas à dormir. C'est là où j'ai ressenti le désir de la lecture qui m'a poussé à écrire en français et je me lisais pour la première fois. Donc au départ, ce n'était pas une passion, c'était juste...

  • Speaker #1

    Un échappatoire.

  • Speaker #0

    Voilà, un échappatoire. Et ensuite, quand je suis venu en France, en Nantes, c'est là où c'est devenu une passion pour moi. la poésie, l'écriture. Parce que je passais toutes mes journées dans les médiathèques à lire. C'est là où j'ai appris la poésie, la différence entre la poésie et le roman, l'essai, la philosophie. C'est là où j'ai découvert aussi quasiment tous les noms que je connais, les noms littéraires que je connais, ou même plus, je ne lisais pas que de la littérature, des scientifiques, etc. Voilà d'autres personnalités qui ont marqué. l'histoire, etc. aussi des biographes, de la biographie, pardon, aussi.

  • Speaker #1

    Et comment est-ce que tu fais pour écrire ? Est-ce que tu laisses mûrir tes idées et tu les couches sur un papier ou est-ce que c'est très spontané ? Quel est ton processus de création ?

  • Speaker #0

    Alors, ça a évolué un peu, mais ce que j'ai fait depuis que j'ai commencé à écrire, j'ai écrit avec le papier. Donc, j'écris avec le papier et ensuite, je les travaille beaucoup. Je récorrige, j'ai réécrit beaucoup.

  • Speaker #1

    Je vois que tu as ton carnet d'écriture.

  • Speaker #0

    Et ensuite, je le tape à l'ordinateur. Parfois, il m'arrive aussi de commencer directement à taper avec l'ordinateur. Et ça, c'est vraiment récent pour moi. Mais le processus, d'un point de vue littéraire aussi, a évolué. Parce que le regard aussi, la poésie, c'est le regard aussi que fait la personne. sur le monde, sur les choses, tout simplement. Et c'est comme ça, en fait, ce regard-là aussi évolue, les sujets qu'on aborde, les manières dont on aborde, et avec les mots, etc. Et donc ça, ça a évolué, et parce que j'ai appris aussi, depuis ces années-là, en écrivant, j'ai appris beaucoup de choses.

  • Speaker #1

    Tu écris sur quoi ?

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup écrit sur mon parcours, sur ce périple. Mais ça va au-delà de ça. Par exemple, quand on prend l'exemple de ce catalogue d'un exilé, le dernier qui est publié chez Flammarion, ça raconte mon histoire personnelle, mais c'est l'histoire aussi de beaucoup d'autres personnes. Et finalement, cette histoire personnelle se confond avec une histoire plurielle, l'histoire des centaines et centaines d'autres personnes en France aujourd'hui, en Europe, et même peut-être dans d'autres régions du monde, sur le continent américain et même peut-être ailleurs. Mais pour moi, ça va au-delà de ça, tout simplement, parce que la vie d'une personne ne se résume pas seulement à ces personnes qui ont vécu ces situations-là. Comme on le dit, comme d'autres veulent nous faire croire, ce ne sont pas des étiquettes, c'est aussi des êtres humains, aussi à part entière. Donc, ils ont des besoins aussi, ils ont besoin de faire leurs courses. de vivre, de rencontrer l'amour, de vivre leur vie tranquillement, d'aller dans un jardin, se promener, aller boire un verre avec des amis, rencontrer de nouvelles personnes. Donc c'est des gens comme les autres aussi. Et voilà, c'est pourquoi dans le catalogue d'un exilé, il y a des poèmes qui parlent de Nefru de Halle, la rue où j'habitais avant, de mon quartier où j'habitais avant, des poèmes qui parlent de ma chambre, d'une journée tout simplement que j'ai... Pas que des poèmes comme « Je ne suis pas migrant » , comme « Le voyage infernal » , il n'y a pas que des poèmes syllogans, mais il y a aussi des poèmes tout simples. Ça, peut-être, c'est aussi une forme de réponse aussi, une réponse par le simple aux choses peut-être difficiles.

  • Speaker #1

    Tu nous disais que tu lisais beaucoup. Qui sont tes inspirations, tes maîtres à penser en poésie ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est vrai que... J'écris beaucoup. Moi, je dirais que ma grand-mère a été... Une des sources d'inspiration importantes pour moi, elle l'est encore aujourd'hui. Je dirais même que c'est la plaque tournante de ma poésie, mais aussi de ma pensée. Beaucoup plus parce qu'elle m'a profondément influencé, marqué. Et bien sûr, dans mes lectures, dans mon écriture, on peut rencontrer aussi d'autres écrivains comme Senghor, Césaire, etc. Parce que... les poètes de la négritude, les écrivains de la négritude, parce que moi, je ne peux pas les ignorer. C'est vraiment important du point de vue historique, mais il y en a beaucoup. Il y a aussi Pascal, qui n'est pas poète, mais qui est philosophe, penseur aussi. Il y a Arthur Rimbaud, il y a Victor Hugo, et que j'admire beaucoup. Donc, il y a énormément de personnes, d'écrivains, des familles. que j'admire et des personnes toutes seules qui, à des moments, discutent de certaines choses et ces discussions mènent à la poésie. J'ai envie de les mettre ou de souvenir avec ma grand-mère, avec les endroits, les activités que faisait ma grand-mère. Je me suis dit, il faut que je les mette en poésie. Donc, les influences sont multiples aussi.

  • Speaker #1

    Et en 2020, tu as été nommé ambassadeur de la paix. Comment est-ce que tu as reçu cette reconnaissance ?

  • Speaker #0

    Ce n'était absolument pas une reconnaissance recherchée, mais j'ai été contacté par le cercle des ambassadeurs de la paix à Genève qui m'a proposé cette reconnaissance-là. J'étais très ému, je suis encore très ému quand on parle de ça, parce que pour moi, être ambassadeur de la paix, ce n'est pas seulement la responsabilité d'un jeune poète, ce n'est pas la responsabilité. d'une personne comme moi, mais c'est la responsabilité qui nous concerne tous, toutes et tous, et nous sommes tous ambassadeurs de la paix, parce que la paix nous concerne tous, et moi je le vois comme ça. Et c'est une reconnaissance, c'est un titre, mais je le suis autant que vous, autant que nos auditeurs qui sont là.

  • Speaker #1

    Ça veut dire quoi, être ambassadeur de la paix ?

  • Speaker #0

    Être ambassadeur de la paix, c'est contribuer à la paix dans notre quotidien, dans notre manière de vivre. Avec nous-mêmes, être en paix avec soi, avec son voisin, avec son entourage, avec son pays, le pays où on habite, avec son environnement, avec la nature. Être en paix, c'est comme si... ça me fait penser à la manière dont ma grand-mère vivait. Je pense que si on est en paix avec soi, on sera en paix avec tout ce qui nous entoure. Les gens qui ne sont pas en paix aujourd'hui, qui créent parfois même... Les conflits aujourd'hui sont des gens qui ne sont pas en paix avec eux-mêmes. Ils ont des problèmes personnels. Donc ils essayent de les porter ailleurs, à leurs voisins, au monde que nous sommes. Donc c'est des gens qui doivent revoir leur paix intérieure.

  • Speaker #1

    Merci pour ce message. Est-ce qu'il y a des projets que tu portes en ce moment pour justement sensibiliser à la paix, à la fraternité ?

  • Speaker #0

    Oui, je fais beaucoup de rencontres littéraires, notamment dans les écoles avec les collèges et des ateliers d'écriture aussi. Je suis à la recherche de résidence d'écrivain en ce moment, mais je suis aussi parrain de plusieurs associations. Il y a une association, un collectif qui est à Nantes qui s'appelle Atelier de Français. Et voilà, je suis parrain. en tant que membre aussi. Et en même temps, dans l'Oise aussi, il y a une association. Donc, il y a ces causes-là qui me tiennent beaucoup à cœur aussi, tout ce qui est humanitaire aussi. Parce que pour moi, c'est très important tout ce qu'on fait. Il faut que l'être humain soit à la base de ça. Il ne faut pas qu'on oublie notre humanité. Et pour moi, c'est tellement important de ne pas oublier ça par les actes aussi. tout ce qu'on fait, même si on n'est pas d'accord avec tout ce que l'autre dit, l'autre fait, mais on ne doit pas oublier que l'autre aussi est un humain comme nous. Et ça, c'est important aussi.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de ton dernier ouvrage, « Catalogue d'un exilé » , qui évoque justement la douceur, la nostalgie. Qu'est-ce qu'il représente pour toi, ce livre ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est le dernier, mais il y a eu aussi quatre autres avant. Donc, je les porte tous. Au même titre dans mon cœur parce que voilà c'est des enfants, c'est comme des enfants, c'est les naissances. Et aussi l'écriture nous permet aussi de dialoguer avec parfois les personnes qu'on ne connaît même pas, les personnes qu'on n'a pas rencontrées. Et avec l'écrit. Aujourd'hui, moi j'arrive à lire les écrivains de la Grèce antique, les écrivains, les philosophes de la lumière qui ne sont plus aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui, je me rends compte aujourd'hui aussi, c'est une manière aussi de témoigner aussi. Oui, bien sûr, c'est la poésie, mais de témoigner par l'écrit, par la poésie de ce qui se passe, parce que ces choses-là se passent encore aujourd'hui. Et de sensibiliser, de montrer aussi aux gens, on est en Nantes aujourd'hui, montrer aussi aux Nantais, aux Français, aux Européens aussi, que ces gens-là qui font ces périples-là, ils le font souvent, ils n'ont pas le choix. C'est des gens aussi comme vous, et parfois c'est des enfants, parfois c'est des mères, c'est des hommes, et parfois d'autres avaient d'autres métiers. Et c'est aussi une manière de témoigner de cela aussi. Et je me rends compte de cette responsabilité aussi qu'a l'écrivain, qu'a l'artiste aussi.

  • Speaker #1

    Et quel va être ton prochain projet ? Sur quoi est-ce que tu vas travailler ?

  • Speaker #0

    Je travaille sur plusieurs projets en ce moment. Notamment, il y a un projet que j'ai fait il y a quelques années quand j'avais 17 ans. Quand j'ai publié mon premier livre. Je n'avais pas encore publié le deuxième. Je voulais découvrir la poésie guinéenne. Peut-être qu'on aura un jour l'occasion d'en parler. Et donc j'ai fait une recherche sur la poésie guinéenne. J'ai constitué une anthologie de plus de 50 poètes guinéens. Donc un recueil de quasiment 500 pages. Et ce projet-là, c'était vraiment découvrir la poésie guinéenne parce qu'il n'y a pas d'anthologie de la poésie guinéenne jusqu'à aujourd'hui. Et moi, je voulais lire une anthologie. Et je me suis rendu compte aussi qu'en le publiant, ça peut aussi répondre à la même question peut-être que d'autres se posent, des Guinéens ou pas, des Français aussi, parce que c'est la langue française qu'ils écrivent. Et donc, il y a ce projet-là que je souhaite publier cette année ou l'année prochaine, et aussi un recueil de poèmes aussi.

  • Speaker #1

    À quel âge, Femarese ? Je ne t'ai même pas demandé.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, j'ai 23 ans.

  • Speaker #1

    Je termine souvent ce podcast par des questions sur Nantes. Qu'est-ce que tu penses de Nantes ? Qu'est-ce que tu trouves ici ?

  • Speaker #0

    Nantes, c'est mon...

  • Speaker #1

    Ta passion pour les Canaries ? Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Malgré, on aimerait qu'ils fassent plus les Canaries, mais ça n'a pas changé. Nantes, c'est une ville agréable à vivre. N'oublions pas quand même que moi je voyage beaucoup en France particulièrement, à l'intérieur de la France. Quasiment toutes les semaines je vais dans plusieurs endroits.

  • Speaker #1

    Tu m'as compté ton planning avant qu'on enregistre, c'est vrai qu'il est noir.

  • Speaker #0

    Les prochaines semaines,

  • Speaker #1

    on va aller dans la France.

  • Speaker #0

    Voilà, j'ai découvert quand même que Nantes c'est une ville culturellement forte en France. C'est une des villes culturellement qui bouge beaucoup, beaucoup. En France il y a énormément de festivals. de littérature, de poésie, de films, énormément de festivals de jeunesse, etc. que la ville propose. Et le message c'est que, malheureusement, ce qu'on voit, etc. avec la région, la suspension de la subvention à la culture, au sport et au monde associatif, c'est désolant. Il faut qu'on garde ce côté-là, ce côté-là culturel. Il faut qu'on poursuive ce côté, parce que la culture, c'est ce qui nous rassemble. Avec la culture, quand on voit dans une soirée, dans un concert, peu importe le concert musical, peu importe le genre musical, on ne se demande pas dans quelle langue cette personne parle. On écoute tous la musique, beaucoup en tout cas. On écoute la musique, on écoute différents genres musicaux, etc. Ce sont des exemples culturels forts. Et pour moi, c'est ça qui fait la particularité de cette ville. C'est que c'est une ville à dimension culturelle grande. Et ça, on doit tous contribuer à cela, même si on n'est pas d'accord sur tout. C'est normal, mais on doit préserver ce côté-là. On ne doit pas laisser la culture de côté.

  • Speaker #1

    Et est-ce qu'il y a un événement culturel, justement, à Nantes que tu manquerais pour rien au monde ?

  • Speaker #0

    Ah ! C'est difficile à choisir. C'est difficile à choisir. Parce qu'il y a énormément d'événements, de grands événements culturels à Nantes. Il y en a beaucoup, il y a les Folles Journées qui viennent se passer. Bientôt il y a les Atlantides, le festival des littératures du monde où j'étais l'année dernière. Et il y a bientôt Atlantide, il y a aussi le festival de cinéma, les Trois Continents aussi qui sont là, le festival de films. Il y en a... Il y en a énormément.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu as des adresses que tu voudrais nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, à Nantes, il y a 30 mots aussi. Prendre le bateau à la gare maritime et traverser la Loire, qui est un fleuve qui n'est plus à présenter aux Français aujourd'hui. Et aller à 30 mots faire une petite balade. Et aussi, il y a les machines de l'île qui ne sont plus à partager. Mais moi, il y a un endroit que j'aime beaucoup en Nantes aussi, c'est le jardin des plantes. Le jardin des plantes, c'est extraordinaire. D'ailleurs, on pourrait dire que c'est un jardin extraordinaire.

  • Speaker #1

    Pourquoi ? Qu'est-ce que tu apprécies dans ce jardin ?

  • Speaker #0

    D'abord, le calme. Et aussi, c'est très propre. C'est tout le temps propre. C'est entretenu et c'est en face de la gare parfois. Si on a une longue attente, on peut venir s'asseoir au jardin des plantes. C'est la sérénité en fait. Malgré les gens sont... sont sereins, sont agréables dans la ville, dans toute la ville. Et voilà, c'est mon endroit secret, c'est un endroit que je fréquente souvent, le jardin des plantes en haute.

  • Speaker #1

    Merci, Félmaré. Je te propose pour terminer ce podcast, est-ce que tu pourrais nous partager un extrait d'un de tes poèmes préférés ? Enfin, un poème qui te tient particulièrement à cœur.

  • Speaker #0

    Tous ces poèmes me tiennent à cœur, bien sûr. La chaleur qui me manque. Que je voudrais me souvenir de toi, ô chaleur qui me manque. Quand dans la nuit européenne, sous ma couette bien chaude, je ne te sens guère. Quand je viens m'asseoir près de la cheminée, je ne te sens guère. Ô chaleur, hélas, hélas, hélas, ô. Pourtant, tu es feu rempli d'oiseaux plumes en elle-même. Pourtant, tu es thé doré classique, semblable à la lumière et l'ombre de Borgès. Pourtant, tu es le tambour, le tam-tam, le djembé et la femme qui réchauffe mon cœur. Pourtant, tu es si importante à la case maternelle, si chère à la vie hivernale en elle-même. Oh, chaleur qui me manque ! Chaleur maternelle, chaleur natale, chaleur amicale. Oh, je voudrais m'en souvenir, que je voudrais m'en souvenir simplement. La chaleur à laquelle tout enfant aspire.

  • Speaker #1

    Merci, Palmarès. Merci pour aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Merci également, Léonore. C'était un plaisir.

  • Speaker #1

    Oui, c'était un plaisir. À très bientôt, Palmarès.

  • Speaker #0

    À très bientôt.

  • Speaker #2

    Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a plu, Partagez-les autour de vous en l'envoyant à vos proches ou en le reléguant sur vos réseaux sociaux. Et si jamais vous écoutez cet épisode sur Apple Podcasts et Spotify et que vous avez 20 secondes devant vous, n'hésitez pas à laisser une note et un commentaire en dessous du podcast. C'est grâce à ça que vous m'aidez à le faire connaître et grandir. Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu'il y a plus d'une soixantaine d'épisodes enregistrés avec de nombreux invités mentais passionnants et plein d'autres formats sur l'actualité d'ici. disponible sur votre plateforme d'écoute préférée. Pour suivre toute l'actualité du podcast, retrouvez-nous sur Instagram et Facebook, ou suivez-moi sur LinkedIn. Bref, en deux mots, abonnez-vous au podcast, écrivez-moi, partagez, c'est ce qui fait vivre ce podcast qui n'existerait pas sans votre fidélité. Merci.

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Description

« boza boza boza… tout le monde se réunit dans la cour et ils commencent à nous appeler »

Cette phrase, le nantais falmarès l’a entendue un nombre de fois incalculable.

Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d’actualité.


À 14 ans, il quitte la Guinée, laissant derrière lui une enfance bouleversée.

Son chemin, semé d’épreuves, le conduit à travers le Mali, l’Algérie… jusqu’en Italie, où, dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots.

La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience.

De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l’arrachement, la perte, mais aussi l’espoir.


Installé en France, à Nantes, il est nommé Ambassadeur de la Paix et porte, un message puissant : celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui renaît.

Cette voix résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force inébranlable.

Je vous souhaite une très belle écoute. 🎧✨

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Transcription

  • Speaker #0

    Hello à tous, je suis Eleonore Vigneron et je suis ravie de vous accueillir sur Rayon Nantes. Dans ce podcast, je pars à la rencontre de personnalités inspirantes qui rythment l'actualité ou l'innovation à Nantes et dans la région. Ensemble, nous discutons de leur parcours de vie, de l'origine de leurs projets et de leur vision de l'entrepreneuriat à Nantes. Rayon Nantes ? un podcast original à écouter quand vous le voulez sur toutes vos plateformes de podcast. Boza, Boza. Tout le monde se réunit dans la cour et il commence à nous appeler. Ces mots, Falmarès les a entendus un nombre de fois incalculables. Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d'actualité. À 14 ans, il quitte la Guinée laissant derrière lui une enfance bouleversée. Son chemin, semé d'épreuves, le conduit à travers le Mali, l'Algérie. jusqu'en Italie, où dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots. La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience. De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l'arrachement, la perte, mais aussi l'espoir. Installé en France, il est nommé ambassadeur de la paix et porte un message puissant, celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui est renée. Cette voix, elle résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force. inébranlables. Alors je vous souhaite une belle écoute. Bonjour Falmarès.

  • Speaker #1

    Bonjour Eleonore.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Rayonnante.

  • Speaker #1

    Merci.

  • Speaker #0

    Je suis ravie de t'accueillir ce matin plus dans un endroit particulier puisqu'on enregistre dans un nouveau studio d'enregistrement qu'on vient d'ouvrir avec les équipes d'ici lundi qui s'appelle le Studio Planqué qui se trouve en plein centre de Nantes. Donc je suis ravie d'inaugurer ce studio avec toi. Falmarès, donc toi tu es poète et ambassadeur de la paix mais tu es avant tout une personne hors du commun, enfin du moins qui a un parcours hors du commun. Aujourd'hui j'aimerais bien qu'on revienne justement sur ton histoire, donc des débuts, ton enfance en Guinée jusqu'à ton arrivée en France. Écoute, je te propose que tu commences par nous parler de ton enfance.

  • Speaker #1

    Alors mon enfance, je dirais d'une manière générale, est une enfance heureuse dans le sens où il y a eu beaucoup de choses. Mais ce que je retiens, c'est ma naissance bien sûr à Conakry, la capitale de Guinée. Avec mes parents et ensuite, où j'ai commencé d'ailleurs ma scolarité avec ensuite mon frère, ma soeur aussi. Et un bouleversement aussi dans la famille. D'abord un premier. Les parents se séparent quand on était très jeunes et la maman ne pouvait plus s'occuper de nous. C'est notre grand-mère maternelle qui nous a accueillis à 200 kilomètres de Conakry, dans un village qui s'appelle Koba. C'est là où nous... Tous les trois, on ne voyait pas nos parents. On voyait la maman une fois par semaine. Elle venait le samedi, elle partait le dimanche parce que c'était le marché de Koba. Donc elle repartait après les marchés.

  • Speaker #0

    Pourquoi ta maman ne pouvait pas vous...

  • Speaker #1

    Parce qu'elle avait besoin de s'occuper d'elle, d'elle-même aussi, de trouver aussi... ... à manger, donc faire ses petits commerces, acheter tous les produits, la viande chèche, le poisson chéché, des choses de Ausha et revendre à Conakry. Donc elle passait la semaine à Conakry auprès de la petite sœur à ma grand-mère maternelle. Et donc c'est comme ça en fait, elle arrivait à subvenir à ses besoins et nous aider aussi. Donc nous on était avec notre grand-mère maternelle là-bas et on n'a pas vu notre papa. durant des années, plusieurs années.

  • Speaker #0

    Ah bon ? Ton papa était resté dans ton village ?

  • Speaker #1

    Non, il est resté après la séparation avec la mère à Conakry. Je ne sais pas où il est parti, on ne sait pas. En fait, on a entendu qu'il était un peu plus vers Kamsar. C'est dans la même région, mais c'est une autre ville en fait, une ville industrielle d'ailleurs. Donc, c'est le premier bouleversement. On avait peut-être 7-8 ans, moi j'avais 7-8 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Toi tu es l'aîné ?

  • Speaker #1

    Je suis le deuxième, il y a ma soeur qui est beaucoup plus petite et mon frère qui est beaucoup plus grand, qui avait deux années de plus que moi. Et c'est comme ça en fait, mais ces moments-là, moi je ne retiens pas que cette séparation-là d'abord. Parce que c'est les moments où moi j'ai beaucoup beaucoup appris dans ce petit village-là, qui n'est d'ailleurs pas très petit, mais qui m'a appris énormément de choses avec la grand-mère maternelle. qui travaillait toute l'année, elle seule. Donc, elle faisait la pêche, l'agriculture, l'élevage aussi. Donc, on l'aidait dans ses travaux au quotidien. Et son rapport avec ses semblables, avec ses voisins, voisines, avec la nature aussi, qui m'a beaucoup, beaucoup marqué et qui m'a aussi beaucoup influencé, je dirais, parce que... Quand je vois comment dans son quotidien elle résolvait ses problèmes, elle arrivait à survivre, à vivre aussi. Tout simplement, je me suis dit, si cette femme a su subvenir à ses besoins, a su vivre dans un environnement comme ça, c'est une grande force, beaucoup de monde peut le faire. Et ensuite, après quelques années avec elle, donc une grande partie de l'école primaire, Et ensuite le collège, juste avant de passer l'examen pour finir le collège, une année avant, les parents se sont réconciliés. Et ensuite, tous les trois, on est revenus auprès de notre papa, avec la belle-mère. Avec la belle-mère ?

  • Speaker #0

    Avec la belle-mère qui était là. C'était remarié ?

  • Speaker #1

    Voilà, c'était remarié d'ailleurs deux fois.

  • Speaker #0

    Avec la mère ?

  • Speaker #1

    J'avais 14 ans, 13-14 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Ok, donc de tes 8 ans à tes 14 ans, tu n'as pas vu ton papa et ta fille ?

  • Speaker #1

    Oui, on ne l'a pas vu.

  • Speaker #0

    Qu'est-ce qui se passe quand tu le revois la première fois ? Tu ressens quoi à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors, je ne me souviens plus de toutes mes émotions à ce moment-là, mais moi j'étais quand même très habitué à ma grand-mère. Bien sûr que je voulais, parce que quand on y était, il y a des moments quand même où on ne mangeait pas assez, on mangeait quand même une fois par jour. Il y a des jours où... On passait en fait toute la journée sans manger, on mangeait qu'à 23h minuit, on mangeait et on se couchait. Donc on a passé des moments économiquement très très durs avec la grand-mère maternelle. Et aussi quand on est passé au collège, nos amis, nos camarades, leurs parents pouvaient s'offrir des vélos parce que c'était loin pour aller au collège de la maison. Donc nous on n'avait pas les moyens, la grand-mère n'a pas les moyens de nous offrir un vélo. par exemple, pour aller au collège et pour acheter parfois des années de nouvelles tenues, en fait. Donc, on passait deux années avec la même tenue scolaire. Parce qu'en Guinée, on a des uniformes, en fait, pour aller à l'école. Et voilà, quand on revient avec chez le papa...

  • Speaker #0

    Avec ta maman, à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Avec la maman. Et ensuite, il y a aussi la belle-mère et on passe une année avec eux.

  • Speaker #0

    Vous habitez tous dans la même maison ?

  • Speaker #1

    Oui, tous la même maison, mais des chambres différentes, des chambres pour les garçons, des chambres pour les filles et aussi pour la mère et la belle-mère.

  • Speaker #0

    Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi est-ce que finalement ta maman est revenue vers son ex-mari, vers ton papa ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelle a été la démarche qu'ils ont initiée ?

  • Speaker #1

    Alors la démarche a été longue parce que je pense qu'aucun enfant ne souhaite que les parents se séparent. Sauf dans les cas exceptionnels, quand il y a des violences, etc., des choses très très dures, là, pour la paix, pour la stabilité, en fait, de la famille, etc. Et donc, ça, c'est dans les cas vraiment extrêmes. Et ça, à ce moment-là, lors de la séparation, ce n'était pas le cas. Et la démarche a été, surtout la démarche est venue du côté maternel. Et ensuite, ils se réconcilient comme ça, et nous aussi, les enfants. qui ont fait cette démarche-là, donc qui disaient, qui réclamaient qu'ils se réconcilient parce que ça faisait des années. Et ensuite, voilà, on est revenus chez le papa et la belle-mère. Là,

  • Speaker #0

    vous vivez tous sous le même toit.

  • Speaker #1

    Tous sous le même toit, une année après.

  • Speaker #0

    Toi, tu es au collège, en plus, tu disais, donc tu changes en plus de ville, d'école.

  • Speaker #1

    D'établissement.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu t'adaptes ?

  • Speaker #1

    Alors, c'était très dur parce que j'ai lié des amitiés pendant ce moment-là à l'école primaire et au collège. On a eu de très grandes amitiés, surtout dans un village, ce n'est pas la même vie que dans une capitale. Parce que c'est des amitiés en fait fortes et à cet âge aussi. Et c'est toujours très dur de faire ça, de vivre ce changement-là. Mais c'était important pour reconstituer la famille pour nous et à ce moment-là c'était nécessaire. Et une année après, ma maman tombe malade, elle décède. Dans les conditions aussi...

  • Speaker #0

    Elle est décédée de quoi ?

  • Speaker #1

    Alors, elle est tombée malade. Elle nous a dit, je me souviens, un matin qu'elle avait mal à la tête. Et on a dit, bon, ça va passer. On l'a amenée dans un hôpital à côté. Et ensuite, ça s'aggravait. Et avant midi même, et c'était vraiment très très dur, on ne comprenait pas ce qui se passait. On nous dit, il faut l'amener encore ailleurs. On nous a dit qu'il y avait un endroit. Avant la fin de la journée, elle ne pouvait plus parler. Et donc, en moins de dix jours, elle est décédée sans même nous reconnaître, nous, ses enfants. Et on n'a même pas su en fait de quoi elle est décédée. Et elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pas bouger, elle ne pouvait pas manger elle-même. Elle ne pouvait rien faire, parler, même nous reconnaître. Et c'était très très dur de vivre ça à cet âge-là.

  • Speaker #0

    Vous avez 15 ans ?

  • Speaker #1

    Oui, j'avais 14 ans quand elle est décédée vraiment. Et après aussi, quelque temps, ma soeur est partie vivre chez ma grand-mère maternelle où nous étions. Et aussi mon frère est parti.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Après le décès. Moi je suis resté et c'est là où tout bascule et ensuite je quitte. C'est là où l'exil commence après.

  • Speaker #0

    Attends, alors du coup, si on reprend, quand tu dis c'est là où tout bascule, c'est à partir du moment où ton frère et ta soeur ont fait le choix de retourner vivre avec leur grand-mère, là où toi, tu n'as pas fait ce choix ?

  • Speaker #1

    Alors, ce n'était pas pour vivre avec eux parce que ma grand-mère maternelle a eu l'iniquité, en fait, comme ma mère. Heureusement pour elle, elle a adopté un enfant, un autre garçon qui était beaucoup plus jeune. Mais ce garçon, voilà, il travaillait ailleurs, il n'était jamais présent. Et donc, imaginez vivre le décès d'une fille unique. C'est dur, c'est encore dur pour nous, nous les enfants, mais c'est encore beaucoup plus dur pour une mère de voir son enfant décédé de sa sorte, mourir sous ses yeux. Et donc, voilà, pour peut-être consoler ou l'aider un peu à regarder, donc ma soeur est partie vivre quelques temps avec elle. Et ensuite, c'est là où mon frère aussi est parti. Moi, je suis resté dans la famille avec la belle-mère. C'est là où tout bascule.

  • Speaker #0

    Tu n'as pas eu envie de suivre tes frères et soeurs et de retourner vivre chez ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Non, je n'ai pas eu cette pensée-là. Ce n'était pas des moments où on réfléchissait à faire des plans ou à faire quoi que ce soit. C'était vraiment ces moments-là. On y pense souvent, mais comment est-ce que ça se fait et comment cela peut arriver ? Parce que quand on a cet âge-là, bien sûr qu'on sait, on a tous l'idée. Dès qu'on est conscient, on est conscient en fait de la réalité, de la vie, on sait que nous allons mourir et on voit aussi les gens mourir. Mais quand on voit, quand ça frappe à notre porte de la sorte, ça devient encore quelque chose. Différent. Et à ce moment-là, on se demande pourquoi, pourquoi nous, pourquoi elle, pourquoi elle, si jeune, décédée, et encore nous, et qui va s'occuper de nous, etc. Donc on se pose différentes questions. Donc on ressent à ce moment-là une forme d'injustice très forte. Et on dit que ce n'est pas juste, la vie n'est pas juste et ça ne devrait pas se passer comme ça.

  • Speaker #0

    Et quelle relation tu avais avec ton papa à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors avant ces moments-là, on avait une relation normale. Et voilà, c'est vraiment après que les relations se dégradent. Et qui se dégradent très rapidement aussi.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'il y avait peut-être la belle-mère, etc. Tu t'entendais bien avec ta belle-mère ? Oui, on n'avait pas vraiment... Elle avait même contribué aussi à l'arrivée de ma mère, ce qui était paradoxal. Mais après, les choses se sont vite dégradées.

  • Speaker #0

    Tu nous parlais de cet exil. Tu nous disais que tu avais quitté ton pays suite au décès de ta maman. Qu'est-ce qui t'a poussé à quitter ton pays ?

  • Speaker #1

    C'est cet événement, cette raison familiale d'abord, qui m'a poussé à quitter. Parce que j'étais en danger. Et c'est pourquoi j'ai fui, j'ai fui la famille et je ne savais pas où aller. En fait, j'ai suivi les gens, j'ai pris à la gare une voiture, je suis monté dedans et je suis venu jusqu'à Bamako en fait.

  • Speaker #0

    C'est une décision que tu as prise comme ça sur un coup de tête du jour au lendemain ou au contraire c'était plutôt une décision qui était réfléchie ?

  • Speaker #1

    Non absolument pas, ce n'était pas des moments où... parce que ces moments-là d'ailleurs avant... Avant, ce qui s'est passé dans la famille, je le mets entre parenthèses, je ne le raconte pas ici, bien sûr, parce que ça reste des choses familiales malgré tout. Et ensuite, ces événements-là, ces événements-là que je n'avais pas imaginés, je pense que personne n'avait imaginé venir à ces événements-là et qui m'ont poussé vraiment à fuir pour survivre. C'est la décision qui m'est venue en tête de quitter la famille avec juste le petit sac scolaire que j'avais.

  • Speaker #0

    Sans prévenir ton frère, tes soeurs, ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Je n'avais pas de moyens pour les prévenir parce qu'ils étaient loin. Est-ce qu'ils pouvaient même comprendre tout ce qui se passait peut-être ? Mais je n'avais pas les moyens pour prévenir. Ça pouvait prendre peut-être des mois pour voir quelqu'un qui y va et l'envoyer un petit message ou à mon frère aussi.

  • Speaker #0

    Donc là t'as 14 ans, c'est ça ? Tu prépares un petit sac un soir et tu sautes dans un train de séquence dans la nuit ?

  • Speaker #1

    C'est dans la journée même, ouais. Tu te lèves un matin,

  • Speaker #0

    tu pars avec ton sac à dos sur le dos, tu dis au revoir à ton père et à ta belle-mère ?

  • Speaker #1

    J'ai dit au revoir à personne, c'était surtout pour ne pas qu'on cherche.

  • Speaker #0

    Mais pour bien comprendre ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là, qu'est-ce que tu te dis ? Tu te dis, je fuis parce que... Enfin déjà, est-ce que tu savais où tu voulais aller ?

  • Speaker #1

    Non. Alors j'ai quitté, c'était vraiment fur, je ne savais pas où je voulais aller. Tout ce que je voulais c'était un endroit stable, c'est ça que je cherchais. C'était beaucoup ce qui se passait dans ma tête. Et moi, quand j'arrive à Bamako, déjà le trajet me calme un peu parce que ça dure quand même plusieurs heures, trois jours, quasiment deux jours, plus de deux jours pour venir à Bamako. En train ? Non, en voiture.

  • Speaker #0

    Il y a un peu d'argent à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Je n'avais quasiment pas grand-chose, juste le transport et à manger pour quelques jours. D'ailleurs, c'est pourquoi j'ai suivi plus tard les gens, parce que je ne pouvais pas rester seul pour manger aussi avec eux.

  • Speaker #0

    Donc là, tu sautes dans une voiture pour Bamako. Oui. Tu demandes à un chauffeur de te demander là-bas.

  • Speaker #1

    Oui. Je ne savais même pas qu'il était vraiment destiné là, mais je voulais aller au plus loin possible, à un endroit où on ne me retrouve pas. Donc, je ne savais même pas.

  • Speaker #0

    C'est le même que ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    C'était la peur aussi. Beaucoup plus la peur de rester là où je suis que d'aller là où le destin me conduit. C'était beaucoup plus cette peur-là. Et je ne savais pas et je ne connaissais même pas vraiment cette route que j'ai découvert soudainement. Et j'entendais parler, etc. Et je me suis traversé tout le désert du Sahara plus tard, pendant plusieurs jours, sans jour. Je n'avais même pas une bouteille d'eau. D'ailleurs, quand je suis monté dans... Je n'avais pas de biscuits, je n'avais absolument rien sur moi. Je me demandais comment j'allais survivre, mais je n'étais pas seul. Parce qu'il y avait énormément, il y avait deux camions à Ben. Des camions qui transportent du sable. C'était des sortes de camions-là. On était vraiment entassés les uns sur les autres et plusieurs nationalités, des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens, des Sénégalais, d'autres nationalités encore plus, Niger, Kikad, etc. Et rempli, les femmes devant, les garçons derrière. Et c'est comme ça, mais c'est grâce au...

  • Speaker #0

    Quel était le but ? J'ai bien oublié à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Le but du camion, c'était vraiment traverser le désert. Traverser le désert, venir jusqu'en Algérie, quasiment à la frontière.

  • Speaker #0

    Fais-nous un petit topo géographie. Donc la Guinée, hop, tu as traversé quel pays ?

  • Speaker #1

    La Guinée, le Mali. Le Mali, le désert, parce que c'est des grands pays aussi pour les traverser. Et ça prend énormément de jours. Et ensuite, en Algérie, la ville de Tamaracet. Arrivé à Tamaracet, on se sépare parce que... Avant d'arriver dans la ville, le camion ne peut pas traverser comme ça la frontière parce qu'il y a les gardes.

  • Speaker #0

    C'est passé combien de jours entre le moment où tu as quitté la Guinée et que tu es arrivé en Algérie ?

  • Speaker #1

    C'est deux mois, peut-être un peu moins de deux mois. Parce que la Bamako, Tamara 7, en Algérie, ça a duré quasiment deux semaines. Parce qu'on nous arrêtait tous les jours.

  • Speaker #0

    Mais tu dis... Tu avais très peu d'argent à ce moment-là, comment tu faisais pour te nourrir ?

  • Speaker #1

    Alors, c'est quand j'ai suivi les gens et on partageait ce qu'ils avaient. Et il y en a qui ont accepté de me partager leur eau, de me faire partir de leur groupe. Et il y avait aussi, dans le groupe, tout le monde avait des gourdes d'eau de 5 litres. Et aussi de l'amidon du manioc. Le manioc a... quand on enlève son amidon, comme une sorte de couscous de manioc. Donc il y avait ça, il y avait du sucre et aussi du sel et de l'huile. Donc c'est avec ça qu'on se nourrissait. Et des biscuits aussi. Donc c'était ça parce que ça ne pouvait pas se gâter et ça pouvait durer plusieurs jours. Tous les jours, pendant que le camion roule, on met un peu d'eau sur l'amidon, sur la farine de manioc.

  • Speaker #0

    Vous étiez combien en ce cas ?

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais pas exactement. Je n'ai même pas pensé à compter parce qu'on était tellement nombreux. Deux camions remplis et aussi, il y a la peur aussi. Bien sûr. Et la violence tous les jours, la nuit. On vous arrête, les gens vous arrêtent avec des armes. Vous ne savez pas d'où ils sont sortis parce que vous ne voyez rien. Le camion, vous ne voyez, il n'y a pas de fenêtre. Pour voir ce qui se passe, on vous arrête avec... Des kalachnikovs pour vous demander ce que vous avez, pas pour vous fouiller, enlever vos habits, si vous avez de beaux habits, et fouiller vos sacs, tout ce qu'ils pouvaient prendre, ils les prennent. Et même si vous avez des bagues ou des choses sur votre main, une montre, on les enlève. Et donc ça, c'était quasiment tous les jours. Et on pourrait se repartir. Parfois, on peut vous garder pendant une journée, dormir là-bas. Et il y en a, ils peuvent rester. Il y en a, ils partent pas avec eux, mais on ne sait pas qu'est-ce qu'ils deviennent ces gens-là, après.

  • Speaker #0

    Et tu ne sais pas pourquoi, eux ? Vous comprenez,

  • Speaker #1

    Iris ? Oui, pourquoi ? On vous sépare, on demande aux gens, il faut là vous payer de l'argent. Et là aussi, il y a la complicité aussi, les gens, les transporteurs aussi, les chauffeurs aussi. Parce que je me souviens...

  • Speaker #0

    Vous voulez dire que les chauffeurs étaient complices ?

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr, ils sont complices. Et je me souviens un moment quand on a quitté Bamako. Arrivé au nord, ils nous ont dit tous, ils se sont arrêtés, ils ont dit, ah là on va rencontrer peut-être les Touaregs, les gens du nord qui ont des armes, etc. Et si vous avez des objets de valeur, de l'argent, donnez-nous, on va les garder en fait. Ça vous permet de prévenir. Et arrivé à...

  • Speaker #0

    Arrivé à Tamaracet, on ne donne plus. On ne sait même pas où sont passés ces transporteurs-là. On ne saura jamais parce qu'on vous laisse dans un endroit où on vous dit que c'est la frontière. Il faut traverser la nuit, etc. Et c'est comme ça où on vous indique et ils repartent sur leur chemin. Donc, ils connaissent le chemin. Ils ont l'habitude de faire ces choses-là depuis des années.

  • Speaker #1

    Quelle histoire ! Et donc... J'imagine que les conditions devaient être tellement insalubres. Tu n'es pas tombé malade pendant tout ce trajet ?

  • Speaker #0

    Alors, le trajet, non. Le trajet, ça a duré quelques mois quand même. Maintenant, je ne suis pas tombé malade. Et quand je suis arrivé à Tamaracet, je suis resté pendant plusieurs jours dans la rue, etc., dans la gare. Et ensuite, dans la rue, il y a un monsieur qui s'est arrêté pendant qu'il pleuvait. D'ailleurs, il faisait hyper froid. Il m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai dit que je cherchais. Juste un endroit pour dormir. Il m'a demandé de monter dans son véhicule et on est venu à Alger. C'est un trajet aussi très long d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait ce monsieur m'a accueilli dans son chantier parce qu'il travaille dans un chantier de bâtiment, il gère plusieurs immeubles à rénovation, etc. à Alger.

  • Speaker #1

    Il te propose de monter dans ta voiture tout de suite, tu lui fais confiance ?

  • Speaker #0

    Ben, j'avais pas trop le choix. J'avais pas trop le choix parce que c'est ça qui est aussi fou parce que quand on pense aujourd'hui, aujourd'hui on réfléchit beaucoup, mais c'est des moments où on ne se demande pas, est-ce que je dois faire confiance à cette personne ou pas. Et dès qu'on a quelque chose pour survivre, on le fait tout simplement parce que c'est cet instinct-là. Quand on a, on a très froid, on a passé plusieurs jours sans dormir correctement et dormir dans la rue. Et quand quelqu'un nous ouvre sa porte, on ne réfléchit pas trop beaucoup.

  • Speaker #1

    Et là, qu'est-ce qui se passe ? Tu faisais quoi sur ce chantier ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'étais pas seul à travailler pour lui. On était plusieurs jeunes, plusieurs personnes venant de différents pays. Aussi des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens aussi, qui travaillaient comme aide-ouvriers. C'est-à-dire qu'on faisait tout, tout ce qu'on pouvait faire, on n'avait pas de métier qualifié. Donc accompagner, aider par exemple les munisiers ou des plaquistes à monter des placo, différents étages, décharger, charger, nettoyer. Par exemple, je me souviens d'une activité quand même qui était vraiment très pénible pour moi. Beaucoup plus, on avait comme l'immeuble où on travaillait était en rénovation, il fallait enlever tous les carreaux sur la déventure de l'immeuble. Donc on a monté d'abord des essafotages, plusieurs étages, et on nous a attachés, on a pris des marteaux piqueurs pour enlever. Donc c'était des journées extrêmement longues. Et quand on finissait la journée, on se couchait, on se réveillait le matin, on prenait le petit déjeuner et on travaillait. Donc on dormait toute la nuit. Tellement le marteau piquant, il est très lourd. Et oui, ça, ça a duré plus de six mois. Voilà, travailler dans l'arène.

  • Speaker #1

    C'est très génial.

  • Speaker #0

    Je n'étais pas rémunéré directement. Je n'ai pas reçu directement de l'argent propre. Mais le monsieur, au lieu de me rémunérer, il m'a dit qu'un jour les gens vont venir pour te chercher, pour te ramener en Europe. C'est comme ça que je me suis retrouvé en Libye aussi. Mais il y a énormément de choses qui se passent aussi pendant les six mois en Algérie.

  • Speaker #1

    En Algérie, tu étais... nourris, logés, blanchis par cet homme ?

  • Speaker #0

    Oui, on avait des boxes où on dormait, sur le chantier aussi, où on nous envoyait des provisions.

  • Speaker #1

    Quelles étaient les conditions là-bas ?

  • Speaker #0

    Les conditions ? On avait des matelas, un petit matelas d'une place au sol et il faisait très froid. En Guinée, il fait beaucoup plus chaud, mais c'était des moments où aussi... Il y a des moments où il y avait la neige, etc. Moi, j'ai découvert qu'il neige en Algérie.

  • Speaker #1

    Tu ne connaissais pas la neige ?

  • Speaker #0

    Et donc, il faisait très froid. Et des moments aussi, on n'a pas assez pour se couvrir. Donc, des petits pulls, pas des manteaux pour se couvrir, pas aussi des draps pour se couvrir de couettes, comme on dit. et donc on... à aucun moment tu perds espoir alors je de là je ne savais même pas quoi faire Je ne me demandais pas ce qui se passait. En fait, je ne me posais pas beaucoup de questions.

  • Speaker #1

    Attendez, mais sans trop poser de questions.

  • Speaker #0

    Oui, je ne savais pas en fait quoi faire. Qu'est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ? Avec quoi je vais aller ? Si je quitte ici aujourd'hui, je peux décider de ne pas travailler. Mais où est-ce que je vais aller ? On entend aussi. En Algérie, c'est vrai qu'il y a une chose qu'on ne dit pas souvent. Aussi dans le Maghreb. Quand on se retrouve là-bas, dans certains pays, dans beaucoup de pays, on est aussi dans une sorte d'illégalité, comme on dit. Et on entend tous les jours qu'on a pris les gens en Algérie, on les a laissés dans le désert. C'est des gendarmes, des policiers algériens qui font ça. Parfois souvent aux subsahariens et même parfois les étudiants le vivent aussi. On ne le raconte pas tous les jours. Mais c'est la réalité.

  • Speaker #1

    Quand tu entends ça, comment est-ce que tu fais, toi, pour retrouver des ressources en toi, pour aller jusqu'au bout de ton histoire, pour continuer d'y croire ? J'imagine qu'il y avait des moments où tu devais être désespéré.

  • Speaker #0

    Oui, mais quand on entend certaines choses, il y a énormément... Ça mérite vraiment un livre, parce que quand on entend parfois qu'il y a un patron et son histoire à Oran, un patron et... Et le monsieur qui est là où il y a eu des problèmes d'argent, etc., où l'autre a perdu la vie parce qu'on ne l'a pas payé, il a passé un an de salaire dans le chantier où on n'a pas payé finalement. Et la police l'a retrouvé mort dans le chantier ou des choses comme ça. Ça fait partie où on prend les gens, on les met dans les déserts, comme en Tunisie d'ailleurs avec le président. Donc c'est des histoires, je ne raconte pas des choses. Il y a des articles de presse qui en parlent aussi. Et moi quand j'y étais, j'ai entendu aussi beaucoup de choses. Donc on ne peut pas, quand on est dans un lieu comme ça où la personne est bienveillante aussi, Ce monsieur qui me demande pourquoi je suis là, qu'est-ce que je fais là à mon âge moi, et qui me prête des livres pour la première fois, et on discute de plein de choses. Je vais voir son papa chez eux, en plus, c'est pas court, et je passe la moitié de la journée avec son papa à discuter dans le jardin, à boire du thé, etc. On ne pense pas aussi à... à aller ailleurs, à fuir, tout simplement. Donc, on reste en attendant. Oui, peut-être en attendant. Et ce n'était pas des moments où je réfléchissais beaucoup par rapport à ces questions-là, d'aller, mais où aller, en fait, avec quel argent, avec quels moyens, et aussi pour aller, tout simplement.

  • Speaker #1

    Ces six mois se passent.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Et un matin.

  • Speaker #0

    Il m'a dit, en fait, à la fin de la journée, il m'a dit, un jour, les gens vont venir te chercher pour te ramener en Europe. C'est comme ça et je n'avais même pas un sou, un dinar parce que c'est l'argent au Maghreb, le dinar algérien. Et du coup, les gens viennent, je monte dans un véhicule Toyota et on voit, on change de véhicule et jusqu'à la frontière, on voit aussi d'autres personnes d'abord à la frontière et les gens viennent nous faire passer la frontière. Et on ne sait même pas qui est qui, je ne me souviens même pas d'un seul visage parce que c'était la nuit. Et je voyais des hommes, des femmes. Et après la traversée, il y a aussi des véhicules Toyota qui nous attendent derrière. On monte dans ces véhicules-là et pendant plusieurs jours, on a traversé toute la Libye, tout le pays. Et jusqu'à côté de Tripoli, dans une ville qui s'appelle Sabralta. Et c'est là qu'on traverse la Libye et on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Moi, je n'ai même pas vu. Et comme les autres qui étaient avec moi, on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Parce qu'on était derrière des véhicules Toyota, les bâches sur nous, où tout le monde se pissait dessus parce qu'ils ne pouvaient pas s'arrêter pour toi. Et donc il y a énormément de choses qui se passent. Et donc jusqu'à Sabralta, Sabralta, arriver là-bas.

  • Speaker #1

    Là tu mets combien de jours à traverser ?

  • Speaker #0

    Pendant plusieurs jours, peut-être 4-5 jours.

  • Speaker #1

    Tu perds la notion du temps à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Oui, on peut... On traversait quasiment la nuit. La nuit, on arrive dans un endroit, dans une cour fermée. C'est là où on nous donne des conserves à manger, des choses à manger. Et puis, peut-être à 6h du matin, à 5h du matin, on nous réveille. La nuit encore, de continuer la route, c'était comme ça en fait. Pendant ces jours-là, jusqu'à Sabralta. Et c'est là où moi je tombe malade, vraiment. Pendant tout le séjour, deux mois, je me souviens encore. Parce que je suis venu, je n'avais même pas d'argent. Et je n'avais rien sur moi. Et moi je pensais que voilà, arriver et le lendemain vous allez partir, comme je n'ai rien sur moi, mais ça a duré deux mois. Et c'est là où on se fait des amis aussi, on partage les mêmes choses et on rencontre aussi des gens. Très, très bienveillant aussi. C'est là, c'est d'ailleurs très paradoxal.

  • Speaker #1

    Une question que je ne t'ai pas posée. Quelle langue vous parlez entre vous ? Parce que tu dois aussi avoir cette barrière-là, non ?

  • Speaker #0

    Oui, absolument. Alors, en Afrique subsaharienne, il y en a beaucoup de pays qui sont francophones, y compris la Guinée. Donc, beaucoup de pays qui sont autour de la Guinée sont francophones aussi. Et donc, ça facilite aussi la communication quand on parle la même langue. Et aussi il y a d'autres langues, il y a le mandingue aussi, les langues mandingues aussi, qui permettent aussi de faciliter ce dialogue. Moi je parle très peu le mandinga en Guinée, le djoula en Côte d'Ivoire, le malier bambara en Gambie. Donc en fait c'est le mandingue aussi qui permet de communiquer entre ces différents pays, le français et l'anglais aussi. Donc moi je communiquais avec les gens en français. Et aussi, je rencontrais aussi quelques sous-sous, parce que c'est la langue de mes parents aussi. Mais ce n'était pas aussi beaucoup. Il y en avait aussi quelques-uns.

  • Speaker #1

    Et quand est-ce que tu traverses la Méditerranée ?

  • Speaker #0

    On vient, on nous dit... Il y a un poème d'ailleurs qui s'appelle Boza et qui est sur...

  • Speaker #1

    Un de tes poèmes ?

  • Speaker #0

    Un des poèmes d'un catalogue d'Annexidé qui explique ça, qui s'appelle Boza. Donc, nous, on nous dit un jour, vous allez Boza aujourd'hui, vous allez traverser la Méditerranée. On dit Boza, Boza, Boza et tout le monde se réunit dans la cour et on commence à appeler les noms, les pays. Ça ne veut pas dire Boza ? C'est un terme qu'on utilise quand on traverse et même quand on traverse. C'est-à-dire qu'on a traversé, on a fait la traversée. Ça, c'est pour faire la traversée. Donc, c'est ça.

  • Speaker #1

    Ok, donc là tu entends un jour Boza, là tu te dis ça y est c'est mon tour.

  • Speaker #0

    Voilà et on appelle les noms, les pays, etc. Ils ont tous les noms et on appelle toi parfois même, je pense qu'ils désignent d'autres par hasard. Et vous venez, vous gonflez le bateau par vous-même, vous le poussez, vous le gardez s'il n'y a pas de lumière, vous le mettez dans l'eau et on prend quelqu'un parmi vous. On le fait faire le tour, on le dit, toi tu es capitaine. Parfois la personne ne sait même pas nager, la personne n'a jamais conduit un bateau.

  • Speaker #1

    Vous êtes sur une plage ?

  • Speaker #0

    Oui, sur une plage.

  • Speaker #1

    Vous donnez à ce moment-là un bateau pneumatique, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Voilà un bateau pneumatique.

  • Speaker #1

    Il faut que vous gonfliez ?

  • Speaker #0

    Oui. Et vous le gonflez, en fait, ça se fait facilement. Vous le prenez aussi, parce qu'ils envoient en fait...

  • Speaker #1

    Vous faites combien par bateau ?

  • Speaker #0

    Ça dépend du nombre, ça peut être des centaines. Nous, on était 180 quasiment.

  • Speaker #1

    180 ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est des zodiacs longs.

  • Speaker #1

    Des hommes, des femmes, des enfants ?

  • Speaker #0

    Oui, des enfants aussi.

  • Speaker #1

    Donc là, vous montez dans le bateau. Donc tu dis, il y en a un qui est le capitaine, on lui donne une carte, une boussole ?

  • Speaker #0

    Oui, on lui donne une boussole. On lui dit ce qui est vraiment très marrant. On lui dit là, c'est l'Italie. Les lumières que tu vois, donc s'il se trompe de lumière, il revient à Tripoli. Non on en rit mais c'est tellement... c'est pas normal ce qui se passe. Déjà prendre le bateau pneumatique n'est pas fait pour ce genre de choses, pour traverser... Un fleuve ça va, mais pas une mer. Et ensuite une personne qui n'a jamais fait ça, qui n'a jamais piloté un bateau, qui n'a jamais navigué, et prendre comme ça hasardement, parfois même des jeunes, et le mettre derrière juste avec une boussole, c'est criminel. Donc c'est ça qui se passe, tout simplement. C'est la réalité pourtant. Et tu suis parce que tout le monde est convaincu que là... On vous met à 23h à minuit du matin, tu dis, à 6h, on va être en Italie, mais c'est faux. On ne peut pas faire ça avec un zodiaque.

  • Speaker #1

    Puis en plus, il n'y a pas le choix, en fait. Quand on est arrivé là, tu continues ta quête.

  • Speaker #0

    Voilà, on n'a pas le choix parce que je me souviens d'un épisode pour expliquer ça, qu'on n'a pas le choix. Quand je suis arrivé là-bas, dans le camp, c'est des prisons, il y a un moment. Il y a trois personnes qui ont essayé de fuir le camp parce qu'ils expliquent qu'ils ont fait des mois et des mois. L'autre a fait plus d'une année là. On ne l'a jamais mis dans un bateau. On ne lui a jamais laissé partir. Donc il est là, ça fait... Il est tellement maigre. Donc ils se sont réunis en fait à trois pour fuir. pour grimper la cour. Et on a tiré sur eux. Il y en a un qui est mort. Et on a rattrapé les deux autres. Et on les a frappés devant nous. Pendant plusieurs jours, l'autre est mort sous nos yeux. Il est attaché. Ses pieds ne touchaient pas le sol. Donc on l'a frappé, frappé, avec des croix, avec des choses très très dures. Et donc il est décédé. Et donc on ne te laisse pas fuir, on ne te laisse pas partir. Donc tu ne réclames rien, on ne te laisse pas partir, on ne te laisse pas retourner, tu n'as pas ta liberté. Et voilà le seul choix c'est, voilà si tu es réussi à fuir, t'as mieux sinon. Et même si tu es réussi à fuir parce que c'est, peut-être que tu vas tomber sur des gens encore qui vont t'attraper parce qu'ils ont des armes ou bien ils vont tirer sur toi. Tout simplement. Et finalement, voilà, dans le Zodiac, on a eu quand même beaucoup de chance, nous. Parce que je me souviens, on a lancé plusieurs bateaux quand moi j'étais là, sous mes yeux. Et les gens se sont retrouvés en prison. Parce que tout simplement... Ils se sont fait arrêter ? Ils se sont fait arrêter par les gardes-côtes. Ils se sont retrouvés en prison à Tripoli.

  • Speaker #1

    Donc les gardes-côtes arrivent en bateau et hop, ils prennent tout le monde et...

  • Speaker #0

    Oui, quand on répare le bateau, les gardes-côtes... Les Libyens peuvent intervenir, et même parfois certains militaires peuvent intervenir pour vous attraper. Et parfois même appeler vos parents, appeler les gens, les demander de l'argent, avec la complicité aussi parfois des gens de nos pays, nos compatriotes aussi, qui mettent ces réseaux en place.

  • Speaker #1

    Et pourquoi vous, vous n'avez pas été attrapé ?

  • Speaker #0

    Je ne sais pas, je ne pourrais pas l'expliquer. On s'est retrouvés, après deux jours, on s'est retrouvés dans les eaux internationales. Et du coup, je ne sais pas comment, ils nous ont repérés. Il y avait un hélico et ensuite la Croix-Rouge et la Croix-Blanche qui sont venus en notre séco. Je pense que c'est des systèmes de radar. On voit tout ce qui se passe en Méditerranée avec les Européens.

  • Speaker #1

    Donc là, la Croix-Rouge vous repère et vous ramène en Italie ?

  • Speaker #0

    Voilà, la Croix-Rouge et la Croix-Blanche ensemble.

  • Speaker #1

    Comment est-ce que tu as fait pour payer ta traversée ? Tu disais que tu n'avais pas d'argent.

  • Speaker #0

    Quand j'étais en Algérie, le monsieur ne me rémunérait pas, le chef de chantier. Et au lieu de me rémunérer, il a donné cet argent pendant six mois aux gens qui m'ont... Donc, tout était payé de mon travail en Algérie.

  • Speaker #1

    Donc là, excuse-moi, je reprends le fil de l'histoire. Tu arrives en Italie et qu'est-ce qui se passe ?

  • Speaker #0

    Alors, on arrive en Italie, on ne connaît pas le pays. On demande juste les noms et les prénoms. Et ensuite, arrivé en Syrie...

  • Speaker #1

    Mais vous êtes dans des camps ?

  • Speaker #0

    Oui, avant même d'être là-bas, on nous met dans les bus. Des bus... plusieurs bus qui viennent, qui nous répartissent un peu partout en Italie, sur le territoire. Et moi, je me retrouve à Bolzano. Avec la Croix-Rouge et la Croix-Blanche d'ailleurs encore. Et ensuite, voilà, c'est là où je réalise aussi tout ce qui s'est passé, honnêtement. C'est là où je réalise une année qui s'est passée, plus d'une année. Et quand même ma vie et tout ce que j'ai traversé aussi. J'ai dit, j'aurais pu mourir dans le désert. Et même d'ailleurs en gare à Bamako, dans le désert. En Algérie, dans la Méditerranée, en Libye, sans que personne ne cherche. J'avais du mal à dormir tous ces souvenirs douloureux. Et aussi, je réalise aussi que... Après, j'ai dit les souvenirs de ma maman. J'ai dit ce qui était vraiment, à ce moment-là, insupportable pour moi. J'ai dit, je ne vais jamais plus voir ma maman. Et cette idée, j'essayais de la rejeter plusieurs fois. J'ai dit non. c'est pas possible et on va plus se revoir et ça j'avais du mal à accepter j'ai eu du mal à accepter même aujourd'hui j'ai aujourd'hui voilà je grandis mais j'avais énormément du mal à accepter cette idée de ne plus se revoir maintenant et ensuite tout ce qui s'est passé les violences aussi les violences parfois qu'on n'a pas subi mais les violences qu'on a vu aussi Les gens se faire tirer dans les bras, dans les pieds, se faire tirer des balles, se faire tabasser, se faire escroquer, toutes ces choses-là, ces violences physiques, psychologiques qu'on a vues, et les violences contre les femmes aussi, qu'on en parle très peu, mais qui est vraiment là. Les femmes ne traversent pas tout ce parcours-là sans des violences physiques et des violences sexuelles, etc. Et tout ça... J'avais du mal à dormir, m'empêchait de dormir. C'est là où j'ai eu ce désir-là de lire. Ensuite, j'ai commencé à écrire. J'écrivais pour me lire. Et je me lisais, ça m'aidait à m'endormir. C'est comme ça pour la première fois.

  • Speaker #1

    On va justement parler de la poésie qui est rentrée en ta vie. Je voudrais juste terminer ton exil, parce que là, tu t'es arrêtée en Italie, donc à Bolzano, tu disais. Mais toi, ton objectif, c'était d'arriver en France, c'est ça ? Tu avais la France...

  • Speaker #0

    Non. depuis le départ j'ai dit que je ne savais pas où j'allais en fait l'idée de venir en france est venu quand j'étais en italie à bolzano j'avais le choix parce que bolzano sur la carte c'est quelque chose qui est beaucoup plus proche c'est une région qui est beaucoup plus proche de la suisse aussi donc il y avait des gens que je voyais qui partaient en suisse ou même dans d'autres pays beaucoup plus proches que la france et moi j'ai choisi de venir en france parce que Il y a aussi l'idée de la langue, mais la ville aussi de Nantes. La ville de Nantes, parce que quand j'étais en Guinée, il y avait un joueur de football guinéen qui jouait pour la ville de Nantes. Donc quand j'ai dit la France, j'ai dit tout de suite la ville de Nantes.

  • Speaker #1

    Mais tu savais où c'était positionné sur la carte de France ?

  • Speaker #0

    Non, je ne savais absolument pas.

  • Speaker #1

    Tu parlais de cette ville et tu t'es dit je vais aller là-bas.

  • Speaker #0

    Voilà, je connaissais quand même les couleurs des Canaries, du football. C'est tout ce que je connaissais. De Nantes, c'est tout ce que je savais. Et c'est comme ça que j'arrive en Nantes, c'est comme ça que j'arrive à l'ouest de la France. Et quand j'arrive ici, c'est comme ça...

  • Speaker #1

    Mais qu'est-ce que tu fais pour traverser l'Italie et la France ?

  • Speaker #0

    Alors l'Italie...

  • Speaker #1

    Pour venir jusqu'ici.

  • Speaker #0

    L'Italie, on nous avait raconté dans le camp, je ne sais pas si c'était vrai ou pas, qu'on avait le droit de prendre les terres gratuitement. Je pense que ce n'était pas vrai. Et donc on a pris les trains jusqu'à la frontière. à 20 000. En fait, on a, avec quelques camarades dans le camp qui voulaient venir en France, donc on a volé le train jusqu'à 20 000. Donc parfois, les contrôleurs nous faisaient descendre dans le train. On est venus comme ça jusqu'à 20 000. Et 20 000, aussi, les gens nous ont fait passer. Un peu tard la journée, je ne sais pas, peut-être 23h minuit du matin. Et tout s'est fait vraiment très, très... tard parce qu'il y a un collectif qui nous a accueillis après la frontière à 20 000. Je ne sais même pas où ils sont situés. Je ne sais pas comment ils s'appellent. Je ne sais même pas si c'est une association ou un collectif. Ils nous ont hébergés pendant plusieurs jours. Ils nous ont donné un lit. On s'est lavé. Ils nous ont acheté des billets de train. Ils nous ont demandé où est-ce que vous voulez aller en France. On a dit, on veut aller. Moi, j'ai dit, je vais aller à Nantes. Donc il y a un billet de train de là jusqu'à Paris, Paris-Nantes. Et comme pour tout le monde d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait que ça s'est passé.

  • Speaker #1

    Et là, quand tu arrives à Nantes, quand tu mets un pied à Nantes,

  • Speaker #0

    qu'est-ce qui se passe ? Quand j'arrive à Nantes, alors j'arrive d'abord en gare, un peu en fin de journée. Et je marche avec mon sac, avec tout ce que j'ai écrit en Italie dedans. Parce que j'avais beaucoup écrit en Italie, j'ai encore ces écrits-là. Et donc je marche quand même dans Nantes, je viens dans le centre-ville, avant même de trouver le centre-ville. Et je marche quand même beaucoup. Jusque tard la nuit. Et ensuite j'arrive dans le centre, j'arrive au square d'Avier. Il y avait d'autres Africains là qui m'ont expliqué que c'est le week-end, il fallait rester ici. En attendant le lundi pour voir, je dors deux nuits dehors à commerce. Avec mes poèmes, je dormais avec ma tête posée sur mon sac. J'avais juste un blouson. Je n'avais pas quelque chose vraiment qui pouvait tenir. J'avais tellement, tellement froid. Donc, je passe deux nuits comme ça à commence à dormir dehors. Et le lundi matin, je vais à la police. La police qui me conduit en fait à une association. Donc, qui m'indique la porte bleue. fait l'association Saint-Benoît-Alabre. Donc, je vais là-bas, à l'association Saint-Benoît-Alabre. Et en fin de journée, on m'a dit qu'on me prend, mais qu'il n'y a pas de place à l'association Saint-Benoît-Alabre. Après, il y a une famille d'accueil qui vient me chercher en fin de journée. Donc, on va à Saint-Marc-de-Coutey, en fin de journée, dans la soirée. Et puis, avec un jeune qui vient aussi de la Côte d'Ivoire. Donc, on était tous les deux. Et lui, il est resté. un mois dans cette famille, un mois, deux mois dans cette famille avant de revenir à Nanta Commerce avec cette même association.

  • Speaker #1

    OK. Et là, tu obtiens ton titre de séjour à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'étais encore mineur à ce moment-là. Donc, on demande le titre de séjour à la majorité. Tu avais 15 ans ou plus ? Voilà, j'avais 15 ans et plus. Et du coup, le juge d'enfant... m'a dit que je vais poursuivre ma prise en charge dans le Morbihan, mais qu'à Vannes. Donc c'est la première fois que j'entends la Bretagne, le Morbihan, Vannes. Je n'avais jamais entendu parler avant. Mais bien avant, j'avais rencontré des amis à Nantes, des écrivains, qui m'ont dit que Vannes, c'est une belle ville, que Dallais, c'est une toute petite ville, ça peut m'aider vraiment à m'intégrer plus facilement que dans une grande ville. Et c'est comme ça, en fait, ces mots-là qui m'encouragent à aller. Et donc je suis allé, là je me suis, comme tous les jeunes qui arrivent, qui ont moins de 18 ans et qui n'ont pas de famille. Donc j'étais dans cette structure-là, dans ce cadre-là. L'aide sociale à l'enfance me suit. Donc je vais au Bonneau. Avant, il n'y avait pas de place, mais je vais au Bonneau, au Bonneau. Je passe plus de six mois au Bonneau où je rencontre mes premiers éditeurs. Mais durant tout ce parcours-là, je continue à écrire. Et même quand j'étais à Nantes, je passais toutes mes journées à la médiathèque Jacques Demy, Lisa Bresner. Je passais toutes mes journées du lundi au... Au samedi.

  • Speaker #1

    À lire et écrire.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu reviens à Nantes ?

  • Speaker #0

    Quand je passe en classe de terminale. Donc, j'ai…

  • Speaker #1

    Tu poursuis les études à Vannes.

  • Speaker #0

    Voilà. J'ai commencé à Vannes, entre-temps, les études de logistique en lycée professionnel. Donc, je passe deux années dans une école, avant dans une autre école. Et ensuite, à mes 18 ans, je passe en classe de terminale. J'avais le choix. Je voulais absolument passer mon bac. Donc, je voulais… J'avais le choix de l'alternance, de faire des études en alternance pour payer aussi le loyer, subvenir à mes besoins en un mois.

  • Speaker #1

    Parce que tu dormais moins ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Alors, quand j'étais, j'étais suivi par les apprentis de taille. Donc l'aide sociale à l'enfance m'a confié, après quelques mois, m'a confié aux apprentis de taille qui m'ont suivi, les apprentis de taille de Vannes, qui m'ont suivi pendant plus de deux années et qui m'ont accompagné dans tous mes besoins. en santé administrative, etc. Tout ce que j'avais besoin, comme tous les jeunes qui le suivent.

  • Speaker #1

    Donc tu t'en es dans un foyer d'accueil ?

  • Speaker #0

    Voilà, j'étais dans un foyer d'accueil. Donc ça, c'est le parcours classique de tous les jeunes qui sont suivis dans ce cadre-là. Et ensuite, en 2020, j'obtiens ma majorité. J'avais plus de 18 ans et plus. Et ensuite, je reviens à Nantes parce que j'ai trouvé une entreprise. le réseau de transport en commun qui s'appelait à cette époque-là la Semitane qui a accepté que je passe mon bac en alternance avec l'entreprise et une école, un CFA à Saint-Luc-sur-Loire qui s'appelle Aftral. J'ai passé mon bac là-bas avec la Semitane et ensuite, avant de passer le bac, il y a aussi une obligation de quitter le territoire. Heureusement, il y a beaucoup de gens qui m'ont soutenu. Les gens m'ont soutenu, mes éditeurs, les familles

  • Speaker #1

    Parce que là tu reçois une lettre un jour qui te dit Vous êtes obligé de quitter le territoire Voilà,

  • Speaker #0

    de la préfecture de la Loire-Atlantique Mais j'étais aussi membre du jury du festival Étonnant Voyageur Donc il y a énormément de gens, de médias qui me suivent Qui me soutiennent, de personnes, de familles Et c'est grâce à cette mobilisation-là Que finalement j'ai obtenu mon premier titre de séjour Donc j'ai passé le bac Merci J'ai passé le bac et je suis resté deux années de plus avec la Semitane. Donc trois années et j'ai fait un BTS à la Semitane avec la même école. Après ça, je publie mon cinquième recueil de poèmes, Catalogue d'un exilé, après mon année de BTS du coup.

  • Speaker #1

    Et t'es retourné en Guinée ?

  • Speaker #0

    Je ne suis pas encore retourné en Guinée depuis mon départ, mais ça va plus tarder maintenant.

  • Speaker #1

    Ouais, t'aimerais bien y retourner ?

  • Speaker #0

    Oui. ça me manque tous les jours, la Guinée me manque tous les jours et ma famille me manque aussi Tu as des nouvelles de tes frères et soeurs ? Oui

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu as retrouvé leurs traces ?

  • Speaker #0

    Alors c'est il n'y a pas longtemps il y a quelques années et puis on a commencé à communiquer grâce aux réseaux sociaux

  • Speaker #1

    C'est toi qui les as recherchés ou c'est eux ?

  • Speaker #0

    C'est eux qui m'ont contacté d'abord sur mes changeurs Facebook et ensuite on a échangé de Voilà, des numéros pour se contacter via WhatsApp.

  • Speaker #1

    Et ton père, tu as des nouvelles ?

  • Speaker #0

    Oui, j'ai des nouvelles, oui. Il va bien.

  • Speaker #1

    Tu l'as recontacté ?

  • Speaker #0

    Très peu, on a parlé deux ou trois fois depuis, mais il va bien. Ma soeur me dit qu'il va très bien.

  • Speaker #1

    Il a compris que tu partes ?

  • Speaker #0

    On n'en a jamais parlé, je ne sais pas. On n'en a jamais parlé encore, mais c'est... Voilà, c'est une... Voilà, c'est une chose aussi, parler, voir aussi, pour remédier à ça.

  • Speaker #1

    Felmarie, ton histoire, elle est tellement touchante et tellement incroyable. Je voudrais qu'on parle poésie maintenant. Tu nous as raconté un peu comment la poésie est arrivée dans ta vie, mais j'aimerais savoir justement quand est-ce que tu as commencé à écrire ?

  • Speaker #0

    J'ai commencé à écrire en Italie, à mon arrivée. Après cette longue traversée, ce long périple, je n'arrivais pas à dormir. C'est là où j'ai ressenti le désir de la lecture qui m'a poussé à écrire en français et je me lisais pour la première fois. Donc au départ, ce n'était pas une passion, c'était juste...

  • Speaker #1

    Un échappatoire.

  • Speaker #0

    Voilà, un échappatoire. Et ensuite, quand je suis venu en France, en Nantes, c'est là où c'est devenu une passion pour moi. la poésie, l'écriture. Parce que je passais toutes mes journées dans les médiathèques à lire. C'est là où j'ai appris la poésie, la différence entre la poésie et le roman, l'essai, la philosophie. C'est là où j'ai découvert aussi quasiment tous les noms que je connais, les noms littéraires que je connais, ou même plus, je ne lisais pas que de la littérature, des scientifiques, etc. Voilà d'autres personnalités qui ont marqué. l'histoire, etc. aussi des biographes, de la biographie, pardon, aussi.

  • Speaker #1

    Et comment est-ce que tu fais pour écrire ? Est-ce que tu laisses mûrir tes idées et tu les couches sur un papier ou est-ce que c'est très spontané ? Quel est ton processus de création ?

  • Speaker #0

    Alors, ça a évolué un peu, mais ce que j'ai fait depuis que j'ai commencé à écrire, j'ai écrit avec le papier. Donc, j'écris avec le papier et ensuite, je les travaille beaucoup. Je récorrige, j'ai réécrit beaucoup.

  • Speaker #1

    Je vois que tu as ton carnet d'écriture.

  • Speaker #0

    Et ensuite, je le tape à l'ordinateur. Parfois, il m'arrive aussi de commencer directement à taper avec l'ordinateur. Et ça, c'est vraiment récent pour moi. Mais le processus, d'un point de vue littéraire aussi, a évolué. Parce que le regard aussi, la poésie, c'est le regard aussi que fait la personne. sur le monde, sur les choses, tout simplement. Et c'est comme ça, en fait, ce regard-là aussi évolue, les sujets qu'on aborde, les manières dont on aborde, et avec les mots, etc. Et donc ça, ça a évolué, et parce que j'ai appris aussi, depuis ces années-là, en écrivant, j'ai appris beaucoup de choses.

  • Speaker #1

    Tu écris sur quoi ?

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup écrit sur mon parcours, sur ce périple. Mais ça va au-delà de ça. Par exemple, quand on prend l'exemple de ce catalogue d'un exilé, le dernier qui est publié chez Flammarion, ça raconte mon histoire personnelle, mais c'est l'histoire aussi de beaucoup d'autres personnes. Et finalement, cette histoire personnelle se confond avec une histoire plurielle, l'histoire des centaines et centaines d'autres personnes en France aujourd'hui, en Europe, et même peut-être dans d'autres régions du monde, sur le continent américain et même peut-être ailleurs. Mais pour moi, ça va au-delà de ça, tout simplement, parce que la vie d'une personne ne se résume pas seulement à ces personnes qui ont vécu ces situations-là. Comme on le dit, comme d'autres veulent nous faire croire, ce ne sont pas des étiquettes, c'est aussi des êtres humains, aussi à part entière. Donc, ils ont des besoins aussi, ils ont besoin de faire leurs courses. de vivre, de rencontrer l'amour, de vivre leur vie tranquillement, d'aller dans un jardin, se promener, aller boire un verre avec des amis, rencontrer de nouvelles personnes. Donc c'est des gens comme les autres aussi. Et voilà, c'est pourquoi dans le catalogue d'un exilé, il y a des poèmes qui parlent de Nefru de Halle, la rue où j'habitais avant, de mon quartier où j'habitais avant, des poèmes qui parlent de ma chambre, d'une journée tout simplement que j'ai... Pas que des poèmes comme « Je ne suis pas migrant » , comme « Le voyage infernal » , il n'y a pas que des poèmes syllogans, mais il y a aussi des poèmes tout simples. Ça, peut-être, c'est aussi une forme de réponse aussi, une réponse par le simple aux choses peut-être difficiles.

  • Speaker #1

    Tu nous disais que tu lisais beaucoup. Qui sont tes inspirations, tes maîtres à penser en poésie ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est vrai que... J'écris beaucoup. Moi, je dirais que ma grand-mère a été... Une des sources d'inspiration importantes pour moi, elle l'est encore aujourd'hui. Je dirais même que c'est la plaque tournante de ma poésie, mais aussi de ma pensée. Beaucoup plus parce qu'elle m'a profondément influencé, marqué. Et bien sûr, dans mes lectures, dans mon écriture, on peut rencontrer aussi d'autres écrivains comme Senghor, Césaire, etc. Parce que... les poètes de la négritude, les écrivains de la négritude, parce que moi, je ne peux pas les ignorer. C'est vraiment important du point de vue historique, mais il y en a beaucoup. Il y a aussi Pascal, qui n'est pas poète, mais qui est philosophe, penseur aussi. Il y a Arthur Rimbaud, il y a Victor Hugo, et que j'admire beaucoup. Donc, il y a énormément de personnes, d'écrivains, des familles. que j'admire et des personnes toutes seules qui, à des moments, discutent de certaines choses et ces discussions mènent à la poésie. J'ai envie de les mettre ou de souvenir avec ma grand-mère, avec les endroits, les activités que faisait ma grand-mère. Je me suis dit, il faut que je les mette en poésie. Donc, les influences sont multiples aussi.

  • Speaker #1

    Et en 2020, tu as été nommé ambassadeur de la paix. Comment est-ce que tu as reçu cette reconnaissance ?

  • Speaker #0

    Ce n'était absolument pas une reconnaissance recherchée, mais j'ai été contacté par le cercle des ambassadeurs de la paix à Genève qui m'a proposé cette reconnaissance-là. J'étais très ému, je suis encore très ému quand on parle de ça, parce que pour moi, être ambassadeur de la paix, ce n'est pas seulement la responsabilité d'un jeune poète, ce n'est pas la responsabilité. d'une personne comme moi, mais c'est la responsabilité qui nous concerne tous, toutes et tous, et nous sommes tous ambassadeurs de la paix, parce que la paix nous concerne tous, et moi je le vois comme ça. Et c'est une reconnaissance, c'est un titre, mais je le suis autant que vous, autant que nos auditeurs qui sont là.

  • Speaker #1

    Ça veut dire quoi, être ambassadeur de la paix ?

  • Speaker #0

    Être ambassadeur de la paix, c'est contribuer à la paix dans notre quotidien, dans notre manière de vivre. Avec nous-mêmes, être en paix avec soi, avec son voisin, avec son entourage, avec son pays, le pays où on habite, avec son environnement, avec la nature. Être en paix, c'est comme si... ça me fait penser à la manière dont ma grand-mère vivait. Je pense que si on est en paix avec soi, on sera en paix avec tout ce qui nous entoure. Les gens qui ne sont pas en paix aujourd'hui, qui créent parfois même... Les conflits aujourd'hui sont des gens qui ne sont pas en paix avec eux-mêmes. Ils ont des problèmes personnels. Donc ils essayent de les porter ailleurs, à leurs voisins, au monde que nous sommes. Donc c'est des gens qui doivent revoir leur paix intérieure.

  • Speaker #1

    Merci pour ce message. Est-ce qu'il y a des projets que tu portes en ce moment pour justement sensibiliser à la paix, à la fraternité ?

  • Speaker #0

    Oui, je fais beaucoup de rencontres littéraires, notamment dans les écoles avec les collèges et des ateliers d'écriture aussi. Je suis à la recherche de résidence d'écrivain en ce moment, mais je suis aussi parrain de plusieurs associations. Il y a une association, un collectif qui est à Nantes qui s'appelle Atelier de Français. Et voilà, je suis parrain. en tant que membre aussi. Et en même temps, dans l'Oise aussi, il y a une association. Donc, il y a ces causes-là qui me tiennent beaucoup à cœur aussi, tout ce qui est humanitaire aussi. Parce que pour moi, c'est très important tout ce qu'on fait. Il faut que l'être humain soit à la base de ça. Il ne faut pas qu'on oublie notre humanité. Et pour moi, c'est tellement important de ne pas oublier ça par les actes aussi. tout ce qu'on fait, même si on n'est pas d'accord avec tout ce que l'autre dit, l'autre fait, mais on ne doit pas oublier que l'autre aussi est un humain comme nous. Et ça, c'est important aussi.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de ton dernier ouvrage, « Catalogue d'un exilé » , qui évoque justement la douceur, la nostalgie. Qu'est-ce qu'il représente pour toi, ce livre ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est le dernier, mais il y a eu aussi quatre autres avant. Donc, je les porte tous. Au même titre dans mon cœur parce que voilà c'est des enfants, c'est comme des enfants, c'est les naissances. Et aussi l'écriture nous permet aussi de dialoguer avec parfois les personnes qu'on ne connaît même pas, les personnes qu'on n'a pas rencontrées. Et avec l'écrit. Aujourd'hui, moi j'arrive à lire les écrivains de la Grèce antique, les écrivains, les philosophes de la lumière qui ne sont plus aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui, je me rends compte aujourd'hui aussi, c'est une manière aussi de témoigner aussi. Oui, bien sûr, c'est la poésie, mais de témoigner par l'écrit, par la poésie de ce qui se passe, parce que ces choses-là se passent encore aujourd'hui. Et de sensibiliser, de montrer aussi aux gens, on est en Nantes aujourd'hui, montrer aussi aux Nantais, aux Français, aux Européens aussi, que ces gens-là qui font ces périples-là, ils le font souvent, ils n'ont pas le choix. C'est des gens aussi comme vous, et parfois c'est des enfants, parfois c'est des mères, c'est des hommes, et parfois d'autres avaient d'autres métiers. Et c'est aussi une manière de témoigner de cela aussi. Et je me rends compte de cette responsabilité aussi qu'a l'écrivain, qu'a l'artiste aussi.

  • Speaker #1

    Et quel va être ton prochain projet ? Sur quoi est-ce que tu vas travailler ?

  • Speaker #0

    Je travaille sur plusieurs projets en ce moment. Notamment, il y a un projet que j'ai fait il y a quelques années quand j'avais 17 ans. Quand j'ai publié mon premier livre. Je n'avais pas encore publié le deuxième. Je voulais découvrir la poésie guinéenne. Peut-être qu'on aura un jour l'occasion d'en parler. Et donc j'ai fait une recherche sur la poésie guinéenne. J'ai constitué une anthologie de plus de 50 poètes guinéens. Donc un recueil de quasiment 500 pages. Et ce projet-là, c'était vraiment découvrir la poésie guinéenne parce qu'il n'y a pas d'anthologie de la poésie guinéenne jusqu'à aujourd'hui. Et moi, je voulais lire une anthologie. Et je me suis rendu compte aussi qu'en le publiant, ça peut aussi répondre à la même question peut-être que d'autres se posent, des Guinéens ou pas, des Français aussi, parce que c'est la langue française qu'ils écrivent. Et donc, il y a ce projet-là que je souhaite publier cette année ou l'année prochaine, et aussi un recueil de poèmes aussi.

  • Speaker #1

    À quel âge, Femarese ? Je ne t'ai même pas demandé.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, j'ai 23 ans.

  • Speaker #1

    Je termine souvent ce podcast par des questions sur Nantes. Qu'est-ce que tu penses de Nantes ? Qu'est-ce que tu trouves ici ?

  • Speaker #0

    Nantes, c'est mon...

  • Speaker #1

    Ta passion pour les Canaries ? Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Malgré, on aimerait qu'ils fassent plus les Canaries, mais ça n'a pas changé. Nantes, c'est une ville agréable à vivre. N'oublions pas quand même que moi je voyage beaucoup en France particulièrement, à l'intérieur de la France. Quasiment toutes les semaines je vais dans plusieurs endroits.

  • Speaker #1

    Tu m'as compté ton planning avant qu'on enregistre, c'est vrai qu'il est noir.

  • Speaker #0

    Les prochaines semaines,

  • Speaker #1

    on va aller dans la France.

  • Speaker #0

    Voilà, j'ai découvert quand même que Nantes c'est une ville culturellement forte en France. C'est une des villes culturellement qui bouge beaucoup, beaucoup. En France il y a énormément de festivals. de littérature, de poésie, de films, énormément de festivals de jeunesse, etc. que la ville propose. Et le message c'est que, malheureusement, ce qu'on voit, etc. avec la région, la suspension de la subvention à la culture, au sport et au monde associatif, c'est désolant. Il faut qu'on garde ce côté-là, ce côté-là culturel. Il faut qu'on poursuive ce côté, parce que la culture, c'est ce qui nous rassemble. Avec la culture, quand on voit dans une soirée, dans un concert, peu importe le concert musical, peu importe le genre musical, on ne se demande pas dans quelle langue cette personne parle. On écoute tous la musique, beaucoup en tout cas. On écoute la musique, on écoute différents genres musicaux, etc. Ce sont des exemples culturels forts. Et pour moi, c'est ça qui fait la particularité de cette ville. C'est que c'est une ville à dimension culturelle grande. Et ça, on doit tous contribuer à cela, même si on n'est pas d'accord sur tout. C'est normal, mais on doit préserver ce côté-là. On ne doit pas laisser la culture de côté.

  • Speaker #1

    Et est-ce qu'il y a un événement culturel, justement, à Nantes que tu manquerais pour rien au monde ?

  • Speaker #0

    Ah ! C'est difficile à choisir. C'est difficile à choisir. Parce qu'il y a énormément d'événements, de grands événements culturels à Nantes. Il y en a beaucoup, il y a les Folles Journées qui viennent se passer. Bientôt il y a les Atlantides, le festival des littératures du monde où j'étais l'année dernière. Et il y a bientôt Atlantide, il y a aussi le festival de cinéma, les Trois Continents aussi qui sont là, le festival de films. Il y en a... Il y en a énormément.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu as des adresses que tu voudrais nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, à Nantes, il y a 30 mots aussi. Prendre le bateau à la gare maritime et traverser la Loire, qui est un fleuve qui n'est plus à présenter aux Français aujourd'hui. Et aller à 30 mots faire une petite balade. Et aussi, il y a les machines de l'île qui ne sont plus à partager. Mais moi, il y a un endroit que j'aime beaucoup en Nantes aussi, c'est le jardin des plantes. Le jardin des plantes, c'est extraordinaire. D'ailleurs, on pourrait dire que c'est un jardin extraordinaire.

  • Speaker #1

    Pourquoi ? Qu'est-ce que tu apprécies dans ce jardin ?

  • Speaker #0

    D'abord, le calme. Et aussi, c'est très propre. C'est tout le temps propre. C'est entretenu et c'est en face de la gare parfois. Si on a une longue attente, on peut venir s'asseoir au jardin des plantes. C'est la sérénité en fait. Malgré les gens sont... sont sereins, sont agréables dans la ville, dans toute la ville. Et voilà, c'est mon endroit secret, c'est un endroit que je fréquente souvent, le jardin des plantes en haute.

  • Speaker #1

    Merci, Félmaré. Je te propose pour terminer ce podcast, est-ce que tu pourrais nous partager un extrait d'un de tes poèmes préférés ? Enfin, un poème qui te tient particulièrement à cœur.

  • Speaker #0

    Tous ces poèmes me tiennent à cœur, bien sûr. La chaleur qui me manque. Que je voudrais me souvenir de toi, ô chaleur qui me manque. Quand dans la nuit européenne, sous ma couette bien chaude, je ne te sens guère. Quand je viens m'asseoir près de la cheminée, je ne te sens guère. Ô chaleur, hélas, hélas, hélas, ô. Pourtant, tu es feu rempli d'oiseaux plumes en elle-même. Pourtant, tu es thé doré classique, semblable à la lumière et l'ombre de Borgès. Pourtant, tu es le tambour, le tam-tam, le djembé et la femme qui réchauffe mon cœur. Pourtant, tu es si importante à la case maternelle, si chère à la vie hivernale en elle-même. Oh, chaleur qui me manque ! Chaleur maternelle, chaleur natale, chaleur amicale. Oh, je voudrais m'en souvenir, que je voudrais m'en souvenir simplement. La chaleur à laquelle tout enfant aspire.

  • Speaker #1

    Merci, Palmarès. Merci pour aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Merci également, Léonore. C'était un plaisir.

  • Speaker #1

    Oui, c'était un plaisir. À très bientôt, Palmarès.

  • Speaker #0

    À très bientôt.

  • Speaker #2

    Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a plu, Partagez-les autour de vous en l'envoyant à vos proches ou en le reléguant sur vos réseaux sociaux. Et si jamais vous écoutez cet épisode sur Apple Podcasts et Spotify et que vous avez 20 secondes devant vous, n'hésitez pas à laisser une note et un commentaire en dessous du podcast. C'est grâce à ça que vous m'aidez à le faire connaître et grandir. Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu'il y a plus d'une soixantaine d'épisodes enregistrés avec de nombreux invités mentais passionnants et plein d'autres formats sur l'actualité d'ici. disponible sur votre plateforme d'écoute préférée. Pour suivre toute l'actualité du podcast, retrouvez-nous sur Instagram et Facebook, ou suivez-moi sur LinkedIn. Bref, en deux mots, abonnez-vous au podcast, écrivez-moi, partagez, c'est ce qui fait vivre ce podcast qui n'existerait pas sans votre fidélité. Merci.

Description

« boza boza boza… tout le monde se réunit dans la cour et ils commencent à nous appeler »

Cette phrase, le nantais falmarès l’a entendue un nombre de fois incalculable.

Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d’actualité.


À 14 ans, il quitte la Guinée, laissant derrière lui une enfance bouleversée.

Son chemin, semé d’épreuves, le conduit à travers le Mali, l’Algérie… jusqu’en Italie, où, dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots.

La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience.

De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l’arrachement, la perte, mais aussi l’espoir.


Installé en France, à Nantes, il est nommé Ambassadeur de la Paix et porte, un message puissant : celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui renaît.

Cette voix résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force inébranlable.

Je vous souhaite une très belle écoute. 🎧✨

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Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu’il y a plus d’une 60aine d’épisodes enregistrés avec de nombreux invités nantais passionnants et pleins d’autres formats sur l’actualité nantaise disponibles sur votre plateforme d’écoute préférée. 


Pour suivre toute l’actualité du podcast, retrouvez RayonNantes sur Instagram et Facebook ou suivez-moi sur Linkedin. 


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Hello à tous, je suis Eleonore Vigneron et je suis ravie de vous accueillir sur Rayon Nantes. Dans ce podcast, je pars à la rencontre de personnalités inspirantes qui rythment l'actualité ou l'innovation à Nantes et dans la région. Ensemble, nous discutons de leur parcours de vie, de l'origine de leurs projets et de leur vision de l'entrepreneuriat à Nantes. Rayon Nantes ? un podcast original à écouter quand vous le voulez sur toutes vos plateformes de podcast. Boza, Boza. Tout le monde se réunit dans la cour et il commence à nous appeler. Ces mots, Falmarès les a entendus un nombre de fois incalculables. Son histoire est douloureuse, singulière et pourtant terriblement d'actualité. À 14 ans, il quitte la Guinée laissant derrière lui une enfance bouleversée. Son chemin, semé d'épreuves, le conduit à travers le Mali, l'Algérie. jusqu'en Italie, où dans un camp de migrants, il trouve refuge dans les mots. La poésie devient alors son souffle, son espace de résilience. De ses premiers vers écrits en exil à la publication de ses recueils, Falmarès raconte l'arrachement, la perte, mais aussi l'espoir. Installé en France, il est nommé ambassadeur de la paix et porte un message puissant, celui de la mémoire, de la résistance et de la lumière qui est renée. Cette voix, elle résonne bien au-delà des frontières. Son témoignage est bouleversant et pourtant il en ressort une force. inébranlables. Alors je vous souhaite une belle écoute. Bonjour Falmarès.

  • Speaker #1

    Bonjour Eleonore.

  • Speaker #0

    Bienvenue dans Rayonnante.

  • Speaker #1

    Merci.

  • Speaker #0

    Je suis ravie de t'accueillir ce matin plus dans un endroit particulier puisqu'on enregistre dans un nouveau studio d'enregistrement qu'on vient d'ouvrir avec les équipes d'ici lundi qui s'appelle le Studio Planqué qui se trouve en plein centre de Nantes. Donc je suis ravie d'inaugurer ce studio avec toi. Falmarès, donc toi tu es poète et ambassadeur de la paix mais tu es avant tout une personne hors du commun, enfin du moins qui a un parcours hors du commun. Aujourd'hui j'aimerais bien qu'on revienne justement sur ton histoire, donc des débuts, ton enfance en Guinée jusqu'à ton arrivée en France. Écoute, je te propose que tu commences par nous parler de ton enfance.

  • Speaker #1

    Alors mon enfance, je dirais d'une manière générale, est une enfance heureuse dans le sens où il y a eu beaucoup de choses. Mais ce que je retiens, c'est ma naissance bien sûr à Conakry, la capitale de Guinée. Avec mes parents et ensuite, où j'ai commencé d'ailleurs ma scolarité avec ensuite mon frère, ma soeur aussi. Et un bouleversement aussi dans la famille. D'abord un premier. Les parents se séparent quand on était très jeunes et la maman ne pouvait plus s'occuper de nous. C'est notre grand-mère maternelle qui nous a accueillis à 200 kilomètres de Conakry, dans un village qui s'appelle Koba. C'est là où nous... Tous les trois, on ne voyait pas nos parents. On voyait la maman une fois par semaine. Elle venait le samedi, elle partait le dimanche parce que c'était le marché de Koba. Donc elle repartait après les marchés.

  • Speaker #0

    Pourquoi ta maman ne pouvait pas vous...

  • Speaker #1

    Parce qu'elle avait besoin de s'occuper d'elle, d'elle-même aussi, de trouver aussi... ... à manger, donc faire ses petits commerces, acheter tous les produits, la viande chèche, le poisson chéché, des choses de Ausha et revendre à Conakry. Donc elle passait la semaine à Conakry auprès de la petite sœur à ma grand-mère maternelle. Et donc c'est comme ça en fait, elle arrivait à subvenir à ses besoins et nous aider aussi. Donc nous on était avec notre grand-mère maternelle là-bas et on n'a pas vu notre papa. durant des années, plusieurs années.

  • Speaker #0

    Ah bon ? Ton papa était resté dans ton village ?

  • Speaker #1

    Non, il est resté après la séparation avec la mère à Conakry. Je ne sais pas où il est parti, on ne sait pas. En fait, on a entendu qu'il était un peu plus vers Kamsar. C'est dans la même région, mais c'est une autre ville en fait, une ville industrielle d'ailleurs. Donc, c'est le premier bouleversement. On avait peut-être 7-8 ans, moi j'avais 7-8 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Toi tu es l'aîné ?

  • Speaker #1

    Je suis le deuxième, il y a ma soeur qui est beaucoup plus petite et mon frère qui est beaucoup plus grand, qui avait deux années de plus que moi. Et c'est comme ça en fait, mais ces moments-là, moi je ne retiens pas que cette séparation-là d'abord. Parce que c'est les moments où moi j'ai beaucoup beaucoup appris dans ce petit village-là, qui n'est d'ailleurs pas très petit, mais qui m'a appris énormément de choses avec la grand-mère maternelle. qui travaillait toute l'année, elle seule. Donc, elle faisait la pêche, l'agriculture, l'élevage aussi. Donc, on l'aidait dans ses travaux au quotidien. Et son rapport avec ses semblables, avec ses voisins, voisines, avec la nature aussi, qui m'a beaucoup, beaucoup marqué et qui m'a aussi beaucoup influencé, je dirais, parce que... Quand je vois comment dans son quotidien elle résolvait ses problèmes, elle arrivait à survivre, à vivre aussi. Tout simplement, je me suis dit, si cette femme a su subvenir à ses besoins, a su vivre dans un environnement comme ça, c'est une grande force, beaucoup de monde peut le faire. Et ensuite, après quelques années avec elle, donc une grande partie de l'école primaire, Et ensuite le collège, juste avant de passer l'examen pour finir le collège, une année avant, les parents se sont réconciliés. Et ensuite, tous les trois, on est revenus auprès de notre papa, avec la belle-mère. Avec la belle-mère ?

  • Speaker #0

    Avec la belle-mère qui était là. C'était remarié ?

  • Speaker #1

    Voilà, c'était remarié d'ailleurs deux fois.

  • Speaker #0

    Avec la mère ?

  • Speaker #1

    J'avais 14 ans, 13-14 ans à ce moment-là.

  • Speaker #0

    Ok, donc de tes 8 ans à tes 14 ans, tu n'as pas vu ton papa et ta fille ?

  • Speaker #1

    Oui, on ne l'a pas vu.

  • Speaker #0

    Qu'est-ce qui se passe quand tu le revois la première fois ? Tu ressens quoi à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors, je ne me souviens plus de toutes mes émotions à ce moment-là, mais moi j'étais quand même très habitué à ma grand-mère. Bien sûr que je voulais, parce que quand on y était, il y a des moments quand même où on ne mangeait pas assez, on mangeait quand même une fois par jour. Il y a des jours où... On passait en fait toute la journée sans manger, on mangeait qu'à 23h minuit, on mangeait et on se couchait. Donc on a passé des moments économiquement très très durs avec la grand-mère maternelle. Et aussi quand on est passé au collège, nos amis, nos camarades, leurs parents pouvaient s'offrir des vélos parce que c'était loin pour aller au collège de la maison. Donc nous on n'avait pas les moyens, la grand-mère n'a pas les moyens de nous offrir un vélo. par exemple, pour aller au collège et pour acheter parfois des années de nouvelles tenues, en fait. Donc, on passait deux années avec la même tenue scolaire. Parce qu'en Guinée, on a des uniformes, en fait, pour aller à l'école. Et voilà, quand on revient avec chez le papa...

  • Speaker #0

    Avec ta maman, à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Avec la maman. Et ensuite, il y a aussi la belle-mère et on passe une année avec eux.

  • Speaker #0

    Vous habitez tous dans la même maison ?

  • Speaker #1

    Oui, tous la même maison, mais des chambres différentes, des chambres pour les garçons, des chambres pour les filles et aussi pour la mère et la belle-mère.

  • Speaker #0

    Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi est-ce que finalement ta maman est revenue vers son ex-mari, vers ton papa ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelle a été la démarche qu'ils ont initiée ?

  • Speaker #1

    Alors la démarche a été longue parce que je pense qu'aucun enfant ne souhaite que les parents se séparent. Sauf dans les cas exceptionnels, quand il y a des violences, etc., des choses très très dures, là, pour la paix, pour la stabilité, en fait, de la famille, etc. Et donc, ça, c'est dans les cas vraiment extrêmes. Et ça, à ce moment-là, lors de la séparation, ce n'était pas le cas. Et la démarche a été, surtout la démarche est venue du côté maternel. Et ensuite, ils se réconcilient comme ça, et nous aussi, les enfants. qui ont fait cette démarche-là, donc qui disaient, qui réclamaient qu'ils se réconcilient parce que ça faisait des années. Et ensuite, voilà, on est revenus chez le papa et la belle-mère. Là,

  • Speaker #0

    vous vivez tous sous le même toit.

  • Speaker #1

    Tous sous le même toit, une année après.

  • Speaker #0

    Toi, tu es au collège, en plus, tu disais, donc tu changes en plus de ville, d'école.

  • Speaker #1

    D'établissement.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu t'adaptes ?

  • Speaker #1

    Alors, c'était très dur parce que j'ai lié des amitiés pendant ce moment-là à l'école primaire et au collège. On a eu de très grandes amitiés, surtout dans un village, ce n'est pas la même vie que dans une capitale. Parce que c'est des amitiés en fait fortes et à cet âge aussi. Et c'est toujours très dur de faire ça, de vivre ce changement-là. Mais c'était important pour reconstituer la famille pour nous et à ce moment-là c'était nécessaire. Et une année après, ma maman tombe malade, elle décède. Dans les conditions aussi...

  • Speaker #0

    Elle est décédée de quoi ?

  • Speaker #1

    Alors, elle est tombée malade. Elle nous a dit, je me souviens, un matin qu'elle avait mal à la tête. Et on a dit, bon, ça va passer. On l'a amenée dans un hôpital à côté. Et ensuite, ça s'aggravait. Et avant midi même, et c'était vraiment très très dur, on ne comprenait pas ce qui se passait. On nous dit, il faut l'amener encore ailleurs. On nous a dit qu'il y avait un endroit. Avant la fin de la journée, elle ne pouvait plus parler. Et donc, en moins de dix jours, elle est décédée sans même nous reconnaître, nous, ses enfants. Et on n'a même pas su en fait de quoi elle est décédée. Et elle ne pouvait rien faire. Elle ne pouvait pas bouger, elle ne pouvait pas manger elle-même. Elle ne pouvait rien faire, parler, même nous reconnaître. Et c'était très très dur de vivre ça à cet âge-là.

  • Speaker #0

    Vous avez 15 ans ?

  • Speaker #1

    Oui, j'avais 14 ans quand elle est décédée vraiment. Et après aussi, quelque temps, ma soeur est partie vivre chez ma grand-mère maternelle où nous étions. Et aussi mon frère est parti.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Après le décès. Moi je suis resté et c'est là où tout bascule et ensuite je quitte. C'est là où l'exil commence après.

  • Speaker #0

    Attends, alors du coup, si on reprend, quand tu dis c'est là où tout bascule, c'est à partir du moment où ton frère et ta soeur ont fait le choix de retourner vivre avec leur grand-mère, là où toi, tu n'as pas fait ce choix ?

  • Speaker #1

    Alors, ce n'était pas pour vivre avec eux parce que ma grand-mère maternelle a eu l'iniquité, en fait, comme ma mère. Heureusement pour elle, elle a adopté un enfant, un autre garçon qui était beaucoup plus jeune. Mais ce garçon, voilà, il travaillait ailleurs, il n'était jamais présent. Et donc, imaginez vivre le décès d'une fille unique. C'est dur, c'est encore dur pour nous, nous les enfants, mais c'est encore beaucoup plus dur pour une mère de voir son enfant décédé de sa sorte, mourir sous ses yeux. Et donc, voilà, pour peut-être consoler ou l'aider un peu à regarder, donc ma soeur est partie vivre quelques temps avec elle. Et ensuite, c'est là où mon frère aussi est parti. Moi, je suis resté dans la famille avec la belle-mère. C'est là où tout bascule.

  • Speaker #0

    Tu n'as pas eu envie de suivre tes frères et soeurs et de retourner vivre chez ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Non, je n'ai pas eu cette pensée-là. Ce n'était pas des moments où on réfléchissait à faire des plans ou à faire quoi que ce soit. C'était vraiment ces moments-là. On y pense souvent, mais comment est-ce que ça se fait et comment cela peut arriver ? Parce que quand on a cet âge-là, bien sûr qu'on sait, on a tous l'idée. Dès qu'on est conscient, on est conscient en fait de la réalité, de la vie, on sait que nous allons mourir et on voit aussi les gens mourir. Mais quand on voit, quand ça frappe à notre porte de la sorte, ça devient encore quelque chose. Différent. Et à ce moment-là, on se demande pourquoi, pourquoi nous, pourquoi elle, pourquoi elle, si jeune, décédée, et encore nous, et qui va s'occuper de nous, etc. Donc on se pose différentes questions. Donc on ressent à ce moment-là une forme d'injustice très forte. Et on dit que ce n'est pas juste, la vie n'est pas juste et ça ne devrait pas se passer comme ça.

  • Speaker #0

    Et quelle relation tu avais avec ton papa à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Alors avant ces moments-là, on avait une relation normale. Et voilà, c'est vraiment après que les relations se dégradent. Et qui se dégradent très rapidement aussi.

  • Speaker #0

    Après le décès de ta maman ?

  • Speaker #1

    Oui, parce qu'il y avait peut-être la belle-mère, etc. Tu t'entendais bien avec ta belle-mère ? Oui, on n'avait pas vraiment... Elle avait même contribué aussi à l'arrivée de ma mère, ce qui était paradoxal. Mais après, les choses se sont vite dégradées.

  • Speaker #0

    Tu nous parlais de cet exil. Tu nous disais que tu avais quitté ton pays suite au décès de ta maman. Qu'est-ce qui t'a poussé à quitter ton pays ?

  • Speaker #1

    C'est cet événement, cette raison familiale d'abord, qui m'a poussé à quitter. Parce que j'étais en danger. Et c'est pourquoi j'ai fui, j'ai fui la famille et je ne savais pas où aller. En fait, j'ai suivi les gens, j'ai pris à la gare une voiture, je suis monté dedans et je suis venu jusqu'à Bamako en fait.

  • Speaker #0

    C'est une décision que tu as prise comme ça sur un coup de tête du jour au lendemain ou au contraire c'était plutôt une décision qui était réfléchie ?

  • Speaker #1

    Non absolument pas, ce n'était pas des moments où... parce que ces moments-là d'ailleurs avant... Avant, ce qui s'est passé dans la famille, je le mets entre parenthèses, je ne le raconte pas ici, bien sûr, parce que ça reste des choses familiales malgré tout. Et ensuite, ces événements-là, ces événements-là que je n'avais pas imaginés, je pense que personne n'avait imaginé venir à ces événements-là et qui m'ont poussé vraiment à fuir pour survivre. C'est la décision qui m'est venue en tête de quitter la famille avec juste le petit sac scolaire que j'avais.

  • Speaker #0

    Sans prévenir ton frère, tes soeurs, ta grand-mère ?

  • Speaker #1

    Je n'avais pas de moyens pour les prévenir parce qu'ils étaient loin. Est-ce qu'ils pouvaient même comprendre tout ce qui se passait peut-être ? Mais je n'avais pas les moyens pour prévenir. Ça pouvait prendre peut-être des mois pour voir quelqu'un qui y va et l'envoyer un petit message ou à mon frère aussi.

  • Speaker #0

    Donc là t'as 14 ans, c'est ça ? Tu prépares un petit sac un soir et tu sautes dans un train de séquence dans la nuit ?

  • Speaker #1

    C'est dans la journée même, ouais. Tu te lèves un matin,

  • Speaker #0

    tu pars avec ton sac à dos sur le dos, tu dis au revoir à ton père et à ta belle-mère ?

  • Speaker #1

    J'ai dit au revoir à personne, c'était surtout pour ne pas qu'on cherche.

  • Speaker #0

    Mais pour bien comprendre ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là, qu'est-ce que tu te dis ? Tu te dis, je fuis parce que... Enfin déjà, est-ce que tu savais où tu voulais aller ?

  • Speaker #1

    Non. Alors j'ai quitté, c'était vraiment fur, je ne savais pas où je voulais aller. Tout ce que je voulais c'était un endroit stable, c'est ça que je cherchais. C'était beaucoup ce qui se passait dans ma tête. Et moi, quand j'arrive à Bamako, déjà le trajet me calme un peu parce que ça dure quand même plusieurs heures, trois jours, quasiment deux jours, plus de deux jours pour venir à Bamako. En train ? Non, en voiture.

  • Speaker #0

    Il y a un peu d'argent à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    Je n'avais quasiment pas grand-chose, juste le transport et à manger pour quelques jours. D'ailleurs, c'est pourquoi j'ai suivi plus tard les gens, parce que je ne pouvais pas rester seul pour manger aussi avec eux.

  • Speaker #0

    Donc là, tu sautes dans une voiture pour Bamako. Oui. Tu demandes à un chauffeur de te demander là-bas.

  • Speaker #1

    Oui. Je ne savais même pas qu'il était vraiment destiné là, mais je voulais aller au plus loin possible, à un endroit où on ne me retrouve pas. Donc, je ne savais même pas.

  • Speaker #0

    C'est le même que ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

  • Speaker #1

    C'était la peur aussi. Beaucoup plus la peur de rester là où je suis que d'aller là où le destin me conduit. C'était beaucoup plus cette peur-là. Et je ne savais pas et je ne connaissais même pas vraiment cette route que j'ai découvert soudainement. Et j'entendais parler, etc. Et je me suis traversé tout le désert du Sahara plus tard, pendant plusieurs jours, sans jour. Je n'avais même pas une bouteille d'eau. D'ailleurs, quand je suis monté dans... Je n'avais pas de biscuits, je n'avais absolument rien sur moi. Je me demandais comment j'allais survivre, mais je n'étais pas seul. Parce qu'il y avait énormément, il y avait deux camions à Ben. Des camions qui transportent du sable. C'était des sortes de camions-là. On était vraiment entassés les uns sur les autres et plusieurs nationalités, des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens, des Sénégalais, d'autres nationalités encore plus, Niger, Kikad, etc. Et rempli, les femmes devant, les garçons derrière. Et c'est comme ça, mais c'est grâce au...

  • Speaker #0

    Quel était le but ? J'ai bien oublié à ce moment-là.

  • Speaker #1

    Le but du camion, c'était vraiment traverser le désert. Traverser le désert, venir jusqu'en Algérie, quasiment à la frontière.

  • Speaker #0

    Fais-nous un petit topo géographie. Donc la Guinée, hop, tu as traversé quel pays ?

  • Speaker #1

    La Guinée, le Mali. Le Mali, le désert, parce que c'est des grands pays aussi pour les traverser. Et ça prend énormément de jours. Et ensuite, en Algérie, la ville de Tamaracet. Arrivé à Tamaracet, on se sépare parce que... Avant d'arriver dans la ville, le camion ne peut pas traverser comme ça la frontière parce qu'il y a les gardes.

  • Speaker #0

    C'est passé combien de jours entre le moment où tu as quitté la Guinée et que tu es arrivé en Algérie ?

  • Speaker #1

    C'est deux mois, peut-être un peu moins de deux mois. Parce que la Bamako, Tamara 7, en Algérie, ça a duré quasiment deux semaines. Parce qu'on nous arrêtait tous les jours.

  • Speaker #0

    Mais tu dis... Tu avais très peu d'argent à ce moment-là, comment tu faisais pour te nourrir ?

  • Speaker #1

    Alors, c'est quand j'ai suivi les gens et on partageait ce qu'ils avaient. Et il y en a qui ont accepté de me partager leur eau, de me faire partir de leur groupe. Et il y avait aussi, dans le groupe, tout le monde avait des gourdes d'eau de 5 litres. Et aussi de l'amidon du manioc. Le manioc a... quand on enlève son amidon, comme une sorte de couscous de manioc. Donc il y avait ça, il y avait du sucre et aussi du sel et de l'huile. Donc c'est avec ça qu'on se nourrissait. Et des biscuits aussi. Donc c'était ça parce que ça ne pouvait pas se gâter et ça pouvait durer plusieurs jours. Tous les jours, pendant que le camion roule, on met un peu d'eau sur l'amidon, sur la farine de manioc.

  • Speaker #0

    Vous étiez combien en ce cas ?

  • Speaker #1

    Honnêtement, je ne sais pas exactement. Je n'ai même pas pensé à compter parce qu'on était tellement nombreux. Deux camions remplis et aussi, il y a la peur aussi. Bien sûr. Et la violence tous les jours, la nuit. On vous arrête, les gens vous arrêtent avec des armes. Vous ne savez pas d'où ils sont sortis parce que vous ne voyez rien. Le camion, vous ne voyez, il n'y a pas de fenêtre. Pour voir ce qui se passe, on vous arrête avec... Des kalachnikovs pour vous demander ce que vous avez, pas pour vous fouiller, enlever vos habits, si vous avez de beaux habits, et fouiller vos sacs, tout ce qu'ils pouvaient prendre, ils les prennent. Et même si vous avez des bagues ou des choses sur votre main, une montre, on les enlève. Et donc ça, c'était quasiment tous les jours. Et on pourrait se repartir. Parfois, on peut vous garder pendant une journée, dormir là-bas. Et il y en a, ils peuvent rester. Il y en a, ils partent pas avec eux, mais on ne sait pas qu'est-ce qu'ils deviennent ces gens-là, après.

  • Speaker #0

    Et tu ne sais pas pourquoi, eux ? Vous comprenez,

  • Speaker #1

    Iris ? Oui, pourquoi ? On vous sépare, on demande aux gens, il faut là vous payer de l'argent. Et là aussi, il y a la complicité aussi, les gens, les transporteurs aussi, les chauffeurs aussi. Parce que je me souviens...

  • Speaker #0

    Vous voulez dire que les chauffeurs étaient complices ?

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr, ils sont complices. Et je me souviens un moment quand on a quitté Bamako. Arrivé au nord, ils nous ont dit tous, ils se sont arrêtés, ils ont dit, ah là on va rencontrer peut-être les Touaregs, les gens du nord qui ont des armes, etc. Et si vous avez des objets de valeur, de l'argent, donnez-nous, on va les garder en fait. Ça vous permet de prévenir. Et arrivé à...

  • Speaker #0

    Arrivé à Tamaracet, on ne donne plus. On ne sait même pas où sont passés ces transporteurs-là. On ne saura jamais parce qu'on vous laisse dans un endroit où on vous dit que c'est la frontière. Il faut traverser la nuit, etc. Et c'est comme ça où on vous indique et ils repartent sur leur chemin. Donc, ils connaissent le chemin. Ils ont l'habitude de faire ces choses-là depuis des années.

  • Speaker #1

    Quelle histoire ! Et donc... J'imagine que les conditions devaient être tellement insalubres. Tu n'es pas tombé malade pendant tout ce trajet ?

  • Speaker #0

    Alors, le trajet, non. Le trajet, ça a duré quelques mois quand même. Maintenant, je ne suis pas tombé malade. Et quand je suis arrivé à Tamaracet, je suis resté pendant plusieurs jours dans la rue, etc., dans la gare. Et ensuite, dans la rue, il y a un monsieur qui s'est arrêté pendant qu'il pleuvait. D'ailleurs, il faisait hyper froid. Il m'a demandé ce que je faisais là. Je lui ai dit que je cherchais. Juste un endroit pour dormir. Il m'a demandé de monter dans son véhicule et on est venu à Alger. C'est un trajet aussi très long d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait ce monsieur m'a accueilli dans son chantier parce qu'il travaille dans un chantier de bâtiment, il gère plusieurs immeubles à rénovation, etc. à Alger.

  • Speaker #1

    Il te propose de monter dans ta voiture tout de suite, tu lui fais confiance ?

  • Speaker #0

    Ben, j'avais pas trop le choix. J'avais pas trop le choix parce que c'est ça qui est aussi fou parce que quand on pense aujourd'hui, aujourd'hui on réfléchit beaucoup, mais c'est des moments où on ne se demande pas, est-ce que je dois faire confiance à cette personne ou pas. Et dès qu'on a quelque chose pour survivre, on le fait tout simplement parce que c'est cet instinct-là. Quand on a, on a très froid, on a passé plusieurs jours sans dormir correctement et dormir dans la rue. Et quand quelqu'un nous ouvre sa porte, on ne réfléchit pas trop beaucoup.

  • Speaker #1

    Et là, qu'est-ce qui se passe ? Tu faisais quoi sur ce chantier ?

  • Speaker #0

    Alors, je n'étais pas seul à travailler pour lui. On était plusieurs jeunes, plusieurs personnes venant de différents pays. Aussi des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens aussi, qui travaillaient comme aide-ouvriers. C'est-à-dire qu'on faisait tout, tout ce qu'on pouvait faire, on n'avait pas de métier qualifié. Donc accompagner, aider par exemple les munisiers ou des plaquistes à monter des placo, différents étages, décharger, charger, nettoyer. Par exemple, je me souviens d'une activité quand même qui était vraiment très pénible pour moi. Beaucoup plus, on avait comme l'immeuble où on travaillait était en rénovation, il fallait enlever tous les carreaux sur la déventure de l'immeuble. Donc on a monté d'abord des essafotages, plusieurs étages, et on nous a attachés, on a pris des marteaux piqueurs pour enlever. Donc c'était des journées extrêmement longues. Et quand on finissait la journée, on se couchait, on se réveillait le matin, on prenait le petit déjeuner et on travaillait. Donc on dormait toute la nuit. Tellement le marteau piquant, il est très lourd. Et oui, ça, ça a duré plus de six mois. Voilà, travailler dans l'arène.

  • Speaker #1

    C'est très génial.

  • Speaker #0

    Je n'étais pas rémunéré directement. Je n'ai pas reçu directement de l'argent propre. Mais le monsieur, au lieu de me rémunérer, il m'a dit qu'un jour les gens vont venir pour te chercher, pour te ramener en Europe. C'est comme ça que je me suis retrouvé en Libye aussi. Mais il y a énormément de choses qui se passent aussi pendant les six mois en Algérie.

  • Speaker #1

    En Algérie, tu étais... nourris, logés, blanchis par cet homme ?

  • Speaker #0

    Oui, on avait des boxes où on dormait, sur le chantier aussi, où on nous envoyait des provisions.

  • Speaker #1

    Quelles étaient les conditions là-bas ?

  • Speaker #0

    Les conditions ? On avait des matelas, un petit matelas d'une place au sol et il faisait très froid. En Guinée, il fait beaucoup plus chaud, mais c'était des moments où aussi... Il y a des moments où il y avait la neige, etc. Moi, j'ai découvert qu'il neige en Algérie.

  • Speaker #1

    Tu ne connaissais pas la neige ?

  • Speaker #0

    Et donc, il faisait très froid. Et des moments aussi, on n'a pas assez pour se couvrir. Donc, des petits pulls, pas des manteaux pour se couvrir, pas aussi des draps pour se couvrir de couettes, comme on dit. et donc on... à aucun moment tu perds espoir alors je de là je ne savais même pas quoi faire Je ne me demandais pas ce qui se passait. En fait, je ne me posais pas beaucoup de questions.

  • Speaker #1

    Attendez, mais sans trop poser de questions.

  • Speaker #0

    Oui, je ne savais pas en fait quoi faire. Qu'est-ce que je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ? Avec quoi je vais aller ? Si je quitte ici aujourd'hui, je peux décider de ne pas travailler. Mais où est-ce que je vais aller ? On entend aussi. En Algérie, c'est vrai qu'il y a une chose qu'on ne dit pas souvent. Aussi dans le Maghreb. Quand on se retrouve là-bas, dans certains pays, dans beaucoup de pays, on est aussi dans une sorte d'illégalité, comme on dit. Et on entend tous les jours qu'on a pris les gens en Algérie, on les a laissés dans le désert. C'est des gendarmes, des policiers algériens qui font ça. Parfois souvent aux subsahariens et même parfois les étudiants le vivent aussi. On ne le raconte pas tous les jours. Mais c'est la réalité.

  • Speaker #1

    Quand tu entends ça, comment est-ce que tu fais, toi, pour retrouver des ressources en toi, pour aller jusqu'au bout de ton histoire, pour continuer d'y croire ? J'imagine qu'il y avait des moments où tu devais être désespéré.

  • Speaker #0

    Oui, mais quand on entend certaines choses, il y a énormément... Ça mérite vraiment un livre, parce que quand on entend parfois qu'il y a un patron et son histoire à Oran, un patron et... Et le monsieur qui est là où il y a eu des problèmes d'argent, etc., où l'autre a perdu la vie parce qu'on ne l'a pas payé, il a passé un an de salaire dans le chantier où on n'a pas payé finalement. Et la police l'a retrouvé mort dans le chantier ou des choses comme ça. Ça fait partie où on prend les gens, on les met dans les déserts, comme en Tunisie d'ailleurs avec le président. Donc c'est des histoires, je ne raconte pas des choses. Il y a des articles de presse qui en parlent aussi. Et moi quand j'y étais, j'ai entendu aussi beaucoup de choses. Donc on ne peut pas, quand on est dans un lieu comme ça où la personne est bienveillante aussi, Ce monsieur qui me demande pourquoi je suis là, qu'est-ce que je fais là à mon âge moi, et qui me prête des livres pour la première fois, et on discute de plein de choses. Je vais voir son papa chez eux, en plus, c'est pas court, et je passe la moitié de la journée avec son papa à discuter dans le jardin, à boire du thé, etc. On ne pense pas aussi à... à aller ailleurs, à fuir, tout simplement. Donc, on reste en attendant. Oui, peut-être en attendant. Et ce n'était pas des moments où je réfléchissais beaucoup par rapport à ces questions-là, d'aller, mais où aller, en fait, avec quel argent, avec quels moyens, et aussi pour aller, tout simplement.

  • Speaker #1

    Ces six mois se passent.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Et un matin.

  • Speaker #0

    Il m'a dit, en fait, à la fin de la journée, il m'a dit, un jour, les gens vont venir te chercher pour te ramener en Europe. C'est comme ça et je n'avais même pas un sou, un dinar parce que c'est l'argent au Maghreb, le dinar algérien. Et du coup, les gens viennent, je monte dans un véhicule Toyota et on voit, on change de véhicule et jusqu'à la frontière, on voit aussi d'autres personnes d'abord à la frontière et les gens viennent nous faire passer la frontière. Et on ne sait même pas qui est qui, je ne me souviens même pas d'un seul visage parce que c'était la nuit. Et je voyais des hommes, des femmes. Et après la traversée, il y a aussi des véhicules Toyota qui nous attendent derrière. On monte dans ces véhicules-là et pendant plusieurs jours, on a traversé toute la Libye, tout le pays. Et jusqu'à côté de Tripoli, dans une ville qui s'appelle Sabralta. Et c'est là qu'on traverse la Libye et on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Moi, je n'ai même pas vu. Et comme les autres qui étaient avec moi, on n'a même pas vu à quoi ressemble la Libye. Parce qu'on était derrière des véhicules Toyota, les bâches sur nous, où tout le monde se pissait dessus parce qu'ils ne pouvaient pas s'arrêter pour toi. Et donc il y a énormément de choses qui se passent. Et donc jusqu'à Sabralta, Sabralta, arriver là-bas.

  • Speaker #1

    Là tu mets combien de jours à traverser ?

  • Speaker #0

    Pendant plusieurs jours, peut-être 4-5 jours.

  • Speaker #1

    Tu perds la notion du temps à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Oui, on peut... On traversait quasiment la nuit. La nuit, on arrive dans un endroit, dans une cour fermée. C'est là où on nous donne des conserves à manger, des choses à manger. Et puis, peut-être à 6h du matin, à 5h du matin, on nous réveille. La nuit encore, de continuer la route, c'était comme ça en fait. Pendant ces jours-là, jusqu'à Sabralta. Et c'est là où moi je tombe malade, vraiment. Pendant tout le séjour, deux mois, je me souviens encore. Parce que je suis venu, je n'avais même pas d'argent. Et je n'avais rien sur moi. Et moi je pensais que voilà, arriver et le lendemain vous allez partir, comme je n'ai rien sur moi, mais ça a duré deux mois. Et c'est là où on se fait des amis aussi, on partage les mêmes choses et on rencontre aussi des gens. Très, très bienveillant aussi. C'est là, c'est d'ailleurs très paradoxal.

  • Speaker #1

    Une question que je ne t'ai pas posée. Quelle langue vous parlez entre vous ? Parce que tu dois aussi avoir cette barrière-là, non ?

  • Speaker #0

    Oui, absolument. Alors, en Afrique subsaharienne, il y en a beaucoup de pays qui sont francophones, y compris la Guinée. Donc, beaucoup de pays qui sont autour de la Guinée sont francophones aussi. Et donc, ça facilite aussi la communication quand on parle la même langue. Et aussi il y a d'autres langues, il y a le mandingue aussi, les langues mandingues aussi, qui permettent aussi de faciliter ce dialogue. Moi je parle très peu le mandinga en Guinée, le djoula en Côte d'Ivoire, le malier bambara en Gambie. Donc en fait c'est le mandingue aussi qui permet de communiquer entre ces différents pays, le français et l'anglais aussi. Donc moi je communiquais avec les gens en français. Et aussi, je rencontrais aussi quelques sous-sous, parce que c'est la langue de mes parents aussi. Mais ce n'était pas aussi beaucoup. Il y en avait aussi quelques-uns.

  • Speaker #1

    Et quand est-ce que tu traverses la Méditerranée ?

  • Speaker #0

    On vient, on nous dit... Il y a un poème d'ailleurs qui s'appelle Boza et qui est sur...

  • Speaker #1

    Un de tes poèmes ?

  • Speaker #0

    Un des poèmes d'un catalogue d'Annexidé qui explique ça, qui s'appelle Boza. Donc, nous, on nous dit un jour, vous allez Boza aujourd'hui, vous allez traverser la Méditerranée. On dit Boza, Boza, Boza et tout le monde se réunit dans la cour et on commence à appeler les noms, les pays. Ça ne veut pas dire Boza ? C'est un terme qu'on utilise quand on traverse et même quand on traverse. C'est-à-dire qu'on a traversé, on a fait la traversée. Ça, c'est pour faire la traversée. Donc, c'est ça.

  • Speaker #1

    Ok, donc là tu entends un jour Boza, là tu te dis ça y est c'est mon tour.

  • Speaker #0

    Voilà et on appelle les noms, les pays, etc. Ils ont tous les noms et on appelle toi parfois même, je pense qu'ils désignent d'autres par hasard. Et vous venez, vous gonflez le bateau par vous-même, vous le poussez, vous le gardez s'il n'y a pas de lumière, vous le mettez dans l'eau et on prend quelqu'un parmi vous. On le fait faire le tour, on le dit, toi tu es capitaine. Parfois la personne ne sait même pas nager, la personne n'a jamais conduit un bateau.

  • Speaker #1

    Vous êtes sur une plage ?

  • Speaker #0

    Oui, sur une plage.

  • Speaker #1

    Vous donnez à ce moment-là un bateau pneumatique, c'est ça ?

  • Speaker #0

    Voilà un bateau pneumatique.

  • Speaker #1

    Il faut que vous gonfliez ?

  • Speaker #0

    Oui. Et vous le gonflez, en fait, ça se fait facilement. Vous le prenez aussi, parce qu'ils envoient en fait...

  • Speaker #1

    Vous faites combien par bateau ?

  • Speaker #0

    Ça dépend du nombre, ça peut être des centaines. Nous, on était 180 quasiment.

  • Speaker #1

    180 ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est des zodiacs longs.

  • Speaker #1

    Des hommes, des femmes, des enfants ?

  • Speaker #0

    Oui, des enfants aussi.

  • Speaker #1

    Donc là, vous montez dans le bateau. Donc tu dis, il y en a un qui est le capitaine, on lui donne une carte, une boussole ?

  • Speaker #0

    Oui, on lui donne une boussole. On lui dit ce qui est vraiment très marrant. On lui dit là, c'est l'Italie. Les lumières que tu vois, donc s'il se trompe de lumière, il revient à Tripoli. Non on en rit mais c'est tellement... c'est pas normal ce qui se passe. Déjà prendre le bateau pneumatique n'est pas fait pour ce genre de choses, pour traverser... Un fleuve ça va, mais pas une mer. Et ensuite une personne qui n'a jamais fait ça, qui n'a jamais piloté un bateau, qui n'a jamais navigué, et prendre comme ça hasardement, parfois même des jeunes, et le mettre derrière juste avec une boussole, c'est criminel. Donc c'est ça qui se passe, tout simplement. C'est la réalité pourtant. Et tu suis parce que tout le monde est convaincu que là... On vous met à 23h à minuit du matin, tu dis, à 6h, on va être en Italie, mais c'est faux. On ne peut pas faire ça avec un zodiaque.

  • Speaker #1

    Puis en plus, il n'y a pas le choix, en fait. Quand on est arrivé là, tu continues ta quête.

  • Speaker #0

    Voilà, on n'a pas le choix parce que je me souviens d'un épisode pour expliquer ça, qu'on n'a pas le choix. Quand je suis arrivé là-bas, dans le camp, c'est des prisons, il y a un moment. Il y a trois personnes qui ont essayé de fuir le camp parce qu'ils expliquent qu'ils ont fait des mois et des mois. L'autre a fait plus d'une année là. On ne l'a jamais mis dans un bateau. On ne lui a jamais laissé partir. Donc il est là, ça fait... Il est tellement maigre. Donc ils se sont réunis en fait à trois pour fuir. pour grimper la cour. Et on a tiré sur eux. Il y en a un qui est mort. Et on a rattrapé les deux autres. Et on les a frappés devant nous. Pendant plusieurs jours, l'autre est mort sous nos yeux. Il est attaché. Ses pieds ne touchaient pas le sol. Donc on l'a frappé, frappé, avec des croix, avec des choses très très dures. Et donc il est décédé. Et donc on ne te laisse pas fuir, on ne te laisse pas partir. Donc tu ne réclames rien, on ne te laisse pas partir, on ne te laisse pas retourner, tu n'as pas ta liberté. Et voilà le seul choix c'est, voilà si tu es réussi à fuir, t'as mieux sinon. Et même si tu es réussi à fuir parce que c'est, peut-être que tu vas tomber sur des gens encore qui vont t'attraper parce qu'ils ont des armes ou bien ils vont tirer sur toi. Tout simplement. Et finalement, voilà, dans le Zodiac, on a eu quand même beaucoup de chance, nous. Parce que je me souviens, on a lancé plusieurs bateaux quand moi j'étais là, sous mes yeux. Et les gens se sont retrouvés en prison. Parce que tout simplement... Ils se sont fait arrêter ? Ils se sont fait arrêter par les gardes-côtes. Ils se sont retrouvés en prison à Tripoli.

  • Speaker #1

    Donc les gardes-côtes arrivent en bateau et hop, ils prennent tout le monde et...

  • Speaker #0

    Oui, quand on répare le bateau, les gardes-côtes... Les Libyens peuvent intervenir, et même parfois certains militaires peuvent intervenir pour vous attraper. Et parfois même appeler vos parents, appeler les gens, les demander de l'argent, avec la complicité aussi parfois des gens de nos pays, nos compatriotes aussi, qui mettent ces réseaux en place.

  • Speaker #1

    Et pourquoi vous, vous n'avez pas été attrapé ?

  • Speaker #0

    Je ne sais pas, je ne pourrais pas l'expliquer. On s'est retrouvés, après deux jours, on s'est retrouvés dans les eaux internationales. Et du coup, je ne sais pas comment, ils nous ont repérés. Il y avait un hélico et ensuite la Croix-Rouge et la Croix-Blanche qui sont venus en notre séco. Je pense que c'est des systèmes de radar. On voit tout ce qui se passe en Méditerranée avec les Européens.

  • Speaker #1

    Donc là, la Croix-Rouge vous repère et vous ramène en Italie ?

  • Speaker #0

    Voilà, la Croix-Rouge et la Croix-Blanche ensemble.

  • Speaker #1

    Comment est-ce que tu as fait pour payer ta traversée ? Tu disais que tu n'avais pas d'argent.

  • Speaker #0

    Quand j'étais en Algérie, le monsieur ne me rémunérait pas, le chef de chantier. Et au lieu de me rémunérer, il a donné cet argent pendant six mois aux gens qui m'ont... Donc, tout était payé de mon travail en Algérie.

  • Speaker #1

    Donc là, excuse-moi, je reprends le fil de l'histoire. Tu arrives en Italie et qu'est-ce qui se passe ?

  • Speaker #0

    Alors, on arrive en Italie, on ne connaît pas le pays. On demande juste les noms et les prénoms. Et ensuite, arrivé en Syrie...

  • Speaker #1

    Mais vous êtes dans des camps ?

  • Speaker #0

    Oui, avant même d'être là-bas, on nous met dans les bus. Des bus... plusieurs bus qui viennent, qui nous répartissent un peu partout en Italie, sur le territoire. Et moi, je me retrouve à Bolzano. Avec la Croix-Rouge et la Croix-Blanche d'ailleurs encore. Et ensuite, voilà, c'est là où je réalise aussi tout ce qui s'est passé, honnêtement. C'est là où je réalise une année qui s'est passée, plus d'une année. Et quand même ma vie et tout ce que j'ai traversé aussi. J'ai dit, j'aurais pu mourir dans le désert. Et même d'ailleurs en gare à Bamako, dans le désert. En Algérie, dans la Méditerranée, en Libye, sans que personne ne cherche. J'avais du mal à dormir tous ces souvenirs douloureux. Et aussi, je réalise aussi que... Après, j'ai dit les souvenirs de ma maman. J'ai dit ce qui était vraiment, à ce moment-là, insupportable pour moi. J'ai dit, je ne vais jamais plus voir ma maman. Et cette idée, j'essayais de la rejeter plusieurs fois. J'ai dit non. c'est pas possible et on va plus se revoir et ça j'avais du mal à accepter j'ai eu du mal à accepter même aujourd'hui j'ai aujourd'hui voilà je grandis mais j'avais énormément du mal à accepter cette idée de ne plus se revoir maintenant et ensuite tout ce qui s'est passé les violences aussi les violences parfois qu'on n'a pas subi mais les violences qu'on a vu aussi Les gens se faire tirer dans les bras, dans les pieds, se faire tirer des balles, se faire tabasser, se faire escroquer, toutes ces choses-là, ces violences physiques, psychologiques qu'on a vues, et les violences contre les femmes aussi, qu'on en parle très peu, mais qui est vraiment là. Les femmes ne traversent pas tout ce parcours-là sans des violences physiques et des violences sexuelles, etc. Et tout ça... J'avais du mal à dormir, m'empêchait de dormir. C'est là où j'ai eu ce désir-là de lire. Ensuite, j'ai commencé à écrire. J'écrivais pour me lire. Et je me lisais, ça m'aidait à m'endormir. C'est comme ça pour la première fois.

  • Speaker #1

    On va justement parler de la poésie qui est rentrée en ta vie. Je voudrais juste terminer ton exil, parce que là, tu t'es arrêtée en Italie, donc à Bolzano, tu disais. Mais toi, ton objectif, c'était d'arriver en France, c'est ça ? Tu avais la France...

  • Speaker #0

    Non. depuis le départ j'ai dit que je ne savais pas où j'allais en fait l'idée de venir en france est venu quand j'étais en italie à bolzano j'avais le choix parce que bolzano sur la carte c'est quelque chose qui est beaucoup plus proche c'est une région qui est beaucoup plus proche de la suisse aussi donc il y avait des gens que je voyais qui partaient en suisse ou même dans d'autres pays beaucoup plus proches que la france et moi j'ai choisi de venir en france parce que Il y a aussi l'idée de la langue, mais la ville aussi de Nantes. La ville de Nantes, parce que quand j'étais en Guinée, il y avait un joueur de football guinéen qui jouait pour la ville de Nantes. Donc quand j'ai dit la France, j'ai dit tout de suite la ville de Nantes.

  • Speaker #1

    Mais tu savais où c'était positionné sur la carte de France ?

  • Speaker #0

    Non, je ne savais absolument pas.

  • Speaker #1

    Tu parlais de cette ville et tu t'es dit je vais aller là-bas.

  • Speaker #0

    Voilà, je connaissais quand même les couleurs des Canaries, du football. C'est tout ce que je connaissais. De Nantes, c'est tout ce que je savais. Et c'est comme ça que j'arrive en Nantes, c'est comme ça que j'arrive à l'ouest de la France. Et quand j'arrive ici, c'est comme ça...

  • Speaker #1

    Mais qu'est-ce que tu fais pour traverser l'Italie et la France ?

  • Speaker #0

    Alors l'Italie...

  • Speaker #1

    Pour venir jusqu'ici.

  • Speaker #0

    L'Italie, on nous avait raconté dans le camp, je ne sais pas si c'était vrai ou pas, qu'on avait le droit de prendre les terres gratuitement. Je pense que ce n'était pas vrai. Et donc on a pris les trains jusqu'à la frontière. à 20 000. En fait, on a, avec quelques camarades dans le camp qui voulaient venir en France, donc on a volé le train jusqu'à 20 000. Donc parfois, les contrôleurs nous faisaient descendre dans le train. On est venus comme ça jusqu'à 20 000. Et 20 000, aussi, les gens nous ont fait passer. Un peu tard la journée, je ne sais pas, peut-être 23h minuit du matin. Et tout s'est fait vraiment très, très... tard parce qu'il y a un collectif qui nous a accueillis après la frontière à 20 000. Je ne sais même pas où ils sont situés. Je ne sais pas comment ils s'appellent. Je ne sais même pas si c'est une association ou un collectif. Ils nous ont hébergés pendant plusieurs jours. Ils nous ont donné un lit. On s'est lavé. Ils nous ont acheté des billets de train. Ils nous ont demandé où est-ce que vous voulez aller en France. On a dit, on veut aller. Moi, j'ai dit, je vais aller à Nantes. Donc il y a un billet de train de là jusqu'à Paris, Paris-Nantes. Et comme pour tout le monde d'ailleurs. Et c'est comme ça en fait que ça s'est passé.

  • Speaker #1

    Et là, quand tu arrives à Nantes, quand tu mets un pied à Nantes,

  • Speaker #0

    qu'est-ce qui se passe ? Quand j'arrive à Nantes, alors j'arrive d'abord en gare, un peu en fin de journée. Et je marche avec mon sac, avec tout ce que j'ai écrit en Italie dedans. Parce que j'avais beaucoup écrit en Italie, j'ai encore ces écrits-là. Et donc je marche quand même dans Nantes, je viens dans le centre-ville, avant même de trouver le centre-ville. Et je marche quand même beaucoup. Jusque tard la nuit. Et ensuite j'arrive dans le centre, j'arrive au square d'Avier. Il y avait d'autres Africains là qui m'ont expliqué que c'est le week-end, il fallait rester ici. En attendant le lundi pour voir, je dors deux nuits dehors à commerce. Avec mes poèmes, je dormais avec ma tête posée sur mon sac. J'avais juste un blouson. Je n'avais pas quelque chose vraiment qui pouvait tenir. J'avais tellement, tellement froid. Donc, je passe deux nuits comme ça à commence à dormir dehors. Et le lundi matin, je vais à la police. La police qui me conduit en fait à une association. Donc, qui m'indique la porte bleue. fait l'association Saint-Benoît-Alabre. Donc, je vais là-bas, à l'association Saint-Benoît-Alabre. Et en fin de journée, on m'a dit qu'on me prend, mais qu'il n'y a pas de place à l'association Saint-Benoît-Alabre. Après, il y a une famille d'accueil qui vient me chercher en fin de journée. Donc, on va à Saint-Marc-de-Coutey, en fin de journée, dans la soirée. Et puis, avec un jeune qui vient aussi de la Côte d'Ivoire. Donc, on était tous les deux. Et lui, il est resté. un mois dans cette famille, un mois, deux mois dans cette famille avant de revenir à Nanta Commerce avec cette même association.

  • Speaker #1

    OK. Et là, tu obtiens ton titre de séjour à ce moment-là ?

  • Speaker #0

    J'étais encore mineur à ce moment-là. Donc, on demande le titre de séjour à la majorité. Tu avais 15 ans ou plus ? Voilà, j'avais 15 ans et plus. Et du coup, le juge d'enfant... m'a dit que je vais poursuivre ma prise en charge dans le Morbihan, mais qu'à Vannes. Donc c'est la première fois que j'entends la Bretagne, le Morbihan, Vannes. Je n'avais jamais entendu parler avant. Mais bien avant, j'avais rencontré des amis à Nantes, des écrivains, qui m'ont dit que Vannes, c'est une belle ville, que Dallais, c'est une toute petite ville, ça peut m'aider vraiment à m'intégrer plus facilement que dans une grande ville. Et c'est comme ça, en fait, ces mots-là qui m'encouragent à aller. Et donc je suis allé, là je me suis, comme tous les jeunes qui arrivent, qui ont moins de 18 ans et qui n'ont pas de famille. Donc j'étais dans cette structure-là, dans ce cadre-là. L'aide sociale à l'enfance me suit. Donc je vais au Bonneau. Avant, il n'y avait pas de place, mais je vais au Bonneau, au Bonneau. Je passe plus de six mois au Bonneau où je rencontre mes premiers éditeurs. Mais durant tout ce parcours-là, je continue à écrire. Et même quand j'étais à Nantes, je passais toutes mes journées à la médiathèque Jacques Demy, Lisa Bresner. Je passais toutes mes journées du lundi au... Au samedi.

  • Speaker #1

    À lire et écrire.

  • Speaker #0

    Oui.

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu reviens à Nantes ?

  • Speaker #0

    Quand je passe en classe de terminale. Donc, j'ai…

  • Speaker #1

    Tu poursuis les études à Vannes.

  • Speaker #0

    Voilà. J'ai commencé à Vannes, entre-temps, les études de logistique en lycée professionnel. Donc, je passe deux années dans une école, avant dans une autre école. Et ensuite, à mes 18 ans, je passe en classe de terminale. J'avais le choix. Je voulais absolument passer mon bac. Donc, je voulais… J'avais le choix de l'alternance, de faire des études en alternance pour payer aussi le loyer, subvenir à mes besoins en un mois.

  • Speaker #1

    Parce que tu dormais moins ce moment-là ?

  • Speaker #0

    Alors, quand j'étais, j'étais suivi par les apprentis de taille. Donc l'aide sociale à l'enfance m'a confié, après quelques mois, m'a confié aux apprentis de taille qui m'ont suivi, les apprentis de taille de Vannes, qui m'ont suivi pendant plus de deux années et qui m'ont accompagné dans tous mes besoins. en santé administrative, etc. Tout ce que j'avais besoin, comme tous les jeunes qui le suivent.

  • Speaker #1

    Donc tu t'en es dans un foyer d'accueil ?

  • Speaker #0

    Voilà, j'étais dans un foyer d'accueil. Donc ça, c'est le parcours classique de tous les jeunes qui sont suivis dans ce cadre-là. Et ensuite, en 2020, j'obtiens ma majorité. J'avais plus de 18 ans et plus. Et ensuite, je reviens à Nantes parce que j'ai trouvé une entreprise. le réseau de transport en commun qui s'appelait à cette époque-là la Semitane qui a accepté que je passe mon bac en alternance avec l'entreprise et une école, un CFA à Saint-Luc-sur-Loire qui s'appelle Aftral. J'ai passé mon bac là-bas avec la Semitane et ensuite, avant de passer le bac, il y a aussi une obligation de quitter le territoire. Heureusement, il y a beaucoup de gens qui m'ont soutenu. Les gens m'ont soutenu, mes éditeurs, les familles

  • Speaker #1

    Parce que là tu reçois une lettre un jour qui te dit Vous êtes obligé de quitter le territoire Voilà,

  • Speaker #0

    de la préfecture de la Loire-Atlantique Mais j'étais aussi membre du jury du festival Étonnant Voyageur Donc il y a énormément de gens, de médias qui me suivent Qui me soutiennent, de personnes, de familles Et c'est grâce à cette mobilisation-là Que finalement j'ai obtenu mon premier titre de séjour Donc j'ai passé le bac Merci J'ai passé le bac et je suis resté deux années de plus avec la Semitane. Donc trois années et j'ai fait un BTS à la Semitane avec la même école. Après ça, je publie mon cinquième recueil de poèmes, Catalogue d'un exilé, après mon année de BTS du coup.

  • Speaker #1

    Et t'es retourné en Guinée ?

  • Speaker #0

    Je ne suis pas encore retourné en Guinée depuis mon départ, mais ça va plus tarder maintenant.

  • Speaker #1

    Ouais, t'aimerais bien y retourner ?

  • Speaker #0

    Oui. ça me manque tous les jours, la Guinée me manque tous les jours et ma famille me manque aussi Tu as des nouvelles de tes frères et soeurs ? Oui

  • Speaker #1

    Quand est-ce que tu as retrouvé leurs traces ?

  • Speaker #0

    Alors c'est il n'y a pas longtemps il y a quelques années et puis on a commencé à communiquer grâce aux réseaux sociaux

  • Speaker #1

    C'est toi qui les as recherchés ou c'est eux ?

  • Speaker #0

    C'est eux qui m'ont contacté d'abord sur mes changeurs Facebook et ensuite on a échangé de Voilà, des numéros pour se contacter via WhatsApp.

  • Speaker #1

    Et ton père, tu as des nouvelles ?

  • Speaker #0

    Oui, j'ai des nouvelles, oui. Il va bien.

  • Speaker #1

    Tu l'as recontacté ?

  • Speaker #0

    Très peu, on a parlé deux ou trois fois depuis, mais il va bien. Ma soeur me dit qu'il va très bien.

  • Speaker #1

    Il a compris que tu partes ?

  • Speaker #0

    On n'en a jamais parlé, je ne sais pas. On n'en a jamais parlé encore, mais c'est... Voilà, c'est une... Voilà, c'est une chose aussi, parler, voir aussi, pour remédier à ça.

  • Speaker #1

    Felmarie, ton histoire, elle est tellement touchante et tellement incroyable. Je voudrais qu'on parle poésie maintenant. Tu nous as raconté un peu comment la poésie est arrivée dans ta vie, mais j'aimerais savoir justement quand est-ce que tu as commencé à écrire ?

  • Speaker #0

    J'ai commencé à écrire en Italie, à mon arrivée. Après cette longue traversée, ce long périple, je n'arrivais pas à dormir. C'est là où j'ai ressenti le désir de la lecture qui m'a poussé à écrire en français et je me lisais pour la première fois. Donc au départ, ce n'était pas une passion, c'était juste...

  • Speaker #1

    Un échappatoire.

  • Speaker #0

    Voilà, un échappatoire. Et ensuite, quand je suis venu en France, en Nantes, c'est là où c'est devenu une passion pour moi. la poésie, l'écriture. Parce que je passais toutes mes journées dans les médiathèques à lire. C'est là où j'ai appris la poésie, la différence entre la poésie et le roman, l'essai, la philosophie. C'est là où j'ai découvert aussi quasiment tous les noms que je connais, les noms littéraires que je connais, ou même plus, je ne lisais pas que de la littérature, des scientifiques, etc. Voilà d'autres personnalités qui ont marqué. l'histoire, etc. aussi des biographes, de la biographie, pardon, aussi.

  • Speaker #1

    Et comment est-ce que tu fais pour écrire ? Est-ce que tu laisses mûrir tes idées et tu les couches sur un papier ou est-ce que c'est très spontané ? Quel est ton processus de création ?

  • Speaker #0

    Alors, ça a évolué un peu, mais ce que j'ai fait depuis que j'ai commencé à écrire, j'ai écrit avec le papier. Donc, j'écris avec le papier et ensuite, je les travaille beaucoup. Je récorrige, j'ai réécrit beaucoup.

  • Speaker #1

    Je vois que tu as ton carnet d'écriture.

  • Speaker #0

    Et ensuite, je le tape à l'ordinateur. Parfois, il m'arrive aussi de commencer directement à taper avec l'ordinateur. Et ça, c'est vraiment récent pour moi. Mais le processus, d'un point de vue littéraire aussi, a évolué. Parce que le regard aussi, la poésie, c'est le regard aussi que fait la personne. sur le monde, sur les choses, tout simplement. Et c'est comme ça, en fait, ce regard-là aussi évolue, les sujets qu'on aborde, les manières dont on aborde, et avec les mots, etc. Et donc ça, ça a évolué, et parce que j'ai appris aussi, depuis ces années-là, en écrivant, j'ai appris beaucoup de choses.

  • Speaker #1

    Tu écris sur quoi ?

  • Speaker #0

    J'ai beaucoup écrit sur mon parcours, sur ce périple. Mais ça va au-delà de ça. Par exemple, quand on prend l'exemple de ce catalogue d'un exilé, le dernier qui est publié chez Flammarion, ça raconte mon histoire personnelle, mais c'est l'histoire aussi de beaucoup d'autres personnes. Et finalement, cette histoire personnelle se confond avec une histoire plurielle, l'histoire des centaines et centaines d'autres personnes en France aujourd'hui, en Europe, et même peut-être dans d'autres régions du monde, sur le continent américain et même peut-être ailleurs. Mais pour moi, ça va au-delà de ça, tout simplement, parce que la vie d'une personne ne se résume pas seulement à ces personnes qui ont vécu ces situations-là. Comme on le dit, comme d'autres veulent nous faire croire, ce ne sont pas des étiquettes, c'est aussi des êtres humains, aussi à part entière. Donc, ils ont des besoins aussi, ils ont besoin de faire leurs courses. de vivre, de rencontrer l'amour, de vivre leur vie tranquillement, d'aller dans un jardin, se promener, aller boire un verre avec des amis, rencontrer de nouvelles personnes. Donc c'est des gens comme les autres aussi. Et voilà, c'est pourquoi dans le catalogue d'un exilé, il y a des poèmes qui parlent de Nefru de Halle, la rue où j'habitais avant, de mon quartier où j'habitais avant, des poèmes qui parlent de ma chambre, d'une journée tout simplement que j'ai... Pas que des poèmes comme « Je ne suis pas migrant » , comme « Le voyage infernal » , il n'y a pas que des poèmes syllogans, mais il y a aussi des poèmes tout simples. Ça, peut-être, c'est aussi une forme de réponse aussi, une réponse par le simple aux choses peut-être difficiles.

  • Speaker #1

    Tu nous disais que tu lisais beaucoup. Qui sont tes inspirations, tes maîtres à penser en poésie ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est vrai que... J'écris beaucoup. Moi, je dirais que ma grand-mère a été... Une des sources d'inspiration importantes pour moi, elle l'est encore aujourd'hui. Je dirais même que c'est la plaque tournante de ma poésie, mais aussi de ma pensée. Beaucoup plus parce qu'elle m'a profondément influencé, marqué. Et bien sûr, dans mes lectures, dans mon écriture, on peut rencontrer aussi d'autres écrivains comme Senghor, Césaire, etc. Parce que... les poètes de la négritude, les écrivains de la négritude, parce que moi, je ne peux pas les ignorer. C'est vraiment important du point de vue historique, mais il y en a beaucoup. Il y a aussi Pascal, qui n'est pas poète, mais qui est philosophe, penseur aussi. Il y a Arthur Rimbaud, il y a Victor Hugo, et que j'admire beaucoup. Donc, il y a énormément de personnes, d'écrivains, des familles. que j'admire et des personnes toutes seules qui, à des moments, discutent de certaines choses et ces discussions mènent à la poésie. J'ai envie de les mettre ou de souvenir avec ma grand-mère, avec les endroits, les activités que faisait ma grand-mère. Je me suis dit, il faut que je les mette en poésie. Donc, les influences sont multiples aussi.

  • Speaker #1

    Et en 2020, tu as été nommé ambassadeur de la paix. Comment est-ce que tu as reçu cette reconnaissance ?

  • Speaker #0

    Ce n'était absolument pas une reconnaissance recherchée, mais j'ai été contacté par le cercle des ambassadeurs de la paix à Genève qui m'a proposé cette reconnaissance-là. J'étais très ému, je suis encore très ému quand on parle de ça, parce que pour moi, être ambassadeur de la paix, ce n'est pas seulement la responsabilité d'un jeune poète, ce n'est pas la responsabilité. d'une personne comme moi, mais c'est la responsabilité qui nous concerne tous, toutes et tous, et nous sommes tous ambassadeurs de la paix, parce que la paix nous concerne tous, et moi je le vois comme ça. Et c'est une reconnaissance, c'est un titre, mais je le suis autant que vous, autant que nos auditeurs qui sont là.

  • Speaker #1

    Ça veut dire quoi, être ambassadeur de la paix ?

  • Speaker #0

    Être ambassadeur de la paix, c'est contribuer à la paix dans notre quotidien, dans notre manière de vivre. Avec nous-mêmes, être en paix avec soi, avec son voisin, avec son entourage, avec son pays, le pays où on habite, avec son environnement, avec la nature. Être en paix, c'est comme si... ça me fait penser à la manière dont ma grand-mère vivait. Je pense que si on est en paix avec soi, on sera en paix avec tout ce qui nous entoure. Les gens qui ne sont pas en paix aujourd'hui, qui créent parfois même... Les conflits aujourd'hui sont des gens qui ne sont pas en paix avec eux-mêmes. Ils ont des problèmes personnels. Donc ils essayent de les porter ailleurs, à leurs voisins, au monde que nous sommes. Donc c'est des gens qui doivent revoir leur paix intérieure.

  • Speaker #1

    Merci pour ce message. Est-ce qu'il y a des projets que tu portes en ce moment pour justement sensibiliser à la paix, à la fraternité ?

  • Speaker #0

    Oui, je fais beaucoup de rencontres littéraires, notamment dans les écoles avec les collèges et des ateliers d'écriture aussi. Je suis à la recherche de résidence d'écrivain en ce moment, mais je suis aussi parrain de plusieurs associations. Il y a une association, un collectif qui est à Nantes qui s'appelle Atelier de Français. Et voilà, je suis parrain. en tant que membre aussi. Et en même temps, dans l'Oise aussi, il y a une association. Donc, il y a ces causes-là qui me tiennent beaucoup à cœur aussi, tout ce qui est humanitaire aussi. Parce que pour moi, c'est très important tout ce qu'on fait. Il faut que l'être humain soit à la base de ça. Il ne faut pas qu'on oublie notre humanité. Et pour moi, c'est tellement important de ne pas oublier ça par les actes aussi. tout ce qu'on fait, même si on n'est pas d'accord avec tout ce que l'autre dit, l'autre fait, mais on ne doit pas oublier que l'autre aussi est un humain comme nous. Et ça, c'est important aussi.

  • Speaker #1

    Et tu parlais de ton dernier ouvrage, « Catalogue d'un exilé » , qui évoque justement la douceur, la nostalgie. Qu'est-ce qu'il représente pour toi, ce livre ?

  • Speaker #0

    Alors, c'est le dernier, mais il y a eu aussi quatre autres avant. Donc, je les porte tous. Au même titre dans mon cœur parce que voilà c'est des enfants, c'est comme des enfants, c'est les naissances. Et aussi l'écriture nous permet aussi de dialoguer avec parfois les personnes qu'on ne connaît même pas, les personnes qu'on n'a pas rencontrées. Et avec l'écrit. Aujourd'hui, moi j'arrive à lire les écrivains de la Grèce antique, les écrivains, les philosophes de la lumière qui ne sont plus aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui, je me rends compte aujourd'hui aussi, c'est une manière aussi de témoigner aussi. Oui, bien sûr, c'est la poésie, mais de témoigner par l'écrit, par la poésie de ce qui se passe, parce que ces choses-là se passent encore aujourd'hui. Et de sensibiliser, de montrer aussi aux gens, on est en Nantes aujourd'hui, montrer aussi aux Nantais, aux Français, aux Européens aussi, que ces gens-là qui font ces périples-là, ils le font souvent, ils n'ont pas le choix. C'est des gens aussi comme vous, et parfois c'est des enfants, parfois c'est des mères, c'est des hommes, et parfois d'autres avaient d'autres métiers. Et c'est aussi une manière de témoigner de cela aussi. Et je me rends compte de cette responsabilité aussi qu'a l'écrivain, qu'a l'artiste aussi.

  • Speaker #1

    Et quel va être ton prochain projet ? Sur quoi est-ce que tu vas travailler ?

  • Speaker #0

    Je travaille sur plusieurs projets en ce moment. Notamment, il y a un projet que j'ai fait il y a quelques années quand j'avais 17 ans. Quand j'ai publié mon premier livre. Je n'avais pas encore publié le deuxième. Je voulais découvrir la poésie guinéenne. Peut-être qu'on aura un jour l'occasion d'en parler. Et donc j'ai fait une recherche sur la poésie guinéenne. J'ai constitué une anthologie de plus de 50 poètes guinéens. Donc un recueil de quasiment 500 pages. Et ce projet-là, c'était vraiment découvrir la poésie guinéenne parce qu'il n'y a pas d'anthologie de la poésie guinéenne jusqu'à aujourd'hui. Et moi, je voulais lire une anthologie. Et je me suis rendu compte aussi qu'en le publiant, ça peut aussi répondre à la même question peut-être que d'autres se posent, des Guinéens ou pas, des Français aussi, parce que c'est la langue française qu'ils écrivent. Et donc, il y a ce projet-là que je souhaite publier cette année ou l'année prochaine, et aussi un recueil de poèmes aussi.

  • Speaker #1

    À quel âge, Femarese ? Je ne t'ai même pas demandé.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, j'ai 23 ans.

  • Speaker #1

    Je termine souvent ce podcast par des questions sur Nantes. Qu'est-ce que tu penses de Nantes ? Qu'est-ce que tu trouves ici ?

  • Speaker #0

    Nantes, c'est mon...

  • Speaker #1

    Ta passion pour les Canaries ? Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, d'ailleurs.

  • Speaker #0

    Bien sûr. Malgré, on aimerait qu'ils fassent plus les Canaries, mais ça n'a pas changé. Nantes, c'est une ville agréable à vivre. N'oublions pas quand même que moi je voyage beaucoup en France particulièrement, à l'intérieur de la France. Quasiment toutes les semaines je vais dans plusieurs endroits.

  • Speaker #1

    Tu m'as compté ton planning avant qu'on enregistre, c'est vrai qu'il est noir.

  • Speaker #0

    Les prochaines semaines,

  • Speaker #1

    on va aller dans la France.

  • Speaker #0

    Voilà, j'ai découvert quand même que Nantes c'est une ville culturellement forte en France. C'est une des villes culturellement qui bouge beaucoup, beaucoup. En France il y a énormément de festivals. de littérature, de poésie, de films, énormément de festivals de jeunesse, etc. que la ville propose. Et le message c'est que, malheureusement, ce qu'on voit, etc. avec la région, la suspension de la subvention à la culture, au sport et au monde associatif, c'est désolant. Il faut qu'on garde ce côté-là, ce côté-là culturel. Il faut qu'on poursuive ce côté, parce que la culture, c'est ce qui nous rassemble. Avec la culture, quand on voit dans une soirée, dans un concert, peu importe le concert musical, peu importe le genre musical, on ne se demande pas dans quelle langue cette personne parle. On écoute tous la musique, beaucoup en tout cas. On écoute la musique, on écoute différents genres musicaux, etc. Ce sont des exemples culturels forts. Et pour moi, c'est ça qui fait la particularité de cette ville. C'est que c'est une ville à dimension culturelle grande. Et ça, on doit tous contribuer à cela, même si on n'est pas d'accord sur tout. C'est normal, mais on doit préserver ce côté-là. On ne doit pas laisser la culture de côté.

  • Speaker #1

    Et est-ce qu'il y a un événement culturel, justement, à Nantes que tu manquerais pour rien au monde ?

  • Speaker #0

    Ah ! C'est difficile à choisir. C'est difficile à choisir. Parce qu'il y a énormément d'événements, de grands événements culturels à Nantes. Il y en a beaucoup, il y a les Folles Journées qui viennent se passer. Bientôt il y a les Atlantides, le festival des littératures du monde où j'étais l'année dernière. Et il y a bientôt Atlantide, il y a aussi le festival de cinéma, les Trois Continents aussi qui sont là, le festival de films. Il y en a... Il y en a énormément.

  • Speaker #1

    Est-ce que tu as des adresses que tu voudrais nous partager ?

  • Speaker #0

    Alors, à Nantes, il y a 30 mots aussi. Prendre le bateau à la gare maritime et traverser la Loire, qui est un fleuve qui n'est plus à présenter aux Français aujourd'hui. Et aller à 30 mots faire une petite balade. Et aussi, il y a les machines de l'île qui ne sont plus à partager. Mais moi, il y a un endroit que j'aime beaucoup en Nantes aussi, c'est le jardin des plantes. Le jardin des plantes, c'est extraordinaire. D'ailleurs, on pourrait dire que c'est un jardin extraordinaire.

  • Speaker #1

    Pourquoi ? Qu'est-ce que tu apprécies dans ce jardin ?

  • Speaker #0

    D'abord, le calme. Et aussi, c'est très propre. C'est tout le temps propre. C'est entretenu et c'est en face de la gare parfois. Si on a une longue attente, on peut venir s'asseoir au jardin des plantes. C'est la sérénité en fait. Malgré les gens sont... sont sereins, sont agréables dans la ville, dans toute la ville. Et voilà, c'est mon endroit secret, c'est un endroit que je fréquente souvent, le jardin des plantes en haute.

  • Speaker #1

    Merci, Félmaré. Je te propose pour terminer ce podcast, est-ce que tu pourrais nous partager un extrait d'un de tes poèmes préférés ? Enfin, un poème qui te tient particulièrement à cœur.

  • Speaker #0

    Tous ces poèmes me tiennent à cœur, bien sûr. La chaleur qui me manque. Que je voudrais me souvenir de toi, ô chaleur qui me manque. Quand dans la nuit européenne, sous ma couette bien chaude, je ne te sens guère. Quand je viens m'asseoir près de la cheminée, je ne te sens guère. Ô chaleur, hélas, hélas, hélas, ô. Pourtant, tu es feu rempli d'oiseaux plumes en elle-même. Pourtant, tu es thé doré classique, semblable à la lumière et l'ombre de Borgès. Pourtant, tu es le tambour, le tam-tam, le djembé et la femme qui réchauffe mon cœur. Pourtant, tu es si importante à la case maternelle, si chère à la vie hivernale en elle-même. Oh, chaleur qui me manque ! Chaleur maternelle, chaleur natale, chaleur amicale. Oh, je voudrais m'en souvenir, que je voudrais m'en souvenir simplement. La chaleur à laquelle tout enfant aspire.

  • Speaker #1

    Merci, Palmarès. Merci pour aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Merci également, Léonore. C'était un plaisir.

  • Speaker #1

    Oui, c'était un plaisir. À très bientôt, Palmarès.

  • Speaker #0

    À très bientôt.

  • Speaker #2

    Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a plu, Partagez-les autour de vous en l'envoyant à vos proches ou en le reléguant sur vos réseaux sociaux. Et si jamais vous écoutez cet épisode sur Apple Podcasts et Spotify et que vous avez 20 secondes devant vous, n'hésitez pas à laisser une note et un commentaire en dessous du podcast. C'est grâce à ça que vous m'aidez à le faire connaître et grandir. Si vous venez juste de découvrir cette émission, sachez qu'il y a plus d'une soixantaine d'épisodes enregistrés avec de nombreux invités mentais passionnants et plein d'autres formats sur l'actualité d'ici. disponible sur votre plateforme d'écoute préférée. Pour suivre toute l'actualité du podcast, retrouvez-nous sur Instagram et Facebook, ou suivez-moi sur LinkedIn. Bref, en deux mots, abonnez-vous au podcast, écrivez-moi, partagez, c'est ce qui fait vivre ce podcast qui n'existerait pas sans votre fidélité. Merci.

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