- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue dans Restart Retail, le podcast qui décrypte les enjeux du commerce, du management et de la transformation. Je suis Leila Ruiz, consultante en retail et accompagnement au changement. Vous pouvez retrouver cet épisode en audio sur toutes les plateformes et en vidéo sur YouTube. Et pour ne rien manquer, suivez-moi sur LinkedIn, Insta ou TikTok. Bonjour à tous, aujourd'hui je suis accompagnée de Florent Etienne, chef de service Merchamont. Et on va parler de comment rebondir après la perte d'un emploi. Florent, merci d'être avec nous.
- Speaker #1
Je t'en prie Leïla.
- Speaker #0
J'ai suivi un peu effectivement tes aventures et puis j'ai vécu un petit peu des choses pareilles. Donc Florent, tu as perdu ton emploi suite à la fermeture de ton entreprise ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Dans l'entreprise dans laquelle tu travaillais ?
- Speaker #1
Tout à fait, et pendant 10 ans en plus. Ouais. Donc choc d'autant plus violent on va dire.
- Speaker #0
En plus je crois que la boîte pour laquelle tu travaillais a été rachetée deux fois.
- Speaker #1
Exactement. On est passé en franchise après risque de fermeture définitif.
- Speaker #0
On peut dire la marque ou pas ?
- Speaker #1
On peut dire la marque, c'était Gap. Parce que j'allais dire,
- Speaker #0
on la connaît, c'était une grosse enseigne sur laquelle tu avais investi beaucoup d'années.
- Speaker #1
Beaucoup d'années.
- Speaker #0
Tu faisais quoi chez Gap du coup ?
- Speaker #1
J'ai fait un peu tous les postes, mais j'ai été directeur de magasin et j'ai fini ce qu'on appelait DVC à l'époque, donc coordinateur de district visuel. Donc, mer en amont et en aval.
- Speaker #0
Ok. Alors, on se connaît depuis quelques temps, toi et moi. Je sais que ça a quelques années même, je pense une dizaine même. Je l'ai 15. 15 ? Oui, peut-être. Florent, je me rappelle, je fais partie des gens que tu as appelés quand tu as appris que Gap Europe fermait, et notamment la France. Et je me rappelle que c'était un choc parce que tu ne voulais pas partir.
- Speaker #1
Moi, je ne voulais pas partir. Je travaillais depuis au cumul, j'ai dû faire 10 ans dans cette société. Donc, attaché à mes collègues, attaché à mes équipes. de magasins que je côtoyais toutes les semaines. Donc, impossible que cette rupture, pour moi, ait lieu. Et puis, ils avaient décidé de supprimer un de nos postes. C'était moi, puisque j'avais le moins d'ancienneté dans la boîte, je n'étais pas marié, je n'avais pas d'enfant.
- Speaker #0
Ah, ce fameux story. Si tu n'es pas marié, tu as moins de poids.
- Speaker #1
Tu as moins de poids, tu n'as pas d'enfant, tu as moins de poids, tu es moins ancien, tu as moins de poids. Donc, j'avais toutes les qualités requises pour partir. Je ne voulais pas, moi je voulais continuer l'aventure. Le rachat, je me disais que ça allait relancer un peu l'entreprise en France et que ça allait fonctionner. Et puis, au fur et à mesure des semaines, je me suis dit, ok, c'est peut-être l'opportunité justement de partir, de changer, de voir autre chose et de faire autre chose. Et à ce moment-là, on m'a dit, finalement, tu restes.
- Speaker #0
Ça doit être un choc de se dire, j'ai enfin digéré le départ.
- Speaker #1
C'est exactement ça.
- Speaker #0
Et là, on se dit, peut-être, tu vas rester.
- Speaker #1
Et je suis resté. Donc ça a continué pendant un an et puis ça n'a pas fonctionné malheureusement. Et là, deuxième choc, finalement, on ferme la société, la franchise de Gap en France.
- Speaker #0
C'est tellement dur. Je pense que l'ascenseur émotionnel, il est lourd. C'est je pars, je reste, je pars, je reste et finalement, liquidation. Parce que ça a été hyper frontal. Ils n'ont pas liquidé du jour au lendemain Gap ?
- Speaker #1
Ça s'est fait très vite. La deuxième fois, quand la franchise a fermé, ça s'est fait en l'espace de quelques mois. Mais on est comme dans un deuil, un décès, je vais parler d'une façon un peu crue, mais c'est le cas. On a du mal à se faire à l'idée que c'est fini.
- Speaker #0
Ça doit être hyper dur. Alors, pas dans les mêmes cas, mais j'ai déjà poussé dans une boîte confirmée. Je suis partie juste avant et donc je n'ai pas eu le reclassement. Et puis j'ai déjà perdu mon travail. Ça m'est déjà arrivé et je sais à quel point c'est difficile, à quel point on sent une injustice. Et on ne s'en rend pas compte au début. parce que... les premiers jours, c'est un peu comme des vacances. Tu te dis, non, mais en fait, la vie, elle va reprendre.
- Speaker #1
C'est tout à fait ça. Je me souviens que ça s'est terminé. On a fermé tous les magasins le 10 mai. Et c'est une date que je ne peux pas oublier. Puisque de toute façon, en plus, c'est le jour de mon anniversaire. Donc, on a fermé tous les magasins ce jour-là.
- Speaker #0
Tu jouais les anniversaires Félix un peu, non ? Super.
- Speaker #1
Mais au moins, ça ne me permet de ne pas l'oublier. De toute façon, je ne l'aurais pas oublié. mais bon c'est comme ça et puis comme tu dis après on a l'impression les jours qui suivent C'est pas vraiment fini, on a pris un RTT, on a pris quelques jours, et puis il y a tout ce cheminement de... on doit contacter les organismes pour la suite.
- Speaker #0
Oui parce que toi là c'était un licenciement économique, donc il y a quand même un accompagnement.
- Speaker #1
Il y a un accompagnement, mais on n'est pas vraiment prêts non plus à faire les démarches de... on n'a pas envie. Moi j'avais envie de prendre du recul, de réaliser déjà que c'était fini. Mais on n'a pas le temps, on n'a pas trop le temps. Et en même temps, la peur elle nous rattrape vite. On parle de peur, c'est un stress un peu amplifié, mais c'est vrai que quand on a bossé dix ans pour une boîte, on se dit et maintenant qu'est-ce que je vais faire ?
- Speaker #0
Alors je pense qu'il y a plein de trucs qui doivent se bousculer dans ta tête à ce moment-là, parce qu'il y a refaire un CV quand ça fait dix ans que t'as pas fait, il y a je dois chercher un autre travail qui me plaît, je dois faire des démarches pour avoir une maintien de salaire dû à ton PSE je suppose, en même temps il faut s'inscrire au chômage en même temps je pense que ça fait tellement de trucs en une fois, alors que t'es à la période où tu dois déjà digérer émotionnellement, quoi.
- Speaker #1
Complètement. C'est exactement ça. Plein de choses à faire et en même temps envie de rien faire, envie de juste se dire que c'est terminé et qu'on va devoir faire autre chose. Et comme tu l'as dit, moi, après 10 ans sans faire de CV, parce que j'ai pas forcément démarché d'autres entreprises ou eu la volonté de changer à ce moment-là, donc, comment on refait un CV ? Comment les CV se font aujourd'hui ? C'est plus taper à la machine et puis... rassure-moi tu peux faire sur l'ordinateur quand même bien évidemment ça ça revient très vite et quand même j'arrive à maîtriser quelque peu l'ordinateur mais en dehors de ça il y a des modes de présentation qui sont différents ouais ça va changer les CV j'étais pas sur LinkedIn c'est
- Speaker #0
vrai je m'en rappelle j'étais pas sur LinkedIn et alors pour que tout le monde sache Florent est pas sur les réseaux en principe et du coup je me rappelle quand on en a parlé tu m'as dit non mais LinkedIn j'ai pas que ça à faire mais pas le choix finalement si on veut Merci.
- Speaker #1
avoir un maximum d'opportunités qui s'ouvrent à vous, il faut bien se mettre au goût du jour. Et LinkedIn est fait aussi pour ça et marche très bien aussi dans ce sens-là. Et puis après, c'est où je veux aller travailler et est-ce que je veux continuer à faire ce que je veux ?
- Speaker #0
Tu t'es posé l'action de se dire, mais pour moi, j'étais merch, le retail, il ne va pas bien, qu'est-ce que je fais ?
- Speaker #1
Exactement. Et c'est là où le cheminement, il se fait petit à petit. Finalement, ça s'est fait très vite de mon côté.
- Speaker #0
Je me rappelle que...
- Speaker #1
Très vite, je me suis dit, est-ce que j'aime mon boulot ? Indéniablement, je l'adore. Est-ce que je peux continuer à le faire ? Je veux essayer. Est-ce que je fais des démarches pour trouver des sociétés qui pourraient avoir besoin de mes talents ? Et c'est ce que j'ai fait.
- Speaker #0
Et du coup, je sais que tu as retrouvé finalement relativement vite.
- Speaker #1
Très vite.
- Speaker #0
Parce que je crois que tu as commencé vers le mois d'août, un truc comme ça, donc il ne s'est pas passé beaucoup de mois.
- Speaker #1
Au mois de mai, on a fermé tous les magasins, le processus de licenciement se faisant étant quand même plutôt long. Oui,
- Speaker #0
parce que c'est ça que les gens ne savent pas. Mais en fait, ce n'est pas parce que les magasins ont fermé le 10 mai que toi, tu as été licencié. Non,
- Speaker #1
ce n'est pas au chômage le 10 mai. On n'est pas au chômage le 11 mai et on ne peut pas pointer au l'emploi le 12 mai. Ce n'est pas du tout comme ça. Il y a un process qui se fait durant lequel on est quand même encore payé. Oui,
- Speaker #0
au moins, c'est le stress qui n'est pas présent.
- Speaker #1
Il n'y a pas de stress de se dire comment j'ai payé mon loyer à la fin du mois ou aller faire mes courses pour aller acheter mon paquet de pâtes. C'est plutôt serein par rapport à ça. Sera entre guillemets parce qu'il y a quand même le stress qui est toujours derrière. Mais en dehors de ça, le 10 mai, tous les magasins ont fermé. Le temps que le process se fasse et se termine réellement, j'ai été licencié réellement le mi-juillet, on va dire. Entre temps, j'avais déjà postulé à différentes enseignes. J'avais aussi été contacté par l'enseigne pour laquelle je travaille aujourd'hui. Et j'avais passé un entretien. Donc finalement j'ai été embauché dès début août et j'ai commencé fin août.
- Speaker #0
Oui finalement dans ton malheur ça t'a permis de rebondir, tu fais toujours le métier que tu aimes ?
- Speaker #1
Toujours, légèrement, pareil toujours pour le prêt-à-porter évidemment donc toujours cet amour du merch et de faire vivre les vêtements au sein d'un univers pour pouvoir les mettre en scène et pouvoir aussi attirer nos clients. apporter une touche de modernité dans tout le styling qu'on peut apporter par rapport à ce qu'ils font en magasin. Effectivement, quelque chose de différent, puisque aujourd'hui je suis à Monts uniquement, et je n'ai plus ce côté terrain que j'avais quand je travaillais chez Gap.
- Speaker #0
Et du coup, avec le recul, tu as encore un sentiment amer de cette période, de ce qui t'est arrivé, où tu te dis que finalement c'était une opportunité de rebondir ? Est-ce qu'aujourd'hui, ça fait toujours aussi mal ? Tu vois, on est presque un an là.
- Speaker #1
Je pense que, comme un deuil, je le rapporte à ça, mais au fur et à mesure, ça s'atténue, tout simplement. Ça m'a permis de découvrir autre chose. Indéniablement, si la société n'avait pas fermé, je pense qu'aujourd'hui, je travaillerais toujours pour eux et j'aurais toujours les mêmes collègues, avec quelques différences bien évidemment, parce qu'on sait comment ça tourne aussi dans le retail, mais je continuerais à faire ce que je fais avec passion. en bonne génération X que l'on est tous les deux, tu sais à quel point on peut s'investir pour une société quand on aime le produit et qu'on aime le groupe pour lequel on travaille. Donc ça m'a permis certes de découvrir une nouvelle société, d'avoir de nouveaux collègues, de voir de nouvelles façons de travailler aussi, et ça c'est super important, et de faire un job qui est similaire tout en étant quand même légèrement différent.
- Speaker #0
Il n'y a pas eu de stress de changer de boîte, du coup ? Ou c'était parce que c'était obligé, du coup, voilà, mais ça...
- Speaker #1
Tu fais bien d'en parler parce qu'on l'oublie vite. Et effectivement, ce stress d'intégrer une nouvelle société, d'avoir de nouveaux collègues, à nos âges, parce que moi, quand j'ai été licencié, j'avais 43 ans.
- Speaker #0
Tu es en train de dire qu'on est vieux ?
- Speaker #1
On est vieux, mais on est...
- Speaker #0
Début senior.
- Speaker #1
Début senior. La nouvelle génération de seniors, on va dire. On y pense et ça travaille. On se dit comment je vais appréhender cette nouvelle société, comment je vais appréhender de nouveaux collègues, qui sont ces nouveaux collègues, comment la société travaille, est-ce que je vais pouvoir m'adapter, est-ce qu'il y a des nouveaux logiciels sur lesquels je vais devoir passer du temps. Et ça, ça m'est arrivé. Je l'ai pris en pleine face en arrivant. Donc ça a été une intégration qui a quand même été assez difficile.
- Speaker #0
Je pense que quand on passe autant de temps dans une boîte, le changement est difficile. Tu as eu l'opportunité effectivement de faire une coupure 3-4 mois, même si ce n'était pas une vraie coupure. En tout cas, c'est une coupure imposée. Mais c'est souvent le cas quand on change de travail, alors quand on le perd ou quand on change. La bascule de culture, outils. On oublie tous, mais changer d'outil, changer de logiciel, c'est hyper dur. On l'a tous vécu le « oui, mais on ne fait pas comme ça » . Et tu as envie de dire « on » . Peut-être dans ta boîte d'avant, mais aujourd'hui, le « on » , il n'est pas le même.
- Speaker #1
Après, c'est surtout d'un point de vue logistique. Ce que j'admire aujourd'hui et ce que j'aime dans la société pour laquelle je travaille aujourd'hui, c'est qu'on me laisse une certaine marge de manœuvre dans le merchandising, qui fait qu'à un moment donné, j'ai pu apporter une certaine patte. Du coup, j'ai pu exprimer aussi, apporter différentes choses et en m'y encourager. Donc ça, j'ai vraiment apprécié. En revanche, tout ce qui est logistique... Je parle d'un logiciel sur lequel on travaille aujourd'hui, où nous, on a un magasin en 3D sur lequel on fait tout notre merchandising. Au début, j'ai beau avoir beaucoup de cheveux, j'ai cru que j'allais devenir chauve. Tellement, je me suis énervé sur ce logiciel, parce qu'il est franchement difficile à maîtriser. Maintenant que je l'ai en main, ça va beaucoup, beaucoup mieux. Et je peux faire d'autres choses à côté, mais ce n'est pas facile. Ce n'est vraiment pas facile.
- Speaker #0
Mais du coup, en tout cas, c'est un beau retournement pour toi. Parce que...
- Speaker #1
J'ai eu beaucoup de chance, déjà.
- Speaker #0
Je ne sais pas tes collègues s'ils ont tous réussi à trouver, mais c'est vrai que c'est compliqué dans le retail. On sait tous aujourd'hui qu'il y a beaucoup de boîtes qui ferment. Et en fait, il y a beaucoup de monde sur le marché. Alors en même temps, les bons, il n'y en a pas 15 millions, mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a beaucoup de monde sur le marché et on veut tous à peu près les mêmes places. Bien sûr. Et dans des boîtes plutôt sympas. En tout cas, si on peut, plutôt sympas.
- Speaker #1
Comme je te dis, j'estime avoir quand même eu un facteur chance. important. Alors je me suis donné les moyens, certes. Oui,
- Speaker #0
parce que tu as aussitôt fait des CV, aussitôt postulé immédiatement.
- Speaker #1
Et on en a parlé au tout début, parce que toi, tu m'as même conseillé à un moment donné, un peu de champ pour digérer l'encre. Pour digérer la chose. Et j'ai voulu ça, mais j'en étais incapable. Et c'est dans ma nature. Et je me rappelle,
- Speaker #0
tu avais ce fameux stress de « Oh mon Dieu ! » et le salaire, et ainsi de suite. On est tous super différents. Alors, on en parle librement avec Florent, parce qu'on n'est pas très stressés là-dessus, mais... toi tu fais partie des gens stressés par l'avenir et donc forcément t'as cherché immédiat moi quand j'ai perdu mon poste j'ai fait un break j'ai pas cherché et j'ai fait un break j'ai admiré ça parce que je suis incapable de le faire on s'accepte comme on est on
- Speaker #1
est tous différents et chacun et mes collègues de la même façon certains ont pris du temps d'eux certains ont fait toute autre chose certains se sont relancés aussi ou dans... les mêmes jobs ou divers et variés, mais on a tous réagi finalement différemment.
- Speaker #0
Je pense que c'est important, il faut s'écouter, il faut se dire ok, on a tous une façon différente de réagir au changement, et il y a ceux qui se battent contre le changement, il y a ceux qui se disent bon ok attends je digère, il y a ceux qui veulent repartir vite, prendre le temps. Moi j'ai deux fois dans ma vie perdu mon travail, deux fois dix ans de décalage, bon les deux fois j'ai fait un break, la première fois avec beaucoup de pleurs. Je le dis, hein. Bon, écoute, je suis une meuf, j'assume. J'avais 30 ans, c'était stressant pour moi. Et en fait, j'ai pris ça comme une injustice. On m'a mis fin... Non, on n'a pas mis fin. On m'a forcé à signer une rupture conventionnelle parce que je coûtais trop cher. Au bout d'un an de boîte. Et j'avais trouvé ça tellement injuste où on m'avait dit, c'est soit tu prends la rupture et tu signes, soit on trouvera un truc pour te virer.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
C'était hyper violent parce que, je me rappelle, mon DR est arrivé à 18h. Il m'avait dit je viens en visite. Il est venu à 18h et il me dit je peux te voir dans le bureau. Et moi, j'étais hyper, j'avais préparé tout le magasin et tout. Et en fait, le mec me dit, ben voilà, véridique. Là, j'ai une page, c'est une rupture. Là, j'ai une page, c'est une convocation en entretien pour un licenciement. C'est hyper violent et je vous raconte ma vie mais c'est important parce que je pense qu'il y en a qui le vivent. Et quand je suis rentrée chez moi le soir, j'ai pleuré, j'ai pleuré devant mon DR, j'ai eu le courage de lui dire « je signe pas tout de suite, attends, il faut que je me renseigne » et j'ai fait semblant que j'avais appelé un avocat. J'avoue, je ne sais pas ce que j'ai fait. Je ne sais pas ce jour-là, j'ai fait un regain de puissance. J'ai fait semblant et j'ai appelé ma meilleure amie qui m'a dit « ouais, tord les ! » donc j'ai eu la chance de négocier un peu mon départ et de signer à 20h moins 5 une rupture en départ immédiat quand même je me rappelle la violence de, à 20h j'étais en train de regarder dans le bureau de me dire ok il faut que je ramasse mes affaires parce que j'ai plus le droit de venir il faut que je donne mes clés à mes équipes il faut que j'explique à mes équipes qui sont là mes vendeuses et mes vendeurs que c'est mon dernier jour et je suis rentrée chez moi et ma femme à l'époque m'a dit que j'avais forcément fait quelque chose de mal et m'a demandé si j'avais volé quelque chose pour être viré comme ça. Ça a été hyper violent.
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
double choc. Parce que je me dis, je l'ai pris comme un licenciement.
- Speaker #1
Et puis t'as été attaqué.
- Speaker #0
Et ma famille, personnellement, m'a dit ouais, mais t'es sûr que t'as rien fait ? Et ça a été hyper dur. Et ouais, j'ai dû passer trois jours à pleurer chez moi comme une conne sur mon canapé pour après... Heureusement avoir une amie qui m'a dit je vais à Londres vivre, viens passer quelques jours et voilà. Et puis c'est une période où du coup comme toi j'ai voulu rebondir. Il y a la peur, la peur absolue de ne pas avoir de salaire et j'ai postulé partout pendant deux mois. Et d'habitude où je trouvais facilement du travail pendant deux mois et j'avais que des réponses négatives. Des fois c'est le karma, j'avais que des réponses négatives. Et sur un coup de tête je me suis dit je vais prendre l'argent de la rupture, parce que c'est de l'argent qui est tombé du ciel quoi, qui arrive. Je me suis dit, je ne l'ai pas gagné. Pour le coup, je l'ai eu comme ça. Et je suis partie faire le tour du monde pendant huit mois. Je ne le regrette pas. Alors, je le dis à tous, j'ai tout cramé. Je suis revenue, il ne restait plus rien.
- Speaker #1
Pourquoi ça ne t'étonne pas ?
- Speaker #0
Je suis directrice de magasin, je ne suis pas partie avec un gros chèque. Je fais un tour du monde en mode backpacker. Mais je ne regrette pas parce que c'est ce qui a forgé aussi mon caractère derrière. Et c'est vrai que la deuxième fois où ça m'est arrivé, je l'ai vécu vachement plus sereinement. parce que je l'avais déjà vécu une fois. Et que j'ai été préparée en soi, un peu comme quand toi tu m'as dit « Oui, je m'étais préparée, bon, ça faisait plusieurs mois, je me disais je vais rester, je ne vais pas rester. Bon, moi, ça faisait plusieurs temps que je me disais qu'il fallait que je parte. Du coup, quand on s'est dit on se sépare, je me suis dit on se sépare. Tant qu'on trouve un accord. En fait, aussi avec la maturité et l'âge, on se dit « Ok, rien n'est définitif. »
- Speaker #1
Tu as raison. En plus, tu dis en parlant du « on a un parcours » qui est quand même assez long dans le retail tous les deux. Donc on a quand même connu des hauts et des bas dans toutes les sociétés qu'on a fréquentées.
- Speaker #0
On a toujours eu des boîtes où on se dit qu'ils allaient fermer.
- Speaker #1
Bien sûr. Donc indéniablement, on se prépare au fur et à mesure de notre expérience à ce genre d'éventualité aussi, même si on n'est jamais prêt. Et je le dis, on n'est jamais prêt à ça. Vraiment, on réagit tous différemment par rapport à ça, mais on n'est jamais prêt. La pilule est peut-être un peu moins difficile à avaler dans ton cas en tout cas. Quand il y a eu des discussions en amont,
- Speaker #0
il y a eu des négociations.
- Speaker #1
En fait, quand tu te débrouilles,
- Speaker #0
ce n'est pas pareil. Après, on l'a tous vécu. Moi, je m'en rappelle, j'avais 25 ans, on a mis fin à ma période d'essai, je l'ai pris comme une injustice totale. Mais après, je pense que c'est aussi tout ça qui est construit. Et quand on est dans le retail, ça arrive. J'ai aussi, moi, mis fin à ma période d'essai. J'ai bossé, je me rappelle, j'avais 20 ans, je bossais pour une boîte. L'onboarding était tellement mauvais. On m'a mis dans une salle, on m'a demandé d'apprendre les codes pour encaisser par cœur, je me rappelle. Ça m'a traumatisée. Dans une salle, on m'a dit, tu vas passer 8 heures aujourd'hui dans cette salle et tu dois apprendre tous les codes parce que c'était une enseigne à l'époque. Il y a longtemps, je suis vieille, 45 ans. Il y a 25 ans, c'était une enseigne où il n'y avait pas de code barre. Donc en fait, il fallait reconnaître les produits et les taper. Je me rappelle, il fallait taper, c'était les codes à 6 chiffres. Avec le truc qui cache comme ça, il fallait faire comme ça. On ne met pas dans une salle 8 heures à apprendre des codes. Je suis nulle. mémoire de poisson rouge. Je crois que je suis partie à 14h et ils ne m'ont jamais refait.
- Speaker #1
Tu as retenu quand même quelques codes ou pas ?
- Speaker #0
Sur le coup, j'avais retenu les frestagadas. Je ne m'en rappelle plus, mais je me rappelle que ce truc de frestagada, j'avais retenu. Comme quoi, des fois aussi, ça va des deux côtés. Mais je pense que chaque difficulté nous aide à rebondir, à nous reconstruire. Moi, j'ai toujours eu peur de perdre mon travail. Après c'est comme ça, je fais partie des gens qui ont peur. Et j'ai eu la chance d'être accompagnée. C'est notre génération qui est très attachée à son travail. Et comme tu le dis, on est passionnés. Moi je peux y passer 17 heures en fait et vous pouvez m'appeler à n'importe quelle heure. Et j'ai été accompagnée par une coach, je me rappelle, qui a bossé avec moi sur pourquoi j'avais autant peur. Quel impact ce serait si je perdais mon travail ? Et ce qui est ouf c'est que maintenant c'est moi qui dis aux gens, non mais on ne sauve pas des vies. En fait aujourd'hui c'est alimentaire, tu fais un travail, tu l'aimes et tout, mais si tu ne l'as plus, ok tu peux rebondir. C'est ça le pire, c'est que moi qui avais peur, maintenant je dis, on peut toujours rebondir. rapidement ou pas rapidement, mais après c'est aussi la force de l'esprit de se dire comment je gère le truc