- Speaker #0
Bienvenue chez Reset Your Mind. Cette semaine, un épisode encore un peu particulier. Je reçois une invitée qui ne me tenait à cœur d'avoir parmi nous Julie Dore. Laissez-moi tout d'abord vous dresser un peu le tableau. Vous allez très vite comprendre ce qui m'a motivée. On le sait, il y a des mots qui changent une vie en quelques instants. HPI, TDAH, TSA, DISS et toutes ces variantes. Parfois, ils arrivent comme un soulagement, enfin. une explication. Et surtout, un non sur quelque chose que l'on ressentait depuis des années. Mais parfois, il tombe aussi comme une étiquette de plus, une nouvelle case, une nouvelle inquiétude. Et si nous regardions les choses autrement ? Et si la question n'était pas qu'est-ce qui ne va pas, mais plutôt, qu'est-ce que cette singularité nous raconte de cet enfant, de notre enfant, et accessoirement parfois de nous-mêmes ? Parce qu'après tout, qui peut vraiment prétendre entrer parfaitement dans la norme, qui aime rentrer dans la norme, même si cela rassure. Aujourd'hui, nous allons parler de différence, d'éducation, d'épuisement aussi parfois, mais surtout de puissance, de potentiel et de compétence, parfois un peu cachée, de cette conviction profonde où personne ne se résume par un diagnostic. Alors, mon invitée a fait de cette conviction son projet de vie. Ça fait plus de 25 ans qu'elle évolue dans ce milieu-là. Elle accompagne depuis des années des enfants qui pensent parfois être trop, pas assez, ou aussi à côté. Et face aux limites du système traditionnel, elle a aussi choisi de ne plus seulement observer, mais de construire une autre voie, ou une autre façon d'accompagner, à travers ses propres accompagnements, mais aussi dans ses écoles qu'elle a cofondées, des lieux, des manières de faire, des manières de penser, pour révéler les singularités plutôt que de les faire rentrer de force dans une case. Alors aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Julie Debord. Julie, sois la bienvenue, et je te remercie de prendre le temps d'être à notre micro. Est-ce que cette présentation résonne pour toi et qu'est-ce que j'aurais potentiellement oublié, dis-moi ?
- Speaker #1
Écoute, ça résonne beaucoup pour moi et j'adore. C'était fluide, c'était clair, c'était limpide, comme j'aime, c'était direct. Et je suis très contente d'être ici avec vous et que tu m'ouvres aussi cette porte de se dire quoi d'autre est possible au-delà des diagnostics, des étiquettes. Parce que souvent en France, on n'a souvent pas l'occasion, les gens vont pas mal rester dans les étiquettes et les diagnostics. Sans se dire forcément, mais attendez, est-ce que c'est vraiment un troupe ? Parce qu'il pourrait y avoir des capacités aussi derrière ces mots-là, en fait. Donc franchement, un grand merci pour cet espace. Et j'ai hâte de commencer cette conversation avec toi.
- Speaker #0
Parle-nous tout d'abord un petit peu de toi, si tu veux bien. Qui est Julie ? Qu'on comprenne un petit peu mieux ce qui nous amène ici.
- Speaker #1
Moi, je m'appelle Julie Debord. Je suis facilitatrice, éducatrice, thérapeute, enseignante, co-créatrice d'école. Donc j'ai pas mal de casquettes. J'ai une histoire un peu particulière, je viens d'une famille de soignants. Mon grand-père était médecin et holistique. C'est-à-dire que contre vent et marée, il a intégré l'acupuncture, l'étude des yeux, les fleurs de bac, la médecine de manière générale, l'homéopathie. Il a été beaucoup combattu en France. Donc je viens quand même de quelque chose où on se dit attention, on ne va pas rester dans la norme et on va aller voir qu'est-ce qu'il y a au-delà. Et j'ai aussi un papa qui est médecin de rééducation fonctionnelle à la DAS auprès d'enfants polyhandicapés. Donc moi, depuis que je suis toute petite, notamment, je me rappelle quand j'avais l'âge de 6 ans, ça m'a beaucoup marqué parce que j'allais dans les instituts médicaux éducatifs. Donc les IME, c'est un peu les hôpitaux psychiatriques pour les enfants qui ont différents handicaps ou qu'on ne sait pas trop quoi faire de leur différence. Et je me rappelle d'avoir vu quand même des enfants autistes enroulés dans des draps froids pour calmer des crises. j'ai vu la différence maltraitée à beaucoup d'endroits et dès mes 6 ans je me suis dit qu'est-ce qui se passe, pourquoi est-ce qu'on est aussi punitif et aussi violent et comment ça se fait qu'on essaie de combattre des comportements sans vraiment chercher qu'est-ce qu'il y a derrière en fait donc ça, ça m'a beaucoup marqué, j'ai eu une scolarité on va dire de bon élève qui dérangeait pas trop et à mes 22 ans j'ai arrêté mes études et je me suis dit je vais au Canada, je sais pas ce que je vais y faire et donc du coup je suis partie au Canada et je suis devenue thérapeute auprès notamment je me spécialisais dans l'autisme pendant presque 10 ans Je suis allée dans des cliniques en tout ce qui était thérapie comportementale jusqu'à y trouver une limite parce que c'est un peu la carotte et le bâton. Donc si tu fais ce comportement, tu auras un bonbon. Si tu ne fais pas ce comportement, il peut y avoir un ensemble de conséquences pour lesquelles je n'étais pas trop. Et un jour, j'ai une famille qui est venue me chercher qui m'a dit... Dans ces cliniques, il y avait majoritairement des enfants autistes, mais tu retrouvais des enfants neurodivergents, majoritairement TDAH, avec des 10, au potentiel ou pas, il pouvait y avoir une déficience intellectuelle. Donc j'ai vraiment fait un... spectre humain très très large, c'est-à-dire des enfants non-verbaux autistes, on va dire qu'ils mangeaient leur caca, pour vraiment avoir une... Voilà. Et j'ai aussi travaillé avec des enfants, avec un génie incroyable, dont on ne savait pas trop quoi faire, en fait, parce que c'était aussi une autre forme de... de ne pas du tout être dans la case, en fait. Donc j'ai vraiment... Voilà, moi, ce qui m'intéresse, c'est vraiment le spectre humain, et de me dire, plutôt que de dire il a un trouble, il a un déficit, je vais plutôt aller chercher derrière le comportement, derrière le trouble ou derrière le déficit, qu'est-ce que le corps, en fait, est en train de dire. et quel est le besoin souvent qui n'est pas répondu en fait. Parce que plus on va essayer de mettre quelqu'un dans une case, plus le corps va se tendre et plus on va avoir tout un ensemble de comportements qui peuvent déborder sur du trouble, du déficit et voir des gros handicaps, voire même des grosses... post-traumatiques avec lesquelles il est difficile de dealer si tu ne les traites pas un minimum en amont. J'ai fait ça et un jour, il y a une famille qui est venue me recruter. Elle m'a dit, du coup, nous on quitte la clinique, ce qu'ils font c'est trop violent. Vu que tu es un petit peu hors norme, est-ce que tu serais OK qu'on t'engage ? On a construit une petite pièce dans notre maison et on a mis que l'univers de l'enfant. L'enfant, sur le moment, a été diagnostiqué autiste sévère. Les spécialistes avaient dit qu'il ne parlera jamais, qu'il ne sera jamais autonome. Et du coup, moi, j'avais vu le petit bout de chou, là, je me suis dit, bon, lui, il va pas... Enfin, sur quoi vous vous basez ? Parce qu'il parle pas encore, parce qu'il fait juste... Il faisait des sons. Et du coup, les parents nous ont dit, bon, voilà, on va construire à partir de quelque chose de spécifique. Lui, il aime que les logos. J'ai fait, ah, OK, bon, en autisme, tu peux retrouver des intérêts très, très spécifiques sur un sujet, voilà, même si ça peut évoluer dans le temps. Et donc, du coup, je l'ai été dans cette petite pièce. Donc, il y avait des logos McDonald's, Burger King. Alors, c'était au Canada, donc il y avait tout ce qui était les enseignes canadiennes et américaines. Et du coup, on est parti d'un petit logo McDonald's. Et en fait, j'ai commencé à les dessiner. Donc au début, il ne voulait pas trop que je m'approche de lui. Donc j'étais à une sorte de distance, on va dire, confortable pour lui. Puis petit à petit, j'ai commencé à dessiner les logos. J'ai commencé à devenir sécuritaire. On était dans du connu, donc on faisait que ce qu'il aimait. Petit, j'ai commencé à amener des personnages, à faire des scénarios. Et en fait, le gamin a développé le langage, regardé dans les yeux. Et maintenant, il a une vie, il est marié. Donc voilà, c'est vraiment une expérience qui m'a profondément marquée en me disant, mais attention, moi, je suis OK pour les diagnostics à partir du moment où ça vient juste faire une image à un moment donné. Mais je trouve que les diagnostics enferment beaucoup plus qu'ils n'aident. Sur le moment, ça peut être un soulagement, comme tu disais. Mais bien souvent, l'humain ne l'utilise pas comme juste un outil ou juste une lunette. Il en fait vraiment quelque chose dans lequel l'individu va rester toute sa vie. Et du coup, je pense qu'un diagnostic, son but, c'est d'être dépassé. C'est de donner un élément d'ensemble qui peut être difficile pour l'individu et ensuite de voir comment on peut dépasser ses difficultés. Et au-delà de ça, c'est derrière ces difficultés, est-ce qu'il n'y a pas vraiment des capacités ? Parce que ce gamin-là, il avait une mémoire de fou. Après, il te reproduisait des dessins, mais de malade. Et après, il est parti dans le dessin, dans l'animation, dans un studio à Morel. Donc voilà, après, il vit sa vie à sa manière et avec son rythme. Mais en tout cas, c'est une expérience qui m'a beaucoup marquée. Après, beaucoup de parents sont venus me chercher pour différentes choses. Mais c'était surtout pour que finalement, j'aide le parent à rencontrer son enfant. Donc en fait, moi, ma spécialité, si je peux résumer dans toutes les étiquettes que j'ai données, moi, ce que j'adore, c'est quand j'aide le parent à vraiment rencontrer son enfant. Il ne vient pas me voir pour me dire comment gérer une crise. Je peux te donner un ensemble d'éléments, mais si je n'ai pas la big picture du parent avec son écosystème sur ces choses, moi, je travaille vraiment en holistique. Et du coup, je peux aller aider, par exemple, un parent où ils n'ont pas du tout les mêmes modes de fonctionnement. Alors, un parent peut me dire qu'il est TDDH et moi, je ne suis pas TDDH. Et du coup, ça se choque. Mais le problème, il n'est pas vraiment là. Ça, c'est une des premières étapes que j'enseigne aux parents. Et d'aller aussi rencontrer les besoins de l'enfant.
- Speaker #0
C'est la méthode UNICA que tu évoquais, c'est ça que tu as développée ? Oui, c'est ça. Qui est ton propre accompagnement aujourd'hui. Oui, ça part de la méthode de l'hôpital. Est-ce que c'est hyper intéressant de voir ça autrement qu'à travers le diagnostic, comme tu l'as très bien dit ? Pour beaucoup, ça devient un soulagement de dire « Ah, enfin, je vais avoir le résultat ! » Mais en fait, une fois qu'on a ça, on se retrouve quand même un peu démuni parce que c'est bien cool. On a une étiquette de plus, une case de plus, très souvent, qui nous amène à devoir y rentrer. C'est aussi source d'angoisse pour beaucoup parce que qu'est-ce qu'on en fait ? Donc toi... ton credo, si je puis dire, c'est vraiment comment éviter que le diagnostic devienne une identité. Et le premier pas, si je comprends bien, c'est déjà créer un espace propice pour être à la rencontre de cette différence, de cette singularité. Ou de ces singularités au pluriel.
- Speaker #1
Parce que le premier besoin, de toute façon, pour un être humain, ça va être, peu importe le diagnostic ou la divergence, c'est vraiment que tu sois dans un endroit qui soit sécuritaire. Mais le deuxième, c'est le besoin de connexion, en fait, le besoin d'amour. Et chez des enfants qui peuvent capter énormément de choses dans leur environnement, le besoin de connexion, il peut être encore plus fort. Parce que moi, j'ai une école, du coup, je suis créatrice d'une école aussi qui s'appelle Station Phénix. On a des résultats assez incroyables avec les enfants parce que ce qu'on travaille en premier, c'est la sécurité. Donc la sécurité, forcément, de leur donner un endroit où ils sont en sécurité, mais c'est de leur faire travailler leur sécurité intérieure. Parce que si t'es pas en sécurité intérieure avec toi, il peut se passer un tout petit truc et ça va complètement te déstabiliser. Mais au-delà de ça, c'est aussi de se dire, en fait, les adultes, ils vont être en connexion, donc ils vont être en capacité d'être en dialogue avec moi. Et plutôt que de me dire, il est hyperactif, il est impulsif, je sais pas, il est autiste, il est mutique, il parlera jamais de sa vie. C'est comment moi, en tant qu'adulte, je deviens un espace sécuritaire pour permettre à l'enfant de se réguler. Parce qu'un enfant ne peut pas apprendre à se réguler tout seul, il a besoin de l'adulte pour ça. Après, il va le faire tout seul. Mais comment je peux me permettre d'être cet espace sécuritaire et de connexion et d'amour avec cet enfant-là, avec mon enfant, pour lui permettre de me rencontrer. Et en fait, on va gagner beaucoup de temps justement sur la gestion de crise. On me contacte beaucoup pour des gestions de crise et tout ça. Je réponds aux parents, mais ne venez pas me voir pour ça parce que le problème, il n'est pas là. Je peux vous dire deux, trois tips qui vont peut-être vous aider avec votre enfant. Mais les crises, elles vont avoir différents visages au travers des âges. Et ce n'est pas forcément là qu'est le problème. C'est comment moi aussi, dans une crise, j'arrive à me réguler, à rester un espace safe, même si on n'est pas parfait. À un moment donné, on peut gueuler en avoir marre et de fatiguer d'une journée. Je ne dis pas qu'il faut être parfait, mais c'est quand même avoir cette conscience-là que je peux être un repère stable. pour l'enfant et lui permettre cette transformation-là aussi. Et dans Unica aussi, ce que j'enseigne, c'est les besoins. Et j'enseigne aussi le fait que l'enfant, il est là aussi pour nous enseigner des choses.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui révèle justement, qu'est-ce que les enfants atypiques nous révèlent de nos propres singularités selon toi ? Parce que beaucoup de parents découvrent aussi leurs propres divergences, si je puis dire, ou singularités ou hypersensibilités à travers l'accompagnement qu'ils font pour leurs enfants. Est-ce que quelque part, nos enfants ne nous obligent pas aussi à nous regarder autrement ?
- Speaker #1
Bah oui, parce que déjà, moi en tout cas, quand je les accompagne, j'accompagne les parents, déjà, ils sont un peu obligés de changer de regard sur leur enfant. Et du coup, quand ils changent de regard, ils changent de regard aussi sur eux-mêmes. Parce qu'ils se disent « Oh, wow, moi, quand j'étais petit, je faisais ça. » Ou « Moi, quand j'étais petit, je ne pouvais pas faire ce qu'il est en train de faire. » Et donc, ça va réveiller pas mal de choses. Et pour moi, l'enfant, il est pas mal un miroir aussi. Donc, ils viennent nous révéler aussi notre... Tu sais, moi, ce qui revient beaucoup dans les enfants de l'école, c'est qu'ils me disent souvent... Parce que moi, ça fait 25 ans que j'entends les enfants parler. même ceux qui parlent pas j'arrive à percevoir des choses et du coup ils me disent mais en fait les adultes il y a un truc sur lequel il faut que vous travaillez et j'ai dit bah c'est quoi ? C'est vous êtes incohérent et j'ai dit c'est à dire, il m'a dit vous dites un truc et dans votre corps et dans votre énergie c'est tout le contraire alors moi plutôt que de parler de TDAH autisme et tout ça je les appelle les super sensibles parce qu'en fait chez le super sensible ce qui va être primordial c'est pas les mots, c'est ton énergie qui se dégage de ton corps est-ce que tu vas être en cohérence entre ton corps et ce que t'es en train de dire Merci. Et ça, en fait, c'est un truc qui m'a marquée. Et en fait, c'est eux qui m'ont permis de créer le mot super sensibilité, parce que c'était pour se dire, OK, mais en fait, chez tous ces profils-là un peu neurodivergents, il y a un langage qui commence. C'est vraiment le fait d'être cohérent entre ton énergie et ce que tu vas dire. Il y a quand même un langage. Il y a des besoins aussi qui peuvent être spécifiques, un besoin d'être à son rythme, un besoin de régénération, parce que ça peut être des enfants qui vont capter énormément de choses dans leur environnement. Donc, on peut avoir aussi un besoin de repos et de régénération qui est complètement normal. qu'il faut aussi leur apprendre à gérer. Voilà, je me suis dit aussi, je vais inventer Supersensibilité parce que ça va nous permettre aussi de se dire, d'aller chercher les capacités. Moi, ce qui m'intéresse chez un individu, que ce soit un parent, un adulte qui vient me voir, ou un enfant, c'est en fait, quelle est ta capacité ? Et c'est quoi ta contribution pour le monde ? Tu viens pour, comme tu disais, tu as un crédo ou un créneau particulier. Et en fait, c'est quoi ? Parce qu'en fait, plus on va les aider à aller dans la contribution qu'ils sont pour le monde, et plus on va les aider à aller dans la création qu'ils sont pour le monde, moins ils vont nous faire du trouble.
- Speaker #0
Plus ils vont sortir, en fait, de ce que nous, on qualifie de trouble.
- Speaker #1
De trouble, voilà. Et oui, puis ils vont mettre leur énergie sur quelque chose qui va les... C'est focusser sur quelque chose de positif, qui va leur permettre de créer, de s'exprimer, de montrer leur vision. Donc, ils vont être aussi peut-être moins enclins, quand même, des fois, à faire quelques comportements pour avoir de la tension, parce qu'ils s'ennuient, tu vois. Moi, j'ai beaucoup d'enfants à l'école qui arrivaient parce qu'ils s'ennuyaient. Ils n'étaient pas assez stimulés. Et du coup, ils te faisaient des comportements et tu voyais que, bon, quel est le projet que tu veux développer à l'école pour que ça se passe ? bien en fait et que tu puisses mettre toute cette énergie-là de fou que t'as et que tu la mettes dans une création en fait.
- Speaker #0
Donc c'est pour ça aussi que tu parles aussi souvent d'autorégulation et on n'est pas une génération où on nous a trop appris à nous autoréguler. On commence à être la génération qui capte qu'il y a un truc qui ne fonctionne pas. Enfin, on nous a appris une manière de faire qui ne fonctionne pas forcément bien mais on n'a pas forcément les clés pour autant pour la suite.
- Speaker #1
Tout à fait. Bah oui parce que je pense que Yahoo... Il n'y a pas beaucoup de parents de notre génération, de ta génération, qui t'ont appris ou qui nous ont appris à nous autoréguler. Moi, autoréguler, je l'ai appris parce que j'ai vraiment travaillé avec des enfants qui ont eu des comportements, des fois un peu violents aussi, où j'ai pu me mettre en... Je ne savais pas trop comment faire. J'avais genre 22 ans, tu vois, quand tu n'es pas habitué, que tu arrives dans des... maisons, dans des habitations où il y a des parents qui vivent quand même des situations de crise. Moi, j'ai été vraiment dans des familles aussi où les parents sont devenus violents, entre guillemets, parce qu'ils n'en pouvaient plus. Ils n'étaient plus du tout ancrés dans leur corps. Donc, il y a des trucs où je me suis dit, je pense qu'il y a d'autres moyens pour décélérer les choses. Et l'autorégulation, en plus, ça peut prendre différentes formes. Moi, j'avais des enfants, quand tu vois les enfants qui font du hand-flapping en tournant les mains, des enfants qui sautent, des enfants qui se balancent, des enfants qui tournent sur eux-mêmes. Des fois, avec des objets, ils vont prendre des objets, ils vont les tourner ou ils vont les manipuler. C'est de l'autorégulation. tu peux avoir aussi voilà j'ai un enfant par exemple un ado dans l'école lui il est en anxiété sociale il n'arrivait à aller dans aucun endroit parce qu'il me dit mais je capte tout les émotions et tout et en fait je rentre chez moi j'ai passé une heure dans un endroit je suis fatiguée pendant quatre jours et du coup je lui ai dit en fait quoi d'autre est possible ok je comprends ça c'est ton mode de fonctionnement jusqu'à maintenant mais est-ce que tu penses que tu serais capable de venir à l'école que les matinées tu ne viendrais pas toute la journée est-ce qu'il y aurait quelque chose un objet connu quelque chose que t'aimes faire quelque chose qui te nourrit qui pourrait te permettre d'être avec ton corps à l'école plus facilement. Du coup, il me dit, je réfléchis et je reviens demain. Le lendemain, il arrive avec, parce qu'il adore l'histoire, il est passionné d'histoire. Et puis il lit des pavés sur des sujets très particuliers en histoire. Et il arrive avec un livre, en fait. Le matin, il est arrivé, plutôt que de dire bonjour, il me dit par contre, je ne serais pas en capacité de dire bonjour, je ne serais pas en capacité, machin. J'ai dit très bien, si tu nous le dis et tout ça. Pendant trois mois, il est rentré dans la pièce du lycée, du coup. Il prenait son livre, il arrivait à 9h pile, et de 9h à 9h15, il lisait son livre. C'est-à-dire que tu lui disais bonjour, tu rentrais dans l'espace, il répondait pas, il s'en foutait. Il était vraiment concentré dans son truc. Et à 9h15, il possédait son livre et il s'est écrit une petite routine, un petit rituel et tout ça. Et après, à la fin de l'année, le livre, il le sort très, très rarement. Vraiment, ou parce qu'il a envie de lire aussi, parce qu'il aime le livre. C'est pas juste de l'autorégulation. Et en fait, ce livre lui a permis de créer une sorte de moment connu dans un endroit inconnu. Et après, à la fin de l'année, il n'avait plus forcément besoin du livre autant.
- Speaker #0
D'où l'importance des rituels, en fait, et de ces choses connues qui t'ancrent et qui te permettent de créer cet espace sécuritaire que tu évoquais. À partir du moment où on sait qu'on est en sécurité nous-mêmes, à l'intérieur de nous, alors on peut aller vers les autres, mais on ne peut pas faire l'inverse.
- Speaker #1
Non, non, tout à fait, oui. Et puis ça va être à l'enfant, à l'ado de choisir aussi, quand est-ce qu'il le fait, et quelle forme ça va prendre, en fait, aussi.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a un monde qui est celui qu'on connaît autour et qui a ses qualités et ses défauts, on va dire. Et il faut réussir à trouver un moyen d'être bien aussi ou de s'adapter à ça et de trouver ces comportements aussi où tu arrives à revenir dans cette sécurité, en fait. Parce que tu ne peux pas être tout le temps exposée dans une zone qui te met à mal. Donc, c'est comment est-ce que tu acceptes de t'adapter pendant combien de temps et de quoi tu as besoin pour revenir ensuite à toi ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Ça a bluffé les enfants parce qu'ils ont dit « Waouh, la différence en dix mois, même dans la sociabilisation, c'est incroyable. » C'est lui qui donne les cours d'histoire dans l'école.
- Speaker #0
Le système actuel, il atteint justement plutôt assez vite ses limites pour accompagner ses singularités. C'est ce qui t'a amené à créer Unica, tes propres accompagnements et cofonder ou co-créer l'école Station Phénix. Tu peux nous en dire un petit peu plus de Unica, un peu de Station Phénix aussi ? Puis surtout, d'où vient ce feu sacré en toi qui te donne cette énergie ? Parce que c'est quand même un métier particulier, un métier qui est pesant au quotidien. D'où vient tout ça ?
- Speaker #1
Je pense que quand j'avais 6 ans, quand j'étais dans les IME, dans les hôpitaux, et que je voyais comment traiter la différence entre guillemets, ça m'a vraiment marquée. Et je me suis dit, je pense que dans ma petite tête de petite fille, je me suis dit, je pense que je vais trouver une solution à ça parce que ce n'est pas possible. et surtout qu'après j'ai travaillé aussi dans les classes Ulysse et moi on a mis des enfants dans des classes Ulysse mais le gamin c'était un génie mais j'ai dit mais qu'est-ce que tu fais là toi ? Ah oui parce que t'es 10 et que tu sais pas écrire on t'a mis dans une classe Ulysse le gamin il pilote des drones il fait des applications et à un moment donné il y a eu un problème dans la sélection et aussi mon petit frère il a été mis par erreur quand il était en 6ème dans une classe Secpa et je me rappelle que ça l'a traumatisé parce qu'il me dit mais qu'est-ce que je fais là en fait ? Vraiment qu'est-ce que je fais là en fait ? Et du coup ça l'a dégoûté de l'école il a fait une phobie scolaire aussi donc j'ai vu mon petit frère aller à l'hôpital en hospitalisation J'ai vu aussi tous les jeunes qu'il y a dans les hôpitaux à ce moment-là, des gamins brillants, très sensibles, très dans l'empathie, mais qui se font bouffer aussi par leur capacité parce qu'ils ne savent pas comment les gérer. Et je crois qu'en fait, cet ensemble de choses m'a marquée. Et je voyais aussi mon père à la DAS où on le forçait à mettre des diagnostics sur les enfants pour que les parents aient de quoi, aient aussi l'argent qui va avec le diagnostic aussi. Parce qu'on sait très bien qu'avoir un diagnostic, ça ouvre aussi à des aides et c'est OK. Mais il y a aussi tout un système derrière ces diagnostics que j'ai vus. Donc si tu veux, j'ai vu l'envers du décor. C'est quand je suis partie aussi au Canada que j'ai vu qu'il y avait d'autres manières de faire. Les Canadiens étaient quand même beaucoup plus doux avec les enfants. Donc je me suis dit, il y a d'autres possibilités, d'autres choses. Et après, moi, je pense que ma spécificité, c'est vraiment de créer des choses qui n'existent pas. J'aime bien dire que je vais dans un système et que je l'outrecrée. Je vais dépasser l'existant pour créer des choses nouvelles. Pas parce que c'est nul, mais parce qu'en fait, pour moi, c'est ce que je dis aux enfants. C'est que je dis, on a tous une contribution particulière. à apporter au monde. Et c'est notre devoir d'amener nos spécificités. Donc là, ce que je fais avec l'école Station Phoenix, c'est qu'on regarde les incohérences des programmes scolaires, on essaie d'en faire autrement et on a fait une sorte d'emploi du temps qui permet d'allier passion, enseignement académique, émotionnel et tout ce qui va être bien-être de soi aussi à l'école. Et ça, ça m'amuse parce que je suis dans ma capacité et c'est pas si lourd que ça, parce que je suis pas toute seule non plus. Mais moi, ça m'amuse d'aller dans des endroits, tu vois, quand on m'a dit « cet enfant, il ne parlera jamais » , ok, peut-être, point de vue intéressant. Tu as un point de vue intéressant, mais ce point de vue n'est pas forcément le mien. Si j'essaye et que je n'y arriverai pas, peut-être que je vais m'allier sur ton point de vue. Mais je me dis que dans l'énergie, j'avais senti vraiment que c'était quoi d'autre que possible. En voyant l'enfant et en regardant ce qu'il faisait quand même, je me suis dit « non, ce n'est pas vrai ce qu'il est en train d'être dit » . Donc en fait, moi, ce qui me donne de l'énergie, c'est vraiment de savoir que je vais avoir un impact, que je vais créer des choses nouvelles. Donc ce feu, il vient de là.
- Speaker #0
il vient de là, j'adore parce que j'adore ce que tu viens de dire qui est c'est ton point de vue, le diagnostic en fait c'est un point de vue, c'est pas une vérité
- Speaker #1
En fait, il y a un truc que tu peux faire pour ne pas rentrer en réaction, parce qu'en fait, dans cette réalité, on va te contrôler quand tu rentres en réaction. Donc, le but de ne pas rentrer en réaction, c'est de se dire « Ok, fine, la personne en face de moi, elle a un point de vue. » Moi, ce que j'aime bien dire, c'est « point de vue intéressant » . Je le dis dans ma tête, je ne le dis pas à lui, forcément. Je peux peut-être lui dire la phrase de « point de vue intéressant » , mais dans ma tête, je me dis « point de vue intéressant que cette personne ait ce point de vue intéressant. » « Point de vue intéressant que cette personne ait ce point de vue intéressant. » Et je le dis jusqu'à ce que la tension dans mon corps, elle parte. Et puis parfois, c'est « point de vue intéressant » que j'ai ce point de vue intéressant aussi. Parce que la personne, elle peut très bien avoir un point de vue qui ne me convient pas, mais ça ne veut pas dire que moi, j'ai raison ou que lui, il a tort, en fait. C'est deux réalités qui existent. Et pour moi, c'est ça aussi mon travail, c'est de permettre à chacun, chacun des enfants qui viennent boire, chacun des parents qui viennent boire, c'est de leur permettre de créer leur réalité. C'est là pour créer ta réalité et chaque réalité enrichit celle des autres.
- Speaker #0
Alors, je pense que ça, c'est extrêmement intéressant et important. Les personnes qui nous écoutent au sein de Research Your Mind vont sentir l'écho. J'adore cette... Cette distance que tu mets entre eux et ce respect aussi que tu mets au quai, point de vue. Peut-être pas forcément le même que le mien, mais surtout ne pas rentrer en « je veux avoir raison » ou « il a tort, j'ai raison » ou alors « il a raison, j'ai tort » qui vient complètement biaiser aussi le rapport à l'autre. Merci vraiment pour ça. Il y a quelque chose que j'aimerais aborder avec toi, plutôt une réflexion. Et si le vrai enjeu n'était pas de réparer nos enfants, mais de leur éviter de croire qu'ils sont cassés ? Quelles sont les phrases, les regards ou les comportements qui construisent, qui détruisent l'estime, selon toi, de nos enfants ?
- Speaker #1
C'est des trucs assez simples. C'est de dire, de vraiment faire sentir à l'enfant que tu es là pour lui, que tu vas être présent. Et moi, j'aime bien l'écoute active, c'est-à-dire que l'enfant, il va parler, il va s'exprimer, toi, tu ne vas pas forcément répondre. Et moi, il y a une question que j'utilise tout le temps à l'école. J'avais un gamin, il n'arrêtait pas de s'agiter dans tous les sens. Il était sorti de la classe parce qu'il s'énervait et puis il marchait de long temps large comme ça, mais vraiment super rapidement. Et il me dit, ouais, Julie, je suis en train de m'autoréguler. Je lui dis, alors, excuse-moi, Arthur, mais non, tu n'es pas en train de t'autoréguler, tu es en train de t'énerver tout seul. Ouais, il ne faut pas me dire ça, non, Et du coup, je lui ai dit, mais en fait... tu cherches à t'autoréguler parce qu'il y a une situation, il y a quelque chose, ça j'entends et c'est vachement bien cette démarche que tu es en train de faire, mais est-ce que moi je peux t'aider dans quelque chose et tout ça ? De quoi tu as vraiment besoin en fait ? Il me dit mais si je pouvais prendre un coussin et taper dedans et hurler toute ma colère, je le ferais. Et je lui ai dit qu'est-ce qui t'en empêche ? Il me dit on est à l'école. Je lui ai dit là il y a une petite pièce qui n'est pas occupée, tu vas me prendre un coussin tu vas voir ta prof dans la classe, tu prends le coussin, tu vas dans la petite pièce, tu préviens que tu es énervé, que tu vas crier, mais que tu reviens. que je suis à côté, voilà, et tu fais ton truc. Donc il a pris le coussin, il a hurlé, mais vraiment, il a hurlé. Et en plus, les gamins lui ont remercié parce qu'on dit merci, parce que nous aussi, on est en colère, mais on ne sait pas d'où ça vient, en fait. Donc il a permis aussi cet espace-là. Et du coup, le gamin, il a été répondre à son besoin. Moi, je lui ai juste dit, est-ce que moi, je peux te contribuer ? Est-ce que je peux t'aider ? Est-ce que tu es sûre que, enfin voilà, le besoin... Tu penses qu'en marchant, c'est s'autoréguler, mais il y a plein d'autres formes, en fait, pour faire, en fait. Et donc, du coup, c'est de pouvoir permettre ça, en fait. Et du coup, d'accompagner et de ne pas juger le comportement, justement, de se dire qu'il y a un besoin là. Là, du coup, c'était de gérer son émotion de colère et d'avoir l'espace safe pour pouvoir l'exprimer, en fait. Et après, il était quand même toute la journée. Même, je le trouve déjà beaucoup plus calme. Et puis après, des fois, il regarde le cousser, il me regarde et on rigole, en fait. Et de ne pas en faire un drame. Parce que souvent, je vois les adultes qui partent dans des trucs. Je dis là, waouh ! Là, on est parti très, très loin, alors que c'était un besoin, peut-être d'un adulte qui avait besoin de calme, parce qu'il a une journée chargée. Donc, aussi, le dire aux enfants, dire là, maman, elle est... Voilà, elle a une journée chargée, je ne suis pas de très bonne humeur, je vais avoir besoin aussi de m'autoréguler, d'être dans mon espace. Et si je ne te réponds pas ou je suis un peu énervée, c'est la conséquence qui risque de t'arriver si tu ne respectes pas mon espace aussi, parce que moi aussi j'ai un espace et je suis un être humain. Par contre, ce que je vais te demander, c'est, j'ai besoin pour le moment, peut-être d'aller prendre un bain, d'aller écouter mon podcast, d'aller faire du tapis dans ma chambre, j'en sais rien. Et aussi d'être ce modèle aussi pour les enfants, parce qu'en fait, les enfants, surtout les super sensibles, ils ont une capacité pour biomimétiser les choses. Et en plus, ces gamins-là, ce qu'ils essayent de faire souvent, c'est de t'aider à décharger tes émotions. Ils essayent de t'aider. Donc, ils vont prendre l'émotion avec eux. Ils vont dupliquer en plus avec des émotions qu'eux, ils n'ont pas gérées à eux. Et après, ça fait un gros bordel familial. Moi, je reçois pas mal d'enfants qui peuvent avoir des troubles de l'opposition. Et du coup, il faut vraiment décanter tous les comportements, les besoins, les trucs, les machins. Et souvent, ces deux besoins humains qui, à ce moment-là, se sont un peu entrechoqués parce que ce n'était pas le même, en fait. Donc une maman qui peut avoir besoin de prendre son fils en rentrant de l'école ou de savoir absolument ce qu'il a fait à l'école et le gamin qui a besoin de son espace parce qu'il a encore la sonnerie dans les oreilles de l'école, il a encore le grincement des chaises, il y a un truc qui n'est pas passé quand il a mangé. Quelqu'un qui lui a dit quelque chose, il n'a pas compris le sens social du truc, il est encore dedans. Et en fait, on vit tous notre réalité et ça peut être difficile de se rejoindre. Mais souvent, on va se rejoindre par la connexion conflictuelle, mais il y a d'autres manières de faire.
- Speaker #0
Mais c'est très évocateur ce que tu dis, puisque moi je suis plutôt au contact d'adultes, même si j'ai des enfants, mais je le vois aussi dans le monde du travail, c'est-à-dire qu'on parle beaucoup de gérer ses émotions, etc., mais on n'a tellement pas été éduqués dans cette voie-là, qu'on le voit au travail. dans les réunions, un simple petit truc qui peut être dans des proportions pas possibles, ou des échanges mail, des échanges Slack ou Teams ou autre, et parfois quand t'es spectateur... Tu vois le truc prendre de l'ampleur, tu fais « Oula, mais que se passe-t-il ? » Il y a vraiment derrière ces émotions non gérées, ces besoins non écoutés qui prennent une ampleur dingue, alors qu'il n'y a pas d'enjeu réel.
- Speaker #1
Oui, non, il n'y a pas de... Et puis au contraire, ça ralentit les choses. Après, nous, ce qu'on aime bien faire à l'école aussi, au-delà que les enfants ont cet espace-là aussi avec nous, il y a toujours un adulte disponible ou pas, ou si on n'est pas disponible, moi des fois je dis « Ah non, mais pause, non » . va discuter avec un copain quoi d'autre est possible que l'adulte aussi des fois il faut qu'ils gèrent aussi leur truc à l'école on fait ce que demandent de plus en plus les élèves qu'on leur a appris, c'est qu'on fait des cercles de paroles donc une fois par semaine ou des fois un matin quand ils sont pas réveillés on se met en cercle et en fait on adresse soit une émotion soit un truc ou un truc à dire qui a pas été ou un truc qu'on aimerait beaucoup faire parce qu'on a dit qu'on allait le faire et qu'on l'avait pas encore fait parce que ça s'est pas mis dans l'emploi du temps et en fait le fait d'avoir ces moments de connexion aussi en groupe ça aide Parce qu'on sait aussi qu'on a l'espace pour communiquer. Et peut-être que c'est aussi ce type d'espace qu'il faudra en entreprise, tu vois. L'air de rien.
- Speaker #0
Oui, et c'est toute cette difficulté aussi entre travail en remote, en télétravail, présentiel, etc. qui vient aussi perturber les habitudes. Au-delà de changer énormément le mode de fonctionnement et les repères, ça vient aussi beaucoup changer ce besoin de lien, ce besoin de connexion. que je vois se manifester beaucoup plus fortement vers des générations plus jeunes que moi, par exemple. Ce besoin de connexion, ce besoin de sens que tu pouvais aussi évoquer et qui reste la clé aussi dans ces singularités-là et dans cette divergence-là.
- Speaker #1
Oui, et puis les nouvelles générations qui arrivent, tu vois, ça va être encore... Enfin, je ne veux pas dire pire, parce que pour moi, c'est positif, mais pour ceux qui ne sont pas en capacité d'accueillir ça, ça va être pire, en fait. Puis moi, je le vois. Je vois les rendez-vous d'inscription d'entre il y a quatre ans et maintenant ne sont plus du tout les mêmes. Il y a des gamins qui disent « Moi, je veux choisir mon école. » Moi, je ne vais pas là-bas parce que c'est l'école de collège, enfin le collège de secteur ou parce que c'est sous contrat et que ça sera je ne sais pas quoi. En plus, je fais quand même quelques vidéos sur les réseaux et je commence à avoir des gamins qui m'écoutent et qui me disent « Mais pourquoi on ne peut pas aller chez toi ? » « Tu habites où ? Lyon ? » Ça va être un peu compliqué. Mais voilà, en fait, ils se disent « Tiens, il y a des écoles différentes qui existent et les enfants ne sont pas forcément... » au courant de ça en fait.
- Speaker #0
C'est aussi le côté positif des réseaux sociaux. Oui, c'est le côté positif des réseaux sociaux.
- Speaker #1
C'est aussi le côté qui est chouette. Je vais te laisser le mot de la fin, mais avant ça, Julie, j'aimerais te poser une question peut-être un peu plus personnelle. Ce n'est pas impossible que je te réinvite dans quelques mois sur le podcast, parce qu'il y a encore plein de sujets à aller crever et à aller aborder. Mais je vais terminer par une question un peu personnelle. Si tu pouvais remonter le temps et parler à la petite Julie, justement, que tu as évoquée à plusieurs reprises, celle qui avait six ans. qui se sentait aussi peut-être un peu interpellée par ses traitements, mais peut-être aussi un peu différente parce que tu ne les cautionnais pas ou déjà ça t'interpellait. Qu'est-ce que tu aurais envie de lui dire ?
- Speaker #0
J'aurais envie de lui dire que tout va bien se passer, qu'elle va suivre ses rêves, qu'elle va oser aussi savoir dire non, parce qu'en fait, je crois que pour créer des choses, il faut aussi oser dire non à l'existant, en fait. Et je lui dirais peut-être aussi d'être moins dans le combat. Parce que moi, j'ai été longtemps dans le combat. Et en fait, le combat, c'est très, très, très, très fatigant. et en fait s'opposer à quelque chose, finalement, ça ne crée pas beaucoup plus vite. Et d'être en paix avec la contribution et la vision que la petite fille avait déjà quand elle avait 6 ans, et que tout va se dérouler et qu'on va créer des choses que même elle, elle n'avait pas encore imaginées.
- Speaker #1
Parce que tout ton parcours, toute ta carrière, toutes tes années d'expérience sont quand même un parcours aussi très atypique et très différent de ce qu'on peut imaginer.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. Après, je ne m'attendais pas à immigrer pendant 10 ans au Canada mes 22 ans. et à larguer toutes mes études en disant j'ai suivi toutes les cases pour avoir un diplôme, pour avoir une vie. Je ne suis pas mariée, je n'ai pas de CDI, je suis entrepreneur. Et que ça aussi, c'est une vie qui est tout à fait légitime que le cadre normatif qu'on nous propose.
- Speaker #1
Je sais qu'il n'y a plus d'une personne qui nous écoute qui va se reconnaître aussi là-dedans. Super. Quel serait ton mot de la fin, Julie ?
- Speaker #0
Tout mon travail, ça serait vraiment de prendre du temps de connexion avec les enfants. avec les ados, vraiment de faire ce chemin. Je sais qu'il y a des parents qui nous écoutent, parce qu'en fait, les enfants, ils nous réapprennent la connexion, parce qu'en tant qu'adultes, on peut être vachement déconnectés quand même, déconnectés du corps, déconnectés de nos désirs, déconnectés de nos rêves, en fait. Et que les enfants, ils ont aussi ce rôle-là de nous enseigner des choses, donc de vraiment pas hésiter à écouter, observer ce qu'ils ont à nous dire. Et vraiment aussi, je dirais aux adultes, vraiment tous les matins, de se dire « je suis une personne merveilleuse » . Je voulais vraiment être dans la douceur et vraiment la vulnérabilité avec moi-même. Et qu'en fait, il n'y a rien qui est grave. Vraiment, on a tous le droit à l'erreur. On a tous le droit de péter un câble aussi. De temps en temps, ça fait du bien. Puis des fois, il y a des gens qui ne reçoivent que l'énergie du killing en mode comme ça et c'est comme ça. Et vraiment d'être en amour de soi. Parce qu'en fait, c'est aussi ça qu'on enseigne à nos enfants. Plus on va être dans l'amour de soi, le respect de soi, et plus on va l'enseigner aussi à nos enfants. moins ça prend de temps d'enseigner aux enfants aussi, parce qu'ils voient ça. Et les enfants, ils sont aussi, pour nous rappeler ça, l'amour en fait. La connexion, l'amour, le partage, la créativité, la joie. Donc de ne pas hésiter à ces moments de connexion, ce n'est pas des pertes de temps. Et c'est beaucoup de gain d'énergie. Et l'autre a beaucoup à nous apprendre, même si votre mode de fonctionnement n'est pas le même que celui de votre enfant. Parce que tu peux avoir des parents qui sont assez similaires, et des enfants et des parents qui ne sont pas du tout pareils, mais que dans nos différences, on vient vachement se compléter, et de ne pas lâcher.
- Speaker #1
Oui, de ne pas lâcher et de continuer. Mais c'est très intéressant et je te remercie. Je sais que tu as créé, je mettrai tous les liens dans les commentaires de l'épisode, donc vous allez pouvoir les retrouver. Je sais que tu as créé aussi une newsletter que tu envoies assez régulièrement, que j'adore lire aussi. C'est une de celles que j'attends avec impatience. Donc je mettrai les liens en commentaire. Donc il y a la partie Unica et la partie Station Phoenix, mais je mettrai principalement ton profil LinkedIn en contact. pour pouvoir rester avec toi. Et j'invite vraiment les auditeurs, auditrices à partager cet épisode à toute personne qui pourrait être utile, à qui cet épisode pourrait être utile autour de soi. C'est parfois juste ce petit geste-là qui peut faire la différence pour une journée, une prise de décision ou une reconnexion avec ses enfants. Merci beaucoup Julie pour ton temps et puis à très vite je pense.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Si cet épisode t'a plu, alors n'hésite pas à le commenter ou le noter sur ta plateforme préférée ou tout simplement le faire suivre à une personne qui aurait besoin de l'entendre. Parfois, il suffit d'un micro-pas pour changer fondamentalement de point de vue. Et puis, Reset Your Mind commence à être connu. Alors j'ai très envie de voir jusqu'où nous pouvons aller ensemble. A la semaine prochaine !