- Speaker #0
Bienvenue dans Réunion au Sommet, je suis Agathe et ici je vous partage des histoires de vie qui, je l'espère, pourront vous donner un peu d'inspiration. Je prête mon micro à des personnes qui vous ressemblent, qui doutent, qui trébuchent parfois, mais qui vous livrent avec humilité les clés qu'ils ont trouvées en chemin pour avancer et pourquoi pas se rapprocher un peu de leurs rêves. Bonne écoute ! Bonjour Alette, merci d'être là aujourd'hui. Bonjour Agathe, merci beaucoup de me recevoir. Alors Alette, tu as un métier pour le moins original puisque tu es biographe. Tu as fondé ta propre maison d'édition qui s'appelle Chronologie, pour laquelle tu es plume, mais tu es aussi professeure d'écriture créative et animatrice d'atelier d'écriture. Tu as fait des mots ton outil de travail, l'écriture est aujourd'hui au centre de ta vie, mais ça n'a pas toujours été le cas. Avant ça, tu as déjà eu plusieurs vies, et puis à 30 ans... Suite à de nombreux changements, tu as tout envoyé valser. Tu as décidé de t'accorder une année pour réaliser plusieurs rêves, comme une parenthèse que l'on s'accorde pour se reconnecter à ses envies les plus profondes. Tu es parti vivre à Venise, apprendre l'italien, te remettre au piano avec un chef d'orchestre, puis vivre en solitaire pendant deux mois dans un cabanon au bord d'un fjord en Norvège. Tu dis que tu as l'impression d'être né à 30 ans, et que jusqu'alors tu avais été dans l'antichambre de ta vie. Avant que tu nous parles un peu plus de ce qui t'a amené à ce déclic, est-ce que tu es heureuse aujourd'hui ? Déjà,
- Speaker #1
merci pour cette très belle introduction, très belle présentation. Est-ce que je suis heureuse aujourd'hui ? Je pense oui, que je peux dire en vérité que je suis heureuse. Que le bonheur se travaille au quotidien, mais que je suis heureuse.
- Speaker #0
Tu te sens alignée avec ta vie actuelle ?
- Speaker #1
Oui, je pense que je ne me suis jamais sentie aussi alignée. Alors même s'il y a toujours des questionnements, il y a toujours des doutes, des recherches, mais il y a vraiment quelque chose où tout d'un coup, on sent qu'on est là où on doit être et que c'est ce chemin-là qu'on doit suivre,
- Speaker #0
persévérer et tenir. Alors tu vas nous en parler un peu plus en détail, mais avant ça, si tu le veux bien, on va revenir un peu sur ton parcours. Donc comme on le disait en introduction, tu as eu plusieurs vies, tu as fait des études de lettres avec trois ans de prépa. Je suis la fille de Cagnes. Hippocagne et Cube avant d'intégrer un master d'histoire de l'art et d'histoire de la littérature à la Sorbonne en parallèle de Sciences Po. C'est bien ça ? Oui, exactement. Un master d'histoire de l'art et de littérature et effectivement Sciences Po en parallèle. Donc un parcours quand même prestigieux. Oui, prestigieux,
- Speaker #1
on peut le dire. Je ne sais pas si je le vis de cette manière-là mais en tout cas, c'était vraiment une manière d'équilibrer les humanités, donc la volonté de poursuivre dans ce qui m'animait profondément, c'est-à-dire la littérature et l'histoire de l'art. Et puis effectivement, Sciences Po donnait quelque chose de peut-être de plus concret et m'a énormément aussi apporté en termes de réseau tout simplement et de personnes que j'ai pu y rencontrer et avec qui je continue à être amie ou proche. Donc c'est vrai que ça donne des outils assez intéressants pour développer après des projets par la suite.
- Speaker #0
plutôt concret pour la vie professionnelle, si je comprends bien. Après tes études, tu as commencé d'abord par de la levée de fonds à New York.
- Speaker #1
Alors oui, c'est vrai que quand j'étais à Sciences Po, comme je suis rentrée en Master de Sciences Po, enfin en Master 1, je n'avais pas eu cette troisième année à l'étranger. Et donc tout d'un coup, je me suis dit, je ne vois pas pourquoi moi non plus, je ne pourrais pas partir un an à l'étranger. Et j'ai décidé de faire une année de césure entre mon M1 et mon M2. Et c'est à ce moment-là que j'ai trouvé ce stage, qui était une sorte de stage long de dix mois à l'Alliance française de New York. Et alors, est-ce que je voulais vraiment faire de la levée de fonds ? Je ne sais pas, c'est un peu ces moments dans la vie, où c'est plutôt la vie qui nous amène à des endroits qu'on n'aurait pas forcément choisis par nous-mêmes, mais qui finalement, on prend. Le hasard. Exactement, le hasard. Et donc il se trouve que je voulais vraiment aller à New York. Il se trouve qu'il y avait ce poste en développement, en levée de fonds à l'Alliance française. Et donc je suis partie et c'est à ce moment-là effectivement que j'ai découvert le fundraising à l'Anglo-Saxonne qui a un peu déterminé les prochaines années de ma vie.
- Speaker #0
Parce qu'à ce moment-là, tu passes dix mois à découvrir ce domaine à New York, mais après tu reviens à Paris. Et là, qu'est-ce que tu fais à Paris ?
- Speaker #1
Alors là j'avais vraiment l'idée, je m'étais dit tiens comment est-ce que je pourrais allier à la fois cet amour de l'art, de la littérature, de la recherche, parce que quand même en histoire de l'art et en littérature j'avais fait deux mémoires, enfin trois mémoires de recherche, c'est quelque chose que j'adorais et quelque chose de plus concret, parce que je ne me voyais pas effectivement devenir prof et donc j'en suis venue à l'idée de devenir conservatrice et donc j'avais un peu cette idée de me dire le conservateur est celui à la fois qui continue à écrire qui continue à faire des recherches sur des collections Et en même temps, il y a un aspect beaucoup plus concret parce qu'il développe une institution, il est à la tête d'une institution et donc c'est vraiment quelque chose à 360.
- Speaker #0
C'est un bon compromis entre tous ces aspects.
- Speaker #1
Donc, en rentrant de New York, j'avais trouvé un stage au musée Picasso auprès de Laurent Lebon dans le département de la conservation qui a été absolument exceptionnel parce que Laurent Lebon, qui est aujourd'hui le directeur du Centre Pompidou, est un être assez fascinant. Et à la suite de ça, je me suis inscrite à l'école du Louvre pour à nouveau passer un concours, le concours de la conservation, c'est-à-dire de l'Institut National du Patrimoine, qui je pense est encore plus sélectif que Normal ou Sciences Po, qui demande, c'est-à-dire que je pourrais décrire quel est ce concours, mais c'est hallucinant le nombre de connaissances qu'il faut avoir. Et donc, je me suis dit, c'est bon, je pense que je devais avoir 24 ou 25 ans à ce moment-là. Hop, je me relance dans deux ou trois ans d'études. Sauf qu'effectivement, je me souviens être revenue d'un week-end avec des amis, devant ma table de travail, de voir ces piles de livres d'un côté et de l'autre, et de me dire, mais ce n'est pas vrai, je n'en peux plus, je veux vivre. Et donc, de manière un peu grandiloquente, je raconte à chaque fois que j'ai balancé mes livres d'un côté et de l'autre de cette table. Et je me suis dit, c'était plus Rastignac qui disait à nous deux Paris, mais c'était à nous deux la vie. Et là, je me suis dit, maintenant, on y va, lançons-nous. Et à un moment, sa vie dans ses livres et dans des concours, ce n'était plus exactement ça. Et donc, je me suis mise à rechercher un travail, un premier poste. Et c'est comme ça que je suis partie à Marseille. Pareil, de manière totalement...
- Speaker #0
Changement de ville.
- Speaker #1
Changement de ville totale, sans l'avoir prémédité. du tout, sachant que c'était en 2017, donc c'était avant la vague de tous les Parisiens qui ne rêvent que d'une chose, c'est d'habiter à Marseille. Et puis effectivement, là aussi, je pense que chaque train qui arrive à Marseille, c'est un Parisien qui s'installe. Mais à l'époque, il n'y avait pas grand monde.
- Speaker #0
Tu étais avant-gardiste sur le mouvement marseillais.
- Speaker #1
Peut-être, je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est vrai que j'y suis allée sans connaître grand monde. J'avais dans la tête la capitale européenne de la culture en 2013 qui avait fait énormément de bruit, qui avait eu un grand retentissement. Et c'est vraiment en 2013 que Marseille est arrivée sur la carte et que les gens ont commencé à se dire, tiens, quelle est cette ville qui était vraiment hors des circuits touristiques et qui pâtissait d'une réputation absolument terrible. Et donc en 2017, le secteur économique et culturel avait eu l'idée de refaire une sorte de petit MP 2013 qui s'appelle MP 2018 et d'à nouveau faire en sorte que la culture soit un levier de développement du territoire et qu'à travers la culture, on puisse communiquer, développer, rassembler et créer donc une grande programmation sur six mois qui aurait lieu sur... Tout le territoire débouche du Rhône.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, on m'a embauchée en tant que chargée de développement, donc de mécénat, pour lever la moitié du budget de cet événement. Ce qui est quand même un sacré poste. Ce qui était un sacré enjeu, sachant que je n'étais pas marseillaise. Je suis toujours très étonnée, parce que le mécénat, qu'est-ce que c'est ? Le mécénat, ça marche quand même beaucoup par relation, par réseau.
- Speaker #0
C'est des contacts.
- Speaker #1
Exactement, c'est des contacts. Et donc tout d'un coup, ils me font confiance, donc j'imagine que j'ai dû dire ou faire quelque chose lors de l'entretien qui a fait que j'ai été recrutée. Alors, je n'étais pas seule, il y avait bien sûr toute une équipe, mais l'idée était de lever, je pense, 2,75 millions d'euros, ce qui est quand même un sacré budget. Sachant que le budget total de MP 2018 était de 5,5 millions, si mes chiffres sont bons, mais ne pas oublier que la capitale européenne de la culture, c'était 100 millions d'euros de budget. Donc on est vraiment en comparaison sur des chiffres qui n'ont rien à voir, mais bon, c'est là où on se rend compte de tout ce qu'il y a. était fait avec 2013 et en tout cas 2018 était effectivement aussi un très gros événement mais qui n'avait pas exactement la même ampleur, même s'il fédérait tous les acteurs culturels de la région.
- Speaker #0
Et donc ça, tu vas le faire pendant combien de temps ?
- Speaker #1
Donc ça, je vais le faire... Quand je suis partie à Marseille, je m'étais dit de toute façon c'est une expérience, c'est un an et demi, c'était un contrat d'un an et demi et puis après on verra, nous verrons bien. Sauf que... Juste après, l'autre grand événement dont on parlait qui allait s'installer à Marseille s'appelait Manifesta, enfin ça s'appelle toujours Manifesta, et est une biennale de création contemporaine, nomade et européenne. Et il se trouve qu'il cherchait également, enfin à la fin de MP 2018, une offre de poste sort, et il cherche donc une responsable du développement pour cette manifestation qui allait avoir lieu en 2020. 2001, je pense. Bon, il se trouve que je postule en me disant, voilà, c'est une forme d'évidence, une forme de facilité, et il se trouve que je postule, et donc que je suis prise pour devenir responsable du développement de cette manifestation qui est donc, enfin, Manifesta, c'est vraiment l'une des plus grandes, enfin, c'est l'une des trois plus grandes foires d'art contemporain au monde. C'est une femme qui s'appelle Hedwig Figen, une néerlandaise qui l'a créée dans les années 96 à Amsterdam, dans l'idée qu'à travers la culture, à travers l'art, il y a vraiment une forme d'union européenne qui se crée. Et donc c'est un événement qui, tous les deux ans, bouge de ville en ville. D'où le fait que j'ai commencé mon contrat dans un avion qui me menait à Palerme, où Manifesta 12 terminait, avant donc de partir à Marseille. Puis après, Manifesta est parti au Kosovo, à Barcelone, a lieu l'ouverture de Manifesta 15, c'est en Allemagne, avant de partir au Portugal. Donc ça a été vraiment une expérience extraordinaire, parce que l'équipe était totalement internationale, venait du monde entier, les artistes venaient du monde entier, et c'était une façon de découvrir Marseille qui était extraordinaire, parce que l'idée c'était de comprendre la ville profondément, de par ses enjeux. pour ensuite proposer à des artistes ou des créateurs de créer à partir de certains enjeux spécifiques de la ville de Marseille.
- Speaker #0
Donc tu as vu la ville de Marseille sous un prisme vraiment à la fois culturel et international ?
- Speaker #1
Exactement, et sous des enjeux économiques, politiques, sociaux. Donc c'est vraiment, c'est pour ça qu'on parle de création contemporaine et non d'art contemporain, parce que ce n'est pas qu'une biennale de création contemporaine. d'art contemporain, c'est vraiment comprendre les enjeux d'une ville. C'est pour ça qu'on ne sera jamais dans une grande capitale avec Manifesta,
- Speaker #0
mais on sera toujours dans une ville qui charrie un nombre d'enjeux qui illustrent aussi des enjeux européens et des enjeux plus universaux. Donc c'est passionnant, et pour autant, aujourd'hui, c'est plus ce que tu fais. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ? Tu as commencé à Palerme, tu vas continuer à Marseille. Et qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai travaillé trois ans pour Manifesta.
- Speaker #1
Et effectivement, ça faisait depuis cinq ans que je faisais du mécénat. Et puis tout d'un coup, la présidente de Manifesta, on a un entretien ensemble et elle me dit « Écoute, est-ce que tu envisagerais potentiellement de rejoindre l'équipe internationale ? » potentiellement la directrice du développement sera amenée à quitter son poste. Et donc, elle me faisait envisager la possibilité de devenir tout simplement directrice du développement de Manifesta.
- Speaker #0
Ce qui est une opportunité très intéressante à ce moment-là.
- Speaker #1
Ce qui est effectivement une opportunité extraordinaire et qui, dans la droite ligne, dans une carrière, dans le mécénat, tout d'un coup, c'est exactement ce dont j'aurais rêvé quelques années plus tard. plutôt de devenir directrice du développement d'une grande biennale internationale, de voyager partout, de rencontrer des gens extraordinaires, des artistes, de participer à des vernissages, des cocktails, enfin vraiment toute la vie qui va avec. Oui, de l'extérieur,
- Speaker #0
on se dit que c'est vraiment la vie rêvée.
- Speaker #1
Sauf que je sais qu'à ce moment-là, rien. C'est-à-dire que quand elle me dit ça, le vide. Il n'y a aucune énergie, aucune excitation, aucun enthousiasme. Tout d'un coup, il y a une grande fatigue.
- Speaker #0
Oui, il y a un vide.
- Speaker #1
Il y a une forme de vide de me dire, mais en fait, qu'est-ce que c'est que cette vie ? C'est quelque chose qui, effectivement, je sais pourquoi je le faisais. Et je pense que pour moi, le messina, il y avait une forme de jeu. Mais il y avait tout simplement un sens, un fond qui manquait. Et tout ce que je voyais, c'était, est-ce que je vais vraiment vouloir... Passez ma vie à parler à des gens qui m'intéressent mais sans me passionner. Je parle plutôt des mécènes plutôt que des artistes.
- Speaker #0
Et que tu dois convaincre.
- Speaker #1
Et que je dois convaincre. C'est très commercial, c'est vraiment faire du commercial. Vendre, Et puis surtout, ce qui me dérangeait beaucoup, c'est que souvent je souriais ou je riais alors que ce que me disait la personne ne me faisait absolument pas rire. Oui, tu étais dans une représentation. Il y avait une forme de représentation permanente.
- Speaker #0
Qui est liée à l'argent en réalité.
- Speaker #1
Qui est liée à l'argent. Après, je pense qu'aujourd'hui, je ferais différemment ce métier. Je pense qu'à l'époque, il y avait vraiment quelque chose où je ne me sentais pas alignée. En fait, le jeu prenait trop de place. Et la question, c'est oui, mais il y a qui derrière ce jeu ? Il y a qui derrière une sorte de masque qui est nécessaire dans ce travail ? Mais à la fin, on peut vivre toute une vie avec un masque sans savoir exactement ce qu'il y a derrière. Et donc, ça a été ce moment où je me suis dit, tiens, est-ce que c'est vraiment ça que j'ai envie de faire ? Et il se trouve qu'au même moment, et de toute façon, à chaque fois dans une vie, les grandes décisions arrivent quand plusieurs événements se percutent, se télescopent et vont faire bouger quelqu'un. Et je sais que pour moi, ça a été autour de mes 29 ans, qui allaient mener à mes 30 ans. où il y a eu ça, il y a eu le Covid,
- Speaker #0
qui pour moi a créé événement aussi,
- Speaker #1
très important, et il y a eu une histoire d'amour. Alors là, c'est le cocktail parfait pour tout d'un coup, enfin, une histoire d'amour, une rupture amoureuse, c'est plutôt ça.
- Speaker #0
Une histoire d'amour qui se termine.
- Speaker #1
Voilà, et donc tout ça a fait une espèce de catalyseur.
- Speaker #0
C'est souvent comme ça, d'un coup, les choses, on dit quand les planètes s'alignent, mais dans l'autre sens également. Parfois,
- Speaker #1
il faut vraiment aller très très loin. C'est un peu, j'allais dire, toucher le fond de la piscine. Mais il y a un peu de ça. C'est vraiment, tout d'un coup, il faut vraiment persévérer dans une voie. C'est pour ça que souvent je dis, mais ça ne sert à rien de se poser 36 000 questions. En fait, il y a un moment, quand on décide de faire quelque chose, autant y aller jusqu'au bout. Et puis s'il y a un mur, on sera redirigé. Mais tant qu'on n'a pas vu ce mur, ou tant qu'on n'a pas pris conscience de certaines choses, quand on n'est pas allé au bout de cette voie qu'on s'est choisie à un moment, comment vraiment reprendre de l'élan pour essayer de se rediriger ? C'est beaucoup plus difficile. Et effectivement, il y a des natures qui sont plus jusqu'au boutiste que d'autres, dont vraisemblablement je fais partie. Mais en tout cas, tout ça a fait que je me souviens exactement... de ce jour où j'ai vraiment mes clignets des yeux et tout d'un coup j'étais là ok mais en fait ta vie elle est maintenant en fait ta vie personne ne va venir te prendre la main pour te dire non mais t'as envie de faire ça bah vas-y je vais t'accompagner en fait on est seul, il y a un moment on est seul face à ses choix, face à ses décisions bien sûr après on peut aller, on peut être accompagné il n'y a rien de plus important que les autres, on ne peut pas vivre sans les autres et sans le soutien des autres Mais à un moment, on est seul capable de se prendre en main et de se dire, ok, maintenant, commençons, émissions.
- Speaker #0
Et ça, je pense qu'on ne s'en rend pas toujours compte parce qu'on est tellement pris dans ce flot de on sort de l'école, on va faire des études, on suit toujours quelque chose avec un projet derrière. Et je pense qu'en effet, vers 30 ans, c'est peut-être l'âge aussi qui permet de faire un premier bilan et de se dire, mais en fait, moi, toute seule, qu'est-ce que j'ai envie de faire ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Et je pense que c'est un peu ce que je disais quand je suis partie aux Etats-Unis, à New York. Alors oui, il y avait la volonté de partir à l'étranger, il y avait cette volonté de voyager. Et puis tout d'un coup, je tombe sur cette offre de poste. De toute façon, il y a un moment où il faut bien essayer, il faut bien commencer quelque part de manière assez intéressante. Et je pense qu'on pourra en reparler. Je me suis rendue compte que tout ce que j'ai fait avant, finalement, a une conséquence positive et m'aide aujourd'hui. Pendant toutes ces premières années de vie, il y avait un peu quelque chose de se laisser porter, sans forcément à un moment décider. Et c'est toute la subtilité et tout l'équilibre que je trouve assez compliqué à gérer, entre accepter les opportunités, se laisser porter, donc il y a vraiment quelque chose de l'ordre du flot, de cette vague, et il faut à un moment se laisser aller, il faut lâcher prise, mais en même temps arrive toujours un moment où il faut décider, il faut choisir. Il faut... Oui, il y a vraiment cette idée du choix, et c'est parce qu'on va faire un choix conscient qu'on va vraiment pouvoir avancer dans une direction qui est la nôtre, qui nous concerne, qui nous ressemble.
- Speaker #0
Oui, parce que ça, quand on s'était vus pour préparer cette... cet épisode, tu m'avais dit on garde souvent plein de petites portes ouvertes avec des petits bouts de ciel bleu sans jamais voir l'immensité du ciel. Oui, c'est vrai. C'est poétique. C'est très poétique. Mais ce que tu voulais dire, c'était ça. C'était de dire, on a tendance aussi à garder plein de petites portes ouvertes parce que, après, choisir c'est renoncer, c'est aussi...
- Speaker #1
Oui, non mais... Je pense que pendant très longtemps, j'ai été cette personne qui avait Merci. qui avait énormément d'envie et en même temps tellement peur, j'imagine, d'y aller franchement. Et je dirais même qu'il y a cette question à un moment de prendre une identité, à un moment de s'affirmer, de se définir, de se singulariser. Ça m'a toujours fascinée, quelqu'un par exemple, quelqu'un qui toute sa vie va vraiment choisir une petite chose. et va la développer et va se définir à travers ça. Alors pas pour dire qu'on se définit seulement à travers notre métier, pas à travers ce qu'on fait, parce que justement, ça je pense que c'est une autre question extrêmement importante et extrêmement intéressante de différencier l'être et le faire, mais à un moment vraiment choisir, et c'est parce qu'on va choisir une porte, que peut-être que le passage de cette porte va être un peu étroit, un peu noir, un peu inconfortable, mais c'est parce qu'on aura traversé ce problème petit passage-là que de l'autre côté, mais un monde va s'ouvrir dont on n'aura même pas conscience et que de manière encore plus intéressante, ce monde-là va s'interconnecter à tous les autres mondes qu'on aurait eu l'impression de mettre avec, ou qu'on a eu l'impression de fermer. Alors que si on reste à chaque fois sur le palier, alors certes, effectivement, on voit cette petite lorgnette de ciel bleu, mais à aucun moment on n'aura accès à cette forme d'immensité.
- Speaker #0
et puis tous ces mondes qui vont s'ouvrir parce qu'on aura un moment choisi. On aura choisi une porte. Donc c'est à ce moment-là que toi, tu as ce déclic. Tu le dis, tu dis que pour toi, tu es né à 30 ans. Et qu'est-ce que tu fais ? Alors, tu as le déclic, justement, tu te rends compte de ça. Quel est le premier choix que tu fais à ce moment-là ?
- Speaker #1
Tout d'un coup, je me rends compte qu'en fait, je ne sais pas exactement qui je suis. Tout d'un coup, je me rends compte qu'il y a vraiment cette idée de... auquel je me suis laissée porter. Il y avait une forme de frénésie, d'enthousiasme, de grande sociabilité.
- Speaker #0
Après, c'est un peu la vingtaine aussi.
- Speaker #1
Alors, effectivement, c'est un peu la vingtaine. Merci de... Mais tout d'un coup, il y a vraiment cette idée. Mais en fait, tu veux quoi exactement ? Si tu t'arrêtes pour réfléchir, qu'est-ce que tu veux exactement ? Qu'est-ce que t'aimes ? Qu'est-ce que t'as envie de faire ? Comment est-ce que tu décides ? Comment est-ce que... Si les autres n'étaient pas là, parce que finalement, les autres ont été très présents. J'ai grandi dans un milieu où, effectivement, il y avait une voie très précise, il y avait des attentes très précises, c'est toute la question des attentes. Les attentes qu'on nous met, les attentes qu'on se met à nous-mêmes, et si on ôte ces attentes, et si tout d'un coup on est là, j'allais dire, nu face au monde, qu'est-ce qui reste ? Et donc, je me suis dit, la seule manière de tester, c'est-à-dire de commencer à vivre, tout simplement, d'où cette idée d'antichambre et de vie, c'est de commencer à agir et de commencer à faire, à réaliser. Tous ces fantasmes que j'avais eus pendant des années et des années et des années, en me disant « demain, demain » , c'est ce qu'on appelle en d'autres termes la procrastination, mais voilà, en se disant « demain, demain, demain, et je pourrai toujours, et je pourrai, et si, et... » Et à un moment, on se rend compte que « bah non, c'est maintenant » . Donc j'ai décidé de, de toute façon, manifester à partir au Kosovo, donc je ne les ai pas suivis, et de ne pas chercher d'autres postes, mais de prendre une année pour réaliser... absolument tout ce dont j'avais rêvé depuis des années. Et donc il y avait vraiment une petite liste, une pocket list. Et dans cette liste, il y avait effectivement habiter en Italie, apprendre l'italien, me remettre au piano, écrire, génial, et expérimenter ce que c'était que la solitude la plus totale. Et donc, je suis partie à Venise. En plus, c'était la fin du confinement, donc c'était absolument extraordinaire parce que Venise était pratiquement vide. Je me suis mise à écrire de manière... assez obsessionnelle. Je me suis remise au piano parce que j'avais arrêté la musique quand j'avais 16 ans et pareil, pendant 10 ans à chaque fois, je disais mon plus grand regret dans la vie, ça aurait été d'arrêter le piano. Mais alors, mais vas-y, reprends. Parce que je sais que j'avais aussi un rapport à l'amateurisme qui n'était pas exactement bien positionné. C'est-à-dire que j'avais l'impression qu'après 18 ans, ça ne servait à rien de se mettre à vouloir si tu n'en fais rien derrière à vouloir faire une activité qui ne va rien te faire c'est à dire où on ne peut pas exceller soit il y avait quelque chose de l'ordre de l'excellence soit ça nous est C'était interdit, ce qui est complètement débile.
- Speaker #0
Mais qui est peut-être un peu dicté par la société.
- Speaker #1
Peut-être, je ne sais pas, mais il y avait vraiment cette idée de... De toute façon, c'est foutu, c'est foutu. Oui, je ne l'ai pas fait assez jeune, donc c'est trop tard. Je ne l'ai pas fait assez jeune, donc ça veut dire que je n'ai pas intégré tous ces mécanismes, toute cette facilité de l'enfant qu'il y a d'apprendre, et donc c'est foutu. Et puis tout d'un coup, mais comme l'écriture, pareil, l'écriture, où j'avais cette idée que beaucoup ont, c'est-à-dire, mais comment moi pourrais-je écrire alors que... qu'ils ont tous écrit tout cela que j'admire des chefs-d'oeuvre. Et au même moment, je me suis rendue compte qu'en fait, il y avait énormément d'orgueil à réfléchir comme ça parce que ça voulait dire directement se mettre au niveau de Proust, Ursenach et autres. Alors qu'en fait, déjà, comment ça écrire ? Un mot après l'autre. Effectivement. Et après, on verra. Donc voilà. Donc, en fait, tout simplement faire, commencer à faire.
- Speaker #0
Donc, à ce moment-là, tu pars à Venise. Alors là, tu parlais un peu de la littérature. Quel est ton rapport à la littérature à ce moment-là et qu'est-ce que ça t'a peut-être apporté dans ces projets-là, dans ton rapport au monde à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors, la littérature m'a toujours accompagnée depuis le début. C'est-à-dire qu'il y a vraiment... Alors, ça s'est passé d'abord par les histoires, tout simplement. Et je sais que très jeune, j'avais un monde imaginaire très très fourni qui prenait parfois totalement le pas sur la réalité, c'est-à-dire que je pouvais passer des heures, on avait une maison de campagne en Bourgogne, des heures enfermées dans un grenier où je me racontais des centaines de milliers d'histoires, en plus il y avait une sorte de mal au déguisement, c'était tout un étage vide avec une espèce que des chambres fermées, avec des armoires remplies d'archives, enfin vraiment personne n'y allait je pense sauf moi. Et mon frère et ma sœur, même s'ils y allaient moins que moi, donc j'étais... Et je me souviens aussi de ce jour où, à 7 ans, je monte dans ce grenier et je fais exactement la même chose que d'habitude. C'est-à-dire, je pense à l'histoire, les personnages et autres. Et puis tout d'un coup, ça ne marche plus. C'est-à-dire que la magie ne fonctionne plus. Et les histoires que je crée, je ne les vois plus. Donc là...
- Speaker #0
Catastrophe.
- Speaker #1
Petit traumatisme. Et je sais que c'est... Cet an, c'est aussi l'âge où on commence vraiment à lire. Et donc, tout d'un coup, ça s'est reporté complètement sur la littérature. Et donc, j'ai commencé à être assez boulimique de lecture et à être accompagnée par ces êtres dont j'avais l'impression qu'eux avaient tout compris. Non seulement ils avaient tout compris, ils avaient vécu, ils avaient expérimenté, mais en plus, il y avait quelque chose de l'ordre du beau qui était assez extraordinaire. On a souvent envie d'écrire parce qu'on aime lire. Parce que tout d'un coup, on a vraiment envie de... Nous aussi, de ressentir qu'est-ce que nous, on pourrait produire comme monde. Comment nous, est-ce qu'on pourrait utiliser les mots ? Parce qu'il y a aussi une fascination des mots, de qu'est-ce que produisent les mots. Et donc, je pense qu'à ce moment-là, à 30 ans, il y a tout d'un coup cette idée de... Mais en fait, ce qui est préexistant à tout ça, ce qui est l'amour profond, c'est l'amour des mots, c'est l'amour de la lecture, c'est l'amour... Et donc, s'il y a une chose dont je suis sûre, c'est ça. Et donc... Autant y aller, autant essayer pour ne pas être de ceux qui, à 60, 70 ans, 80 ans, disent « Ah, mais j'aurais pu ! » « Mais quelle catastrophe de dire ça ! » « Ah, mais j'aurais pu ! » « Ah, si ! » Je ne sais même pas si c'est triste, mais c'est juste... Oui, s'il y a vraiment une forme de... Je ne sais pas si c'est exactement le mot triste, mais il y a une forme de frustration, parce qu'il n'y a pas eu... En fait, ce... Ceux qui disent « Ah, j'aurais pu » , c'est-à-dire qu'il y a une telle peur de l'échec, qu'on préfère ne pas faire pour être sûre de ne pas se confronter à l'échec. Alors qu'en fait, c'est à travers l'échec qu'on grandit et qu'on se construit.
- Speaker #0
C'est marrant parce que je suis en train de lire « Les vertus de l'échec » de Charles Pépin, qui justement traite de ce sujet-là et que je trouve absolument passionnant. Un tas d'exemples de personnes qui aujourd'hui ont réussi et qui sont passées par des échecs dont on n'a pas forcément entendu parler, pour montrer à quel point ces échecs ont fait qu'aujourd'hui, ils ont pu accéder à une meilleure réussite et y avancer.
- Speaker #1
Mais il n'y a pas un auteur, il n'y a pas un créateur, il n'y a pas un chef d'entreprise, il n'y a pas toute personne qui à un moment développe quelque chose a échoué de nombreuses fois.
- Speaker #0
Mais ça, on ne le dit pas assez, parce que je pense que ce n'est pas une mentalité très française en plus.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Et je sais qu'aux États-Unis, j'avais rencontré pas mal de chefs d'entreprise qui, quand ils échouaient, n'étaient pas du tout... Il n'y avait pas de honte, c'était... Oui, mais moi j'ai créé 10 entreprises, ils le valorisent énormément, qui n'ont pas marché, et que justement on mise plus sur ceux qui ont échoué que sur quelqu'un qui a eu un espèce de succès délirant dès le début et qui finalement va après se cracher plus tard. Mais comme parfois il y a des primo-romanciers qui vont avoir ce livre qui va créer une sorte de buzz pas possible, mais sauf que comment écrire le deuxième ? C'est-à-dire que le succès aura été tellement immense. et il y aura eu une imprégnation qui ne sera pas forcément faite qui n'auront pas forcément l'énergie ou qui n'auront pas forcément la colonne vertébrale pour pouvoir se dire mais en fait le plus important c'est pas la réception des autres c'est en fait moi ce que je produis, ce que j'ai envie de produire et comment j'ai envie de construire mon propre chemin littéraire mon propre chemin d'écriture et ce rapport à la langue
- Speaker #0
Et donc c'est ce qui te nourrit à ce moment-là, ce constat, la littérature, les mots qui t'accompagnent. Donc tu écris beaucoup, tu écris quoi ?
- Speaker #1
J'essaye d'écrire un premier roman. D'accord. J'essaye d'écrire un premier roman, et je commence par le début. C'est-à-dire que là aussi, je me dis... En fait, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est qu'il y a une forme d'humilité qui est créée. Je pense que la rupture amoureuse, le Covid... Alors non, le Covid c'est différent, parce que le Covid ça m'a amené autre chose, c'est que le temps s'est arrêté. Et je pense qu'il y avait une forme d'anxiété de ma part du rapport au temps. Écrire c'est quoi ? C'est rester assis à un bureau, avec l'impression que le monde bouge et avance, et nous on est là, en train d'écrire une phrase, de l'effacer, de réécrire. Donc quand on est angoissé par le temps qui passe, on a l'impression de stagner. C'est pas rapide l'écriture. Il y a rien de... De toute façon, toute forme de création, il y a un temps de gestation, il y a un temps de faire. C'est pas confortable parce qu'on n'est pas habitués. Et donc je pense qu'il y avait une telle, oui, peut-être anxiété de ce temps qui passe, ou du vide, ou autre, que le fait de rester assise à un bureau était inconcevable. Comme le fait de méditer. Alors que maintenant, la méditation fait partie de mon quotidien. Et donc tout d'un coup, le Covid, ça a été pour moi un cadeau du ciel. C'est-à-dire que le temps s'est arrêté. Ça t'a obligé à ralentir. C'est pas que ça m'a obligé à ralentir. C'est que je pouvais enfin faire ce que je voulais vraiment faire. Parce que de toute façon, le monde était à l'arrêt. Donc c'est comme si, pause, fais tes trucs, mais de toute façon, personne ne bouge.
- Speaker #0
Oui, tu as juste calmé ton anxiété du rapport au temps.
- Speaker #1
Ou aux autres. Parce qu'il y a aussi beaucoup de l'ordre de la comparaison. Mais moi, si j'essaye et que j'échoue, en fait, tous les autres autour de moi, ils auront avancé, construit, créé.
- Speaker #0
Surtout vers 30 ans.
- Speaker #1
Surtout vers 30 ans. Et moi, si ça se trouve, je resterai sur le bord du chemin. avec ces espèces de visions effrayantes de ce qu'on peut raconter de femmes célibataires, seules, avec des Ausha et des monstres de manuscrits à moitié terminés. Mais là c'était formidable parce que le monde était sur pause.
- Speaker #0
Et du coup justement quelles étaient tes peurs à ce moment-là ? Parce que quand on a un gros changement de vie comme ça... Alors je pense que cette année que j'ai prise, pour le coup, il n'y avait aucune peur,
- Speaker #1
il n'y avait plus de peur. plutôt une excitation immense à l'idée d'enfin s'être autorisée. Et ça, c'est formidable. Le jour où on s'autorise, le jour où tout d'un coup... Il y a vraiment ce passage compliqué du moment où on décide de changer. Mais quand, enfin, on a... Tout d'un coup, on a pris cette décision-là. On est porté par une énergie de « Mon Dieu, je me suis autorisée et en fait, tout va bien. » « Et en fait, tout va bien. Et en fait, je suis en train de faire mon truc. » Et bien sûr, ce que je faisais me prend. Donc il y aurait énormément de joie. Et je m'étais vraiment dit, c'était un an. Il se trouve que j'avais quand même, et ça il faut le souligner, eu une rupture conventionnelle. Donc ça veut dire que financièrement, il y avait quand même un soutien. Parce que je pense que ce n'est pas du tout la même chose. Mais c'est un stress financier. Voilà, donc là je sais que j'avais un an et demi devant moi. Où j'étais quand même, enfin voilà. De quoi vivre en tout cas. De quoi vivre. Et il y avait ce projet, ce projet d'écriture auquel je... C'était vraiment le but. Et je pense, je ne sais pas si j'aurais pu à ce moment-là vivre dans ce petit cabanon, parce qu'après, j'étais à Venise, et l'été, j'étais partie deux mois dans ce petit cabanon en Norvège, où effectivement, je n'avais absolument aucun voisin. Il y a eu trois jours, des pêcheurs à la mouche norvégiens. C'est très romaine, est-ce que comme année ? C'était merveilleux. Le soleil ne se couchait jamais à cette époque. J'étais à deux heures du cercle polaire. Et j'ouvrais les yeux à minuit, à 3h du matin, le soleil était haut dans le ciel, le ciel était bleu, c'était assez extraordinaire. Bon, à la fin j'ai quand même... donner des noms à tous les arbres et tous les animaux qui m'entouraient. Donc je me suis dit qu'il était temps de rentrer.
- Speaker #0
Il était temps de revenir à la civilisation.
- Speaker #1
Voilà. Mais je ne sais pas si j'aurais pu, à ce moment-là, rester deux mois seule sans avoir cette obsession de l'écriture. Et je pense qu'aujourd'hui, donc cinq ans plus tard, six ans plus tard, maintenant mon objectif, ce serait de retourner dans ce cabanon, mais sans l'écriture. Pour te confronter à une vraie solitude.
- Speaker #0
Au rien.
- Speaker #1
Parce que ce n'est pas du tout la même chose. Et ça, c'est assez fascinant. tout un trajet, mais de commencer petit à petit à... Parce que, bon, ça nous amènerait très loin, je suis en train de me dire, mais de toute façon, ce sont des questions passionnantes aussi, du rapport à l'écriture et de comment l'écriture peut être... C'est comme s'il y avait des masques successifs, et donc une vie, c'est enlever ces strates successives, et donc tout d'un coup, l'écriture me rapprochait de quelque chose, d'un être plus authentique, mais en fait, l'écriture est encore une forme de masque. Et l'idée, ce serait d'arriver à être et que l'écriture vienne en plus, en ajout, comme un désir, mais pas pour aller masquer,
- Speaker #0
C'est déjà une première étape quand même de se rencontrer vraiment, de passer deux mois seule. Même si tu étais très occupée par l'écriture, c'est déjà incroyable.
- Speaker #1
Il y a des moments où on n'en peut plus. Heureusement, j'avais trouvé un piano. Ça, c'était extraordinaire parce que j'étais dans le petit village d'à côté, 20 minutes, tout d'un coup. Je ne sais plus comment je demande à... Je ne sais plus qui, et puis je tombe sur cette histoire de superbe piano à queue. Ça, c'était extraordinaire. Mais il y a des moments quand on est seul. En plus, l'été, les gens sont en vacances. Personne ne veut parler au téléphone. Mais donc, il y avait vraiment... On ne se rend pas compte,
- Speaker #0
mais deux mois... C'est très très long. C'est très très long seul.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'il y a vraiment... Une fois qu'on a marre d'écrire, qu'on a marre de jouer au piano, qu'on a marre d'écouter des podcasts, qu'on a marre de... En fait, il faut trouver. Et c'est dans ces moments-là qu'ils sont exceptionnels. C'est quand on a marre de tout, qu'on ne veut plus rien faire. À ce moment-là, on dépasse et on va trouver d'autres choses, d'autres énergies, d'autres manières de relationner avec la réalité qui vont ouvrir des champs qu'on n'avait pas pressentis. Et c'est justement à ce moment-là que je me suis mise, par exemple, à la méditation.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
incroyable. C'était vraiment en Norvège. Où que tout d'un coup, je me suis dit, écoute de la musique.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, tu as laissé suffisamment d'espace. pour t'ouvrir à des nouvelles choses qui n'auraient pas pu arriver dans ta vie ?
- Speaker #1
C'est juste qu'il y a un moment quand on... Parce qu'il y avait une hyper stimulation. C'est-à-dire que j'étais... C'était beau, c'était tellement beau. C'était exceptionnellement beau. Mais il y avait le piano, l'écriture. Je nageais dans... Il y avait quand même quelque chose de l'ordre de la nage. Mais il y avait la lecture. Donc en fait, l'intellect est hyper stimulé. Mais il y a un moment où il n'en peut plus. C'est-à-dire que toute la journée, Merci. parce qu'il n'y a aucun moment où juste je peux hop, j'en ai marre je vais aller prendre des verres avec des amis, c'est pas possible donc il y a un moment ça sature et c'est à ce moment là qu'il faut donc trouver d'autres manières de désaturer de se rendre compte qu'il y a d'autres espaces qu'il faut aller remplir, qu'il faut aller équilibrer et c'est à ce moment là qu'on prend contact avec autre chose et je sais que la méditation c'est l'âge misumise mais aussi le rapport à la musique quels sont enfin Très rares sont les personnes qui vont juste se dire tiens je vais passer une soirée à écouter de la musique. Oui juste s'asseoir et écouter de la musique. Juste s'asseoir et écouter de la musique, on a toujours tendance à écouter de la musique avec, écouter de la musique en marchant, écouter de la musique en travaillant, ou alors on va à des concerts mais juste être là et donc je me souviens moi j'écoutais beaucoup de musique classique, tout d'un coup oui bon bah je vais écouter un concerto et c'est tout et le soleil est là, alors à ce moment là c'était le soleil comme on s'aime. petit à petit à décroître. Et donc, il commençait à y avoir des couchers de soleil. Et c'était extraordinaire. Et je pense que jamais je ne me serais laissé le temps de ça. Et c'est dans ces moments-là exactement qu'on contacte quelque chose de tellement, tellement, tellement puissant. Parce qu'on cesse de faire appel à la tête. Et il y a quelque chose de l'ordre d'une autre énergie qui apparaît.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que ça a changé dans ton rapport au temps,
- Speaker #1
justement, même encore aujourd'hui ? Et bien tout simplement, je me suis rendue compte que j'adorais ça. C'est-à-dire que le fait de faire, le fait de trouver ce plaisir des mots, ce plaisir de... et ce plaisir en fait de la littérature, ou d'essayer d'écrire, c'est comme un jeu qui ne s'arrêterait jamais. C'est-à-dire que je n'en ai pas percé le secret. Mais comme l'apprentissage de la musique, comme tous ces apprentissages-là, c'est un jeu qui ne s'arrête jamais. Et il se trouve que c'est un jeu quand même particulièrement intéressant. Et donc, cette espèce de jeu que j'avais dans le mécénat, qui restait un peu en surface, tout d'un coup, c'est comme si je trouvais un jeu qui avait des potentialités infinies et qui permettait de rentrer en relation. avec les autres directement. Parce qu'écrire et lire, c'est être en relation avec les morts et les vivants, mais c'est aussi tout d'un coup shifter aussi dans ses habitiers ou dans les personnes qu'on rencontre et c'est petit à petit se constituer aussi d'autres réseaux et d'être avec des gens qui partagent, qui vivent la même passion.
- Speaker #0
Et donc, t'as passé ton année comme ça, t'as passé un an, t'as d'abord été à Venise, où t'as... Tu l'as dit, t'as appris l'italien, tu voulais vivre en Italie, tu t'es remise au piano, tu t'es remise à écrire, tu as passé ces deux mois ensuite en Norvège, en solitaire.
- Speaker #1
Après je suis revenue en Italie,
- Speaker #0
j'ai terminé mon année en Italie. Et là, tu rentres.
- Speaker #1
Alors là, c'était la catastrophe.
- Speaker #0
Et comment se passe le retour ?
- Speaker #1
Parce que cette année, c'est comme vivre une grande histoire d'amour avec soi-même. C'est tout d'un coup genre, waouh, mais en fait t'es capable de faire tout ça, c'est génial. Oui, tu te rends compte. Ah oui, Mais bon, je ne veux pas dire, comme dans toute histoire d'amour,
- Speaker #0
il y a le moment où tu es un peu...
- Speaker #1
Puis après, il y a le moment, ah bah, maintenant, il y a le quotidien qui revient. C'est très bien d'écrire et de jouer du piano à Venise, mais déjà, ce n'est pas ça qui va me faire... Oui, ce n'est pas viable à terre. Non, non, non. Il y a un moment, il faut bien, le chômage, c'est très bizarre, mais mon ambition n'était quand même pas de rester au chômage toute ma vie. Donc, il y avait vraiment cette chose de, bon, ok, mais qu'est-ce que je vais faire ? Oui,
- Speaker #0
parce que là, t'as passé un cap de... T'as eu une réalisation, tu te rends compte que t'es pas alignée et que jusqu'à maintenant, tu t'étais pas réellement écoutée. Tu pars faire cette année de projet qui t'apporte énormément de choses. Tu te découvres, mais qu'est-ce que tu fais de ça ? En fait, c'est ça, t'es dans l'entre-deux, là.
- Speaker #1
Exactement. Qu'est-ce que je fais de cette envie immense de vraiment... Mais si j'avais pu ne faire qu'écrire et essayer... d'apprendre, enfin voilà, et de persévérer, parce que la musique à ce moment-là était tout aussi importante que l'écriture, qui sont quand même deux activités assez solitaires, et il y avait vraiment une envie de plonger littéralement dedans et de ne faire que ça. Mais c'est sûr qu'il y a un principe de réalité qui prend le dessus aussi, et une envie d'être au monde, une envie de... oui, tout simplement. Et donc je rentre à Marseille, et puis là je me dis qu'est-ce que je fais, sachant qu'il y avait une impossibilité physique de retourner dans un bureau. C'est-à-dire que dès qu'on me proposait quelque chose, après s'être octroyé autant de liberté, c'est la perspective d'avoir à nouveau des horaires, à nouveau des... C'était pas possible. Et en même temps, l'écriture, c'est pas comme si j'allais publier demain la veille.
- Speaker #0
Et puis t'étais coincée, j'imagine, dans une période où l'ancienne version de toi n'existe plus vraiment, mais la nouvelle n'est pas encore totalement construite.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Qu'est-ce que faire de tout ça ? Mais comment le transformer ? C'est-à-dire, il y a ça, mais comment vivre dans le monde ? C'est-à-dire que le monde a quand même des règles. Et donc, soit on décide de s'en extraire, mais je me suis rendue compte que non, c'est vrai.
- Speaker #0
Ce n'est pas ce que tu voulais.
- Speaker #1
À 30 ans, cette image de l'artiste maudit, non, ce n'était pas totalement ça. Donc, il fallait bien que je trouve quelque chose. Et donc, j'ai fait... Je suis rentrée à Marseille et j'ai fait tout un tas de missions qui étaient assez drôles. Jusqu'à ce que je me souvienne un jour, je rentre de Paris, parce que j'étais beaucoup entre Paris et Marseille, et j'avais loué mon appartement sur Airbnb, je m'étais trompée dans les dates. Une de mes amies me prête son bureau, parce que je suis arrivée à minuit, et je me souviens d'avoir décroché un rideau pour en faire une couverture. Vraiment, j'étais là, mais t'es tombée au fond du trou, ma pauvre fille, qu'est-ce que tu vas faire ? T'es foutue. Puis j'avais fait cette longue marche dans Marseille, et puis je commence à faire, à un moment je rentre et à faire une fichier Excel en regardant tous les noms des écrivains et de voir qu'est-ce qu'ils faisaient comme métier.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Bon, alors, sans surprise aucune, ce qui arrive en pôle position, c'est prof. Donc tout d'un coup je me dis bon bah je vais repasser la grecque. Puis après je me dis oula, est-ce que j'ai vraiment envie de me remettre au latin et au grec ? Non. Et puis, il y avait journaliste, et puis je ne sais pas, je continue à chercher, et puis tout d'un coup, je tombe sur une interview d'Anne Berest, qui a écrit la carte postale. Et Anne Berest a commencé en tant que biographe. Et là, je me dis, ah, et voilà, il y a ces moments dans la vie où tout d'un coup, il y a un truc qui, je ne sais pas, ça suscite quelque chose. Tu sens que ça éveille quelque chose. Il y a une curiosité, il y a un intérêt. Et c'est vrai qu'il y a une chose que j'adorais faire, que j'aime toujours, que je veux faire plus maintenant. Mais c'est de poser, d'être intéressée, d'avoir une curiosité totale et absolue pour la vie des personnes que j'ai en face de moi, et qui allait aussi dans, par exemple, une fascination pour les routines ou les habitudes des écrivains. Ça revenait aussi un peu à ça. Donc vraiment, poser des questions. Et l'écoute, ça je sais que c'est quelque chose que je savais très bien faire. Et puis en même temps, cette composante d'écriture.
- Speaker #0
Donc ça reliait beaucoup de choses de ta vie. Voilà,
- Speaker #1
donc je me dis tiens, et puis il se trouvait que depuis de nombreuses années, j'avais le désir d'enregistrer ma grand-mère. Et donc je me suis dit, bon, de toute façon j'ai le temps, pour l'instant, et donc tentons de le faire pour ma grand-mère, et puis on verra bien, de toute façon ça ne sera pas perdu.
- Speaker #0
Pour toi, à ce moment-là, même si tu découvres le métier de biographe, tu n'envisages pas encore tout de suite de le voir comme un métier ?
- Speaker #1
Absolument pas. C'est vraiment une manière, une possibilité. Je m'interroge. Je me dis, tiens, ça pourrait m'intéresser.
- Speaker #0
C'est une activité qui rassemble des choses que tu aimes.
- Speaker #1
Il fallait quand même que je me renseigne pour savoir combien est-ce qu'on gagnait d'argent, comment ça se faisait, le processus. Je me mets dans la petite enquête quand même. Je me dis, allez. Mais ça a commencé de manière très organique, c'est-à-dire qu'il n'y a eu aucun moment où je me suis dit « tiens, je vais faire un business plan et puis ça, il faut que j'en fasse tel nombre pour que ça me rapporte tant » . Absolument pas. Et c'est pour ça que ça m'intéresse. Et aujourd'hui, rétrospectivement, je suis fascinée par cette manière, quand on laisse le temps aux choses, quand on n'a plus peur du temps et qu'on se dit… On laisse les choses venir et organiquement, par essais-erreurs, parce qu'il y a eu des erreurs. Quelque chose se développe et quelque chose se crée. Et ça s'est passé de cette manière-là parce que j'ai vraiment, je me suis dit, en fait j'ai une envie, j'ai un désir, c'est que j'ai ce désir aussi de faire en sorte que tout ce que me raconte ma grand-mère, toutes ces histoires absolument qui ont percé mon enfance, ma grand-mère est quelqu'un que j'aime profondément, je voulais avoir une trace, je voulais les conserver, je voulais que ça reste. Parce qu'elle avait 93 ans à l'époque et donc, comme on le sait tous...
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
on a tous une faim. Donc, tout simplement, je me suis dit allons-y. Et donc, cet été-là, déjà, je lui en ai parlé. Elle a été un peu surprise. Elle a accepté. Et je sais que cet été-là, je suis partie. Enfin, on est pendant deux, trois semaines. Tous les deux jours, j'allais l'interroger avec mon téléphone. Et au début, bon, elle était un peu réticente. Et puis, petit à petit... Lorsque j'arrivais dans sa chambre, elle était déjà assise, installée, les mains croisées sur ses genoux, les yeux fermés, et elle me disait « Alors, on en était où ? » Et c'était extraordinaire, et vraiment, ça m'a permis déjà de vivre quelque chose avec elle de très profond, de très émouvant.
- Speaker #0
Parfois,
- Speaker #1
elle oubliait même que j'étais sa petite fille, parce qu'elle me vouvoyait.
- Speaker #0
C'est très précieux.
- Speaker #1
Donc c'était extrêmement précieux. Et tout le temps après du livre... Ça a pris deux ans et demi.
- Speaker #0
Ah oui, parce que t'as fait un livre derrière.
- Speaker #1
Et voilà, et en fait c'est en parallèle que j'ai commencé à construire et à définir ce que je voulais faire. Parce que je savais que je voulais déjà qu'il y ait une exigence dans le texte, je voulais absolument pas que ça soit des blocs de souvenirs. Et je voulais qu'à partir de ces entretiens, donc on a dû faire 18 heures d'entretien, il y ait vraiment un récit, qu'on puisse lire ce texte d'une seule traite. Donc que ça soit pas par thématique, l'enfance, que ça soit vraiment un vrai récit. Et l'autre chose que je voulais, parce qu'après avoir regardé et comparé beaucoup d'autres sites ou d'autres offres de biographie, je m'étais rendu compte d'une chose, c'est que les livres qui étaient proposés étaient très laids. C'est-à-dire que comme si, une fois que le récit était écrit...
- Speaker #0
Le travail était fini.
- Speaker #1
Les travails étaient finis et les derniers kilomètres, hop. Et pour moi, il était hors de question d'imprimer un truc sur Internet avec une espèce de graphisme. Et donc je voulais que l'objet livre soit extrêmement très beau. Et là, de la même manière, je me suis laissée le temps, et en fait je me souviens d'un dîner à Marseille, où j'étais assise à côté d'un artiste, qui s'appelle toujours Giuseppe Caccavale, et qui était napolitain, et qui me dit, je lui parle de ce projet-là, et je lui dis, ah mais je chercherais un graphiste, mais bon c'est compliqué, parce que je n'avais pas non plus des fonds en fini. et il me parle donc de ce graphiste avec lequel je travaille qui s'appelle Odilon Coutarelle qui était jeune et qui me dit il est absolument extraordinaire contacte-le, il est spécialisé c'est les livres, c'est sa vie et donc c'est comme ça qu'en fait on s'est mis d'accord pour faire ce premier projet de livre ensemble et ça nous a pris parce qu'il y a le récit, il y a tout le travail sur les archives là c'est le livre de ta grand-mère c'est le livre de ma grand-mère sur les illustrations juste pour qu'on comprenne bien,
- Speaker #0
ce livre nous Là, par exemple, pour ta grand-mère, il s'adresse à qui ? C'est pour la famille ?
- Speaker #1
Au début, c'était pour la famille.
- Speaker #0
C'est pour laisser une trace, une transmission de son histoire ?
- Speaker #1
Oui, la manière dont je l'avais fait, c'était exactement ça. C'était vraiment pour conserver... pour conserver ses souvenirs, pour conserver une trace. Mais encore une fois, à l'époque, quand j'ai commencé, je n'avais pas de discours prédéfini. Oui, tu ne savais pas vraiment où tu allais. Tu voulais juste le faire. J'avais juste cette envie de conserver, écrire, faire un bel objet, sélectionner dans tous ces albums, photos, des photos qui viendraient illustrer le livre. Et donc ça s'est construit en parallèle. Je n'aurais pas pu dire exactement j'ai envie qu'il y ait cet objectif-là ou ce but-là.
- Speaker #0
Oui, et tu ne savais pas que ça allait devenir. Ton métier, t'allais faire la même chose après ? Pas du tout.
- Speaker #1
Les chronologies n'existaient pas. Je me souviens que quelqu'un d'assez proche de moi m'avait dit à un moment, parce que je galérais, c'est-à-dire que j'avais 31 ans, je faisais ces missions-là, mais bon, c'était un peu qu'à un cas. Et elle me disait, mais finis-le ! Pourquoi tu prends autant de temps ? T'as qu'à le finir, comme ça c'est sorti, comme ça, ça te fera un objet de communication. Elle ne comprenait pas pourquoi je prenais autant de temps à créer ce livre. Mais je pense qu'il y avait une sorte de, maintenant, de conscience d'avoir un rythme très particulier, et que ce serait mon rythme, et que ce temps de création était nécessaire, et qu'Audino avec qui je travaillais, c'était la même chose. Il se trouve qu'à ce moment-là, en plus j'avais eu une mission, je me souviens qu'on a terminé ce livre, où j'avais été appelée par le festival d'Angoulême, la bande dessinée d'Angoulême. pour une mission de trois mois pour devenir directrice artistique adjointe du Festival d'Angoulême.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Juste avant que le festival n'explose en plein vol. Et donc on se retrouvait le soir à minuit, enfin à 10h du soir, on avait des visios et on travaillait sur ce livre et sur les illustrations parce qu'on avait fait quelque chose d'assez poussé en termes de mise en page, jusqu'à 2h, 3h du matin, jusqu'à ce qu'enfin ce livre soit terminé. Et que là, tout d'un coup, vienne l'impression. Et là, je me dis, ben oui, en fait, c'est quand même génial, et que ce livre deviendra un peu le livre témoin et sera effectivement... Tout d'un coup, je me dis, ben oui, mais en fait... C'est un projet que tu peux décliner. Et on l'imprime en 100 exemplaires. Et là, on se dit, mais en fait, oui, toute la famille, la famille élargie, les amis... L'idée, ça serait de le diffuser. Et ce qui m'a énormément touchée. Alors, je sais qu'il y a eu beaucoup de craintes avant. L'impression de ce livre, de la part de personnes de ma famille, qui tout d'un coup se disaient « mais qu'est-ce qu'elle va raconter ? » Parce qu'on ne se rend pas compte qu'un livre, une biographie, ça peut être une bombe. C'est bourré d'affects, ce ne sont que des liens, des ramifications, de liens de frères et sœurs, d'enfants à parents, de grands-parents à enfants, enfin c'est des petits-enfants, donc c'est...
- Speaker #0
C'est des révélations familiales...
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'elle va trop parler ? Qu'est-ce qu'elle va dire ? Comment elle va le dire ?
- Speaker #0
On ne se rend pas compte de l'impact que ça peut avoir.
- Speaker #1
J'avais eu beaucoup d'appels comme ça. Non mais attends, t'es sûre ? Alors oui, il y a une relecture. C'est sûr que c'est ça qui est toujours intéressant, c'est qu'il y a une forme de vérité dans ce qui est dit. Mais que bien sûr, l'idée n'est pas de rentrer dans des révélations. Parce que l'idée, c'est que ce soit un livre qui crée plutôt une unité familiale. Parce que sinon,
- Speaker #0
ce n'est pas un objet suif.
- Speaker #1
Et donc finalement, les retours ont quand même été très positifs, parce que j'ai eu des appels, des témoignages de gens qui m'ont dit « j'ai enfin compris qui elle était, j'ai accès à quelqu'un dont j'avais la préscience, dont maintenant je vois vraiment la profondeur » . Parce qu'il y a quelque chose d'assez extraordinaire, c'est qu'on redonne à une personne la parole. du début à la fin. C'est-à-dire, pour la première fois, quelqu'un peut se raconter de sa naissance jusqu'au jour où on l'interroge et retrouver une forme d'unité.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on ne connaît toujours que des bouts de vie.
- Speaker #1
Parce qu'on se raconte toujours de manière très fragmentaire.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et là, tout d'un coup, on a la parole, on se raconte. Et l'idée, ce n'est pas la vérité objective. Parce que, bien sûr, la manière dont ma grand-mère aura eu de raconter sa vie, son existence... n'est pas du tout la même manière que, par exemple, ma mère racontera... Oui, chacun a son prisme. Voilà, chacun a son prisme. Mais l'idée, ce n'est pas ça. L'idée, ce n'est pas d'être exacte dans les faits. L'idée, c'est de retranscrire la manière dont cette personne s'est vécue, et qu'elle l'a vécue, et la manière dont elle a regardé l'existence, et comment elle a construit son discours autour de son existence. Parce qu'on construit tous des discours autour de nos existences, et notre manière de raconter, c'est du langage. donc c'est une forme de construction et tu penses que ça apporte quoi à la fois à la personne qui est interviewée et à la fois aux personnes qui vont lire le livre ? alors déjà Effectivement, c'est ce que je dis souvent aux personnes qui me contactent pour des projets de biographie, c'est que le projet est autant important au moment où on le fait, c'est-à-dire dans les entretiens et dans ce qui émerge, ce qu'on est en train de faire là, c'est-à-dire cet échange qui va d'une dizaine d'heures d'entretien, et pour certains, j'ai fait jusqu'à 35 heures d'entretien.
- Speaker #0
Oui, parce que pour expliquer, quand tu... Tu as un nouveau client, tu vas d'abord lui envoyer un formulaire, si je ne dis pas de bêtises.
- Speaker #1
Alors, un questionnaire.
- Speaker #0
Un questionnaire, pardon. Et ensuite, il y a des entretiens très longs où vous échangez, où la personne, tu rentres dans son intimité, elle te raconte vraiment son parcours de vie. Et c'est à partir de cette matière-là que tu vas travailler pour rédiger ensuite la biographie.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. c'est à dire que Effectivement, on prépare les entretiens avec ce questionnaire qui est là pour mettre en marche la mémoire, parce que la mémoire c'est un muscle. Et donc souvent, certaines personnes me disent « ah mais j'ai peur de ne pas me souvenir » .
- Speaker #0
Et en fait,
- Speaker #1
plus on fait travailler, plus en fait elle se remet en marche et plus des souvenirs ressurgissent. Donc le questionnaire prépare un peu et permet aussi de ne pas se trouver complètement démuni face à certaines questions. Et tout simplement de laisser l'inconscient fonctionner. Et ensuite, viennent les entretiens. Et donc la base, c'est à peu près 12 à 14 heures d'entretien qui permet quand même déjà de bien traverser une vie, même si on peut aller beaucoup plus loin, ce qui a été le cas pour certains. Donc ce sont des conversations, c'est vraiment comme ça. L'idée, c'est qu'il y a une forme de trame, donc je garde une certaine trame dans ma tête et je construis le livre dans ma tête. Mais à aucun moment, je respecte quelque chose de très verrouillé. Parce qu'on le sait, c'est souvent dans les digressions qu'apparaissent des choses qui sont intéressantes. Après, c'est toujours la même chose, c'est qu'on laisse la personne digresser jusqu'à un certain moment où il faut quand même la remettre dans le droit chemin. Et donc à partir de ces entretiens, on va effectivement écrire le récit à la première personne. Donc on se substitue à la voix de la personne. Ensuite, il y a des allers-retours de correction, il y aura des vérifications pour les dates, par exemple, pour tout ce qui va être l'orthographe de certains noms propres. Et donc le récit se construit à partir de là. Et après, chronologie, cette maison que j'ai finie par créer ensuite, on pourra en reparler, on fonctionne comme une véritable maison d'édition, c'est-à-dire avec toutes les étapes. de la fabrication d'un livre, qui vont du manuscrit, mais aussi à la relecture, c'est-à-dire qu'il y a un préparateur de copie, donc celui qui va faire tout ce qui va être la correction orthotypo, mais la reformulation, l'harmonisation, pour être sûr qu'il n'y a pas d'incohérence. Ensuite, il va y avoir tout le travail avec le graphiste, donc Odilon. Donc on a maintenant à la fois une maquette socle,
- Speaker #0
que vous faites à chaque fois,
- Speaker #1
qu'on propose. Donc on va juste changer, par exemple, la couleur de la couverture. Donc des petits détails comme ça, ou les finitions, ou alors la possibilité de créer une maquette personnalisée, c'est-à-dire que pour certains projets, la personne va préférer construire un livre de A à Z en fonction de ses envies, de ses objectifs. Et à ce moment-là, il y a encore une correction orthotypo. C'est un travail énorme. Et c'est un travail énorme, puis vient l'impression. Et donc là aussi, le choix de l'imprimeur est très important, et ça, on ne s'en rend pas compte. tout un travail avec l'imprimeur sur la colorimétrie, le choix du papier, sur le dos carré collé, cousu. Donc, il faut aussi avoir une relation très importante avec l'imprimeur qui, pour nous, est français. Donc, il y a tout un tas de personnes qui vont rentrer dans la fabrication de ces livres.
- Speaker #0
Oui, il y a une chaîne entière en réalité.
- Speaker #1
Une chaîne entière, oui.
- Speaker #0
Et toi, quand tu fais les entretiens, donc tu l'as dit, ça peut durer entre, en moyenne, entre 12 et 14 heures, parfois beaucoup plus. Tu rentres vraiment dans l'intimité des personnes que tu accompagnes, alors j'imagine que c'est à la fois très riche, mais tu le dis d'ailleurs que tu aimes les personnes que tu accompagnes, parce que tu es plongée dans leur vie, et en même temps, comment tu te protèges ? J'imagine que vous abordez également les moments douloureux, les émotions négatives, comment tu te protèges de ça ? Alors oui, ça c'est un vrai sujet sur lequel je travaille encore, c'est un métier de l'intime.
- Speaker #1
Eh oui ! Et c'est un métier où on crée en plus des liens assez forts avec certaines personnes qu'on interroge. Et donc il y a toute cette question de comment délimiter le pro et le perso, qui est le grand sujet de beaucoup et qui est d'autant plus difficile dans le monde. Mon cas, parce que souvent, et même la plupart du temps, je vais chez les gens, parfois je dors chez eux. Là, j'étais à New York il y a deux semaines où j'ai passé 20 jours chez l'une de mes clientes. J'avais deux projets biographiques là-bas. Et donc, voilà, comment on...
- Speaker #0
Oui, c'est difficile d'avoir une limite alors que t'es vraiment plongée.
- Speaker #1
Exactement. Alors, il y a des garde-fous, c'est-à-dire que déjà, c'est un métier, c'est-à-dire que j'ai vraiment conscience que c'est mon métier, c'est mon activité. Il y a un contrat, il y a un devis, il y a de l'argent, il y a une transaction financière qui a cours, donc qui est bien définie en amont. Et puis après, c'est tous ces métiers de l'intime, comme je dirais la thérapeute, même si je dis souvent que mon métier n'est absolument pas celui de psy.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'il y a des externalités thérapeutiques, mais je ne vais pas faire en sorte qu'une personne change, se transforme, modifie. J'accueille une parole. Et je fais en sorte que cette parole surgisse. Mais je ne vais pas chercher à ce que la personne se rende compte de certains...
- Speaker #0
C'est un outil pour la personne dont elle peut le servir elle-même. Voilà, exactement.
- Speaker #1
Et donc se protéger, c'est toujours la même chose. C'est qu'au début, on est... Je me souviens que la première biodiversité... Enfin, après ma grand-mère, il y avait eu cette femme qui habitait à Arles, qui avait eu une vie absolument fascinante, c'est-à-dire qu'elle avait grandi dans les quartiers nord de Marseille. C'était une famille immigrée italienne, huit enfants, son petit frère... frère s'était fait vacciner contre la polio, le vaccin était avarié, donc il avait fini plus ou moins tétraplégique. C'était vraiment, son père était mort alors qu'il avait 3 ans. Vraiment, ça commençait comme un roman de Dickens. Et puis là, elle me recevait dans sa villa de, je ne sais pas, 1000 mètres carrés à Arles. Donc vous imaginez, il s'est passé beaucoup de choses entre. Et le premier entretien qu'on a, mais vraiment, littéralement, je... pleure avec elle. Et en plus, elle avait une manière de raconter les choses. Je me souviens encore, elle était à l'autre bout de la table. Mais c'était...
- Speaker #0
Elle était complètement prise dans ses émotions.
- Speaker #1
Et je sais que pendant un mois, je parlais comme elle. C'est-à-dire qu'elle avait une manière de dire c'est exceptionnel. Et à chaque fois, j'étais là, c'est exceptionnel. Mais parce que j'étais tellement habitée par son récit. Et il se trouve que souvent, encore aujourd'hui, quand je suis... dans un entretien, quand je suis en train de faire la biographie de quelqu'un, mais souvent je dis, ah oui, mais c'est comme Oui, mais il dit, il y a vraiment ce truc. Tu vis vraiment. Et après, bien sûr, une fois qu'on a terminé les entretiens, il y a une forme de compartimentation quand même qui se fait, où je sais que j'arrive à être complètement présente lors des entretiens. Et quand tu disais, tu aimes les personnes, c'est vrai, je me suis vraiment rendue compte. Ce qui faisait que ça marchait, c'était que je pense que chaque personne avec laquelle je m'entretiens, il y a vraiment une forme d'amour, mais attention, pas d'amour amoureux, mais il y a vraiment cette chose d'aimer la personne que j'ai en face de moi, d'aimer la manière dont elle a de se raconter. Et même si je ne suis pas d'accord avec ce qu'elle dit, parce que souvent on se trouve confronté à des personnes avec qui on n'est pas forcément d'accord sur leur mode de vie, leur pensée, mais parce qu'on rentre dans cette intimité, on comprend le cheminement qui les a menés à penser ça. Et c'est vrai qu'il y a une forme de... Comme il se dévoile complètement, on comprend que peut-être que si elle réagit comme ça, oui, il y a d'autres éléments qui peuvent l'expliquer. Et donc, il y a une forme de cohérence. Et donc, c'est vrai qu'il y a une forme d'amour pour ses incohérences, pour ses imperfections, parce qu'il y a quelque chose de profondément humain.
- Speaker #0
Et tu vois l'entièreté de la personne.
- Speaker #1
Exactement. Et donc, cette humanité-là, si je peux le dire de cette manière-là, il y a vraiment... Voilà, ne fait surgir en tout cas. en tout cas une forme d'amour, qui crée aussi une forme de confiance et qui permet aussi que ces entretiens se fassent et de tirer une matière qui, dans le livre, pourra ressurgir et donc une forme de bienveillance qui est extrêmement importante dans le métier que je fais. C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire ce métier si on est dans un jugement. Oui, forcément. On ne peut pas juger. Bien sûr, après, on peut avoir des opinions, on peut avoir des idées. J'ai des opinions, j'ai des idées. Mais dans le cadre de ce travail... Il n'y a pas d'avis à émettre sur leur vie. Il y a quelque chose de l'ordre de l'accueil inconditionnel de l'autre et de la parole de l'autre.
- Speaker #0
Ce qui est extrêmement riche. La biographie, ça touche au rapport à la vie et à la mort, forcément. Qu'est-ce que ça a changé pour toi de faire ce métier dans ton rapport à la vie ?
- Speaker #1
Je pourrais y répondre de différentes manières, mais ça me fait penser à quelque chose qui a été assez fort. parce qu'on parlait de choix et on parlait de ses portes et je sais que j'ai mis du temps à accepter de me définir comme biographe c'est à dire qu'entre le moment où j'ai écrit la biographie de ma grand-mère Il y a eu l'Arlésienne, il y en a eu d'autres, mais j'étais toujours un peu entre les deux, en train de me dire, bon, puis je prenais des missions un peu quand même à côté. Et sauf qu'il y a un moment à être...
- Speaker #0
Oui, un peu partout.
- Speaker #1
Un peu partout, et à être un peu tiraillée. Donc je sais que j'ai quitté Marseille à un moment, et je suis rentrée à Paris, et ça faisait trois ans, et il y avait ce tiraillement permanent, auquel je m'y lance à fond. Et non, peut-être qu'il faut que je reprenne un boulot plus stable, avec un salaire, parce que quand même, il se trouve qu'en fait, j'ai des envies. Voilà, de vivre, de sortir, d'aller au restaurant, de voyager. Et je me suis vraiment rendue compte que ces envies-là, et je n'étais pas prête à tout sacrifier, que j'avais une vraie volonté de vivre, justement. Et que j'avais du mal à me définir. Et puis je me souviens encore, je ne pourrais pas retracer exactement le chemin, parce qu'il y a tellement de choses qui rentrent en jeu. Mais ce moment où tout d'un coup je me dis, mais allez, prends-la cette porte, prends-la cette porte. Et je sais que, de manière très symbolique, ce qui m'a fait prendre cette porte, alors c'est assez trivial, mais ça a été le premier post que j'ai écrit sur LinkedIn en me définissant comme biographe. Il fallait l'écrire en disant, voilà, j'ai fait cette espèce de truc qu'on fait tous sur LinkedIn, du storytelling, de voilà, j'étais ça, je suis devenue ça, enfin bon. Mais... C'était une manière de...
- Speaker #0
Et d'assumer au monde.
- Speaker #1
D'assumer face au monde que maintenant, je me définissais en tant que biographe. Et j'avais peur. Encore une fois, on parle de peur. Qui est à la fois un très très bon signal, la peur. Mais que j'avais peur que si je me définissais en tant que biographe, si ça se trouve, comme par exemple le festival d'Angoulême m'avait appelé. Est-ce que le festival d'Angoulême m'aurait appelé ? Oui,
- Speaker #0
ils ne vont pas t'appeler parce qu'ils vont se dire, ben non, elle est biographe.
- Speaker #1
Voilà. Et donc je me disais, mon Dieu, mais imaginons qu'il arrive quelque chose de mieux. Et puis est arrivé ce moment où je me suis dit, non mais... Je ne sais pas comment j'ai réussi à faire ce move, mais de « on y va » . Et l'une des choses que je me suis dit, c'est en même temps, comment est-ce que tu pourras t'ennuyer quand ce métier-là ne traite que de vie et de mort ? Oui. C'est-à-dire, comment pourrais-je regretter un choix quand les thématiques, quand je vais vivre en fait avec la vie et la mort au quotidien ? Bon, effectivement, c'est un peu deep. Oui,
- Speaker #0
c'est l'humain plus réduit pour le coup.
- Speaker #1
Et bien sûr, on dit vie et mort, mais l'éventail, c'est-à-dire que c'est infinie et on touche à des choses qui sont universelles, qui sont fondamentales parce que qui dit vie, qui dit mort, dit amour, dit déception, dit joie, dit tristesse, donc il y a une espèce de tout un panel d'émotions. Donc à quel moment ? En fait, c'est comme si j'avais accès à des livres ouverts toute la journée. Et que ces livres, ce sont des humains en plus que je peux toucher. C'est merveilleux. C'est génial. C'est des êtres qui vivent, qui respirent et qui tout d'un coup s'ouvrent. Avant j'étais payée pour lever de l'argent et maintenant je suis payée à écouter des histoires.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
C'est incroyable. C'est extraordinaire.
- Speaker #0
Sachant que les personnes âgées, en plus que c'est des personnes âgées...
- Speaker #1
Ce ne sont pas que des personnes âgées. Et c'est là où j'ai découvert qu'en fait il y a... Il y a même une fille de 36 ans qui m'a contactée. Ah oui, tu vois. En fait, je travaille avec une femme qui a une cinquantaine d'années. Chacun vient avec son projet, avec ses envies, avec des objectifs, avec des envies différentes. Mais alors oui, le gros des personnes avec qui je travaille sont effectivement âgées. Mais en fait, on se rend compte qu'il y a beaucoup d'autres personnes qui,
- Speaker #0
à un moment, ressentent le besoin de témoigner. Donc c'est pas forcément des récits de vie,
- Speaker #1
mais ça peut être des témoignages, ça peut être...
- Speaker #0
Oui, selon une expérience particulière. Et du coup, par contre, sur les personnes âgées, c'est qu'il y a aussi une forme de sagesse, et j'ai l'impression qu'on prend moins le temps aujourd'hui d'écouter les personnes âgées, parce qu'on est aussi plus isolés de manière générale, plus personnels, alors que je pense qu'il y a beaucoup de choses à apprendre. Vraiment,
- Speaker #1
donc là je travaille de plus en plus avec d'autres personnes, donc on a vraiment une petite équipe. Et justement, avec l'une d'elles, qui est vraiment la plume, la première, on s'était dit, mais en fait, un jour, il faudrait faire un petit livre de toutes ces perles de sagesse, de tout ce que vous avez appris. C'est extraordinaire, c'est-à-dire qu'à chaque personne, à un moment, comme elle a eu toute une vie, et que c'est le moment où elle s'arrête et elle regarde en arrière, elle prend ce temps-là, parce que là aussi, c'est extrêmement fort, ce que je dis souvent, c'est de seul moment qu'il y aura une personne de s'arrêter et de regarder et de dire voilà ce que j'ai fait.
- Speaker #0
De faire le bilan de sa vie.
- Speaker #1
De faire le bilan de sa vie.
- Speaker #0
Oui, c'est extraordinaire.
- Speaker #1
Et moi j'en profite énormément parce qu'ils ont souvent vécu des choses, eu des échecs, appris. Et ça c'est des choses... qui transparaissent à travers tous ces entretiens. Et donc, effectivement, il y a énormément de choses que ces gens m'ont dit, que je garde et que je vais après joyeusement partager avec d'autres. Mais oui, je pense qu'il y aura un petit livre chronologique qui sortira avec tous ces enseignements de vie ordinaire dans le sens le plus beau du terme, c'est-à-dire de... Parce que pour moi, l'ordinaire est extraordinaire. Bien sûr. L'ordinaire n'existe pas.
- Speaker #0
Mais voilà, les vies minuscules, c'est exactement ça. Et qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui hésite à passer le cap, de faire une biographie, ou alors de vouloir le proposer à un membre de sa famille ? Alors, il y a tellement de choses qui rentrent en jeu.
- Speaker #1
C'est-à-dire que souvent... il y a toujours une hésitation. C'est-à-dire que rares sont les personnes qui vont dire, OK, j'ai cette idée et je vais le faire. Parce que c'est un engagement de temps, mais c'est aussi un engagement financier. Donc, ce n'est pas anodin comme processus, comme démarche. Ça prend du temps, ça prend un an, un an et demi. Ça mobilise beaucoup de personnes. Et puis, tout d'un coup, c'est vraiment l'écriture et la création d'un livre. Mais... C'est une vie, c'est-à-dire qu'il y a vraiment, et j'ai eu comme ça l'expérience d'un ami assez proche, qui voulait absolument le faire pour son père, et puis à chaque fois il disait non, mais je vais attendre, et son père est mort. Et je sais qu'il y a eu pour lui ce regret de se dire, ah, alors si ça s'est pas fait, il y a quelque chose de très fataliste chez moi, si ça s'est pas fait, c'est que ça devait pas se faire, et c'est ok. Mais il y a quand même cette idée que... que ça va se terminer, et que si vraiment il y a cet attachement aux mots, à ces souvenirs, à nos racines, que ces personnes-là, que nos grands-parents, nos parents, sont les dépositaires d'une mémoire qui va disparaître. Et qu'une fois qu'eux disparaissent, même si on se souvient de certaines choses, la mémoire quand même s'effiloche, et qu'on va ouvrir nos albums photos de famille, et on ne saura plus qui sont les gens qui sont sur ces pages. On ne saura plus exactement qui ils ont été. ce qu'ils ont aimé, ce qu'ils ont pensé, ce qu'ils ont ressenti, et qu'est-ce qui nous a été transmis tout simplement, et de quoi est-ce qu'on est constitué.
- Speaker #0
Et même les périodes de vie qu'ils ont connues.
- Speaker #1
Et des périodes de vie qu'ils ont connues. C'est-à-dire, parce que souvent, on ne sait pas poser de questions.
- Speaker #0
C'est-à-dire,
- Speaker #1
il y a beaucoup de personnes qui disent, ah mais attends, quelqu'un pose une question, alors que c'est notre père ou notre mère, mais tu ne me l'as jamais racontée. Et l'autre se retourne en disant, mais tu ne m'as jamais posé la question. Ben oui. Parce qu'à un moment, on est tellement pris dans le quotidien qu'on oublie de poser des questions.
- Speaker #0
Et on oublie que nos parents et nos grands-parents ont eu une vie avant nous.
- Speaker #1
Exactement. Mais ça, c'est absolument fascinant. Soit parce qu'il y a une forme de pudeur, il y a une forme de gêne. C'est vrai. Donc parfois, c'est plus facile de faire appel à quelqu'un d'extérieur pour justement recueillir cette parole que d'être en direct avec...
- Speaker #0
Et puis, il faut accepter de voir ses parents ou ses grands-parents comme des humains et non pas comme ce rôle qu'ils ont envers nous. de parents ou grands-parents. C'est ça qui est difficile aussi, je trouve.
- Speaker #1
Totalement. C'est vrai que le jour où on se rend compte que ce ne sont pas que nos parents, mais oui, donc on redonne encore une fois à une personne son intégrité. Et je sais qu'on me fait souvent la réflexion, où ce sont des enfants parfois qui me disent « C'est dingue, mais en fait, on ne prend pas tellement de place dans la vie de nos parents. » Et ils sont très étonnés parce qu'ils se disent « Mais nous, on a l'impression que... » On est le centre de la vie de nos parents. Alors qu'en fait, ils ont une vie entière. On est une partie. C'est comme si nous, quand on se dit... Parce qu'il y a rassurement, quelque part. Quand on a des enfants qu'on aimerait en avoir, on se dit, tiens, c'est un projet.
- Speaker #0
Mais comme avoir un...
- Speaker #1
Voilà. Aimer quelqu'un, construire un couple, sa vie professionnelle, c'est une composante de notre vie. Et donc, tout d'un coup, ils se rendent compte que ils ne sont pas au centre. Donc ça aussi, ça sert. ça c'est un travail énorme du biographe dont on ne se rend pas compte c'est à dire que il y a l'écriture mais il y a toute une partie c'est de faire justement attention à ce que je disais que la biographie le livre biographique peut susciter faire attention à ce que ça peut susciter mais par exemple quand une personne va se raconter je sais que un parent et là j'espère que je ne vais pas détruire des illusions les parents ont toujours des enfants préférés Ça ne veut pas dire qu'ils ne les aiment pas tous de la même manière, mais il y a quand même des enfants avec qui ils ont des affinités plus ou moins développées. Mais moi, dans mon travail, il va falloir que je fasse attention que si cette personne-là parle pendant une heure d'un enfant et pendant dix minutes de l'autre,
- Speaker #0
il ne faut pas que ça se ressente.
- Speaker #1
Il ne faut pas que ça se ressente et donc il faut rééquilibrer, donc faire en sorte qu'il y ait exactement le même nombre de lignes pour l'un et pour l'autre. Il faut compter les photos. C'est-à-dire que si... Bien sûr, mais en même temps, je suis la première à le faire. Je vais aller regarder dans le bureau de mon père. Oui,
- Speaker #0
parce qu'en fait, s'il y a dix photos du frère et de...
- Speaker #1
S'il y a dix photos de l'un et qu'il n'y en a qu'une de l'autre, tout d'un coup, on le prend personnellement. Alors qu'en fait, ça ne se trouve pas du tout. Et c'est juste qu'il se trouvait que... Donc,
- Speaker #0
tu as un vrai travail, toi, de préservation des liens.
- Speaker #1
Totalement. Et il y a un travail de formulation, de finesse. Et c'est pour ça que...
- Speaker #0
Il faut que tu aies cette intelligence-là.
- Speaker #1
Totalement. Et ça, c'est hyper important. Et c'est pour ça que les entretiens sont confidentiels, c'est-à-dire que tous les enregistrements, vraiment, pour permettre une liberté de parole et que justement la personne ne se dise pas « Oh là là, mon Dieu, j'ai dit ça sur ma belle-fille » ou sur... Il y a souvent de ça, c'est-à-dire qu'on se permet des choses qu'on ne se permettrait pas forcément. Donc on recueille cette parole-là aussi. Et donc après, il faut faire attention à faire en sorte de... Oui, ce qui est confidentiel, garder une partie... De lisser quand même. Encore une fois, ça, c'est... On ne transforme pas la réalité, mais l'idée c'est que le livre soit extrêmement vrai, et donc il y a vraiment des personnes qui se révèlent. Il y a beaucoup de choses qu'on garde, qu'on laisse, et ça c'est vraiment très fort. Mais il y a d'autres choses qui ne sont pas essentielles. Ça ne sert à rien d'aller régler ses comptes dans un ouvrage. Et c'est pas une bombe. Heureusement, ça ne m'est jamais arrivé, mais si c'était le cas, c'est pas le but. Sinon, encore une fois, il faut aller voir un psy, et c'est pas du tout le travail que je fais. Parce qu'il y a vraiment dans ce que je fais l'idée de transmission et de partage.
- Speaker #0
Écoute, c'est hyper chouette. Je te remercie pour toutes ces explications. J'espère que ça convaincra des personnes de sauter le pas. Et si tu veux bien, je te propose de terminer avec les questions signatures assez rapidement. Alors, est-ce qu'il y a une personne qui t'a particulièrement inspirée dans ta vie et pourquoi ? Alors je pense qu'il y a deux types de personnes qui m'inspirent. Déjà ce sont celles qui sont des visionnaires,
- Speaker #1
ou en tout cas qui réussissent à garder une forme de vision alors même que le monde autour d'eux semble aller à l'encontre de ce qu'ils font. Et je sais que je suis allée voir récemment l'exposition au Grand Palais d'Hilma af Klintz et qu'il y a exactement cette femme qui vraiment a créé son propre univers pictural, mais alors que quand on regarde la peinture du début du XXe siècle à cette époque-là, n'avait absolument rien à voir. Et elle, elle a suivi sa mission. En plus, elle avait l'impression que les anges lui parlaient. Mais en tout cas, elle a vraiment persévéré dans son être en se disant, voilà, c'est ça, moi je suis ça. Et il se trouve que quelques décennies plus tard, tout le monde en parle et que c'est vraiment devenu une icône maintenant de l'art abstrait. Mais ces gens-là me fascinent. Et il y a d'autres personnes, et je pense surtout à certaines personnes que j'ai interrogées, dont je parle souvent, ce sont les personnes qui, à partir d'un certain âge, ont continué à créer. C'est-à-dire que, je ne sais pas si tu vois, il y a un roman de Romain Garry qui s'appelle « Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable » .
- Speaker #0
Ah oui, je ne l'ai pas lu, mais je vois.
- Speaker #1
Avec cette idée qu'on a tous, et peut-être nous aussi, encore plus que d'autres, les femmes, Oui. qu'après 40, 50 ans, c'est fini. En fait, c'est foutu. Et j'ai deux personnes comme ça qui m'ont raconté justement cette Arlésienne qui a tout perdu. Elle avait créé une entreprise qui avait eu beaucoup de succès et puis du jour au lendemain, elle a tout perdu. Et à 60 ans, elle est repartie en Angleterre. Et elle a reconstruit cette entreprise qui a eu encore plus de succès. Mais vraiment, elle s'est retrouvée... C'est extraordinaire ces histoires. Et pareil, la personne avec qui j'étais à New York... qui a pris son dernier poste dans une institution culturelle assez importante, elle l'a pris à 66 ans. Et elle y est restée de 66 à ses 83 ans.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
Tout le monde, elle a vraiment imprimé sa marque sur le paysage culturel new-yorkais, et même en France, c'est-à-dire que beaucoup de personnes la connaissent. Elle a vraiment changé certaines choses. C'est devenu, elle a commencé à 66 ans, l'âge auquel nous on prend notre retraite.
- Speaker #0
Je trouve ça génial parce que ça donne de l'espoir aussi.
- Speaker #1
Cette idée de se dire qu'en fait, il n'y a pas d'âge. Et qu'à chaque âge de notre vie, on peut commencer quelque chose. Et on peut se réinventer. Un auteur qui s'appelle Henri-Pierre Rocher, qui était galeriste, qui a publié ses deux premiers romans, il avait 77 ans, qui était Julie et Jim, qui a donné le film de François Truffaut, Julie et Jim, et Les Deux Anglaises et le Continent. Il avait 77 ans. Donc il y a un moment, toujours, on revient à la question du temps. C'est-à-dire... chacun son temps, chacun sa temporalité il n'est jamais trop tard qu'il faut se laisser le temps et que chacun va se révéler se définir au moment où il le doit j'adore
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un conseil qu'on t'a donné, qui t'a marqué et que tu aimerais transmettre à ton tour ?
- Speaker #1
Là aussi, je pense à deux choses qu'on m'a dites. Il y en a une qui est de l'ordre de l'intuition. C'est-à-dire vraiment, quelqu'un m'a dit, il y a un moment dans ta vie où quand tu comprends que tu peux faire confiance à ton intuition, c'est qu'il faut la tester. Mais quand tu vois que ça marche, ne te pose plus la question et vas-y. Fais taire le mental. Tu vois que ça marche, alors fais confiance et poursuis. Je pense que c'est vraiment suivre son intuition et rester très connecté à cette intuition-là, c'est extrêmement important. Et la deuxième chose, c'est une femme que j'ai interrogée, qui m'a dit un jour qu'il y avait quelque chose qui l'avait beaucoup marquée, c'est qu'à chaque fois qu'elle prenait une décision, elle visualisait deux portes. Et qu'il y avait une porte qui était la porte de l'amour, et l'autre porte qui était la porte de la peur. Et qu'à chaque fois qu'on prend une décision, il y a souvent le « Ah mais si je fais ça, si ça se fout, il se passe ça, je vais devenir justement... » Enfin voilà, on envisage toutes les catastrophes. Ou l'autre porte, c'est celle de l'élan. C'est-à-dire « Oui mais j'ai envie. » Il y a quand même ce désir, il y a cet élan de vie. Et donc il y a un moment, elle s'est promis. qu'elle ne prendrait plus jamais la porte de la peur et qu'elle prendrait toujours la porte de l'amour.
- Speaker #0
Ah c'est chouette !
- Speaker #1
Et donc, ce que j'essaye de faire à chaque fois que je dois prendre une décision, c'est-à-dire que j'essaye de l'analyser en me disant « mais tu ne prends pas cette décision pourquoi ? Parce que tu as peur ou parce que tu as envie ? » Et souvent on se rend compte que lorsqu'on prend des décisions ou qu'on ne les prend pas, ça parle de peur.
- Speaker #0
Oui, c'est la peur qui prend le dessus. En fait,
- Speaker #1
c'est la peur qui prend le dessus. Mais si on décide... D'enlever cette peur et de dire, oui mais si j'avais pas peur, est-ce que l'envie est là, est-ce que le désir est là, est-ce que l'élan est là ? Et bien de se dire, on prend la porte de l'amour. Ou on peut le voir différemment, et ça c'est quelqu'un d'autre qui me l'avait dit, c'est toujours aller là où il y a de la peur.
- Speaker #0
Oui parce que c'est un signal, ça me l'a beaucoup dit aussi. Attention,
- Speaker #1
c'est pas la peur inconsciente d'aller se jeter au milieu de l'autoroute et de dire...
- Speaker #0
On m'a toujours dit, si t'as peur, c'est qu'il faut y aller.
- Speaker #1
Exactement, donc en fait c'est là où il faut aller. ça dit la même chose cette histoire de porte mais je trouve ça assez joli de se dire qu'il y a un moment où on choisit l'amour l'amour attention encore une fois synonyme d'élan d'envie, de désir,
- Speaker #0
de pulsion de vie et est-ce qu'il y aurait un livre un film, une vidéo que tu conseillerais à quelqu'un qui se sentirait un peu perdu ou en tout cas qui aurait besoin de motivation dans sa vie Je sais qu'il y avait un livre, alors c'est souvent des livres que j'écoute en audio justement,
- Speaker #1
mais qui est un livre que j'avais lu en anglais, qui s'appelle A Perfectionist Guide to Losing Control. Et je pense qu'il a été traduit en français par Perfectioniste, aux éditions Erol. Et c'est une psy-chercheuse de Columbia qui a écrit ce livre sur toute cette idée du perfectionnisme. Et souvent, et donc on en revient exactement, ce que je racontais là, ce rapport à l'écriture, ce rapport à l'amateurisme, tous ces espèces de fantasmes, c'est en fait, la transcription, c'est une forme de perfectionnisme. C'est-à-dire, on ne veut pas faire si ce n'est pas parfait. Et qu'en fait, c'est le meilleur moyen de ne rien faire. On passe à côté parce qu'on a cette espèce d'image idéalisée de ce pourquoi quoi, on se croit, ou on a l'impression que si c'est pas de cette manière-là, ça sert à rien de le vivre. Et donc je sais qu'à un moment de ma vie, j'étais tombée, quelqu'un m'avait conseillé ce livre, ou je l'avais lu, et ça avait vraiment marché pendant quelques temps, parce qu'il y avait cette idée-là... Ça t'avait débloqué des choses. Oui, parce qu'il y avait cette idée-là que j'avais retenue, ça c'est vraiment un truc de perfectionniste. Mais en fait, arrêter d'avoir peur de ne pas réussir ou de ne pas faire, c'est-à-dire que c'est un peu cette idée de, oui, mais si je lâche... Et si j'arrête de vouloir, si ça se trouve, je vais terminer avachie sur mon fauteuil à regarder des séries et à bouffer du popcorn pendant 3 heures. Elle était là, mais arrêtez d'avoir peur parce que par nature, ce n'est pas ça qui vous intéresse. Donc en fait, ça vous fatigue plus qu'autre chose de faire ça, donc lâchez-vous la grappe parce que de toute manière, naturellement, vous allez avoir envie de faire des choses. Donc arrêtez de forcer. C'est intéressant. Mais retrouvez le bon perfectionnisme. Et ça, c'est tout le travail, c'est de faire de ce qui peut être un empêchement quelque chose de positif. Donc voilà, ça c'était un livre, je pense, qui peut être assez utile pour certains d'entre vous qui sont confrontés à ce... à ce genre de problématique ou d'enjeu.
- Speaker #0
Je le mettrai dans la description. Si tu avais l'opportunité de tout recommencer, est-ce que tu changerais quelque chose ?
- Speaker #1
Alors c'est plutôt, parfois je me dis, tiens, s'il ne m'était pas arrivé certaines choses, qu'est-ce que j'aurais été ?
- Speaker #0
Ah oui, est-ce que j'en serais là aujourd'hui ? Oui,
- Speaker #1
c'est-à-dire, s'il ne m'était pas arrivé ça, est-ce que j'aurais eu peut-être plus de facilité pour telle ou telle chose ? Bon, sauf qu'encore une fois, c'est toujours la même chose. On n'arrive jamais vierge dans une existence, et on arrive toujours avec certains événements qui se sont passés ou produits. Et donc tout l'intérêt, c'est d'essayer, comme l'alchimisme, de transformer toutes ces épreuves ou ces étapes de vie en quelque chose de lumineux. C'est comme toujours cette très très belle image du Kitsunge, je ne sais pas si tu vois cet art japonais. qui répare des pots cassés avec de la poudre d'or.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est absolument magnifique. Et donc c'est une métaphore merveilleuse de dire qu'une existence c'est ça. C'est plutôt que de partir d'un rien, d'une abstraction, c'est de faire avec la vie qui est à la fois profondément joyeuse et parfois difficile, et de qu'est-ce qu'on fait de tout ça. Et c'est ça le plus important plutôt que, ah, si ça avait été... différemment ou si on avait pu changer.
- Speaker #0
D'ailleurs, je pourrais ajouter l'alchimiste comme référence aussi. Et s'il y avait une chose à retenir de cet échange, tu aimerais que ça soit quoi ? Suivre son désir et rester connecté à son désir. C'est une belle conclusion. Et qu'est-ce qu'on peut te souhaiter à toi pour la suite ? Exactement la même chose. C'est connecté à cette espèce de voix. qui dit, allez, ça,
- Speaker #1
ça, ça marchera, continuez à rester profondément connectés à soi et que c'est aussi la meilleure manière d'être connectés aux autres. On va s'arrêter sur cette belle phrase,
- Speaker #0
elle est beaucoup trop belle. Écoute, je te remercie pour ce bel échange, en tout cas, et on te souhaite une belle... beaucoup de biographies, beaucoup de beaux récits et beaucoup de partages autour de ces histoires. Merci beaucoup, Agathe. Merci. Musique