- Speaker #0
Bienvenue dans Réunion au Sommet, je suis Agathe et ici je vous partage des histoires de vie qui, je l'espère, pourront vous donner un peu d'inspiration. Je prête mon micro à des personnes qui vous ressemblent, qui doutent, qui trébuchent parfois, mais qui vous livrent avec humilité les clés qu'ils ont trouvées en chemin pour avancer et pourquoi pas se rapprocher un peu de leurs rêves. Bonne écoute. Salut Victoire ! Salut Agathe ! Bienvenue dans Réunion au Sommet ! Merci ! Alors Victoire, tu as un métier pour le moins originel, puisque tu es chocologue. Tu vas nous expliquer un peu plus en détail en quoi consiste ton activité, mais je peux déjà dire que c'est un épisode dans lequel nous allons parler beaucoup de chocolat. Ce qui n'est pas pour me déplaire, et le chocolat justement, il a toujours fait partie de ta vie, depuis ta plus tendre enfance, puisque tu as grandi, comme tu le dis si bien, avec une cuillère en chocolat dans la bouche, dans une famille de chocolatiers. Mais derrière toute cette gourmandise se cache aussi l'étoffe d'une chef d'entreprise, celle d'une maman et d'une passionnée. Tu as choisi de faire de ta passion ton activité principale et pour cela tu as créé ta propre voie avec ses succès mais aussi quelques rebondissements comme tout entrepreneur. Et avant que tu nous expliques comment tu en es arrivé là, comment tu te sens dans ta vie aujourd'hui ?
- Speaker #1
Eh bien écoute, très bien. Une belle énergie ce matin, un peu fatiguée parce que je suis rentrée tard. Écoute, comment je me sens ? Super bien. Je sens que 2026 va être une nouvelle étape pour moi, avec une nouvelle énergie et plein de choses qui vont arriver. Donc ça me réjouit.
- Speaker #0
Génial. Hâte d'en parler. Alors je le disais en introduction, mais le chocolat a toujours fait partie de ta vie. Tu es issue d'une famille de chocolatiers, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement. J'avais un grand-père chocolatier à Lyon qui avait une chocolaterie pendant plus de 20 ans. qui a fermé avant ma naissance, mais comme mon père a été élevé dans cette chocolaterie, si tu veux, j'avais toutes les histoires à la maison, donc j'ai l'impression d'avoir été bercée par les conches, les odeurs et les gourmandises. Et puis du coup, mon père, forcément, il est fan de chocolat, donc on a tout le temps mangé beaucoup de chocolat. J'ai envie de dire même dégusté, parce qu'il allait chez les grands chocolatiers, à Paris et ailleurs, pour nous ramener des bonnes tablettes. Donc voilà, j'ai toujours été élevée dans ce contexte-là. Et puis moi-même, en fait, j'adorais le chocolat, mais de façon assez exclusive. Mes desserts, c'était tout le temps que au chocolat. C'était très difficile de manger des fruits. Oui, donc en fait, c'était une gourmandise. On va dire que c'était une gourmandise. C'est devenu une passion après.
- Speaker #0
Ils t'ont transmis, en plus de l'amour du chocolat, j'imagine beaucoup le goût, la manière de le déguster, etc.
- Speaker #1
Écoute... Le goût, ça c'est certain, et le goût pour du non sucré, tu vois, j'ai pas de souvenir de manger du chocolat au lait, par exemple, j'ai toujours mangé du chocolat noir, même si...
- Speaker #0
Ce qui est rare quand on est enfant.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, mais en même temps, je pense que je mange plus de chocolat au lait aujourd'hui,
- Speaker #0
tu vois,
- Speaker #1
que quand j'étais petite. Aujourd'hui, comme j'ai découvert des excellents chocolats au lait... J'adore me prendre un petit chocolat au lait, tu vois je t'ai mis des tablettes là avec le café par exemple parce que j'aime bien ça, c'est un peu cappuccino, le matin c'est doux, tu vois j'aime bien démarrer en douceur. Donc j'apprécie énormément les bons desserts chocolat au lait avec de la noisette etc. Donc tu vois c'est vraiment un produit que j'aime et parfois j'entends oui, j'aime le lait mais on va me dire que je ne suis pas un vrai amateur. Non non,
- Speaker #0
ça reste du vrai chocolat.
- Speaker #1
Oui et puis en fait amateur de chocolat et le chocolat peut prendre... tellement différentes facettes. C'est sûr que le goût cacao, c'est quelque chose de particulier. Et on apprend à aimer ce goût cacao, on apprend à apprécier cette amertume, ou en tout cas cette intensité.
- Speaker #0
Et alors, je te propose qu'on rentre quand même dans le vif du sujet, parce que j'imagine que les personnes qui nous écoutent se posent la question. Qu'est-ce que ça veut dire, au juste, chocologue ?
- Speaker #1
Alors, chocologue, c'est un mot que j'ai créé pour décrire mon métier. J'ai créé ce mot parce qu'en fait, je suis psychologue de formation. Et j'ai fait psychologie avec une majeure marketing parce que je voulais étudier la psychologie du consommateur et travailler en marketing sensoriel.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc ça c'était mon parcours étudiant.
- Speaker #0
Donc déjà autour des sens.
- Speaker #1
Voilà, ça c'était sûr que j'allais travailler autour des sens, soit dans le parfum, soit dans la gastronomie, ça c'était une certitude. Mais c'est vrai que je n'avais pas forcément pensé au chocolat tout de suite. Cependant, j'ai fait ma thèse de fin d'études de psychologie sur le chocolat, sur l'expertise en chocolat. parce que l'expertise fait partie de la psychologie cognitive.
- Speaker #0
qui étudie justement les connaissances, le vocabulaire, la mémoire, la reconnaissance. Et donc du coup, je me suis dit, tiens, puis c'est lié évidemment aux émotions, à la sensorialité, je me suis dit, génial, je vais essayer de faire une thèse sur ça. Donc je me suis dit, tiens, j'adore le chocolat, je vais faire une thèse sur l'expertise en chocolat. Donc c'est comme ça que ça est arrivé. Et après ma thèse, j'ai une experte qui a reconnu toutes les marques. parce qu'en fait je faisais déguster 8 chocolats et en fait les personnes devaient décrire les chocolats donc j'ai étudié l'analyse sensorielle c'est à dire comment ils décrivaient chacun des chocolats comment ils créaient des catégories parce qu'à un moment donné j'ai dit bah tiens, créez des catégories comme ça je comprenais, ah ouais ils mettent les fruités comme ça, ils mettent les amers donc ça me permettait de voir un petit peu comment ils percevaient le chocolat et puis donc voilà j'ai étudié le vocabulaire et quand j'entendais les experts qui parlaient du chocolat comme un grand vin, parce qu'ils parlent de la couleur, de la complexité aromatique. Franchement, quand tu manges des M&M's ou un Kinder Bueno, tu ne parles pas forcément de ça. Du coup, je me suis dit que c'est fou, parce que l'onologie du chocolat a vraiment du sens. Moi, ça me parle. Et je vois tout à fait, quand tu dégustes un grand cru, les notes fruitées, les notes florales ou épicées. Et je me suis dit qu'en fait, on est plein d'amateurs de chocolat. On ne connaît pas du tout le chocolat par ce biais de la dégustation. Et ça m'a donné envie de créer... Du coup, l'onologie du chocolat, du coup, la chocologie. Et donc, du coup, voilà, tu vois, je me suis beaucoup inspirée de l'onologie. Et donc, du coup, j'ai créé ce mot chocologue. Quand j'ai commencé à animer mes ateliers de dégustation, j'ai créé ma boîte de conseils. Donc, il y a 20 ans, en 2006, après ma thèse. Et donc, un jour, quelqu'un me dit, mais c'est quoi votre métier ? Et je dis, bah écoutez, j'étais psychologue de formation. Je me suis spécialisée dans le chocolat comme un onologue. Donc, je suis maintenant chocologue. Je t'avoue que je disais ça un peu pour me marrer. Et le mec il m'a regardé en disant « Waouh, c'est canon votre métier, peut-être que j'ai un mot là » . Donc du coup je l'ai déposé.
- Speaker #1
Et puis on comprend très bien.
- Speaker #0
Oui, du coup ça a du sens. En tout cas ça avait beaucoup de sens pour moi. Tu vois, ça me semblait vraiment coulé de source.
- Speaker #1
Avec le parallèle avec l'unologie. Exactement.
- Speaker #0
Et du coup le soir même, j'ai déposé le mot à l'Inpi comme marque. Et voilà, donc ça fait depuis quelques années que j'ai ce mot-là.
- Speaker #1
Incroyable, du coup tu as créé ton propre métier.
- Speaker #0
Oui, écoute, au début, je ne pensais pas que ça allait être un métier, je pensais que ça allait être juste une activité.
- Speaker #1
Oui, parce qu'au tout début, tu as créé surtout des ateliers que tu faisais en parallèle.
- Speaker #0
Oui, en fait, je répondais à des demandes des agences avènementielles. Donc, tu vois, comment ça est arrivé, c'est parce qu'une des expertes que j'avais interrogée m'a demandé de la remplacer sur un atelier parce qu'elle partait en voyage.
- Speaker #1
Que tu as interrogé dans le cadre de ta thèse ? Exactement,
- Speaker #0
je l'avais interrogé dans le cadre de ma thèse. Elle m'a dit, coup de victoire, tu as appris plein de choses, je suis hyper embêtée, je pars en voyage, est-ce que tu peux me remplacer ? Et donc du coup, j'ai animé cet atelier, c'était pour Renault, des commerciaux. Il y avait 30 personnes, ça a duré deux heures et demie. En fait, j'ai adoré, si tu veux, faire découvrir le chocolat, faire déguster des chocolats venant de différents chocolatiers à Paris, que j'avais rencontrés en plus pendant ma thèse, donc je les connaissais un peu, donc je pouvais parler aussi bien de leur création que de leur personnalité. Donc ça, j'aimais bien faire le lien. Et en fait, l'agence a adoré, a eu des très bons retours, donc elle a commencé à me faire bosser presque tous les mois. Moi, j'étais encore étudiante parce qu'après Psycho, je suis allée faire un master de marketing à HEC. Et donc, ça a duré un an et demi. Et en fait, cette agence événementielle me faisait bosser. Comme je parlais anglais, elle me positionnait sur tous les événements un peu internationaux, etc. Et donc, au final, j'ai dû créer ma boîte de conseils très rapidement pour pouvoir la facturer.
- Speaker #1
Oui, forcément.
- Speaker #0
Donc tu vois, je n'avais pas du tout imaginé être entrepreneur, mais ce contexte-là m'a fait créer ma boîte. Donc je suis venue entrepreneur pendant que je faisais mes études.
- Speaker #1
Parce que oui, de rencontre en rencontre, au final, c'est ça qui t'a ouvert des portes et qui t'a amenée à développer ton activité.
- Speaker #0
Exactement. Et puis tu vois, j'ai un peu sauté dans le bain. C'est-à-dire qu'au départ, je facturais avec la société de maman, qui est expert en porcelaine. Et puis au bout de trois dégustations, elle m'a dit non, non, attends, moi, mon expert comptable, il va commencer à y aller en voyant tes factures. Donc, crée ta boîte. Et à l'époque, ça n'existait pas auto-entrepreneur. Donc, j'ai vraiment créé une SARL que j'ai toujours aujourd'hui, qui était une vraie boîte avec l'URSSAF, le RSI qui t'appelle. Très jeune, du coup. Ouais, donc j'avais 23 ans. Donc, tu te prends au jeu rapidement, tu vois. Quand tu vois ces papiers officiels arriver, tu te dis bon, attends, du coup, j'ai créé un site, j'ai créé une carte de visite. J'envoyais des spams à tout mon réseau en mode, si vous avez besoin d'une dégustation, appelez-moi. Et c'est comme ça que j'ai lancé mon activité.
- Speaker #1
En quoi consiste ton activité concrètement aujourd'hui, 20 ans après du coup ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui j'ai plusieurs piliers. Déjà mon métier c'est l'expertise du chocolat, la dégustation, comme un oenologue. Et donc du coup ça va être la connaissance de toute la filière. Donc comment le goût du cacao se crée sur la plantation de cacao. Parce que quand tu goûtes une cabosse, ça a juste un goût de végétal, de pissenlit et de fleur. ou de fruits. Donc, si tu veux, tu n'as pas le goût du cacao, il va arriver avec la fermentation, avec tout le traitement post-récolte. Donc c'est déjà l'étude de tout ça. Je voyage beaucoup dans les plantations de cacao pour comprendre justement cette botanique et tous les facteurs qui vont influencer le goût et les goûts du cacao, parce qu'il y a beaucoup d'arômes. Et ensuite de ça, ça va être comprendre aussi les leviers de la fabrication, parce que fabriquer du chocolat à partir des fèves va aussi façonner le goût du chocolat à la fin.
- Speaker #1
Oui, parce que tu as l'origine. Oui, évidemment,
- Speaker #0
parce qu'on me demande souvent, mais qu'est-ce qui caractérise le goût d'un chocolat ? Qu'est-ce qui va influencer le goût d'un chocolat ? Est-ce que c'est sa variété botanique ou le pays producteur ? Je n'aimais pas que ça, en fait. C'est tout, c'est le pays producteur, mais ça va être surtout le terroir, la plantation d'où il vient. Ça va être comment il a été fermenté, séché, comment il a été torréfié, comment il a été transformé. Donc en fait, chaque étape va influencer le goût. Tu peux confier les mêmes fèves à deux chocolatiers. Tu auras deux tablettes avec un goût sensiblement différent. Et ça, c'est incroyable. On ne s'en rend pas compte. On ne s'en rend pas compte, mais c'est pour te dire qu'en fait, chacun, finalement, c'est pour ça que moi, les chocolatiers, je les vois comme des créateurs. Chaque chocolatier est un façonneur et va donner une interprétation du chocolat.
- Speaker #1
Et justement, si tu me faisais déguster là un carré de chocolat, tu me demanderais d'observer quoi ?
- Speaker #0
Déjà, sa couleur. Moi je trouve que c'est intéressant d'étudier, dans tous les cas, d'apprécier sa tonalité marron. Parce qu'en fait, à l'origine, une feuille de cacao, elle est violette. Et en fait, ce violet, tu vois, va devenir marron, va brunir, et va devenir marron foncé après la torréfaction. Donc du coup, j'aime bien apprécier, tu vois, la couleur marron. Parce que du coup,
- Speaker #1
il y a des nuances de marron.
- Speaker #0
Ouais, bien sûr. Parfois t'as un marron très rouge. très jaunâtre, avec des reflets violets. Parfois, tu as un marron très puissant, très fort. Parfois, tu as un marron qui tire sur le noir. Donc moi, pour l'instant, en l'occurrence, si jamais le chocolat est presque noir, ça m'interroge sur la surtoréfaction. Je me dis, les fèves, elles ont été brûlées, ce n'est pas possible, parce qu'il n'y a pas de chocolat noir qui existe. D'ailleurs, c'est un petit peu fou d'appeler le chocolat noir qui ne doit pas être noir. Ça me dérange encore un peu aujourd'hui. Mais voilà, donc la couleur est hyper importante et surtout l'odeur. Tu vois, je trouve que le plaisir, le goût démarre par l'odeur. Et d'ailleurs, l'odeur est le goût. Parce que sans odorat, tu n'as pas de goût. Donc c'est assez intéressant de comprendre cette combinaison et à quel point c'est relié. Donc du coup, je passe beaucoup de temps, même si je le fais discrètement, à sentir les choses, à renifler, à prendre le temps même de humer une pièce, tu sais, quand t'arrives au restaurant, quand t'arrives chez quelqu'un,
- Speaker #1
quand tu te prends un peu le pont de l'endroit où tu arrives.
- Speaker #0
Je suis hyper sensible.
- Speaker #1
Oui, au sens de manière générale.
- Speaker #0
Au sens de manière générale. J'étais sensible quand j'étais petite. J'ai toujours une sensibilité pour ça. C'est pour ça que je savais que j'allais travailler dans le sensoriel. Mais c'est vrai que je me suis rendue compte, j'ai tellement progressé, que je me rends compte à quel point c'est comme des muscles. Tu penses que ça s'apprend ? Complètement. Moi je vois mon évolution. Aujourd'hui, je peux me considérer comme une sportive de haut niveau, au niveau des sens. Et je sais que tout le monde peut y arriver avec de l'exercice. Et d'ailleurs, c'est ce que je fais à travers mes ateliers. Avec mes ateliers, je donne tous les outils et les bases pour que les personnes puissent s'entraîner et devenir meilleures. Et tu deviens meilleure tout de suite après un atelier que j'anime. Et après, tu as toute une vie pour te créer une expertise. Donc oui, ça, j'y crois et j'encourage. Je donne les clés, des outils, des méthodes, un accompagnement. Du vocabulaire. Du vocabulaire. Ça, c'est hyper important, le vocabulaire. C'est vrai que je me rends compte... Tu vois, dans les ateliers de dégustation, parfois les personnes me disent « Ah là là, ça va être compliqué, je vais pas pouvoir sentir » . Je dis alors, détrompez-vous, vous allez forcément sentir, ça c'est pas mon inquiétude. En revanche, ce qui va être difficile pour vous, c'est de mettre des mots. Et en effet, tu vois, les personnes, tu vois, « Hum, attends, je sens, ah là là, je sens plein de trucs » . Oui, mais je sais pas comment le dire. À mettre soit un adjectif, ou le bon adjectif, même s'il n'y a pas de bon adjectif, tu vois, je pense qu'il faut se lancer, parce qu'en fait, la signification... La signification, elle peut être exprimée par plusieurs mots. Donc c'est ça qui est intéressant, c'est que tu vois dans les ateliers, moi je fais toujours des tours de table parce que j'adore écouter chacun. Et chacun a des mots et en fait, il y a toujours un consensus. Chacun a son vocabulaire, tu vois, à son intensité, à son champ lexical. Mais au final, c'est pour toujours dire la même chose.
- Speaker #1
Oui, c'est juste différemment, mais ça se rejoint. Comment on reconnaît un très bon chocolat, du coup ? Quels sont les critères ? pour se dire, ah oui, là vraiment, on a un chocolat de haute qualité ?
- Speaker #0
Alors moi, tu vois, pour reconnaître un bon chocolat, j'enlève d'abord les défauts. C'est-à-dire qu'en fait, dès qu'on me présente un chocolat, Le premier réflexe, c'est d'analyser les défauts. Et les défauts, c'est que ça sent très fort la vanille, ça sent très fort le brûlé ou la poudre de cacao. Si jamais ça sent rien, ce n'est pas un défaut, ça peut être au contraire quelque chose de très promettant. Donc c'est vraiment la vanille, les odeurs de brûlés, les odeurs de carton, de poussière, tous les éléments extérieurs qui auraient pu influencer le chocolat. Exactement, toutes les contaminations.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc déjà, à l'odeur, je vois s'il y a des contaminations ou des odeurs qui ne sont pas bon signe. Et ensuite de ça, quand je croque, je fais attention à la granulométrie. Il faut pour moi que ce soit vraiment lisse et fondant. Et au goût, il faut au moins que j'ai un goût chocolat. Et en fait, ça paraît bête, mais je te promets qu'il y a énormément de produits, notamment évidemment en grande surface, qui n'ont pas le goût de chocolat. Tu fermes les yeux, tu croques, il n'a pas de goût de cacao. Alors pour avoir le goût du cacao, il faut déjà s'éduquer. C'est quoi le goût du cacao ? Il faut manger du 100%, une fève ou du chocolat noir de grande qualité pour comprendre à qui est l'épice cacao. Et d'ailleurs, l'épice cacao n'est pas forcément amère, ou en tout cas astringente ou râpeuse. L'épice cacao, elle est puissante. Il y a un vrai goût, comme si tu goûtais un poivre. Tu vois, c'est fort, c'est puissant. Peut-être que ça peut paraître amer, mais c'est pas mauvais, c'est très parfumé. Et en fait, ce parfum... Il faut un peu le mémoriser, il faut le retrouver comme ça dans le chocolat. Et il y a beaucoup de produits où je ne retrouve pas cette note cacao. Donc déjà pour moi, c'est de côté. Et ensuite de ça, à côté de la note cacao, tu as la complexité aromatique. C'est comme un grand vin. Et donc du coup, si un cacao a des notes fruitées, végétales, épicées, de cannelle, de boisée, de fleurs, d'épices douces, qu'est-ce qu'on peut trouver encore ? Une fois, j'ai goûté un chocolat récemment qui avait des notes de brioche, de mie de pain, un peu comme un morceau. C'est drôle, il y a plein de choses. Ça dépend, il y a plein de facteurs, du terroir, de tout. Là, quand il y a une complexité aromatique, je commence à m'éclater. Mais déjà, ce que je lui demande, c'est de sentir le cacao.
- Speaker #1
Oui, qui est vraiment la base.
- Speaker #0
Voilà. Là, je me dis que je suis déjà dans un bon chocolat. Ici, il est complexe. Je me dis que je suis dans quelque chose de très joli.
- Speaker #1
Du coup, il faut savoir l'identifier.
- Speaker #0
Il faut savoir l'identifier, donc c'est sûr qu'il faut un peu se former. C'est comme le vin. C'est comme tout, l'huile d'olive, l'été, le vin. Dès lors que tu es gourmet, tu peux te former même sur les marchés. Quand tu parles avec des producteurs, ils te font déguster deux huiles d'olive. Tu vois déjà, quand tu mets en perspective, ah oui, elles sont différentes, là, il y a plus d'ardence, là, il y a plus de fruité, là, c'est plutôt vert, là, c'est plutôt confit. Du coup, tu vois déjà les différences. Donc, on peut se former vraiment. En achetant, en goûtant, avec des amis, en rigolant, même avec mes enfants, parfois j'achète deux pâtes à tartiner. J'ai bon, on va les comparer, on va les décrire. Et juste décrire les nuances, sans dire laquelle je préfère, c'est pas ça qui m'intéresse, c'est en quoi elles sont différentes.
- Speaker #1
Et quelles émotions elles provoquent aussi ?
- Speaker #0
Bien sûr, les émotions, mais souvent les émotions c'est lié au plaisir. Donc du coup, tu vois, je préfère qu'on reste sur la description. Des différences, après j'ai bon, les filles vous préférez laquelle ? Et après elle se rue dans le pot. Oui,
- Speaker #1
c'est ce que j'allais dire.
- Speaker #0
Difficile de résister. Mais on peut faire ça avec plein de choses, tu vois, des confitures, des madeleines, des gâteaux, oui, des huiles d'olive, des thés, enfin, des vins. Moi j'adore au resto, je demande à chaque fois à goûter deux vins. Et puis après je choisis celui qui me fait plaisir à ce moment précis. Ou avec le plat que je vais déguster après.
- Speaker #1
Et tu penses que les clés que tu donnes justement dans tes ateliers, que tu transmets sur l'éveil des sens, Ça s'applique à tout et ça permet aux gens peut-être de changer d'approche derrière dans la vie, c'est-à-dire d'observer un peu plus autour d'eux, d'observer le monde ?
- Speaker #0
Complètement. Je pense que faire un atelier de chocologie t'ouvre à tous les sens et à toutes les dégustations, à tous les produits. C'est vraiment la prise de conscience justement de nos cinq sens, savoir les écouter, apprendre à les écouter, apprendre à en parler.
- Speaker #1
Ce qu'on fait mal.
- Speaker #0
Oui, ce qu'on ne fait pas dans la vie quotidienne en fait. Donc moi j'aime bien... apporter cette éducation, apporter cette conscience. Pour moi, c'est vraiment source de bien-être aussi. En tout cas, moi, ça me ressource énormément de stimuler mes sens. Donc tu vois, ce qui va me stimuler, c'est d'être dans un endroit, dans la nature où ça sent bon. Ça va être jouer de la musique. J'adore jouer au piano. Ça va être vraiment aller dans un bon restaurant. Tu vas être émerveillée par tout ce qui va arriver sur la table. Ça, ça me ressource. Tu vois, pour moi, ça me nourrit, ça m'apporte de l'énergie, je me sens bien après. Et je pense fondamentalement, enfin je crois fondamentalement au bien-être de la stimulation sensorielle qui aujourd'hui a été... un peu mis de côté parce qu'on est surstimulé, si tu veux, notre cerveau il est à fond, en fait il est trop à fond. Tu réfléchis, tu planifies, avec l'IA ça va hyper vite. Non, moi j'apporte une pause qui est un temps un peu plus long où tu ralentis, enfin tu ralentis, tu prends ton temps, tu ressens, tu mets des mots.
- Speaker #1
Tu te reconnectes à toi-même.
- Speaker #0
Ouais, exactement. Moi j'adore le fait de se reconnecter à soi-même, justement par cette écoute. Je le fais à travers la dégustation de chocolat, mais je pourrais, je te dis, faire à travers d'autres dégustations. D'ailleurs, j'adore déguster d'autres choses. Je suis jurie dans plein de produits différents qui n'est pas forcément du chocolat. Mais en tous les cas, c'est quelque chose que tu peux faire chez toi. C'est quelque chose de facile à mettre en place. C'est vrai que j'encourage vraiment les personnes à le faire parce que c'est important de remettre du sens dans sa vie.
- Speaker #1
Tu parlais du partage avec tes filles par rapport à ça, de leur apprendre déjà. à déguster, comparer, décrire. Qu'est-ce que tu dirais à des personnes qui ont des enfants et qui voudraient commencer un petit peu cette approche, ou en tout cas le transmettre à leurs enfants ?
- Speaker #0
C'est prendre le temps déjà de parler des aliments, des ingrédients, et de les goûter seuls. Moi j'ai tout le temps des cuillères sorties, dès que j'ai un nouveau produit, tiens on va goûter. Donc du coup on déguste. plein de choses à la cuillère. On met le doigt dans la farine, dans le citron.
- Speaker #1
Pour les textures.
- Speaker #0
C'est quoi l'acide ? L'amertume, la farine, c'est amer. Il n'y a pas de sucre. C'est une douce amertume, mais c'est amer.
- Speaker #1
Il faut savoir l'identifier et le reconnaître.
- Speaker #0
C'est intéressant. C'est poudreux. Il y a un petit peu maleté. C'est réel, selon les farines. J'ai une farine de noisette à la maison. J'aime bien. Tu vois, par exemple, comparer, comme ça, il voit le goût aussi. Parce que tu vois, c'est comme le citron. Le citron, tu as l'acidité et tu as le goût du citron. Tu peux avoir un goût citron sans acidité. Et puis, tu vas avoir de l'acidité sans le goût du citron. Donc, pour moi, c'est deux choses différentes que je dissocie, mais il faut apprendre à le dissocier.
- Speaker #1
Oui, d'ailleurs, dans chaque tarte au citron, ça n'a jamais tout à fait le même goût.
- Speaker #0
C'est vrai. Donc, voilà, je trouve que c'est génial. Et puis, voilà, c'est un jeu. En fait, il faut faire comme un jeu. C'est une indication qui rend service parce que, tu vois, moi je vois le sucré, on aime tous le sucré. Mais en fait, l'amertume, ça s'apprend, ça s'acquiert, l'appétence pour l'amertume. Donc il faut, tu vois, par exemple, moi mes enfants, c'est sûr qu'ils n'aiment pas tout. Et je dis, vous avez le droit de ne pas aimer, parce que moi je suis convaincue qu'il y a un âge pour aimer les choses. Et tu vois, moi les huîtres, j'ai aimé ça à 30 ans. Maintenant, j'en dévore. Avant, je n'en mangeais pas. Je sais qu'il y a des nouvelles choses qui sont arrivées dans mon alimentation. C'est bien, il faut aussi respecter ça. Mais en revanche, elles n'ont pas le droit de ne pas goûter. Je dis, ok, tu n'aimes pas cette purée verte, mais tu goûtes. Du coup, elles goûtent tout. Si jamais elles n'aiment pas, je ne les force pas. Je réintroduis ça régulièrement. Un jour, elles vont me réclamer, tu sais le truc de verre que tu m'as fait goûter, tu peux m'en faire. En fait, c'est hyper important de semer des graines. Et de présenter des choses. En fait, c'est vraiment l'éducation des papilles. Plus on les habitue... Moi, c'est sûr que je n'achète pas de chocolat au lait à la maison. Je ne dis pas que je n'achète pas de gâteau industriel. Parce que grâce au jardin d'enfants, elles connaissaient toutes les marques avant que je les achète. Donc bon, à la fin, j'ai cédé. Mais voilà, j'alterne. Je fais des desserts à la maison au week-end. En vacances, quand j'ai plus de temps de m'en occuper, je fais plus bar au chocolat dans une brioche. Et quand elles ont un pique-nique, je donne un Mikado. Mais tu vois, il faut alterner. Moi, je ne suis pas du tout à Yatola, mais en tous les cas, il faut prendre conscience que ce qu'on donne va quand même les formater. Donc il faut faire attention.
- Speaker #1
Et il me semble que tu travailles beaucoup avec des marques de parfums également. Quel est le lien entre le chocolat et le parfum ?
- Speaker #0
Déjà, le parfum, c'est un premier amour. J'étais une grande collectionneuse de parfums. J'ai lu énormément de choses sur le parfum. Et je pensais d'ailleurs travailler dans le parfum. C'est ce qui m'avait conduit à faire psychologue. des études de psycho. J'avais envie de travailler dans un métier qui créait des expériences pour stimuler ses sens infinis pour vendre un produit, mais surtout pour expérimenter le produit. Et le parfum, je trouve qu'il y avait tellement de choses à imaginer. Oui,
- Speaker #1
comprendre ce que ça provoque chez le consommateur.
- Speaker #0
En fait, décomposer un parfum, tu vas faire apprécier un parfum via l'expérience d'une décomposition où tu vas sentir... Un parfum, c'est un mélange, c'est une fragrance, donc c'est un cocktail.
- Speaker #1
Puis tu as les notes de cœur, les notes de... Exactement,
- Speaker #0
donc du coup, faire découvrir par exemple la note de cœur qui est peut-être sur le côté très subtil de la fleur de jasmin, on va dire. Le jasmin, tu peux le sentir, tu peux la toucher. C'est blanc, tu peux créer une pâtisserie ou un plat blanc qui évoque cette douceur, cette légèreté, une mousse, tu vois, un blanc, une crème anglaise, je ne sais pas. Et en fait, j'avais pour... En tout cas, d'ailleurs, c'est comme ça que je travaille aujourd'hui, c'est que j'adore faire découvrir des produits à travers des compositions et des expériences sensorielles. Et donc, du coup, je vais toujours créer des stimulations sensorielles et faire déguster, faire sentir, faire toucher les gens pour les emmener dans un univers. Du coup, c'est sûr que le parfum, aujourd'hui, je crée des chocolats pour Dior, pour Clarins, pour Guerlain. Du coup, je m'appuie sur leur parfum, la fragrance, je décompose et on crée des chocolats avec des notes de jasmin, de fleurs d'oranger, de rose.
- Speaker #1
Tu pars de leur univers pour créer des chocolats qui viennent rejoindre cet univers.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et des expériences sensorielles à côté, parce qu'en fait, une expérience sensorielle, elle démarre presque quand tu rentres dans la pièce. Qu'est-ce qui va se passer à ce moment-là ? Qu'est-ce qu'on va leur dire ? Tu vois, même le mot. Enfin, moi, j'adore les mots, le vocabulaire. Quelle est la poésie que tu vas mettre pour accompagner cette expérience ? Donc aujourd'hui, quand je crée des événements autour du chocolat avec mes clients, c'est vraiment ce à quoi je réfléchis. C'est comment le rendre unique, comment lui donner du sens par rapport à l'objectif de mon client, qui il rencontre, qui il accueille, quelles sont les émotions qu'on va créer. Et donc du coup, après, je réfléchis à quels sont les chocolats qu'on va mettre en place.
- Speaker #1
Donc au final, tu es quand même un petit peu aussi dans le marketing sensoriel. Oui,
- Speaker #0
complètement. Non mais attends, mon métier aujourd'hui de chocologue, tu vois, à travers les événements sur mesure que je crée pour les marques, les recettes que je crée pour les marques et aussi les coffrets, parce que je fais beaucoup de personnalisation de coffrets avec le logo, avec de la communication, une carte message, une carte de vœux. Bien sûr, je suis dans la sublimation du produit via la communication et l'expérience. Et je pars du principe que... Autant dépenser bien son argent, offrir des bons chocolats, que ça soit joli et que c'est du sens.
- Speaker #1
Et c'est assez intéressant parce que tu vois, au fur et à mesure des interviews, je me rends compte que quasiment toutes les personnes qui ont réalisé des projets ont eu des virages dans leur parcours qui n'étaient pas forcément au programme et qui me disent qu'à un moment donné dans leur vie, ces personnes ont compris pourquoi il y avait eu ces changements de voies, etc. parce que ça se rejoignait. Je ne sais pas si c'est le cas pour toi où au final tu voulais partir en marketing sensoriel, tu es arrivée un peu par hasard dans le chocolat, et aujourd'hui ton métier rassemble un peu tous les points.
- Speaker #0
C'est sûr, oui. Ce que je peux te dire, c'est que je n'avais pas imaginé une seule seconde faire ce métier. Pour moi, comme je te disais avant, le chocolat c'est de la gourmandise, et quand tu es enfant, tu n'imagines pas qu'il y a des gens qui travaillent derrière le chocolat. Je n'imaginais pas, mais c'est vrai. que cette thèse, que j'ai faite déjà pour un intérêt personnel, m'a fait découvrir et rencontrer des artisans chocolatiers. C'est vrai que j'ai eu la chance d'interviewer Pierre Hermé, Jean-Paul Évin, des grands chocolatiers, des grands dégustateurs, des experts en goût. Et en fait, ça a tout de suite fait écho, tu vois. Et quand j'ai vu cette tonologie du chocolat, pour moi, ça m'a tellement parlé que je me suis dit, bon, peu importe le métier que je vais faire plus tard, je veux... me créer une expertise en chocolat, donc du coup j'animais ces ateliers en me disant que ça allait être un métier, enfin une activité à côté, tu as d'un métier. Donc au départ ma boîte c'était vraiment plus une boîte plaisir. Et en fait Pierre Hermé m'a dit, mais Victoire tu parles du chocolat, j'adore d'ailleurs ta façon de parler simplement et tellement avec des mots justes, mais j'aimerais bien que tu apprennes à fabriquer le chocolat, comme ça tu auras vraiment toute la vision. Et donc du coup c'est lui qui m'a invitée à faire une formation de chocolaterie en 2008. Et donc là, je n'avais que des chocolatiers, j'avais deux mains gauches, c'était vraiment très très gênant pour moi.
- Speaker #1
C'était chez Ferrandi, c'est ça ? Chez Ferrandi,
- Speaker #0
exactement. Mais en fait, tu vois, ce stage m'a déclenché chez moi. Déjà, j'ai été encore plus admirative du travail des chocolatiers, qui est quand même un travail d'orfèvre et tellement précis. C'est vraiment minimétré, température, tout quoi. Tu travailles avec un thermomètre tout le temps. Et puis l'équilibre du goût, c'est le plus important. Parce que tu peux mettre ce que tu veux dans le chocolat, tout marche. Créer un équilibre de goûts où c'est bon, où tu sens encore le cacao, etc. Ça, c'est vraiment un travail d'artiste. Il faut être très très doué. Et pour moi, tu vois, les grands chocolatiers talentueux aujourd'hui, c'est des personnes qui t'offrent des chocolats équilibrés, qui ont le goût de chocolat, mais qui te font aussi découvrir d'autres ingrédients. Tu vois, une ganache au poivre, un praliné à la pistache. Enfin, t'as plein de créations. Il faut que t'aies la gourmandise du chocolat plus un bel équilibre. Même en termes de sucre. parce que tu vois le sucre tu l'ajoutes dans le chocolat donc c'est limite le travail le plus difficile c'est comment tu équilibres ce sucre et donc du coup j'ai fait ce stage qui m'a donné envie de créer mes propres recettes comme on fait un parfum finalement et donc du coup C'est ce stage finalement qui a déclenché chez moi l'envie de créer ma marque et de créer mes chocolats, de les composer comme un parfum. C'était marrant parce que déjà à ce moment-là, je me suis dit « Tiens, c'est fou parce que j'ai l'impression que je prends une voix qui me parle, qui est authentique, qui est originale, singulière, mais qui me parle profondément. » Donc c'est sûr que...
- Speaker #1
Tu t'es sentie à ta place. Oui,
- Speaker #0
je me suis sentie vraiment à ma place alors que au départ, je suis arrivée dans le milieu, je n'avais pas une formation de chocolatier. Peut-être qu'on m'a vue un peu comme une ovnie. Mais finalement, c'était tellement naturel chez moi que je pense que j'ai été adoptée assez rapidement par le milieu. Et puis, la passion transperçait mon discours. Donc en fait, comment tu ne peux pas accueillir quelqu'un de passionné ? Donc c'est vrai que, tu vois, quand je frappais aux portes... Parce que pour construire cette expertise, j'ai dû voyager et rencontrer les gens de la filière. Et en fait, j'ai beaucoup tapé aux portes et j'ai toujours été super bien accueillie. Et j'ai appris tout ça grâce aux personnes qui m'ont... accueillis, transmis, échangés, et je le continue encore aujourd'hui, et ça fait partie d'une passion, tu vois, de rencontrer ces personnes qui sont talentueuses, passionnées, qui vibrent pour leur métier, qui sont artisans, qui ont aussi, tu vois, le sens du travail et de l'effort. Ça m'a toujours encouragée à donner le meilleur de moi-même, à énormément bosser.
- Speaker #1
Oui, parce que tu ne veux pas décevoir aussi les personnes qui t'entourent.
- Speaker #0
Et en fait, tu te rends compte que n'importe quelle histoire, ça n'arrive pas par magie, tu vois, ça n'arrive que... à la force de ton travail, la persévérance, forger des convictions qui te permettent de donner une direction, des objectifs. C'est vrai que mon objectif à cette époque-là, quand j'ai démarré, c'était vraiment de me créer une expertise dans le chocolat. Je lisais, je voyageais, je rencontrais le maximum de personnes.
- Speaker #1
Parce que l'apprentissage, pour toi aussi, était hyper important. C'est-à-dire que tu as quand même fait psycho, ensuite tu as été HEC, et tu as été ensuite afférendie pour compléter, c'est ça ?
- Speaker #0
Et puis j'ai créé ma marque. Je me lançais dans quelque chose que je ne connaissais pas. Parce que quand tu es entrepreneur, tu ne connais pas par définition ton métier. Parce qu'on ne t'apprend pas à monter une boîte quand tu fais des études. Surtout aussi jeune. Mais la chance, c'est que j'ai monté ma boîte très jeune. Moi, j'étais dans une dynamique d'apprentissage. Quand tu sors de ces études, je passais mon permis moto à cette époque-là. Je ne faisais qu'apprendre et faire des choses nouvelles. Et me mettre dans l'aventure, voyager à l'autre bout du monde. Parce que tu vois, je suis une fanate voyage, donc pendant toutes mes études, je suis partie un mois sac à dos dans plein de pays différents. Je prenais un aller-retour et après je me laissais vivoter. J'avais le temps à l'époque. Et tu penses que ça,
- Speaker #1
c'est ce qui t'a amenée derrière peut-être encore plus vers l'entrepreneuriat, les voyages ?
- Speaker #0
Écoute, je pense que les voyages, ça m'a amenée plus vers moi-même. C'est-à-dire qu'en fait, je pense qu'il n'y a rien de mieux qu'être complètement délocalisée. dépaysée et seule pour faire connaissance avec soi-même. Découvrir ses ressources, faire face à ses peurs, faire face à son énergie, aussi découvrir des gens qui ont des paradigmes, des éducations, des cultures tellement différentes. Et ça, c'est génial parce que moi, ça m'a ouvert complètement les yeux. J'ai toujours beaucoup voyagé avec les parents, mais là, c'est vrai que faire des voyages... voyage comme ça un peu seule ou avec des amis déjà t'es très très disponible pour les autres et moi je suis vraiment une personne à l'écoute et dans l'observation d'ailleurs c'est pour ça que j'ai toujours adoré la psychologie c'est que moi j'ai adoré comprendre j'adore écouter, j'adore découvrir les gens franchement je pense que c'est ma plus grande passion dans la vie donc quand tu voyages c'est juste incroyable parce que Tu ne fais que des rencontres qui t'émerveillent, qui t'apprennent des choses. Et c'est un apprentissage précieux que tu n'as pas quand tu restes dans ton village, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Oui, comme tu le disais tout à l'heure, le fait de se reconnecter aussi à des temps plus lents, de prendre le temps, je pense que les voyages apportent ça aussi.
- Speaker #0
Complètement. Franchement, je vois la vie qu'on a aujourd'hui. Parfois je me dis que j'aimerais bien partir un mois. tranquillou avec mon sac à dos et passer une heure sur des marches d'une église à discuter avec un mec, à boire du thé.
- Speaker #1
Quand on lève la tête, parfois on se dit qu'on est un peu fou quand on regarde le rythme de vie qu'on a.
- Speaker #0
Ça va très vite. Même quand on profite de notre famille, de nos amis, c'est pour un déjeuner, tu prépares, tu t'affaires, tu cours, tu te lèves. C'est le temps où tu es assis et le temps est bon.
- Speaker #1
Et où tu prends vraiment conscience que tu es là et que tu en profites.
- Speaker #0
Donc, écoute, déjà, cette prise de conscience fait que quand le temps est bon dans un court week-end, je dis « Ah, profitons, profitons ! » et là, je savoure. Mais voilà, c'est vrai que... En tout cas, un conseil, c'est voyager, voyager. Et ce n'est pas forcément à l'autre bout du monde. C'est juste même en France. C'est étonnant de voir que tu vas dans une région, c'est différent, les gens ont des vies différentes, des parcours de vie incroyables. Tout est nourrissant. Pour moi, c'est la philosophie de Platon. C'est-à-dire qu'en fait, c'est comme si tu te faisais un colloque avec des gens très différents qui t'apprenaient la vie. C'est Gilles, c'est hyper précieux. Donc, il faut le faire.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un voyage ? particulièrement qui t'a marqué ?
- Speaker #0
Écoute, c'est difficile à dire parce que j'ai tout adoré. Il y a un voyage qui m'a sûrement marqué, c'est le Cambodge. Justement, je suis partie avec une de mes très très bonnes amies qui s'appelle Delphine, qui est psychologue, qui fait psychologue avec moi. On est partie pour travailler dans une association qui s'appelle Pour un sourire d'enfant. Et en fait, on est restés trois semaines à Phnom Penh où tous les matins, on partait à la décharge. Et la grande décharge de Phnom Penh, en fait, où tu as tout un village qui s'est créé. Et en fait, les enfants partent travailler sur la décharge et ramènent de l'aluminium et du plastique. Et en fait, nous, on leur donnait le petit déjeuner le matin. Et ensuite de ça, on partait à l'école qui a été créée par PSE. Donc le petit déjeuner était donné par PSE et après on allait à l'école qu'ils avaient créée. En fait les enfants scolarisés dans cette école n'étaient scolarisés que quand les parents acceptaient et souvent on devait leur donner du riz pour les convaincre en disant arrêtez d'envoyer votre enfant dans la décharge, envoyez-le à l'école, on va le former à des métiers de mécanicien, boulanger, etc. ou tourisme. Et en contrepartie on vous donne du riz. C'est comme ça qu'on finançait cette association. Et donc du coup, nous on était le matin sur la décharge, la journée à PSE pour donner des cours, des formations aux enfants. Et je crois que ça a été une expérience qui vraiment, justement tu vois, le poids et l'importance de l'éducation. Et puis en fait quand tu vois cette misère, je peux dire que tu rentres en France, tu te sens tellement, tellement gâtée. Oulala, je ne me suis jamais vraiment plainte dans ma vie, mais là franchement... Oui, ça remet les points sur les i, et quand j'entends des gens se plaindre en France, je me dis, mais s'il vous plaît, partez à l'autre bout du monde, et puis tu reviens, on en reparlera dans 15 jours. Et voir les conditions qu'on a, oui, bien sûr. Non, mais c'est un apprentissage qui me semble essentiel pour élever son âme aussi, tu vois, pour élever sa conscience, élever sa philosophie de vie. Je pense que c'est vraiment important. Et puis, pour être heureux, puisque finalement, tu vois ça, tu rentres, t'es forcément heureux.
- Speaker #1
Oui, parce que tu te satisfais de ce que tu as réellement déjà. Exactement,
- Speaker #0
tu apprends la simplicité et tu te dis, mais j'ai déjà trop là. Je suis déjà trop gâtée.
- Speaker #1
Et donc toi, c'est la passion qui t'a guidée depuis le départ. Et c'est marrant parce que le dernier épisode, un des derniers épisodes que j'ai sortis, c'était sur les rêves. On a parlé des rêves et de l'importance des rêves dans nos vies. Est-ce que tu penses que c'est important d'être connecté à ça ? Et surtout, qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un ? Qui aujourd'hui n'ose pas se lancer dans un projet, pour faire quelque chose de sa passion, ou qui n'ose pas s'écouter ?
- Speaker #0
Écoute, chacun a un cheminement tellement différent que c'est difficile de donner des conseils, mais ce qui est sûr c'est que, tu vois par exemple, je pense à une année, c'était je crois en 2018, c'est une année où j'étais un peu perdue, parce que voilà, ça faisait 10 ans que j'avais un peu... un peu... J'avais ma marque, je faisais mes animations et je ne savais pas quelle était la suite pour moi. Et en fait, j'ai fait un déjeuner avec un de mes mentors qui m'a posé la question en disant « Mais Victoire, c'est quoi tes rêves ? » Et moi, en fait, j'ai beaucoup de mal à me projeter. Tu vois, je suis quelqu'un qui vit beaucoup le moment présent, qui essaie déjà de bien faire aujourd'hui. Et oui, j'aime bien me connecter. Parce qu'en fait, je ne sais pas ce qui se passe demain. Demain, ça se trouve, je ne suis plus là. Donc, j'ai envie de profiter d'aujourd'hui. Je ne suis plus dans une philosophie comme ça. de l'instant présent et de la gratitude à ce moment-là. Mais bon, quand tu as un business, une boîte, il faut quand même savoir un peu se projeter, donner une vision, parce que tu es obligé de diriger tes actions. Tu ne peux pas faire tout comme ça, la fleur au fusil. Et donc du coup, j'ai fait cet exercice-là de poser mes rêves. Et je me suis dit, oui, c'est vrai, après tout, qu'est-ce que je peux rêver dans cette vie ? Qu'est-ce que je peux rêver de plus ? Et en fait, j'ai commencé à me surprendre à écrire des choses de... Comme écrire un livre, passer à la télé, faire des émissions. J'ai écrit pas mal de choses, avoir une super équipe. J'avais déjà, tu vois, mais je sentais vraiment l'envie d'être portée. Et en fait, il y a un livre aussi qu'il m'a fait lire, ce mentor, qui est un livre qui s'appelle... La Fabrique des Miracles,
- Speaker #1
tu le connais ?
- Speaker #0
De James Oti. Et en fait, c'est un livre qui évoque plein de thématiques, qui est une biographie sur un chirurgien et tout son parcours. Tellement intéressante. Et en fait, il parle de la relaxation, de la méditation, de la visualisation. Et finalement, rien n'est impossible, mais il faut mettre en place des mécanismes. Du coup, tu te dis, c'est bien de rêver, c'est bien de parler de chance, mais en fait, non, rien n'arrive sans rien. Donc en fait, ce livre m'a permis de ne plus attendre que les choses se fassent par le hasard, c'est de provoquer la chance, de sauter dans les bons trains, d'écrire des choses, d'envoyer de l'énergie, de mettre en place justement ces rêves. En fait, les rêves se travaillent quand même un petit peu. Et donc du coup... Tu vois, et cette année-là, c'est amusant parce qu'une maison d'édition, Mango, m'a appelée en disant « On cherche à écrire un livre sur le chocolat, on aimerait beaucoup travailler avec vous. » Et tu vois, j'ai fait trois livres avec eux depuis. TF1 m'a appelée pour faire un grand reportage avec moi, donc ils m'ont suivie pendant trois mois sur tout mon métier de création de chocolat, de recettes, de collections. Donc ça, j'étais trop contente. Et voilà, j'ai recruté aussi cette année-là des personnes qui sont restées avec moi pendant plusieurs années. Enfin, tu vois, c'est... Et en fait...
- Speaker #1
Le fait de poser tes rêves sur papier, quelque part, t'as un peu permis de t'ouvrir aussi et donc certainement d'envoyer la bonne énergie. Déjà,
- Speaker #0
de penser à des nouvelles idées, tu vois. Et puis ensuite de ça, je sais pas, les rêves, c'est aussi des choses que t'as envie d'accomplir. Et c'est des choses aussi qui peuvent t'aligner, tu vois, avec ton projet de vie ou ta mission de vie. Et moi, je sens que plus je réalisais mes rêves, plus je m'alignais dans cette mission de chocologue, de transmission, de démocratisation. Et là, pendant le Covid, c'était un moment difficile pour moi. Je venais d'accoucher, je ne dormais pas beaucoup, on était enfermés. Ce n'était vraiment pas un moment facile. Et en fait, je me suis quand même rendue compte que je faisais énormément d'ateliers à distance. Et là, tout de suite, j'ai réfléchi aux opportunités. Je me suis dit que c'est fou grâce au digital. Alors que je n'y croyais pas, déguster du chocolat à distance, ça me paraissait fou. En fait, grâce au digital, j'animais plein de webinars à distance où j'envoyais les box partout dans le monde. L'entreprise donnait rendez-vous à son équipe à 18h le mercredi 3 décembre. Et hop, toutes les box étaient envoyées 15 jours avant. Et on se connectait, on dégustait ensemble le chocolat. Et donc du coup, devant un écran, j'ai dû développer aussi des... talent d'animatrice, parce que tu peux pas rester stoïque avec ton micro, sinon tout le monde s'endort et ferme l'écran. Donc là, ça a été réinventé, mon métier aussi d'animatrice. Mais surtout de me dire, c'est fou, grâce au digital, la chocologie n'a plus de frontières. Parce que j'ai fait des événements, la moitié c'était en anglais, j'ai touché presque tous les pays, pas du monde, mais en tous les cas de l'Europe et tout. Et donc du coup, ça m'a donné l'idée de dire, ok, il faut que je digitalise la chocologie, comment le faire ? Et avec toutes ces formations en ligne qui sortaient, qui poussaient comme des petits pains après le Covid, je me suis dit, mais attends, il faut que je crée mes formations en ligne. Donc déjà, j'ai commencé à animer mes ateliers de dégustation à distance en mettant un lien web. Mais ça m'a pris quand même deux ans de créer cette école. Je me suis dit, il faut que je crée mon école digitale. Donc là, je suis partie au Pérou, dans les chocolateries pour tout filmer, tu vois. Toute la partie récolte, toute la partie fabrication, pour que la personne voit la matière se transformer et qu'on explique comment le goût naît. Et comment, après toute la partie dégustation, comment tu stimules tes sens, c'est quoi une amertume, une acidité, te paramétrer pour comprendre c'est quoi ton palais, t'es sensible à quoi, donc il y a plein de petits exercices. Et après, vraiment, travailler la gestuelle, la respiration, comment tu dégustes, vraiment toute la méthode, et le vocabulaire. Et donc du coup, ça te donne un certificat, si jamais on prend le grand certificat, c'est 10 heures de formation en ligne. Ensuite de ça, quand la théorie est validée, il y a une masterclass de 2 heures que j'anime. Donc soit tu viens à la boutique dans le 17ème, soit c'est à distance et j'envoie la box. Donc aujourd'hui, moi, j'ai certifié des gens qui sont au Brésil, en Finlande. Ah oui,
- Speaker #1
c'est génial.
- Speaker #0
En Afrique, enfin un peu partout en Europe, évidemment. Et donc du coup, voilà. Donc tu vois, ça, c'était un rêve pour moi de me dire, tiens, voilà, la chocolatologie n'a plus de frontières, comment je fais ? Et cette école est vraiment, évidemment, mon projet de vie. Je l'ai appelée l'école de chocolatologie et du goût, parce que pour moi, enfin, je suis une obsédée du goût. Et pour moi, ce n'est pas que le chocolat. Et donc du coup, d'autres formations vont arriver, justement sur l'huile d'olive que j'adore, sur les noisettes, les amandes, les fruits, confits, etc.
- Speaker #1
Et donc tu as réussi à allier ta volonté de transmission, d'apprentissage à la fois, autour du goût.
- Speaker #0
Exactement. Tout se rassemble. Exactement, parce que je pense que ma mission de chocolat, c'est vraiment la pédagogie et la transmission. Et aujourd'hui, je suis en plein dedans. J'adore la création, tu vois. J'ai fait des projets complètement fous avec le chocolat, avec les marques, et je vais continuer. Mais c'est vrai que je pense que je suis vraiment à ma place dans la pédagogie, dans la transmission, dans cette école que je vais développer ces prochaines années. Là, je vais lancer aussi un podcast sur le goût. Donc, ça m'excite. parce que je trouve que le sujet est tellement incroyable, tellement passionnant.
- Speaker #1
Et c'est encore de la transmission.
- Speaker #0
Oui, et du partage. Tu vois, j'adore aussi partager...
- Speaker #1
Et du lien.
- Speaker #0
Et du lien.
- Speaker #1
Et donc, tu as eu un parcours entrepreneurial assez riche.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on n'a pas parlé trop de mes échecs et de mes rebondissements, mais il y en a eu. Ça n'a pas été une ligne droite parfaite.
- Speaker #1
C'est ça, c'est que je pense que comme toute entrepreneur, tu as forcément connu des... Ah non,
- Speaker #0
mais attends, j'ai connu énormément de doutes et j'ai envie de te dire que chaque année, je me disais, bon, allez, j'arrête. Ah oui. je vais envoyer mon CV à Marc Coligny je vais être directrice communication chez lui non mais c'est tellement dur d'être entrepreneur, d'être parfois seule,
- Speaker #1
parfois épuisée ce qu'on voit de plus en plus tu vois même sur LinkedIn des discours l'entrepreneuriat est un peu pas banalisé mais je pense qu'il y a de plus en plus d'entrepreneurs il y a beaucoup de discours qui te montrent la réussite, ça a l'air super facile des gens qui, bon bah voilà, ils ont tenté ça marche et Dieu. Il n'y a pas de difficulté et je trouve que quand on se lance, du coup c'est terrifiant parce qu'on se dit mais alors c'est moi qui ai un problème parce que je doute, j'ai peur, il y a des moments qui sont difficiles.
- Speaker #0
Je pense qu'un post-link-in n'est pas du tout le reflet de la réalité. Enfin moi qui vois beaucoup d'entrepreneurs, au contraire, quand on se voit, on s'échange plutôt les difficultés, tu vois. Tout ce qu'il faut gérer, ce fameux équilibre, et puis se réinventer. En fait, un business model n'est jamais stable. Déjà, quand tu lances une boîte, tu fais un business model, la réalité ne correspond pas à ce que tu avais prévu. Et ensuite, ça évolue, parce que le monde évolue, parce que regarde, là j'ai monté ma boîte il y a 20 ans, en 20 ans, mais tout a changé. Le nombre de chocolatiers, la façon de consommer. Même toi, tu t'es changée. Ouais, même moi j'ai changé, j'ai développé des talents, j'ai moins de temps, j'ai des contraintes en plus, parce que j'ai une famille, donc tout change, et cet équilibre, il faut le réinventer un peu chaque jour. Et en tout cas, chaque année, moi, je me repose les questions, je repose les bases, je repose les objectifs, et je décide d'y aller ou pas. Bon, là, pendant ce temps, je continue d'y aller. Mais, ouais, c'est...
- Speaker #1
Tu vois, je suis en train de lire un livre en ce moment qui s'appelle « Les vertus de l'échec » de Charles Pépin, qui parle justement de ce qu'on ne voit pas toujours, de personnes qui ont réussi dans plein de domaines, mais qui, en réalité, ont déjà rebondi, et les échecs leur ont certainement permis. d'apprendre et d'aller encore plus vite. Qu'est-ce que tu as appris, toi, des difficultés que tu as pu avoir au cours de ton parcours ?
- Speaker #0
C'est une bonne question. Je pense que les difficultés, déjà, te mettent dans une position de faiblesse. t'as la tête embrouillée, t'es triste, tu peux craquer, t'es très vulnérable et t'es perdue, surtout que tu n'as plus de vision. Donc c'est des moments où vraiment, quand on dit qu'on est au fond du trou, c'est ce côté, je pense, déjà noir, tu sais. Tu ne vois plus, tu ne vois plus cette lumière au fond du tunnel, pas encore en tous les cas, et tu es vulnérable parce que tu te sens mauvaise ou pas assez bonne, ou peut-être pas à ta place. Donc en fait, cette remise en question, je pense qu'elle est vraiment nécessaire parce que qu'est-ce que tu vas faire naturellement, c'est d'aller retrouver tes forces et tes talents et identifier ce qui va te permettre de rebondir et te donner un élan. Donc en fait, pour moi, c'est assez nécessaire pour te découvrir encore plus et pour déjà en plus peut-être savoir ce que tu veux plus pour toi. Donc pour moi, c'est vraiment nécessaire pour aller à la découverte de soi-même, réorienter son business. En fait, il ne faut jamais être... obstinée dans la difficulté. Il faut toujours se dire, ok, c'est difficile pour moi, soit il faut que je sois aidée, soit il faut que je change de direction. En tous les cas, je ne peux pas continuer comme ça.
- Speaker #1
Il faut accepter soit d'aller demander de l'aide extérieure, soit...
- Speaker #0
Voilà, soit remettre les choses à plat et c'est pas grave. Et je trouve que, en tout cas, moi, ce qui m'a aidée, c'est de développer une agilité. Une agilité et une humilité aussi. Parce qu'en fait... Moi, j'ai toujours su que je ne pouvais pas tout faire parce que j'ai toujours été très entourée quand j'ai monté ma boîte et j'ai toujours su identifier. Ça, c'est un des conseils aussi qu'on m'avait donné. C'était un boss, il arrive en haut parce qu'il est entouré, pas parce qu'il est seul en haut. Donc en fait, on m'a toujours dit, tu montes ta boîte, entoure-toi. Ça peut être des prestats, ça peut être des salariés. Tu peux être des mentors, des gens avec qui tu te dignes, tu discutes, vraiment entoure-toi de gens qui t'élèvent, qui te font réfléchir, qui te remettent en question et qui font le jeu de miroir parce que ça sert à rien d'avoir des personnes qui te font que des compliments autour. On en a besoin, moi j'adore, j'ai besoin de recevoir des compliments, ça c'est sûr que si j'avais pas de compliments, je pense que je m'écroulerais parce qu'en fait c'est trop trop dur. Donc les compliments, les encouragements, les messages, la reconnaissance que tu reçois, C'est vraiment le charbon qui va alimenter ton énergie. Parce que sinon, au quotidien, les devis qui ne sont pas signés, les portes fermées, les projets qui ne se font pas, la guerre, les budgets coupés, des problèmes de livraison... Ton quotidien, c'est quand même... La vraie vie, c'est d'être chef d'orchestre pour que tout fonctionne. Donc forcément, tu es obligé d'outiller, de réparer et de faire en sorte que tout roule. Mais moi, c'est vrai que j'ai de la chance, je pense, c'est que je suis une personne très optimiste. Et il y a un problème plus ou moins grave qui arrive, je ne passe vraiment pas de temps à pleurer ou à me lamenter. Tout de suite, je dis « Ok, c'est la merde, comment on va faire ? » Et je suis tout de suite dans la solution. Tu cherches la porte de sortie. Je cherche et je mets mon énergie sur cette solution, en fait. Après, voilà, si jamais... Là, je parle du boulot. Après, dans la vie, il y a des événements qui vont être par terre. Et ça, je pense que c'est important de prendre le temps d'être dans la tristesse, le deuil, etc. De ne pas être dans le déni, parce que sinon, ça revient comme un boomerang. Bien sûr. De vraiment vivre ce moment présent qui peut être très douloureux, mais après, se reconstruire avec. Et c'est important de se reconstruire avec les choses.
- Speaker #1
Et comment tu fais pour, si tu arrives, garder un équilibre entre... Le fait d'être chef d'entreprise, maman, musicienne, toutes tes activités à côté...
- Speaker #0
C'est vraiment, je dirais, une gestion des priorités. Et d'ailleurs, chaque année, chaque mois, chaque semaine, m'invite à dire OK.
- Speaker #1
Tu réajustes.
- Speaker #0
Oui, je réajuste. Je réajuste, en fait. Je suis tout le temps dans un perpétuel réajustement. D'ailleurs, je passe beaucoup de temps. Souvent, dimanche soir, je me prends une heure à deux heures. sur l'agenda, comment j'organise mon temps.
- Speaker #1
Tu regardes tes semaines.
- Speaker #0
Oui. Il y a évidemment les objectifs sur l'année, les objectifs d'une période et tout, mais je pense que je suis beaucoup plus efficace sur ma gestion du temps au quotidien, la gestion des priorités. Moi, c'est sûr que j'ai désiré mes enfants. J'ai deux pépites. J'ai envie de les voir et m'en occuper. Dans dix ans, elles vont vouloir passer du temps avec leurs copines et voyager comme moi. Donc, de toutes les façons. Là, par exemple, mes dix prochaines années, je sais que mes filles sont vraiment une priorité. Ce qui n'était pas du tout le cas il y a 20 ans, quand elles n'existaient pas. Ma priorité, c'était ma boîte et je travaillais H24. Au moment de mon mariage, c'était mon mari, tout le sport qu'on pouvait faire ensemble et nos voyages.
- Speaker #1
Il y a des saisons de vie aussi.
- Speaker #0
Quand je vois, il y a des moments, c'est ça qui est génial. Je sais très bien que dans dix ans, ça sera mon boulot à fond. et que je vais m'éclater. Là, je dois encore bosser 30 ans. Donc, si tu veux, ma vie est longue encore.
- Speaker #1
Tu réajustes en fonction des moments, des saisons. Oui,
- Speaker #0
et puis de moi, tu sais, en fait, mon plus grand baromètre, c'est vraiment mon énergie, mon pouls, mon humeur. En fait, quand je suis fatiguée, je lave le pied. Enfin, tu vois, j'ai frôlé deux fois le burn-out. Je ne joue pas avec ça. On dit on ne joue pas avec le feu, et ben ouais, je pense que... Moi j'ai besoin d'être capable de me lever le matin, de m'occuper de ma famille, de mon boulot, mon équipe, mes clients, donc je peux pas me permettre d'avoir une baisse de tension, donc ça je fais très attention à mon sommeil, à mon énergie, à ma santé, ça c'est clair. Et puis après, je fais des choses qui me font du bien, donc ça peut être évidemment beaucoup jouer à la musique, au piano, me faire masser. J'ai mal au dos, donc j'aime bien être seule avec moi-même, me faire masser.
- Speaker #1
Tu t'accordes des moments où il y a...
- Speaker #0
Des déjeuners de temps en temps avec mes copines, on refait le monde. On est sur notre planète, il n'y a plus de problème. Et me trouver aussi d'être en amoureuse, parce que je trouve que c'est tellement rare. On change, il faut toujours se rééquilibrer. C'est compliqué, mais je pense que... C'est comme une marionnette, j'ai l'impression d'être une marionnette. Je dois jongler avec plein de choses. Mais ça m'amuse et j'ai envie de le faire.
- Speaker #1
Et si tu pouvais parler à la victoire d'il y a 20 ans, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Je lui dirais, t'as raison de sortir de la vie. des sentiers battus. Je crois que ça m'émeut ! Non, ça m'émeut parce que c'est vrai que... Non mais aujourd'hui, c'est vrai que je suis tellement heureuse avec ce que j'ai construit et je me sens tellement chanceuse d'être très alignée avec ce que je fais que c'est sûr que, tu vois, quand je repense à... Il y a 20 ans, j'étais vraiment la tête dans le guidon. Je ne savais pas trop où j'allais, mais je bossais à fond. Je me disais, bon... Je savais que j'étais en train de me créer cette expertise, mais je travaillais quand même beaucoup, beaucoup. Et en fait, je pense que... Oui, je suis contente d'avoir osé, je suis contente d'avoir été courageuse, de ne pas avoir suivi le chemin qui m'était tout tracé, à savoir école de commerce, marketing, dans une grosse boîte, etc. Ce que j'avais toujours imaginé, parce qu'en fait j'avais été un peu formatée.
- Speaker #1
Comme tout le monde quasiment. Voilà, pour faire ça.
- Speaker #0
Et donc ça m'a demandé beaucoup de courage de me marginaliser.
- Speaker #1
Faire un pas de côté.
- Speaker #0
Ouais. Parce que, tu vois, quand je montais ma boîte, tout le monde avait déjà ses super postes, était indépendant, gagnait sa vie et tout, donc moi j'avais été déjà hyper handicapée, enfin je me sentais très handicapée à ce moment-là.
- Speaker #1
Et puis t'avais beaucoup de charges, oui.
- Speaker #0
Voilà, quand t'es entrepreneur, moi j'ai passé 4 ans à bosser comme une tarée alors que mes potes sortaient, faisaient la fête, se mariaient, etc. Donc c'est vrai que ce décalage, si tu veux, m'a pesée, m'a beaucoup coûtée. Mais au final, aujourd'hui, tu vois, à 40 ans, je me sens tellement alignée et tellement dans ma mission de vie. En fait, j'ai de la chance, tu vois, d'être, de m'avoir, d'avoir trouvé peut-être mon chemin de vie. Alors que je vois qu'il y a beaucoup de personnes à 40 ans qui sont dans le doute et qui se cherchent. Donc peut-être que j'ai eu de la chance de passer par ça avant, tu vois. Mais en tous les cas, oui, j'ai envie de lui dire bravo. Continue.
- Speaker #1
Merci pour ce partage. Si tu le veux bien, je te propose qu'on termine rapidement par la question signature. Est-ce qu'il y a une personne qui t'a particulièrement inspirée dans ta vie et pourquoi ?
- Speaker #0
Plein de personnes m'ont inspirée dans ma vie. Comme je te dis, ça a été ma source d'inspiration. Toutes mes rencontres. Ce qui est sûr, c'est ma mère et mes parents. Ils sont tous les deux entrepreneurs. Maman, elle est experte en porcelaine. Quand j'ai vu mon appétence pour le chocolat et que j'ai fait cette thèse sur l'expertise et que je me suis dit ok je vais me créer cette expertise du chocolat, en fait je savais comment faire parce que j'avais un modèle déjà. Je ne me rends compte que maintenant, à l'époque, j'étais partie un peu bille en tête, mais je me rends compte à quel point elle m'a aidée dans le silence, tu vois.
- Speaker #1
Oui, juste dans le modèle qu'elle te donnait. Oui,
- Speaker #0
dans le modèle qu'elle me donnait et dans l'amour qu'elle me portait, donc ça c'est sûr. Et après il y a des... des personnes que j'ai rencontrées dans l'associative, dans le monde entrepreneurial, qui m'ont délivré des messages. En fait, c'est ce que j'aime bien. Alors ça, c'est un autre bouquin qui s'appelle « La prophétie des Andes » . Un autre James, je ne l'ai plus là, mais en tout cas,
- Speaker #1
je le mettrai en description.
- Speaker #0
Qui, justement, c'est toute une épopée sur la recherche d'un manuscrit avec les Mayas. Et en fait, la personne voyage. Et en fait, elle montre l'importance de l'énergie de la nature et des rencontres parce qu'en fait, chaque rencontre lui délivre un message. C'est un peu comme un jeu de pistes, tu vois. Et en fait, je trouve que la vie, c'est ça. C'est qu'en fait, dès que tu rencontres quelqu'un, cette personne a toujours un message pour toi.
- Speaker #1
Elle a encore la joie dans ta vie.
- Speaker #0
Ah, mais c'est incroyable. Tu vois, à chaque fois, je ne sais pas, ça peut être anodin. Tu vois, je vais dans un dîner, un cocktail, une réunion, je ne sais pas trop qui je vais voir. Et en fait, dans la discussion, tu vois, il y a un message qui me donne un petit éclairage sur un truc que je n'avais pas vu.
- Speaker #1
Ou qui va t'ouvrir une autre porte.
- Speaker #0
Qui va m'ouvrir une porte, une idée, un travail que je vais faire et qui va porter quelque chose de fort. Donc voilà, la puissance de la pensée des rencontres, ça j'y crois énormément.
- Speaker #1
Et s'il y avait un conseil qu'on t'a donné, qui t'a marqué, que t'aimerais transmettre à ton tour ?
- Speaker #0
Moi je pense que c'est bien de s'entourer dans la vie, je pense que c'est une clé. Mais c'est valable pas uniquement pour le boulot, tu vois. Pour monter sa boîte, c'est valable... Pour sa famille, ses amis, moi j'ai vraiment l'obstination de choisir les gens qui m'entourent dans ma vie. C'est-à-dire que je ne suis pas du tout une personne qui aime vivre en bande et qui vit dans un clan. J'aime bien choisir les pépites que je vois et qui je partage mon temps et qui me font grandir et qui m'inspirent.
- Speaker #1
Et si tu pouvais partager un chocolat, déguster un chocolat avec n'importe qui ? Une personne vivante ou non, ce serait avec... Qui ?
- Speaker #0
Moi, je ne sais pas. C'est une bonne question. Je pense que ce serait avec un chef salé. Parce que lors de mon dernier voyage en Équateur, c'était quoi, en 2017, je suis partie avec tout un groupe de chefs. Il y avait Guillaume Gomez et il y avait... David Tissot. David a gagné le Bocuse d'or à Lyon, qui est moffe, qui a un palais, une force de travail incroyable. On s'est fait une visite d'une plantation et à un moment donné, on ouvrait une cabosse fraîche. Et là, il me dit, c'est fou, ça sent l'ail. Et en fait, je n'avais jamais imaginé pouvoir sentir ça dans une cabosse, parce que pour moi, une cabosse, c'est soit floral, soit il y a des notes un peu d'agrumes ou de yuzu. Et quand il m'a dit ça, j'ai senti, j'ai dit, c'est vrai, t'as raison, ça sent l'ail frais. Et en fait, je me dis, mais c'est...
- Speaker #1
C'est son point de vue, du salé.
- Speaker #0
Du coup, j'aimerais bien déguster un chocolat avec quelqu'un qui m'apporte son univers gustatif, qui pourrait enrichir le mien. Et donc voilà, je pense un chef salé.
- Speaker #1
C'est intéressant. Et s'il y avait une chose à retenir de cet échange, tu aimerais que ça soit quoi ?
- Speaker #0
Qu'il faut un peu de douceur et de poésie dans la vie.
- Speaker #1
C'est beau.
- Speaker #0
Que le chocolat le permet.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
Écoute, de venir à un atelier, de venir s'éduquer au chocolat, de venir nourrir son amour pour ce chocolat, découvrir le bon chocolat. Moi, c'est vrai que dans ma boutique, je vends des pépites.
- Speaker #1
Boutique qui est dans le 17ème ?
- Speaker #0
Et puis oui, je fais des ateliers, mes formations en ligne. Franchement, les gens sont tellement contents de ces formations.
- Speaker #1
Qu'on retrouve sur... Oui,
- Speaker #0
c'est lachocoloc.com et après il y a un lien vers l'école, sinon c'est l'école de chocologie qu'on trouve très facilement sur internet, il y a une newsletter avec plein d'infos, avec des offres et tout donc je pense que tout amateur de chocolat devrait vraiment passer par l'école, en tout cas c'est ce que j'ai essayé de créer avec cette école, c'est vraiment une communauté et d'ailleurs j'ai des groupes WhatsApp avec mes apprenants, avec mes diplômés et donc du coup que j'anime, je fais des événements avec mes diplômés j'organise des visites de chocolaterie j'aimerais organiser un voyage en réplantation bientôt Oh ! super ça donc voilà donc en fait c'est vraiment tu vois avec cette école j'avais envie de créer une communauté d'amateurs et d'amateurs on n'est pas obligé d'être complètement dingue fou du chocolat mais il y a quand même des fous dingues du chocolat et il y a des professionnels il y a des gens qui sont en reconversion et voilà donc si quelqu'un aime le chocolat venez vous allez vraiment vous éclater et bien écoute on incite les gens à venir je mettrai tous les liens en tout cas en description merci merci beaucoup Victoire merci pour ce moment