- Speaker #0
Réemployer, repenser,
- Speaker #1
réinventer,
- Speaker #0
ralentir, rêver, réenchanter, régénérer, c'est notre vie !
- Speaker #1
Bienvenue dans Scénographie, le podcast qui explore la transformation écologique de la culture.
- Speaker #0
Suivez-nous dans les coulisses de l'éco-conception de spectacles et d'expositions, guidés par des professionnels engagés. Observez avec nos oreilles, écoutez des conversations libres et inspirantes pour envisager un futur résilient et joyeux. Le châssis là, tu mets plus à jardin s'il te plaît. C'est beau,
- Speaker #1
c'est beau.
- Speaker #0
Je m'appelle Annabelle Verne, je suis scénographe, je me trouve devant la maison de la culture de Bobigny en banlieue parisienne, au bout de la ligne 5 du métro. Alors je suis là parce que j'entends depuis longtemps parler des châssis réemployables des ateliers de construction de la maison de la culture de Bobigny, la MC93 et sans avoir vraiment pu voir de mes propres yeux quelle était leur particularité Aujourd'hui, j'ai rendez-vous avec Maurizio Moretti, le responsable en chef de l'atelier de construction. L'atelier se trouve à l'arrière du théâtre, mais dans les murs. Et je vais tenter de vous faire comprendre, sans l'image, comment les châssis réemployables de l'atelier ont été conçus. Et surtout, vous faire sentir l'état d'esprit dans lequel ils ont été réalisés. On est au rez-de-chaussée dans les ateliers de fabrication plutôt métal et bois aussi ?
- Speaker #1
Oui, en fait l'atelier au début il est né comme atelier pour restaurer les décors qui étaient accueillis. Du coup c'était juste des petits rapiçages et réparations. Depuis 8 ans on recommence à faire des décors pour la maison et pour l'extérieur. effectivement, c'est un atelier qui est sur le passage entre la... Le monde-charge qui dessert toutes les salles et les quais de déchargement, et il est sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, on a les choses lourdes, on a le travail du métal et la panne hauteuse, le stockage du bois. Et la mezzanine qui n'est pas desservie par le monde-charge, on a un petit atelier peinture. Et tout en haut, au deuxième étage, on a la petite menuiserie pour le travail du bois.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous raconter depuis combien de temps vous travaillez comme chef constructeur à la MC93 ?
- Speaker #1
Je suis ici depuis huit ans. Depuis août 2017, j'ai commencé petit à petit. J'ai fait dix ans dans une compagnie de théâtre de rue, les Grands Personnes. Et après, pour un projet, j'ai été amené travailler ici et je suis resté. J'ai découvert un peu les métiers sur l'État. Et puis, grâce à d'autres collègues et confrères, on s'entraide et puis on avance.
- Speaker #0
Parlons des châssis réemployables que vous avez mis en place sur le spectacle Baobo, mise en scène par Jeanne Candel et scénographié par Lisa Navarro, que vous avez développé ce projet. Le théâtre de l'Aquarium que co-dirige Jeanne Candel avec Marion Bois et Hélène Méric est un modèle assez unique puisqu'il a développé un stock de décors spécialement pour pouvoir faire du réemploi en circuit fermé au sein de ses productions. Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi finalement vous n'avez pas puisé directement dans les stocks du théâtre et vous avez plutôt pensé à un châssis dans sa globalité ?
- Speaker #1
La commande c'était de fabriquer un mur, il me semble, d'une dizaine de mètres d'améliore sur 4 ou 5, 4 de haut. Elle voulait récupérer des châssis qui étaient dans le répertoire de l'aquarium. Un châssis comme il est construit normalement, la feuille de décor, la partie rigide qui est pente et que le public voit, elle est collée et agrafée sur le châssis qui est le périmètre qui a la fonction technique de rigidifier l'objet et de le suspendre si besoin, et l'accroche de béquille. Or, quand on colle et qu'on agrafe, si on veut arracher la feuille pour la changer, Merci. C'est très difficile et si on veut effacer la peinture, soit on ponce le bois pour retrouver la surface d'origine, mais c'est un boulot titanesque et pas beau puisqu'on va creuser avec la ponceuse. Et quand on a une lumière rasante, on voit tous les creux et c'est vraiment pas beau. Or dans l'estocage à l'époque, dans l'estocage de l'aquarium, il n'y avait pas assez de châssis qui se ressemblaient pour construire un mur de cette taille-là. On a essayé dans tous les sens et il y en avait tout disparate, les constructions. Finalement, on a fait un effort d'un côté et de l'autre, on a pu construire en partant de zéro et c'est là qu'on a étudié ce système pour qu'après la compagnie puisse, c'est comme si elle avait investi sur ce premier décor, en se disant, tiens, quand ce décor ne jouera plus, on aura encore des châssis qu'on va pouvoir réutiliser presque directement en évitant la construction en amont. C'est comme ça qu'on a commencé. On est parti de cette contrainte pour se dire, tiens, on va devoir réutiliser des châssis, peut-être sur plusieurs spectacles. On va choisir un boulonnage entre châssis multiples, on s'est donné 25 cm déjà. Celui-là c'est un 2,75 m par 1,50 m, on en a fait de 2,50 m, 2,25 m, etc. Pareil dans la largeur, on a 1m50, 1m25, 1m et ainsi de suite. Chaque fois qu'on a une demande d'une compagnie, on a une mesure spécifique. Je peux utiliser deux châssis à la verticale et pour faire un mur plus haut, je peux en coucher un à l'horizontale aussi, si besoin. Ça veut dire que tous mes boulonnages sont déjà prévus au même espacement de tous les côtés. Maintenant, on les fait aussi sur les barres centrales. pour ajouter des accessoires. Au fur et à mesure, on a vu qu'on pouvait accrocher des béquilles standards. On a fabriqué aussi des charnières pour faire pivoter des murs entiers sans voir les couplets à la face. On a préparé des béquilles télescopiques pour quand on fait des pans de mur parallèles. On n'a pas besoin de béquilles qui posent à terre, mais on peut béquiller les châssis entre eux à l'air et changer la distance en jeu. Après, on s'est dit... Puisqu'on ne peut pas accrocher la feuille avec des vis par la face et les enduire, on crée un deuxième châssis, un sous-châssis, celui-là, qui lui est fixé sur la feuille en dur et il est accroché sur le châssis porteur par le côté. Les vis qui relient les deux objets sont toujours accessibles. Il y en a très peu, je crois qu'il y a 8 vis en tout. En 5 minutes, on peut désaccoupler le châssis recyclable et la feuille de décor. La feuille qu'on utilise dans le standard, dans le commerce, c'est du 3,10 m par 1,53 m. On est parti du plus grand panneau qu'on peut faire de cette feuille, 3 m par 1,50 m. Et on a dessiné tous les sous multiples de 25 cm. Celui-là, c'est un 2,75 m par 1,50 m. Là, on est en train de fabriquer de 2 m par 1 m et 3 m par 1 m pour notre compagnie. On a déjà prévu des perçages aussi. Quand on doit suspendre les châssis, là on a un décor pour la Comédie française qui doit être appuyé. Et c'était déjà prévu avec des trous, on passe les élans dedans et c'est déjà prévu. Là, typiquement, on a un contre-exemple. Ce sont des petits dans un spectacle de Bourg du Nord qui ne sont pas standards et que là, ils attendent on ne sait pas quoi, mais peut-être dans un moment, on va les couper et jeter. On en a récupéré quelques-unes, mais le fait que ce soit spécifique à un décor fait que c'est inutilisable. Et démonter ça pour les récupérer, ça coûte une fortune parce que finalement, à part l'écologie la première chose que les compagnies regardent c'est l'économie le budget
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a de la colle dans ce châssis ?
- Speaker #1
Il y a un peu de colle oui bien sûr et des agrafes Là c'est du lamellé collé Il y a beaucoup plus de colle ici que pour accrocher les mouchoirs.
- Speaker #0
Ah oui, parce que les tasseaux sont forcément...
- Speaker #1
Tout est en mêlée collée de 22 mm. C'est plus cher qu'un tasseau classique. C'est beaucoup plus solide, plus droit. Il est déjà raboté. Normalement, on n'a pas d'écharpe, on peut le toucher sans problème. Mais c'est plus cher. Voilà, c'est un compromis. un peu plus de matière, mais qui va durer beaucoup plus longtemps et partagée avec plus de compagnies, plus chère parce que c'est plus grand. Normalement, des châssis de théâtre simple, en section 48 par 22. Là, forcément, comme on a des soucis de place, de boulonnage, de surépaisseur parce qu'on a un deuxième châssis qui vient se plaquer sur le premier, on est passé à la section supérieure qui est 70 par 22. Alors forcément, ce châssis-là, il est plus lourd. Dans le châssis qu'on aurait fait traditionnellement. L'autre chose technique, c'est qu'on a fait des rainures sur les côtés pour bien avoir un affleurage facile entre panneaux. On a un côté mâle et un côté femelle. Quand on les met côte à côte, ils rentrent directement, ils s'auto-affleurent. C'est une technique classique, ancienne, qu'on fait.
- Speaker #0
C'est une technique que vous avez... déjà utilisée sur d'autres projets ? Ou alors vous avez été chercher ça dans des documents de technique ancienne ?
- Speaker #1
C'est une technique qu'à la Comédie Française, ils font depuis toujours. C'était une demande aussi des non-menuisiers, comme ils avaient fait beaucoup de châssis, de faire quelque chose de plus beau et plus satisfaisant. Et du coup, on utilise par exemple une construction mi-bois, qui est plus lente et plus chère qu'une construction rapide des châssis. on ne le voit pas, il y a un mi-bois, ça veut dire que ces deux traverses sont entières, elles se croisent et elles sont une fente jusqu'à la moitié, mi-bois, et elles s'encastrent et font un ensemble rigide. C'est plus long à faire. Normalement, on mettrait une demi-traverse, on visserait de deux côtés, et une autre traverse, qu'on aurait à couper qu'il y ait des rétangles et pas perdre du temps à faire un double mi-bois. Mais c'est une demande des menuisiers d'être satisfaits de leur travail. On oublie toujours de parler du... du plaisir et de la satisfaction du travail alors que c'est quand même plus d'un tiers de notre vie. Voilà, ils se présentent comme ça, avec tout le perçage déjà fait. Et là on va les habiller en volume. C'est inimaginable de standardiser le décor, ça serait même inintéressant. Mais les éléments sont toujours, la plupart des éléments sont toujours interchangeables. Tout cet élément-là, il peut se coupler avec n'importe quel châssis recyclable.
- Speaker #2
Comment ça,
- Speaker #1
on en manque ? On n'en a pas commandé assez. Elles arrivent, elles les ont envoyées ce matin. Parce qu'on a chargé de... Attention, avant de mettre les roulettes, il faut mettre le châssis. L'idée, c'était qu'on ait un répertoire, et chez nous, et chez les autres compagnies, de châssis standardisés, histoire que quand un décor ne tourne plus, la compagnie X... On peut s'appeler la compagnie A et demander 4 châssis de 3 mètres, paramètres 20, 5, s'ils veulent le vendre, prêter ou quoi. On ne demande pas des royalties ou quoi que ce soit. L'idée c'est vraiment que ça tourne. Nous on n'en tient pas non plus à faire des milliards de rétangles avec un million de trous. Ce n'est pas notre but. L'idée c'est de partager du matériel compliqué à stocker. Tous les dessins de ces châssis-là sont open source. On les a déjà partagés. Évidemment, à chaque fois qu'on les livre aux compagnies pour le décor, on partage ces dessins. Là, on a un petit fichier avec, je crois que maintenant, ça fait cinq ou six projets sur lesquels on a bossé avec les cinq propriétaires de ces châssis-là. Et on sait quelle structure a quel type de châssis. Comme ça, si besoin, on peut... on peut appeler et demander si il y en a qui sont libres et disponibles
- Speaker #0
Baobo 2023 que ça a servi d'abord à Baobo ?
- Speaker #1
Baobo la vie brève possède par exemple 8 châssis de 3m par 1m Chassis de 1m par 2m50, en tout ils en ont 12. La compagnie Second Nature, pour médecine générale, ils ont eu 6 châssis de 3m par 1m50, 8 châssis comme ça, 4 comme ça, etc. Et du coup on sait, à chaque fois qu'on en fait, quelle compagnie a quel type de châssis. Voilà, c'est plus cher à la construction qu'un châssis classique. Par contre, sur la deuxième rotation de décor, ça veut dire quand on va jeter ou stocker la feuille de décor et garder les châssis techniques, on a presque plus de travail de menuisier. Ça veut dire que toute la partie chère et longue, le perçage, la pose des platines, des mouchoirs, les lignes de fugation, tout ça est déjà fait. Il ne reste plus que la feuille ou la toile à acheter et faire les sous-châssis. Maintenant, nous, on s'est fait des gabarits de perçage. Il y a beaucoup plus de perçage qui est nécessaire. On a une vitesse qui est plus ou moins comme celle des châssis classiques. Grosso modo, ça peut être la première fois, c'était 20-30% plus cher, surtout parce que les platines métalliques qui remplacent les rondelles. On s'est aperçu que c'est un gain de temps au montage. L'effet d'avoir des trous standardisés, on peut accrocher les béquilles n'importe où. Si, pendant le montage, on décide de changer la béquille, on n'a pas à percer, les trous sont déjà là.
- Speaker #0
Sur vos béquilles, est-ce que vous avez gardé le même principe de platine métallique que vous ajoutez ?
- Speaker #1
Ce sont des béquilles métalliques qui sont multiples de 3 mètres, elles aussi, et qui ont des pattes qui viennent chercher ces platines-là à des endroits précis. On en met 3 sur les 3 mètres. Là on a une béquille de 5 mètres par exemple, on a la partie basse de 3 mètres qui est une béquille rétangles, ça veut dire que le comédien peut marcher à l'intérieur avec une vis basse, c'est pas une béquille triangle comme on l'utilisait avant. Là on a une barre carrée mais parfois on la remplace par un tube rond pour que l'éclairagiste puisse aussi accrocher de la lumière en coulisses directement sur la béquille sans devoir amener d'autres pièces métalliques. Mais mais ce sont des pièces qu'on modifie à la demande selon le décor qu'on a. Et là par exemple on a la partie haute de cette béquille de 5 mètres qui est standard. Là la béquille basse se termine toujours par un manchon et on a On a déjà des perçages prévus pour la béquille supérieure, celle-là, et pour les rédisseurs de l'autre côté. Rédisseur, qui est cette pièce-là, qui sert, ça c'est la vue d'en haut, qui sert à faire d'un seul morceau, d'un seul tenant, la rigidité entre les béquilles et les châssis. On a un serrurier permanent et ça nous permet de travailler du métal plus facilement. moins cher on va dire point voilà encore une fois on n'a rien inventé on a on a juste optimisé des pratiques qui se font depuis toujours si
- Speaker #0
vous aviez un outil magique pour transformer soit votre pratique soit le monde qu'est-ce que ce serait ?
- Speaker #1
je pense que l'aimant ça suffit On voit qu'on a deux super outils accrochés à la fin de nos bras. On utilise très peu en ce moment, que les pouces et les index, mais quand on les utilise en entier, c'est déjà des super outils avec lesquels on peut construire d'autres outils. Je pense qu'on est déjà bien équipés, on ne va pas chercher autre chose.
- Speaker #0
J'adore cette réponse. Merci beaucoup Maurizio pour toutes ces informations, ces échanges et on va s'empresser de diffuser les plans des chasses sur l'Ecotech. Merci beaucoup aussi à Pauline Hutin et à Jeanne Cripp pour la prise de son.