- Speaker #0
Arnaud, bonjour. Bonjour. Ravi de t'avoir aujourd'hui. On va pouvoir parler entrepreneuriat, régulation et vision de l'écosystème tech en France. Donc j'aimerais commencer en fait par la régulation qui est un vrai sujet pour les entrepreneurs. Tu dis parfois que la régulation doit se penser dès le départ et by design. Qu'est-ce que ça signifie concrètement ?
- Speaker #1
Alors ce que ça signifie déjà, c'est qu'on est baigné. par la réglementation, de plus en plus. On parle d'ailleurs souvent en Europe de mille feuilles réglementaires, parce qu'en réalité on a une accumulation de normes, de réglementations, de lois, de directives qui sont absolument stratosphériques, absolument considérables, et que lorsqu'on était une société peut-être dans les années 70 ou 80, on était bien sûr soumis à une certaine forme de réglementation, de régulation, mais en réalité à un niveau qui est infiniment... moins élevée qu'il ne l'est désormais, et qui a tellement de ses réglementations et elle peut avoir un tel impact derrière sur l'activité qu'il est préférable de les penser en amont, c'est-à-dire au moment effectivement où on va concevoir le projet que de les penser après. Pourquoi ? Je vais prendre un exemple concret. Prenons le RGPD par exemple, qui est sorti en 2018. Ça ce que je peux te dire c'est qu'il y a encore beaucoup de sociétés qui ne sont absolument pas conformes au RGPD. Et en fait le nombre d'acteurs, le nombre de nos clients par exemple qui en réalité n'ont pas pensé leur produit by design sur la protection des données personnelles, et qui se sont retrouvés deux, trois, quatre années après à devoir repenser leurs produits de A à Z, simplement parce qu'ils n'avaient pas anticipé ces sujets-là. Mais en réalité ce sont après des coûts qui sont extrêmement importants, de reprise, de retravaille sur l'existant, tandis qu'il est évidemment préférable de le faire au départ. Pour autant, se mettre en conformité parfois ça coûte cher. Et quand on lance un projet, au départ, c'est pas forcément... On pense d'abord à gagner de l'argent avant d'en dépenser, ce qui n'est pas illogique, ce qui est parfaitement cohérent. Et donc l'idée, c'est d'arriver à trouver un équilibre qui permette à la fois de ne pas faire quelque chose qui soit complètement à côté de la plaque en termes de réglementation et qui, en même temps, peut-être et c'est bien tout le souci, d'ailleurs, qu'on a en Europe n'aboutit pas à ce que les sociétés mettent beaucoup plus de leur budget à se mettre en conformité qu'à aller chercher des clients et à gagner de l'argent.
- Speaker #0
Oui, en effet. Donc c'est vrai que, comme tu le dis, on pense souvent à gagner de l'argent au départ avant de s'entourer, ce qui est peut-être sans doute une erreur. C'est quoi le principal oubli finalement des dirigeants, des fondateurs ? C'est quoi ? C'est le juridique ? C'est la fiscalité ? C'est la gouvernance ?
- Speaker #1
Alors déjà, moi, je ne dirais pas forcément que c'est une erreur. C'est simplement quand on est entrepreneur et quand on crée une activité... D'ailleurs, souvent, on fait cette comparaison avec les États-Unis qui sont... Alors ils ne sont pas si peu... soumis à la réglementation qu'on pourrait imaginer mais disons qu'ils ont une vision qui est extrêmement business ou quand tu crées ton activité tu vas penser KPI, tu vas penser client, tu vas être très centré sur l'efficacité et c'est vrai que nous on va dire qu'on a cette sur-réglementation qui rend les choses compliquées mais pour autant pour des questions de coût il y a beaucoup d'entrepreneurs qui se disent bah en fait moi j'ai envie d'abord de penser à gagner de l'argent avant de penser à me mettre en conformité. Et ce n'est pas un réflexe qui est forcément problématique en soi. Enfin, je peux le comprendre. Simplement, c'est vrai qu'à un moment, ça peut avoir des conséquences. C'est ce que je disais. Mais tant pour répondre à ta question sur la nécessité de se mettre en conformité réglementaire, il y a des choses qui sont un peu basiques. Mais ce n'est pas vraiment de la réglementation. C'est juste s'assurer qu'en droit des sociétés, on ne fasse pas n'importe quoi, éventuellement optimiser sa fiscalité. Mais en général, on le fait plutôt dans un second temps, à tort ou à raison d'ailleurs. Moi je pense plutôt à des activités qui sont soumises par principe à une réglementation spécifique. Je pense à la réglementation financière quand on est une fintech, je pense à la réglementation crypto désormais quand on est une société crypto par exemple, qui est un peu une excroissance de la finance traditionnelle appliquée aux actifs numériques, aux cryptoactifs. Et donc c'est vrai que des projets comme ceux-là par exemple ne peuvent plus maintenant faire l'économie de se soumettre à la réglementation en amont ou alors... d'être certain de créer un projet qui n'y est pas soumis. Et ça, c'est vrai qu'autant dans des verticales assez traditionnelles, la réglementation, ce n'est peut-être pas forcément le sujet qu'on a tendance à voir au départ, autant sur des niches comme ça spécifiques ou des spécificités, des verticales particulières comme par exemple la finance typiquement, comme par exemple l'assurance, comme par exemple la Medtech, etc., sont forcément de facto, ont l'obligation... si tu veux d'être conforme à la réglementation dès le départ parce que c'est trop sensible en fait, en réalité.
- Speaker #0
Oui en effet alors tu parlais des cryptos, il y a la réglementation de Mika, Markets et CryptoAssets qui est rentrée en vigueur donc on prend un chemin en Europe qui est assez différent de celui des Etats-Unis a priori c'est quoi ta vision en fait par rapport à mickey parce que on a on a tout dit en fait à son propos certains trouvent ça trouve que ces structurants et donc sont assez favorables de disent que ça va un peu tuer l'innovation est ce que la vérité pas un peu entre les deux évidemment que si comme toujours elle est dans la nuance c'est le maintenant c'est là c'est la nuance qui fait là qui fait la différence dans un dans
- Speaker #1
un monde dans lequel les opinions sont forcément extrêmement tranchées ses blancs ou noirs il n'y a pas d'eux ya pas d'entre-deux la vérité est Elle est évidemment entre deux. C'est-à-dire que d'un côté, ceux qui disent que ça, d'une certaine façon, professionnalise le marché, que ça lui donne une légitimité qu'il n'avait pas avant, etc., c'est une évidence. C'est une évidence parce qu'effectivement, la réglementation est beaucoup plus dure qu'elle ne l'était précédemment, qu'elle est désormais européenne, qu'elle offre une unification extrêmement intéressante. Parce que ça permet concrètement à un acteur français... qui obtient un agrément MICA de pouvoir opérer sur l'intégralité du territoire de l'Europe, enfin de l'Union européenne, sans avoir besoin d'être soumis à l'aval de chacune des autorités locales. Donc ça c'est un avantage considérable parce que le niveau d'exigence qui est celui de MICA est quand même relativement élevé, c'est un niveau d'exigence en réalité de ce qu'on connaît dans la finance et dans le monde bancaire. Donc on est quand même sur un niveau d'exigence élevé, sur des coûts aussi qui sont extrêmement élevés. Et donc finalement de ce point de vue-là, c'est positif. Le revers de la médaille, naturellement, il y en a forcément un. C'est que si on est sur ces coûts qui sont extrêmement importants, si on est sur ces exigences qui sont extrêmement importantes, de fait, ça veut dire que des acteurs qui n'ont pas les moyens, qui n'ont pas nécessairement l'ambition, qui n'ont pas la capacité de pouvoir gérer cette réglementation, sont tout simplement écartés du système avec les risques que ça peut comporter puisque soit ces acteurs... continuent à exercer leurs activités sans être régulées, ce qui est évidemment extrêmement problématique pour eux comme pour leurs clients. Soit ils décident d'aller dans des juridictions extra-européennes qui sont plus conciliantes, si tant est qu'elles le soient, parce que c'est de moins en moins le cas, mais avec le risque du coup à la fois pour ces sociétés, mais également pour leurs clients d'avoir une protection qui est moindre. Et puis il y en a qui décident de réaliser des activités qui sont pour le coup non régulées. soit parce que pour l'instant la réglementation ne les prend pas en compte, je pense par exemple à la finance décentralisée, soit simplement parce qu'ils opèrent de manière différente. C'est-à-dire que ce sont par exemple des sociétés tech qui n'ont pas vocation elles-mêmes à exercer des activités qui sont régulées, soit parce qu'elles s'adossent à des partenaires qui eux sont régulés, etc. Donc effectivement, moi je dirais les deux mon capitaine, c'est-à-dire trop exigeant certainement Manque de proportionnalité, je pense. Manque de capacité à pouvoir s'adresser à des acteurs qui sont différents avec une vision et une réglementation qui est différente. Mais pour autant, on peut pas d'une certaine façon jeter le bébé avec l'eau du bain. Et derrière, Mika a aussi un certain nombre d'avantages. J'ajouterais, puisque tu as commencé par une comparaison avec les États-Unis, que les textes qui ont été votés aux États-Unis sont d'un certain point de vue plus souples Je pense notamment au stablecoin, effectivement. Mais pour autant, il y a quand même des règles. C'est-à-dire qu'il ne faut pas... Un peu ce que je disais tout à l'heure sur le legal by design ou le réglementaire by design, etc., il ne faut pas se dire que les États-Unis, c'est le no man's land réglementaire. C'est faux. Simplement, ils sont plus pro-business. Ils essayent de faire en sorte, effectivement, peut-être d'être un petit peu moins agressifs sur la partie réglementaire. Pour autant, ils ont quand même une réglementation. Ce n'est pas open bar quand tu crées une boîte crypto aux États-Unis. Pas du tout.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on oppose souvent Mika avec le Genius Act américain, dont on a énormément parlé et à juste titre. Mais après, effectivement, il y a des règles. On ne peut pas ce qu'on veut, comme tu le soulignais. Est-ce que tout de même, on n'entre pas dans une institutionnalisation des cryptos, que ce soit aux États-Unis, en Europe, également les Émirats Arabes Unis ont leur propre législation, alors qui est peut-être plus permissive à certains niveaux ? Pas forcément. Pas forcément ? Mais on entre quand même dans quelque chose où ça fait un peu partie du paysage. Et tout le monde a conscience maintenant que les cryptos deviennent un instrument financier, deviennent parfois une fin en soi parce que la décentralisation, c'est aussi quelque chose qui fait sens aujourd'hui. C'est quoi ta vision pour l'avenir de l'écosystème ? Parce que ça faisait beaucoup de bruit à une époque, puis l'IA est arrivé. Aujourd'hui, on en parle un petit peu moins, mais il y a quand même beaucoup de gens qui travaillent et qui créent en fait dans ce milieu.
- Speaker #1
Alors ce que je pense, c'est qu'effectivement... la crypto devient et a vocation, un peu comme je le disais tout à l'heure, à être une excroissance de la finance traditionnelle. C'est-à-dire que la finance traditionnelle, ça fait des décennies qu'elle est régulée, qu'elle passe par des acteurs, soit des banques, soit des fintechs, soit des asset managers, etc. Et en réalité, la crypto devient une nouvelle classe d'actifs. Alors pas un instrument financier justement, autre chose, mais qui dans la manière avec laquelle on le régule s'apparente à des instruments financiers. Pourquoi ? De manière très simple, très schématique, mais très simple. Pourquoi est-ce qu'on régule la finance ? On régule la finance simplement parce qu'on veut faire en sorte que quand tu détiens l'argent des autres, quand tu conseilles les autres sur leur argent, quand tu vas effectuer des opérations pour les autres, tu vas trader, etc. En fait, tu as une responsabilité qui est importante puisqu'on parle d'argent et on parle d'argent de quelqu'un d'autre. On ne parle pas de ton argent. Toi, ton argent, t'en fais ce que tu veux techniquement. Tu as le droit de faire ce que tu n'as pas besoin d'être régulé pour trader et pour ton propre compte. Par contre, quand tu travailles pour les autres, c'est régulé. Eh bien, pour la crypto... C'est la même chose. C'est-à-dire que maintenant, en crypto, les gens peuvent gagner beaucoup d'argent, peuvent perdre beaucoup d'argent. Et donc, en réalité, on ne peut plus se permettre d'être dans une logique où toi, demain, si tu vas trader mes actions, tu dois être régulé, mais par contre, si tu trades mes bitcoins et mes ethers, tu ne l'es pas. Voilà, la logique est la même. Et donc, par un système de parallélisme des formes, on va appliquer à l'écosystème crypto, à l'univers crypto, les mêmes règles et les mêmes contraintes qu'on connaît dans la finance traditionnelle. Du coup, la conclusion, c'est quoi ? La conclusion, c'est que moi, je suis rentré dans cet écosystème il y a 10 ans. C'était il y a 10 ans. On a créé le cabinet il y a 10 ans et j'y suis rentré il y a 10 ans. Donc je le connais plutôt bien. Et j'y suis rentré parce que j'étais fasciné, notamment par les sujets en lien avec la tech. Parce qu'on parle de crypto, mais en réalité, derrière, il y a la blockchain, il y a l'infrastructure. Et moi, c'est ça qui m'intéresse beaucoup. Ce que je vois comme mouvement de fond et qui est en train de prendre beaucoup d'ampleur depuis, on va dire, deux ou trois ans, c'est qu'il y a une financiarisation. C'est-à-dire qu'en réalité, cet écosystème devient vraiment l'écosystème financier bancaire appliqué aux actifs numériques. Et tout ce qui va toucher à l'innovation, on va plutôt la voir dans la DeFi, dans la finance décentralisée, dans des gens qui vont être un peu en dehors de ce système-là, sauf que... Mika 2, ou en tout cas une nouvelle itération de Mika, un nouveau travail sur Mika, va arriver dans les prochaines années et qu'il est évident qu'il va englober la finance décentralisée. Donc de toute façon, c'est un mouvement qui a vocation à perturber dans le temps, qui est un peu inévitable, qu'on peut regretter, qu'on peut approuver. Bon, moi, j'y trouve des qualités aussi, mais évidemment, ce n'est pas mon mindset de base. Mais force est de constater que c'est vers là que nous nous dirigeons.
- Speaker #0
Oui, c'est une forme de reconnaissance par cet instinct de finalisation, mais qui vient avec le côté... peut-être un peu plus régulé, un peu moins... Comment dire ? Far West qu'il y avait au départ.
- Speaker #1
Alors Far West au départ, incontestablement. Enfin je veux dire quand c'est la crypto en 2015, c'était n'importe quoi. Pour être très clair, c'était vraiment n'importe quoi. Donc il y a encore une fois comme dans tout, il y a des points positifs et des points négatifs. Moi je dis juste que voilà, je trouve un peu dommage par rapport à l'esprit qui est celui de la blockchain. Quand on repense effectivement à pourquoi la blockchain... ce premier white paper et quel est l'état d'esprit, quelle est la philosophie derrière. Je rappelle qu'il y a quand même une philosophie qui est plutôt une philosophie anti-système, anti-intermédiaire, etc., de finalement se retrouver in fine, n'être qu'une excroissance du système traditionnel. Voilà. Après, j'ai jamais eu une position... J'ai jamais été connu pour être un anarchiste de première catégorie. Donc je ne suis pas en train de dire qu'il fallait nécessairement que la blockchain soit sur un monde parallèle qui n'est pas... Voilà. Mais peut-être... qu'un équilibre aurait pu être trouvé, et que là pour le coup on est passé d'un braquet à l'autre sans forcément beaucoup de nuances.
- Speaker #0
C'est vrai que les valeurs du white paper de Satoshi Nakamoto... Je pense qu'on est un peu loin de Nakamoto. On s'en éloigne un peu, il faut reconnaître. Si on reste sur l'innovation mais qu'on englobe au général et qu'on regarde un peu l'état de la French Tech aujourd'hui, donc en 2025, bientôt 2026, à une époque on voulait des licornes. Il y avait eu ce défi du président de la République d'avoir, je ne sais plus combien c'était à l'époque, une vingtaine de licornes et puis on les a eues. Donc des belles valorisations et des gens qui construisent des choses assez remarquables. Mais néanmoins, on a l'impression qu'on arrive peut-être à un plateau, qu'on a besoin d'une nouvelle impulsion. C'est quoi aujourd'hui l'état de la French Tech en termes d'innovation pure et puis de position de la France et de l'Europe dans le monde ?
- Speaker #1
Encore une fois, on a eu cette discussion il y a quelques instants sur d'autres sujets, mais tout est question de nuances. Quand on parle de la French Tech, on en a certains qui vilipendent en disant qu'elle ne sert à rien, que c'est un peu une escroquerie intellectuelle, etc., à mon avis, totalement exagérés. Et de l'autre côté, on a ceux qui disent en fait la French Tech c'est extraordinaire, c'est magique, c'est sublime, tout est parfait, circulez, il y a un avant. Je pense que, encore une fois, dans une logique de nuances, la vérité se situe probablement évidemment entre les deux. La question c'est où tu mets le curseur. Moi ce que je vois c'est qu'effectivement il y a quand même des très belles réussites en France et je pense qu'on a un terreau. extrêmement favorables de gens ultra brillants et qu'on a, à mon sens, tout intérêt à essayer de les garder. Et c'est bien là le sujet numéro 2 de mon propos, c'est que je pense qu'on n'a pas un sujet, à mon sens, politiquement parlant sans rentrer dans des détails de la cuisine interne politique ça ne m'intéresse pas, ce n'est pas le sujet mais je pense qu'il y a un manque de vision de l'importance que la tech a dans les années qui viennent pour nous. Et je vais prendre un exemple concret, un seul exemple. On parle des retraites. Ça fait... Là, on se parle, on est en décembre. Pendant 3 mois, on nous a expliqué et c'est le cas chaque année, peu ou prou qu'en réalité, notre système est exsangue. On a eu ça pendant la réforme des retraites. Là, elle est suspendue, etc., en nous expliquant qu'en réalité, le système n'est pas viable. D'accord ? Bon. En tout cas, certains nous disent qu'il n'est pas viable. Mais factuellement parlant, sur les chiffres, il ne l'est pas. Mais Julien, cette prise de position, elle oublie un tout petit détail. C'est l'IA. Si on projette de manière vraiment mais limitée, l'impact que l'IA va avoir sur le marché du travail, et tu vas voir le lien avec ta question, le système de retraite, il n'est pas exsangue dans 30, 40 ou 50 ans. Il est potentiellement exsangue beaucoup, beaucoup plus rapidement. Et là, on a envie de se dire « Ok ! » il y a une prise de conscience. Et donc, les boîtes de la tech, celles notamment qui travaillent sur l'IA, je ne parle même pas de notre dépendance aux États-Unis, à la Chine, le fait qu'on soit une colonie numérique et qu'avec l'IA, on sera, à mon avis, c'est même pas une colonie, c'est que là, on représente, on est dans l'esclavagisme presque, tu vois, d'une certaine manière. Eh bien, il n'y a pas de prise de conscience. Et qu'on nous explique qu'effectivement la situation budgétaire est complexe, c'est difficile de le nier, mais... Il n'y a pas à se dire « Tiens, justement, dans ces moments-là, je vais peut-être couper dans des dépenses de fonctionnement qui ne sont pas forcément indispensables et je vais au contraire investir extrêmement fortement dans la French Tech, dans l'écosystème tech français, parce que c'est là où effectivement on va pouvoir demain construire des champions qu'on n'a pas déjà, fortifier les champions qu'on a déjà et anticiper ce qui va nous tomber dessus. » Et avoir les bons acteurs qui vont pouvoir nous aider, justement, dans le cadre de cette transition. Et ça, j'ai l'impression qu'on le prend. Alors soit c'est l'éléphant au milieu de la pièce, soit on ne voit même pas l'éléphant. Et donc concrètement, il y a un manque, je pense, de reconnaissance. J'ai lu il y a quelques jours que France 2030, qui est une initiative sur l'industrialisation, la tech, etc., qu'il y avait une volonté sénatoriale de retirer un milliard ou six-mille plus à ce plan ? 2030. Je pense que c'est un bon exemple. C'est-à-dire, voilà, c'est un bon exemple parce que ça illustre, à mon sens, le fait qu'il y ait eu beaucoup de promesses, beaucoup d'effets d'annonce, beaucoup d'intentions que je... Et encore une fois, je ne peux pas sonder les âmes et déterminer si ces intentions sont honnêtes ou pas, mais je vais dire que j'ose imaginer qu'elles le sont. Mais que derrière, les intentions, ça ne fait pas des... Ça ne fait pas des actions. Et que concrètement, je crains en tout cas qu'on n'ait pas pris la... la mesure de ce qui va nous tomber dessus.
- Speaker #0
Je suis assez d'accord avec toi sur l'absence de vision, par peut-être défaut d'information, même si j'ai du mal à croire que les gens qui nous gouvernent soient quand même mal conseillés. Ils ont accès à l'information, mais ils préfèrent gérer effectivement peut-être des choses à plus court terme pour des raisons électorales. Sans vouloir leur jeter la pierre, c'est vrai qu'il y a quand même beaucoup d'urgence et que je n'aimerais pas être à leur place très concrètement. Maintenant, ce qui manque sans doute, c'est avoir une vision où est-ce qu'on voudrait que la France soit finalement 2050 ou dans 30 ans, 40 ans, etc. Même si c'est difficile de le dire avec précision, en tout cas au moins dessiner un horizon, c'est-à-dire avoir une espèce de récit qui pourrait nous rassembler autour de ces sujets.
- Speaker #1
Si je peux me permettre de rebondir sur ce que tu dis, c'est très intéressant. Tu sais, dans une société, on a un directeur général et on a un président. Le rôle du président et le rôle du directeur général, ce n'est pas le même. Le directeur général, c'est le « day to day » . C'est-à-dire, il est dans l'exécution des tâches à court terme. Il est dans la réalisation des tâches à court terme. Parce qu'il y a des choses qui ne peuvent pas attendre. Il définit, il a une vision et il dit « Ok, c'est là où on va aller » . Peu importe le système politique dans lequel on est, peu importe le président qui est le nôtre, qui a tout le respect qui est dû à sa fonction. Le rôle justement, à mon avis, au niveau politique, c'est à la fois d'avoir le court terme, la gestion courante des affaires qui est absolument nécessaire parce que comme tu le dis, il y a des choses qui n'attendent pas et qui doivent être traitées. Et à côté, et c'est ça à mon avis qui manque, entre les intentions... qui ont été celles de départ et dont, encore une fois, je ne remets pas en question l'honnêteté, parce que je pense que c'était vraiment honnête, avec la réalité de la chose où on n'a plus cette vision en se rendant pas compte que la tech... Enfin, je veux dire, on parlait de la blockchain, on peut parler de l'IA. Je pense qu'il n'y a pas besoin d'être un grand expert S-qualité pour se dire que ce n'est pas juste... une révolution industrielle bis ou un internet version 2. On est sur un changement de paradigme, un changement de société, on est sur un changement de monde à un niveau qu'on n'a jamais connu je pense dans l'histoire tout court avec un grand H. Et donc qu'on vienne finalement manquer cet épisode-là ou en tout cas ne pas prendre la mesure de ce qui va arriver... C'est quand même relativement surprenant et plutôt décevant venant d'un certain nombre d'hommes politiques qui, en tout cas, ont fait de la tech quelque chose dont ils laissaient entendre qu'ils avaient compris quel était l'enjeu derrière.
- Speaker #0
Oui, c'est effectivement... Alors moi, ce que je trouve décevant, c'est qu'on a quand même en France beaucoup d'atouts, notamment au niveau de la recherche, au niveau des universités. On a régulièrement des prix Nobel, encore récemment en économie, mais on en a aussi eu en physique ou en... On est très bon sur la recherche fondamentale, sur le quantique notamment. Il y a des startups quantiques qui sont très très bonnes. Mais on a l'impression qu'on a du mal à transformer cette recherche en produit qu'on est capable de mettre entre les mains des utilisateurs. C'est là où je trouve que les anglo-saxons et les américains en particulier sont très bons. Donc qu'est-ce qui manque en France pour favoriser l'innovation, pour la démocratiser finalement ? Est-ce que c'est de la réglementation ? Est-ce que c'est un état d'esprit ? Est-ce que c'est des moyens ? - Parce que c'est tout ça. - Tout à la fois.
- Speaker #1
Exactement, tout à la fois. Alors déjà, on a parlé de la réglementation au départ. Il y a effectivement une sur-réglementation et il y a un manque, à mon sens, de proportionnalité. Ça veut dire quoi la proportionnalité ? Pour maintenant rentrer dans les détails, ça veut dire de ne pas traiter une startup comme on traite un grand groupe. Parce que la startup n'a pas les mêmes moyens. Créer ce qu'on appelle des sandbox réglementaires. Ce que l'Europe a commencé à faire sur certains sujets mais pas du tout assez suffisamment pour moi, C'est-à-dire de dire, OK, vous êtes une startup dans le quantique. On sait qu'il y a des sujets. Vous êtes une startup dans l'IA. Je suis bien placé pour le savoir. Il y a des sujets en matière de propriété intellectuelle, par exemple. Mais on va créer une sandbox qui va vous permettre d'avancer dans un certain cadre pour éviter que vous soyez en difficulté par rapport à vos concurrents américains ou chinois dès le départ. Donc ça passe par une intelligence, un pragmatisme dans la manière avec laquelle la réglementation est appliquée. Ça, c'est mon premier sujet, je pense. Il est déterminant. Draghi a fait un rapport de centaines de pages. intéressant d'un certain point de vue, je pense un peu soporifique d'un autre, mais où en gros il parlait aussi de ce sujet-là et c'est sûrement un des points d'accord que j'ai avec lui c'est qu'il y a la nécessité d'être beaucoup plus dans la proportionnalité d'appliquer la réglementation de manière non pas de manière uniforme mais de manière différente en fonction de l'interlocuteur tout en respectant évidemment un corpus de règles communs. Ça c'est mon premier sujet. Le deuxième sujet c'est les moyens. Ce sont les moyens. Évidemment, on a toujours dit « Les États-Unis, les fonds privés sont beaucoup plus faciles à trouver » . Bon, ça c'est un fait et on ne changera probablement pas. En tout cas, pas de sitôt et certainement pas définitivement parce qu'il y a un tel décalage avec l'IA encore plus que je pense que jamais en France... Enfin, jamais. Pas jamais, mais en tout cas il est fort peu probable qu'on arrive à avoir un niveau de financement privé qui est celui du niveau américain. En revanche, je pense que on peut faire des choses. Lorsque par exemple, on rabote... toute la partie JEE, CIR, qu'on rend les choses plus compliquées, que fiscalement on n'aide pas les boîtes, etc., c'est certain qu'on ne va pas les favoriser. C'est certain qu'on va les mettre en difficulté. Donc il faut à mon sens, pour résumer Vous devez avoir un programme sur le sujet. Ce serait du point de vue de la réglementation, avoir une réglementation différenciée en fonction des acteurs... et favoriser les acteurs naissants pour justement leur permettre de se développer sans avoir forcément une réglementation qui les contraint, avoir une fiscalité extrêmement attractive pour justement faire en sorte que lorsqu'on a des boîtes qui veulent se créer elles disent bon ok en France on a des charges sociales qui sont scrupuleuses. qu'elles sont, mais on a une fiscalité qui est très attractive et donc on a intérêt, ou même quand on est américain et qu'on veut aller en France, enfin en Europe. La France est un point intéressant. Et effectivement, essayer que ce soit au niveau du financement public, que ce soit au niveau du financement privé, d'essayer de trouver tous les leviers qui permettraient de l'encourager, de le faciliter et pas justement de le bloquer. Et donc si on résume ce qu'on fait en Europe et en France, je pense que c'est un peu l'inverse. C'est-à-dire qu'on a une réglementation qui est extrêmement dure et abrasive Quels que soient les acteurs sans distinctivité, on ne favorise pas en termes de fiscalité, voire même on a tendance à rendre les choses de plus en plus compliquées pour les acteurs qui sont des acteurs de la recherche, de la tech, etc. Donc ça, effectivement, ce n'est pas un point positif non plus. Et on n'encourage pas le financement privé au profit d'un financement public, BPI, etc., qui fait très bien son travail. Mais c'est vrai que c'est compliqué. Enfin je rappelle quand même que la BPI, l'argent ne vient pas de nulle part. C'est nous. Voilà. D'une certaine manière, ça serait quand même bien qu'il y ait peut-être une part de financement public moins importante et qu'on encourage et qu'on facilite bien davantage le financement privé.
- Speaker #0
Alors justement, le financement privé, c'est intéressant en France. Est-ce que c'est facile de lever de l'argent ? Est-ce que les VCs jouent bien leur rôle selon toi ? Il me semble, d'après ce que je lis ou ce que j'entends, que c'est beaucoup plus facile finalement de lever de l'argent aux États-Unis pour différentes raisons et que le... Le capital risque, les VCs prennent plus de risques aux Etats-Unis qu'ils ne le font en Europe ou en France. Est-ce que c'est vrai ou est-ce qu'on pointe du doigt quelque chose qui se traduit pas dans la réalité ?
- Speaker #1
Alors ce que je pense c'est que les tours de table aux Etats-Unis sont beaucoup plus élevées qu'ils ne le sont en Europe par principe, par défaut. En revanche, je serais quand même plus mesuré sur le fait que ce soit forcément beaucoup plus facile de lever aux Etats-Unis qu'en France. Il y a souvent cette... Moi, j'appelle ça un peu une chimère de penser qu'aux États-Unis, tu arrives, tu viens, tu as une super idée. Tu prends rendez-vous avec des VCs. Puis au bout d'une semaine, tu as 15 millions de commits dans la poche sur la base de ton idée. Ça, c'est Disney+. Ça n'existe pas. Ou alors, ça peut exister, bien sûr. Par exemple, prenons l'exemple récent d'un certain nombre d'entrepreneurs. Je pense à un ancien chez Meta, par exemple, qui annonce potentiellement... dont on annonce qu'il aurait un tour de table qui serait proche de 500 millions, d'un demi-milliard en quelques jours. En fait, c'est parce que les gens investissent plus sur le nom que sur le projet. C'est-à-dire que si t'as un ancien de chez PayPal, x, y ou z, qui vient et qui veut lever des fonds dans la Silicon Valley, je pense que sur son idée, il va l'élever. un entrepreneur lambda qui est connu ni d'Ève ni d'Adam, qui va aux États-Unis et qui fait le tour des VCs, sur la base d'une idée en tout cas, je souhaite bon courage. Donc il faut aussi remettre les choses un peu dans leur contexte. Pour autant, ce que je pense c'est qu'effectivement, il y a une prise de risque qui est plus importante parce que c'est dans l'état d'esprit aussi américain, on va risquer plus, c'est-à-dire que je risque plus pour avoir plus derrière. Pour autant, est-ce que les VCs font leur travail en France ? Je pense qu'on a un écosystème du financement qui fait son boulot. Pour autant, on va dire qu'on ne leur facilite pas beaucoup la tâche. Je répète encore une fois, il faudrait une politique fiscale qui soit beaucoup plus attractive et une politique qui soit beaucoup plus attractive pour encourager à cet investissement. Et je n'ai pas l'impression que ce soit la feuille de route actuelle ni celle probablement qu'on aura dans les années qui viennent, malheureusement.
- Speaker #0
On peut le regretter. Il y a aussi, peut-être, si on continue la comparaison avec les États-Unis, même si elle a évidemment ses limites, une question d'état d'esprit. Tu parlais du fait que les Américains sont beaucoup plus volontaires par rapport aux risques, en tout cas peut-être plus qu'on ne l'est en France, mais parce qu'ils dédramatisent aussi beaucoup l'échec. Si je devais le résumer, je dirais qu'aux États-Unis, quand on échoue, on monte une boîte, ça ne marche pas, on apprend des choses et on gagne de l'expérience. En France, on a plutôt tendance à penser qu'on a tout raté et qu'on n'a pas ce qu'il faut pour être entrepreneur.
- Speaker #1
Moins maintenant. Je caricature.
- Speaker #0
Mais il y a quand même encore ce fonds culturel qui peut-être pourrait évoluer dans les années qui viennent ou qui évolue déjà ?
- Speaker #1
Moi je le vois moins maintenant quand même. Je le vois moins maintenant et j'ai même tendance à voir presque l'inverse. C'est-à-dire que j'ai presque tendance à voir un côté qui consiste à, parfois encore une fois, je ne fais pas de généralité, mais à presque plus valoriser l'échec que la réussite quoi.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'avoir des gens qui expliquent que ça fait partie du parcours initiatique d'un entrepreneur, etc., ce qui est tout à fait vrai d'ailleurs, mais ça n'empêche pas que ceux qui ont réussi, il faut quand même les mettre en avant parce que Dieu sait que c'est compliqué d'entreprendre, que c'est d'une difficulté inouïe et que ce n'est pas une partie de plaisir. Et d'ailleurs, moi je suis parfois un peu surpris de voir que... Je pense que sur les réseaux sociaux, c'est beaucoup le cas. Il y a beaucoup de gens qui vendent l'entrepreneuriat. On a l'impression que c'est une promenade de santé. C'est-à-dire qu'en gros, tu bosses trois heures par jour, tu vas à Bali, c'est génial, tu gagnes 10 000 euros par mois, tu dépenses 1 000 et puis tu mets 9 000 euros de côté ou alors tu vis dans une villa de 300 mètres carrés. Il y en a sûrement qui ont cette villa et c'est très bien pour eux. Bravo à eux. Mais la réalité, c'est que c'est un tout petit peu plus compliqué que ça Et que du coup, si tu veux, oui, les États-Unis, t'as raison, il y a un côté genre « Bon, j'ai un échec, c'est pas grave, je me relance » , etc. Peut-être qu'en Europe, on a à la base moins ce sujet-là, mais je pense qu'on a passé le cap en fait là-dessus. C'est-à-dire que moi, je sens moins la problématique de ne pas assumer ces échecs. Et je le dis même parfois à l'inverse, c'est-à-dire parfois après ce que... aller sur tous les plateaux et sur tous les podcasts, sur tous les trucs pour dire mais en fait presque valoriser son échec. Donc encore une fois, l'échec, c'est bien sûr utile quand on en tire des leçons et quand on en tire quelque chose de positif derrière. Donc après, c'est toujours trouver le bon équilibre.
- Speaker #1
Ouais, moi, je trouve ça intéressant. Effectivement, les entrepreneurs qui sont prêts à parler d'une expérience qui s'est mal passée, des erreurs qu'ils ont pu commettre et de ce qu'ils ont appris derrière et qui ont le courage de se relancer parce qu'il faut. qu'il faut quand même être capable de remonter en ciel après tomber de cheval, on va dire. Aujourd'hui, quelles seraient finalement des mesures assez simples qu'on pourrait mettre en place pour justement favoriser l'entrepreneuriat ? Parce que ça se démocratise beaucoup, mais il y a encore un certain nombre de freins. Donc on a parlé de l'exo-capital, on a parlé de la réglementation. Toi, sur quoi tu agirais en priorité, en fait ? Sur la réglementation, tu parlais des sandbox tout à l'heure, ça serait vraiment ça le sujet ?
- Speaker #0
La réglementation, un peu. Mais le sujet... Majeure. Parce que la mentalité, ça change pas comme ça. C'est pas « Demain, tu décides » . Emmanuel Macron, il se réveille, il dit « OK, 31 décembre, je vais faire un discours ce soir et je vais dire... Voilà, j'ai décidé. Maintenant, je vais être pro-entrepreneur » . Enfin c'est pas une déclaration d'intention. Une mentalité, ça prend beaucoup de temps à changer. En revanche, la fiscalité, les cotisations sociales, le coût en réalité pour un entrepreneur de gérer une entreprise est absolument considérable, quel que soit ce qu'on peut en penser, etc. Ce qui ne veut pas dire, que mon propos ne soit pas mal interprété, que la fiscalité qui pèse sur les salariés n'est pas aussi absolument considérable. Encore une fois, il n'y a pas de positionnement politique de ma part, mais je pense qu'à partir de l'instant où tu regardes ce que font les autres et que certains fonctionnent bien, tu es parfaitement en droit de t'en inspirer sans penser que tu détiens toi la vérité universelle. On est dans un monde qui est un monde globalisé, ça a échappé à personne. Ça veut dire la concurrence, qu'elle soit en Europe, qu'elle soit extra-européenne. Moi personnellement, quand j'ai créé le cabinet, quand j'ai cofondé le cabinet en 2015 avec Harry, mon associé, et à cette époque, c'était 2015 maintenant, qu'est-ce qu'on a fait avant de créer son activité ? Avant de créer l'activité, c'est qu'on a benchmarké. On a regardé ce que faisaient les autres, seulement en France, mais en réalité dans toute l'Europe et même au-delà. On a essayé de comprendre quel était leur code, quel était leur business model. On s'est déplacés, je me suis déplacé à Londres, à Zurich, à Genève, à Madrid. On est allé partout, on a essayé de comprendre comment ils fonctionnaient. Et on en a tiré ce qui nous, nous paraissait positif et on a mis de côté ce qui nous paraissait négatif. En France, j'ai l'impression, en tout cas moi, qu'on a cette logique qui est de dire « En fait, on sait mieux que les autres, surtout, peu ou prou » . en tout cas souvent. Et donc finalement, ce que les autres font, peu importe. Sauf que le fait de lever un peu des barrières ou diminuer la pression sur les entrepreneurs, il n'y a pas besoin d'être un grand expert a priori en économie pour se dire que ça facilite les choses et ça encourage les gens à se lancer. La plupart des boîtes font faillite dans les 3 ans. Et quand elles font faillite... c'est effectivement soit parce qu'elles n'ont pas trouvé leur marché mais parfois c'est parce que concrètement elles sont noyées là on est sur 70 000 sociétés probablement en 2025 qui vont passer en procédure collective. On n'a jamais connu ça quasiment dans l'histoire. Donc on est sur des chiffres phénoménaux et quand on va parler aux entrepreneurs, c'est quand même beaucoup une question de cotisation sociale, de charge, au-delà de toute la charge mentale, sans parler de l'administratif etc. à gérer. Donc il faut qu'on favorise, sachant que derrière, effectivement, un entrepreneur qui marche bien, logiquement, et qu'on a encouragé à, doit recruter et doit fabriquer de la richesse. on parlait tout à l'heure de financement public et financement privé moi je préférerais qu'on fabrique de la richesse privée qui in fine rejaillissent tous les co systèmes et l'économie au sens global plutôt qu'on ait un système pour eux il s'agit de l'argent public payés par nous qui du coup va au niveau de la bpi autres et qui pour jahil sur les boîtes parce que ce système là il est peu vertueux il est utile bien entendu mais il est beaucoup moins vertueux car système qui consiste à si tu veux diminuer la charge qui pèse sur les acteurs privés pour qu'eux créent de la richesse sans que, nécessairement, ce soient les contribuables qui en payent le prix. Tu vois mon dit ? Voilà. C'est simplement ça.
- Speaker #1
Disons... Si je devais résumer, si je comprends bien, on peut dire que la BPI a permis d'amorcer un certain nombre de choses, qu'aujourd'hui, c'est un système qui fonctionne mais qui a aussi ses limites et qu'il est peut-être temps de passer à une étape différente qui permette de grandir autrement.
- Speaker #0
Mais je pense que nous n'y sommes pas du tout et je pense qu'on n'est pas prêts d'y être, ce qui est malheureux, parce qu'on regarde un peu les propositions qui peuvent être faites. On regarde un peu le paysage politique et je pense qu'on est plutôt dans une vision qui consiste à augmenter. On l'a vu la dernière loi de finances, augmenter la fiscalité, augmenter les cotisations sociales, etc. Je pense que c'est exactement l'inverse qu'il faut faire.
- Speaker #1
Et peut-être parce que ce débat-là, on ne l'a pas en réalité. C'est-à-dire que le débat sur l'avenir de la tech, sur l'impact de l'IA, sur toutes les questions sociétales que ça va poser, parce qu'elles sont gigantesques. Ce n'est pas dans le débat politique. Sur les dernières échéances électorales, ça n'était pas dans le débat politique. On peut craindre que ça ne soit pas non plus en 2027. Ça ne le sera pas. Parce que ce n'est pas forcément les priorités pour beaucoup de gens et ça s'entend complètement. Mais néanmoins, avec l'impact que ça va avoir, je comprends qu'on se préoccupe de l'emploi, de tas de sujets, des finances publiques, c'est normal. Mais effectivement, avec l'impact que ça va avoir, c'est dommage de faire cette impasse-là.
- Speaker #0
C'est plus que dommage, c'est une erreur. C'est une erreur stratégique majeure. C'est-à-dire qu'en réalité, pour moi, c'est le sujet numéro un. Je précise bien ce que je dis, c'est le sujet numéro un. Pourquoi ? Parce qu'en fait, c'est un sujet systémique. C'est-à-dire que l'IA va tout changer. Le marché de l'emploi, évidemment, et de manière drastique. Enfin, je veux dire, ceux qui pensent encore qu'il y a... cette capacité en réalité à la fameuse destruction créatrice, etc., qui est un très beau concept que tu peux balancer dans un dîner parce que ça fait bien de le dire. Enfin, la réalité, c'est que pour qu'il y ait une destruction créatrice, il faut qu'il y ait autant de création que de destruction. Ça, c'est une chimère avec l'IA. C'est une vue de l'esprit. Évidemment que si derrière, tu détruis 10 emplois et t'en crées 2, tu n'es pas dans une destruction créatrice. t'es dans une destruction massive avec quelques créations derrière. Voilà. Et ça, sur tous les sujets. Moi, je le vois en tant qu'avocat. Les progrès qu'a fait l'IA en deux ans sont stratosphériques, en fait. C'est-à-dire que si je me projette dans deux ans par rapport aux deux précédentes années, je m'interroge même moi pour savoir si j'aurai encore un boulot.
- Speaker #1
Je pense qu'on est pas mal à se poser la question en ce moment. Oui, je sais bien. Voilà.
- Speaker #0
Je sais bien. Donc la question est là. Alors évidemment... évidemment, il y aura toujours l'humain qui sera nécessaire à un moment ou à un autre. La question, ce n'est pas de savoir si l'humain est nécessaire, c'est de savoir combien d'humains on aura besoin. C'est ça, la question est là. Donc, quand je dis que c'est stratosphérique et quand je dis que c'est systémique, c'est parce que ça touche effectivement à l'emploi, ça touche aux relations sociales, ça touche aux relations humaines, ça touche aussi à la... Comment dire ? De manière un peu plus large, un peu plus macro, ça touche aussi à la... L'importance que la France et l'Europe au niveau mondial, je parlais de colonisation tout à l'heure, enfin, je veux dire, à part Mistral qu'on protège plus ou moins bien. Eh bien, la réalité, c'est qu'on n'a aucun vrai acteur européen qui est en mesure de concurrencer des OpenAI, des Anthropique, des Gemini, j'en passe les meilleurs. Et que donc concrètement, on est déjà dans le... comment dirais-je, dans les réseaux sociaux actuels, dans une situation de domination qui est là pour le coup quasi totale. Enfin c'est hégémonique avec l'IA à une exception près et encore faut-il qu'elle ne se passe pas sous pavillon américain dans les années qui viennent, j'attends quand même de voir. voir si ce ne sera pas le cas, et je crains que ce soit le cas, mais on verra. La réalité, c'est qu'on est en situation qui est extrêmement compliquée. Donc finalement, ce sujet-là est mis sous le tapis, alors que ça devrait être le sujet numéro un. D'accord. Le sujet numéro un.
- Speaker #1
Ça pourrait être un sujet structurant, effectivement, pour proposer un projet de société, pour proposer une vision pour le pays, un narratif qui pourrait nous rassembler, parce qu'aujourd'hui, on est quand même très divisé sur beaucoup de sujets. Moi, qu'on puisse dire. avoir quelque chose qui fait consensus ferait sans doute pas de mal, mais c'est surtout quelque chose dont on ne peut pas vraiment se passer. Moi je partage ton analyse sur le fait que c'est un impact sur absolument tous les sujets de la vie et je pense encore une fois que si on regarde les choses objectivement, c'est difficile d'avoir un avis contraire. Si on est quand même pour terminer sur une note un peu positive...
- Speaker #0
Pas facile, hein ?
- Speaker #1
Mais essayons quand même. Je partage aussi ton avis sur le côté colonie numérique, etc. Mais admettons qu'on ait ce débat-là et qu'on arrive à proposer quelque chose pour les années qui viennent. Est-ce qu'on peut espérer, comme Internet a démocratisé l'accès à l'information ? Avec Google, on a accès un peu à toutes les informations qu'on souhaite. Aujourd'hui, on a une démocratisation de ce qu'on appelle l'intelligence. Est-ce que demain, on peut imaginer une société qui bénéficierait vraiment de tout ça avec un nivellement par le haut Ou est-ce que je suis un peu trop utopiste et on ne va pas du tout vers ça ?
- Speaker #0
Alors, chacun aura son avis sur la question. Moi, je pense l'inverse. D'accord. Je suis désolé de ne pas être très positif. Société à deux vitesses, du coup. Plus que deux vitesses. En fait, ce que je pense fondamentalement, c'est qu'en réalité, on va être dans une société dans laquelle les gens vont beaucoup moins travailler, qu'il va bien falloir les payer. En 2017, Benoît Hamon... Candidature à l'élection présidentielle.
- Speaker #1
Elle parlait de l'Universal Basic Income. C'était le seul, oui.
- Speaker #0
Exactement. Tout à fait. Parler du revenu universel. C'est exactement ça. Donc il avait 10 ans d'avance. Il était précurseur sur le sujet. Je pense qu'il est vraisemblable, probable, obligatoire en réalité qu'à un moment ou à un autre, parce qu'on va être sur des taux de chômage vraisemblables qui vont être extrêmement importants, qu'il y ait la nécessité que ces gens-là soient payés... Reste à savoir comment, par qui ? Il y a quand même des discussions aux États-Unis entre les boîtes de la tech IA pour créer un fonds qui serait destiné à payer les gens qui ne pourraient pas travailler à cause de l'IA. Enfin, je veux dire, on remet les choses en compté. C'est ce qui est en train de se passer. Donc c'est pas juste une vue de l'esprit. C'est ce qui est en discussion en ce moment. Ils se mettent d'accord entre eux, etc. Ce qui d'ailleurs pose une autre question, c'est que si ces gens la payent et c'est plus l'État, qui a le pouvoir après ? Je laisse à chacun le soin de répondre à cette question. Mais en tout cas, si on est sur une logique de revenu universel, Les gens qui seront, et d'ailleurs j'en ferai peut-être partie, qui n'auront plus la capacité, enfin qui n'auront plus de travail à ce moment-là, qu'est-ce qui va se passer ? Concrètement, est-ce que justement on va profiter de cette superintelligence, tant est que ce soit une superintelligence d'ailleurs, pour justement devenir des hommes augmentés avec un grand H, des femmes augmentées derrière, ou est-ce qu'au contraire on va... Parce que quand tu vois les études qui ont été faites sur le revenu universel, c'est pas brillant. On est plutôt dans l'oisiveté, on est plutôt dans « je ne vais pas faire grand-chose de ma vie » , parce que la nature humaine, et encore une fois, moi je ne me place pas comme une sorte d'ovni en décalage avec ça. La nature humaine, c'est en général que si ce n'est pas forcément nécessaire, il n'y a pas de raison non plus de se décarcasser. Et c'est parce qu'on a un cerveau qui est construit comme ça. Donc moi, je suis plutôt pessimiste à ce stade. Je suis désolé, je ne vais pas attendre. Ce qui n'empêche pas pour autant… De finir quand même sur une petite note optimiste qui est réaliste, c'est que l'IA, bien sûr, va avoir, à mon sens, énormément d'utilité, que ce soit du point de vue médical. Par exemple, il y a des progrès absolument phénoménaux qui vont être faits. Est-ce qu'on va vivre jusqu'à 200 ans ? Comme dit Laurent Alexandre, je ne sais pas. Mais je pense qu'on va vivre plus longtemps. Alors, est-ce que c'est forcément un avantage ? Encore une fois, c'est un vaste débat sur le sujet de l'IA. Il y a 200 ans quand on a déjà une planète qui est surpeuplée. Enfin bref, peu importe. Il y a peut-être au niveau environnemental à la fois... une consommation extrême avec tous les serveurs, mais en même temps j'imagine que l'IA va nous trouver des solutions en matière de lutte contre le réchauffement climatique qu'on n'a peut-être pas encore imaginé. Donc peut-être y aura-t-il un vrai gain de ce point de vue-là. Il va y avoir plein de choses assez géniales qui vont se mettre en place, mais c'est vrai que pour un enfant aujourd'hui, je pense que c'est pas gagné quand même. Je veux dire, je ne peux pas présager... d'une suite forcément positive à ce stade, d'autant qu'elle n'est pas préparée. Parce que, encore une fois, si nous avions un pouvoir politique qui, déjà, avait pris conscience, alors qu'on est déjà en plein dedans, et qui se disait « Voilà, j'ai un plan. Voilà où j'ai envie d'aller. Voilà mon plan d'attaque. Et voilà ce que je vous propose de faire. Et je vais vous emmener là-bas. » Déjà, je me sentirais un peu plus en confiance. Mais là, on a un précipice. On est tous à le voir, enfin beaucoup en tout cas à le voir. Et il n'y a même pas quelqu'un qui dit « t'inquiète, je vais quand même te prendre la main pour te dire peut-être qu'on va pouvoir l'enjamber le précipice » . Donc, présenté comme ça, ça n'augure quand même pas un futur particulièrement positif, a priori, dans les années qui viennent.
- Speaker #1
De grands défis devant nous, en effet. Je confirme. De grandes opportunités aussi, on va dire. C'est ça,
- Speaker #0
sûrement. Des boîtes qui, moi je pense notamment... à tout un tas de sociétés qui, en réalité, vont révolutionner leur secteur. Là, tu as des grandes entreprises dans tout un tas de secteurs qui vont voir des petits acteurs arriver avec l'IA qui vont être capables de faire des choses que les grandes ne peuvent pas faire et qui vont renverser des paradigmes entiers. Je pense que ça, ça va être... En fait, il y a des gens qui vont exploser. Il va y avoir des opportunités phénoménales. Mais encore une fois, la question, c'est la question des masses. Si tu as beaucoup de gens qui vont profiter de cette opportunité... Je crains, moi en tout cas à titre personnel, qu'il y en ait beaucoup plus qui en pâtissent que certains qui en profitent. Et je pense qu'on dit souvent qu'on est dans une société très inégalitaire, la société actuelle, parce qu'il y a eu une augmentation significative des milliardaires, parce que la pauvreté augmente, etc. Eh bien, certains pensent que l'IA va permettre de réduire cet écart. Moi, je crains qu'ils ne l'augmentent.
- Speaker #1
Donc d'où la nécessité de définir un projet de société qui réponde à ces enjeux. Il faut un projet de société.
- Speaker #0
Il faut que quelqu'un arrive... et définissent ce projet-là. Et quoi qu'on en dise, qu'on l'aime, qu'on l'aime pas, que ce soit Donald Trump ou que ce soit la Chine... Et d'ailleurs, les deux on le voit bien se font la guerre, si je puis dire dans les mots. J'espère pas plus que ça. Parce qu'ils ont bien compris qu'ils étaient les seuls à ce stade à vraiment avoir compris quels étaient les futurs enjeux derrière. Eh bien ces gens-là ont construit quelque chose. Les Chinois, dans un vase clos qui est le leurre, ont un projet de société, la notation sociale, on aime ou on n'aime pas, chacun son avis sur la question pour moi c'est parfaitement détestable mais bon voilà on se comprend c'est interdit en Europe d'ailleurs avec l'IA. Mais ils ont un projet de société, on ne peut pas les accuser de ne pas les avoir et les américains c'est la même chose parce que leur projet à ce stade c'est de all-in sur les acteurs IA américains, all-in donc on leur donne les capacités maximales on les favorise au maximum et on fait en sorte que ce soit qu'on est en fait voilà pour lui Trump c'est il n'y a que les acteurs américains qui comptent America First et on veut faire de l'Amérique des Etats-Unis l'endroit numéro un au monde dans les décennies et décennies qui viennent en matière d'intelligence artificielle donc ils ont compris ils ont des projets nous je sais pas si on a compris et on n'a pas de projet c'est un peu embêtant.
- Speaker #1
peut-être une bonne manière de terminer sur le sujet. Donc, si je résume, on a besoin d'un projet de société, d'ambition, de volonté de faire. Donc, on a peut-être les compétences. Ça, c'est certain.
- Speaker #0
Les compétences, on les a. On est très bons. Et je pense d'ailleurs qu'on est probablement meilleurs que les autres, notamment en France. J'en suis convaincu. C'est-à-dire que je pense qu'on est meilleurs que les autres. Je pense juste qu'on n'a pas... C'est-à-dire que si on avait la ligne tracée politique... d'un Trump, mais adapté ici en France. Je ne parle pas de sa volonté de développer l'IA, je ne parle pas de toutes ses idées par ailleurs, je ne me prononce pas là-dessus, mais la volonté de dire « Ok, je te rassure une route par rapport à l'IA en Europe ou en France et j'avance » . Avec la puissance qu'on a, l'ingéniosité des gens qu'il y a dans ce pays, ouais, je pense que effectivement, je serais déjà un petit peu plus favorable que je ne suis un peu plus positif que je ne le suis maintenant.
- Speaker #1
Il ne tient qu'à nous de concrétiser tout cela. Merci beaucoup Arnaud. Plaisir,
- Speaker #0
merci beaucoup, merci à toi.