- Delphine SAGOT
Nous avons aujourd'hui le plaisir de recevoir Valérie Ginet, récemment élue secrétaire générale de la Fédération de l'enseignement privé, CFDT, Fep-CFDT, pour un mandat de 4 ans. La Fep, c'est la Voix des personnels de l'enseignement privé, sous contrat, enseignant comme non-enseignant, mobilisé autour de valeurs fortes, dialogue, solidarité et amélioration des conditions de travail. Avec cette nouvelle responsabilité, Valérie Ginet incarne une génération de militants engagés qui souhaitent faire entendre les préoccupations des personnels dans un contexte marqué par des défis importants, rémunération, précarité, évolution des carrières, mais aussi dialogue social dans l'enseignement privé. Nous allons revenir avec elle sur sa vision et les grandes priorités de son mandat, avec une attention particulière pour les adhérents et sympathisants duSep-CFDT Hauts-de-France. Alors Valérie, votre élection première femme à prendre la tête de la Fédération est-il le signe qu'un pan du plafond de verre commence à se briser ?
- Valérie GINET
Bonjour, bonjour à tous et bonjour Delphine. Mon élection à la tête de la Fep, effectivement, c'est une première. Donc je suis très fière, je dois dire, d'être la première femme à être élue secrétaire générale de la Fep-CFDT, d'une fédération qui existe depuis une centaine d'années et qui n'a jamais eu de femme à sa tête. Alors moi, ça a toujours été une interrogation pour moi et même, puisque dans mon parcours j'ai fait deux mandats au bureau fédéral de la Fep et je me demandais toujours pourquoi ? Comment est-ce possible qu'il n'y ait jamais eu d'occasion qu'il y ait une femme élue dans une fédération où 73 pourcents des adhérentes sont des femmes ? Ça me paraissait quelque chose de complètement anachronique et j'espère que c'est un signe, un signe que les femmes désormais pourront prendre des pleines responsabilités dans les syndicats elles sont nombreuses à pouvoir le faire. Elles sont plus nombreuses déjà à le faire et j'espère que c'est un mouvement en marche.
- Delphine SAGOT
Concernant l'engagement militant et les valeurs de la CFDT, qu'est-ce qui selon vous motive aujourd'hui les personnels à s'engager dans le syndicalisme et en particulier à la CFDT ?
- Valérie GINET
La CFDT est une grande confédération qui porte un projet de société, un projet de société avec des valeurs, des valeurs de solidarité. des valeurs de démocratie. Il ne faut pas oublier que le D d'un CFDT, c'est la démocratie. Et dans ces temps troublés, en plein milieu d'une crise démocratique qui commence à durer quand même, je pense que la CFDT, c'était une valeur. C'est une valeur sûre parce qu'elle reste, contrairement au gouvernement qui se succède à une vitesse assez impressionnante. La CFDT reste avec ses valeurs et porte aussi... tous les sujets essentiels pour la société d'aujourd'hui et la société de demain, que sont par exemple la transition écologique juste ou toutes les questions d'égalité. Donc je pense vraiment que ça fait partie des motivations réelles d'adhérer à la CFDT. Et puis aussi le monde du travail est en souffrance. Il y a une crise aussi à l'intérieur du monde du travail, et notamment chez les enseignants, qui les poussent. à avoir de l'aide, à trouver de l'aide auprès de nos syndicats et de notre fédération.
- Delphine SAGOT
Alors il est vrai que le dialogue social est une caractéristique de cet organisme qu'est la CFDT. Vous parlez souvent d'ailleurs de proximité et de dialogue social. Comment cela se traduit-il concrètement dans le travail syndical ?
- Valérie GINET
La proximité, c'est la pierre centrale du syndicalisme, parce que pour moi déjà, la place d'un syndicaliste c'est à l'intérieur du lieu de travail, c'est dans le lieu de travail. Le fait de multiplier les réunions et même de faire des manifestations, etc. Ce n'est pas là qu'est la vraie place d'un syndicaliste. La vraie place d'un syndicaliste, c'est à l'intérieur de son entreprise, puisqu'il y a plusieurs niveaux de négociation, plusieurs niveaux d'action aussi dans la lutte syndicale. Il y a la lutte syndicale. auprès des instances de l'entreprise, le CSE par exemple, et puis il y a toute la lutte syndicale qui est à l'intérieur d'un champ professionnel ou du champ interprofessionnel. Mais finalement, qu'est-ce qui relie le syndicalisme aux travailleurs ? C'est la proximité. Et moi je connais assez peu d'adhérents et de militants notamment qui ont adhéré comme ça par hasard, en poussant la porte. La plupart du temps c'est une rencontre. à l'intérieur de son vieux travail qui donne un sens à l'adhésion CFDT.
- Delphine SAGOT
Pouvez-vous nous rappeler la place de la Fep au sein de la CFDT et comment elle s'articule avec les autres fédérations du secteur éducatif ?
- Valérie GINET
La Fep-CFDT est une petite fédération de la Confédération, puisque la Confédération est organisée avec 13 fédérations et un certain nombre d'urines aussi, puisque chaque région est une union régionale interprofessionnelle. Et la Fep-CFDT prend toute sa place puisque nous avons, par exemple moi je siège au bureau national confédéral, et donc je participe aux décisions de la Confédération, et parce que aussi nous sommes à l'intérieur de la Confédération, regroupés avec toutes les fédérations de la fonction publique, par exemple, dans une structure qui s'appelle l'UFFA, l'Union des fédérations des fonctionnaires et assimilés. Et donc, on peut à la Fep donner notre avis sur tout ce qui se décide, tout ce qui se négocie au niveau des fonctionnaires. Et puis, nous avons aussi un travail particulier, un travail de concertation et de travail permanent avec la fédération de l'enseignement public, la fédération de l'éducation. de la formation et de la recherche publique, avec qui nous travaillons, par exemple, dans le cadre du Conseil supérieur de l'éducation. Nous préparons les textes ensemble et nous votons en général ensemble. Donc, on a une pleine place à l'intérieur de la CFDT, même si on est une petite fédération en nombre d'adhérents, on compte, et c'est très important aussi pour moi, à l'intérieur de mon mandat, de continuer. et même de favoriser ce travail avec toute la CFDT. Il me semble que c'est important pour un adhérent de savoir qu'il appartient à un syndicat, et d'ailleurs il est souvent défendu par son syndicat local, mais que derrière lui, il y a une fédération, il y a des unions régionales, il y a plusieurs fédérations et la confédération qui apportent tous leurs outils, tous leurs moyens à la défense des droits des travailleurs.
- Delphine SAGOT
Au niveau de la Fep-CFDT, on constate quand même qu'elle a à gérer une très grande diversité de métiers, enseignants, personnels de vie scolaire. Comment gère-t-elle ces différents métiers et comment parvient-elle à faire entendre la voix de chacun ?
- Valérie GINET
À la Fédération, nous gérons effectivement tous les agents de droit public que sont les enseignants des établissements sous contrat et tous les salariés privés de nos branches, c'est-à-dire la branche de l'enseignement privé non lucratif, en gros toutes les OGEC, de l'enseignement privé indépendant, toutes les écoles hors contrat, de la maternelle jusqu'au supérieur d'ailleurs, et puis tous les établissements des organismes de formation. Ça, c'est les grandes branches qu'on rassemble, donc ça fait effectivement une grande diversité de métiers. enseignants, personnels de vie scolaire, formateurs, et on essaie en fait de répondre et de gérer tous ces métiers qui sont à l'intérieur de l'éducation finalement, de l'éducation et de la formation. Mais je peux dire aussi que dans toutes ces voies plurielles, elles travaillent toutes au sein de la formation et de l'enseignement privé, mais on a les mêmes échos, c'est-à-dire que ce soit dans une branche ou dans l'autre, il y a le même sentiment de déclassement, le même sentiment de manque de considération, des conditions de travail de plus en plus difficiles, une rémunération qui n'est pas à la hauteur de l'investissement des salariés, et puis un management souvent dysfonctionnel. Et donc ces symptômes en fait de la crise que traverse le système éducatif, c'est aussi le reflet de la crise sociale que beaucoup de salariés connaissent.
- Delphine SAGOT
Et qu'on retrouve effectivement dans notre champ professionnel tout particulièrement. Faire entendre la voix des enseignants et personnels du système éducatif, comment la FEP parvient-elle à se singulariser, à se faire entendre ? Par quels moyens ?
- Valérie GINET
Je crois déjà que la Fep se fait entendre parce qu'elle est la première organisation syndicale représentative dans toutes les branches. Dans la branche de l'enseignement non lucratif, chez les enseignants, chez les formateurs, on est la première OS représentative. Et ça, c'est très important. C'est-à-dire que vraiment, il faut que les syndicats, que les militants aient conscience de ça. C'est-à-dire que quand on arrive en disant qu'on est la première organisation syndicale, À la fois, les patrons, l'administration nous considèrent avec un certain respect au moins. C'est-à-dire qu'on est incontournable, on ne peut pas nous zapper ou nous faire comme si on n'existait pas. Et on essaie en plus, nous, d'être présents partout où on peut agir et partout où notre voix peut peser, dans toutes les instances. Alors c'est vrai que c'est un gros travail, parce qu'on est nombreux ici à travailler à la fédération. à piéger dans des instances qu'on peut trouver, qui se multiplient à l'infini, mais finalement c'est en étant là aussi qu'on peut faire entendre notre voix. En étant là, en travaillant chaque réunion, en posant bien les questions, je pense que c'est à la fois par notre présence, notre représentativité et notre travail qu'on arrive à faire entendre notre voix.
- Delphine SAGOT
Mais diriez-vous que le dialogue social avec le ministère est aujourd'hui à la hauteur ?
- Valérie GINET
Alors ? C'est à la hauteur. Le ministère, quel ministère ? De quel ministère parlons-nous ? Ce qu'on peut dire aussi, c'est que le ministère nous reçoit. Le ministère nous reçoit, le ministère nous répond au téléphone, le ministère est notamment le service de la division des affaires financières du ministère de l'Éducation nationale, qui nous gère à l'Éducation nationale, mais aussi les services de, du ministère de l'Agriculture. Voilà, ils nous reçoivent et ils nous écoutent. Et on a, je pense, un dialogue constructif avec eux. Le dialogue social, il est, je dirais, présent avec le ministère, mais il a tendance à être un peu une formalité administrative. On a des contacts fréquents, mais on n'est pas toujours écoutés. C'est-à-dire que si on est compris, on n'est pas toujours écoutés, puisque Ce qui se joue en fait, notamment pour les enseignants, c'est un autre niveau que nous, déjà, puisque nous sommes 150 000, nous représentons 150 000 enseignants, mais il y en a plus de 800 000 dans l'éducation nationale et nous on compte pour cette part-là. Donc il y a beaucoup de choses qui se font en dehors de nous et puis il y a beaucoup de choses qui se font en dehors de toutes les organisations syndicales. puisque moi Ce que j'identifie comme étant un modèle de négociation pour l'éducation nationale, c'est qu'on a une idée, on en parle aux organisations syndicales, elles disent non, mais on le fait quand même. Voilà, c'est ça le modèle. Donc, on ne peut pas forcément faire valoir les droits des salariés, leur intérêt, parce qu'il y a dans les différents ministères qui se sont succédés au moins depuis Blanquer, où moi je vois ça de plus près. Une idée claire de ce que doit être le système éducatif, ça ne marche pas, mais ce n'est pas grave, on y va quand même. Et quand je dis ça ne marche pas, ça ne marche pas. C'est-à-dire que depuis le bac Blanquer et la réforme du lycée par exemple, chaque année, on a apporté des modifications à ce baccalauréat. C'est plus tôt, c'est plus tard, il y a du contrôle continu. Ça ne marche pas, mais on y va quand même. Et ça, c'est triste. Il faut reconnaître que c'est assez triste. puisque aussi... J'ai aussi la conviction que ce qu'on doit décider pour le modèle éducatif de notre pays, ça doit se faire sur un temps long. L'éducation, ça prend du temps. Et si on change tous les six mois que change le ministre, ou tous les trois ans que change le ministre, de nouvelles réformes, un nouveau système, une révolution, ça n'est bon ni pour les élèves, ni pour les enseignants, ni pour le système éducatif en fait.
- Delphine SAGOT
Oui. Je comprends bien ce que vous dites, le principe de ce qu'on a appelé à un moment donné la technique du millefeuille, que d'empiler des réformes sans forcément tirer les constats nécessaires pour pouvoir améliorer l'ensemble. C'est un petit peu ce que vous évoquez aussi, cette idée que les choses se font, se défont, se refont, sans qu'il y ait forcément de réflexion ni en amont ni en aval en définitive.
- Valérie GINET
Effectivement, on peut constater simplement que, par exemple, là, il y a une convention citoyenne sur les temps scolaires, par exemple, qui est, nous, ce qu'on me demandait depuis longtemps, mais... à un autre niveau, pas uniquement sur les temps scolaires, mais déjà c'est un début. C'est-à-dire reposons les bonnes questions et remettons tout à plat, parce que j'ai parfaitement aussi conscience que le monde dans lequel on est évolue et que l'éducation doit évoluer. Il ne s'agit pas de dire il faut que tout revienne comme avant, tout ce qu'on a fait c'est nul, il faut tout... Non, il faut vraiment se poser pour essayer de faire le bilan de ce qui a été fait. voir ce qui a marché et ce qui n'a pas marché, et voir ce qu'on peut mettre en place qui permettrait à l'enseignement d'être vertueux pour tous ces acteurs et finalement pour des enfants.
- Delphine SAGOT
Alors abordons maintenant la question aussi des rémunérations, de la précarité, des difficultés que rencontrent les enseignants dans leur parcours de carrière. Les salaires et la précarité des personnels sont au cœur des préoccupations. Quelles sont vos priorités sur ce sujet ?
- Valérie GINET
Alors nos priorités sur ce sujet, c'est l'attractivité du métier. Ça fait partir aussi d'une des raisons pour lesquelles on le fait, c'est que l'enseignement est une carrière qui n'attire plus grand monde et on a besoin de la rendre attractive. Donc on a des revendications très claires sur les rémunérations et notamment un plan pluriannuel de revalorisation de toutes les rémunérations et de toutes les rémunérations, c'est-à-dire du début jusqu'à la fin de la carrière puisque ce qui a été fait dernièrement c'était justement de booster un petit peu les débuts de carrière et puis il y a plein d'agents et d'enseignants qui se retrouvent coincés sans progresser donc nous c'est ce qu'on demande et on avait commencé à négocier des choses mais ça s'est arrêté avec le budget Bayrou Et puis, on a quand même réussi, il n'y a pas très longtemps, à sortir d'une certaine forme d'indignité du travail les maîtres délégués, puisque les maîtres délégués, jusqu'il y a deux ans, étaient payés sur une grille qui retombait constamment en dessous du SMI et qui était une grille qui n'était plus utilisée nulle part dans la fonction publique. Et ça, ça a été vraiment une lutte syndicale. De longue haleine, nous avons réussi à les intégrer à la grille salariale des contractuels de la fonction publique. Ça n'est pas totalement satisfaisant, il ne faut pas non plus croire, mais déjà c'était un progrès. J'espère que beaucoup en ont profité, même s'il reste de nombreuses problématiques liées à la précarité dans l'enseignement privé. Nous avons aussi des revendications en termes de formation initiale, une formation initiale qui permette aux enseignants de rentrer sereinement dans l'entier, dans la carrière. Et puis sur le déroulement de la carrière, c'est important que les enseignants puissent, lorsqu'ils le souhaitent, faire autre chose qu'enseigner. Et donc toutes les mobilités par rapport aux autres fonctions publiques sont aussi dans nos revendications. Nous avons permis déjà, nous avons négocié pour qu'on puisse passer du premier degré au second degré et vice versa, du professionnel au général et vice versa. Et puis, si on peut arriver en tant que CPE sans passer de concours, et puis on milite pour qu'il y ait d'autres passerelles possibles vers d'autres carrières. Et je mettrais aussi l'accent sur les AESH, qui sont véritablement aujourd'hui nos salariés pauvres, vraiment nos salariés pauvres, puisque ce sont des salariés qui ne peuvent la plupart du temps pas avoir de temps complet, ou alors en faisant des trajets invraisemblables. Et il y a vraiment quelque chose à négocier auprès des AESH. On y travaille avec la Fédération de l'éducation, de la formation et de la recherche publique. On fera en novembre une semaine de mobilisation un petit peu originale sur ça, parce que c'est très important aussi, à une époque où l'inclusion est une nécessité dans l'école, de faire en sorte que les personnels qui permettent l'inclusion soient bien traités. Parce que ça leur permettra aussi de mieux traiter les élèves, d'être mieux en contact avec les enseignants pour travailler vers une inclusion qui soit digne.
- Delphine SAGOT
Et dans l'ambiance morose de nos salles de professeurs, on entend aussi que le mal-être des enseignants passe par l'absence de reconnaissance, les leviers que vous évoquez à l'instant. Pensez-vous qu'il permettrait aussi de redonner à ce métier la reconnaissance qu'il mérite ?
- Valérie GINET
Ça, c'est une question difficile parce que la reconnaissance, en fait, elle est... Je pense déjà qu'une part de la reconnaissance, c'est la reconnaissance salariale. C'est-à-dire que dans la société de consommation dans laquelle nous vivons, être bien payé, finalement, c'est quand même respectable. Donc déjà... La rémunération, c'est un pan important. Et puis, ça, c'est vraiment une question qui m'interroge. L'enseignant, le professeur, auparavant, c'était une figure notable dans la société. Ça ne l'est plus aujourd'hui. C'est une vraie crise des valeurs. Et je pense que c'est vraiment tout un travail sociétal. Ça dépasse la Fep. Mais avec toute la CFDT d'ailleurs, on travaille sur une vision de l'école qui soit transversale. C'est-à-dire qu'effectivement, il n'y a pas que les fédérations de l'éducation qui peuvent s'occuper de l'école. La Confédération, en tant qu'elle porte un projet de société, doit aussi s'intéresser à l'école, à l'intégration de l'école dans la société, à l'intégration de l'école dans les territoires. et aussi dans la reconnaissance générale du travail. Donc voilà, je donne une réponse un petit peu vague, mais je ne crois pas que je peux aller beaucoup plus loin là-dessus, si ce n'est en faisant de grands développements.
- Delphine SAGOT
Valérie, je me permets de rebondir sur l'actualité et d'évoquer plus précisément le point prévoyance des enseignants du privé. Pouvez-vous nous dire où nous en sommes aujourd'hui et quelles sont les actions revendicatives à venir ?
- Valérie GINET
La prévoyance des enseignants aujourd'hui, elle est effectivement en danger. Pour faire un petit peu d'histoire, les enseignants de droit public, les agents publics, les établissements privés peuvent bénéficier d'une prévoyance qui est payée par leurs cotisations, leurs cotisations qui sont précomptées sur leur fiche de paie éducation nationale, et par les organismes financeurs que sont les établissements privés. Alors les établissements privés, on pensait qu'ils pouvaient faire des économies en dénonçant l'accord de prévoyance qui nous reliait à eux, et donc l'accord est dénoncé. Il y avait d'autres raisons pour lesquelles l'accord, de toute façon, devait être révisé. Il n'était plus conforme aux différentes lois qui sont apparues après. Donc, on devait de toute façon renégocier, mais là, on est dans une position assez violente. C'est-à-dire que l'accord de prévoyance est dénoncé, et si rien n'est fait, nous n'avons plus de prévoyance au 31 décembre. Alors nous avons œuvré... Nous nous sommes mobilisés, nous avons écrit, nous avons parlé, nous avons agi en intersyndicale pour avoir un accord de prolongation, de prolongation de cet accord pour un an. Un an pendant lequel on pourra renégocier un autre accord qui, on l'espère, sera aussi intéressant que celui qu'on a. Normalement, l'accord de prolongation devrait être signé prochainement. Mais pour que ça ait lieu, déjà on a dû agir auprès du secrétariat général de l'enseignement catholique, auprès de la FNOGEC, pour faire ça. Et maintenant on vous dit qu'il faut qu'on arrive à négocier un accord intéressant, et on a quelques mois pour le faire. On a demandé aussi à l'administration, au ministère de l'Éducation nationale notamment, de se prononcer et de nous aider à faire perdurer cet accord. Ils le souhaitent. parce que s'ils ne le font pas, on est obligé de rentrer dans le système de prévoyance que l'éducation nationale va proposer à tous ses agents, mais qui est un système de prévoyance facultatif, alors que le nôtre est obligatoire. Et facultatif, ça veut dire aussi que c'est beaucoup plus cher et beaucoup moins intéressant. Donc voilà, on est en train actuellement de négocier beaucoup de choses. On aura peut-être besoin prochainement de mobiliser autrement, localement, d'appeler tous les acteurs de notre problème de prévoyance à s'impliquer véritablement pour que les enseignants puissent avoir une prévoyance. La prévoyance, c'est un peu abstrait pour beaucoup de gens, mais en fait, la prévoyance, c'est ce qui est utile. Quand on est malade, quand on est fragile, quand on est affaibli, on a besoin que quelqu'un et que quelque chose puissent nous permettre de rester dignes, même dans la maladie ou face à des coups durs de la vie. Et c'est ce qu'on trouve qui devrait perdurer.
- Delphine SAGOT
Un autre point d'actualité, d'une certaine manière, c'est Donc, la façon dont Guillaume Prévost, nouveau secrétaire général de l'enseignement catholique, s'est exprimé dernièrement et a insisté et redéfini le caractère propre de l'enseignement privé. Comment conciler la défense des droits des personnels avec le respect de ce caractère propre des établissements privés ?
- Valérie GINET
Le cadre, en fait, il est quand même relativement bien défini par la loi. Le caractère propre s'exerce dans le cadre de la loi Debré. Et les établissements sous contrat s'inscrivent clairement dans le cadre d'un service public d'éducation. Ça, c'est marqué par la loi et par la Constitution. Il est évident que le caractère propre des établissements confessionnels peut s'exprimer à l'intérieur de leur structure. C'est-à-dire qu'il peut y avoir un aspect confessionnel dans l'enseignement privé mais les enseignants sont des agents de droit public et lorsqu'ils sont en classe, ils sont rémunérés par l'État. Et il y a une loi, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et l'État, qui dit bien que l'État ne subventionne pas le culte. Donc pour nous, c'est évident que lorsqu'on est en classe, par exemple, on ne peut pas... faire autre chose que respecter le programme officiel, parce qu'on est payé pour ça. Je pense aussi que l'enseignement catholique, là, en la personne de son nouveau secrétaire général, a envie de faire bouger les lignes, quelque chose qui était plus ou moins un consensus, avec ici et là des dysfonctionnements, mais qui étaient de l'ordre de consensus. Donc là, il essaie de faire bouger les lignes. Je trouve que ce n'est pas le moment, personnellement. On est dans une période suffisamment troublée et polarisée pour qu'on ne soit pas en train de s'opposer. En fait, ce qui se passe en ce moment, c'est que l'enseignement catholique a été attaqué. Ils ont été attaqués, et notamment en disant qu'ils captaient tous les bons élèves et qu'ils laissaient à l'enseignement public les mauvais élèves. Et il y a cette idée aussi que l'école privée, c'est une école pour une élite dans la reproduction des élites. Et l'enseignement catholique, actuellement, veut se départir de cette réputation et donc recatholiser l'école catholique, en disant qu'on ne vient pas dans une école catholique parce qu'on veut s'extraire d'un milieu social défavorisé, on vient dans l'école catholique parce qu'on est catholique. Et donc ? Il y a pour lui une nécessité de remettre du catholique dans l'école catholique. Mais le fait de dire que les enseignants qui sont des agents de droit public, sur des horaires qui sont des fonds publics, doivent promouvoir le catholicisme, là c'est un pas qu'on ne peut pas arriver jusque-là, c'est impossible. puisqu'on ne veut pas finalement que L'école catholique, en fait, s'exonère de sa mission de service public.
- Delphine SAGOT
Bien, Valérie, merci beaucoup. On va conclure. Et en conclusion, quel message souhaitez-vous adresser aux enseignants, à l'ensemble des personnels, particulièrement à ceux qui hésitent encore à franchir le pas de l'engagement syndical ?
- Valérie GINET
Donc, qu'est-ce qu'il faut pour s'engager ?
- Delphine SAGOT
Oui, voilà, celui qui se dit « oof » , comme on entend beaucoup en salle des professeurs, à quoi ça sert ?
- Valérie GINET
Alors, c'est utile de s'engager pour plusieurs raisons. Déjà, il y a plusieurs niveaux d'engagement. C'est-à-dire que quelqu'un peut s'engager avec nous à la CFDT juste en adhérent et en payant sa cotisation. Il participe à notre travail puisqu'il paye une cotisation, il est comptabilisé comme notre adhérent. Et déjà, c'est une force. Quelqu'un peut aussi s'engager en militant, en militant à l'intérieur de son établissement, en militant à l'extérieur de son établissement. Et je crois aussi qu'on a besoin de retrouver le sens du travail. Moi, c'est pour ça que j'ai adhéré finalement à la CFDT, que je me suis engagée, c'est que j'avais envie d'avoir un contrôle sur mon travail. J'avais envie, pas d'être simplement une exécutante de mon travail, mais d'être active, de militer pour ce que je voulais dans l'éducation, pour militer sur les droits des salariés, des enseignants. Et ça peut être une manière de s'impliquer aussi dans sa vie professionnelle, d'être syndicaliste.
- Delphine SAGOT
Merci, merci beaucoup. Merci pour cet échange. Merci de nous avoir partagé votre regard sur les enjeux de l'enseignement privé et du syndicalisme aujourd'hui. Un grand merci Valérie GINET.
- Valérie GINET
Merci à vous.