- Delphine SAGOT
Bonjour, nous recevons aujourd'hui Alexis Guitton, professeur de lettres Histoire-Géographie, secrétaire national de la Fep-CFDT en charge des dossiers Droits et Sociétés. Il s'est engagé dans des fonctions syndicales axées sur le développement, l'accompagnement des personnels de droits publics ou encore la lutte contre les discriminations. Il a été élu à la commission exécutive de la Fep-CFDT et exerce donc à plein temps des missions nationales depuis le mois de septembre. dernier. Nous allons aborder des sujets qui concernent à la fois les enjeux EVARS et ARS, les questions de genre et d'identité sexuelle chez les élèves et leur prise en compte dans notre champ professionnel, ainsi que les problématiques spécifiques à l'enseignement catholique et le positionnement syndical de la CFDT. Pour commencer, Alexis, peux-tu rappeler quel est ton rôle au sein de la Fep-CFDT et pourquoi ces sujets font partie de vos champs de réflexion et de travail prioritaires ?
- Alexis GUITTON
Bonjour, je suis secrétaire nationale Fep-CFDT. en charge d'un dossier qui s'appelle « Droits et Sociétés » . Alors c'est un sujet assez large. En gros, ça veut dire que tous les sujets de société qui vont impacter nos univers de travail, nos conditions de travail, notre métier, notre statut, on va les traiter par l'intermédiaire de mon dossier. Donc, ça va être la laïcité, ça va être les discriminations, l'égalité femmes-hommes, la transition écologique. Donc, je vais prendre un petit peu ce qui revient de la Confédération et ce qui revient des débats qui agitent la société pour voir comment les traiter dans nos univers de travail. Presque 15 ans que je suis engagé au niveau national dans la fédération et je siège depuis le début au sein d'un collectif qui s'appelle le collectif Éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire. C'est un collectif intersyndical, on est 12 organisations avec des parents d'élèves aussi, des lycéens, lycéennes, étudiants, étudiantes et au sein de ce collectif, on essaye d'agir contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre.
- Delphine SAGOT
Comment la CFDT analyse-t-elle globalement l'évolution des besoins et des problématiques autour des questions de genre et d'égalité dans les établissements scolaires ?
- Alexis GUITTON
C'est un peu ce que je viens de dire par rapport au dossier qui est nouvellement créé, c'est que les sujets de société, ils impactent directement notre travail. Et on a une société en plein mouvement et des élèves qui communiquent davantage avec nous et qui nous font état de toutes leurs problématiques de développement personnel, d'évolution liée à leur genre, à leurs relations affectives, relationnelles. Et du coup, ça a des conséquences sur notre métier, sur la transmission des acquis, sur le relationnel avec les élèves et on ne peut plus passer à côté. Les collègues ne sont pas suffisamment armés pour aborder le sujet et on a besoin d'accompagnement et de support pour les aider à apporter le sujet et peut-être de temps dédié pour pouvoir traiter, se poser avec les élèves pour traiter ces problématiques-là.
- Delphine SAGOT
Alors pour aider nos auditeurs à mieux comprendre ces différentes problématiques, je propose qu'on les traite de manière distincte les unes des autres, en commençant peut-être par EVARS et EARS, qui est un sujet d'actualité. Quelle est la position de la Fep-CFDT concernant le dispositif EVARS ? Quels objectifs doit-il poursuivre selon toi ?
- Alexis GUITTON
Alors je pense qu'on parlera de l'EARS après, mais le seul dispositif qui existe pour nous c'est l'EVARS, l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité. C'est un programme qu'on a voté au Conseil supérieur de l'éducation l'année dernière, et qui est notamment l'application de la loi de 2001 qui oblige le système éducatif à mettre en œuvre au minimum trois séances d'éducation à la sexualité. Alors ça a été complété par d'autres éléments qui fait qu'on a d'autres caractéristiques educatives, et l'objectif c'est d'éduquer les futurs citoyens et citoyennes pour qu'ils aient des relations affectives, relationnelles comme ça veut bien le dire, épanouies et qu'ils grandissent dans leur relation à l'autre de façon équilibrée.
- Delphine SAGOT
Tu penses que l'EVARS va avoir un impact efficace, concret, sur l'évolution des mentalités, des mœurs de nos jeunes citoyens futurs, citoyens de notre société ?
- Alexis GUITTON
C'est l'intention. Au moment où on a discuté des programmes, on s'est rendu compte que l'essentiel de leur construction relationnelle et affective se passe à l'école et qu'il était nécessaire de leur donner les clés pour pouvoir grandir et s'épanouir dans leur relation à l'autre. Il y avait une ambition importante, notamment portée par le ministre Pap Ndiaye à l'époque, qui était vraiment concerné par ces sujets-là, de pouvoir créer les espaces et donner des clés pour construire ces relations-là. Maintenant il y a une grande ambition, puis peut-être qu'on y reviendra, mais il y a la question des moyens, il y a la question des formations, il y a la question de la connaissance collective des sujets qu'on traite. et la on est pas arrivé à repondre aux besoins et à l'ambition qui était posée. Mais malgré tout, on a un cadre programmatique. C'est la première fois qu'on a un programme qui met en forme l'ensemble de ces sujets-là. Ça fixe une base qui va permettre aux enseignants et enseignantes, qui en grande partie faisaient déjà un petit peu d'EVARS dans leurs cours, de mettre en cohérence leurs enseignements et d'être aussi en sécurité pour aborder ces sujets-là avec les élèves. Donc ça crée quand même un cadre formel qui n'existait pas dans cette ligne avancée. Mais sans l'information, sans les moyens, sans la baisse de la pression des programmes, des autres programmes, peut-être qu'on n'arrivera pas au bout de l'intention.
- Delphine SAGOT
Alors justement, nous parlions d'EARS à l'instant. Ce serait intéressant que tu nous éclaires aussi sur cette différence entre EVARS et EARS. Quelle analyse fais-tu du dispositif EARS que l'enseignement catholique veut imposer en lieu et place du dispositif EVARS dans nos établissements ? Et quels sont selon toi les points d'alerte ?
- Alexis GUITTON
Il y a toute une chronologie qui serait intéressante d'étudier l'EVARS. Ça fait longtemps que les associations, longtemps que les organisations syndicales le revendiquent. Elles revendiquent une véritable éducation à la sexualité dans un premier lieu. Mais on est arrivé à l'EVARS que l'année dernière avec une application en cette rentrée scolaire. On a quelque chose qui tient en compte, qui prend en compte l'ensemble des obligations de formation et puis le respect aussi du droit sur la lutte contre les discriminations, l'égalité, le développement des compétences psychosociales. Donc il y a tout un ensemble de compétences et de connaissances qui s'acquièrent par le programme des EARS, compétences qui sont nouvellement mises en œuvre. L'EARS, c'est un dispositif qui est mis en place par l'enseignement catholique depuis 2010, mis à jour en 2015, qui vise à traiter ces problématiques-là par le spectre de l'idéologie, de la religion et de l'enseignement catholique. Sur beaucoup de points, on va retrouver des convergences sur le respect de l'autre, sur l'écoute, la relation de groupe, sur le consentement, sur la lutte contre les violences. On va retrouver des éléments de convergence autour du programme. Mais pour l'EARS, le dogme est là. Et du coup, certains sujets sont soit non traités, soit traités au regard de la vision de l'Église. Ce qui peut poser des soucis et ce qui peut contrevenir complètement à l'EVARS. Alors, l'enseignement catholique a dit qu'il allait appliquer l'EVARS. Donc, les 6 heures dans le second degré, obligatoire, 3 heures dans le premier degré, l'enseignement catholique a dit qu'il allait les traiter. Mais son discours, c'est en dehors de ces heures-là de programme, c'est l'EARS qui s'applique dans tous les temps scolaires. Et du coup, ces frottements, ces différences d'appréciation de ce que doit être l'éducation à la sexualité notamment, de ce que doit être l'éducation à la lutte contre les discriminations, c'est les deux éléments centraux qui vont... cristalliser les zones de convergence. Là, l'enseignement catholique dit certes il y a le programme, donc nous on s'en mêle pas mais en dehors c'est notre vision de ces deux points-là qu'il faut transmettre.
- Delphine SAGOT
Ce qui est dangereux.
- Alexis GUITTON
Ce qui est dangereux, problématique, est ce qui est contraire aux valeurs de la République. Les établissements privés sous contrat exercent une mission de service public et dans ce temps-là que ce soit face à face enseignant, élève ou tout temps d'accueil on doit transmettre les valeurs de la République. Donc là, ça contrevient clairement à ce cadre.
- Delphine SAGOT
Est-ce que tu as pu cibler les difficultés que les personnels éducatifs rencontrent dans la mise en place de ces dispositifs ? Et comment la Fep-CFDT envisage de pouvoir accompagner et aider à trouver des leviers pour pallier ces difficultés ?
- Alexis GUITTON
On en a un petit peu parlé dans les précédentes questions. La grosse difficulté, c'est que le programme est arrivé finalement rapidement Il se met en place rapidement après de longues discussions, mais il est arrivé comme ça dans des équipes enseignantes qui ne savent pas exactement comment elles doivent le mettre en œuvre. Et du coup, la grosse difficulté, c'est le problème de formation. Alors déjà, la grosse difficulté, c'est que tous les personnels aient une formation et que les personnels aient une formation qui rentre bien dans le cadre de l'EVARS, et pas de l'EARS. Une formation qui s'affranchisse des dogmes et de pression prosélite. Donc, le premier travail que nous avons fait, c'est de voir si des formations sont dispensées et si elles restent bien dans ce cadre, auquel cas, on a déjà des retours que c'est pas ce format là partout. Nous, on remonte au ministère et dans les différentes instances dans lesquelles on siège, les dysfonctionnements. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est d'essayer d'obtenir davantage de moyens, davantage d'espace pour réaliser ce temps d'EVARS. Donc, revendiquer une baisse de la pression programmatique et revendiquer des dotations dans les académies et au niveau national pour que l'EVARS puisse avoir cet espace inscrit dans les emplois du temps pour formaliser et donner du crédit aussi à ce temps-là. Donc c'est essentiellement du revendicatif. Et là, on travaille beaucoup avec le collectif et avec des assos notamment qui agissent pour l'égalité femmes-hommes. C'est de donner des outils, de créer des outils que le ministère va valider en quelque sorte, en tout cas va mettre à disposition sur Eduscol pour pouvoir réaliser ces séquences, séances d'EVARS. C'est à peu près les trois axes.
- Delphine SAGOT
Mais avec quand même une difficulté en termes de cadrage. Les organismes qui proposent les formations auprès des enseignants sont pour certains confessionnels. Et les établissements revendiquent le caractère propre pour justement imposer ce type d'organisme de formation. Comment lutter ? Parce que là, il y a quand même un problème de définition, de cadrage.
- Alexis GUITTON
Il y a eu des allées et venues sur le texte qui ont créé du flou déjà. C'est le problème parce que pendant tout le processus d'examen du texte au Conseil supérieur de l'éducation, il y a eu des pressions de mouvements réactionnaires qui ont fait des allers-reculs sur le texte, au-delà des amendements, des avancées qu'on a pu porter en collectif, notamment par l'intermédiaire d'inter-syndicales pour aller voir le ministre et pour agir au Conseil supérieur de l'éducation. Donc il y a un flou qui s'est créé, ce qui fait que le texte, une fois voté, il y a eu d'autres éléments d'application qui ont continué à créer le flou, notamment sur l'intervention des associations agrées. Le programme dit clairement que pour mettre en œuvre ces séances, seuls les enseignants ont la compétence de le faire mais qu'ils et elles peuvent être accompagnés d'associations qui ont un agrément. Mais sans dire si c'est éducation nationale, si c'est jeunesse et sport ou autre. Et derrière, le Vademécum recule un petit peu dit qu'en premier degré, il n'y a pas forcément besoin d'associations, ils n'ont pas forcément besoin d'être agréés, voire que c'est même mieux de ne pas faire intervenir d'associations. Donc on a dû faire réinscrire ça dans le texte derrière. On voit bien qu'il y a une crainte du ministère, et qu'il y a des pressions sur le ministère qui font qu'il y a des reculs parfois. Et donc, alors qu'on met en œuvre à la rentrée de septembre les premières séances, nous on voit les premiers accommodements de l'enseignement catholique avec ces textes réglementaires, ces programmes. Et donc on nous alerte d'intervention, c'est ce que tu as dit, d'associations confessionnelles, d'associations parfois qui se sont créées. vraiment sur le fondement de l'idéologie anti-IVG, en réaction au planning familial, et qui ne vont pas intervenir sur l'EARS, ça serait déjà un problème, mais vont intervenir sur le temps de programme, sur l'EVARS, et parfois même sans enseignants et enseignantes. Donc on est complètement hors cadre du programme d'EVARS. Et là, on n'a pas toujours les retours puisqu'il y a une opacité qui se crée. Donc qu'est-ce qu'on fait nous à ce moment-là ? Quand on est alerté, on remonte les choses au rectorat, on remonte les choses au ministère, le ministère va rappeler à l'ordre les établissements. Parfois, on passe aussi par les CSE dans les établissements. On n'est pas forcément dans les prérogatives des CSE, mais le traitement d'un programme ou l'introduction d'associations qui sont confessionnelles, qui transmettent un discours contraire aux valeurs de la réplique, ça peut dégrader considérablement la qualité du travail des personnels, la qualité de vie des élèves et ça devient de la prérogative du CSE. Donc, Le CSE peut questionner l'intervention de ces associations. Et c'est déjà arrivé, on a eu le cas à Lyon notamment, où les associations étaient déprogrammées, parce qu'on avait agi souvent avec ces trois échelles, l'établissement, le rectorat et les ministères. Mais il y a des rectorats qui ne sont pas au clair avec ça. Je pense que les personnels dans le rectorat ne connaissent pas forcément toujours les textes et la façon dont ils s'appliquent. Et là, sur la dernière affaire à Pau, à l'Institut Saint-Dominique à Pau, donc on a une association, la même qu'à Lyon ainsi que Cylcoshow, qui intervient. où on a tous les éléments, donc elle intervient en homicité, parents, mère-fille, père-fils, avec tous les biais de stéréotypes de genre et sans enseignants, sans enseignantes. Et on sait que là, le discours, il va être biaisé. On a les plaquettes de ces cyloshow et on voit très bien qu'il y a des stéréotypes de genre qui sont transmis, que la seule façon d'aborder la sexualité, c'est par l'angle de la procréation et on ne va pas l'aborder de la même façon avec les filles, q'avec les garçons. Donc là, tous les problèmes sont dans l'intervention. On remonte au rectorat qui nous dit que dans l'enseignement privé sous contrat, les associations ne sont pas obligées d'être agréées. Et donc c'est à la main de la direction de choisir quelle association va intervenir ou pas. Ça contrevient complètement au texte. Le programme s'applique exactement de la même façon dans le public et dans le privé sous contrat. Et comme dans l'introduction du programme, c'est noté que les associations agréées ont seules la possibilité d'intervenir, normalement il n'y a pas photo quoi.
- Delphine SAGOT
Merci de nous avoir éclairés sur ce premier point. Je propose qu'on aborde maintenant les questions de genre et d'identité sexuelle chez les élèves. Depuis quelques années, les équipes éducatives sont davantage confrontées à des situations impliquant des élèves en questionnement ou en transition. Quels sont selon toi les besoins des personnels pour accompagner ces élèves de manière respectueuse, sécurisante et conforme à leur mission éducative ?
- Alexis GUITTON
C'est toujours la même chose. Le besoin, c'est un besoin d'être sensibilisé et d'être formé au cadre qui existe déjà en l'état. Il y a une circulaire qu'on a pu obtenir, quand je dis « on » , c'est la Fep-CFDT, mais le collectif dans lequel je siège au titre de l'organisation, c'est ce qui s'appelle la circulaire Blanquer. La circulaire, il faudrait que je retrouve la dénomination exacte, mais d'accueil des élèves trans ou des élèves qui se questionnent sur leur identité de genre. Et cette circulaire, elle donne des éléments, des clés pour accueillir des élèves qui se questionnent sur leur identité de genre et donc sur l'accueil en classe, sur l'utilisation du prénom choisi... sur les échanges avec les parents, sur ce sujet-là. Il y a tout un cadre qui est ni plus ni moins que la formalisation de ce qui existe dans la loi. On n'a pas recréé du droit supplémentaire. Sauf que cette circulaire, qui facilite les relations parents-enfants et personnel éducatif, sur ces sujets-là, elle est quasiment entièrement méconnue. Les collègues ne savent pas qu'elle existe, ils n'ont pas de formation sur ces sujets d'orientation sexuelle et d'identité de genre, et du coup ne peuvent pas appliquer Alors, pire encore chez nous, puisque la circulaire est niée par l'enseignement catholique. C'est toujours ce problème de flou entre le statut contraint à l'association des classes et le caractère propre des établissements qui fait que tout ce qui est du domaine de la circulaire, l'enseignement catholique la refuse. On considère que ça ne les concerne pas. Et l'enseignement catholique, pire, a publié des fiches d'identité de genre qui là aussi contreviennent entièrement même aux droits et aux valeurs de la République. Donc nous, on combat ces fiches-là Peut-être qu'avec le nouveau secrétaire général, on réussira à revenir un petit peu sur ces points-là. Mais le gros sujet, c'est de donner de la capacité à connaître les textes réglementaires aux collègues.
- Delphine SAGOT
Ça répond à la question que j'envisageais de te poser, puisqu'effectivement, on rencontre aujourd'hui des enseignants qui peuvent se retrouver isolés face à ces problématiques et en questionnement par rapport aux contradictions finalement que posent. Le choc entre ce qui est censé être appliqué et puis ce à quoi s'opposent bon nombre de directions. Quel message tu souhaiterais formuler à nos collègues qui parfois peuvent se trouver dans ces situations, peuvent se sentir isolés ? Parfois peut-être aussi eux-mêmes en questionnement parce que ça demande aussi une clarification qui n'est pas toujours évidente pour tous.
- Alexis GUITTON
À défaut de formation dans les territoires sur ces sujets-là, les organisations syndicales, les associations sensibilisent et forment. Moi, je conseille à ces collègues-là de se documenter, de se rapprocher de nous, de se rapprocher du collectif éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire, donc un ensemble de personnes, d'acteurs et d'actrices qui sont particulièrement aguerris à ces problématiques-là, qui peuvent les accompagner dans la prise en charge et dans la réponse à leurs questions, même pratiques. Le fait qu'on ait un spectre large d'organisations, ça va obligatoirement faire qu'il y aura quelqu'un au territoire qui pourra les aider dans l'urgence. Ils nous alertent, on a des réseaux sociaux je parle toujours du collectif, ils nous alertent et à ce moment-là, on les met en relation avec la personne la plus incapacée de répondre à la question précise. Après, il y a toujours des cellules dans les rectorats pour accompagner à la prise en charge de ces problématiques, soit d'orientation sexuelle, soit d'identité de genre qui sont abordées directement. Il y a des référents normalement dans les rectorats. La cellule, c'est la cellule valeur de la République. On va trouver des organigrammes dans tous les rectorats et dans les organigrammes, on va trouver le référent égalité. Souvent, le référent égalité, c'est aussi le référent lutte contre les discriminations. Et là, logiquement, on connaît toutes les difficultés de personnel dans les rectorats. Là aussi, il y a des sous-effectifs, mais normalement, ils peuvent répondre aux questions. Et puis peut-être ce que j'aurais dû dire lors de la réponse à la question précédente, c'est évidemment que les chefs d'établissement ont un rôle essentiel à jouer. On ne forme pas des personnels sans former les cadres, sans former les responsables. Et les chefs d'établissement, ils ont une mission de service public. Ils ont beau être missionnés principalement par l'enseignement catholique, le rectorat vérifie qu'ils mettent en œuvre cette mission de service public. Donc il faut les former ces chefs d'établissement. Et puis il y a des accords à négocier aussi. Le sujet de la lutte contre les discriminations et de l'égalité, ça avance grâce à des accords d'établissement et des accords au niveau des académies. Au niveau national, il y a un accord égalité femmes-hommes et il y a un accord lutte contre les discriminations qui en train de ce négocier. Donc ça crée un cadre qui est securisé, déjà, le fait qu'on en parle Ça crée des moyens, des lieux d'écoute. Ça donne de la capacité à des personnels pour s'emparer du sujet. Et ces accords-là, on peut les négocier à toutes les échelles jusque dans les établissements. Et finalement, Quand il y a de la visibilité de la prise en charge de ces sujets, quand il y a une, deux, trois personnes très sensibilisées et formées dans les établissements, ça va libérer la parole et ça va donner du pouvoir d'accès à ces problématiques-là. Et du coup, les jeunes vont pouvoir en parler.
- Delphine SAGOT
Accords dans les établissements, mais y a-t-il une instance ? C'est au sein du CSE que ces accords peuvent se discuter ? Ou est-ce qu'il faut créer une autre instance pour ce faire ?
- Alexis GUITTON
Si on parle des accords, les accords, c'est du droit syndical dans l'entreprise, donc c'est les délégués syndicaux qui vont négocier pour les personnels les accords. Mais si on négocie un accord de lutte contre les discriminations pour les personnels et qu'on le promeut, qu'on fait savoir cet accord-là, évidemment les élèves vont avoir connaissance du fait qu'on prend en charge ces sujets-là. Après il y a d'autres instances qui existent surtout dans le public et qu'il faut faire exister dans le privé sous contrat des établissements publics en ont, c'est des conseils pédagogiques notamment, c'est des lieux de concertation qui vont être beaucoup plus centrées sur l'accueil, sur les élèves et sur le pédagogique. Et là, ces sujets ont toute leur place là. Il y a les CESC aussi. C'est les instances qui regroupent tous les acteurs et toutes les actrices des communautés éducatives, élèves, parents, éducateurs, enseignants, l'ensemble des personnels se retrouvent pour traîter des questions sociales, environnementales, citoyennes. Et là, on peut créer des dispositifs par l'intermédiaire de ces instances pour prendre en charge les sujets de lutte contre les discriminations. Il y a des établissements qui, par le biais de ces discussions paritaires, de ces discussions multi-acteurs et actrices dans ces CESCE, ont créé des clubs LGBT notamment, qui permettent à des élèves qui se questionnent sur leur orientation sexuelle ou qui veulent vivre pleinement leur orientation sexuelle ou leur identité de genre dans les établissements de venir y proposer des choses, y interagir et construire peut-être du... de la communication, de la transmission culturelle dans les établissements sur les problématiques propres.
- Delphine SAGOT
Donc tu nous dis bien qu'il existe des leviers, des instances. Certaines sont déjà en place, d'autres sont peut-être à initier. Il faut que les enseignants se mobilisent, et les enseignants et l'ensemble des acteurs du système éducatif et parfois donc négocient, voire bagarrent un petit peu pour que ça s'implante dans les établissements. Il existe par exemple la journée des communautés, qui est censée être un cadre idéal pour ce type d'action, de discussion, de dialogue, mais quand même assez rare que les chefs d'établissement les ouvrent à ces problématiques-là.
- Alexis GUITTON
Oui, c'est pas forcément ces sujets-là qui vont être choisis par les directions pour travailler ces journées-là. En fait, le seul axe revendicatif je pense qu'il faut avoir pour faire avancer ces problématiques-là dans le privé comme dans le public, c'est que les mêmes instances qui existent dans le public existent obligatoirement dans le privé. Il faut qu'il y ait un cadre réglementaire qui oblige tous les établissements privés avoir des instances de concertation pédagogique, avoir des CESCE et que les représentants des enseignants aient aussi leur place dans les conseils d'administration parce que ça peut se discuter à cet endroit-là. Et à ce moment-là, il y aura la même possibilité que les programmes des EVARS et la lutte contre les discriminations soient traités de la même façon dans le privé et dans le public. Mais en même temps, il faut des moyens. Il faut donner des moyens à la concertation. Il faut donner... du temps. Et là, privé est à la même enseigne que public. Quand on court après le temps pour terminer ses programmes, quand on ne se voit pas entre collègues parce que la charge travail est trop importante, on n'a pas le temps de se poser pour traiter ces problématiques-là.
- Delphine SAGOT
Et justement, je voudrais revenir au principe de ce dialogue que tu évoquais. Comment la Fep-CFDT dialogue-t-elle avec les instances de l'enseignement catholique sur ces sujets-là précisément ? Est-ce que tu considères que ce dialogue existe ? Est-ce qu'il est plutôt en train de progresser de manière positive ou peut-être à l'inverse de régresser ? Quel regard portes-tu actuellement sur ce dialogue ?
- Alexis GUITTON
C'est un peu compliqué parce que le dialogue, il a beaucoup changé ces deux dernières années. Il a beaucoup évolué. Si on se rappelle un petit peu la chronologie des petits échanges musclés entre notre organisation syndicale et l'enseignement catholique, à l'origine d'une rupture du dialogue social. Je ne sais pas si tout le monde l'a à l'esprit, mais justement j'en ai parlé tout tout à l'heure, il y a deux ans, des fiches d'identité de genre ont été construites hors de tout dialogue social par l'enseignement catholique qui transmettait un dialogue qu'on pouvait identifier comme clairement homophobe et transphobe. Quand on dit que le corps est un don de Dieu auquel on ne peut pas toucher et quand on dit que la sexualité ne peut se vivre qu'entre un homme et une femme, entre un garçon et une fille, on est hors cadre valeur de la République et on peut clairement identifier les choses comme homophobes et transphobes. Le problème c'est que quand on dit ça, dans toutes les instances dans lesquelles on siège à l'enseignement catholique et à ses acteurs et actrices, à ses responsables. ils ne comprennent pas. Donc il y a un problème de gap culturel. Et donc avant que ces fiches soient publiées, on les a eues dans leur version encore non finalisée et on s'est dit qu'on s'opposera littéralement à ça. C'est contre les valeurs de la Fep-CFDT, c'est contre les valeurs de la République. Donc ça ne peut pas être la base d'un échange sur ces sujets-là dans des lieux de service public et dans des lieux de transmission et d'échange avec des élèves. On s'est opposés à ça. Derrière il y a des établissements scolaires qui ont complètement vrillé dont des établissements du Pays Basque, du Béarn, si vous vous souvenez un petit peu. Et là, il y a eu une scission radicale avec l'enseignement catholique et presque une crispation, un repli sur ces problématiques-là. Alors après, il y a un contexte, on a un repli sur ces problématiques-là, une polarisation sur ces problématiques-là. Mais l'enseignement catholique a bien rompu la discussion. Et puis les programmes sont arrivés, les programmes d'EVARS progressivement. Avec un premier temps, l'enseignement catholique a dit qu'il n'appliquerait pas ces programmes. qui sous fond d'affaires Betharam a dit qu'il les appliquerait quand même. Et quand même, toujours cette même position de vous la Fep-CFDT, vous avez un discours qui est partisan sur le sujet, presque comme un discours qui va être taxé de wokiste sur le sujet, puisque ça peut être des termes qui sont utilisés dans ces sphères-là. Et donc il n'y avait plus moyen de communiquer. Depuis l'arrivée du nouveau secrétaire général de l'enseignement catholique, Et aussi, dans le cadre d'échange avec la secrétaire générale adjointe, qui a un discours beaucoup plus dans la compréhension. Cherche à comprendre. On arrive à reposer un cadre de dialogue, mais il y a des courants de pensée. Donc c'est un petit peu compliqué. Donc là, aujourd'hui, c'est ce que je disais juste avant, on en est à essayer de faire comprendre les positions de chacun et de leur expliquer. Nous, on en est à leur expliquer pourquoi on considère qu'il y a des éléments de langage, il y a une idéologie dans l'Église, dans une certaine partie de l'Église, qui est complètement contraire. à un portage respectueux des textes des sujets de discrime et des sujets d'égalité femmes-hommes. On essaye de leur faire comprendre ça. Alors nous, on est bien les formés, mais il faut qu'on revienne sur ces deux éléments de crispation, sur la transidentité et sur l'égalité femmes-hommes. Alors il y a la secrétaire générale adjointe, elle va nous dire que ce n'est pas parce qu'on dit que les relations affectives et sexuelles sont majoritairement en train de nommer une femme, qu'on exclut les autres. Ce fonds en train de nommer une femme ne peut pas sortir d'une dite norme. Mais ce qu'il faut leur expliquer, c'est qu'en créant une norme des enfants en construction, en considérant qu'il y a une norme et que c'est cette norme-là qu'on doit aborder, il y a des enfants en construction qui se sentent exclus littéralement. Et à un moment où les questionnements peuvent avoir des conséquences très importantes sur la santé mentale des jeunes, on ne peut pas faire et cacher toutes les façons de vivre sa sexualité, toute sa façon de vivre son affection à l'autre, et toutes les façons de vivre son rapport à son corps. Et donc il faut les rendre visibles. Donc c'est peut-être notre travail dans la discussion, on ne pourra pas faire changer littéralement les textes de l'enseignement catholique, mais en rendant visible ce que l'enseignement catholique veut cacher, peut-être qu'on avancera, et en formant, en informant davantage l'ensemble des acteurs et actrices de l'enseignement catholique, on pourra peut-être trouver des zones de convergence. D'ici à appliquer formellement la stricte transmission des valeurs de la république Il y a un gros chemin sur ces éléments-là. En tout cas, il y a plus d'espaces de dialogue, notamment au sein des instances nationales de l'enseignement catholique.
- Delphine SAGOT
Merci beaucoup, c'était vraiment extrêmement riche et je trouve que tu as vraiment clarifié un certain nombre de positionnements. Tu as mis aussi quand même en lumière les contradictions que nous vivons au sein des établissements, mais aussi les contradictions de l'enseignement catholique qui se retrouvent aujourd'hui effectivement dans l'obligation de devoir accordé à ses valeurs, à la priorité de l'enfant et son bien-être en définitive. Alors, en conclusion, je vais te demander d'essayer de résumer les grandes priorités, selon toi, de la Fep-CFDT pour garantir un cadre scolaire protecteur, inclusif, respectueux, des identités de toutes et de tous. Quelles sont les principales priorités que tu définirais ?
- Alexis GUITTON
Alors, il y a deux choses. La première chose, ça va être revenir sur des priorités revendicatives que j'ai pu donner pendant les quelques minutes d'entretien qu'on a eues, l'État, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, a été condamné pour non-application de la loi 2001 sur l'éducation à la sexualité. Il y avait trois associations qui avaient porté plainte contre l'État avant les premières réflexions sur les programmes et du coup il a été condamné à un euro symbolique mais pour ne pas avoir respecté son obligation à mettre en œuvre l'EVARS finalement. Donc aujourd'hui, depuis le début de la plainte, les programmes existent. Sauf qu'ils n'ont pas de moyens. Sauf qu'il n'y a pas de formation pas suffisantes des personnels et pas de formation vraiment complètement vérifiée quand on fait qu'elle rentre complètement dans le cadre programmatique. Donc ce à quoi on va devoir réfléchir, c'est comment on peut peser sur cet élément d'actualité pour demander du temps, des moyens, de la dotation pour que l'EVARS puissent se mettre en œuvre correctement dans tous les établissements. Ça, c'est le premier élément de bilan. Et vous aimez l'ens, c'est peut-être rebondir sur ce que tu viens de dire. Je ne sais plus comment tu l'as formulé, mais le gros sujet revendicatif et le gros sujet à respecter, c'est l'intérêt supérieur de l'enfant. On a signé il y a plus de 30 ans un texte international qui s'appelle la Convention internationale des droits de l'enfant. Et ce texte-là, il est très simple et il cadre clairement le fait qu'il faut, en cherchant à respecter le droit souverain de l'enfant, à sa liberté d'expression, à la prise en compte de sa parole, au même niveau qu'un parole d'un adulte quand c'est pour son autodétermination par exemple, si on s'appuie clairement sur ce texte-là, texte auquel fait référence le secrétaire général de l'enseignement catholique, ça montre bien qu'on peut se retrouver... en cherchant sur quels leviers on peut appuyer. Si on s'appuie sur ce texte-là, on protégera les enfants, on les écoutera et on pourra construire avec eux leur chemin et les aider sur tous les sujets qu'on a portés. Orientation sexuelle, égalité et identité de genre.
- Delphine SAGOT
Très bien. Merci Alexis.
- Alexis GUITTON
Merci à toi.