- Laure Verhaeghe
Pour la petite histoire, je roulais à 14 ans en scooter électrique, un Peugeot qui pesait trois fois mon poids, qui faisait du 45 km heure en descente, et tous mes copains me déposaient en mobilette. Mais ça m'a donné très tôt cette ouverture et ce suivi, cette expertise sur les sujets d'énergie renouvelable et de transition énergétique. Il n'y a aucune perte définitive sur les projets, c'est 850 millions d'euros la levée. Et c'est effectivement un peu plus de 1500 projets financés. On a toujours imaginé que Lendosphère était une PME et pas une start-up.
- Damien Guermonprez
Vous l'avez industrialisée tout de suite ?
- Laure Verhaeghe
C'est plus qu'on n'a jamais dépensé plus que ce qu'on gagnait. On n'a pas levé d'argent parce qu'il fallait lever de l'argent. Toute la place a un moment levé de l'argent et on s'est dit, si on levait de l'argent, qu'est-ce qu'on en ferait ? Des pertes. Oui. Et donc, on a été profitables tout de suite. C'est vraiment la raison d'être de Lendosphère. C'est d'être un outil au service des particuliers pour décarboner leur épargne.
- Damien Guermonprez
Bienvenue sur Show Me The Money, le podcast européen de la finance alternative. Je m'appelle Damien Guermonprez, je suis président exécutif de Lemonway, l'établissement de paiement au service des places de marché. Nous allons ensemble tenter de décrypter la finance alternative à travers ceux qui la vivent au quotidien. Vous allez voir, ça bouge beaucoup, donc installez-vous confortablement. C'est parti ! Bonjour Laure.
- Laure Verhaeghe
Bonjour Damien.
- Damien Guermonprez
Co-fondatrice de Lendo Company. C'est-à-dire la fusion de lendosphère et lendopolis.
- Laure Verhaeghe
Exactement.
- Damien Guermonprez
Le leader européen du financement participatif dans l'énergie renouvelable. Ce n'est pas rien. Et c'est la raison pour laquelle je voulais que nous passions une demi-heure ensemble.
- Laure Verhaeghe
Merci beaucoup.
- Damien Guermonprez
Alors, si tu veux bien, on va commencer par le début. Tu es originaire du Nord, comme moi. Tu es plutôt littéraire. Cagnes, Hippocagnes, Affé d'herbe. Et puis ensuite, Sciences Po, Lille. Et tu deviens journaliste. Six ans. Alors, est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette période ?
- Laure Verhaeghe
Alors, effectivement, j'ai un profil plutôt littéraire dans les études, mais j'avais fait un bac S que j'avais eu avec les honneurs. Et j'ai toujours aimé la conjugaison, la conjonction entre les deux univers qui, pour moi, se répondent énormément. On n'a pas un cerveau purement scientifique ou un cerveau purement littéraire, mais ça, ça doit dialoguer et se conjuguer. Et c'est pour ça que... Finalement, à Lendosphère, il y a une grosse partie d'extra-financiers dans le financement participatif, mais ça, on y reviendra un peu plus tard. Et donc, effectivement, une enfance dans le Nord, à côté de Lille, à la campagne, une famille d'entrepreneurs, donc un héritage entrepreneurial au sein de la famille et surtout une famille aussi très pionnière dans le secteur des énergies noires, mais la transition énergétique. Pour la petite histoire, je roulais à 14 ans en scooter électrique. un Peugeot qui pesait trois fois mon poids, qui faisait du 45 km heure en descente, et tous mes copains me déposaient en mobilette. Mais ça m'a donné très tôt cette ouverture et ce suivi, cette expertise sur les sujets d'énergie renouvelable et de transition énergétique.
- Damien Guermonprez
Alors quand arrive le cadre juridique du financement participatif en 2014, tu te lances, vous vous lancez parce que tu n'es pas seul, tu vas chercher quelqu'un, peut-être ton compagnon. qui est scientifique, qui est ingénieur, qui va coder la plateforme, et vous allez ensemble lancer Lendosphère. Alors, qu'est-ce qui t'a pris ? Qu'est-ce qui vous a pris tous les deux ?
- Laure Verhaeghe
On a, en 2014, une révolution qui se met en place au niveau réglementaire, qui est de dire, les particuliers vont pouvoir financer directement des entreprises et des projets avec un retour sur investissement, donc le crowdfunding. Le crowdfunding existait déjà, il y avait déjà des plateformes qui opéraient, qui opéraient bien. et tout un lobbying pour mettre en place ce marché du financement participatif en prêts rémunérés et en equity, avec un cadre réglementaire stable, dans l'optique de protéger au mieux les investisseurs et de poser des bases claires et des contrôles clairs de l'autorité des marchés financiers.
- Damien Guermonprez
Alors tout ça, tu le vois aujourd'hui, mais à l'époque, c'est de la structuration de financement, c'est pas si facile, je veux dire, il faut construire.
- Laure Verhaeghe
Il faut construire ? Alors moi j'avais effectivement passé six ans... en qualité de journaliste spécialisé sur les questions de développement durable, avec deux sujets de prédilection qui étaient, un, l'énergie et deux, la finance. C'est vraiment les deux piliers et les deux secteurs incontournables si on veut réussir une transition et adresser les enjeux climatiques qui sont urgents, essentiels et pour le coup, eux aussi incontournables. Et donc, sans l'énergie et sans la finance, on ne peut rien faire pour adresser le défi climatique. et avec Amaury Blais qui est effectivement mon mari et avec qui on a créé Lendosphère en 2014, on partage ces valeurs, ces convictions, et on partage cette certitude qu'il faut agir, et qu'il faut agir rapidement, alors à notre échelle, mais rapidement, et surtout trouver dans notre métier, au quotidien. le sens et la certitude de faire quelque chose qui va dans le bon sens. Donc, on crée Lendosphère en 2014. Moi, j'ai l'expertise marché et l'expertise communication. Donc, toute la partie d'acquisition, investisseur finalement, communication, marketing, Amaury, lui, a l'expertise IT et structuration des financements. Il est ingénieur, il est un passé dans le financement de projet dans le secteur bancaire.
- Damien Guermonprez
Oui, j'ai vu qu'il avait en effet travaillé chez BNP.
- Laure Verhaeghe
Donc, ça, ça aide.
- Damien Guermonprez
Et alors vous créez vos locaux, vous vous installez où à Paris ?
- Laure Verhaeghe
Alors on est tous les deux à Paris à ce moment-là, donc on installe nos bureaux. Alors pour démarrer comme de jeunes entrepreneurs, on n'avait pas des locaux comme on a aujourd'hui en plein centre de Paris. On avait au début pas d'équipe et puis on a structuré l'équipe au fur et à mesure. Aujourd'hui on est une vingtaine de personnes et on crée Lendosphère. en ayant cette certitude qu'on répondait d'un côté à un besoin bien identifié chez les développeurs d'énergie renouvelable, qui est de favoriser l'ancrage territorial des projets. Et comment ils peuvent le faire ? Ils peuvent le faire soit en apportant des mesures compensatoires, quand même pas mesures compensatoires aux collectivités ou aux riverains des projets, mais il leur manquait un levier essentiel. Souvent, ce qui leur était dit sur le terrain, c'est très bien, il y a des retombées fiscales pour la collectivité, mais moi citoyens, qu'est-ce que je récupère de ce projet ? Il n'y avait pas d'outil pour répondre à cette attente qui était quasiment systématique sur le terrain. Et le financement participatif leur permet pour la première fois de répondre à cette attente en disant, si vous rivre, on mettra en place une campagne de financement participatif, vous pourrez investir à partir de 50 euros, donc même de façon symbolique, et vous pourrez donc récupérer une partie du partage de la valeur de ces projets d'énergie renouvelable. Et ça, c'est un vrai levier d'ancrage territorial et d'amélioration. de la perception et de la compréhension des enjeux de la transition énergétique sur le terrain.
- Damien Guermonprez
D'accord. C'était une façon aussi de faire passer la pilule aux locaux ?
- Laure Verhaeghe
On peut le voir comme ça. De toute façon, il faut que cette transition énergétique se passe. Et si c'est autrement qu'au forceps, avec des recours qui font qu'on prend 10 ans, 15 ans de recours, de frais d'avocat et de tracasseries juridiques, tant mieux. Si on permet, alors il y a plein d'autres leviers, le financement participatif est un des leviers de la boîte à outils. du développeur pour faire un bon projet qui est bien ancré territorialement. Mais en tout cas, le participatif est un des outils qui permet de le faire. Et donc, de faire évoluer la perception qui serait juste une gêne ou un impact négatif en quelque chose d'attractif, de positif et qui ancre le territoire dans l'avenir de la transition énergétique.
- Damien Guermonprez
Et de rentable pour les investisseurs.
- Laure Verhaeghe
Et de rentable. Le taux d'intérêt moyen en 2025, c'est un peu plus de 7% par an. et donc c'est des maturités moyennes entre 2 et 5 ans aujourd'hui sur la plateforme.
- Damien Guermonprez
D'accord, donc 3 ans par exemple. Alors ce n'est pas liquide, il faut attendre la fin. Mais ce qui est exceptionnel chez vous, c'est qu'il n'y a pas de coût du risque. Pratiquement.
- Laure Verhaeghe
C'est un produit risqué, on ne dira pas le contraire. Aujourd'hui, on a un track record de plus de 12 ans sur Lendosphère et Lendopolis avec aucune perte définitive à date. Donc effectivement, ce coût du risque aujourd'hui, il est nul, sachant que les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
- Damien Guermonprez
Je permets quand même de rappeler que... Chacune des plateformes, c'est plus de 400 millions collectés. Donc, 400 millions financés chacune, ça fait 800 millions. Pour 1600 projets, à peu près, chacune des plateformes, c'est 800 projets. Et tu me dis qu'il n'y a pas de projet en défaut.
- Laure Verhaeghe
Il n'y a aucune perte définitive sur les projets. C'est 850 millions d'euros levés. Et c'est effectivement un peu plus de 1500 projets financés. En fait, ce qu'on fait, c'est qu'on finance des projets d'entreprise. Ce ne sont pas des projets particuliers. et des entreprises qui sont bien implantées, qui sont des experts de leur secteur, qui savent développer, financer, construire et exploiter des infrastructures énergétiques, des centrales solaires, des parcs éoliens, des unités de réseaux de chaleur, de méthanisation, de l'hydro. Et donc aujourd'hui, c'est des entreprises industrielles qui développent, financent et exploitent des infrastructures renouvelables d'envergure industrielle.
- Damien Guermonprez
Alors Laure, puisque nous sommes dans le modèle économique, qu'est-ce qui est le plus difficile ? puisqu'il s'agit d'une place de marché. Est-ce qu'il est plus difficile de trouver des investisseurs ou des projets ? Au début déjà. Parce qu'il faut amorcer cette page d'amorcer.
- Laure Verhaeghe
Il faut un premier client.
- Damien Guermonprez
C'est un cercle vertueux qu'il faut amorcer.
- Laure Verhaeghe
C'est effectivement un cercle vertueux. Le monde attire le monde. Une plateforme sur laquelle il n'y aura aucun projet ou en temps en temps, c'est quelque part, il y a une suspicion qui s'installe chez les investisseurs. Il faut aussi avoir un track record bon, parce qu'on a beau avoir plein de dossiers, s'ils sont tous mal structurés, mal... mal analysé, ce n'est pas pour autant que les investisseurs resteront après 3, 4, 5 défauts. On aura forcément une désaffection et une perte de confiance des investisseurs. Ce qui est important c'est donc d'avoir des projets, mais des projets de qualité. Et nous, on n'a jamais fait la course au volume. On a toujours fait la course à la qualité des dossiers, quitte à faire un peu moins de volume que certains de nos concurrents ou ce qui s'est passé dans l'immobilier. Et donc, quitte à faire un peu moins de volume, mais garder la certitude que nos dossiers étaient bien analysés, bien structurés. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est cette confiance continue qu'on anime auprès de notre base d'investisseurs. Aujourd'hui, plus de trois investisseurs sur quatre sont récurrents. C'est-à-dire qu'à chaque versement d'un projet précédent, ils vont le compléter et réinvestir en ligne. Et c'est cette récurrence-là qui est exceptionnelle parce qu'on a beau avoir aujourd'hui une base qui peut paraître à la fois très importante, mais finalement pas tant que ça. C'est plus de 115 000 investisseurs aujourd'hui sur les deux plateformes. Et ces 115 000 personnes sont récurrentes à plus de 75 %.
- Damien Guermonprez
D'accord, tout de même. Et alors, l'autre chose étonnante, c'est que vous êtes profitable dès le début, pratiquement. Et en partie parce que vous dépensez peu. Alors, j'ai bien compris que Marie avait codé, mais vous prenez 3%, c'est ça, en moyenne ?
- Laure Verhaeghe
Oui, alors le modèle économique, il n'y a pas de frais côté investisseur. Donc, l'investisseur peut investir à partir de 50 euros sans frais, avec un parcours complètement digitalisé. Et les manuels en font partie de ce parcours de l'investisseur. Le modèle économique, c'est donc une commission sur le montant levé. qui est de l'ordre effectivement entre 2 et 4% en fonction des objectifs de collecte. Les objectifs de collecte s'échelonnent entre 100 000 euros et 5 millions d'euros qui est le maximum réglementaire par émetteur sur 12 mois glissants et éventuellement des frais de gestion qu'on prend annuellement sur les campagnes. Ce modèle économique nous permet assez rapidement et d'ailleurs dès l'année 1 d'être profitable parce qu'on a toujours imaginé que Lendosphère était une PME et pas une start-up. Je ne sais pas si ça change quelque chose un peu dans l'état d'esprit dans lequel on a fait évoluer. C'est plus qu'on n'a jamais dépensé plus que ce qu'on gagnait. D'accord, oui, d'accord. Dans ce sens-là,
- Damien Guermonprez
vous n'avez pas levé l'argent pour vous ?
- Laure Verhaeghe
On n'a pas levé l'argent parce qu'il fallait lever l'argent. Toute la place a un moment levé de l'argent et on s'est dit, si on levait de l'argent, qu'est-ce qu'on en ferait ? Des pertes. Oui. Et donc, on a été profitables tout de suite. on a eu cet attachement à être... très rigoureux sur les fondamentaux de chiffre d'affaires et de rentabilité et de se concentrer sur le chiffre d'affaires plutôt que sur la levée.
- Damien Guermonprez
Ce n'est pas rien parce que moi, j'ai regardé, j'ai tapé ton nom sur Peppers et donc j'ai vu une nébuleuse d'entreprises à gérer. Chaque projet a son entreprise, pratiquement.
- Laure Verhaeghe
Alors, il y a, pour les projets en equity, on crée une société interposée qui, elle, rentre au capital de la société de projet. Donc là, effectivement, on a aujourd'hui peut-être une centaine de sociétés interposées qu'on gère. D'accord. qui ont vocation à rassembler l'ensemble des actionnaires qui rentrent dans les sociétés de projet.
- Damien Guermonprez
Donc c'est là où je dis que c'est industriel, parce que gérer autant d'entreprises, il faut le faire de façon industrielle.
- Laure Verhaeghe
Tout comme le paiement,
- Damien Guermonprez
il faut réconcilier le paiement automatiquement et le KYC, etc. C'est un métier que vous ne connaissez pas,
- Laure Verhaeghe
car c'est l'automatisation, la digitalisation, et ça fait partie intégrante du modèle de développement. Je me rappelle le premier rendez-vous avec l'expert comptable qui me dit « mais comment vous allez faire ? » Parce que lui faisait partie de la génération d'avant où tout passait par le papier et par des archives. En fait, c'est beaucoup plus efficace aujourd'hui qu'il y a 20 ou 30 ans pour le faire.
- Damien Guermonprez
Alors, quand se crée l'opportunité de racheter Lendopolis à la banque postale, vous sautez sur cette opportunité ?
- Laure Verhaeghe
Oui.
- Damien Guermonprez
C'est assez savoureux de racheter une entreprise à un grand groupe ?
- Laure Verhaeghe
Alors, c'était l'année des 10 ans de Lendosphère. Il y a peut-être un côté symbolique, effectivement, et puis très... Une fierté de pouvoir, au bout de dix ans d'activité, avoir les capacités d'acheter Lendopolis à la banque postale. On avait rejoint trois ans avant la société de gestion 1-2-3e, qui est une société de gestion indépendante qui a cet esprit entrepreneurial qui est très volontaire pour faire ce type de croissance externe et puis de continuer toujours à pousser Lendosphère à faire plus et mieux. On a été très bien accompagnés par Anne III dans ce projet d'acquisition qui a été mené à bien fin 2024. Pour nous, c'était surtout l'opportunité qu'on ne pouvait pas rater d'ajouter à la distribution en direct, digitale, une distribution bancaire. Parce que ce qu'il y a d'extrêmement intéressant dans le modèle de Lendopolis, c'est que la grande majorité du volume passe par les conseillers du réseau de la banque postale. et permet pour toutes les campagnes qui sont réservées géographiquement à des investisseurs présents dans les territoires d'implantation des projets. d'avoir une force de frappe et un levier de distribution qui est aujourd'hui inédit et qui fait que Lendosphère, Lendopolis, aujourd'hui, est un acteur incontournable du marché.
- Damien Guermonprez
D'accord, mais les porteurs de projets, par contre, étaient les mêmes, pratiquement ?
- Laure Verhaeghe
Oui.
- Damien Guermonprez
On retrouve Total et Acquio ?
- Laure Verhaeghe
Alors, on avait quelques développeurs qui étaient complémentaires, mais de toute façon, aujourd'hui, c'est un marché pour les entreprises qui ont la qualité qu'on souhaite adresser en termes de financement, un marché de 200, 250 entreprises auprès desquelles notre notoriété aujourd'hui est faite.
- Damien Guermonprez
Je souris parce qu'il y avait un truc que tu ne pouvais pas louper, c'est de racheter une entreprise qui s'appelle aussi Lando. Oui. Excuse-moi, mais c'est à se demander si vous avez... En 2014, vous créez une entreprise, tous les deux, qui s'appelle Lando.
- Laure Verhaeghe
Alors, à l'époque, tout le monde cherchait... Je ne sais pas si tu te souviens, en 2014, mais il y avait énormément de débullition autour de la création des plateformes. En 2014, je crois qu'il y a eu... Je ne sais pas, il faudrait retourner voir sur les fichiers de l'Orient, mais peut-être il y a eu... plus de une centaine de plateformes qui ont été créées en 6-8 mois de temps. Et donc, c'est vrai que sur les noms, il y avait Unilene à l'époque qui est disparue depuis, il y avait Crédit.fr. Donc, on était tous autour de ce land, de ce crédit. Et c'est vrai que nous, Lendosphère, ça venait rejoindre cette idée de crowdlending et le sphère de biosphère, d'écosystème autour du prêt pour rejoindre la dimension climatique et de transition énergétique.
- Damien Guermonprez
Donc là, l'intégration est en cours et derrière nous ?
- Laure Verhaeghe
L'intégration est derrière nous. L'intégration des équipes, des process, des outils, c'est quelque chose qu'on a réalisé en 2025, qui a été une année assez dense en interne, tout en conservant une bonne croissance de l'activité sur les campagnes et sur le nombre d'acquisitions investisseurs.
- Damien Guermonprez
Et alors la suite, c'est quoi du coup ? L'international ?
- Laure Verhaeghe
L'international a déjà démarré. On a un agrément européen de prestataires de services de financement participatif depuis fin 2023.
- Damien Guermonprez
Vous l'avez passporté, c'est ça ?
- Laure Verhaeghe
On l'a passporté en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal.
- Damien Guermonprez
On peut expliquer que cet agrément est donné par l'AMF. Donc, c'est très sérieux. C'est un cadre réglementaire européen.
- Laure Verhaeghe
Oui.
- Damien Guermonprez
Il s'appelle PSFP en français, Prestataire de Service de Financement Participatif, ICSP en anglais. Et ça, c'est un avantage, non ?
- Laure Verhaeghe
Alors oui, c'est un avantage. Alors, il y a eu deux choses. Il y a eu toute la partie de consolidation... de professionnalisation du secteur avec cet agrément, notamment les garanties prudentielles, délai de rétractation, un contrôle de trois niveaux sur la partie contrôle périodique au niveau réglementaire. Donc ça a bien permis de... Gestion instinctive aussi,
- Damien Guermonprez
au cas où la plateforme disparaît, l'investisseur est rassuré de savoir que, quoi qu'il arrive, quelqu'un s'occupera de le rembourser si l'emprunteur rembourse.
- Laure Verhaeghe
Exactement. Et donc, toutes ces mesures qui ont vraiment permis de continuer à bien structurer et à bien professionnaliser le secteur, ce qui est essentiel pour pouvoir durer. Et puis, de l'autre côté, d'ouvrir un marché plus large parce qu'avant cet agrément européen, c'était l'agrément de CIP, Conseil en investissement participatif, qui nous limitait aux frontières de la France. Et donc aujourd'hui, ça nous permet de financer des émetteurs. européens, mais aussi d'aller chercher des investisseurs européens.
- Damien Guermonprez
Est-ce qu'il y en a beaucoup, alors ? Est-ce qu'il y a des Allemands qui investissent dans des projets financés par Lendosphère ?
- Laure Verhaeghe
On n'a pas encore mis en place une démarche d'acquisition très proactive côté investisseurs. On a plus, aujourd'hui, réalisé ce développement européen au niveau des projets. Donc, au niveau des entreprises qu'on peut financer. Parce que notre base d'investisseurs...
- Damien Guermonprez
C'est le local qui va... Au départ, finalement, tu m'as dit qu'on peut trouver des financements locaux. C'est-à-dire qu'on sensibilise ceux qui vont voir arriver un parc éolien. Ils vont contribuer à financer. C'est peut-être comme ça qu'on commence à recruter ? Je ne sais pas.
- Laure Verhaeghe
L'ADN de Lendosphère et le début de la base d'investisseurs, c'est vraiment constitué comme ça. Localement, projet par projet, avec beaucoup de sensibilisation et de pédagogie locale. Et je dirais jusqu'en 2020, au moment où notre base d'investisseurs est suffisamment importante et croît suffisamment rapidement pour que le financement participatif chez Lendosphère devienne un réel levier de financement et où la base d'investisseurs, quelque part avec un effet boule de neige et d'entraînement, a continué à croître de façon importante. Et à partir de 2020, on a de plus en plus régulièrement... des développeurs qui viennent pour des purs besoins de financement. Ils ne viennent plus pour l'ancrage local ou pas seulement. Ils viennent parce qu'ils ont besoin d'un complément de financement à côté de leur fonds propre et du financement bancaire.
- Damien Guermonprez
Alors, je vais aller à un étage supérieur. J'espère que ce ne sera pas très compliqué. Moi, j'ai lu les projets sur Lendopolis et je m'aperçois qu'ils contribuent aussi à financer, cette fois-ci, des programmes solaires en Afrique. Alors là, je suis tombé de ma chaise parce que je me suis dit que c'est extraordinaire. Non seulement on peut financer un parc éolien en France, mais ensuite, on contribue à la fois à financer un parc solaire en Zambie, parce qu'il y a un effet de levier sur un financement auprès de la Banque africaine de développement. Alors, j'ai bien compris qu'il y avait ton père à l'AR, mais quelque part, parce que tu as un père qui a ouvert des dizaines de parcs éoliens et de parcs solaires en Afrique. Mais c'est exceptionnel de réussir en plus à l'aider.
- Laure Verhaeghe
Alors, ce n'est pas vraiment une aide.
- Damien Guermonprez
J'ai peut-être été un peu...
- Laure Verhaeghe
Là où c'est très intéressant, c'est qu'effectivement, ce financement participatif, quand on l'oriente... Il faut savoir qu'en Afrique, aujourd'hui, on a orienté plus de 50 millions d'euros de financement, de collecte sur des projets africains.
- Damien Guermonprez
Très bien.
- Laure Verhaeghe
La façon dont ça fonctionne, c'est qu'on finance une structure immatriculée en France, donc une structure, et en risque corporate, France. On ne prend jamais le risque pays, on ne prend jamais le risque projet. Parce que nous, on n'est pas experts dans les 12 pays africains dans lesquels on est arrivé, et on n'est pas experts sur la façon dont ces projets sont développés à tout stade de développement. on peut intervenir. la façon dont on fonctionne dans ce cas-là, c'est qu'on flèche le financement sur une structure corporelle de France qui, elle, va ensuite, dans un prêt intra-groupe, pouvoir contribuer à financer ses actifs sur le continent africain. Ce qui est très intéressant, c'est que ça permet d'apporter des financements qui sont compétitifs et qui sont réactifs sur un continent ou dans des pays où l'accès au financement, qu'il soit extrêmement cher, soit inexistant. Et l'autre chose très intéressante, c'est qu'en France, c'est extrêmement important. de développer des actifs solaires et éoliens, ça décarbone très très peu le kilowattheure. Quand on arrive sur des projets africains, le kilowattheure est extrêmement carboné ou alors il n'y a pas d'électricité. Donc on vient importer une solution qui a un réel impact climat, en tout cas exponentiel par rapport à ce qu'on peut faire dans le mix énergétique français, et également qui a une valeur ajoutée extra-financière de développement qui est essentielle. Et donc nous, ces projets africains nous tiennent à cœur. Ils sont aussi... très bien accueillis, avec des dynamiques de campagne assez exceptionnelles auprès de notre base d'investisseurs, qui a bien compris la valeur ajoutée de ces projets. On accompagne effectivement Innovon, la société dont mon père est le fondateur et le président. On accompagne aussi d'autres entreprises évidemment sur ce continent et on a aussi réalisé des projets de finance carbone, au Rwanda et en Ouganda notamment, où là ce sont des anciens du secteur des énergies renouvelables qui ont appliqué un peu la même logique. d'actifs qui vont produire en l'occurrence des quotas carbone qui vont être vendus ensuite sur les marchés ou de façon volontaire et là on a financé des projets de cuisson propre par exemple qui permettent de limiter la déforestation et qui ont aussi des vrais enjeux sanitaires et ou des projets de réforestation et de conservation de la forêt notamment en Ouganda. Donc ça ce sont des projets qui nous tiennent vraiment à cœur parce que dans nos limites réglementaires où on ne peut pas intervenir directement sur le continent mais avec cette dimension d'impact de qui qui est autrement plus importante que ce qu'on peut faire dans notre pays où on est très confortablement en train d'appuyer sur un interrupteur et que la lumière arrive. Ce sont des enjeux qui nous tiennent vraiment à cœur.
- Damien Guermonprez
Est-ce que vous le dites assez ? Parce que moi, je te connais depuis un certain temps. Il a fallu que j'aille au cœur d'un projet. Et c'est très bien fait. Tu expliques bien en quoi, justement, vous avez mis en place tout ce qu'il fallait comme dispositif pour lutter contre le conflit d'intérêts potentiels. Et ton père explique tout cela, et toi aussi, et c'est très bien fait. Mais ça mérite d'être su. Parce que tu le dis, tu n'as pas d'investisseur, alors sois bien.
- Laure Verhaeghe
Oui, alors après, est-ce qu'il y avait lieu de mettre un coup de projecteur supplémentaire sur ces projets-là par rapport aux autres ? On a une logique, finalement, de distribution qui est la même pour tous les projets. Et ensuite, effectivement, on mesure le fait que ces projets-là, au lieu peut-être de faire un peu peur ou de se dire, Je me tiens aussi... Comme tu le disais, ce conflit d'intérêts, il est très bien disclosé et encadré. Mais on n'a pas vocation à mettre plus en lumière un projet qu'un autre. Et je crois que ce serait d'ailleurs... Malvenu. Oui, ce n'est pas l'enjeu.
- Damien Guermonprez
Tu as dit autre chose, tu as parlé de dioxyde de carbone. Et quand je regarde ton profil LinkedIn... Tu es born in 847.
- Laure Verhaeghe
Heureusement qu'on n'est pas à 847, on serait tous morts. On est à combien ?
- Damien Guermonprez
Tu es à 480 ou je ne sais plus ?
- Laure Verhaeghe
Moi, je suis à 337 et on est autour de 420 aujourd'hui.
- Damien Guermonprez
D'accord. PPM.
- Laure Verhaeghe
PPM,
- Damien Guermonprez
partie par million.
- Laure Verhaeghe
Donc ça,
- Damien Guermonprez
c'est une cause aussi qui te...
- Laure Verhaeghe
Ce n'est même pas une cause. Ce n'est pas une cause, c'est... C'est une réalité physique, scientifique, qu'on oublie, ou qu'on oublie de mettre de façon prioritaire au-dessus d'absolument tout le reste qui devrait guider chaque action au niveau des États, des entreprises et des particuliers. Et c'est vraiment la raison d'être de Lendosphère, c'est d'être un outil au service des particuliers pour décarboner leur épargne. Il faut savoir que l'épargne, quand elle est placée en banquier ou en assureur classique, elle va émettre, par l'usage qui en est fait par cet acteur, Autant. que tout le reste de notre vie quotidienne. Transport, alimentation, habillement et compagnie. Et donc le premier enjeu, le plus simple à faire quand on est sensible à ces enjeux et quand on a compris leur importance, c'est de juste changer de banque, changer d'assureur ou investir directement dans la transition énergétique. On divise directement par deux notre empreinte carbone individuelle.
- Damien Guermonprez
Ça milite pour un Lendo Company qui deviendrait banque.
- Laure Verhaeghe
Alors, qui deviendraient banques ? En tout cas, on va, d'ici la fin de l'année, essayer d'équiper avec davantage de produits notre base d'investisseurs, qui sont aujourd'hui venus pour investir directement en transition énergétique en fléchant leur épargne sur les sociétés de projets qui détiennent les actifs, donc qui sont au plus près de ce qu'on peut faire en termes de transition énergétique. Mais ils sont sûrement bancarisés ou équipés de produits tiers. Et donc, nous, ce qu'on souhaite faire, c'est pouvoir leur permettre d'être cohérents sur la totalité de leurs outils et de leurs... produits d'épargne et de placement. Et donc, c'est ce qu'on va sûrement annoncer d'ici la fin de l'année.
- Damien Guermonprez
C'est fabuleux d'être aligné avec ces valeurs et de travailler à développer une entreprise qui contribue à tout cela.
- Laure Verhaeghe
Je crois que je ne pourrais pas faire autre chose. Je ne peux pas faire autre chose.
- Damien Guermonprez
C'est ce qui explique le succès. Vous êtes tous comme ça chez Lendo Company ?
- Laure Verhaeghe
C'est génial. On a une équipe qui est tellement impliquée, tellement engagée. Par exemple, tous nos événements d'équipe sont végétariens. Il n'y en a pas un qui dit « moi j'aurais bien voulu avoir la... » Je ne sais pas. Que en train, il n'y a pas d'avion. Tout le monde, il y a la moitié de l'équipe qui a un vélo, l'autre moitié qui a un transport en commun.
- Damien Guermonprez
Tu es venue au studio en vélo, un gros vélo-cargo sans pile.
- Laure Verhaeghe
Un gros vélo-cargo sans pile que j'ai depuis dix ans. Non, l'idée ce n'est pas d'être non plus moralisateur ou culpabilisant, ce n'est vraiment pas du tout la façon dont on porte ces messages d'engagement et de compréhension de l'enjeu climatique. En revanche, c'est juste faire au quotidien le travail et d'avoir au fur et à mesure une équipe qui adhère. C'est plus qu'elle adhère, c'est qu'elle a choisi Lendo Company parce qu'on était cohérent avec ses valeurs et ses convictions.
- Damien Guermonprez
Alors, ton père, il doit être assez fier de sa fille quand il regarde tout ce que tu as fait depuis 10 ans ou 12 ans.
- Laure Verhaeghe
Oui, après, c'est une fierté réciproque. on aurait aujourd'hui innovant... Elle est un acteur assez inédit dans son positionnement dans le secteur des énergies renouvelables en France, avec justement le risque qui a été pris sur ses projets africains. Je crois que c'est la seule PME de son envergure à avoir autant de projets, à avoir développé autant de projets sur le continent. Et avec une belle équipe aujourd'hui, 150 personnes et une boîte qui existe depuis 2000, qui avait mis la première éolienne sur le parking à l'époque, quand on avait le droit d'être plus proche des habitations qu'aujourd'hui. Donc, les chiens ne font pas des Ausha. Il y a évidemment une fierté réciproque. Mais j'étais contente de créer une entreprise qui soit indépendante et différente et qui apporte quelque chose de différent. Mais qui contribue. Mais qui contribue, exactement.
- Damien Guermonprez
Et le mari aussi, à Moët. Donc ça, c'est exceptionnel. Mais à la maison, vous parlez encore boulot ou comment ça se passe ?
- Laure Verhaeghe
L'entreprise fait partie inhérente de notre couple et de notre vie. Mais non, tout l'enjeu, c'est de savoir effectivement raccrocher les... les sujets pros quand on passe la porte. Mais c'est surtout une complémentarité des expertises, mais reposant sur des valeurs partagées et communes. Je crois que c'est vraiment la chose qui était importante et essentielle. Et ce que ça apporte à l'entreprise, c'est un actionnariat stable, qui n'a pas bougé depuis 12 ans, en tout cas avant qu'on intègre un 2-3ème, et une gouvernance stable également pour l'entreprise.
- Damien Guermonprez
Tu es présidente, Amaury, DG, quand vous n'êtes pas d'accord, qui décide ?
- Laure Verhaeghe
On finit par être d'accord.
- Damien Guermonprez
Et alors, il n'y a pas tant de femmes que cela, dirigeantes, co-dirigeantes de FinTech. Qu'est-ce que tu dirais aux petites filles qui... Je ne sais pas.
- Laure Verhaeghe
Il y a un vrai enjeu de féminisation du secteur, à la fois dans la transition énergétique et dans l'univers financier. Et c'est quelque chose, déjà, ne serait-ce que par le fait de l'incarner, qui montre que c'est possible. Après, moi, je n'ai pas du tout une... personnalité ou un tempérament d'influenceuse ou de personne qui aurait envie d'être inspirante sur ces sujets-là, mais je crois qu'au quotidien... montrer que ça existe, que c'est possible, qu'il n'y a pas de rêve interdit dans ces secteurs. C'est quelque chose d'important.
- Damien Guermonprez
Je parlais de petites filles parce que j'imagine que, petite, tu imaginais qu'il n'y a pas de limite.
- Laure Verhaeghe
Non, pas de limite.
- Damien Guermonprez
Tu avais des parents qui t'ont inspiré, qui t'ont montré la voie, non ?
- Laure Verhaeghe
Vivre dans une famille d'entrepreneurs, ça aide énormément à créer son entreprise. Quelque part, même, ça devient l'horizon logique d'une vie professionnelle. C'est vrai que c'est une grande chance parce qu'il n'y a pas toute cette appréhension ou toute cette perception disproportionnée du risque. Après... ce risque, il existe. Il y a des entreprises qui réussissent, qui ne réussissent pas. Et nous, on a eu cette chance aussi d'être dans un secteur qui était porteur, à un moment où le financement participatif démarrait et d'avoir été toujours stable, constant dans notre façon de fonctionner et dans la façon dont on a créé, développé et porté la boîte.
- Damien Guermonprez
Eh bien, bravo. Merci Laure. Merci Damien. A très bientôt. A bientôt. Et voilà, c'est terminé pour cet épisode de Show Me The Money. Si le contenu vous a éclairé, partagez-le auprès de ceux ou celles qui pourraient être intéressés et abonnez-vous pour ne pas louper le prochain épisode. A bientôt pour le prochain décryptage !