- Speaker #0
Ce qui m'intéresse, c'est toi en tant que dirigeante d'entreprise, il faut que tu expliques à tes actionnaires que les ventes sont contraires et aux salariés, tu te retrouves un peu seule finalement.
- Speaker #1
Seule, mais c'est dans la tête. Finalement, on est toujours seule parce qu'on est face à nos décisions et nos responsabilités. Et moi, je me suis fait une promesse dès que j'ai vraiment senti en 2024 que ça allait mal. Je ne serai pas celle qui sera la fausse soyeuse de Wissi. C'est très difficile parce que finalement, le crowdfunding, c'est quand même une valeur de transparence. Et cette valeur-là, au fond de vous, vous êtes obligés de la respecter, mais il y a des choses sur lesquelles vous ne pouvez pas tout dire. Donc c'est toujours manœuvrer pour pouvoir garder quand même la main sur les négociations, pour sortir les lignes et protéger les investisseurs, et à la fois faire preuve de cette transparence qui est demandée. Chaque mauvaise nouvelle tous les soirs, je me couchais, je me disais « Allez, aujourd'hui ce n'était pas un bon jour, mais demain on sera un bon jour. » Et je crois que c'est ça un peu la force aussi du chef d'entreprise, c'est de se réveiller le matin et de se dire « Ok, allez, oublie, c'est pas grave, avance, trace ta haute. »
- Speaker #0
Aujourd'hui quand tu vois la marque Wissi de perdurer...
- Speaker #1
C'est une fierté, je suis hyper contente.
- Speaker #0
Bienvenue sur Show Me The Money, podcast européen de la finance alternative. Je m'appelle Damien Guermond-Pré, je suis président exécutif de l'Emonoé, l'établissement de paiement au service des places de marché. Nous allons ensemble tenter de décrypter la finance alternative à travers ceux qui la vivent au quotidien. Vous allez voir, ça bouge beaucoup. Donc installez-vous confortablement. C'est parti ! Bonjour Mathilde Iclanson.
- Speaker #1
Bonjour Damien.
- Speaker #0
Ancienne directrice générale de WeSeed.
- Speaker #1
Alors toujours, pour quelques mois encore, quelques semaines.
- Speaker #0
Une plateforme de crowdfunding equity, pionnière, créée en 2008, qui a levé 600 millions d'euros, remboursé 300 millions, 200 000 inscrits, 30 000 investisseurs et qui a traversé une crise importante. Donc c'est cette crise qui nous intéresse beaucoup.
- Speaker #1
En 2024-2025,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Mais qui s'est bien terminée.
- Speaker #0
Absolument, tu as réussi ton très paque session.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Mais nous allons revenir à tes origines, si tu veux bien. Et j'ai découvert que ton nom de jeune fille, c'est Wattrigan.
- Speaker #1
Wattrigan, mais oui,
- Speaker #0
je le prononce à la lilloise. Et tu avais un arrière-grand-père qui entretenait une correspondance avec un illustre personnage. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. En effet, moi, je suis issue de la famille Vatrigan-Mayot, qui est la branche Mayot, qui est la maman du général de Gaulle. Et mon arrière-grand-mère était la cousine germaine du général de Gaulle. C'était des grandes familles liloises. Quand je dis grandes, c'était essentiellement en nombre, parce que c'était des familles qui avaient entre 13 et 14 enfants. Ma famille est issue de Lille. C'était une famille d'industriels lilois, bourgeois et catholiques. qui avaient une industrie de teinture de tissu. Mais tout ça s'est terminé après la Première Guerre mondiale, puisque ma famille est partie au Maroc suite à la guerre qui a détruit toutes les usines, toutes les industries, pour ensuite mieux revenir dans les années 60. Et c'est là où ma famille s'est implantée, ma famille directe, mes grands-parents se sont implantés sur la région toulousaine. où moi je suis née et où je vis depuis toujours.
- Speaker #0
Alors la petite histoire, c'est que nos ancêtres se sont croisés rue Princesse à Lille, puisque la maison voisine de Charles de Gaulle, c'était celle de Guermont-Pré. Exactement,
- Speaker #1
la famille du général de Gaulle était rue Princesse. Donc si j'ai bien compris, ta famille habitait à côté.
- Speaker #0
Voilà, donc si nos ancêtres se sont croisés, c'est intéressant que nous nous croisions de nouveau. Alors, tu as démarré après une école de commerce dont tu as pris la direction des anciens.
- Speaker #1
Oui, exactement. J'ai été à Neoma. Exactement, j'étais à Sud de Corins après une classe préparatoire HEC. Ensuite, je suis partie quelques mois à New York en première année d'école de commerce. Et puis, j'ai commencé mon apprentissage puisqu'à l'époque, Sud de Corins, c'était une des seules écoles avec l'ESSEC à proposer l'apprentissage. Et donc, j'ai commencé chez KPMG Audit. en 2000-2001-2002. Et ensuite, j'ai rejoint PricewaterhouseCoopers sur Toulouse, donc dans le bureau toulousain, pendant à peu près cinq années.
- Speaker #0
D'accord. Tu passes par GE, Areva, Alstom, beaucoup de grands groupes.
- Speaker #1
Après mes années d'audit en Big Four, en effet, je suis partie en industrie pendant une grosse dizaine d'années, où j'étais contrôleur Europe pour des sociétés industrielles. Donc, j'ai fait des matériaux de construction chez CRH. Et puis ensuite, j'ai rejoint Areva. qui est devenu Alstom Grid, et Alstom Grid ayant été vendu à General Electric après en 2015. C'est une célèbre histoire de la session d'Alstom à General Electric.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu gardes comme souvenir de cette période ?
- Speaker #1
Je garde de toutes mes expériences. J'ai toujours adoré, finalement, quel que soit le secteur d'activité dans lequel j'ai travaillé. Évidemment, ma zone de confort, c'est la finance et l'audit et le management. Mais j'ai adoré travailler en industrie. j'ai appris Que ce soit en cabinet d'audit ou que ce soit ensuite en industrie, des process, j'ai appris à travailler dans des grands groupes, j'ai appris la structuration, j'ai travaillé avec des gens d'une compétence incroyable puisque dans l'industrie, notamment chez Alstom, il y avait beaucoup de mines-ponts, supélec, centrales, etc. Et c'est vrai que ça m'a donné l'opportunité de travailler avec des gens qui m'ont formée à cette exigence. que ce soit en audit ou que ce soit en industrie. Donc j'en ai retenu vraiment que des très bonnes choses.
- Speaker #0
Et en 2016, tu crées ta structure ?
- Speaker #1
Exactement. Je décide après la session de Général Electric puisque la seule possibilité pour moi pour évoluer étant de partir à Paris. À l'époque, ce n'était pas possible au niveau personnel. Et donc je monte ma propre structure avec l'aide d'une personne que j'avais rencontrée qui s'appelait Michelle Tudel. Et j'ai fait de la valorisation, j'ai fait de la restructuration, de l'accompagnement de PME. C'est incroyable,
- Speaker #0
d'accompagnement d'entreprises en restructuration.
- Speaker #1
Et en restructuration, puisque j'ai notamment été en transition sur des sociétés qui fermaient et que j'ai accompagnées jusqu'à la fermeture. Donc ça a été des expériences aussi fabuleuses, humaines évidemment, avant tout, parce que certes il y avait des sujets techniques. L'idée, c'était vraiment d'accompagner sur l'humain, avec un cabinet d'outplacement notamment, des sociétés en restructuration.
- Speaker #0
Mais tu n'avais aucune idée qu'un jour, ça te servirait autant.
- Speaker #1
Exactement. Je ne le savais pas.
- Speaker #0
Donc en 2019, tu reprends les rênes de WeSeed. Exactement.
- Speaker #1
Avant, j'avais été en transition pendant quelques mois. Ça s'était concrétisé un petit peu plus longtemps, mais chez un asset manager qui s'appelle Adventel, qui gère des outlets partout en France et qui s'est encore beaucoup développé. développé depuis une dizaine d'années. Et un jour, en effet, je vois une annonce chez WeSeed. Donc, ils recherchaient une directrice générale adjointe. Et il se trouvait que quand j'ai lu l'offre, mais comme beaucoup de mes postes, en fait, il y avait une forme d'évidence sur le fait que c'était toutes les pièces du Pulse qui se rassemblaient. Et donc, j'arrive en 2019 chez WeSeed en tant que directrice générale adjointe. Et j'en suis nommée directrice générale un an ou deux ans après.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'on te vend à l'époque ? C'est de créer une néobanque des investisseurs ?
- Speaker #1
Oui, une plateforme d'investissement. Moi, j'ai aimé le fait que l'on fasse de l'équitique. C'était des projets qui portaient du sens. D'ailleurs, on est devenu société à mission dès que les décrets sont passés. J'ai aimé l'accompagnement des entrepreneurs parce que je crois que c'est vraiment ce qui m'anime. D'ailleurs, j'ai toujours eu un peu ce socle, notamment parce que j'ai rejoint assez rapidement la CPME. J'ai été administratrice chez 60 000 rebonds. J'ai toujours eu un peu cette volonté d'accompagner des entrepreneurs. que ce soit en structuration ou chez 60 000 rebonds aussi en difficulté.
- Speaker #0
Alors tu renforces encore Wissid avec cette nouvelle activité de financement immobilier ?
- Speaker #1
Alors il existait déjà parce que Wissid a été un des précurseurs dans ce domaine-là, notamment avec l'IMO. Et donc moi je poursuis finalement, j'arrive dans une société qui est saine, qui a été déjà retournée à l'époque Alain Bellucci qui était le DAF avec Nicolas Serres. Et donc j'arrive dans une structure qui est relativement saine et je n'ai plus qu'à lui déployer les ailes. Donc elle avait des bonnes racines. Enfin, je croyais qu'elle avait des bonnes racines, en tout cas. Et je la développe. Et en effet, on arrive sur la fameuse période dans laquelle l'immobilier prend tout son essor, puisque tu le sais, puisqu'on a été président et vice-président ensemble de l'association du crowdfunding en France avec Florence de Maupéou. Et donc, on a en fait cette traction de l'immobilier qui fait qu'à ce moment-là, je structure un petit peu encore plus les comités, j'aide au niveau du réglementaire, au niveau de la plateforme, on consolide un peu tous les aspects, le marketing, etc. Et on connaît cinq années de croissance.
- Speaker #0
Tu roules.
- Speaker #1
Pas une croissance, pas une hyper-croissance telle qu'on le qualifie aujourd'hui dans les startups. Oui, en effet, on a pu voir même certains de nos concurrents émerger et faire une hyper-croissance. Mais on fait une croissance que j'estime être profitable, c'est-à-dire qu'on ne court pas après le volume, on essaie vraiment de mettre du qualitatif et réellement, c'est ce qu'on a fait, on a structuré des comités d'engagement. On a mis des experts en immobilier. Il y en avait déjà énormément, ce n'est pas le sujet. Mais c'est vrai qu'on a vraiment, en tout cas, fait ce travail avec conscience, avec une volonté de servir nos investisseurs et de financer uniquement des professionnels. Donc oui, on a connu une crise et on est encore, malgré tout, je ne sais pas encore quand est-ce que WeSeed et l'ensemble du crowdfunding va sortir de cette crise, mais en tout cas, on a fait les choses, en tout cas dans la conscience de faire de servir les intérêts de nos investisseurs particuliers et d'être à leur service pour les protéger.
- Speaker #0
Tout à fait. Et donc cette crise démarre avec la hausse des taux qui va impacter les promoteurs.
- Speaker #1
Alors déjà fin 2022, on a de plus en plus de demandes. On s'aperçoit que le crédit bancaire est quand même assez limité au niveau des opérateurs immobiliers. Et 2023, on a de plus en plus de demandes. Mais à l'époque... On n'identifie pas forcément les signaux, chose qui maintenant peut-être avec le recul aurait dû être détectée comme des signaux. On a un surplus de demandes de promoteurs et de marchands de biens. Donc nous, dès le début, on commence à se dire qu'on va faire essentiellement du marchand de biens sur lequel on a pas mal de sûreté, de garantie, des hypothèques, de la fiducie, du nantissement, etc. Donc on sécurise encore plus, mais pour autant, la demande ne s'arrête pas. Donc, on finit l'année 2023 avec une excellente année. On n'a jamais autant collecté en immobilier, y compris en equity. Et quand même, dès 2022, je me dis, on ne peut pas s'appuyer uniquement sur l'immobilier. Et il faut qu'on utilise finalement cet agrément qui était différentiel, qui était le PSI, et notre plateforme technologique pour pouvoir nous développer sur les services d'investissement et offrir ce qu'on appelle des services B2B, c'est-à-dire permettre à des gens non régulés, finalement, de réaliser des opérations à travers notre intermédiaire. Et nous, nous apportons la couche réglementaire et technologique qui manque à des gens qui ont des projets et des investisseurs en face.
- Speaker #0
En 2024, le chiffre d'affaires baisse déjà. Ça veut dire que tu as commencé à fermer le robinet.
- Speaker #1
Ah oui, dès 2024. Alors on finit l'année fin 2023. C'était une année extraordinaire. On avait structuré, recruté. On avait accueilli aussi une directrice générale déléguée. Donc, qui allaient pouvoir continuer à asseoir, en fait, tout cet élan que l'on avait enclenché sur 2022-2023. On avait aussi une DAF directrice des opérations. Enfin, on était quand même une équipe musclée, bien solide, et on était assez confiants sur l'avenir. Et dès début 2024, on a des signaux qui nous montrent qu'en effet, les projets prennent du retard. Certains opérateurs se trouvent en difficulté. Et là, on se dit assez rapidement, donc sur 2024, bon... On va traverser un moment d'incertitude. On va connaître certainement un tsunami. Et donc oui, en effet, on commence à se dire qu'il faut diminuer tout au maximum. Donc c'est ce qu'on a fait. On a diminué l'intégralité des charges. Bien malheureusement, on a été obligés de faire deux PSE. Ça, humainement, ça a été pour moi vraiment douloureux. Des gens que l'on a accueillis. Tu te séparais des gens que tu viens d'accueillir et de former. Exactement, que l'on a formés, sur lesquels on a quand même... Chez WeSeed, il y avait quand même quelque chose qui était la convivialité. C'était quelque chose qui m'animait vraiment. Il y a toujours cette forme aujourd'hui de convivialité, mais c'est vrai que 2024 a été une vraie tempête pour tout le monde puisque notre métier qui était d'accompagner des chefs d'entreprise, des opérateurs, des créateurs finalement de projets, quels qu'ils soient, tout d'un coup, on s'est retrouvé à devoir gérer de manière énorme des projets qui étaient en difficulté. Et donc, notre métier a changé. Sauf qu'on n'avait pas forcément les équipes en interne pour nous accompagner. Et en plus, à ce moment-là, on se trouve que financièrement, on a la trésorerie qui fond. Et on ne sait pas quand est-ce que ça va s'arrêter. Quand est-ce que ce tsunami s'arrête ? Absolument.
- Speaker #0
Ce qui m'intéresse, c'est toi en tant que dirigeant d'entreprise, il y a un moment où tu es, pas en porte-à-faux, mais il faut que tu expliques à tes actionnaires que les ventes sont contraires. Et aux salariés. Et donc, tu te retrouves un peu seule finalement. Alors,
- Speaker #1
je me retrouve seule. Alors, seule, mais c'est dans la tête. En fait, finalement, on est toujours seule parce qu'on est face à nos décisions et nos responsabilités. Et moi, je me suis fait une promesse début 2024. Dès que j'ai vraiment senti en 2024 que ça allait mal, je ne serai pas celle qui sera la fausse-voyeuse de WeSeed. Donc, WeSeed vivra et je me battrai jusqu'au bout. Et je pense que je me suis engagée et même surengagée de manière à vraiment sécuriser le futur de WeSeed. Ça a été vraiment chez moi ce qui m'a animée tous les matins. Me lever d'abord pour les équipes. parce que j'estimais que mon rôle, c'était de sauvegarder cet emploi, pour les investisseurs, de sauvegarder leur ligne au maximum. Ça a été vraiment deux années épouvantables.
- Speaker #0
Mais c'est très clair,
- Speaker #1
elle a été réussie. Par contre, il y a un moment... Je n'avais que ça. Il y a un moment,
- Speaker #0
tu te lèves le matin et tu te dis, je dois anticiper la cessation de paiement.
- Speaker #1
Je dois anticiper parce que je ne veux pas me retrouver dans cette situation-là.
- Speaker #0
J'ai expliqué à mes actionnaires où nous en étions. Ils sont peut-être paralysés.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on fait dans ce cas-là ? Dans mon malheur, j'ai eu quand même la chance d'avoir un board qui était quand même très présent, que ce soit Nicolas ou les différents membres du board. On a fait des boards quasiment toutes les trois semaines ou tous les mois. Là, je faisais dernièrement l'inventaire de tous les conseils d'administration. On a resserré les liens. Je pense que vraiment, on s'est aussi fait accompagner par des gens autour de nous qui nous ont guidés, même si ça n'a pas toujours été simple. Et ça n'a pas été simple non plus de maintenir finalement cette forme de convivialité, parce que les équipes sentent que vous êtes en difficulté. Certaines lâchent un peu, d'autres tiennent bon. Pas forcément ceux sur lesquels on aurait d'ailleurs. parier. C'est assez marrant la psychologie globalement d'une équipe quand vous êtes en difficulté. Et voilà, il y a des surprises. Et à la fois, il y a des belles surprises, il y a des choses sur lesquelles on ne comprend pas. Et en fait, il y a un moment où on se met dans un tunnel. En tout cas, moi, personnellement, je me suis mis dans un tunnel. Je me suis dit, tu vas trouver la solution et ce n'est pas possible, tu vas expliquer à tout le monde. Donc, j'ai vraiment essayé d'être le plus transparent possible, de maintenir la communication.
- Speaker #0
Y compris auprès des investisseurs.
- Speaker #1
Y compris auprès des investisseurs, ce qui n'a pas toujours été très bien compris. On a vraiment essayé au maximum. Après, ce n'est pas possible de tout dire. Parce que quand vous êtes en pleine négociation, vous êtes pris entre toutes les parties prenantes, finalement, dans lesquelles vous devez mener des négociations. Si vous dites trop, vous risquez de perdre l'avantage sur vos négociations. Donc, c'est très difficile. Parce que finalement, quand on dit, c'est quand même une valeur de transparence. Et cette valeur-là, vous... Au fond de vous, vous êtes obligés de la respecter, mais il y a des choses sur lesquelles vous ne pouvez pas tout dire. Donc, c'est toujours manœuvrer pour pouvoir garder quand même la main sur les négociations pour sortir les lignes et protéger les investisseurs. Et à la fois faire preuve de cette transparence qui est demandée. Ce que je comprends parfaitement.
- Speaker #0
Le prépaccession, tu peux en dire deux mots ? Oui, donc,
- Speaker #1
qu'est-ce qui s'est passé ? C'est passé que fin 2024, je m'aperçois avec l'ensemble du board que ça ne va pas être possible de le tourner. C'est pas tellement... Trouver de l'argent. Trouver de l'argent. Moi, j'aurais été gênée. Donc c'est vrai qu'à chaque fois qu'on s'est posé la question de faire des augmentations de capital, chose qu'on aurait pu faire. Mais j'étais gênée parce que je n'identifiais pas la sortie de crise dans le contexte dans lequel on était. Donc c'était pas simple parce qu'on ne savait pas quand est-ce que cette crise allait s'arrêter. J'avais pas réellement de raison de dire « Ok, du jour au lendemain, tout va revenir, on va repartir en croissance » . Je vais voir mon board fin 2024 et on explique qu'en fait, il faut absolument qu'on ait un adossement industriel, à savoir un groupe finalement solide qui nous apporte soit de nouveaux produits, soit des nouveaux types d'investisseurs. Parce qu'on voyait bien que quand même, au niveau des investisseurs, il allait falloir que le temps allait être long pour regagner leur confiance, pour les rassurer et leur démontrer qu'on était capable de sortir toutes ces lignes sur lesquelles le secteur se retrouvait en difficulté.
- Speaker #0
Les prépa accession, c'est une façon de garder la main par rapport à... Alors,
- Speaker #1
pas complètement. Le prépa accession, début 2025, on fait un certain nombre de roadshows, on rencontre de très nombreux investisseurs, de futurs actionnaires. Ça marche plutôt pas mal puisqu'on a quand même trois Eloïs sur la table. Donc, j'arrive fin du premier trimestre 2025. Et à ce moment-là, je me dis, je vais aller voir les actionnaires et puis je vais leur expliquer. Et je vais leur expliquer que de toute façon, la situation n'est pas tenable. Et que l'on est absolument... Même si le prix n'était pas non plus... Dans les LOI, le prix n'était pas non plus catastrophique. Je veux dire, ce n'était pas comme ça aurait pu être deux ans avant. Ça, ça fait partie des enseignements. Mais pour autant, il y avait des solutions qui étaient sur la table. Et là, je me retourne et on va voir les actionnaires. Et en fait, il se trouve que parmi les actionnaires, on en a un qui était rentré en 2009, donc une dizaine d'années avant que moi j'arrive, qui n'avait pas signé de... pacte, dans le sens qu'il n'avait pas signé le dernier pacte qui aurait dû nous permettre d'avoir un drag, un tag, et permettre à Wissine de céder ses actions, ou une augmentation de capital. Toutes les conditions suspensives des LOI faisaient que cette personne qui avait des droits précipitaires, qui était statutaire, sur lesquels je n'avais pas le pouvoir de les changer, était bloquante. Et donc là, durant l'été 2025, on prend la décision, en effet, sur le conseil de nos avocats, sur le conseil de tous les conseils que l'on avait... autour notamment d'un administrateur, parce qu'on s'était mis aussi en mandat ad hoc et en conciliation, dans l'objectif justement de négocier avec cet actionnaire qui était bloquant. Et là, on comprend qu'en fait, la seule solution, c'est de partir en prépaxession. Moi, je ne savais même pas ce que c'était. À l'époque, on nous explique et on nous dit, il va falloir faire la session de manière encadrée par un tribunal de commerce qui va pouvoir ainsi vous aider à imposer exactement cet adossement, une solution.
- Speaker #0
Et Adventiste, donc, qui est le gagnant. C'est toi qui l'as trouvé ? C'est eux qui sont venus ?
- Speaker #1
Alors ça faisait un moment qu'on était en relation avec Rodolphe, donc le DGD d'Advenis. Ça faisait plusieurs années qu'au fil des salons, des rendez-vous, des déjeuners sur Paris, etc. On en discutait en se disant, vous êtes dans l'immobilier, vous avez un certain nombre de produits. Moi, j'ai une plateforme tech, vous ne vous l'êtes pas. J'ai une typologie d'investisseur retail que vous pouvez avoir à rechercher un jour. Et il se trouve qu'au moment où on fait les roadshows, Advenis se positionne. Et j'en suis, on en est ravis. Et finalement, on les informe, on leur dit, ça ne va pas être possible, on ne va pas le faire de manière normale, entre guillemets, ça ne va pas être possible. Donc, on va aller au tribunal. Et là, on a plusieurs audiences au tribunal en 2025. Et on nous impose, et c'est normal, c'est partie de la règle des droits, de réouvrir la data room. Et donc, à partir du mois d'octobre, quand on passe à un redressement judiciaire, on réouvre une data room. Et là, on passe six semaines dans lesquelles on a de nouveaux prétendants. Et là, on passe six semaines, quasiment jour, nuit, week-end, à travailler sur la Data Room, à ouvrir. On a eu beaucoup, beaucoup de marques d'intérêt. Et finalement, on arrive en novembre avec six offres. Et le tribunal, en effet, le 11 décembre, décide qu'Advenis, qui était venu défendre son offre auprès du tribunal, était certainement le groupe le plus solide et la vision long terme. Aller pouvoir donner une vision long terme.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as ressenti ce jour-là, le 11 décembre 2025 ?
- Speaker #1
Ce qui a été dur, le plus dur pour moi, ça a été les audiences. Se retrouver dans un tribunal, c'est quelque chose qui n'est pas simple. Annoncer un redressement judiciaire, ce n'est pas simple, publiquement. Même si moi, je savais que derrière l'issue, elle allait être favorable, on ne peut pas tout dire. Et donc, les équipes, on sent aussi que c'est compliqué de gérer une entreprise d'investissement qui est quand même un redressement judiciaire. Le mot fait peur. Donc, il y a plein de choses qui font peur dans ces processus. Et pour autant, si je devais apporter un témoignage, c'est de dire, quand vous sentez que votre entreprise est en difficulté, et je sais qu'aujourd'hui, beaucoup d'entreprises sont en difficulté, pas forcément dans notre secteur, finalement un petit peu partout, à faire de la prévention, c'est-à-dire vraiment anticiper les problèmes au maximum. Moi, je suis de la chance, je savais exactement la trésor. Alors, on a optimisé, on a fait des miracles malgré tout. Mais en tout cas, si j'avais un conseil, c'est de dire, voilà, entourez-vous, entourez-vous de gens qui sont passés par là, Parce que c'est un peu comme... certaines maladies graves, en fait, ma conviction, c'est quand même que quand on y est passé, on sait quand même beaucoup mieux ce qui nous attend.
- Speaker #0
Vous n'étiez pas la seule plateforme en difficulté. Tu l'as dit tout à l'heure, toi et moi, nous étions co-dirigeants de l'association du crowdfunding français qui s'appelle Financement Participatif France. Est-ce que nous aurions dû, toi et moi, prévenir, en parler davantage ?
- Speaker #1
C'est compliqué à dire après, mais...
- Speaker #0
Quitte à mettre le secteur... En tout cas,
- Speaker #1
si j'ai un regret, et je l'ai partagé avec de nombreux dirigeants de plateforme, c'est que pour moi, on aurait dû, dès 2024, dès début 2024, beaucoup plus faire corps. Alors, c'est peut-être mon côté femme de militaire qui dit ça, mais je trouve qu'on aurait dû montrer, en fait, parce qu'il faut quand même se rappeler que certes, le crowdfunding a traversé une difficulté, mais en fait, c'est la partie émergée de l'iceberg, parce que sur tous les dossiers sur lesquels on était, d'accord. très grande majorité des dossiers, on est avec des fonds, on est avec des institutionnels, on est avec des banques qui traversent les mêmes difficultés que nous. Simplement, moi, mon regret, c'est de me dire, c'est dommage qu'avec cette association, on n'ait pas beaucoup plus imposé, finalement, de rassembler les représentations de la masse, parce que c'est quelque chose que le Code du Commerce nous autorise pour faire poids dans les négociations. Alors, évidemment, on ne peut pas tout dire.
- Speaker #0
Je me souviens que tu avais... TV proposée, qu'on crée une sorte de bad band.
- Speaker #1
Soit on se syndiquait de manière à parler d'une seule voix, notamment sur les très gros projets. Alors on l'a eu fait, on a travaillé en collaboration, mais on a travaillé en collaboration sur certains projets en particulier, avec certaines plateformes qui ont accepté de jouer le jeu. Mais c'est vrai que je pense qu'on aurait dû beaucoup plus faire corps. Et on aurait été certainement peut-être un peu plus entendus dès le début.
- Speaker #0
Là où tu as fait corps, c'est avec ta famille. Tu es mère de famille, de quatre enfants. Marie, et un militaire comme tu dis, tu es une soldate tu étais vraiment au combat et tu savais qu'à la maison ça tenait à route comment tu comptes ça ?
- Speaker #1
heureusement qu'à ce moment là, pendant cette période là pendant ces deux ans j'ai une famille assez compréhensive après j'ai eu des frères et soeurs aussi très compréhensifs qui m'ont épaulée qui m'ont soutenue et heureusement qu'à ce moment là je n'ai pas traversé autre chose parce que je pense que quand on parle du burnout de dirigeant, moi je suis loin du burnout mais Je pense que si à ce moment-là, un des pieds de ma chaise, c'était pour une autre raison que professionnel, avait rencontré des difficultés, si un de mes enfants avait vraiment rencontré des difficultés, je pense que là, pour le coup, j'aurais pu m'écrouler. Mais j'ai tenu, parce que j'avais autour de moi cet esprit un peu commando, avec des enfants qui sont autonomes, qui sont en bonne santé, qui travaillent bien, sur lesquels j'ai pu avoir finalement ces moments dans lesquels j'étais forte.
- Speaker #0
Merci. C'est une bonne fin. Maintenant, tu prends du recul. C'est difficile de t'imaginer prendre du repos. Non,
- Speaker #1
pas vraiment. Je me donne l'impression que je prends du recul, mais en fait, je n'en prends pas tant que ça. Je suis très contente d'accompagner la transition avec Adventis. Ils ont fait un travail déjà fabuleux depuis le mois de décembre. Ils ont repris l'intégralité des équipes. Ils ont fait des belles annonces au niveau des investisseurs. Ils prennent maintenant à leur charge. Je pense que j'ai plus... pu faire moi en 2025 et c'était vraiment pas quelque chose que je souhaitais mais malheureusement la trésorerie se tendait, je ne pouvais pas financer par moi-même l'ensemble des procédures sur les projets et je suis très contente qu'aujourd'hui ils aient annoncé qu'eux faisaient un pas de côté et reprenaient ça ils ont mis des équipes qui sont vraiment ils ont vraiment un noyau d'équipes qui est vraiment très compétente, qui est vraiment avec beaucoup d'expertise évidemment aussi dans l'immobilier Merci. Ils s'intéressent beaucoup à l'equity et c'est vrai que je suis persuadée qu'ils vont poursuivre cet ADN de WECID. Voilà, donc j'accompagne cette transition pendant encore quelques mois. Il y a un sujet réglementaire notamment parce que les agréments n'étaient pas transférables. Donc aujourd'hui, c'est toujours WECID qui porte les agréments. Et Advenis a déposé ses dossiers de demande d'agréments et est en cours d'obtention. Oui,
- Speaker #0
tu étais pionnière en France dans les agents de PSI. Oui, oui, tout de suite.
- Speaker #1
Donc en 2023 notamment, quand la loi a changé.
- Speaker #0
Est-ce que tu vas mettre... C'est assez rare comme compétence de savoir accompagner de la restructuration. Est-ce qu'après tout, tu ne pourrais pas mettre cette compétence à disposition des autres ?
- Speaker #1
C'est sûr que quand on l'a vécu, on regarde les choses différemment. Je pense que ça m'a apporté... Je n'aime pas dire cette phrase parce qu'elle est trop bateau, mais ce qui ne tue pas en plus fort, mais très clairement, c'est ce qui se passe avec moi. En effet, je pense aujourd'hui avoir une lucidité, une compétence, une expertise, notamment dans l'accompagnement d'entreprises quand elles traversent des difficultés. Tenir bon, savoir assembler autour de soi des équipes aussi. Il y a eu des points positifs, il y a eu des points négatifs. Évidemment que si les choses étaient à refaire, la majorité des choses, je les referais. Mais il y a des choses que je changerais aussi avec plus de lucidité et de clairvoyance.
- Speaker #0
Et pourquoi pas la politique ? Parce que finalement, tu as démarré.
- Speaker #1
en politique.
- Speaker #0
J'aime bien.
- Speaker #1
Surtout que là, il y a une échéance importante en 2000. C'est fini, il n'est plus engagé depuis 2020. Mais oui, c'est vrai que ça a été quelque chose qui m'a toujours intéressée. Je ne défends pas forcément une étiquette de parti, ni quoi que ce soit. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la liberté. C'est aujourd'hui le libéralisme, en effet, que je porte. Je pense qu'il y a aujourd'hui beaucoup d'entrepreneurs qui ont envie de s'engager. Si sur ça aussi, je peux être utile, en effet, je le serai. Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et... Est-ce que tu aurais fait quelque chose différemment ? Enfin, différemment, excuse-moi.
- Speaker #1
On peut toujours, oui, c'est sûr. Je pense que, oui, au niveau... Moi, je considère qu'aucun succès n'est réalisé seul, ni aucun échec, en fait, finalement. Donc, je pense que, oui, il y a certainement des choses, notamment au niveau, pas du management, mais dans l'équipe, dans l'accompagnement, etc. Il y a forcément un moment, quand vous traversez cette crise, ce type de crise, vous vous renfermez un peu sur vous-même. Donc certainement que... Je n'ai pas l'impression de m'être renfermée sur moi-même, mais peut-être que c'est la perception que d'autres en ont eue, donc c'est aussi important. Mais c'était aussi ma manière, à moi, d'aller trouver ma force, au fond, pour pouvoir me battre chaque matin, me relever chaque matin. Chaque mauvaise décision, ou en tout cas, chaque mauvaise nouvelle tous les soirs, je me couchais, je me disais, « Allez, aujourd'hui, ce n'était pas un bon jour, mais demain, ce sera un bon jour. » Et je crois que c'est ça, un peu, la force aussi du chef d'entreprise, c'est de se réveiller le matin et de se dire, Merci. Allez, oublie, c'est pas grave, avance, trace ta route. Et aujourd'hui,
- Speaker #0
quand tu vois la marque Wissid perdurer...
- Speaker #1
C'est une fierté, je suis hyper contente. Et puis c'est surtout aujourd'hui, quand je retourne dans les locaux de Wissid et que je vois des équipes, Advenis a déjà recruté du monde, quand je vois que ça y est, il y a de nouveau cet état d'esprit qui m'animait. Enfin vraiment, Advenis fait un travail formidable sur ce sujet-là. Ils ont gardé les locaux, ils ont maintenant réétoffé les équipes. Donc tout ça, je les regarde un peu de loin et je me dis, c'est chouette, ça veut dire que... Job is done, quoi. Et finalement, ça a été ça. Alors, évidemment que vis-à-vis de mes actionnaires, je vais préférer une autre sortie. C'est évident. Évidemment que la prochaine fois, je ne referai pas l'erreur de penser qu'à partir du moment où j'ai une solution sur la table, tout le monde va être d'accord. Et c'est ce qui s'est passé. Donc, avec le recul, je résoudrai d'abord ces problèmes actionnariaux avant d'aller m'engager dans des process de cession ou d'adossement. Ça fait partie des choses que je suis en train de travailler, évidemment. J'écris. J'écris pour moi. J'écris... peut-être qu'un jour je sortirai quelque chose, j'en sais rien mais en tout cas, je n'en tire que du positif ça c'est sûr.
- Speaker #0
Très bien, merci beaucoup pour ton témoignage Mathilde.
- Speaker #1
Merci Damien merci de ton invitation.
- Speaker #0
Au revoir. Et voilà, c'est terminé pour cet épisode de Show Me The Money. Si le contenu vous a éclairé, partagez-le auprès de ceux ou celles qui pourraient être intéressés et abonnez-vous pour ne pas louper le prochain épisode. A bientôt pour le prochain Décryptage.