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Si Dionysos était une femme

#1 |Françoise Frissant-Le calvez vigneronne libre et pionnière du Minervois (Rediffusion)

#1 |Françoise Frissant-Le calvez vigneronne libre et pionnière du Minervois (Rediffusion)

46min |01/08/2025
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Si Dionysos était une femme

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#1 |Françoise Frissant-Le calvez vigneronne libre et pionnière du Minervois (Rediffusion)

46min |01/08/2025
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Description

Pour inaugurer ce podcast il y a cinq ans, j’ai choisi de donner la parole à celle qui m’a marquée dès mes premiers pas en Languedoc : Françoise Frissant-Le calvez, vigneronne du Château Coupe-Rose, à La Caunette.


Dans cet entretien sincère et généreux, Françoise raconte son parcours :


➡️ La reprise du domaine familial en 1987, à une époque où les femmes étaient rares dans les vignes
➡️ Le choix audacieux de la mise en bouteille et de l’export
➡️ Sa transition vers l’agriculture biologique, puis la biodynamie
➡️ La place essentielle de la liberté, de la transmission familiale et de la passion


Elle incarne une génération de femmes discrètes et puissantes, dont les combats ont permis l’évolution du monde viticole.


✨ “Le vin, c’est un vecteur de lien humain. On peut tout faire, si on le fait avec passion.”


🎧 Un épisode fondateur à écouter ou réécouter avec émotion.


📍 Château Coupe-Rose – Minervois – Languedoc


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Cet épisode de Si Dionysos était une femme vous est offert par Bleu Charon. Vous êtes CAF coopérative négociant vigneron indépendant. Je suis Aurélie Charon, fondatrice et seule référente de Bleu Charon. J'accompagne personnellement chaque client avec une approche pour son confidentiel, honnête et authentique. Ici, pas de consultant interchangeable, je vous propose un accompagnement sur mesure, adapté à votre réalité pour transformer vos décisions en résultats concrets. Stratégie. commercial export, communication et même la réalisation de vos podcasts d'entreprise pour valoriser votre histoire et vos engagements. Pour découvrir ma méthode, profitez d'une session découverte exclusive. Une heure pour transformer vos décisions en résultats concrets. Rendez-vous sur bleucharon.com pour réserver votre créneau. Bleucharon, l'accompagnement sincère et discret et créatif. Au service des acteurs du vin. Offrez-vous une heure d'échange confidentiel chaque semaine avec moi. Posez vos questions, obtenez des réponses authentiques et concrètes et découvrez comment chaque heure peut faire évoluer votre domaine. Inscrivez-vous dès maintenant sur bleucharon.com Si Dionysos était une femme, l'univers du vin abrite des pépites, des constellations, des toiles de... Vigneron, chef d'entreprise, directrice marketing, designer graphique, journaliste, odologue, technicienne. En 20 ans, ces performeuses ont fait leur place dans ce milieu d'hommes. Les femmes ont pris part à l'embellissement du monde du vin. Elles m'inspirent et motivent la femme active que je suis. Mon plaisir ? Faire partager mes rencontres, puisque je respire. Je vis dans cet univers depuis plus de 20 ans. Je m'appelle Aurélie Charongiguet, je mets ma créativité féminine et relationnelle au service du vin. Dans chaque nouvel opus, un dialogue authentique, une conversation sincère, parfois intime, avec des femmes dont le point commun est ni plus ni moins le vin. Des femmes inspirantes, des femmes puissantes, des leaders dans leur domaine. Comment ont-elles fait leur place ? Quelle est la part de la femme avec un grand F dans leur réussite ? Contre quoi ont-elles dû résister ? Quels ont été les obstacles rencontrés ? Comment les ont-elles dépassés ? Quelles sont leurs valeurs ? Que rêvent-elles ? Que boivent-elles ? Ont-elles un secret à nous partager ? Les vins de femmes marquent notre époque. Et si Dionysos était une femme ? Dieu grec du vin de la fête et créateur de folie, découvrons ensemble une nouvelle déesse. Belle écoute ! Pour ce premier épisode, j'ai choisi de converser avec Françoise Frissant-Lecalves, vigneronne au château Couperose, en Minervois, à la Connette. Françoise est la première vigneronne que j'ai rencontrée à mon arrivée en Terre-Langue d'Ossienne, il y a plus de vingt ans. C'est donc comme une évidence que cette première lui soit consacrée. J'étais alors étudiante et Françoise était intervenante. Hypercalée, son expertise m'avait séduite, son charisme charmé, Son attitude de leader m'impressionnait. Invitée sur son vignoble, les ambitions jadis étaient folles de démesure. Puis le temps passe, plus d'une décennie sans se voir, puis un salon, puis deux, des retrouvailles amicales et inspirantes, autour du cercle des vignes-filles dont je vous reparlerai très vite. Puis une invitation à ses journées portes ouvertes, au château Couperose. Et là, je découvre un aboutissement. Elle avait atteint ses objectifs de l'époque, sa vision était juste, avec autour d'elle son mari, ses enfants, son petit-fils. une jeune génération aimante, bienveillante et investie sur la propriété. Bref, une relève se dessine et ça fait chaud au cœur, croyez-moi.

  • Speaker #1

    Je te remercie Aurélie, c'est vrai que ça me fait extrêmement plaisir de te voir, de t'accueillir, eu égard au nombre d'années qui fait que nous nous connaissons, que nous avons lié amitié au fil du temps. Moi j'ai repris le domaine en 1987 et c'était une épopée parce que... Il faut se resituer 33 ans en arrière, alors 33 ans c'est beaucoup et c'est rien, c'est beaucoup parce que ça fait quand même largement une vie professionnelle, et c'est rien au regard de l'histoire, soyons modestes. Il y a 33 ans, peu de femmes étaient chefs d'exploitation, je dis peu pour ne pas dire pas pratiquement. Et donc quand j'ai repris le domaine, c'était quand même une petite révolution qui se passait, petite révolution dans mon village bien évidemment, soyons toutes... proportion gardée et Hermine Arvois aussi parce que, pareil, il n'y avait pas de femme. Je dois dire que mon père a été largement... m'a largement soutenue. D'abord c'est lui qui m'a poussée à faire ça, mais il m'a largement soutenue, ainsi que ma mère, pour reprendre l'exploitation. S'il n'avait pas été breton, je pense que ça ne serait jamais arrivé. La condition de la femme en Bretagne est totalement différente de la condition de la femme à Languedoc. Et ça, j'en ai quand même depuis le temps que je navigue entre ces deux cultures, puisque je suis moitié bretonne et moitié occitane, et j'aime autant les deux. J'aime autant mes racines bretonnes que mes racines occitanes. Je trouve que la place de la femme est tout à fait différente en Bretagne. On accepte qu'une femme soit chef d'exploitation, chef d'entreprise. Sans grandes difficultés. Et donc, lorsque j'ai repris, j'ai rencontré bien évidemment des gens merveilleux qui m'ont aidée. J'ai rencontré une femme qui était à Montpellier qui s'appelait Christiane. J'essayais de me rappeler son nom, je ne me rappelle pas. Elle est partie à la retraite depuis, bien évidemment. Elle travaillait à la Dasea et elle m'a aidée, elle m'a soutenue, elle m'a encouragée. J'ai rencontré aussi quelqu'un qui s'appelle Monsieur Fabre, parce qu'on l'appelait Monsieur Fabre. et qui travaillait au Crédit Agricole de Morin. Et lui aussi, il m'a vraiment beaucoup aidée. Il m'a aidée à me sortir des marasmes locaux, parce qu'au niveau local, c'était un petit peu plus difficile, on va dire. Ils avaient plus de mal à accepter qu'une femme puisse prendre une exploitation. Je vais être gentille quand je dis ça. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave. Après, j'ai fait ça, je l'ai vécu, et j'avoue que... Je me suis prise totalement au jeu. Avoir un domaine viticole, c'est avoir une passion. Il s'est accepté de passer sa vie pour sa passion. Avant, lorsque j'étais... Avant de faire ce métier, je suis ingénieure, j'ai fais des études d'ingénieur. J'étais à Nantes, en partie de la Bretagne, bien évidemment. Et j'aimais ce que je faisais, j'aimais beaucoup de choses, mais à un moment donné, j'étais salariée dans les entreprises. Et à un moment donné, j'ai eu envie de vivre intensément. Ma vie ne me satisfaisait pas dans le sens où je n'avais pas ma dose d'adrénaline, je n'avais pas ma dose de passion. Et j'avais besoin de... Je pense que je suis toujours comme ça, j'ai toujours besoin de passion, j'ai toujours besoin de vivre les choses fort, vite, un peu moins en vieillissant, ça c'est clair. Mais j'ai toujours eu besoin d'avoir des choses qui me passionnent, qui m'aiment, sinon je m'en ose.

  • Speaker #0

    Et lorsque tu parlais, donc tu es ingénieure agronome ? Tu as fait des études. Est-ce que déjà tu étais vouée à reprendre un domaine viticole ? Est-ce que déjà, au fond de toi, tu avais cette envie, ce besoin, ou tu ne savais pas encore vers quoi aller lorsque tu as passé tes diplômes ?

  • Speaker #1

    Je ne savais absolument pas vers quoi aller quand j'ai passé mes diplômes. Ce que je souhaitais, c'était que la formation d'ingénieur me satisfaisait, parce que c'est une formation scientifique, que j'ai un esprit qui est quand même plutôt scientifique, mais appliquée. Je veux dire, je ne suis pas chercheur, par exemple. Je suis faite faire la différence entre être chercheur et être ingénieur. Quand on est ingénieur, on est dans la pratique, dans le concret. Et moi, c'est quelque chose qui me convenait tout à fait. Et ensuite, je me suis... Je commençais à travailler, j'ai fait plein de choses diverses. Et entre autres, je me suis occupée de planche à voile, d'organiser des régates de planche à voile, pas forcément uniquement en accord avec ma formation initiale. Et puis, à un moment donné, c'est mon père qui m'a... Ce qui m'a demandé, c'est si je voulais reprendre l'exploitation, parce qu'il y a un drame qui est arrivé dans notre famille, qui était le décès de ma sœur, qui est survenu en 81, non en 85, j'oublie. Et ça, ça a été un drame dans la famille, ça c'est clair. Et à partir de là, ma vie a changé, et je me suis dit pourquoi pas, pourquoi ne pas... Pourquoi ne pas relever cette espèce de grande aventure qu'est de mener une exploitation ? Parce que quand j'ai repris l'exploitation, à l'époque, nous avions 20 hectares de vignes, des belles vignes, il n'y avait rien à dire sur le plan technique, viticole, mais tout était vendu en vrac, c'était un vin rouge vendu en vrac. Mon objectif était de tout vendre en bouteille.

  • Speaker #0

    Et déjà, cet objectif, il t'est venu comment ? Parce que tu arrives, tu reviens sur des terres familiales, c'est une histoire. en lien avec ton père, tes parents, et en même temps, comment tu peux te mettre dans la tête « Allez, je vais faire de la bouteille » . C'est un défi, puisque effectivement, comme tu le dis, un, localement, c'est difficile parce que c'est géré par des hommes, essentiellement il y a des vignerons. Deux, tu vas bouleverser tout le monde parce que tu as envie de faire de la bouteille. On est sur un terroir de rouge, et puis moi je vois quand même une jolie gamme de blancs. Donc effectivement, je pense que tu as fait une révolution.

  • Speaker #1

    Ça, c' est les rencontres que j'ai pu faire au cours de ma vie. Du début de ma carrière professionnelle, j'ai rencontré des gens qui m'ont permis de réfléchir. de voir un peu ce qui me plaisait, ce qui ne me plaisait pas. Ce qui est certain, c'est que reprendre un domaine viticole pour faire du vin en vrac ou adhérer à une coopérative, ce qui n'était pas le cas, mais j'aurais pu adhérer à une coopérative ou un groupement de producteurs, mais je n'avais pas envie de ça. Moi, j'avais envie de voyager, j'avais envie de rencontrer du monde, j'avais envie d'échanger, j'avais envie de grands espaces. Et quand j'étais salariée, je voulais faire de l'export. Personne ne voulait me confier de l'export, j'étais trop jeune. Donc le jour où j'ai repris mon domaine, j'ai décidé que je ferais de l'export et j'ai commencé à faire de l'export. Mes premiers marchés ont été... Mon premier client a été un client hollandais avec qui je suis restée travailler jusqu'à ce qu'il parte à la retraite. Et j'avais envie, j'ai toujours envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. C'est-à-dire, c'est pas aller voir ailleurs comment ça se passe, c'est la curiosité. C'est de se dire, on est tous pareils, on a des cultures différentes, mais finalement on est tous pareils. Et quand on fait ça, quand on vit ça, quand tu vas, quand tu débarques... toute seule au Japon, en Chine, en Russie, des pays où ils ne parlent pas ta langue. À quelle époque c'était ?

  • Speaker #0

    Les premiers déplacements ?

  • Speaker #1

    Les premiers déplacements, c'était dans les années 2001, quand j'ai commencé à faire ça. Quand tu vas dans ces pays-là où personne n'a la même langue que toi, où ils ne parlent pas forcément anglais, où tu as des idéogrammes que tu ne comprends pas, c'est difficile, c'est une barrière. Et après, finalement, le vin permet de passer ces barrières. permet de dépasser tout ça, parce que tu rentres dans la vie des gens, ils t'invitent, tu trouves des importateurs, ils t'invitent, tu fais un peu partie de cette famille, de leur vie, et du coup tu t'aperçois qu'on est tous pareils. On a tous les mêmes envies, on a tous envie d'être heureux, d'avoir suffisamment d'argent pour vivre, mais pas forcément des sommes d'argent pas possibles non plus. Nous sommes des humains et on a de l'amour, on a des chagrins, on a des peines, on a des joies, on est tous pareils. Et le vin, c'est un merveilleux vecteur.

  • Speaker #0

    C'est vrai. C'est une belle aventure, ce vin. Alors, pour en revenir justement à cette exploitation que tu reprends, tu la reprends donc avec ta maman,

  • Speaker #1

    c'est ça ? Oui, c'est ça. 10 ans ensemble. Ok.

  • Speaker #0

    Comment se passe la relation mère-fille ?

  • Speaker #1

    Difficile, difficile, compliqué. Nous travaillons 10 ans ensemble, on a monté un GAEC. Et elle travaille avec moi, elle m'aide autant qu'elle peut. Là où elle m'a le plus aidée, certainement, c'est à s'occuper de mes enfants. Et ça, j'avoue qu'elle a été une grand-mère extraordinaire. Bon, c'est pas... C'était une mère, elle a été ce qu'elle a pu, comme elle a pu. J'ai pas de reproches à faire. Voilà, ça a été difficile, mais c'était difficile aussi, certainement, pour elle, de voir sa fille qui était là, qui reprenait une exploitation. et qui avait cette liberté de chef d'entreprise qu'elle n'a jamais pu avoir. Ceci dit, ma mère m'a toujours dit, travaille, du plus loin que je me rappelle, étudie, travaille, sois autonome, ne dépends jamais de nom, sois autonome financièrement. Et j'ai mis ces conseils en pratique.

  • Speaker #0

    C'est déjà la meilleure valeur.

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et du coup, dans cette... La femme avec un grand F... t'as permis justement de faire ce que tu es aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    La propriété. Est-ce que tu imaginais, il y a 30 ans, cet aboutissement ?

  • Speaker #1

    Non, bien sûr que non. Il y a 30 ans, je ne savais absolument pas comment. J'ai pris ça, j'ai plongé dedans, à bras le corps. Et c'est vrai que je n'avais pas d'idée de ce que ça pourrait être, de comment j'allais arriver. Des fois, j'ai eu des fins de mois difficiles. J'ai serré les dents plus d'une fois. J'ai eu des moments de désespoir où j'appelais mon banquier complètement affolé, mais il était toujours là pour me dire « mais non, vous verrez, ça ira mieux, allez, reprenez-vous » . Vraiment, c'était un homme extraordinaire, ça c'est vrai. Je ne pouvais pas imaginer ça. Ceci dit, ce que je sais aussi, c'est que ma formation, mon enfance, ma formation, je crois qu'une chose qui a été importante pour moi, c'est la liberté. Et j'ai toujours cette liberté, qui je sais, des fois, gêne les gens. J'ai cette liberté. C'est vraiment un élément important d'avoir la liberté, une liberté de penser, une liberté d'action. Ne pas se mettre soi-même des barrières, des frontières. C'est-à-dire, on peut toujours y arriver.

  • Speaker #0

    Donc, c'est la peur, cette émotion, la peur qui, aujourd'hui,

  • Speaker #1

    est un frein,

  • Speaker #0

    souvent, pour beaucoup de personnes.

  • Speaker #1

    La dépasser, ne pas l'écouter. Le film, il y a un film Merci. Il y a un film que j'ai adoré, que j'ai vu lorsque j'étais adolescente, qui s'appelle Au fin d'un porte-levant. Alors ce film, franchement... C'est un mythe, il est extraordinaire. J'ai dû avoir trois jours de cafard. Et ensuite, ce que j'aime, c'est la faim. La faim, elle dit, bon, aujourd'hui ça ne va pas. Je vais dormir et demain ça ira mieux. Et franchement, je me suis aperçue que je faisais ça. Des fois où j'étais complètement déprimée ou rien d'aller, je me disais ça. Demain ça ira mieux. Tu vas dormir, tu vas te coucher. Aujourd'hui, ça ne va pas, mais demain, ça ira mieux.

  • Speaker #0

    Demain est un autre jour.

  • Speaker #1

    Demain est un autre jour et rien n'est jamais perdu. Il ne faut jamais baisser les bras. Il faut toujours avancer.

  • Speaker #0

    Est-ce que ça, c'est ton leitmotiv ?

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    C'est celui que tu conseillerais à des jeunes ?

  • Speaker #1

    C'est celui que je conseille à tous.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, on aurait des doutes pour avancer, aller défier des challenges ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est ce que je dis à mes enfants. J'ai le bonheur d'avoir mes enfants qui prennent...

  • Speaker #0

    C'est la belle histoire aussi du château Coupe Rose. C'est qu'effectivement, la génération, ça continue. Il y a un relais qui est en train de se transmettre. Et tu es dans cette phase-là de transmission actuellement ?

  • Speaker #1

    C'est ça. Je suis en totale réflexion sur comment faire pour transmettre cet outil de travail. Déjà le bonheur d'avoir mes deux enfants qui travaillent avec nous, d'avoir mon beau-fils qui a envie de venir travailler, ma belle-fille qui est à côté, je suis une femme heureuse, franchement, j'ai toute ma famille à côté de moi, que demander de plus ? Je vais en avoir un petit-fils, et une exploitation, bon, c'est pas facile actuellement, c'est vrai, parce qu'il faut tirer des salaires pour tout le monde, j'avoue que... Mais bon, moi ce que je leur dis à mes enfants, je dis c'est pas grave, on va y arriver, on va s'en sortir. Il faut être confiant, il faut être optimiste, être confiant dans l'avenir.

  • Speaker #0

    Et aujourd'hui, vous êtes combien à travailler sur l'exploitation ?

  • Speaker #1

    Nous sommes cinq. Cinq personnes.

  • Speaker #0

    Il y a une répartition des rôles ? Oui.

  • Speaker #1

    C'est bien déterminé ? Oui, il y a une répartition. Mathias s'occupe, Mathias c'est mon fils, il a 30 ans, il est oenologue. Et c'est lui qui s'occupe de la partie technique, donc il s'occupe de toute la viticulture et de la vinification. On est en culture biologique, lui il veut passer en biodynamie. Sarah s'occupe de la commercialisation. Elle est onologue, elle aussi, mais elle a fait un diplôme de commerce international. Et elle travaille aussi à la vinification avec son frère, parce que c'est important de... Quand on commerce, il ne faut pas être coupé de la production. Mais quand on produit, il ne faut pas être coupé du commerce. Donc c'est toujours... Il n'y avait pas ce fait de trouver les bonnes paroles. Voilà, un subtil mélange de chacun. Et moi je m'occupe encore du commerce et de l'administration. Et puis on a des salariés qui sont une partie à la préparation de commandes, une autre partie à la viticulture. Et mon beau-fils qui est en train de trouver sa place. Pour le moment il ne sait pas, mais lui c'est un gamin adorable, intelligent, brillant. Donc je ne fais pas de soucis. Nous trouverons ensemble sa place.

  • Speaker #0

    En résumé, c'est la force de la femme leader que tu es qui a garanti la relève, et la mère qui préserve les valeurs fortes d'une famille unie. Respect. Tu as dit une phrase que j'ai relevée et qui m'a fait sourire d'ailleurs. Pourquoi faudrait-il avoir plus de poils aux pattes, être un ténor de la chorale et avoir un soi qui résiste à tous les assauts pour avoir une place ou simplement être entendu ? En évoquant cette phrase. Tu pensais à qui ?

  • Speaker #1

    Beaucoup d'hommes qui se prennent pour des grands de la dégustation, beaucoup de journalistes, de dégustateurs, de professionnels. Je crois qu'il y a plein d'hommes qui peuvent se retrouver là-dedans. Il faut dire que dans les obstacles que j'ai connus quand même, il y en a un qui a été un peu difficile à lever et qui n'est toujours pas levé, qui est le fait d'avoir choisi mon mari qui était un homme... avec de grandes convictions, qui adorent la viticulture, qui adorent la culture, et qui ont aussi des idées engagées politiquement.

  • Speaker #0

    Je vais faire une petite parenthèse sur ton mari, Pascal. Pascal Frissant, quand tu évoques la politique, en effet, Pascal est un des leaders emblématiques de la Confédération paysanne. Et pour les Biterrois, il fut à l'initiative de Béziers-Honopole, dans les années 90, sous la présidence de Jean Hulier.

  • Speaker #1

    Ça, ça m'a valu quand même beaucoup de mise à l'index. L'engagement politique de mon mari a été difficile, mais bon, c'est pas ça, je dis. On serre les dents, on passe, un jour, on attend des jours meilleurs, mais c'est vrai que des fois, je me dis, pourquoi ? En vieillissant, on voit certainement les choses différemment. Moi, je pense que ma plus grande qualité actuellement, c'est la bienveillance. Je suis bienveillante et je pense qu'il faut être bienveillant avec les gens.

  • Speaker #0

    Tout à fait. C'est une bonne valeur aussi.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    Mais les hommes ont quand même fait partie intégrante de l'évolution aussi du château qui est devenu. Donc, il y a quand même une part aussi autour de toi. d'hommes qui t'ont aidé aussi à construire ce qu'il en est, ou ont contribué à un moment donné. Je pense notamment à M. Bourguignon, qui est venu.

  • Speaker #1

    Il est seul ? Oui, c'est étonnant. C'est un homme merveilleux, extraordinaire. Il est d'une richesse intellectuelle, d'une gentillesse incroyable. Je me rappelle encore notre rencontre. Je venais d'accoucher de ma fille, de Sarah, de notre fille. C'était en 91, ça devait être décembre 91. Nous habitions une maison avec une cheminée à la Connette. Et on se retrouvait autour de la cheminée à deviser, à boire un verre de vin bien évidemment, et à deviser, à refaire le monde. Et à partir de là, moi il m'a ouvert les yeux et on est allé faire des fosses dans la vigne, on creusait des fosses de 1m80 pour voir un petit peu le profil du sol. pour regarder quel était l'enracinement. Et l'enracinement n'était pas bon du tout, parce que c'était 1991, ça faisait 4 ans que j'avais repris les vignes, donc c'était des façons de travailler qui étaient traditionnelles, on mettait des engrais chimiques, on travaillait de façon traditionnelle. Je n'avais pas d'idée particulière là-dessus. Et lui, il nous explique la vie dans le sol, la vie microbienne, l'importance de préserver les vers de terre. les colamboles, les araignées, les bactéries, tout ce qui font les échanges entre la surface du sol et la profondeur et qui permettent de rendre assimilables des éléments minéraux aux racines de vignes. Puisque la racine de vignes ne nourrit pas de protéines, elle ne mange pas des protéines, des lipides et des glucides, elle ne nourrit que des H2O, c'est-à-dire de l'eau, et des éléments minéraux qui sont véhiculés par l'eau. À partir de là, ça a été une vraie révélation. Et on a changé les pratiques culturales. On s'est mis à composter les sols, à travailler les sols différemment. En cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui a changé. Parce qu'on avait des pH très élevés, puisqu'il y avait trop de potasse. Et en cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui baissait et la qualité des vins qui changeait. Et ça, j'avoue que pour moi, ça a été une révélation. C'était quelque chose que j'ai aimé parce que... En même temps, je me trouvais confrontée à des oenologues, je ne citerai pas les noms, mais à des oenologues qui me disaient « mais qu'est-ce que tu veux changer dans tes vins ? Tu as des médailles, donc c'est très bon » . Je me suis dit « mais je m'en fiche d'avoir des médailles, si mon vin ne me plaît pas, je m'en fiche, ma médaille, je n'en ai rien à faire d'avoir une médaille. » Ce qui est important, c'est que je fasse un vin dont je sois fière, un vin qui me plaît, dont je sois fière. Pour moi, c'est ça le plus important. Alors c'est vrai que depuis j'ai plus de médaille, mais au moins je fais des vins.

  • Speaker #0

    Est-ce que c'est à cette période justement où tu as repensé aussi dans ces pagements ?

  • Speaker #1

    Oui. Dès le départ, j'avais commencé à planter des blancs. D'accord. Et je pense que là-dessus, c'était une bonne idée parce que c'était bien vu, parce qu'on a un terroir qui est vraiment magnifique pour les blancs. Mais à ce moment-là, le blanc minervois, il n'y en avait pratiquement pas. Il y avait très peu de blancs minervois. Maintenant, on est à 3 %, on est resté pendant des années à 2 %, autant dire pinot. D'accord. Et les blancs, ça fait des belles choses.

  • Speaker #0

    C'est magnifique.

  • Speaker #1

    Ils sont tous sur des terroirs de schiste. Des terroirs de schiste que l'on a, ou des terroirs de l'éther de coupe rose.

  • Speaker #0

    Alors, coupe rose, tu fais bien d'en parler, parce que je suis très curieuse. Quelle est l'origine du mot coupe rose ?

  • Speaker #1

    Coupe rose, c'est le nom de la terre. J'ai eu des ancêtres tuiliers, dans les années 1700, qui fabriquaient des tuiles et des briques à partir d'une argile qui s'appelle la coupe rose. C'est une argile qui contient du manganèse et qui a une couleur rose. Et lorsqu'en 87, j'ai repris le domaine, je disais à ma mère que je ne voulais pas garder le patronyme familial Domaine Le Calvaise ou imaginer de mettre Domaine Le Calvaise. J'avais finalement des ambitions qui étaient d'un jour peut-être intéresser quelqu'un à vivre la même aventure que moi puisque j'étais célibataire à l'époque. Et je me suis dit, si jamais je rencontre un homme qui veut bien venir vivre avec moi, travailler avec moi... Peut-être qu'il aimera pas avoir le même nom que son beau-père. J'avais des exemples en Champagne de jeunes femmes que j'avais rencontrées qui me racontaient ça. Et ma mère m'a aidée en retrouvant dans les vieux papiers... Le nom du ténement sur lequel se trouve la cave de vinification actuellement s'appelle Couperose. Ça s'appelle la fabrique de Couperose. Donc j'ai changé le mot fabrique en château parce que fabrique ça ne le fait pas. Et château parce qu'on a des bâtiments qui appartenaient au château de la Connette. Et tu sais c'est amusant de retrouver, j'ai l'avantage d'avoir des vieux papiers parce qu'actuellement je suis en train de lire une correspondance de ma grand-mère et de mon grand-père. On est en septembre 1939. Et ça s'étale, je n'ai pas fini, je suis en train de la lire parce que c'est long, et des fois c'est très émouvant, donc je prends des pauses. Et ça s'étale jusqu'en 1940. En 1939, son mari, dont mon grand-père est appelé au front, il se trouve dans le front de l'Est, et elle se retrouve seule à faire les vendanges avec ses parents. Et là, c'est intéressant parce que tu t'aperçois d'une femme qui était bourgeoise, bien élevée, bien éduquée. qui ne travaille pas, qui dépend totalement de son mari pour toutes les décisions. Elle n'a pas de compte en banque, bien évidemment, ça ce n'est pas possible. Et elle se met à prendre les rênes pour décider les vendanges. Et elle parle des ténements que l'on a encore, des vignes que l'on a encore. Elle parle de vignes qui ont été totalement arrachées. Je découvre que nous avions des vignes dans un secteur où elle dit que c'était de la vinaigrette, tellement ce n'était pas mûr. Quand il s'est ramassé, ce n'était pas mûr. Et elle cite les vignes que l'on a maintenant avec des rendements. Elle raconte qu'elle allait peser l'alcool, elle allait faire le degré alcoolique.

  • Speaker #0

    C'est merveilleux.

  • Speaker #1

    C'est extraordinaire. Je me suis dit, mais vraiment, quel bonheur d'avoir ce témoignage.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Et donc, elle a fait plusieurs vendanges toute seule ?

  • Speaker #1

    Et elle a fait plusieurs vendanges toute seule.

  • Speaker #0

    Elle a mené de front.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    Jusqu'à la commercialisation, aller vendre le vrac du vin ou est-ce que le vin était après ?

  • Speaker #1

    Il se vendait en vrac, oui, le vin se vendait en vrac. Ça, je ne sais pas, je n'ai pas de témoignage sur la vente, mais le vin se vendait en vrac, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et donc, ça t'a permis, toi, de retrouver également des vignes que tu as encore ou des endroits que tu n'as plus actuellement, que tu peux repenter aussi ?

  • Speaker #1

    Le partage, parce que, évidemment, il y a des partages. À la suite de décès, les vignes se partagent. Donc des vignes qui sont parties, et puis des vignes que l'on a gardées, avec les quantités de raisins qui sont produites. Et alors ce qui est amusant, c'est qu'il y a des parcelles qui ont été arrachées, que l'on replante, sur lesquelles on a des tout petits rendements, et je me dis finalement, on n'aurait pas dû les replanter. J'aurais vu ça avant, je ne les aurais pas mis à replanter. Mais bon,

  • Speaker #0

    c'est les choix,

  • Speaker #1

    les moments. C'est ça, des fois ça veut dire la... La pauvreté agronomique d'un sol, elle n'est pas forcément facile à corriger.

  • Speaker #0

    On va prendre un peu de hauteur pour aborder la notion de succès, de réussite, car on a tous une définition assez propre et personnelle de ces deux mots. Néanmoins, je pense que pour mieux les définir, rien de mieux que d'évoquer des temps forts. Alors tu m'as parlé de l'année 2012, d'une construction.

  • Speaker #1

    Oui, quand on a fait le bâtiment. ce bâtiment. Pour moi c'était, je peux dire une consécration sans me vanter, mais c'est quelque chose, j'avais tellement envie d'avoir un beau lieu d'accueil, un lieu qui me permette de mélanger la culture et le vin, parce que j'ai toujours aimé les peintures, les sculptures, l'art en général, l'art plastique en général, je trouve ça beau. Et j'avais envie, mon objectif c'était de faire du bon vin. C'est bien de faire du bon vin, mais c'est quand même mieux d'avoir un joli lieu qui permette d'accueillir les gens et quelque part d'avoir un lieu qui soit la traduction de la qualité que tu souhaites dans tes vins.

  • Speaker #0

    Représentatif.

  • Speaker #1

    Oui, qui soit représentatif. Et du coup, à un moment donné, on a réussi à faire ce bâtiment. C'était un gros challenge financier parce que quand même, ça nous a coûté très cher. Ça, c'est parce que... Pascal est un ami architecte qui nous a aidé à faire ça. Et on l'a fait avec des matériaux qui nous correspondaient. On l'a fait en bois, avec de la boîte de cellulose. On l'a fait avec des panneaux photovoltaïques parce qu'on avait envie d'avoir quelque chose qui soit dans l'air du temps, quelque chose de moderne et qui soit dans l'air du temps. Un grand espace lumineux et clair qui me permet aussi d'accrocher des tableaux. Mais c'est ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Donc des artistes viennent régulièrement exposer. Et c'est l'occasion de boire un verre, de célébrer,

  • Speaker #1

    de mettre en valeur une cuvée ou deux. De se mettre mutuellement en valeur, autant les artistes que nous. Parce que c'est normal.

  • Speaker #0

    Un autre temps fort ?

  • Speaker #1

    Un autre temps fort t'as-je ? Quand mes enfants m'ont dit qu'ils viendraient travailler avec nous, avec moi, quand ils m'ont dit ça, j'étais... j'étais... j'étais extrêmement émue, je me suis dit finalement... parce que, en fait, quand tu fais... tu vois, l'activité que j'ai pu développer, c'était pas... j'ai pas fait en disant un jour je transmettrai. Tu le fais parce que t'en as envie, tu le fais pour toi, tu le fais pas pour les autres. c'est toi qui le vis, tu le fais pour toi, tu dis j'ai envie de faire ça je le fais Et puis un jour, finalement, tu te dis... Quand on te dit, tiens, ça m'intéresse, je me dis, tiens...

  • Speaker #0

    Ça veut dire que pendant toute cette période à la maison, il y a eu une transmission de passion, de force partagée, de dire,

  • Speaker #1

    voilà,

  • Speaker #0

    je fais des choses, j'aime les faire, et du coup, tu as transmis aussi cette passion.

  • Speaker #1

    Le fait d'avoir... Le fait d'accueillir beaucoup de monde aussi, beaucoup d'étrangers, je crois que... Une ouverture d'esprit. Oui, en tout cas, cette capacité d'accueillir des gens. Ça, c'est clair. Et ça, c'est aussi Pascal qui fait que Pascal est tourangeau. Et ce qu'il m'a appris, c'est le regard qu'ont les gens de la Loire sur le vin est très différent du regard qu'on a ici en Languedoc. Ça fait encore notre volée à ma culture bretonne, occitane. Maintenant, j'ai une partie aussi ligérienne, tourangelle. Ils aiment leur vin, ils aiment leur métier. Je trouve qu'au début, en tout cas, maintenant ça change, mais au début, en Languedoc, on n'aimait pas forcément son vin. Alors que quand même, ce qui est important, c'est d'aimer ce qu'on fait, d'aimer le produit que l'on élabore et d'aimer le vin que l'on boit. Et là-dessus, les gens de la Loire, ils ont une culture paysanne, une gentillesse et un accueil qui est remarquable.

  • Speaker #0

    C'est vrai que dans la région, j'ai l'impression également, puisque c'est pareil, je suis une étrangère,

  • Speaker #1

    ça fait 26 ans,

  • Speaker #0

    27 ans maintenant que je suis ici, je remarque que les vignerons ont peut-être un peu trop d'humilité, et justement des fois se réfrènent derrière la qualité des vins, alors qu'il y a des pépites, c'est merveilleux, c'est bon, et il est difficile pour eux de... ou de se mettre en avant, comme si on se cachait derrière quelque chose. C'est fantastique. Alors maintenant, évidemment, ça change. Puis il y a les jeunes générations, en plus, en même temps, qui arrivent et qui bougent les choses, heureusement. Mais j'ai remarqué ça, cette humilité, un peu trop importante, parfois, justement, sur se cacher derrière la qualité des vins.

  • Speaker #1

    C'est des histoires de génération. Ce sont des histoires de génération. Moi, je fais partie d'une génération, j'ai 60 ans, je fais partie d'une génération. où il y a peu de gens qui sont revenus travailler à la terre de mon âge. Il y en a très peu. Chacun, parce que leurs parents avaient certainement eu des moments difficiles. Et donc peu de gens sont revenus à la terre. Ils sont partis faire des métiers divers et variés, mais pas agriculteurs. Parce qu'on leur disait n'importe quoi, mais pas les vignes. C'est trop difficile, c'est trop compliqué, tu vas en baver, tu peux pas en vivre, c'est trop difficile. Donc il y a peu de gens de ma génération. Ça a continué encore avec les générations suivantes, jusqu'à 40 ans. Où là aussi, il y avait un peu de gens qui revenaient, mais pas trop. Donc on a eu un gros vide. Et là maintenant, tous les trentenaires, eux, ils s'éclatent. Ils se régalent. Ils ont du plaisir, ils ont du bonheur. Et ça, on le voit, on le sent. Et c'est tellement bien, c'est tellement plein d'énergie. Moi j'adore ça, j'adore travailler avec des jeunes. Je me régale de travailler avec des jeunes, je trouve ça merveilleux. Ils ont cette énergie, une énergie que j'aime. L'envie de faire et d'expérimenter, de ne pas se mettre de limites. De dire, non, je ne peux pas. Mais non, on peut tout. Quand on a l'envie, on peut tout faire. Il faut juste réfléchir à ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Et bien le faire,

  • Speaker #1

    voilà. On teste, c'est vrai.

  • Speaker #0

    Et l'amour du vin, de façon générale pour toi, puisque tu es partie à Nantes étudier, est-ce que le vin faisait partie intégrante de ta vie ? Ou tu l'as appris ? Est-ce que c'est quelque chose qui s'est... qui s'est manifestée ?

  • Speaker #1

    Non, non, le vin, jusqu'à l'âge de 20 ans passés, je ne bevais pas une goutte de vin. Je ne bevais pas d'alcool en général, et je ne bevais pas une goutte de vin. Et puis ensuite, je commençais à me mettre à goûter un petit peu de vin. J'avais des amis qui me disaient, tiens, goûte ça, goûte ça. Et puis je suis revenue, j'ai voyagé, j'étais travaillée à l'étranger. Et quand je suis rentrée, j'avais envie de me... fixé dans le sud parce que finalement je trouvais que la qualité de ville en sud était plus agréable qu'ailleurs. Voilà. Et puis je me suis dit finalement qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? Et j'ai commencé à travailler dans le vin, une grosse société qui m'a embauchée. Et puis je me suis prise au jeu, j'ai quitté cette société, je suis allée dans une autre société qui m'a donné plus de responsabilités et qui m'a donné plus envie de faire ça. Et puis du coup, je... Après je suis revenue m'occuper de cette exploitation et là je me disais mais qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Comment je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire comme vin ? Tu te retrouves là, c'est une aventure extraordinaire mais en même temps tu es tout seul. Quand tu te retrouves il n'y a personne derrière toi pour te dire tu dois faire ci, tu dois faire ça. Donc tu es tout seul face à tes choix. Et puis la rencontre de Pascal a fait que j'ai découvert ce qu'était vraiment le monde du vin. Ça c'est sûr. C'est lui qui m'a apporté cette culture et cette envie de déguster encore plus et découvrir encore plus. Tu vois, par exemple, quand on nous dit toujours « quel est votre vin préféré ? » Je n'ai pas un vin préféré. J'aime tous les vins. Tout ce que j'aime, c'est les moments. Ce que j'aime, en fait, ce qui me revient en tête, ce sont les moments où je partage des vins. Là, le meilleur exemple que j'ai, c'est la semaine dernière, nous étions à Cheverny, chez des amis, et qui nous font goûter un vin merveilleux, Domaine des Huards, un assemblage Pinot Gamay 2018. mais une merveille. Il travaille en biodynamie, c'est un gars fantastique, passionné de ce qu'il fait. C'était extraordinaire. Ce vin était fantastique. Partager avec nos amis de longue date, c'est ça que j'aime.

  • Speaker #0

    C'est des instants magiques.

  • Speaker #1

    C'est ça. C'est vrai que je ne suis pas capable de dire... Vraiment, j'aime tous les vins. C'est juste qu'à un moment donné, tu aimes davantage parce que tu ne les partages pas pareil.

  • Speaker #0

    Tu m'as devancé parce que c'était une des questions. Quelle est la définition d'un bon vin ? C'est une belle définition que tu donnes.

  • Speaker #1

    Un bon vin, c'est toujours un vin qui est bien partagé. C'est vrai. Partagé avec des gens avec lesquels on a du plaisir à le partager.

  • Speaker #0

    C'est encore plus important. Je pense que ça lui donne un petit goût subtil supplémentaire. Alors, c'est vrai, quand tu reprends cette exploitation, tu as des enfants. Et là, la gestion de la vie familiale et l'exploitation, c'est très difficile.

  • Speaker #1

    C'est très difficile. J'avoue que je me suis souvent culpabilisée de ne pas être là pour des anniversaires, de ne pas être là pour des fêtes d'école, de ne pas être capable d'aller à chaque rentrée scolaire avec la réunion de parents d'élèves. Je ne pouvais pas, j'étais en train de vendanger, j'étais à la cave, je ne pouvais pas laisser mes cuves parce que, voilà, si ce n'est pas moi qui le faisais, personne d'autre le faisait. Donc je ne pouvais pas laisser mes cuves. Mais combien de fois je me suis dit, mais comment je vais faire ? Ce sentiment d'être une mauvaise mère, de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire les choses comme il faut. Franchement, je l'ai eu, mais comme on avait beaucoup de femmes. C'est juste cette dame dont je parlais tout à l'heure, cette dame, cette Allemande, qui était une femme extraordinaire, elle m'a dit, mais tu sais... C'est pas grave, les enfants, ils comprennent. Faut pas culpabiliser là-dessus. Parce qu'un jour, je m'en ouvrais à elle, elle m'a dit, mais ne culpabilisez pas, tu sais, faut vivre ta vie, et puis les enfants, ils comprendront. La preuve à nier, c'est qu'ils m'ont fait de la rigueur, en tout cas, de ne pas avoir été toujours là. Et maintenant, on est ensemble. Et maintenant, je garde mon petit-fils. Je vis avec mon petit-fils, que je n'ai certainement pas pu vivre avec mes enfants. Je pense que je vivrai comme ça. Mais après, on a fait d'autres choses. Je les ai amenées faire du ski, je leur ai passé le goût de la BD, de la bande dessinée.

  • Speaker #0

    La BD, c'est un petit hobby ?

  • Speaker #1

    Moi, j'adore la bande dessinée. J'adore la bande dessinée. J'adore les dessins, j'adore entrer dans... De toute façon, quand je lis un livre ou quand je lis une bande dessinée, je suis un peu comme Alice au Pays des Merveilles qui plonge dans le miroir. J'ai besoin de plonger dans la lecture. Pour tout oublier, certainement. Et pour me faire rêver. Et puis parce qu'on apprend tout.

  • Speaker #0

    Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est que les femmes marquent notre époque. Avec ton expérience, qu'ont-elles apporté à ce bel univers qu'est le vin ?

  • Speaker #1

    Je dirais l'esthétique, la rigueur. Il faut être rigoureux. Quand on fait un métier comme ça, il faut être rigoureux dans ce qu'on fait. Je pense que les femmes sont certainement plus rigoureuses que les hommes là-dessus. L'esthétique parce que c'est important à tous les niveaux. Quand on fait un vin, le vin doit être esthétique, mais tout ce qui va autour du vin ça doit être esthétique. L'emballage doit correspondre, tout doit correspondre.

  • Speaker #0

    Donc surtout sur la partie esthétique, je pense. La femme intervenue, elle embellit le vin, mais sur les qualités intrinsèques également.

  • Speaker #1

    Oui, quand je dis l'esthétique du vin, c'est... C'est pas un mot qu'on utilise quand on déguste un vin, mais on peut dire qu'un vin est esthétique, parce que quand on l'a en bouche, quand on l'a au nez, quand on l'a à l'œil, au nez et en bouche, on a une impression d'harmonie. Et pour moi, c'est ça, un vin esthétique, c'est ça aussi, c'est quelque chose d'harmonieux, quelque chose que l'on a plaisir à boire. Après, je ne peux pas dire, par exemple, faire un vin de femme, ça pour moi, ça ne veut rien dire. Un vin de femme, je ne sais pas ce que c'est. Un vin de femme, pour moi, c'est un vin qui est tannique, corsé, puissant, et qui a beaucoup de structure. C'est comme quand je dis... Parce qu'en fait, vous me posez la question tout à l'heure, les gens, quand on fait des dégustations, et j'en ai fait beaucoup de dégustations professionnelles, ils me disaient, oui, il a de la cuisse, il a de la rondeur, il a de la jambe. C'est pour ça que je disais, non, mais il a du poil aux pâtes, pourquoi prendre toujours le... des mots qui décrivent un corps de femme pour décrire un verbe. À un moment donné, c'est pas que je sois... Je ne suis pas sectaire là-dessus, mais le mot n'est pas juste, mais... Il y en a marre de prendre toujours le corps de femme comme étant un objet sexuel. Ça suffit. Pourquoi ne pas dire donc... Voilà. Pourquoi ne pas dire qu'il a du poil aux pattes, ou des choses comme ça, parce que... Parce qu'il peut être rugueux, et le côté rugueux, ça peut être ça, ou être mal rasé, c'est être rugueux, avoir des tanins. Et je pense que...

  • Speaker #0

    C'est intéressant de faire un vin comme ça, justement. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un petit clore d'écrit avec des adjectifs masculins qui décriraient que des adjectifs masculins. Testostérone, testostéronée... Voilà, on peut trouver beaucoup d'autres adjectifs. Mais c'est vrai que la femme n'est pas comme objet. Non. Je dis ça parce que c'est la réflexion que je me fais actuellement quand je lis les magazines féminins. Je trouve qu'on a trop tendance à utiliser la femme comme un support de publicité, un support de tout. Et la femme, ce n'est pas un objet. Les femmes existent, sont des individus, des êtres à part entière.

  • Speaker #0

    C'est vrai que les années 80 ne nous ont pas arrangé avec la publicité. Non. Ça, c'est sûr. Et donc, il y a tout un schéma. à défragmenter et à repositionner. C'est vrai, c'est un long travail. Ça fait partie...

  • Speaker #1

    Je suis toujours en train de dévoiler, de dénuder les femmes. Le mystère étant beaucoup plus acclair, la suggestion étant beaucoup plus acclair. Pas besoin de se dénuder en permanence.

  • Speaker #0

    On va terminer par des notes légères. Oui. Est-ce que tu as une playlist musique ?

  • Speaker #1

    Oui, j'adore la musique.

  • Speaker #0

    Tu adores la musique ? Est-ce que tu as un morceau ? Concentration, vitaminé.

  • Speaker #1

    Actuellement, ce que j'écoute beaucoup, c'est une chanson de Oustaki. C'est pas récent. Mais ça s'appelle « Salanomé » . Je voudrais, Salanomé, vous parler d'elle. Elle parle de la liberté. La révolution. Et c'est... Pour moi, c'est un beau morceau. J'aime aussi Barbara, une petite cantate. J'aime aussi Jacques Brel. Bon, mais après, j'aime les choses plus récentes, mais c'est vrai que je suis certainement plus... J'aime la chanson française. Et les textes. Et les textes, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Un livre de chevet ou un livre culte ?

  • Speaker #1

    Je suis en train de lire Le règne animal, actuellement, qui est assez horrible. Je le trouve très difficile. Très difficile. dans ce qu'il raconte. Horrible dans les images qui sont évoquées. Et sinon...

  • Speaker #0

    C'est un livre de qui ?

  • Speaker #1

    C'est un livre horrible ? Je ne me rappelle pas. C'est Le règne animal. Il a eu le bon cours. Il parle des agriculteurs, du monde agricole. Je le trouve très dur, mais intéressant. Je suis en train de le lire. Et sinon, pour moi, un livre culte, c'est Bande dessinée, Le vagabond des lèmes. Le Vagabond des limbes, j'ai découvert ça il y a 40 ans. Et bien, mon fils a lu tous les tomes du Vagabond des limbes. Et je lis et je relis ces livres que j'ai depuis 40 ans. Et je les relis toujours.

  • Speaker #0

    Magnifique, un bébé. C'est un chouette.

  • Speaker #1

    Oui. C'est un livre ouvert. C'est un livre long, mais quand même. Il y a des choses qui ont été écrites ou dessinées il y a 40 ans.

  • Speaker #0

    Et qui sont d'actualité.

  • Speaker #1

    Qui sont d'actualité. C'est merveilleux. Ces gens, moi, j'ai émerveillé de voir tous ces gens qui sont capables de produire ça. Quel génie, quel visionnaire.

  • Speaker #0

    Le vin est notre mémoire. Tout comme nos paysages, il est notre passeur de temps, notre passeur de sens, notre clé depuis longtemps pour vivre et rencontrer les autres. Sur ces belles paroles qui t'appartiennent, Françoise, je te remercie pour cette belle matinée des femmes.

  • Speaker #1

    Je te remercie beaucoup, aurélie.

  • Speaker #0

    Voilà, c'est la fin. Toute ma gratitude à mon invité et à vous, chers auditeurs. Pour faire vivre ce podcast, pensez à partager, liker. commenter. Ceci est un podcast natif, indépendant et libre. Je compte bien l'étoffer par de nouvelles rencontres et aussi et surtout grâce à vous, chers auditeurs, chers followers. Et si Dionysos était une femme ? A très vite pour de nouvelles écoutes.

Description

Pour inaugurer ce podcast il y a cinq ans, j’ai choisi de donner la parole à celle qui m’a marquée dès mes premiers pas en Languedoc : Françoise Frissant-Le calvez, vigneronne du Château Coupe-Rose, à La Caunette.


Dans cet entretien sincère et généreux, Françoise raconte son parcours :


➡️ La reprise du domaine familial en 1987, à une époque où les femmes étaient rares dans les vignes
➡️ Le choix audacieux de la mise en bouteille et de l’export
➡️ Sa transition vers l’agriculture biologique, puis la biodynamie
➡️ La place essentielle de la liberté, de la transmission familiale et de la passion


Elle incarne une génération de femmes discrètes et puissantes, dont les combats ont permis l’évolution du monde viticole.


✨ “Le vin, c’est un vecteur de lien humain. On peut tout faire, si on le fait avec passion.”


🎧 Un épisode fondateur à écouter ou réécouter avec émotion.


📍 Château Coupe-Rose – Minervois – Languedoc


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Cet épisode de Si Dionysos était une femme vous est offert par Bleu Charon. Vous êtes CAF coopérative négociant vigneron indépendant. Je suis Aurélie Charon, fondatrice et seule référente de Bleu Charon. J'accompagne personnellement chaque client avec une approche pour son confidentiel, honnête et authentique. Ici, pas de consultant interchangeable, je vous propose un accompagnement sur mesure, adapté à votre réalité pour transformer vos décisions en résultats concrets. Stratégie. commercial export, communication et même la réalisation de vos podcasts d'entreprise pour valoriser votre histoire et vos engagements. Pour découvrir ma méthode, profitez d'une session découverte exclusive. Une heure pour transformer vos décisions en résultats concrets. Rendez-vous sur bleucharon.com pour réserver votre créneau. Bleucharon, l'accompagnement sincère et discret et créatif. Au service des acteurs du vin. Offrez-vous une heure d'échange confidentiel chaque semaine avec moi. Posez vos questions, obtenez des réponses authentiques et concrètes et découvrez comment chaque heure peut faire évoluer votre domaine. Inscrivez-vous dès maintenant sur bleucharon.com Si Dionysos était une femme, l'univers du vin abrite des pépites, des constellations, des toiles de... Vigneron, chef d'entreprise, directrice marketing, designer graphique, journaliste, odologue, technicienne. En 20 ans, ces performeuses ont fait leur place dans ce milieu d'hommes. Les femmes ont pris part à l'embellissement du monde du vin. Elles m'inspirent et motivent la femme active que je suis. Mon plaisir ? Faire partager mes rencontres, puisque je respire. Je vis dans cet univers depuis plus de 20 ans. Je m'appelle Aurélie Charongiguet, je mets ma créativité féminine et relationnelle au service du vin. Dans chaque nouvel opus, un dialogue authentique, une conversation sincère, parfois intime, avec des femmes dont le point commun est ni plus ni moins le vin. Des femmes inspirantes, des femmes puissantes, des leaders dans leur domaine. Comment ont-elles fait leur place ? Quelle est la part de la femme avec un grand F dans leur réussite ? Contre quoi ont-elles dû résister ? Quels ont été les obstacles rencontrés ? Comment les ont-elles dépassés ? Quelles sont leurs valeurs ? Que rêvent-elles ? Que boivent-elles ? Ont-elles un secret à nous partager ? Les vins de femmes marquent notre époque. Et si Dionysos était une femme ? Dieu grec du vin de la fête et créateur de folie, découvrons ensemble une nouvelle déesse. Belle écoute ! Pour ce premier épisode, j'ai choisi de converser avec Françoise Frissant-Lecalves, vigneronne au château Couperose, en Minervois, à la Connette. Françoise est la première vigneronne que j'ai rencontrée à mon arrivée en Terre-Langue d'Ossienne, il y a plus de vingt ans. C'est donc comme une évidence que cette première lui soit consacrée. J'étais alors étudiante et Françoise était intervenante. Hypercalée, son expertise m'avait séduite, son charisme charmé, Son attitude de leader m'impressionnait. Invitée sur son vignoble, les ambitions jadis étaient folles de démesure. Puis le temps passe, plus d'une décennie sans se voir, puis un salon, puis deux, des retrouvailles amicales et inspirantes, autour du cercle des vignes-filles dont je vous reparlerai très vite. Puis une invitation à ses journées portes ouvertes, au château Couperose. Et là, je découvre un aboutissement. Elle avait atteint ses objectifs de l'époque, sa vision était juste, avec autour d'elle son mari, ses enfants, son petit-fils. une jeune génération aimante, bienveillante et investie sur la propriété. Bref, une relève se dessine et ça fait chaud au cœur, croyez-moi.

  • Speaker #1

    Je te remercie Aurélie, c'est vrai que ça me fait extrêmement plaisir de te voir, de t'accueillir, eu égard au nombre d'années qui fait que nous nous connaissons, que nous avons lié amitié au fil du temps. Moi j'ai repris le domaine en 1987 et c'était une épopée parce que... Il faut se resituer 33 ans en arrière, alors 33 ans c'est beaucoup et c'est rien, c'est beaucoup parce que ça fait quand même largement une vie professionnelle, et c'est rien au regard de l'histoire, soyons modestes. Il y a 33 ans, peu de femmes étaient chefs d'exploitation, je dis peu pour ne pas dire pas pratiquement. Et donc quand j'ai repris le domaine, c'était quand même une petite révolution qui se passait, petite révolution dans mon village bien évidemment, soyons toutes... proportion gardée et Hermine Arvois aussi parce que, pareil, il n'y avait pas de femme. Je dois dire que mon père a été largement... m'a largement soutenue. D'abord c'est lui qui m'a poussée à faire ça, mais il m'a largement soutenue, ainsi que ma mère, pour reprendre l'exploitation. S'il n'avait pas été breton, je pense que ça ne serait jamais arrivé. La condition de la femme en Bretagne est totalement différente de la condition de la femme à Languedoc. Et ça, j'en ai quand même depuis le temps que je navigue entre ces deux cultures, puisque je suis moitié bretonne et moitié occitane, et j'aime autant les deux. J'aime autant mes racines bretonnes que mes racines occitanes. Je trouve que la place de la femme est tout à fait différente en Bretagne. On accepte qu'une femme soit chef d'exploitation, chef d'entreprise. Sans grandes difficultés. Et donc, lorsque j'ai repris, j'ai rencontré bien évidemment des gens merveilleux qui m'ont aidée. J'ai rencontré une femme qui était à Montpellier qui s'appelait Christiane. J'essayais de me rappeler son nom, je ne me rappelle pas. Elle est partie à la retraite depuis, bien évidemment. Elle travaillait à la Dasea et elle m'a aidée, elle m'a soutenue, elle m'a encouragée. J'ai rencontré aussi quelqu'un qui s'appelle Monsieur Fabre, parce qu'on l'appelait Monsieur Fabre. et qui travaillait au Crédit Agricole de Morin. Et lui aussi, il m'a vraiment beaucoup aidée. Il m'a aidée à me sortir des marasmes locaux, parce qu'au niveau local, c'était un petit peu plus difficile, on va dire. Ils avaient plus de mal à accepter qu'une femme puisse prendre une exploitation. Je vais être gentille quand je dis ça. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave. Après, j'ai fait ça, je l'ai vécu, et j'avoue que... Je me suis prise totalement au jeu. Avoir un domaine viticole, c'est avoir une passion. Il s'est accepté de passer sa vie pour sa passion. Avant, lorsque j'étais... Avant de faire ce métier, je suis ingénieure, j'ai fais des études d'ingénieur. J'étais à Nantes, en partie de la Bretagne, bien évidemment. Et j'aimais ce que je faisais, j'aimais beaucoup de choses, mais à un moment donné, j'étais salariée dans les entreprises. Et à un moment donné, j'ai eu envie de vivre intensément. Ma vie ne me satisfaisait pas dans le sens où je n'avais pas ma dose d'adrénaline, je n'avais pas ma dose de passion. Et j'avais besoin de... Je pense que je suis toujours comme ça, j'ai toujours besoin de passion, j'ai toujours besoin de vivre les choses fort, vite, un peu moins en vieillissant, ça c'est clair. Mais j'ai toujours eu besoin d'avoir des choses qui me passionnent, qui m'aiment, sinon je m'en ose.

  • Speaker #0

    Et lorsque tu parlais, donc tu es ingénieure agronome ? Tu as fait des études. Est-ce que déjà tu étais vouée à reprendre un domaine viticole ? Est-ce que déjà, au fond de toi, tu avais cette envie, ce besoin, ou tu ne savais pas encore vers quoi aller lorsque tu as passé tes diplômes ?

  • Speaker #1

    Je ne savais absolument pas vers quoi aller quand j'ai passé mes diplômes. Ce que je souhaitais, c'était que la formation d'ingénieur me satisfaisait, parce que c'est une formation scientifique, que j'ai un esprit qui est quand même plutôt scientifique, mais appliquée. Je veux dire, je ne suis pas chercheur, par exemple. Je suis faite faire la différence entre être chercheur et être ingénieur. Quand on est ingénieur, on est dans la pratique, dans le concret. Et moi, c'est quelque chose qui me convenait tout à fait. Et ensuite, je me suis... Je commençais à travailler, j'ai fait plein de choses diverses. Et entre autres, je me suis occupée de planche à voile, d'organiser des régates de planche à voile, pas forcément uniquement en accord avec ma formation initiale. Et puis, à un moment donné, c'est mon père qui m'a... Ce qui m'a demandé, c'est si je voulais reprendre l'exploitation, parce qu'il y a un drame qui est arrivé dans notre famille, qui était le décès de ma sœur, qui est survenu en 81, non en 85, j'oublie. Et ça, ça a été un drame dans la famille, ça c'est clair. Et à partir de là, ma vie a changé, et je me suis dit pourquoi pas, pourquoi ne pas... Pourquoi ne pas relever cette espèce de grande aventure qu'est de mener une exploitation ? Parce que quand j'ai repris l'exploitation, à l'époque, nous avions 20 hectares de vignes, des belles vignes, il n'y avait rien à dire sur le plan technique, viticole, mais tout était vendu en vrac, c'était un vin rouge vendu en vrac. Mon objectif était de tout vendre en bouteille.

  • Speaker #0

    Et déjà, cet objectif, il t'est venu comment ? Parce que tu arrives, tu reviens sur des terres familiales, c'est une histoire. en lien avec ton père, tes parents, et en même temps, comment tu peux te mettre dans la tête « Allez, je vais faire de la bouteille » . C'est un défi, puisque effectivement, comme tu le dis, un, localement, c'est difficile parce que c'est géré par des hommes, essentiellement il y a des vignerons. Deux, tu vas bouleverser tout le monde parce que tu as envie de faire de la bouteille. On est sur un terroir de rouge, et puis moi je vois quand même une jolie gamme de blancs. Donc effectivement, je pense que tu as fait une révolution.

  • Speaker #1

    Ça, c' est les rencontres que j'ai pu faire au cours de ma vie. Du début de ma carrière professionnelle, j'ai rencontré des gens qui m'ont permis de réfléchir. de voir un peu ce qui me plaisait, ce qui ne me plaisait pas. Ce qui est certain, c'est que reprendre un domaine viticole pour faire du vin en vrac ou adhérer à une coopérative, ce qui n'était pas le cas, mais j'aurais pu adhérer à une coopérative ou un groupement de producteurs, mais je n'avais pas envie de ça. Moi, j'avais envie de voyager, j'avais envie de rencontrer du monde, j'avais envie d'échanger, j'avais envie de grands espaces. Et quand j'étais salariée, je voulais faire de l'export. Personne ne voulait me confier de l'export, j'étais trop jeune. Donc le jour où j'ai repris mon domaine, j'ai décidé que je ferais de l'export et j'ai commencé à faire de l'export. Mes premiers marchés ont été... Mon premier client a été un client hollandais avec qui je suis restée travailler jusqu'à ce qu'il parte à la retraite. Et j'avais envie, j'ai toujours envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. C'est-à-dire, c'est pas aller voir ailleurs comment ça se passe, c'est la curiosité. C'est de se dire, on est tous pareils, on a des cultures différentes, mais finalement on est tous pareils. Et quand on fait ça, quand on vit ça, quand tu vas, quand tu débarques... toute seule au Japon, en Chine, en Russie, des pays où ils ne parlent pas ta langue. À quelle époque c'était ?

  • Speaker #0

    Les premiers déplacements ?

  • Speaker #1

    Les premiers déplacements, c'était dans les années 2001, quand j'ai commencé à faire ça. Quand tu vas dans ces pays-là où personne n'a la même langue que toi, où ils ne parlent pas forcément anglais, où tu as des idéogrammes que tu ne comprends pas, c'est difficile, c'est une barrière. Et après, finalement, le vin permet de passer ces barrières. permet de dépasser tout ça, parce que tu rentres dans la vie des gens, ils t'invitent, tu trouves des importateurs, ils t'invitent, tu fais un peu partie de cette famille, de leur vie, et du coup tu t'aperçois qu'on est tous pareils. On a tous les mêmes envies, on a tous envie d'être heureux, d'avoir suffisamment d'argent pour vivre, mais pas forcément des sommes d'argent pas possibles non plus. Nous sommes des humains et on a de l'amour, on a des chagrins, on a des peines, on a des joies, on est tous pareils. Et le vin, c'est un merveilleux vecteur.

  • Speaker #0

    C'est vrai. C'est une belle aventure, ce vin. Alors, pour en revenir justement à cette exploitation que tu reprends, tu la reprends donc avec ta maman,

  • Speaker #1

    c'est ça ? Oui, c'est ça. 10 ans ensemble. Ok.

  • Speaker #0

    Comment se passe la relation mère-fille ?

  • Speaker #1

    Difficile, difficile, compliqué. Nous travaillons 10 ans ensemble, on a monté un GAEC. Et elle travaille avec moi, elle m'aide autant qu'elle peut. Là où elle m'a le plus aidée, certainement, c'est à s'occuper de mes enfants. Et ça, j'avoue qu'elle a été une grand-mère extraordinaire. Bon, c'est pas... C'était une mère, elle a été ce qu'elle a pu, comme elle a pu. J'ai pas de reproches à faire. Voilà, ça a été difficile, mais c'était difficile aussi, certainement, pour elle, de voir sa fille qui était là, qui reprenait une exploitation. et qui avait cette liberté de chef d'entreprise qu'elle n'a jamais pu avoir. Ceci dit, ma mère m'a toujours dit, travaille, du plus loin que je me rappelle, étudie, travaille, sois autonome, ne dépends jamais de nom, sois autonome financièrement. Et j'ai mis ces conseils en pratique.

  • Speaker #0

    C'est déjà la meilleure valeur.

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et du coup, dans cette... La femme avec un grand F... t'as permis justement de faire ce que tu es aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    La propriété. Est-ce que tu imaginais, il y a 30 ans, cet aboutissement ?

  • Speaker #1

    Non, bien sûr que non. Il y a 30 ans, je ne savais absolument pas comment. J'ai pris ça, j'ai plongé dedans, à bras le corps. Et c'est vrai que je n'avais pas d'idée de ce que ça pourrait être, de comment j'allais arriver. Des fois, j'ai eu des fins de mois difficiles. J'ai serré les dents plus d'une fois. J'ai eu des moments de désespoir où j'appelais mon banquier complètement affolé, mais il était toujours là pour me dire « mais non, vous verrez, ça ira mieux, allez, reprenez-vous » . Vraiment, c'était un homme extraordinaire, ça c'est vrai. Je ne pouvais pas imaginer ça. Ceci dit, ce que je sais aussi, c'est que ma formation, mon enfance, ma formation, je crois qu'une chose qui a été importante pour moi, c'est la liberté. Et j'ai toujours cette liberté, qui je sais, des fois, gêne les gens. J'ai cette liberté. C'est vraiment un élément important d'avoir la liberté, une liberté de penser, une liberté d'action. Ne pas se mettre soi-même des barrières, des frontières. C'est-à-dire, on peut toujours y arriver.

  • Speaker #0

    Donc, c'est la peur, cette émotion, la peur qui, aujourd'hui,

  • Speaker #1

    est un frein,

  • Speaker #0

    souvent, pour beaucoup de personnes.

  • Speaker #1

    La dépasser, ne pas l'écouter. Le film, il y a un film Merci. Il y a un film que j'ai adoré, que j'ai vu lorsque j'étais adolescente, qui s'appelle Au fin d'un porte-levant. Alors ce film, franchement... C'est un mythe, il est extraordinaire. J'ai dû avoir trois jours de cafard. Et ensuite, ce que j'aime, c'est la faim. La faim, elle dit, bon, aujourd'hui ça ne va pas. Je vais dormir et demain ça ira mieux. Et franchement, je me suis aperçue que je faisais ça. Des fois où j'étais complètement déprimée ou rien d'aller, je me disais ça. Demain ça ira mieux. Tu vas dormir, tu vas te coucher. Aujourd'hui, ça ne va pas, mais demain, ça ira mieux.

  • Speaker #0

    Demain est un autre jour.

  • Speaker #1

    Demain est un autre jour et rien n'est jamais perdu. Il ne faut jamais baisser les bras. Il faut toujours avancer.

  • Speaker #0

    Est-ce que ça, c'est ton leitmotiv ?

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    C'est celui que tu conseillerais à des jeunes ?

  • Speaker #1

    C'est celui que je conseille à tous.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, on aurait des doutes pour avancer, aller défier des challenges ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est ce que je dis à mes enfants. J'ai le bonheur d'avoir mes enfants qui prennent...

  • Speaker #0

    C'est la belle histoire aussi du château Coupe Rose. C'est qu'effectivement, la génération, ça continue. Il y a un relais qui est en train de se transmettre. Et tu es dans cette phase-là de transmission actuellement ?

  • Speaker #1

    C'est ça. Je suis en totale réflexion sur comment faire pour transmettre cet outil de travail. Déjà le bonheur d'avoir mes deux enfants qui travaillent avec nous, d'avoir mon beau-fils qui a envie de venir travailler, ma belle-fille qui est à côté, je suis une femme heureuse, franchement, j'ai toute ma famille à côté de moi, que demander de plus ? Je vais en avoir un petit-fils, et une exploitation, bon, c'est pas facile actuellement, c'est vrai, parce qu'il faut tirer des salaires pour tout le monde, j'avoue que... Mais bon, moi ce que je leur dis à mes enfants, je dis c'est pas grave, on va y arriver, on va s'en sortir. Il faut être confiant, il faut être optimiste, être confiant dans l'avenir.

  • Speaker #0

    Et aujourd'hui, vous êtes combien à travailler sur l'exploitation ?

  • Speaker #1

    Nous sommes cinq. Cinq personnes.

  • Speaker #0

    Il y a une répartition des rôles ? Oui.

  • Speaker #1

    C'est bien déterminé ? Oui, il y a une répartition. Mathias s'occupe, Mathias c'est mon fils, il a 30 ans, il est oenologue. Et c'est lui qui s'occupe de la partie technique, donc il s'occupe de toute la viticulture et de la vinification. On est en culture biologique, lui il veut passer en biodynamie. Sarah s'occupe de la commercialisation. Elle est onologue, elle aussi, mais elle a fait un diplôme de commerce international. Et elle travaille aussi à la vinification avec son frère, parce que c'est important de... Quand on commerce, il ne faut pas être coupé de la production. Mais quand on produit, il ne faut pas être coupé du commerce. Donc c'est toujours... Il n'y avait pas ce fait de trouver les bonnes paroles. Voilà, un subtil mélange de chacun. Et moi je m'occupe encore du commerce et de l'administration. Et puis on a des salariés qui sont une partie à la préparation de commandes, une autre partie à la viticulture. Et mon beau-fils qui est en train de trouver sa place. Pour le moment il ne sait pas, mais lui c'est un gamin adorable, intelligent, brillant. Donc je ne fais pas de soucis. Nous trouverons ensemble sa place.

  • Speaker #0

    En résumé, c'est la force de la femme leader que tu es qui a garanti la relève, et la mère qui préserve les valeurs fortes d'une famille unie. Respect. Tu as dit une phrase que j'ai relevée et qui m'a fait sourire d'ailleurs. Pourquoi faudrait-il avoir plus de poils aux pattes, être un ténor de la chorale et avoir un soi qui résiste à tous les assauts pour avoir une place ou simplement être entendu ? En évoquant cette phrase. Tu pensais à qui ?

  • Speaker #1

    Beaucoup d'hommes qui se prennent pour des grands de la dégustation, beaucoup de journalistes, de dégustateurs, de professionnels. Je crois qu'il y a plein d'hommes qui peuvent se retrouver là-dedans. Il faut dire que dans les obstacles que j'ai connus quand même, il y en a un qui a été un peu difficile à lever et qui n'est toujours pas levé, qui est le fait d'avoir choisi mon mari qui était un homme... avec de grandes convictions, qui adorent la viticulture, qui adorent la culture, et qui ont aussi des idées engagées politiquement.

  • Speaker #0

    Je vais faire une petite parenthèse sur ton mari, Pascal. Pascal Frissant, quand tu évoques la politique, en effet, Pascal est un des leaders emblématiques de la Confédération paysanne. Et pour les Biterrois, il fut à l'initiative de Béziers-Honopole, dans les années 90, sous la présidence de Jean Hulier.

  • Speaker #1

    Ça, ça m'a valu quand même beaucoup de mise à l'index. L'engagement politique de mon mari a été difficile, mais bon, c'est pas ça, je dis. On serre les dents, on passe, un jour, on attend des jours meilleurs, mais c'est vrai que des fois, je me dis, pourquoi ? En vieillissant, on voit certainement les choses différemment. Moi, je pense que ma plus grande qualité actuellement, c'est la bienveillance. Je suis bienveillante et je pense qu'il faut être bienveillant avec les gens.

  • Speaker #0

    Tout à fait. C'est une bonne valeur aussi.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    Mais les hommes ont quand même fait partie intégrante de l'évolution aussi du château qui est devenu. Donc, il y a quand même une part aussi autour de toi. d'hommes qui t'ont aidé aussi à construire ce qu'il en est, ou ont contribué à un moment donné. Je pense notamment à M. Bourguignon, qui est venu.

  • Speaker #1

    Il est seul ? Oui, c'est étonnant. C'est un homme merveilleux, extraordinaire. Il est d'une richesse intellectuelle, d'une gentillesse incroyable. Je me rappelle encore notre rencontre. Je venais d'accoucher de ma fille, de Sarah, de notre fille. C'était en 91, ça devait être décembre 91. Nous habitions une maison avec une cheminée à la Connette. Et on se retrouvait autour de la cheminée à deviser, à boire un verre de vin bien évidemment, et à deviser, à refaire le monde. Et à partir de là, moi il m'a ouvert les yeux et on est allé faire des fosses dans la vigne, on creusait des fosses de 1m80 pour voir un petit peu le profil du sol. pour regarder quel était l'enracinement. Et l'enracinement n'était pas bon du tout, parce que c'était 1991, ça faisait 4 ans que j'avais repris les vignes, donc c'était des façons de travailler qui étaient traditionnelles, on mettait des engrais chimiques, on travaillait de façon traditionnelle. Je n'avais pas d'idée particulière là-dessus. Et lui, il nous explique la vie dans le sol, la vie microbienne, l'importance de préserver les vers de terre. les colamboles, les araignées, les bactéries, tout ce qui font les échanges entre la surface du sol et la profondeur et qui permettent de rendre assimilables des éléments minéraux aux racines de vignes. Puisque la racine de vignes ne nourrit pas de protéines, elle ne mange pas des protéines, des lipides et des glucides, elle ne nourrit que des H2O, c'est-à-dire de l'eau, et des éléments minéraux qui sont véhiculés par l'eau. À partir de là, ça a été une vraie révélation. Et on a changé les pratiques culturales. On s'est mis à composter les sols, à travailler les sols différemment. En cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui a changé. Parce qu'on avait des pH très élevés, puisqu'il y avait trop de potasse. Et en cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui baissait et la qualité des vins qui changeait. Et ça, j'avoue que pour moi, ça a été une révélation. C'était quelque chose que j'ai aimé parce que... En même temps, je me trouvais confrontée à des oenologues, je ne citerai pas les noms, mais à des oenologues qui me disaient « mais qu'est-ce que tu veux changer dans tes vins ? Tu as des médailles, donc c'est très bon » . Je me suis dit « mais je m'en fiche d'avoir des médailles, si mon vin ne me plaît pas, je m'en fiche, ma médaille, je n'en ai rien à faire d'avoir une médaille. » Ce qui est important, c'est que je fasse un vin dont je sois fière, un vin qui me plaît, dont je sois fière. Pour moi, c'est ça le plus important. Alors c'est vrai que depuis j'ai plus de médaille, mais au moins je fais des vins.

  • Speaker #0

    Est-ce que c'est à cette période justement où tu as repensé aussi dans ces pagements ?

  • Speaker #1

    Oui. Dès le départ, j'avais commencé à planter des blancs. D'accord. Et je pense que là-dessus, c'était une bonne idée parce que c'était bien vu, parce qu'on a un terroir qui est vraiment magnifique pour les blancs. Mais à ce moment-là, le blanc minervois, il n'y en avait pratiquement pas. Il y avait très peu de blancs minervois. Maintenant, on est à 3 %, on est resté pendant des années à 2 %, autant dire pinot. D'accord. Et les blancs, ça fait des belles choses.

  • Speaker #0

    C'est magnifique.

  • Speaker #1

    Ils sont tous sur des terroirs de schiste. Des terroirs de schiste que l'on a, ou des terroirs de l'éther de coupe rose.

  • Speaker #0

    Alors, coupe rose, tu fais bien d'en parler, parce que je suis très curieuse. Quelle est l'origine du mot coupe rose ?

  • Speaker #1

    Coupe rose, c'est le nom de la terre. J'ai eu des ancêtres tuiliers, dans les années 1700, qui fabriquaient des tuiles et des briques à partir d'une argile qui s'appelle la coupe rose. C'est une argile qui contient du manganèse et qui a une couleur rose. Et lorsqu'en 87, j'ai repris le domaine, je disais à ma mère que je ne voulais pas garder le patronyme familial Domaine Le Calvaise ou imaginer de mettre Domaine Le Calvaise. J'avais finalement des ambitions qui étaient d'un jour peut-être intéresser quelqu'un à vivre la même aventure que moi puisque j'étais célibataire à l'époque. Et je me suis dit, si jamais je rencontre un homme qui veut bien venir vivre avec moi, travailler avec moi... Peut-être qu'il aimera pas avoir le même nom que son beau-père. J'avais des exemples en Champagne de jeunes femmes que j'avais rencontrées qui me racontaient ça. Et ma mère m'a aidée en retrouvant dans les vieux papiers... Le nom du ténement sur lequel se trouve la cave de vinification actuellement s'appelle Couperose. Ça s'appelle la fabrique de Couperose. Donc j'ai changé le mot fabrique en château parce que fabrique ça ne le fait pas. Et château parce qu'on a des bâtiments qui appartenaient au château de la Connette. Et tu sais c'est amusant de retrouver, j'ai l'avantage d'avoir des vieux papiers parce qu'actuellement je suis en train de lire une correspondance de ma grand-mère et de mon grand-père. On est en septembre 1939. Et ça s'étale, je n'ai pas fini, je suis en train de la lire parce que c'est long, et des fois c'est très émouvant, donc je prends des pauses. Et ça s'étale jusqu'en 1940. En 1939, son mari, dont mon grand-père est appelé au front, il se trouve dans le front de l'Est, et elle se retrouve seule à faire les vendanges avec ses parents. Et là, c'est intéressant parce que tu t'aperçois d'une femme qui était bourgeoise, bien élevée, bien éduquée. qui ne travaille pas, qui dépend totalement de son mari pour toutes les décisions. Elle n'a pas de compte en banque, bien évidemment, ça ce n'est pas possible. Et elle se met à prendre les rênes pour décider les vendanges. Et elle parle des ténements que l'on a encore, des vignes que l'on a encore. Elle parle de vignes qui ont été totalement arrachées. Je découvre que nous avions des vignes dans un secteur où elle dit que c'était de la vinaigrette, tellement ce n'était pas mûr. Quand il s'est ramassé, ce n'était pas mûr. Et elle cite les vignes que l'on a maintenant avec des rendements. Elle raconte qu'elle allait peser l'alcool, elle allait faire le degré alcoolique.

  • Speaker #0

    C'est merveilleux.

  • Speaker #1

    C'est extraordinaire. Je me suis dit, mais vraiment, quel bonheur d'avoir ce témoignage.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Et donc, elle a fait plusieurs vendanges toute seule ?

  • Speaker #1

    Et elle a fait plusieurs vendanges toute seule.

  • Speaker #0

    Elle a mené de front.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    Jusqu'à la commercialisation, aller vendre le vrac du vin ou est-ce que le vin était après ?

  • Speaker #1

    Il se vendait en vrac, oui, le vin se vendait en vrac. Ça, je ne sais pas, je n'ai pas de témoignage sur la vente, mais le vin se vendait en vrac, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et donc, ça t'a permis, toi, de retrouver également des vignes que tu as encore ou des endroits que tu n'as plus actuellement, que tu peux repenter aussi ?

  • Speaker #1

    Le partage, parce que, évidemment, il y a des partages. À la suite de décès, les vignes se partagent. Donc des vignes qui sont parties, et puis des vignes que l'on a gardées, avec les quantités de raisins qui sont produites. Et alors ce qui est amusant, c'est qu'il y a des parcelles qui ont été arrachées, que l'on replante, sur lesquelles on a des tout petits rendements, et je me dis finalement, on n'aurait pas dû les replanter. J'aurais vu ça avant, je ne les aurais pas mis à replanter. Mais bon,

  • Speaker #0

    c'est les choix,

  • Speaker #1

    les moments. C'est ça, des fois ça veut dire la... La pauvreté agronomique d'un sol, elle n'est pas forcément facile à corriger.

  • Speaker #0

    On va prendre un peu de hauteur pour aborder la notion de succès, de réussite, car on a tous une définition assez propre et personnelle de ces deux mots. Néanmoins, je pense que pour mieux les définir, rien de mieux que d'évoquer des temps forts. Alors tu m'as parlé de l'année 2012, d'une construction.

  • Speaker #1

    Oui, quand on a fait le bâtiment. ce bâtiment. Pour moi c'était, je peux dire une consécration sans me vanter, mais c'est quelque chose, j'avais tellement envie d'avoir un beau lieu d'accueil, un lieu qui me permette de mélanger la culture et le vin, parce que j'ai toujours aimé les peintures, les sculptures, l'art en général, l'art plastique en général, je trouve ça beau. Et j'avais envie, mon objectif c'était de faire du bon vin. C'est bien de faire du bon vin, mais c'est quand même mieux d'avoir un joli lieu qui permette d'accueillir les gens et quelque part d'avoir un lieu qui soit la traduction de la qualité que tu souhaites dans tes vins.

  • Speaker #0

    Représentatif.

  • Speaker #1

    Oui, qui soit représentatif. Et du coup, à un moment donné, on a réussi à faire ce bâtiment. C'était un gros challenge financier parce que quand même, ça nous a coûté très cher. Ça, c'est parce que... Pascal est un ami architecte qui nous a aidé à faire ça. Et on l'a fait avec des matériaux qui nous correspondaient. On l'a fait en bois, avec de la boîte de cellulose. On l'a fait avec des panneaux photovoltaïques parce qu'on avait envie d'avoir quelque chose qui soit dans l'air du temps, quelque chose de moderne et qui soit dans l'air du temps. Un grand espace lumineux et clair qui me permet aussi d'accrocher des tableaux. Mais c'est ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Donc des artistes viennent régulièrement exposer. Et c'est l'occasion de boire un verre, de célébrer,

  • Speaker #1

    de mettre en valeur une cuvée ou deux. De se mettre mutuellement en valeur, autant les artistes que nous. Parce que c'est normal.

  • Speaker #0

    Un autre temps fort ?

  • Speaker #1

    Un autre temps fort t'as-je ? Quand mes enfants m'ont dit qu'ils viendraient travailler avec nous, avec moi, quand ils m'ont dit ça, j'étais... j'étais... j'étais extrêmement émue, je me suis dit finalement... parce que, en fait, quand tu fais... tu vois, l'activité que j'ai pu développer, c'était pas... j'ai pas fait en disant un jour je transmettrai. Tu le fais parce que t'en as envie, tu le fais pour toi, tu le fais pas pour les autres. c'est toi qui le vis, tu le fais pour toi, tu dis j'ai envie de faire ça je le fais Et puis un jour, finalement, tu te dis... Quand on te dit, tiens, ça m'intéresse, je me dis, tiens...

  • Speaker #0

    Ça veut dire que pendant toute cette période à la maison, il y a eu une transmission de passion, de force partagée, de dire,

  • Speaker #1

    voilà,

  • Speaker #0

    je fais des choses, j'aime les faire, et du coup, tu as transmis aussi cette passion.

  • Speaker #1

    Le fait d'avoir... Le fait d'accueillir beaucoup de monde aussi, beaucoup d'étrangers, je crois que... Une ouverture d'esprit. Oui, en tout cas, cette capacité d'accueillir des gens. Ça, c'est clair. Et ça, c'est aussi Pascal qui fait que Pascal est tourangeau. Et ce qu'il m'a appris, c'est le regard qu'ont les gens de la Loire sur le vin est très différent du regard qu'on a ici en Languedoc. Ça fait encore notre volée à ma culture bretonne, occitane. Maintenant, j'ai une partie aussi ligérienne, tourangelle. Ils aiment leur vin, ils aiment leur métier. Je trouve qu'au début, en tout cas, maintenant ça change, mais au début, en Languedoc, on n'aimait pas forcément son vin. Alors que quand même, ce qui est important, c'est d'aimer ce qu'on fait, d'aimer le produit que l'on élabore et d'aimer le vin que l'on boit. Et là-dessus, les gens de la Loire, ils ont une culture paysanne, une gentillesse et un accueil qui est remarquable.

  • Speaker #0

    C'est vrai que dans la région, j'ai l'impression également, puisque c'est pareil, je suis une étrangère,

  • Speaker #1

    ça fait 26 ans,

  • Speaker #0

    27 ans maintenant que je suis ici, je remarque que les vignerons ont peut-être un peu trop d'humilité, et justement des fois se réfrènent derrière la qualité des vins, alors qu'il y a des pépites, c'est merveilleux, c'est bon, et il est difficile pour eux de... ou de se mettre en avant, comme si on se cachait derrière quelque chose. C'est fantastique. Alors maintenant, évidemment, ça change. Puis il y a les jeunes générations, en plus, en même temps, qui arrivent et qui bougent les choses, heureusement. Mais j'ai remarqué ça, cette humilité, un peu trop importante, parfois, justement, sur se cacher derrière la qualité des vins.

  • Speaker #1

    C'est des histoires de génération. Ce sont des histoires de génération. Moi, je fais partie d'une génération, j'ai 60 ans, je fais partie d'une génération. où il y a peu de gens qui sont revenus travailler à la terre de mon âge. Il y en a très peu. Chacun, parce que leurs parents avaient certainement eu des moments difficiles. Et donc peu de gens sont revenus à la terre. Ils sont partis faire des métiers divers et variés, mais pas agriculteurs. Parce qu'on leur disait n'importe quoi, mais pas les vignes. C'est trop difficile, c'est trop compliqué, tu vas en baver, tu peux pas en vivre, c'est trop difficile. Donc il y a peu de gens de ma génération. Ça a continué encore avec les générations suivantes, jusqu'à 40 ans. Où là aussi, il y avait un peu de gens qui revenaient, mais pas trop. Donc on a eu un gros vide. Et là maintenant, tous les trentenaires, eux, ils s'éclatent. Ils se régalent. Ils ont du plaisir, ils ont du bonheur. Et ça, on le voit, on le sent. Et c'est tellement bien, c'est tellement plein d'énergie. Moi j'adore ça, j'adore travailler avec des jeunes. Je me régale de travailler avec des jeunes, je trouve ça merveilleux. Ils ont cette énergie, une énergie que j'aime. L'envie de faire et d'expérimenter, de ne pas se mettre de limites. De dire, non, je ne peux pas. Mais non, on peut tout. Quand on a l'envie, on peut tout faire. Il faut juste réfléchir à ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Et bien le faire,

  • Speaker #1

    voilà. On teste, c'est vrai.

  • Speaker #0

    Et l'amour du vin, de façon générale pour toi, puisque tu es partie à Nantes étudier, est-ce que le vin faisait partie intégrante de ta vie ? Ou tu l'as appris ? Est-ce que c'est quelque chose qui s'est... qui s'est manifestée ?

  • Speaker #1

    Non, non, le vin, jusqu'à l'âge de 20 ans passés, je ne bevais pas une goutte de vin. Je ne bevais pas d'alcool en général, et je ne bevais pas une goutte de vin. Et puis ensuite, je commençais à me mettre à goûter un petit peu de vin. J'avais des amis qui me disaient, tiens, goûte ça, goûte ça. Et puis je suis revenue, j'ai voyagé, j'étais travaillée à l'étranger. Et quand je suis rentrée, j'avais envie de me... fixé dans le sud parce que finalement je trouvais que la qualité de ville en sud était plus agréable qu'ailleurs. Voilà. Et puis je me suis dit finalement qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? Et j'ai commencé à travailler dans le vin, une grosse société qui m'a embauchée. Et puis je me suis prise au jeu, j'ai quitté cette société, je suis allée dans une autre société qui m'a donné plus de responsabilités et qui m'a donné plus envie de faire ça. Et puis du coup, je... Après je suis revenue m'occuper de cette exploitation et là je me disais mais qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Comment je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire comme vin ? Tu te retrouves là, c'est une aventure extraordinaire mais en même temps tu es tout seul. Quand tu te retrouves il n'y a personne derrière toi pour te dire tu dois faire ci, tu dois faire ça. Donc tu es tout seul face à tes choix. Et puis la rencontre de Pascal a fait que j'ai découvert ce qu'était vraiment le monde du vin. Ça c'est sûr. C'est lui qui m'a apporté cette culture et cette envie de déguster encore plus et découvrir encore plus. Tu vois, par exemple, quand on nous dit toujours « quel est votre vin préféré ? » Je n'ai pas un vin préféré. J'aime tous les vins. Tout ce que j'aime, c'est les moments. Ce que j'aime, en fait, ce qui me revient en tête, ce sont les moments où je partage des vins. Là, le meilleur exemple que j'ai, c'est la semaine dernière, nous étions à Cheverny, chez des amis, et qui nous font goûter un vin merveilleux, Domaine des Huards, un assemblage Pinot Gamay 2018. mais une merveille. Il travaille en biodynamie, c'est un gars fantastique, passionné de ce qu'il fait. C'était extraordinaire. Ce vin était fantastique. Partager avec nos amis de longue date, c'est ça que j'aime.

  • Speaker #0

    C'est des instants magiques.

  • Speaker #1

    C'est ça. C'est vrai que je ne suis pas capable de dire... Vraiment, j'aime tous les vins. C'est juste qu'à un moment donné, tu aimes davantage parce que tu ne les partages pas pareil.

  • Speaker #0

    Tu m'as devancé parce que c'était une des questions. Quelle est la définition d'un bon vin ? C'est une belle définition que tu donnes.

  • Speaker #1

    Un bon vin, c'est toujours un vin qui est bien partagé. C'est vrai. Partagé avec des gens avec lesquels on a du plaisir à le partager.

  • Speaker #0

    C'est encore plus important. Je pense que ça lui donne un petit goût subtil supplémentaire. Alors, c'est vrai, quand tu reprends cette exploitation, tu as des enfants. Et là, la gestion de la vie familiale et l'exploitation, c'est très difficile.

  • Speaker #1

    C'est très difficile. J'avoue que je me suis souvent culpabilisée de ne pas être là pour des anniversaires, de ne pas être là pour des fêtes d'école, de ne pas être capable d'aller à chaque rentrée scolaire avec la réunion de parents d'élèves. Je ne pouvais pas, j'étais en train de vendanger, j'étais à la cave, je ne pouvais pas laisser mes cuves parce que, voilà, si ce n'est pas moi qui le faisais, personne d'autre le faisait. Donc je ne pouvais pas laisser mes cuves. Mais combien de fois je me suis dit, mais comment je vais faire ? Ce sentiment d'être une mauvaise mère, de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire les choses comme il faut. Franchement, je l'ai eu, mais comme on avait beaucoup de femmes. C'est juste cette dame dont je parlais tout à l'heure, cette dame, cette Allemande, qui était une femme extraordinaire, elle m'a dit, mais tu sais... C'est pas grave, les enfants, ils comprennent. Faut pas culpabiliser là-dessus. Parce qu'un jour, je m'en ouvrais à elle, elle m'a dit, mais ne culpabilisez pas, tu sais, faut vivre ta vie, et puis les enfants, ils comprendront. La preuve à nier, c'est qu'ils m'ont fait de la rigueur, en tout cas, de ne pas avoir été toujours là. Et maintenant, on est ensemble. Et maintenant, je garde mon petit-fils. Je vis avec mon petit-fils, que je n'ai certainement pas pu vivre avec mes enfants. Je pense que je vivrai comme ça. Mais après, on a fait d'autres choses. Je les ai amenées faire du ski, je leur ai passé le goût de la BD, de la bande dessinée.

  • Speaker #0

    La BD, c'est un petit hobby ?

  • Speaker #1

    Moi, j'adore la bande dessinée. J'adore la bande dessinée. J'adore les dessins, j'adore entrer dans... De toute façon, quand je lis un livre ou quand je lis une bande dessinée, je suis un peu comme Alice au Pays des Merveilles qui plonge dans le miroir. J'ai besoin de plonger dans la lecture. Pour tout oublier, certainement. Et pour me faire rêver. Et puis parce qu'on apprend tout.

  • Speaker #0

    Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est que les femmes marquent notre époque. Avec ton expérience, qu'ont-elles apporté à ce bel univers qu'est le vin ?

  • Speaker #1

    Je dirais l'esthétique, la rigueur. Il faut être rigoureux. Quand on fait un métier comme ça, il faut être rigoureux dans ce qu'on fait. Je pense que les femmes sont certainement plus rigoureuses que les hommes là-dessus. L'esthétique parce que c'est important à tous les niveaux. Quand on fait un vin, le vin doit être esthétique, mais tout ce qui va autour du vin ça doit être esthétique. L'emballage doit correspondre, tout doit correspondre.

  • Speaker #0

    Donc surtout sur la partie esthétique, je pense. La femme intervenue, elle embellit le vin, mais sur les qualités intrinsèques également.

  • Speaker #1

    Oui, quand je dis l'esthétique du vin, c'est... C'est pas un mot qu'on utilise quand on déguste un vin, mais on peut dire qu'un vin est esthétique, parce que quand on l'a en bouche, quand on l'a au nez, quand on l'a à l'œil, au nez et en bouche, on a une impression d'harmonie. Et pour moi, c'est ça, un vin esthétique, c'est ça aussi, c'est quelque chose d'harmonieux, quelque chose que l'on a plaisir à boire. Après, je ne peux pas dire, par exemple, faire un vin de femme, ça pour moi, ça ne veut rien dire. Un vin de femme, je ne sais pas ce que c'est. Un vin de femme, pour moi, c'est un vin qui est tannique, corsé, puissant, et qui a beaucoup de structure. C'est comme quand je dis... Parce qu'en fait, vous me posez la question tout à l'heure, les gens, quand on fait des dégustations, et j'en ai fait beaucoup de dégustations professionnelles, ils me disaient, oui, il a de la cuisse, il a de la rondeur, il a de la jambe. C'est pour ça que je disais, non, mais il a du poil aux pâtes, pourquoi prendre toujours le... des mots qui décrivent un corps de femme pour décrire un verbe. À un moment donné, c'est pas que je sois... Je ne suis pas sectaire là-dessus, mais le mot n'est pas juste, mais... Il y en a marre de prendre toujours le corps de femme comme étant un objet sexuel. Ça suffit. Pourquoi ne pas dire donc... Voilà. Pourquoi ne pas dire qu'il a du poil aux pattes, ou des choses comme ça, parce que... Parce qu'il peut être rugueux, et le côté rugueux, ça peut être ça, ou être mal rasé, c'est être rugueux, avoir des tanins. Et je pense que...

  • Speaker #0

    C'est intéressant de faire un vin comme ça, justement. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un petit clore d'écrit avec des adjectifs masculins qui décriraient que des adjectifs masculins. Testostérone, testostéronée... Voilà, on peut trouver beaucoup d'autres adjectifs. Mais c'est vrai que la femme n'est pas comme objet. Non. Je dis ça parce que c'est la réflexion que je me fais actuellement quand je lis les magazines féminins. Je trouve qu'on a trop tendance à utiliser la femme comme un support de publicité, un support de tout. Et la femme, ce n'est pas un objet. Les femmes existent, sont des individus, des êtres à part entière.

  • Speaker #0

    C'est vrai que les années 80 ne nous ont pas arrangé avec la publicité. Non. Ça, c'est sûr. Et donc, il y a tout un schéma. à défragmenter et à repositionner. C'est vrai, c'est un long travail. Ça fait partie...

  • Speaker #1

    Je suis toujours en train de dévoiler, de dénuder les femmes. Le mystère étant beaucoup plus acclair, la suggestion étant beaucoup plus acclair. Pas besoin de se dénuder en permanence.

  • Speaker #0

    On va terminer par des notes légères. Oui. Est-ce que tu as une playlist musique ?

  • Speaker #1

    Oui, j'adore la musique.

  • Speaker #0

    Tu adores la musique ? Est-ce que tu as un morceau ? Concentration, vitaminé.

  • Speaker #1

    Actuellement, ce que j'écoute beaucoup, c'est une chanson de Oustaki. C'est pas récent. Mais ça s'appelle « Salanomé » . Je voudrais, Salanomé, vous parler d'elle. Elle parle de la liberté. La révolution. Et c'est... Pour moi, c'est un beau morceau. J'aime aussi Barbara, une petite cantate. J'aime aussi Jacques Brel. Bon, mais après, j'aime les choses plus récentes, mais c'est vrai que je suis certainement plus... J'aime la chanson française. Et les textes. Et les textes, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Un livre de chevet ou un livre culte ?

  • Speaker #1

    Je suis en train de lire Le règne animal, actuellement, qui est assez horrible. Je le trouve très difficile. Très difficile. dans ce qu'il raconte. Horrible dans les images qui sont évoquées. Et sinon...

  • Speaker #0

    C'est un livre de qui ?

  • Speaker #1

    C'est un livre horrible ? Je ne me rappelle pas. C'est Le règne animal. Il a eu le bon cours. Il parle des agriculteurs, du monde agricole. Je le trouve très dur, mais intéressant. Je suis en train de le lire. Et sinon, pour moi, un livre culte, c'est Bande dessinée, Le vagabond des lèmes. Le Vagabond des limbes, j'ai découvert ça il y a 40 ans. Et bien, mon fils a lu tous les tomes du Vagabond des limbes. Et je lis et je relis ces livres que j'ai depuis 40 ans. Et je les relis toujours.

  • Speaker #0

    Magnifique, un bébé. C'est un chouette.

  • Speaker #1

    Oui. C'est un livre ouvert. C'est un livre long, mais quand même. Il y a des choses qui ont été écrites ou dessinées il y a 40 ans.

  • Speaker #0

    Et qui sont d'actualité.

  • Speaker #1

    Qui sont d'actualité. C'est merveilleux. Ces gens, moi, j'ai émerveillé de voir tous ces gens qui sont capables de produire ça. Quel génie, quel visionnaire.

  • Speaker #0

    Le vin est notre mémoire. Tout comme nos paysages, il est notre passeur de temps, notre passeur de sens, notre clé depuis longtemps pour vivre et rencontrer les autres. Sur ces belles paroles qui t'appartiennent, Françoise, je te remercie pour cette belle matinée des femmes.

  • Speaker #1

    Je te remercie beaucoup, aurélie.

  • Speaker #0

    Voilà, c'est la fin. Toute ma gratitude à mon invité et à vous, chers auditeurs. Pour faire vivre ce podcast, pensez à partager, liker. commenter. Ceci est un podcast natif, indépendant et libre. Je compte bien l'étoffer par de nouvelles rencontres et aussi et surtout grâce à vous, chers auditeurs, chers followers. Et si Dionysos était une femme ? A très vite pour de nouvelles écoutes.

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Description

Pour inaugurer ce podcast il y a cinq ans, j’ai choisi de donner la parole à celle qui m’a marquée dès mes premiers pas en Languedoc : Françoise Frissant-Le calvez, vigneronne du Château Coupe-Rose, à La Caunette.


Dans cet entretien sincère et généreux, Françoise raconte son parcours :


➡️ La reprise du domaine familial en 1987, à une époque où les femmes étaient rares dans les vignes
➡️ Le choix audacieux de la mise en bouteille et de l’export
➡️ Sa transition vers l’agriculture biologique, puis la biodynamie
➡️ La place essentielle de la liberté, de la transmission familiale et de la passion


Elle incarne une génération de femmes discrètes et puissantes, dont les combats ont permis l’évolution du monde viticole.


✨ “Le vin, c’est un vecteur de lien humain. On peut tout faire, si on le fait avec passion.”


🎧 Un épisode fondateur à écouter ou réécouter avec émotion.


📍 Château Coupe-Rose – Minervois – Languedoc


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Cet épisode de Si Dionysos était une femme vous est offert par Bleu Charon. Vous êtes CAF coopérative négociant vigneron indépendant. Je suis Aurélie Charon, fondatrice et seule référente de Bleu Charon. J'accompagne personnellement chaque client avec une approche pour son confidentiel, honnête et authentique. Ici, pas de consultant interchangeable, je vous propose un accompagnement sur mesure, adapté à votre réalité pour transformer vos décisions en résultats concrets. Stratégie. commercial export, communication et même la réalisation de vos podcasts d'entreprise pour valoriser votre histoire et vos engagements. Pour découvrir ma méthode, profitez d'une session découverte exclusive. Une heure pour transformer vos décisions en résultats concrets. Rendez-vous sur bleucharon.com pour réserver votre créneau. Bleucharon, l'accompagnement sincère et discret et créatif. Au service des acteurs du vin. Offrez-vous une heure d'échange confidentiel chaque semaine avec moi. Posez vos questions, obtenez des réponses authentiques et concrètes et découvrez comment chaque heure peut faire évoluer votre domaine. Inscrivez-vous dès maintenant sur bleucharon.com Si Dionysos était une femme, l'univers du vin abrite des pépites, des constellations, des toiles de... Vigneron, chef d'entreprise, directrice marketing, designer graphique, journaliste, odologue, technicienne. En 20 ans, ces performeuses ont fait leur place dans ce milieu d'hommes. Les femmes ont pris part à l'embellissement du monde du vin. Elles m'inspirent et motivent la femme active que je suis. Mon plaisir ? Faire partager mes rencontres, puisque je respire. Je vis dans cet univers depuis plus de 20 ans. Je m'appelle Aurélie Charongiguet, je mets ma créativité féminine et relationnelle au service du vin. Dans chaque nouvel opus, un dialogue authentique, une conversation sincère, parfois intime, avec des femmes dont le point commun est ni plus ni moins le vin. Des femmes inspirantes, des femmes puissantes, des leaders dans leur domaine. Comment ont-elles fait leur place ? Quelle est la part de la femme avec un grand F dans leur réussite ? Contre quoi ont-elles dû résister ? Quels ont été les obstacles rencontrés ? Comment les ont-elles dépassés ? Quelles sont leurs valeurs ? Que rêvent-elles ? Que boivent-elles ? Ont-elles un secret à nous partager ? Les vins de femmes marquent notre époque. Et si Dionysos était une femme ? Dieu grec du vin de la fête et créateur de folie, découvrons ensemble une nouvelle déesse. Belle écoute ! Pour ce premier épisode, j'ai choisi de converser avec Françoise Frissant-Lecalves, vigneronne au château Couperose, en Minervois, à la Connette. Françoise est la première vigneronne que j'ai rencontrée à mon arrivée en Terre-Langue d'Ossienne, il y a plus de vingt ans. C'est donc comme une évidence que cette première lui soit consacrée. J'étais alors étudiante et Françoise était intervenante. Hypercalée, son expertise m'avait séduite, son charisme charmé, Son attitude de leader m'impressionnait. Invitée sur son vignoble, les ambitions jadis étaient folles de démesure. Puis le temps passe, plus d'une décennie sans se voir, puis un salon, puis deux, des retrouvailles amicales et inspirantes, autour du cercle des vignes-filles dont je vous reparlerai très vite. Puis une invitation à ses journées portes ouvertes, au château Couperose. Et là, je découvre un aboutissement. Elle avait atteint ses objectifs de l'époque, sa vision était juste, avec autour d'elle son mari, ses enfants, son petit-fils. une jeune génération aimante, bienveillante et investie sur la propriété. Bref, une relève se dessine et ça fait chaud au cœur, croyez-moi.

  • Speaker #1

    Je te remercie Aurélie, c'est vrai que ça me fait extrêmement plaisir de te voir, de t'accueillir, eu égard au nombre d'années qui fait que nous nous connaissons, que nous avons lié amitié au fil du temps. Moi j'ai repris le domaine en 1987 et c'était une épopée parce que... Il faut se resituer 33 ans en arrière, alors 33 ans c'est beaucoup et c'est rien, c'est beaucoup parce que ça fait quand même largement une vie professionnelle, et c'est rien au regard de l'histoire, soyons modestes. Il y a 33 ans, peu de femmes étaient chefs d'exploitation, je dis peu pour ne pas dire pas pratiquement. Et donc quand j'ai repris le domaine, c'était quand même une petite révolution qui se passait, petite révolution dans mon village bien évidemment, soyons toutes... proportion gardée et Hermine Arvois aussi parce que, pareil, il n'y avait pas de femme. Je dois dire que mon père a été largement... m'a largement soutenue. D'abord c'est lui qui m'a poussée à faire ça, mais il m'a largement soutenue, ainsi que ma mère, pour reprendre l'exploitation. S'il n'avait pas été breton, je pense que ça ne serait jamais arrivé. La condition de la femme en Bretagne est totalement différente de la condition de la femme à Languedoc. Et ça, j'en ai quand même depuis le temps que je navigue entre ces deux cultures, puisque je suis moitié bretonne et moitié occitane, et j'aime autant les deux. J'aime autant mes racines bretonnes que mes racines occitanes. Je trouve que la place de la femme est tout à fait différente en Bretagne. On accepte qu'une femme soit chef d'exploitation, chef d'entreprise. Sans grandes difficultés. Et donc, lorsque j'ai repris, j'ai rencontré bien évidemment des gens merveilleux qui m'ont aidée. J'ai rencontré une femme qui était à Montpellier qui s'appelait Christiane. J'essayais de me rappeler son nom, je ne me rappelle pas. Elle est partie à la retraite depuis, bien évidemment. Elle travaillait à la Dasea et elle m'a aidée, elle m'a soutenue, elle m'a encouragée. J'ai rencontré aussi quelqu'un qui s'appelle Monsieur Fabre, parce qu'on l'appelait Monsieur Fabre. et qui travaillait au Crédit Agricole de Morin. Et lui aussi, il m'a vraiment beaucoup aidée. Il m'a aidée à me sortir des marasmes locaux, parce qu'au niveau local, c'était un petit peu plus difficile, on va dire. Ils avaient plus de mal à accepter qu'une femme puisse prendre une exploitation. Je vais être gentille quand je dis ça. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave. Après, j'ai fait ça, je l'ai vécu, et j'avoue que... Je me suis prise totalement au jeu. Avoir un domaine viticole, c'est avoir une passion. Il s'est accepté de passer sa vie pour sa passion. Avant, lorsque j'étais... Avant de faire ce métier, je suis ingénieure, j'ai fais des études d'ingénieur. J'étais à Nantes, en partie de la Bretagne, bien évidemment. Et j'aimais ce que je faisais, j'aimais beaucoup de choses, mais à un moment donné, j'étais salariée dans les entreprises. Et à un moment donné, j'ai eu envie de vivre intensément. Ma vie ne me satisfaisait pas dans le sens où je n'avais pas ma dose d'adrénaline, je n'avais pas ma dose de passion. Et j'avais besoin de... Je pense que je suis toujours comme ça, j'ai toujours besoin de passion, j'ai toujours besoin de vivre les choses fort, vite, un peu moins en vieillissant, ça c'est clair. Mais j'ai toujours eu besoin d'avoir des choses qui me passionnent, qui m'aiment, sinon je m'en ose.

  • Speaker #0

    Et lorsque tu parlais, donc tu es ingénieure agronome ? Tu as fait des études. Est-ce que déjà tu étais vouée à reprendre un domaine viticole ? Est-ce que déjà, au fond de toi, tu avais cette envie, ce besoin, ou tu ne savais pas encore vers quoi aller lorsque tu as passé tes diplômes ?

  • Speaker #1

    Je ne savais absolument pas vers quoi aller quand j'ai passé mes diplômes. Ce que je souhaitais, c'était que la formation d'ingénieur me satisfaisait, parce que c'est une formation scientifique, que j'ai un esprit qui est quand même plutôt scientifique, mais appliquée. Je veux dire, je ne suis pas chercheur, par exemple. Je suis faite faire la différence entre être chercheur et être ingénieur. Quand on est ingénieur, on est dans la pratique, dans le concret. Et moi, c'est quelque chose qui me convenait tout à fait. Et ensuite, je me suis... Je commençais à travailler, j'ai fait plein de choses diverses. Et entre autres, je me suis occupée de planche à voile, d'organiser des régates de planche à voile, pas forcément uniquement en accord avec ma formation initiale. Et puis, à un moment donné, c'est mon père qui m'a... Ce qui m'a demandé, c'est si je voulais reprendre l'exploitation, parce qu'il y a un drame qui est arrivé dans notre famille, qui était le décès de ma sœur, qui est survenu en 81, non en 85, j'oublie. Et ça, ça a été un drame dans la famille, ça c'est clair. Et à partir de là, ma vie a changé, et je me suis dit pourquoi pas, pourquoi ne pas... Pourquoi ne pas relever cette espèce de grande aventure qu'est de mener une exploitation ? Parce que quand j'ai repris l'exploitation, à l'époque, nous avions 20 hectares de vignes, des belles vignes, il n'y avait rien à dire sur le plan technique, viticole, mais tout était vendu en vrac, c'était un vin rouge vendu en vrac. Mon objectif était de tout vendre en bouteille.

  • Speaker #0

    Et déjà, cet objectif, il t'est venu comment ? Parce que tu arrives, tu reviens sur des terres familiales, c'est une histoire. en lien avec ton père, tes parents, et en même temps, comment tu peux te mettre dans la tête « Allez, je vais faire de la bouteille » . C'est un défi, puisque effectivement, comme tu le dis, un, localement, c'est difficile parce que c'est géré par des hommes, essentiellement il y a des vignerons. Deux, tu vas bouleverser tout le monde parce que tu as envie de faire de la bouteille. On est sur un terroir de rouge, et puis moi je vois quand même une jolie gamme de blancs. Donc effectivement, je pense que tu as fait une révolution.

  • Speaker #1

    Ça, c' est les rencontres que j'ai pu faire au cours de ma vie. Du début de ma carrière professionnelle, j'ai rencontré des gens qui m'ont permis de réfléchir. de voir un peu ce qui me plaisait, ce qui ne me plaisait pas. Ce qui est certain, c'est que reprendre un domaine viticole pour faire du vin en vrac ou adhérer à une coopérative, ce qui n'était pas le cas, mais j'aurais pu adhérer à une coopérative ou un groupement de producteurs, mais je n'avais pas envie de ça. Moi, j'avais envie de voyager, j'avais envie de rencontrer du monde, j'avais envie d'échanger, j'avais envie de grands espaces. Et quand j'étais salariée, je voulais faire de l'export. Personne ne voulait me confier de l'export, j'étais trop jeune. Donc le jour où j'ai repris mon domaine, j'ai décidé que je ferais de l'export et j'ai commencé à faire de l'export. Mes premiers marchés ont été... Mon premier client a été un client hollandais avec qui je suis restée travailler jusqu'à ce qu'il parte à la retraite. Et j'avais envie, j'ai toujours envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. C'est-à-dire, c'est pas aller voir ailleurs comment ça se passe, c'est la curiosité. C'est de se dire, on est tous pareils, on a des cultures différentes, mais finalement on est tous pareils. Et quand on fait ça, quand on vit ça, quand tu vas, quand tu débarques... toute seule au Japon, en Chine, en Russie, des pays où ils ne parlent pas ta langue. À quelle époque c'était ?

  • Speaker #0

    Les premiers déplacements ?

  • Speaker #1

    Les premiers déplacements, c'était dans les années 2001, quand j'ai commencé à faire ça. Quand tu vas dans ces pays-là où personne n'a la même langue que toi, où ils ne parlent pas forcément anglais, où tu as des idéogrammes que tu ne comprends pas, c'est difficile, c'est une barrière. Et après, finalement, le vin permet de passer ces barrières. permet de dépasser tout ça, parce que tu rentres dans la vie des gens, ils t'invitent, tu trouves des importateurs, ils t'invitent, tu fais un peu partie de cette famille, de leur vie, et du coup tu t'aperçois qu'on est tous pareils. On a tous les mêmes envies, on a tous envie d'être heureux, d'avoir suffisamment d'argent pour vivre, mais pas forcément des sommes d'argent pas possibles non plus. Nous sommes des humains et on a de l'amour, on a des chagrins, on a des peines, on a des joies, on est tous pareils. Et le vin, c'est un merveilleux vecteur.

  • Speaker #0

    C'est vrai. C'est une belle aventure, ce vin. Alors, pour en revenir justement à cette exploitation que tu reprends, tu la reprends donc avec ta maman,

  • Speaker #1

    c'est ça ? Oui, c'est ça. 10 ans ensemble. Ok.

  • Speaker #0

    Comment se passe la relation mère-fille ?

  • Speaker #1

    Difficile, difficile, compliqué. Nous travaillons 10 ans ensemble, on a monté un GAEC. Et elle travaille avec moi, elle m'aide autant qu'elle peut. Là où elle m'a le plus aidée, certainement, c'est à s'occuper de mes enfants. Et ça, j'avoue qu'elle a été une grand-mère extraordinaire. Bon, c'est pas... C'était une mère, elle a été ce qu'elle a pu, comme elle a pu. J'ai pas de reproches à faire. Voilà, ça a été difficile, mais c'était difficile aussi, certainement, pour elle, de voir sa fille qui était là, qui reprenait une exploitation. et qui avait cette liberté de chef d'entreprise qu'elle n'a jamais pu avoir. Ceci dit, ma mère m'a toujours dit, travaille, du plus loin que je me rappelle, étudie, travaille, sois autonome, ne dépends jamais de nom, sois autonome financièrement. Et j'ai mis ces conseils en pratique.

  • Speaker #0

    C'est déjà la meilleure valeur.

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et du coup, dans cette... La femme avec un grand F... t'as permis justement de faire ce que tu es aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    La propriété. Est-ce que tu imaginais, il y a 30 ans, cet aboutissement ?

  • Speaker #1

    Non, bien sûr que non. Il y a 30 ans, je ne savais absolument pas comment. J'ai pris ça, j'ai plongé dedans, à bras le corps. Et c'est vrai que je n'avais pas d'idée de ce que ça pourrait être, de comment j'allais arriver. Des fois, j'ai eu des fins de mois difficiles. J'ai serré les dents plus d'une fois. J'ai eu des moments de désespoir où j'appelais mon banquier complètement affolé, mais il était toujours là pour me dire « mais non, vous verrez, ça ira mieux, allez, reprenez-vous » . Vraiment, c'était un homme extraordinaire, ça c'est vrai. Je ne pouvais pas imaginer ça. Ceci dit, ce que je sais aussi, c'est que ma formation, mon enfance, ma formation, je crois qu'une chose qui a été importante pour moi, c'est la liberté. Et j'ai toujours cette liberté, qui je sais, des fois, gêne les gens. J'ai cette liberté. C'est vraiment un élément important d'avoir la liberté, une liberté de penser, une liberté d'action. Ne pas se mettre soi-même des barrières, des frontières. C'est-à-dire, on peut toujours y arriver.

  • Speaker #0

    Donc, c'est la peur, cette émotion, la peur qui, aujourd'hui,

  • Speaker #1

    est un frein,

  • Speaker #0

    souvent, pour beaucoup de personnes.

  • Speaker #1

    La dépasser, ne pas l'écouter. Le film, il y a un film Merci. Il y a un film que j'ai adoré, que j'ai vu lorsque j'étais adolescente, qui s'appelle Au fin d'un porte-levant. Alors ce film, franchement... C'est un mythe, il est extraordinaire. J'ai dû avoir trois jours de cafard. Et ensuite, ce que j'aime, c'est la faim. La faim, elle dit, bon, aujourd'hui ça ne va pas. Je vais dormir et demain ça ira mieux. Et franchement, je me suis aperçue que je faisais ça. Des fois où j'étais complètement déprimée ou rien d'aller, je me disais ça. Demain ça ira mieux. Tu vas dormir, tu vas te coucher. Aujourd'hui, ça ne va pas, mais demain, ça ira mieux.

  • Speaker #0

    Demain est un autre jour.

  • Speaker #1

    Demain est un autre jour et rien n'est jamais perdu. Il ne faut jamais baisser les bras. Il faut toujours avancer.

  • Speaker #0

    Est-ce que ça, c'est ton leitmotiv ?

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    C'est celui que tu conseillerais à des jeunes ?

  • Speaker #1

    C'est celui que je conseille à tous.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, on aurait des doutes pour avancer, aller défier des challenges ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est ce que je dis à mes enfants. J'ai le bonheur d'avoir mes enfants qui prennent...

  • Speaker #0

    C'est la belle histoire aussi du château Coupe Rose. C'est qu'effectivement, la génération, ça continue. Il y a un relais qui est en train de se transmettre. Et tu es dans cette phase-là de transmission actuellement ?

  • Speaker #1

    C'est ça. Je suis en totale réflexion sur comment faire pour transmettre cet outil de travail. Déjà le bonheur d'avoir mes deux enfants qui travaillent avec nous, d'avoir mon beau-fils qui a envie de venir travailler, ma belle-fille qui est à côté, je suis une femme heureuse, franchement, j'ai toute ma famille à côté de moi, que demander de plus ? Je vais en avoir un petit-fils, et une exploitation, bon, c'est pas facile actuellement, c'est vrai, parce qu'il faut tirer des salaires pour tout le monde, j'avoue que... Mais bon, moi ce que je leur dis à mes enfants, je dis c'est pas grave, on va y arriver, on va s'en sortir. Il faut être confiant, il faut être optimiste, être confiant dans l'avenir.

  • Speaker #0

    Et aujourd'hui, vous êtes combien à travailler sur l'exploitation ?

  • Speaker #1

    Nous sommes cinq. Cinq personnes.

  • Speaker #0

    Il y a une répartition des rôles ? Oui.

  • Speaker #1

    C'est bien déterminé ? Oui, il y a une répartition. Mathias s'occupe, Mathias c'est mon fils, il a 30 ans, il est oenologue. Et c'est lui qui s'occupe de la partie technique, donc il s'occupe de toute la viticulture et de la vinification. On est en culture biologique, lui il veut passer en biodynamie. Sarah s'occupe de la commercialisation. Elle est onologue, elle aussi, mais elle a fait un diplôme de commerce international. Et elle travaille aussi à la vinification avec son frère, parce que c'est important de... Quand on commerce, il ne faut pas être coupé de la production. Mais quand on produit, il ne faut pas être coupé du commerce. Donc c'est toujours... Il n'y avait pas ce fait de trouver les bonnes paroles. Voilà, un subtil mélange de chacun. Et moi je m'occupe encore du commerce et de l'administration. Et puis on a des salariés qui sont une partie à la préparation de commandes, une autre partie à la viticulture. Et mon beau-fils qui est en train de trouver sa place. Pour le moment il ne sait pas, mais lui c'est un gamin adorable, intelligent, brillant. Donc je ne fais pas de soucis. Nous trouverons ensemble sa place.

  • Speaker #0

    En résumé, c'est la force de la femme leader que tu es qui a garanti la relève, et la mère qui préserve les valeurs fortes d'une famille unie. Respect. Tu as dit une phrase que j'ai relevée et qui m'a fait sourire d'ailleurs. Pourquoi faudrait-il avoir plus de poils aux pattes, être un ténor de la chorale et avoir un soi qui résiste à tous les assauts pour avoir une place ou simplement être entendu ? En évoquant cette phrase. Tu pensais à qui ?

  • Speaker #1

    Beaucoup d'hommes qui se prennent pour des grands de la dégustation, beaucoup de journalistes, de dégustateurs, de professionnels. Je crois qu'il y a plein d'hommes qui peuvent se retrouver là-dedans. Il faut dire que dans les obstacles que j'ai connus quand même, il y en a un qui a été un peu difficile à lever et qui n'est toujours pas levé, qui est le fait d'avoir choisi mon mari qui était un homme... avec de grandes convictions, qui adorent la viticulture, qui adorent la culture, et qui ont aussi des idées engagées politiquement.

  • Speaker #0

    Je vais faire une petite parenthèse sur ton mari, Pascal. Pascal Frissant, quand tu évoques la politique, en effet, Pascal est un des leaders emblématiques de la Confédération paysanne. Et pour les Biterrois, il fut à l'initiative de Béziers-Honopole, dans les années 90, sous la présidence de Jean Hulier.

  • Speaker #1

    Ça, ça m'a valu quand même beaucoup de mise à l'index. L'engagement politique de mon mari a été difficile, mais bon, c'est pas ça, je dis. On serre les dents, on passe, un jour, on attend des jours meilleurs, mais c'est vrai que des fois, je me dis, pourquoi ? En vieillissant, on voit certainement les choses différemment. Moi, je pense que ma plus grande qualité actuellement, c'est la bienveillance. Je suis bienveillante et je pense qu'il faut être bienveillant avec les gens.

  • Speaker #0

    Tout à fait. C'est une bonne valeur aussi.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    Mais les hommes ont quand même fait partie intégrante de l'évolution aussi du château qui est devenu. Donc, il y a quand même une part aussi autour de toi. d'hommes qui t'ont aidé aussi à construire ce qu'il en est, ou ont contribué à un moment donné. Je pense notamment à M. Bourguignon, qui est venu.

  • Speaker #1

    Il est seul ? Oui, c'est étonnant. C'est un homme merveilleux, extraordinaire. Il est d'une richesse intellectuelle, d'une gentillesse incroyable. Je me rappelle encore notre rencontre. Je venais d'accoucher de ma fille, de Sarah, de notre fille. C'était en 91, ça devait être décembre 91. Nous habitions une maison avec une cheminée à la Connette. Et on se retrouvait autour de la cheminée à deviser, à boire un verre de vin bien évidemment, et à deviser, à refaire le monde. Et à partir de là, moi il m'a ouvert les yeux et on est allé faire des fosses dans la vigne, on creusait des fosses de 1m80 pour voir un petit peu le profil du sol. pour regarder quel était l'enracinement. Et l'enracinement n'était pas bon du tout, parce que c'était 1991, ça faisait 4 ans que j'avais repris les vignes, donc c'était des façons de travailler qui étaient traditionnelles, on mettait des engrais chimiques, on travaillait de façon traditionnelle. Je n'avais pas d'idée particulière là-dessus. Et lui, il nous explique la vie dans le sol, la vie microbienne, l'importance de préserver les vers de terre. les colamboles, les araignées, les bactéries, tout ce qui font les échanges entre la surface du sol et la profondeur et qui permettent de rendre assimilables des éléments minéraux aux racines de vignes. Puisque la racine de vignes ne nourrit pas de protéines, elle ne mange pas des protéines, des lipides et des glucides, elle ne nourrit que des H2O, c'est-à-dire de l'eau, et des éléments minéraux qui sont véhiculés par l'eau. À partir de là, ça a été une vraie révélation. Et on a changé les pratiques culturales. On s'est mis à composter les sols, à travailler les sols différemment. En cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui a changé. Parce qu'on avait des pH très élevés, puisqu'il y avait trop de potasse. Et en cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui baissait et la qualité des vins qui changeait. Et ça, j'avoue que pour moi, ça a été une révélation. C'était quelque chose que j'ai aimé parce que... En même temps, je me trouvais confrontée à des oenologues, je ne citerai pas les noms, mais à des oenologues qui me disaient « mais qu'est-ce que tu veux changer dans tes vins ? Tu as des médailles, donc c'est très bon » . Je me suis dit « mais je m'en fiche d'avoir des médailles, si mon vin ne me plaît pas, je m'en fiche, ma médaille, je n'en ai rien à faire d'avoir une médaille. » Ce qui est important, c'est que je fasse un vin dont je sois fière, un vin qui me plaît, dont je sois fière. Pour moi, c'est ça le plus important. Alors c'est vrai que depuis j'ai plus de médaille, mais au moins je fais des vins.

  • Speaker #0

    Est-ce que c'est à cette période justement où tu as repensé aussi dans ces pagements ?

  • Speaker #1

    Oui. Dès le départ, j'avais commencé à planter des blancs. D'accord. Et je pense que là-dessus, c'était une bonne idée parce que c'était bien vu, parce qu'on a un terroir qui est vraiment magnifique pour les blancs. Mais à ce moment-là, le blanc minervois, il n'y en avait pratiquement pas. Il y avait très peu de blancs minervois. Maintenant, on est à 3 %, on est resté pendant des années à 2 %, autant dire pinot. D'accord. Et les blancs, ça fait des belles choses.

  • Speaker #0

    C'est magnifique.

  • Speaker #1

    Ils sont tous sur des terroirs de schiste. Des terroirs de schiste que l'on a, ou des terroirs de l'éther de coupe rose.

  • Speaker #0

    Alors, coupe rose, tu fais bien d'en parler, parce que je suis très curieuse. Quelle est l'origine du mot coupe rose ?

  • Speaker #1

    Coupe rose, c'est le nom de la terre. J'ai eu des ancêtres tuiliers, dans les années 1700, qui fabriquaient des tuiles et des briques à partir d'une argile qui s'appelle la coupe rose. C'est une argile qui contient du manganèse et qui a une couleur rose. Et lorsqu'en 87, j'ai repris le domaine, je disais à ma mère que je ne voulais pas garder le patronyme familial Domaine Le Calvaise ou imaginer de mettre Domaine Le Calvaise. J'avais finalement des ambitions qui étaient d'un jour peut-être intéresser quelqu'un à vivre la même aventure que moi puisque j'étais célibataire à l'époque. Et je me suis dit, si jamais je rencontre un homme qui veut bien venir vivre avec moi, travailler avec moi... Peut-être qu'il aimera pas avoir le même nom que son beau-père. J'avais des exemples en Champagne de jeunes femmes que j'avais rencontrées qui me racontaient ça. Et ma mère m'a aidée en retrouvant dans les vieux papiers... Le nom du ténement sur lequel se trouve la cave de vinification actuellement s'appelle Couperose. Ça s'appelle la fabrique de Couperose. Donc j'ai changé le mot fabrique en château parce que fabrique ça ne le fait pas. Et château parce qu'on a des bâtiments qui appartenaient au château de la Connette. Et tu sais c'est amusant de retrouver, j'ai l'avantage d'avoir des vieux papiers parce qu'actuellement je suis en train de lire une correspondance de ma grand-mère et de mon grand-père. On est en septembre 1939. Et ça s'étale, je n'ai pas fini, je suis en train de la lire parce que c'est long, et des fois c'est très émouvant, donc je prends des pauses. Et ça s'étale jusqu'en 1940. En 1939, son mari, dont mon grand-père est appelé au front, il se trouve dans le front de l'Est, et elle se retrouve seule à faire les vendanges avec ses parents. Et là, c'est intéressant parce que tu t'aperçois d'une femme qui était bourgeoise, bien élevée, bien éduquée. qui ne travaille pas, qui dépend totalement de son mari pour toutes les décisions. Elle n'a pas de compte en banque, bien évidemment, ça ce n'est pas possible. Et elle se met à prendre les rênes pour décider les vendanges. Et elle parle des ténements que l'on a encore, des vignes que l'on a encore. Elle parle de vignes qui ont été totalement arrachées. Je découvre que nous avions des vignes dans un secteur où elle dit que c'était de la vinaigrette, tellement ce n'était pas mûr. Quand il s'est ramassé, ce n'était pas mûr. Et elle cite les vignes que l'on a maintenant avec des rendements. Elle raconte qu'elle allait peser l'alcool, elle allait faire le degré alcoolique.

  • Speaker #0

    C'est merveilleux.

  • Speaker #1

    C'est extraordinaire. Je me suis dit, mais vraiment, quel bonheur d'avoir ce témoignage.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Et donc, elle a fait plusieurs vendanges toute seule ?

  • Speaker #1

    Et elle a fait plusieurs vendanges toute seule.

  • Speaker #0

    Elle a mené de front.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    Jusqu'à la commercialisation, aller vendre le vrac du vin ou est-ce que le vin était après ?

  • Speaker #1

    Il se vendait en vrac, oui, le vin se vendait en vrac. Ça, je ne sais pas, je n'ai pas de témoignage sur la vente, mais le vin se vendait en vrac, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et donc, ça t'a permis, toi, de retrouver également des vignes que tu as encore ou des endroits que tu n'as plus actuellement, que tu peux repenter aussi ?

  • Speaker #1

    Le partage, parce que, évidemment, il y a des partages. À la suite de décès, les vignes se partagent. Donc des vignes qui sont parties, et puis des vignes que l'on a gardées, avec les quantités de raisins qui sont produites. Et alors ce qui est amusant, c'est qu'il y a des parcelles qui ont été arrachées, que l'on replante, sur lesquelles on a des tout petits rendements, et je me dis finalement, on n'aurait pas dû les replanter. J'aurais vu ça avant, je ne les aurais pas mis à replanter. Mais bon,

  • Speaker #0

    c'est les choix,

  • Speaker #1

    les moments. C'est ça, des fois ça veut dire la... La pauvreté agronomique d'un sol, elle n'est pas forcément facile à corriger.

  • Speaker #0

    On va prendre un peu de hauteur pour aborder la notion de succès, de réussite, car on a tous une définition assez propre et personnelle de ces deux mots. Néanmoins, je pense que pour mieux les définir, rien de mieux que d'évoquer des temps forts. Alors tu m'as parlé de l'année 2012, d'une construction.

  • Speaker #1

    Oui, quand on a fait le bâtiment. ce bâtiment. Pour moi c'était, je peux dire une consécration sans me vanter, mais c'est quelque chose, j'avais tellement envie d'avoir un beau lieu d'accueil, un lieu qui me permette de mélanger la culture et le vin, parce que j'ai toujours aimé les peintures, les sculptures, l'art en général, l'art plastique en général, je trouve ça beau. Et j'avais envie, mon objectif c'était de faire du bon vin. C'est bien de faire du bon vin, mais c'est quand même mieux d'avoir un joli lieu qui permette d'accueillir les gens et quelque part d'avoir un lieu qui soit la traduction de la qualité que tu souhaites dans tes vins.

  • Speaker #0

    Représentatif.

  • Speaker #1

    Oui, qui soit représentatif. Et du coup, à un moment donné, on a réussi à faire ce bâtiment. C'était un gros challenge financier parce que quand même, ça nous a coûté très cher. Ça, c'est parce que... Pascal est un ami architecte qui nous a aidé à faire ça. Et on l'a fait avec des matériaux qui nous correspondaient. On l'a fait en bois, avec de la boîte de cellulose. On l'a fait avec des panneaux photovoltaïques parce qu'on avait envie d'avoir quelque chose qui soit dans l'air du temps, quelque chose de moderne et qui soit dans l'air du temps. Un grand espace lumineux et clair qui me permet aussi d'accrocher des tableaux. Mais c'est ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Donc des artistes viennent régulièrement exposer. Et c'est l'occasion de boire un verre, de célébrer,

  • Speaker #1

    de mettre en valeur une cuvée ou deux. De se mettre mutuellement en valeur, autant les artistes que nous. Parce que c'est normal.

  • Speaker #0

    Un autre temps fort ?

  • Speaker #1

    Un autre temps fort t'as-je ? Quand mes enfants m'ont dit qu'ils viendraient travailler avec nous, avec moi, quand ils m'ont dit ça, j'étais... j'étais... j'étais extrêmement émue, je me suis dit finalement... parce que, en fait, quand tu fais... tu vois, l'activité que j'ai pu développer, c'était pas... j'ai pas fait en disant un jour je transmettrai. Tu le fais parce que t'en as envie, tu le fais pour toi, tu le fais pas pour les autres. c'est toi qui le vis, tu le fais pour toi, tu dis j'ai envie de faire ça je le fais Et puis un jour, finalement, tu te dis... Quand on te dit, tiens, ça m'intéresse, je me dis, tiens...

  • Speaker #0

    Ça veut dire que pendant toute cette période à la maison, il y a eu une transmission de passion, de force partagée, de dire,

  • Speaker #1

    voilà,

  • Speaker #0

    je fais des choses, j'aime les faire, et du coup, tu as transmis aussi cette passion.

  • Speaker #1

    Le fait d'avoir... Le fait d'accueillir beaucoup de monde aussi, beaucoup d'étrangers, je crois que... Une ouverture d'esprit. Oui, en tout cas, cette capacité d'accueillir des gens. Ça, c'est clair. Et ça, c'est aussi Pascal qui fait que Pascal est tourangeau. Et ce qu'il m'a appris, c'est le regard qu'ont les gens de la Loire sur le vin est très différent du regard qu'on a ici en Languedoc. Ça fait encore notre volée à ma culture bretonne, occitane. Maintenant, j'ai une partie aussi ligérienne, tourangelle. Ils aiment leur vin, ils aiment leur métier. Je trouve qu'au début, en tout cas, maintenant ça change, mais au début, en Languedoc, on n'aimait pas forcément son vin. Alors que quand même, ce qui est important, c'est d'aimer ce qu'on fait, d'aimer le produit que l'on élabore et d'aimer le vin que l'on boit. Et là-dessus, les gens de la Loire, ils ont une culture paysanne, une gentillesse et un accueil qui est remarquable.

  • Speaker #0

    C'est vrai que dans la région, j'ai l'impression également, puisque c'est pareil, je suis une étrangère,

  • Speaker #1

    ça fait 26 ans,

  • Speaker #0

    27 ans maintenant que je suis ici, je remarque que les vignerons ont peut-être un peu trop d'humilité, et justement des fois se réfrènent derrière la qualité des vins, alors qu'il y a des pépites, c'est merveilleux, c'est bon, et il est difficile pour eux de... ou de se mettre en avant, comme si on se cachait derrière quelque chose. C'est fantastique. Alors maintenant, évidemment, ça change. Puis il y a les jeunes générations, en plus, en même temps, qui arrivent et qui bougent les choses, heureusement. Mais j'ai remarqué ça, cette humilité, un peu trop importante, parfois, justement, sur se cacher derrière la qualité des vins.

  • Speaker #1

    C'est des histoires de génération. Ce sont des histoires de génération. Moi, je fais partie d'une génération, j'ai 60 ans, je fais partie d'une génération. où il y a peu de gens qui sont revenus travailler à la terre de mon âge. Il y en a très peu. Chacun, parce que leurs parents avaient certainement eu des moments difficiles. Et donc peu de gens sont revenus à la terre. Ils sont partis faire des métiers divers et variés, mais pas agriculteurs. Parce qu'on leur disait n'importe quoi, mais pas les vignes. C'est trop difficile, c'est trop compliqué, tu vas en baver, tu peux pas en vivre, c'est trop difficile. Donc il y a peu de gens de ma génération. Ça a continué encore avec les générations suivantes, jusqu'à 40 ans. Où là aussi, il y avait un peu de gens qui revenaient, mais pas trop. Donc on a eu un gros vide. Et là maintenant, tous les trentenaires, eux, ils s'éclatent. Ils se régalent. Ils ont du plaisir, ils ont du bonheur. Et ça, on le voit, on le sent. Et c'est tellement bien, c'est tellement plein d'énergie. Moi j'adore ça, j'adore travailler avec des jeunes. Je me régale de travailler avec des jeunes, je trouve ça merveilleux. Ils ont cette énergie, une énergie que j'aime. L'envie de faire et d'expérimenter, de ne pas se mettre de limites. De dire, non, je ne peux pas. Mais non, on peut tout. Quand on a l'envie, on peut tout faire. Il faut juste réfléchir à ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Et bien le faire,

  • Speaker #1

    voilà. On teste, c'est vrai.

  • Speaker #0

    Et l'amour du vin, de façon générale pour toi, puisque tu es partie à Nantes étudier, est-ce que le vin faisait partie intégrante de ta vie ? Ou tu l'as appris ? Est-ce que c'est quelque chose qui s'est... qui s'est manifestée ?

  • Speaker #1

    Non, non, le vin, jusqu'à l'âge de 20 ans passés, je ne bevais pas une goutte de vin. Je ne bevais pas d'alcool en général, et je ne bevais pas une goutte de vin. Et puis ensuite, je commençais à me mettre à goûter un petit peu de vin. J'avais des amis qui me disaient, tiens, goûte ça, goûte ça. Et puis je suis revenue, j'ai voyagé, j'étais travaillée à l'étranger. Et quand je suis rentrée, j'avais envie de me... fixé dans le sud parce que finalement je trouvais que la qualité de ville en sud était plus agréable qu'ailleurs. Voilà. Et puis je me suis dit finalement qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? Et j'ai commencé à travailler dans le vin, une grosse société qui m'a embauchée. Et puis je me suis prise au jeu, j'ai quitté cette société, je suis allée dans une autre société qui m'a donné plus de responsabilités et qui m'a donné plus envie de faire ça. Et puis du coup, je... Après je suis revenue m'occuper de cette exploitation et là je me disais mais qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Comment je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire comme vin ? Tu te retrouves là, c'est une aventure extraordinaire mais en même temps tu es tout seul. Quand tu te retrouves il n'y a personne derrière toi pour te dire tu dois faire ci, tu dois faire ça. Donc tu es tout seul face à tes choix. Et puis la rencontre de Pascal a fait que j'ai découvert ce qu'était vraiment le monde du vin. Ça c'est sûr. C'est lui qui m'a apporté cette culture et cette envie de déguster encore plus et découvrir encore plus. Tu vois, par exemple, quand on nous dit toujours « quel est votre vin préféré ? » Je n'ai pas un vin préféré. J'aime tous les vins. Tout ce que j'aime, c'est les moments. Ce que j'aime, en fait, ce qui me revient en tête, ce sont les moments où je partage des vins. Là, le meilleur exemple que j'ai, c'est la semaine dernière, nous étions à Cheverny, chez des amis, et qui nous font goûter un vin merveilleux, Domaine des Huards, un assemblage Pinot Gamay 2018. mais une merveille. Il travaille en biodynamie, c'est un gars fantastique, passionné de ce qu'il fait. C'était extraordinaire. Ce vin était fantastique. Partager avec nos amis de longue date, c'est ça que j'aime.

  • Speaker #0

    C'est des instants magiques.

  • Speaker #1

    C'est ça. C'est vrai que je ne suis pas capable de dire... Vraiment, j'aime tous les vins. C'est juste qu'à un moment donné, tu aimes davantage parce que tu ne les partages pas pareil.

  • Speaker #0

    Tu m'as devancé parce que c'était une des questions. Quelle est la définition d'un bon vin ? C'est une belle définition que tu donnes.

  • Speaker #1

    Un bon vin, c'est toujours un vin qui est bien partagé. C'est vrai. Partagé avec des gens avec lesquels on a du plaisir à le partager.

  • Speaker #0

    C'est encore plus important. Je pense que ça lui donne un petit goût subtil supplémentaire. Alors, c'est vrai, quand tu reprends cette exploitation, tu as des enfants. Et là, la gestion de la vie familiale et l'exploitation, c'est très difficile.

  • Speaker #1

    C'est très difficile. J'avoue que je me suis souvent culpabilisée de ne pas être là pour des anniversaires, de ne pas être là pour des fêtes d'école, de ne pas être capable d'aller à chaque rentrée scolaire avec la réunion de parents d'élèves. Je ne pouvais pas, j'étais en train de vendanger, j'étais à la cave, je ne pouvais pas laisser mes cuves parce que, voilà, si ce n'est pas moi qui le faisais, personne d'autre le faisait. Donc je ne pouvais pas laisser mes cuves. Mais combien de fois je me suis dit, mais comment je vais faire ? Ce sentiment d'être une mauvaise mère, de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire les choses comme il faut. Franchement, je l'ai eu, mais comme on avait beaucoup de femmes. C'est juste cette dame dont je parlais tout à l'heure, cette dame, cette Allemande, qui était une femme extraordinaire, elle m'a dit, mais tu sais... C'est pas grave, les enfants, ils comprennent. Faut pas culpabiliser là-dessus. Parce qu'un jour, je m'en ouvrais à elle, elle m'a dit, mais ne culpabilisez pas, tu sais, faut vivre ta vie, et puis les enfants, ils comprendront. La preuve à nier, c'est qu'ils m'ont fait de la rigueur, en tout cas, de ne pas avoir été toujours là. Et maintenant, on est ensemble. Et maintenant, je garde mon petit-fils. Je vis avec mon petit-fils, que je n'ai certainement pas pu vivre avec mes enfants. Je pense que je vivrai comme ça. Mais après, on a fait d'autres choses. Je les ai amenées faire du ski, je leur ai passé le goût de la BD, de la bande dessinée.

  • Speaker #0

    La BD, c'est un petit hobby ?

  • Speaker #1

    Moi, j'adore la bande dessinée. J'adore la bande dessinée. J'adore les dessins, j'adore entrer dans... De toute façon, quand je lis un livre ou quand je lis une bande dessinée, je suis un peu comme Alice au Pays des Merveilles qui plonge dans le miroir. J'ai besoin de plonger dans la lecture. Pour tout oublier, certainement. Et pour me faire rêver. Et puis parce qu'on apprend tout.

  • Speaker #0

    Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est que les femmes marquent notre époque. Avec ton expérience, qu'ont-elles apporté à ce bel univers qu'est le vin ?

  • Speaker #1

    Je dirais l'esthétique, la rigueur. Il faut être rigoureux. Quand on fait un métier comme ça, il faut être rigoureux dans ce qu'on fait. Je pense que les femmes sont certainement plus rigoureuses que les hommes là-dessus. L'esthétique parce que c'est important à tous les niveaux. Quand on fait un vin, le vin doit être esthétique, mais tout ce qui va autour du vin ça doit être esthétique. L'emballage doit correspondre, tout doit correspondre.

  • Speaker #0

    Donc surtout sur la partie esthétique, je pense. La femme intervenue, elle embellit le vin, mais sur les qualités intrinsèques également.

  • Speaker #1

    Oui, quand je dis l'esthétique du vin, c'est... C'est pas un mot qu'on utilise quand on déguste un vin, mais on peut dire qu'un vin est esthétique, parce que quand on l'a en bouche, quand on l'a au nez, quand on l'a à l'œil, au nez et en bouche, on a une impression d'harmonie. Et pour moi, c'est ça, un vin esthétique, c'est ça aussi, c'est quelque chose d'harmonieux, quelque chose que l'on a plaisir à boire. Après, je ne peux pas dire, par exemple, faire un vin de femme, ça pour moi, ça ne veut rien dire. Un vin de femme, je ne sais pas ce que c'est. Un vin de femme, pour moi, c'est un vin qui est tannique, corsé, puissant, et qui a beaucoup de structure. C'est comme quand je dis... Parce qu'en fait, vous me posez la question tout à l'heure, les gens, quand on fait des dégustations, et j'en ai fait beaucoup de dégustations professionnelles, ils me disaient, oui, il a de la cuisse, il a de la rondeur, il a de la jambe. C'est pour ça que je disais, non, mais il a du poil aux pâtes, pourquoi prendre toujours le... des mots qui décrivent un corps de femme pour décrire un verbe. À un moment donné, c'est pas que je sois... Je ne suis pas sectaire là-dessus, mais le mot n'est pas juste, mais... Il y en a marre de prendre toujours le corps de femme comme étant un objet sexuel. Ça suffit. Pourquoi ne pas dire donc... Voilà. Pourquoi ne pas dire qu'il a du poil aux pattes, ou des choses comme ça, parce que... Parce qu'il peut être rugueux, et le côté rugueux, ça peut être ça, ou être mal rasé, c'est être rugueux, avoir des tanins. Et je pense que...

  • Speaker #0

    C'est intéressant de faire un vin comme ça, justement. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un petit clore d'écrit avec des adjectifs masculins qui décriraient que des adjectifs masculins. Testostérone, testostéronée... Voilà, on peut trouver beaucoup d'autres adjectifs. Mais c'est vrai que la femme n'est pas comme objet. Non. Je dis ça parce que c'est la réflexion que je me fais actuellement quand je lis les magazines féminins. Je trouve qu'on a trop tendance à utiliser la femme comme un support de publicité, un support de tout. Et la femme, ce n'est pas un objet. Les femmes existent, sont des individus, des êtres à part entière.

  • Speaker #0

    C'est vrai que les années 80 ne nous ont pas arrangé avec la publicité. Non. Ça, c'est sûr. Et donc, il y a tout un schéma. à défragmenter et à repositionner. C'est vrai, c'est un long travail. Ça fait partie...

  • Speaker #1

    Je suis toujours en train de dévoiler, de dénuder les femmes. Le mystère étant beaucoup plus acclair, la suggestion étant beaucoup plus acclair. Pas besoin de se dénuder en permanence.

  • Speaker #0

    On va terminer par des notes légères. Oui. Est-ce que tu as une playlist musique ?

  • Speaker #1

    Oui, j'adore la musique.

  • Speaker #0

    Tu adores la musique ? Est-ce que tu as un morceau ? Concentration, vitaminé.

  • Speaker #1

    Actuellement, ce que j'écoute beaucoup, c'est une chanson de Oustaki. C'est pas récent. Mais ça s'appelle « Salanomé » . Je voudrais, Salanomé, vous parler d'elle. Elle parle de la liberté. La révolution. Et c'est... Pour moi, c'est un beau morceau. J'aime aussi Barbara, une petite cantate. J'aime aussi Jacques Brel. Bon, mais après, j'aime les choses plus récentes, mais c'est vrai que je suis certainement plus... J'aime la chanson française. Et les textes. Et les textes, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Un livre de chevet ou un livre culte ?

  • Speaker #1

    Je suis en train de lire Le règne animal, actuellement, qui est assez horrible. Je le trouve très difficile. Très difficile. dans ce qu'il raconte. Horrible dans les images qui sont évoquées. Et sinon...

  • Speaker #0

    C'est un livre de qui ?

  • Speaker #1

    C'est un livre horrible ? Je ne me rappelle pas. C'est Le règne animal. Il a eu le bon cours. Il parle des agriculteurs, du monde agricole. Je le trouve très dur, mais intéressant. Je suis en train de le lire. Et sinon, pour moi, un livre culte, c'est Bande dessinée, Le vagabond des lèmes. Le Vagabond des limbes, j'ai découvert ça il y a 40 ans. Et bien, mon fils a lu tous les tomes du Vagabond des limbes. Et je lis et je relis ces livres que j'ai depuis 40 ans. Et je les relis toujours.

  • Speaker #0

    Magnifique, un bébé. C'est un chouette.

  • Speaker #1

    Oui. C'est un livre ouvert. C'est un livre long, mais quand même. Il y a des choses qui ont été écrites ou dessinées il y a 40 ans.

  • Speaker #0

    Et qui sont d'actualité.

  • Speaker #1

    Qui sont d'actualité. C'est merveilleux. Ces gens, moi, j'ai émerveillé de voir tous ces gens qui sont capables de produire ça. Quel génie, quel visionnaire.

  • Speaker #0

    Le vin est notre mémoire. Tout comme nos paysages, il est notre passeur de temps, notre passeur de sens, notre clé depuis longtemps pour vivre et rencontrer les autres. Sur ces belles paroles qui t'appartiennent, Françoise, je te remercie pour cette belle matinée des femmes.

  • Speaker #1

    Je te remercie beaucoup, aurélie.

  • Speaker #0

    Voilà, c'est la fin. Toute ma gratitude à mon invité et à vous, chers auditeurs. Pour faire vivre ce podcast, pensez à partager, liker. commenter. Ceci est un podcast natif, indépendant et libre. Je compte bien l'étoffer par de nouvelles rencontres et aussi et surtout grâce à vous, chers auditeurs, chers followers. Et si Dionysos était une femme ? A très vite pour de nouvelles écoutes.

Description

Pour inaugurer ce podcast il y a cinq ans, j’ai choisi de donner la parole à celle qui m’a marquée dès mes premiers pas en Languedoc : Françoise Frissant-Le calvez, vigneronne du Château Coupe-Rose, à La Caunette.


Dans cet entretien sincère et généreux, Françoise raconte son parcours :


➡️ La reprise du domaine familial en 1987, à une époque où les femmes étaient rares dans les vignes
➡️ Le choix audacieux de la mise en bouteille et de l’export
➡️ Sa transition vers l’agriculture biologique, puis la biodynamie
➡️ La place essentielle de la liberté, de la transmission familiale et de la passion


Elle incarne une génération de femmes discrètes et puissantes, dont les combats ont permis l’évolution du monde viticole.


✨ “Le vin, c’est un vecteur de lien humain. On peut tout faire, si on le fait avec passion.”


🎧 Un épisode fondateur à écouter ou réécouter avec émotion.


📍 Château Coupe-Rose – Minervois – Languedoc


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Cet épisode de Si Dionysos était une femme vous est offert par Bleu Charon. Vous êtes CAF coopérative négociant vigneron indépendant. Je suis Aurélie Charon, fondatrice et seule référente de Bleu Charon. J'accompagne personnellement chaque client avec une approche pour son confidentiel, honnête et authentique. Ici, pas de consultant interchangeable, je vous propose un accompagnement sur mesure, adapté à votre réalité pour transformer vos décisions en résultats concrets. Stratégie. commercial export, communication et même la réalisation de vos podcasts d'entreprise pour valoriser votre histoire et vos engagements. Pour découvrir ma méthode, profitez d'une session découverte exclusive. Une heure pour transformer vos décisions en résultats concrets. Rendez-vous sur bleucharon.com pour réserver votre créneau. Bleucharon, l'accompagnement sincère et discret et créatif. Au service des acteurs du vin. Offrez-vous une heure d'échange confidentiel chaque semaine avec moi. Posez vos questions, obtenez des réponses authentiques et concrètes et découvrez comment chaque heure peut faire évoluer votre domaine. Inscrivez-vous dès maintenant sur bleucharon.com Si Dionysos était une femme, l'univers du vin abrite des pépites, des constellations, des toiles de... Vigneron, chef d'entreprise, directrice marketing, designer graphique, journaliste, odologue, technicienne. En 20 ans, ces performeuses ont fait leur place dans ce milieu d'hommes. Les femmes ont pris part à l'embellissement du monde du vin. Elles m'inspirent et motivent la femme active que je suis. Mon plaisir ? Faire partager mes rencontres, puisque je respire. Je vis dans cet univers depuis plus de 20 ans. Je m'appelle Aurélie Charongiguet, je mets ma créativité féminine et relationnelle au service du vin. Dans chaque nouvel opus, un dialogue authentique, une conversation sincère, parfois intime, avec des femmes dont le point commun est ni plus ni moins le vin. Des femmes inspirantes, des femmes puissantes, des leaders dans leur domaine. Comment ont-elles fait leur place ? Quelle est la part de la femme avec un grand F dans leur réussite ? Contre quoi ont-elles dû résister ? Quels ont été les obstacles rencontrés ? Comment les ont-elles dépassés ? Quelles sont leurs valeurs ? Que rêvent-elles ? Que boivent-elles ? Ont-elles un secret à nous partager ? Les vins de femmes marquent notre époque. Et si Dionysos était une femme ? Dieu grec du vin de la fête et créateur de folie, découvrons ensemble une nouvelle déesse. Belle écoute ! Pour ce premier épisode, j'ai choisi de converser avec Françoise Frissant-Lecalves, vigneronne au château Couperose, en Minervois, à la Connette. Françoise est la première vigneronne que j'ai rencontrée à mon arrivée en Terre-Langue d'Ossienne, il y a plus de vingt ans. C'est donc comme une évidence que cette première lui soit consacrée. J'étais alors étudiante et Françoise était intervenante. Hypercalée, son expertise m'avait séduite, son charisme charmé, Son attitude de leader m'impressionnait. Invitée sur son vignoble, les ambitions jadis étaient folles de démesure. Puis le temps passe, plus d'une décennie sans se voir, puis un salon, puis deux, des retrouvailles amicales et inspirantes, autour du cercle des vignes-filles dont je vous reparlerai très vite. Puis une invitation à ses journées portes ouvertes, au château Couperose. Et là, je découvre un aboutissement. Elle avait atteint ses objectifs de l'époque, sa vision était juste, avec autour d'elle son mari, ses enfants, son petit-fils. une jeune génération aimante, bienveillante et investie sur la propriété. Bref, une relève se dessine et ça fait chaud au cœur, croyez-moi.

  • Speaker #1

    Je te remercie Aurélie, c'est vrai que ça me fait extrêmement plaisir de te voir, de t'accueillir, eu égard au nombre d'années qui fait que nous nous connaissons, que nous avons lié amitié au fil du temps. Moi j'ai repris le domaine en 1987 et c'était une épopée parce que... Il faut se resituer 33 ans en arrière, alors 33 ans c'est beaucoup et c'est rien, c'est beaucoup parce que ça fait quand même largement une vie professionnelle, et c'est rien au regard de l'histoire, soyons modestes. Il y a 33 ans, peu de femmes étaient chefs d'exploitation, je dis peu pour ne pas dire pas pratiquement. Et donc quand j'ai repris le domaine, c'était quand même une petite révolution qui se passait, petite révolution dans mon village bien évidemment, soyons toutes... proportion gardée et Hermine Arvois aussi parce que, pareil, il n'y avait pas de femme. Je dois dire que mon père a été largement... m'a largement soutenue. D'abord c'est lui qui m'a poussée à faire ça, mais il m'a largement soutenue, ainsi que ma mère, pour reprendre l'exploitation. S'il n'avait pas été breton, je pense que ça ne serait jamais arrivé. La condition de la femme en Bretagne est totalement différente de la condition de la femme à Languedoc. Et ça, j'en ai quand même depuis le temps que je navigue entre ces deux cultures, puisque je suis moitié bretonne et moitié occitane, et j'aime autant les deux. J'aime autant mes racines bretonnes que mes racines occitanes. Je trouve que la place de la femme est tout à fait différente en Bretagne. On accepte qu'une femme soit chef d'exploitation, chef d'entreprise. Sans grandes difficultés. Et donc, lorsque j'ai repris, j'ai rencontré bien évidemment des gens merveilleux qui m'ont aidée. J'ai rencontré une femme qui était à Montpellier qui s'appelait Christiane. J'essayais de me rappeler son nom, je ne me rappelle pas. Elle est partie à la retraite depuis, bien évidemment. Elle travaillait à la Dasea et elle m'a aidée, elle m'a soutenue, elle m'a encouragée. J'ai rencontré aussi quelqu'un qui s'appelle Monsieur Fabre, parce qu'on l'appelait Monsieur Fabre. et qui travaillait au Crédit Agricole de Morin. Et lui aussi, il m'a vraiment beaucoup aidée. Il m'a aidée à me sortir des marasmes locaux, parce qu'au niveau local, c'était un petit peu plus difficile, on va dire. Ils avaient plus de mal à accepter qu'une femme puisse prendre une exploitation. Je vais être gentille quand je dis ça. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave. Après, j'ai fait ça, je l'ai vécu, et j'avoue que... Je me suis prise totalement au jeu. Avoir un domaine viticole, c'est avoir une passion. Il s'est accepté de passer sa vie pour sa passion. Avant, lorsque j'étais... Avant de faire ce métier, je suis ingénieure, j'ai fais des études d'ingénieur. J'étais à Nantes, en partie de la Bretagne, bien évidemment. Et j'aimais ce que je faisais, j'aimais beaucoup de choses, mais à un moment donné, j'étais salariée dans les entreprises. Et à un moment donné, j'ai eu envie de vivre intensément. Ma vie ne me satisfaisait pas dans le sens où je n'avais pas ma dose d'adrénaline, je n'avais pas ma dose de passion. Et j'avais besoin de... Je pense que je suis toujours comme ça, j'ai toujours besoin de passion, j'ai toujours besoin de vivre les choses fort, vite, un peu moins en vieillissant, ça c'est clair. Mais j'ai toujours eu besoin d'avoir des choses qui me passionnent, qui m'aiment, sinon je m'en ose.

  • Speaker #0

    Et lorsque tu parlais, donc tu es ingénieure agronome ? Tu as fait des études. Est-ce que déjà tu étais vouée à reprendre un domaine viticole ? Est-ce que déjà, au fond de toi, tu avais cette envie, ce besoin, ou tu ne savais pas encore vers quoi aller lorsque tu as passé tes diplômes ?

  • Speaker #1

    Je ne savais absolument pas vers quoi aller quand j'ai passé mes diplômes. Ce que je souhaitais, c'était que la formation d'ingénieur me satisfaisait, parce que c'est une formation scientifique, que j'ai un esprit qui est quand même plutôt scientifique, mais appliquée. Je veux dire, je ne suis pas chercheur, par exemple. Je suis faite faire la différence entre être chercheur et être ingénieur. Quand on est ingénieur, on est dans la pratique, dans le concret. Et moi, c'est quelque chose qui me convenait tout à fait. Et ensuite, je me suis... Je commençais à travailler, j'ai fait plein de choses diverses. Et entre autres, je me suis occupée de planche à voile, d'organiser des régates de planche à voile, pas forcément uniquement en accord avec ma formation initiale. Et puis, à un moment donné, c'est mon père qui m'a... Ce qui m'a demandé, c'est si je voulais reprendre l'exploitation, parce qu'il y a un drame qui est arrivé dans notre famille, qui était le décès de ma sœur, qui est survenu en 81, non en 85, j'oublie. Et ça, ça a été un drame dans la famille, ça c'est clair. Et à partir de là, ma vie a changé, et je me suis dit pourquoi pas, pourquoi ne pas... Pourquoi ne pas relever cette espèce de grande aventure qu'est de mener une exploitation ? Parce que quand j'ai repris l'exploitation, à l'époque, nous avions 20 hectares de vignes, des belles vignes, il n'y avait rien à dire sur le plan technique, viticole, mais tout était vendu en vrac, c'était un vin rouge vendu en vrac. Mon objectif était de tout vendre en bouteille.

  • Speaker #0

    Et déjà, cet objectif, il t'est venu comment ? Parce que tu arrives, tu reviens sur des terres familiales, c'est une histoire. en lien avec ton père, tes parents, et en même temps, comment tu peux te mettre dans la tête « Allez, je vais faire de la bouteille » . C'est un défi, puisque effectivement, comme tu le dis, un, localement, c'est difficile parce que c'est géré par des hommes, essentiellement il y a des vignerons. Deux, tu vas bouleverser tout le monde parce que tu as envie de faire de la bouteille. On est sur un terroir de rouge, et puis moi je vois quand même une jolie gamme de blancs. Donc effectivement, je pense que tu as fait une révolution.

  • Speaker #1

    Ça, c' est les rencontres que j'ai pu faire au cours de ma vie. Du début de ma carrière professionnelle, j'ai rencontré des gens qui m'ont permis de réfléchir. de voir un peu ce qui me plaisait, ce qui ne me plaisait pas. Ce qui est certain, c'est que reprendre un domaine viticole pour faire du vin en vrac ou adhérer à une coopérative, ce qui n'était pas le cas, mais j'aurais pu adhérer à une coopérative ou un groupement de producteurs, mais je n'avais pas envie de ça. Moi, j'avais envie de voyager, j'avais envie de rencontrer du monde, j'avais envie d'échanger, j'avais envie de grands espaces. Et quand j'étais salariée, je voulais faire de l'export. Personne ne voulait me confier de l'export, j'étais trop jeune. Donc le jour où j'ai repris mon domaine, j'ai décidé que je ferais de l'export et j'ai commencé à faire de l'export. Mes premiers marchés ont été... Mon premier client a été un client hollandais avec qui je suis restée travailler jusqu'à ce qu'il parte à la retraite. Et j'avais envie, j'ai toujours envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe. C'est-à-dire, c'est pas aller voir ailleurs comment ça se passe, c'est la curiosité. C'est de se dire, on est tous pareils, on a des cultures différentes, mais finalement on est tous pareils. Et quand on fait ça, quand on vit ça, quand tu vas, quand tu débarques... toute seule au Japon, en Chine, en Russie, des pays où ils ne parlent pas ta langue. À quelle époque c'était ?

  • Speaker #0

    Les premiers déplacements ?

  • Speaker #1

    Les premiers déplacements, c'était dans les années 2001, quand j'ai commencé à faire ça. Quand tu vas dans ces pays-là où personne n'a la même langue que toi, où ils ne parlent pas forcément anglais, où tu as des idéogrammes que tu ne comprends pas, c'est difficile, c'est une barrière. Et après, finalement, le vin permet de passer ces barrières. permet de dépasser tout ça, parce que tu rentres dans la vie des gens, ils t'invitent, tu trouves des importateurs, ils t'invitent, tu fais un peu partie de cette famille, de leur vie, et du coup tu t'aperçois qu'on est tous pareils. On a tous les mêmes envies, on a tous envie d'être heureux, d'avoir suffisamment d'argent pour vivre, mais pas forcément des sommes d'argent pas possibles non plus. Nous sommes des humains et on a de l'amour, on a des chagrins, on a des peines, on a des joies, on est tous pareils. Et le vin, c'est un merveilleux vecteur.

  • Speaker #0

    C'est vrai. C'est une belle aventure, ce vin. Alors, pour en revenir justement à cette exploitation que tu reprends, tu la reprends donc avec ta maman,

  • Speaker #1

    c'est ça ? Oui, c'est ça. 10 ans ensemble. Ok.

  • Speaker #0

    Comment se passe la relation mère-fille ?

  • Speaker #1

    Difficile, difficile, compliqué. Nous travaillons 10 ans ensemble, on a monté un GAEC. Et elle travaille avec moi, elle m'aide autant qu'elle peut. Là où elle m'a le plus aidée, certainement, c'est à s'occuper de mes enfants. Et ça, j'avoue qu'elle a été une grand-mère extraordinaire. Bon, c'est pas... C'était une mère, elle a été ce qu'elle a pu, comme elle a pu. J'ai pas de reproches à faire. Voilà, ça a été difficile, mais c'était difficile aussi, certainement, pour elle, de voir sa fille qui était là, qui reprenait une exploitation. et qui avait cette liberté de chef d'entreprise qu'elle n'a jamais pu avoir. Ceci dit, ma mère m'a toujours dit, travaille, du plus loin que je me rappelle, étudie, travaille, sois autonome, ne dépends jamais de nom, sois autonome financièrement. Et j'ai mis ces conseils en pratique.

  • Speaker #0

    C'est déjà la meilleure valeur.

  • Speaker #1

    Oui, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et du coup, dans cette... La femme avec un grand F... t'as permis justement de faire ce que tu es aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    La propriété. Est-ce que tu imaginais, il y a 30 ans, cet aboutissement ?

  • Speaker #1

    Non, bien sûr que non. Il y a 30 ans, je ne savais absolument pas comment. J'ai pris ça, j'ai plongé dedans, à bras le corps. Et c'est vrai que je n'avais pas d'idée de ce que ça pourrait être, de comment j'allais arriver. Des fois, j'ai eu des fins de mois difficiles. J'ai serré les dents plus d'une fois. J'ai eu des moments de désespoir où j'appelais mon banquier complètement affolé, mais il était toujours là pour me dire « mais non, vous verrez, ça ira mieux, allez, reprenez-vous » . Vraiment, c'était un homme extraordinaire, ça c'est vrai. Je ne pouvais pas imaginer ça. Ceci dit, ce que je sais aussi, c'est que ma formation, mon enfance, ma formation, je crois qu'une chose qui a été importante pour moi, c'est la liberté. Et j'ai toujours cette liberté, qui je sais, des fois, gêne les gens. J'ai cette liberté. C'est vraiment un élément important d'avoir la liberté, une liberté de penser, une liberté d'action. Ne pas se mettre soi-même des barrières, des frontières. C'est-à-dire, on peut toujours y arriver.

  • Speaker #0

    Donc, c'est la peur, cette émotion, la peur qui, aujourd'hui,

  • Speaker #1

    est un frein,

  • Speaker #0

    souvent, pour beaucoup de personnes.

  • Speaker #1

    La dépasser, ne pas l'écouter. Le film, il y a un film Merci. Il y a un film que j'ai adoré, que j'ai vu lorsque j'étais adolescente, qui s'appelle Au fin d'un porte-levant. Alors ce film, franchement... C'est un mythe, il est extraordinaire. J'ai dû avoir trois jours de cafard. Et ensuite, ce que j'aime, c'est la faim. La faim, elle dit, bon, aujourd'hui ça ne va pas. Je vais dormir et demain ça ira mieux. Et franchement, je me suis aperçue que je faisais ça. Des fois où j'étais complètement déprimée ou rien d'aller, je me disais ça. Demain ça ira mieux. Tu vas dormir, tu vas te coucher. Aujourd'hui, ça ne va pas, mais demain, ça ira mieux.

  • Speaker #0

    Demain est un autre jour.

  • Speaker #1

    Demain est un autre jour et rien n'est jamais perdu. Il ne faut jamais baisser les bras. Il faut toujours avancer.

  • Speaker #0

    Est-ce que ça, c'est ton leitmotiv ?

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    C'est celui que tu conseillerais à des jeunes ?

  • Speaker #1

    C'est celui que je conseille à tous.

  • Speaker #0

    Aujourd'hui, on aurait des doutes pour avancer, aller défier des challenges ?

  • Speaker #1

    Oui, c'est ce que je dis à mes enfants. J'ai le bonheur d'avoir mes enfants qui prennent...

  • Speaker #0

    C'est la belle histoire aussi du château Coupe Rose. C'est qu'effectivement, la génération, ça continue. Il y a un relais qui est en train de se transmettre. Et tu es dans cette phase-là de transmission actuellement ?

  • Speaker #1

    C'est ça. Je suis en totale réflexion sur comment faire pour transmettre cet outil de travail. Déjà le bonheur d'avoir mes deux enfants qui travaillent avec nous, d'avoir mon beau-fils qui a envie de venir travailler, ma belle-fille qui est à côté, je suis une femme heureuse, franchement, j'ai toute ma famille à côté de moi, que demander de plus ? Je vais en avoir un petit-fils, et une exploitation, bon, c'est pas facile actuellement, c'est vrai, parce qu'il faut tirer des salaires pour tout le monde, j'avoue que... Mais bon, moi ce que je leur dis à mes enfants, je dis c'est pas grave, on va y arriver, on va s'en sortir. Il faut être confiant, il faut être optimiste, être confiant dans l'avenir.

  • Speaker #0

    Et aujourd'hui, vous êtes combien à travailler sur l'exploitation ?

  • Speaker #1

    Nous sommes cinq. Cinq personnes.

  • Speaker #0

    Il y a une répartition des rôles ? Oui.

  • Speaker #1

    C'est bien déterminé ? Oui, il y a une répartition. Mathias s'occupe, Mathias c'est mon fils, il a 30 ans, il est oenologue. Et c'est lui qui s'occupe de la partie technique, donc il s'occupe de toute la viticulture et de la vinification. On est en culture biologique, lui il veut passer en biodynamie. Sarah s'occupe de la commercialisation. Elle est onologue, elle aussi, mais elle a fait un diplôme de commerce international. Et elle travaille aussi à la vinification avec son frère, parce que c'est important de... Quand on commerce, il ne faut pas être coupé de la production. Mais quand on produit, il ne faut pas être coupé du commerce. Donc c'est toujours... Il n'y avait pas ce fait de trouver les bonnes paroles. Voilà, un subtil mélange de chacun. Et moi je m'occupe encore du commerce et de l'administration. Et puis on a des salariés qui sont une partie à la préparation de commandes, une autre partie à la viticulture. Et mon beau-fils qui est en train de trouver sa place. Pour le moment il ne sait pas, mais lui c'est un gamin adorable, intelligent, brillant. Donc je ne fais pas de soucis. Nous trouverons ensemble sa place.

  • Speaker #0

    En résumé, c'est la force de la femme leader que tu es qui a garanti la relève, et la mère qui préserve les valeurs fortes d'une famille unie. Respect. Tu as dit une phrase que j'ai relevée et qui m'a fait sourire d'ailleurs. Pourquoi faudrait-il avoir plus de poils aux pattes, être un ténor de la chorale et avoir un soi qui résiste à tous les assauts pour avoir une place ou simplement être entendu ? En évoquant cette phrase. Tu pensais à qui ?

  • Speaker #1

    Beaucoup d'hommes qui se prennent pour des grands de la dégustation, beaucoup de journalistes, de dégustateurs, de professionnels. Je crois qu'il y a plein d'hommes qui peuvent se retrouver là-dedans. Il faut dire que dans les obstacles que j'ai connus quand même, il y en a un qui a été un peu difficile à lever et qui n'est toujours pas levé, qui est le fait d'avoir choisi mon mari qui était un homme... avec de grandes convictions, qui adorent la viticulture, qui adorent la culture, et qui ont aussi des idées engagées politiquement.

  • Speaker #0

    Je vais faire une petite parenthèse sur ton mari, Pascal. Pascal Frissant, quand tu évoques la politique, en effet, Pascal est un des leaders emblématiques de la Confédération paysanne. Et pour les Biterrois, il fut à l'initiative de Béziers-Honopole, dans les années 90, sous la présidence de Jean Hulier.

  • Speaker #1

    Ça, ça m'a valu quand même beaucoup de mise à l'index. L'engagement politique de mon mari a été difficile, mais bon, c'est pas ça, je dis. On serre les dents, on passe, un jour, on attend des jours meilleurs, mais c'est vrai que des fois, je me dis, pourquoi ? En vieillissant, on voit certainement les choses différemment. Moi, je pense que ma plus grande qualité actuellement, c'est la bienveillance. Je suis bienveillante et je pense qu'il faut être bienveillant avec les gens.

  • Speaker #0

    Tout à fait. C'est une bonne valeur aussi.

  • Speaker #1

    Bien sûr.

  • Speaker #0

    Mais les hommes ont quand même fait partie intégrante de l'évolution aussi du château qui est devenu. Donc, il y a quand même une part aussi autour de toi. d'hommes qui t'ont aidé aussi à construire ce qu'il en est, ou ont contribué à un moment donné. Je pense notamment à M. Bourguignon, qui est venu.

  • Speaker #1

    Il est seul ? Oui, c'est étonnant. C'est un homme merveilleux, extraordinaire. Il est d'une richesse intellectuelle, d'une gentillesse incroyable. Je me rappelle encore notre rencontre. Je venais d'accoucher de ma fille, de Sarah, de notre fille. C'était en 91, ça devait être décembre 91. Nous habitions une maison avec une cheminée à la Connette. Et on se retrouvait autour de la cheminée à deviser, à boire un verre de vin bien évidemment, et à deviser, à refaire le monde. Et à partir de là, moi il m'a ouvert les yeux et on est allé faire des fosses dans la vigne, on creusait des fosses de 1m80 pour voir un petit peu le profil du sol. pour regarder quel était l'enracinement. Et l'enracinement n'était pas bon du tout, parce que c'était 1991, ça faisait 4 ans que j'avais repris les vignes, donc c'était des façons de travailler qui étaient traditionnelles, on mettait des engrais chimiques, on travaillait de façon traditionnelle. Je n'avais pas d'idée particulière là-dessus. Et lui, il nous explique la vie dans le sol, la vie microbienne, l'importance de préserver les vers de terre. les colamboles, les araignées, les bactéries, tout ce qui font les échanges entre la surface du sol et la profondeur et qui permettent de rendre assimilables des éléments minéraux aux racines de vignes. Puisque la racine de vignes ne nourrit pas de protéines, elle ne mange pas des protéines, des lipides et des glucides, elle ne nourrit que des H2O, c'est-à-dire de l'eau, et des éléments minéraux qui sont véhiculés par l'eau. À partir de là, ça a été une vraie révélation. Et on a changé les pratiques culturales. On s'est mis à composter les sols, à travailler les sols différemment. En cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui a changé. Parce qu'on avait des pH très élevés, puisqu'il y avait trop de potasse. Et en cinq ans, j'ai vu le pH des vins qui baissait et la qualité des vins qui changeait. Et ça, j'avoue que pour moi, ça a été une révélation. C'était quelque chose que j'ai aimé parce que... En même temps, je me trouvais confrontée à des oenologues, je ne citerai pas les noms, mais à des oenologues qui me disaient « mais qu'est-ce que tu veux changer dans tes vins ? Tu as des médailles, donc c'est très bon » . Je me suis dit « mais je m'en fiche d'avoir des médailles, si mon vin ne me plaît pas, je m'en fiche, ma médaille, je n'en ai rien à faire d'avoir une médaille. » Ce qui est important, c'est que je fasse un vin dont je sois fière, un vin qui me plaît, dont je sois fière. Pour moi, c'est ça le plus important. Alors c'est vrai que depuis j'ai plus de médaille, mais au moins je fais des vins.

  • Speaker #0

    Est-ce que c'est à cette période justement où tu as repensé aussi dans ces pagements ?

  • Speaker #1

    Oui. Dès le départ, j'avais commencé à planter des blancs. D'accord. Et je pense que là-dessus, c'était une bonne idée parce que c'était bien vu, parce qu'on a un terroir qui est vraiment magnifique pour les blancs. Mais à ce moment-là, le blanc minervois, il n'y en avait pratiquement pas. Il y avait très peu de blancs minervois. Maintenant, on est à 3 %, on est resté pendant des années à 2 %, autant dire pinot. D'accord. Et les blancs, ça fait des belles choses.

  • Speaker #0

    C'est magnifique.

  • Speaker #1

    Ils sont tous sur des terroirs de schiste. Des terroirs de schiste que l'on a, ou des terroirs de l'éther de coupe rose.

  • Speaker #0

    Alors, coupe rose, tu fais bien d'en parler, parce que je suis très curieuse. Quelle est l'origine du mot coupe rose ?

  • Speaker #1

    Coupe rose, c'est le nom de la terre. J'ai eu des ancêtres tuiliers, dans les années 1700, qui fabriquaient des tuiles et des briques à partir d'une argile qui s'appelle la coupe rose. C'est une argile qui contient du manganèse et qui a une couleur rose. Et lorsqu'en 87, j'ai repris le domaine, je disais à ma mère que je ne voulais pas garder le patronyme familial Domaine Le Calvaise ou imaginer de mettre Domaine Le Calvaise. J'avais finalement des ambitions qui étaient d'un jour peut-être intéresser quelqu'un à vivre la même aventure que moi puisque j'étais célibataire à l'époque. Et je me suis dit, si jamais je rencontre un homme qui veut bien venir vivre avec moi, travailler avec moi... Peut-être qu'il aimera pas avoir le même nom que son beau-père. J'avais des exemples en Champagne de jeunes femmes que j'avais rencontrées qui me racontaient ça. Et ma mère m'a aidée en retrouvant dans les vieux papiers... Le nom du ténement sur lequel se trouve la cave de vinification actuellement s'appelle Couperose. Ça s'appelle la fabrique de Couperose. Donc j'ai changé le mot fabrique en château parce que fabrique ça ne le fait pas. Et château parce qu'on a des bâtiments qui appartenaient au château de la Connette. Et tu sais c'est amusant de retrouver, j'ai l'avantage d'avoir des vieux papiers parce qu'actuellement je suis en train de lire une correspondance de ma grand-mère et de mon grand-père. On est en septembre 1939. Et ça s'étale, je n'ai pas fini, je suis en train de la lire parce que c'est long, et des fois c'est très émouvant, donc je prends des pauses. Et ça s'étale jusqu'en 1940. En 1939, son mari, dont mon grand-père est appelé au front, il se trouve dans le front de l'Est, et elle se retrouve seule à faire les vendanges avec ses parents. Et là, c'est intéressant parce que tu t'aperçois d'une femme qui était bourgeoise, bien élevée, bien éduquée. qui ne travaille pas, qui dépend totalement de son mari pour toutes les décisions. Elle n'a pas de compte en banque, bien évidemment, ça ce n'est pas possible. Et elle se met à prendre les rênes pour décider les vendanges. Et elle parle des ténements que l'on a encore, des vignes que l'on a encore. Elle parle de vignes qui ont été totalement arrachées. Je découvre que nous avions des vignes dans un secteur où elle dit que c'était de la vinaigrette, tellement ce n'était pas mûr. Quand il s'est ramassé, ce n'était pas mûr. Et elle cite les vignes que l'on a maintenant avec des rendements. Elle raconte qu'elle allait peser l'alcool, elle allait faire le degré alcoolique.

  • Speaker #0

    C'est merveilleux.

  • Speaker #1

    C'est extraordinaire. Je me suis dit, mais vraiment, quel bonheur d'avoir ce témoignage.

  • Speaker #0

    Tout à fait. Et donc, elle a fait plusieurs vendanges toute seule ?

  • Speaker #1

    Et elle a fait plusieurs vendanges toute seule.

  • Speaker #0

    Elle a mené de front.

  • Speaker #1

    Oui.

  • Speaker #0

    Jusqu'à la commercialisation, aller vendre le vrac du vin ou est-ce que le vin était après ?

  • Speaker #1

    Il se vendait en vrac, oui, le vin se vendait en vrac. Ça, je ne sais pas, je n'ai pas de témoignage sur la vente, mais le vin se vendait en vrac, bien sûr.

  • Speaker #0

    Et donc, ça t'a permis, toi, de retrouver également des vignes que tu as encore ou des endroits que tu n'as plus actuellement, que tu peux repenter aussi ?

  • Speaker #1

    Le partage, parce que, évidemment, il y a des partages. À la suite de décès, les vignes se partagent. Donc des vignes qui sont parties, et puis des vignes que l'on a gardées, avec les quantités de raisins qui sont produites. Et alors ce qui est amusant, c'est qu'il y a des parcelles qui ont été arrachées, que l'on replante, sur lesquelles on a des tout petits rendements, et je me dis finalement, on n'aurait pas dû les replanter. J'aurais vu ça avant, je ne les aurais pas mis à replanter. Mais bon,

  • Speaker #0

    c'est les choix,

  • Speaker #1

    les moments. C'est ça, des fois ça veut dire la... La pauvreté agronomique d'un sol, elle n'est pas forcément facile à corriger.

  • Speaker #0

    On va prendre un peu de hauteur pour aborder la notion de succès, de réussite, car on a tous une définition assez propre et personnelle de ces deux mots. Néanmoins, je pense que pour mieux les définir, rien de mieux que d'évoquer des temps forts. Alors tu m'as parlé de l'année 2012, d'une construction.

  • Speaker #1

    Oui, quand on a fait le bâtiment. ce bâtiment. Pour moi c'était, je peux dire une consécration sans me vanter, mais c'est quelque chose, j'avais tellement envie d'avoir un beau lieu d'accueil, un lieu qui me permette de mélanger la culture et le vin, parce que j'ai toujours aimé les peintures, les sculptures, l'art en général, l'art plastique en général, je trouve ça beau. Et j'avais envie, mon objectif c'était de faire du bon vin. C'est bien de faire du bon vin, mais c'est quand même mieux d'avoir un joli lieu qui permette d'accueillir les gens et quelque part d'avoir un lieu qui soit la traduction de la qualité que tu souhaites dans tes vins.

  • Speaker #0

    Représentatif.

  • Speaker #1

    Oui, qui soit représentatif. Et du coup, à un moment donné, on a réussi à faire ce bâtiment. C'était un gros challenge financier parce que quand même, ça nous a coûté très cher. Ça, c'est parce que... Pascal est un ami architecte qui nous a aidé à faire ça. Et on l'a fait avec des matériaux qui nous correspondaient. On l'a fait en bois, avec de la boîte de cellulose. On l'a fait avec des panneaux photovoltaïques parce qu'on avait envie d'avoir quelque chose qui soit dans l'air du temps, quelque chose de moderne et qui soit dans l'air du temps. Un grand espace lumineux et clair qui me permet aussi d'accrocher des tableaux. Mais c'est ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Donc des artistes viennent régulièrement exposer. Et c'est l'occasion de boire un verre, de célébrer,

  • Speaker #1

    de mettre en valeur une cuvée ou deux. De se mettre mutuellement en valeur, autant les artistes que nous. Parce que c'est normal.

  • Speaker #0

    Un autre temps fort ?

  • Speaker #1

    Un autre temps fort t'as-je ? Quand mes enfants m'ont dit qu'ils viendraient travailler avec nous, avec moi, quand ils m'ont dit ça, j'étais... j'étais... j'étais extrêmement émue, je me suis dit finalement... parce que, en fait, quand tu fais... tu vois, l'activité que j'ai pu développer, c'était pas... j'ai pas fait en disant un jour je transmettrai. Tu le fais parce que t'en as envie, tu le fais pour toi, tu le fais pas pour les autres. c'est toi qui le vis, tu le fais pour toi, tu dis j'ai envie de faire ça je le fais Et puis un jour, finalement, tu te dis... Quand on te dit, tiens, ça m'intéresse, je me dis, tiens...

  • Speaker #0

    Ça veut dire que pendant toute cette période à la maison, il y a eu une transmission de passion, de force partagée, de dire,

  • Speaker #1

    voilà,

  • Speaker #0

    je fais des choses, j'aime les faire, et du coup, tu as transmis aussi cette passion.

  • Speaker #1

    Le fait d'avoir... Le fait d'accueillir beaucoup de monde aussi, beaucoup d'étrangers, je crois que... Une ouverture d'esprit. Oui, en tout cas, cette capacité d'accueillir des gens. Ça, c'est clair. Et ça, c'est aussi Pascal qui fait que Pascal est tourangeau. Et ce qu'il m'a appris, c'est le regard qu'ont les gens de la Loire sur le vin est très différent du regard qu'on a ici en Languedoc. Ça fait encore notre volée à ma culture bretonne, occitane. Maintenant, j'ai une partie aussi ligérienne, tourangelle. Ils aiment leur vin, ils aiment leur métier. Je trouve qu'au début, en tout cas, maintenant ça change, mais au début, en Languedoc, on n'aimait pas forcément son vin. Alors que quand même, ce qui est important, c'est d'aimer ce qu'on fait, d'aimer le produit que l'on élabore et d'aimer le vin que l'on boit. Et là-dessus, les gens de la Loire, ils ont une culture paysanne, une gentillesse et un accueil qui est remarquable.

  • Speaker #0

    C'est vrai que dans la région, j'ai l'impression également, puisque c'est pareil, je suis une étrangère,

  • Speaker #1

    ça fait 26 ans,

  • Speaker #0

    27 ans maintenant que je suis ici, je remarque que les vignerons ont peut-être un peu trop d'humilité, et justement des fois se réfrènent derrière la qualité des vins, alors qu'il y a des pépites, c'est merveilleux, c'est bon, et il est difficile pour eux de... ou de se mettre en avant, comme si on se cachait derrière quelque chose. C'est fantastique. Alors maintenant, évidemment, ça change. Puis il y a les jeunes générations, en plus, en même temps, qui arrivent et qui bougent les choses, heureusement. Mais j'ai remarqué ça, cette humilité, un peu trop importante, parfois, justement, sur se cacher derrière la qualité des vins.

  • Speaker #1

    C'est des histoires de génération. Ce sont des histoires de génération. Moi, je fais partie d'une génération, j'ai 60 ans, je fais partie d'une génération. où il y a peu de gens qui sont revenus travailler à la terre de mon âge. Il y en a très peu. Chacun, parce que leurs parents avaient certainement eu des moments difficiles. Et donc peu de gens sont revenus à la terre. Ils sont partis faire des métiers divers et variés, mais pas agriculteurs. Parce qu'on leur disait n'importe quoi, mais pas les vignes. C'est trop difficile, c'est trop compliqué, tu vas en baver, tu peux pas en vivre, c'est trop difficile. Donc il y a peu de gens de ma génération. Ça a continué encore avec les générations suivantes, jusqu'à 40 ans. Où là aussi, il y avait un peu de gens qui revenaient, mais pas trop. Donc on a eu un gros vide. Et là maintenant, tous les trentenaires, eux, ils s'éclatent. Ils se régalent. Ils ont du plaisir, ils ont du bonheur. Et ça, on le voit, on le sent. Et c'est tellement bien, c'est tellement plein d'énergie. Moi j'adore ça, j'adore travailler avec des jeunes. Je me régale de travailler avec des jeunes, je trouve ça merveilleux. Ils ont cette énergie, une énergie que j'aime. L'envie de faire et d'expérimenter, de ne pas se mettre de limites. De dire, non, je ne peux pas. Mais non, on peut tout. Quand on a l'envie, on peut tout faire. Il faut juste réfléchir à ce qu'on fait.

  • Speaker #0

    Et bien le faire,

  • Speaker #1

    voilà. On teste, c'est vrai.

  • Speaker #0

    Et l'amour du vin, de façon générale pour toi, puisque tu es partie à Nantes étudier, est-ce que le vin faisait partie intégrante de ta vie ? Ou tu l'as appris ? Est-ce que c'est quelque chose qui s'est... qui s'est manifestée ?

  • Speaker #1

    Non, non, le vin, jusqu'à l'âge de 20 ans passés, je ne bevais pas une goutte de vin. Je ne bevais pas d'alcool en général, et je ne bevais pas une goutte de vin. Et puis ensuite, je commençais à me mettre à goûter un petit peu de vin. J'avais des amis qui me disaient, tiens, goûte ça, goûte ça. Et puis je suis revenue, j'ai voyagé, j'étais travaillée à l'étranger. Et quand je suis rentrée, j'avais envie de me... fixé dans le sud parce que finalement je trouvais que la qualité de ville en sud était plus agréable qu'ailleurs. Voilà. Et puis je me suis dit finalement qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? Et j'ai commencé à travailler dans le vin, une grosse société qui m'a embauchée. Et puis je me suis prise au jeu, j'ai quitté cette société, je suis allée dans une autre société qui m'a donné plus de responsabilités et qui m'a donné plus envie de faire ça. Et puis du coup, je... Après je suis revenue m'occuper de cette exploitation et là je me disais mais qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Comment je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire comme vin ? Tu te retrouves là, c'est une aventure extraordinaire mais en même temps tu es tout seul. Quand tu te retrouves il n'y a personne derrière toi pour te dire tu dois faire ci, tu dois faire ça. Donc tu es tout seul face à tes choix. Et puis la rencontre de Pascal a fait que j'ai découvert ce qu'était vraiment le monde du vin. Ça c'est sûr. C'est lui qui m'a apporté cette culture et cette envie de déguster encore plus et découvrir encore plus. Tu vois, par exemple, quand on nous dit toujours « quel est votre vin préféré ? » Je n'ai pas un vin préféré. J'aime tous les vins. Tout ce que j'aime, c'est les moments. Ce que j'aime, en fait, ce qui me revient en tête, ce sont les moments où je partage des vins. Là, le meilleur exemple que j'ai, c'est la semaine dernière, nous étions à Cheverny, chez des amis, et qui nous font goûter un vin merveilleux, Domaine des Huards, un assemblage Pinot Gamay 2018. mais une merveille. Il travaille en biodynamie, c'est un gars fantastique, passionné de ce qu'il fait. C'était extraordinaire. Ce vin était fantastique. Partager avec nos amis de longue date, c'est ça que j'aime.

  • Speaker #0

    C'est des instants magiques.

  • Speaker #1

    C'est ça. C'est vrai que je ne suis pas capable de dire... Vraiment, j'aime tous les vins. C'est juste qu'à un moment donné, tu aimes davantage parce que tu ne les partages pas pareil.

  • Speaker #0

    Tu m'as devancé parce que c'était une des questions. Quelle est la définition d'un bon vin ? C'est une belle définition que tu donnes.

  • Speaker #1

    Un bon vin, c'est toujours un vin qui est bien partagé. C'est vrai. Partagé avec des gens avec lesquels on a du plaisir à le partager.

  • Speaker #0

    C'est encore plus important. Je pense que ça lui donne un petit goût subtil supplémentaire. Alors, c'est vrai, quand tu reprends cette exploitation, tu as des enfants. Et là, la gestion de la vie familiale et l'exploitation, c'est très difficile.

  • Speaker #1

    C'est très difficile. J'avoue que je me suis souvent culpabilisée de ne pas être là pour des anniversaires, de ne pas être là pour des fêtes d'école, de ne pas être capable d'aller à chaque rentrée scolaire avec la réunion de parents d'élèves. Je ne pouvais pas, j'étais en train de vendanger, j'étais à la cave, je ne pouvais pas laisser mes cuves parce que, voilà, si ce n'est pas moi qui le faisais, personne d'autre le faisait. Donc je ne pouvais pas laisser mes cuves. Mais combien de fois je me suis dit, mais comment je vais faire ? Ce sentiment d'être une mauvaise mère, de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire les choses comme il faut. Franchement, je l'ai eu, mais comme on avait beaucoup de femmes. C'est juste cette dame dont je parlais tout à l'heure, cette dame, cette Allemande, qui était une femme extraordinaire, elle m'a dit, mais tu sais... C'est pas grave, les enfants, ils comprennent. Faut pas culpabiliser là-dessus. Parce qu'un jour, je m'en ouvrais à elle, elle m'a dit, mais ne culpabilisez pas, tu sais, faut vivre ta vie, et puis les enfants, ils comprendront. La preuve à nier, c'est qu'ils m'ont fait de la rigueur, en tout cas, de ne pas avoir été toujours là. Et maintenant, on est ensemble. Et maintenant, je garde mon petit-fils. Je vis avec mon petit-fils, que je n'ai certainement pas pu vivre avec mes enfants. Je pense que je vivrai comme ça. Mais après, on a fait d'autres choses. Je les ai amenées faire du ski, je leur ai passé le goût de la BD, de la bande dessinée.

  • Speaker #0

    La BD, c'est un petit hobby ?

  • Speaker #1

    Moi, j'adore la bande dessinée. J'adore la bande dessinée. J'adore les dessins, j'adore entrer dans... De toute façon, quand je lis un livre ou quand je lis une bande dessinée, je suis un peu comme Alice au Pays des Merveilles qui plonge dans le miroir. J'ai besoin de plonger dans la lecture. Pour tout oublier, certainement. Et pour me faire rêver. Et puis parce qu'on apprend tout.

  • Speaker #0

    Moi, je suis convaincue d'une chose, c'est que les femmes marquent notre époque. Avec ton expérience, qu'ont-elles apporté à ce bel univers qu'est le vin ?

  • Speaker #1

    Je dirais l'esthétique, la rigueur. Il faut être rigoureux. Quand on fait un métier comme ça, il faut être rigoureux dans ce qu'on fait. Je pense que les femmes sont certainement plus rigoureuses que les hommes là-dessus. L'esthétique parce que c'est important à tous les niveaux. Quand on fait un vin, le vin doit être esthétique, mais tout ce qui va autour du vin ça doit être esthétique. L'emballage doit correspondre, tout doit correspondre.

  • Speaker #0

    Donc surtout sur la partie esthétique, je pense. La femme intervenue, elle embellit le vin, mais sur les qualités intrinsèques également.

  • Speaker #1

    Oui, quand je dis l'esthétique du vin, c'est... C'est pas un mot qu'on utilise quand on déguste un vin, mais on peut dire qu'un vin est esthétique, parce que quand on l'a en bouche, quand on l'a au nez, quand on l'a à l'œil, au nez et en bouche, on a une impression d'harmonie. Et pour moi, c'est ça, un vin esthétique, c'est ça aussi, c'est quelque chose d'harmonieux, quelque chose que l'on a plaisir à boire. Après, je ne peux pas dire, par exemple, faire un vin de femme, ça pour moi, ça ne veut rien dire. Un vin de femme, je ne sais pas ce que c'est. Un vin de femme, pour moi, c'est un vin qui est tannique, corsé, puissant, et qui a beaucoup de structure. C'est comme quand je dis... Parce qu'en fait, vous me posez la question tout à l'heure, les gens, quand on fait des dégustations, et j'en ai fait beaucoup de dégustations professionnelles, ils me disaient, oui, il a de la cuisse, il a de la rondeur, il a de la jambe. C'est pour ça que je disais, non, mais il a du poil aux pâtes, pourquoi prendre toujours le... des mots qui décrivent un corps de femme pour décrire un verbe. À un moment donné, c'est pas que je sois... Je ne suis pas sectaire là-dessus, mais le mot n'est pas juste, mais... Il y en a marre de prendre toujours le corps de femme comme étant un objet sexuel. Ça suffit. Pourquoi ne pas dire donc... Voilà. Pourquoi ne pas dire qu'il a du poil aux pattes, ou des choses comme ça, parce que... Parce qu'il peut être rugueux, et le côté rugueux, ça peut être ça, ou être mal rasé, c'est être rugueux, avoir des tanins. Et je pense que...

  • Speaker #0

    C'est intéressant de faire un vin comme ça, justement. Oui,

  • Speaker #1

    c'est un petit clore d'écrit avec des adjectifs masculins qui décriraient que des adjectifs masculins. Testostérone, testostéronée... Voilà, on peut trouver beaucoup d'autres adjectifs. Mais c'est vrai que la femme n'est pas comme objet. Non. Je dis ça parce que c'est la réflexion que je me fais actuellement quand je lis les magazines féminins. Je trouve qu'on a trop tendance à utiliser la femme comme un support de publicité, un support de tout. Et la femme, ce n'est pas un objet. Les femmes existent, sont des individus, des êtres à part entière.

  • Speaker #0

    C'est vrai que les années 80 ne nous ont pas arrangé avec la publicité. Non. Ça, c'est sûr. Et donc, il y a tout un schéma. à défragmenter et à repositionner. C'est vrai, c'est un long travail. Ça fait partie...

  • Speaker #1

    Je suis toujours en train de dévoiler, de dénuder les femmes. Le mystère étant beaucoup plus acclair, la suggestion étant beaucoup plus acclair. Pas besoin de se dénuder en permanence.

  • Speaker #0

    On va terminer par des notes légères. Oui. Est-ce que tu as une playlist musique ?

  • Speaker #1

    Oui, j'adore la musique.

  • Speaker #0

    Tu adores la musique ? Est-ce que tu as un morceau ? Concentration, vitaminé.

  • Speaker #1

    Actuellement, ce que j'écoute beaucoup, c'est une chanson de Oustaki. C'est pas récent. Mais ça s'appelle « Salanomé » . Je voudrais, Salanomé, vous parler d'elle. Elle parle de la liberté. La révolution. Et c'est... Pour moi, c'est un beau morceau. J'aime aussi Barbara, une petite cantate. J'aime aussi Jacques Brel. Bon, mais après, j'aime les choses plus récentes, mais c'est vrai que je suis certainement plus... J'aime la chanson française. Et les textes. Et les textes, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Un livre de chevet ou un livre culte ?

  • Speaker #1

    Je suis en train de lire Le règne animal, actuellement, qui est assez horrible. Je le trouve très difficile. Très difficile. dans ce qu'il raconte. Horrible dans les images qui sont évoquées. Et sinon...

  • Speaker #0

    C'est un livre de qui ?

  • Speaker #1

    C'est un livre horrible ? Je ne me rappelle pas. C'est Le règne animal. Il a eu le bon cours. Il parle des agriculteurs, du monde agricole. Je le trouve très dur, mais intéressant. Je suis en train de le lire. Et sinon, pour moi, un livre culte, c'est Bande dessinée, Le vagabond des lèmes. Le Vagabond des limbes, j'ai découvert ça il y a 40 ans. Et bien, mon fils a lu tous les tomes du Vagabond des limbes. Et je lis et je relis ces livres que j'ai depuis 40 ans. Et je les relis toujours.

  • Speaker #0

    Magnifique, un bébé. C'est un chouette.

  • Speaker #1

    Oui. C'est un livre ouvert. C'est un livre long, mais quand même. Il y a des choses qui ont été écrites ou dessinées il y a 40 ans.

  • Speaker #0

    Et qui sont d'actualité.

  • Speaker #1

    Qui sont d'actualité. C'est merveilleux. Ces gens, moi, j'ai émerveillé de voir tous ces gens qui sont capables de produire ça. Quel génie, quel visionnaire.

  • Speaker #0

    Le vin est notre mémoire. Tout comme nos paysages, il est notre passeur de temps, notre passeur de sens, notre clé depuis longtemps pour vivre et rencontrer les autres. Sur ces belles paroles qui t'appartiennent, Françoise, je te remercie pour cette belle matinée des femmes.

  • Speaker #1

    Je te remercie beaucoup, aurélie.

  • Speaker #0

    Voilà, c'est la fin. Toute ma gratitude à mon invité et à vous, chers auditeurs. Pour faire vivre ce podcast, pensez à partager, liker. commenter. Ceci est un podcast natif, indépendant et libre. Je compte bien l'étoffer par de nouvelles rencontres et aussi et surtout grâce à vous, chers auditeurs, chers followers. Et si Dionysos était une femme ? A très vite pour de nouvelles écoutes.

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