- Speaker #0
Somme'Where, plongée auditive pour expérience addictive.
- Speaker #1
La Baie de Somme est aujourd'hui une destination privilégiée pour des visiteurs en quête de paysages sauvages et de ressourcement. Sanctuaire de la nature, colonies de phoques et oiseaux migrateurs y ont trouvé refuge. Le littoral a échappé à la bétonisation des côtes, grâce à un développement touristique un peu plus tardif que sur d'autres littoraux, et à une équipe d'élus et d'aménageurs aux manettes de son développement, qui dès les années 70 est pleinement consciente de la préciosité de la nature et précurseur du développement durable. 40 ans plus tard, en 2009, une poignée d'hébergeurs et de restaurateurs créent l'association Baie de Somme Zéro Carbone. Leur objectif est le même, préserver le capital nature de la destination et promouvoir un tourisme doux et respectueux de son environnement. Je suis Aurélie Ouellet de Somme Tourisme et vous écoutez Somewhere, le podcast qui vous emmène à la rencontre des lieux, des histoires et des personnes qui font vibrer la Somme. Et pour cet épisode, j'ai le plaisir d'accueillir Xavier Menneson, créateur du Domaine du Val, et membre fondateur de Baie de Somme Zéro Carbone. Bonjour Xavier.
- Speaker #0
Bonjour Aurélie.
- Speaker #1
Merci de nous accueillir.
- Speaker #0
C'est un plaisir.
- Speaker #1
Alors en 2009, quand l'association est créée, il y a déjà une crise de conscience autour du surtourisme et de l'impact environnemental en Betsom. Qu'est-ce qui vous a inquiété à l'époque ?
- Speaker #0
Alors en fait, Betsom Zéro Carbone est né après un partage de l'hôtel Les Tourelles au Crotoy et de son président Bernard Richel. qui à l'époque avait fait en 2007 ou 2008 un bilan carbone à l'échelle de l'hôtel des Tourelles et qui avait surtout eu l'intelligence de le partager. C'est-à-dire qu'en fait, ils avaient invité l'ensemble des acteurs touristiques de la région à venir écouter les conclusions de ce bilan carbone. Et en fait, moi je me souviens très bien à titre personnel, ce qui m'avait vraiment interpellé en me disant « Oui, il va quand même falloir vraiment qu'on s'en occupe de façon sérieuse » . C'est quand le consultant avait dit la fréquence des tempêtes importantes, si on ne faisait rien, à l'horizon 2050-2060. C'est-à-dire que, je ne sais plus de mémoire, mais on passait d'une tempête avec des vents à plus de 150 ou 130 tous les 50 ans ou 30 ans à quasiment 5 par an. Donc là, je me suis dit, waouh, il va vraiment falloir quand même qu'on s'en occupe. Et là, je pense qu'il y a eu une prise de conscience collective au niveau d'un certain nombre de gens qui étaient présents. Et derrière, effectivement, est née l'association avec juste une idée et une ambition, c'est de promouvoir un tourisme plus responsable.
- Speaker #1
À l'issue de ce bilan carbone, quels enseignements vous tirez ?
- Speaker #0
La chose intéressante du bilan carbone qui avait été présenté, c'est que, pareil de mémoire, mais 80 à 90% de l'impact carbone était provoqué par la mobilité. C'est-à-dire qu'effectivement, ce n'était pas la consommation sur place des aliments, l'utilisation de l'eau, d'électricité qui était le plus gros facteur. impactants, c'était les gens qui venaient de l'île de Bruxelles, de Paris et que la mobilité était le principal émetteur de pollution carbone.
- Speaker #1
En toute logique, les mobilités douze du coup sont au cœur de vos préoccupations. Quelles actions vous avez pu mener pour les développer ces mobilités ?
- Speaker #0
Effectivement, nous on a été assez pragmatiques puisqu'on est des hommes d'entreprise donc on s'est dit, essayons d'agir le plus rapidement sur la chose la plus impactante sur cette dimension-là. Et donc, effectivement, on a mis en place, en 2011-2012 de mémoire, un projet, enfin, c'est plus qu'un projet puisqu'on l'a mis en place, qui s'appelait le VAP, voiture à partager. C'était quoi ? C'était juste un concept d'autostop organisé. Donc, on a maillé le territoire de panneaux, avec des points de rencontre pour des voitures qui pouvaient emmener des gens et effectivement, des gens qui cherchaient à se déplacer. On l'a mis en place, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous pouvez encore retrouver des... panneaux vape, verts, qui sont disséminés de Mers-les-Bains jusqu'à Formaron, puisqu'on avait quasiment toutes les villes du littoral qui étaient partantes, et on avait un rétro-littoral aussi noyel, qui était le point d'entrée au niveau du train. Et derrière ce projet, malheureusement, je pense qu'on était un peu trop en avance, les mentalités n'étaient peut-être pas encore tout à fait mûres. Il n'y avait aussi pas encore l'usage du numérique, qui aurait pu être aussi un vrai facilitateur, puisqu'on était encore sur une gestion papier avec des cartes. de voitures et des cartes de rouleurs. Donc il y avait une notion de gestion qui n'était pas simple. Mais par contre, je pense que ça a permis d'alimenter, de faire prendre conscience à nos institutions, à nos élus, de l'obligation de travailler sur cette notion de mobilité. On a mis une deuxième action un an ou deux ans après qui s'appelait B-Mobile. En fait, c'était durant des week-ends identifiés comme chargés en termes de fréquentation. Donc c'était l'ascension Pentecôte. un service de bus qui faisait une desserte globalement du parc du Marc-en-Terre jusqu'à Merse-les-Bains avec des arrêts et qui emmenait les touristes sur ces déplacements avec ce véhicule bus partagé. Et là aussi, l'objectif, c'était juste d'être un petit peu à l'initiative d'une action qui puisse être d'ailleurs partagée, reprise et développée. bon, malheureusement, ces opérations, finalement, n'ont pas eu une suite dans... dans le temps.
- Speaker #1
Autre pilier de l'association, c'est la valorisation des circuits courts. Quelles actions vous avez mises en place pour les promouvoir ?
- Speaker #0
Là, c'était aussi un constat. C'est qu'en fait, quand dans l'association, on a eu des restaurateurs, on s'est rendu compte finalement que les restaurateurs, à l'époque, il faut se remettre dans le contexte 2009, il y avait finalement beaucoup de restaurateurs qui n'étaient pas forcément... au courant ou qui avaient des relations de proximité avec des producteurs locaux, agricoles ou maraîchers. Et en fait, grâce à l'association, par l'intermédiaire de l'association, on a réussi à créer des relations directes entre des producteurs agricoles et des maraîchers et des restaurateurs. Et ça, je trouve que ça a été vraiment une chose qu'on n'aurait pas forcément imaginée au départ, mais c'est ce que j'appelle des actions induites et vertueuses. pour avoir cette notion de proximité et de locavore qui sont devenues aujourd'hui des choses essentielles dans la consommation alimentaire.
- Speaker #1
Parmi toutes les actions menées par l'association, quelles sont celles qui te rendent le plus fier ?
- Speaker #0
Je dirais qu'il y en a deux qui sont devenues un peu des rendez-vous incontournables. Tout d'abord, on a la fête de la gastronomie qui est organisée tous les ans depuis maintenant une dizaine d'années dans des lieux qu'on essaye un petit peu. peu atypique au milieu de la nature. Donc là, maintenant, ça fait 3-4 ans qu'on s'est positionnés sur les bassins de chasse au Crotoy où en fait, cette gastronomie, c'est juste pour illustrer justement cette notion de, à la fois de gastronomie locale, mais en même temps de circuit court. Effectivement, c'est le rapprochement entre les chefs de l'association, qui ont tout ce savoir-faire culinaire et une mise en avant des produits locaux, et ces producteurs locaux ouverts aussi à l'ensemble du public. C'est là aussi de témoigner sur le... l'ensemble des gens pas forcément touristes, puisque finalement, lors de ces rédactions d'astronomie, on accueille aussi beaucoup de gens locaux. Et on essaye aussi maintenant d'y mettre une pointe justement autour de la mobilité, en favorisant les gens sur des transferts sur le site avec de la mobilité douce, que ce soit du vélo, que ce soit du train. Et on a aussi quelques idées pour le futur, pour avoir des choses un petit peu innovantes à ce niveau-là.
- Speaker #1
Tu évoquais deux actions, quelle est la deuxième ?
- Speaker #0
La deuxième action, c'est les colloques qu'on organise. Alors on en a organisé depuis le début de l'association, je pense cinq ou six. C'est colloque, c'est quoi ? C'est juste l'ambition d'avoir une réflexion collective au niveau de l'avenir de notre territoire et du tourisme en général. C'est une espèce de bouillon de culture, de bouillon d'échange, où on veut qu'on brasse des idées, on échange, mais toujours en s'appuyant aussi sur des témoignages d'expérience réalisés sur d'autres territoires, parce que je pense que... Le retour d'expérience, c'est aussi un bon moyen de s'inspirer. Et je trouve que c'est toujours des moments très intéressants entre ce côté académique, où on a des chercheurs qui nous font des présentations d'études, et ce côté retour d'expérience d'opérateurs. Et en fait, on confronte la réalité du terrain aux études, et ça, c'est quand même particulièrement enrichissant. Et ça permet aussi de sensibiliser à la fois les élus, à la fois les étudiants, parce qu'on essaie aussi toujours de sourire sur le monde. sur le monde universitaire, sur les enjeux de demain au niveau de nos territoires.
- Speaker #1
Alors justement, aujourd'hui, la baie de Somme, elle est de plus en plus fréquentée. Quels sont, selon toi, les grands défis pour la préserver ?
- Speaker #0
C'est un vrai débat. Donc effectivement, notre avant-dernier colloque, c'était sur la notion du surtourisme, c'était il y a trois ans ou quatre ans. Et en fait, il n'y a pas de vérité absolue. Moi, à titre perso, et ça, je... C'est un titre perso, je ne parle pas à ce niveau-là, au niveau de l'association. Moi, je pense qu'il est complètement envisageable, demain, de sanctuariser quelques lieux qui, par leur richesse naturelle, sont soumis à une préservation obligatoire pour éviter qu'il y ait cette détérioration avec cette fréquentation, parfois, qui peut être un petit peu endémique. Mais moi, je pense qu'il y a un vrai travail, et je pense que là, on a... tous commencer à le faire, à travailler sur cette notion de répartition des flux. Il faut arriver à mieux gérer les flux sur l'année, sur même les séjours en tant que tels, au niveau des... l'organisation d'un séjour même sur la journée. Et je pense qu'avec tous les outils qu'on a maintenant, on arrivera peut-être à mieux optimiser les flux. Et aussi tout le travail qui est fait depuis maintenant une quinzaine d'années sur l'avant littoral, le rétro littoral, enfin ça... selon les terminologies que l'on souhaite. Et effectivement, le tourisme de l'intérieur, à proximité de la baie, qui est quand même aussi très riche, très variée. Et les enjeux, ils sont là. C'est mieux répartir, à la fois dans l'espace, à la fois dans le temps. Je pense que c'est ça les enjeux de demain pour gérer. Tout en ayant conscience qu'il n'y aura peut-être que quelques lieux qu'il faudra sanctuariser.
- Speaker #1
Alors ce qui est intéressant aussi dans cette association, c'est qu'elle rassemble des hébergeurs, des restaurateurs, des producteurs, des guides. Pourquoi le collectif, il est essentiel ?
- Speaker #0
Parce qu'en fait, c'est le brassage d'idées qui fait l'intérêt d'une association. Si on était juste un club d'hébergeurs, ça serait quand même des discussions qui seraient un peu stériles, à mon avis, qui ne seraient pas suffisamment ouvertes. Et en fait, c'est dans la diversité des activités, des métiers, qu'on trouve à la fois l'enrichissement humain, parce qu'il y a quand même toujours cette dimension d'échange, de fraternité qu'on a dans toute association, notamment chez nous, Zéro Carbone. Et puis après, il y a aussi cette notion d'idée, de vision. C'est dans le partage de vision. Moi, aujourd'hui, ce que je trouve qui nous manque en général dans notre société, c'est des espaces d'échange, des agoras, des choses où les gens peuvent s'exprimer. Et surtout qu'on écoute. Une association comme la nôtre, c'est un endroit où les gens peuvent s'exprimer, où ils doivent s'exprimer. Et chacun a effectivement des propositions à faire. Et on essaie après de faire un projet collectif à partir de ça.
- Speaker #1
Tu es optimiste pour l'avenir du tourisme en Béthelme ?
- Speaker #0
Très optimiste. Et ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui, il y a une prise de conscience, enfin, la prise de conscience sur les enjeux naturels du trait de côte et de l'arrière-pays, ils sont réels. C'est-à-dire que l'ensemble des chaînes d'aménagement en a complètement conscience, que ce soit les élus, que ce soit les institutions, que ce soit les habitants, qu'en fait, notre principal capital, c'est le capital naturel. Et qu'effectivement, c'est ça qui doit être vraiment préservé de tout. Mais que derrière, on doit effectivement travailler sur un tourisme un peu plus résilient, un peu plus respectueux. Mais ce qui me rassure, c'est que ce partage de vision, il est commun. Donc à partir du moment où il y a une vraie volonté partagée, il n'y a pas de raison qu'effectivement on n'arrive pas à aller vers cet objectif d'un tourisme, comme je dis, plus résilient et plus responsable.
- Speaker #1
Xavier, ton engagement au sein de l'association, il reflète tes convictions personnelles. En 2005, tu quittes l'agro-pharmacie pour créer une résidence de tourisme pas comme les autres. Quelles sont tes motivations à l'époque ?
- Speaker #0
Ma motivation principale, c'est d'être autonome, d'avoir la responsabilité de mon chemin. Je ne voulais pas dépendre d'une structure, d'une société qui risquait de devoir décider pour moi. Donc, ça a été ma première motivation. La deuxième motivation, c'était de créer un projet, de créer vraiment de A à Z, de la conception jusqu'à la réalisation. Ça a été les deux moteurs importants qui m'ont animé pour la création de ce lieu.
- Speaker #1
Tu dis que beaucoup de banques t'ont alors pris pour un doux rêveur. Avec le recul, qu'est-ce qui t'a permis de tenir pendant ces cinq années de montage du projet ?
- Speaker #0
Les banques, enfin les banques, mais avec leur plus, je le comprends tout à fait. C'est-à-dire qu'en fait, il faut avoir la lucidité de... Quand vous avez un inconnu du milieu du tourisme qui vient vous voir en vous demandant X millions d'euros, je comprends tout à fait que les banques disent, ben oui, il est gentil ce petit monsieur, mais qu'il nous montre d'abord ses preuves avant de vouloir faire un projet aussi ambitieux. Ce qui m'a permis de tenir, c'est plusieurs choses. D'abord, ma famille. Mon épouse m'a vraiment aidé au quotidien sur ce projet-là. et sans elle, effectivement, ça aurait été impossible à faire. Et après, il y a une espèce de... Ça, je ne suis pas à l'esprit, qu'il y a une espèce de ténacité en soi qu'on sous-estime peut-être, qui est vraiment... qui parfois peut tourner à l'obstination peut-être, mais qui fait que vous êtes tellement convaincus que votre projet, il est légitime, il a sa place, que vous le portez malgré les vents et marées. Et voilà. Mais c'est clair que si vous n'avez pas... Derrière une structure familiale solide, vous ne pouvez pas aller jusqu'au bout de cette ambition.
- Speaker #1
Quand tu imagines le domaine du Val à l'époque, on parle encore assez peu de tourisme durable. Pourtant, tu fais le choix de construire des maisons en bois surpilotées intégrées au paysage. Pourquoi ce parti pris ?
- Speaker #0
Alors là, je vais faire vraiment un retour en arrière. En fait, ma carrière professionnelle s'est passée dans l'agro-pharmacie. Je ne le renie pas, je l'assume complètement. Mais par contre, ma maman avait créé un magasin bio dans les années 70 à Beuville. Et effectivement, quand je lui ai dit que j'allais travailler dans l'agro-pharmacie, on avait eu quand même de longs débats. On me disait, comment tu peux ? Et en fait, finalement, je pense que quand j'ai voulu créer le domaine du Val, cette petite musique que j'avais eue à la fois dans toute mon enfance et aussi au moment où je me suis engagé dans ma première carrière professionnelle. je me suis dit, maman, on va essayer peut-être inconsciemment de compenser. Et en fait, j'ai essayé peut-être un peu de réparer à travers sa vision à elle, peut-être parce que la première partie de ma carrière n'était peut-être pas tout à fait clean à ce niveau-là. Et d'où, effectivement, dès le départ, cette volonté de s'inscrire avec quelques justes attitudes de bon sens. Le choix du bois, le fait de faire une station autonome sur place. Le fait de ne pas déstructurer le terrain et en mettant des murs de soutènement partout, c'était une volonté de ma part d'essayer d'avoir une première approche autour d'une dimension du tourisme responsable.
- Speaker #1
Quand on arrive ici, on sent tout de suite qu'on n'est pas dans une résidence touristique ordinaire. Est-ce que tu veux bien décrire le domaine du Val à nos auditeurs qui n'y connaissent pas le lieu ?
- Speaker #0
Ce que j'ai essayé de faire, c'est que le domaine du Val s'adapte au lieu et pas l'inverse. C'est pour ça qu'on a fait ce choix des maisons en pilotis. Et surtout, on a la chance d'avoir un environnement assez exceptionnel. Puisqu'en fait, du domaine, on domine une ancienne vallée sèche. Donc avec à la fois le fond du vallon et le coteau en face. Et effectivement, ça donne un panorama de nature complètement ouvert. Sur lequel il y avait un golfe à l'origine qui a été fermé en 2019. Et qui est aujourd'hui redevenu un terrain complètement naturel. Effectivement, le... Spournoff, c'est ça, c'est la nature apaisée. Et par rapport aux gens qu'on accueille, qui sont des urbains stressés, effectivement, comme on dit, ça fait ouf.
- Speaker #1
Alors ici, il y a un potager bio, des ruches, tu organises des marchés de producteurs, il y a des chemins de randonnées. Pourquoi c'est important aussi de créer plus qu'un simple hébergement ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, on est tous un peu dans cette notion de recherche d'expérience. Alors l'expérience, il faut aussi la relativiser. L'expérience, elle est aussi quelque part sur le lieu, sur le lieu où tu dors, où tu passes ton séjour, etc. Et donc l'idée, à travers ces quelques éléments que tu as cités, c'est de dire qu'effectivement, les gens puissent se réapproprier des choses simples, familles, parce qu'effectivement, on accueille essentiellement des familles. L'histoire du potager bio, c'est ça, c'est de dire qu'effectivement... Une carotte, ça pousse dans de la terre. Des fraises, au départ, ce n'est pas rouge. C'est à travers ces éléments un petit peu de partage qu'on veut donner du sens à un séjour ici. Que ce ne soit pas juste une maison avec une salle de bain et une cuisine. Que les gens puissent se retrouver à la fois sur l'enrichissement personnel et aussi sur un endroit où ils se sentent bien.
- Speaker #1
Tu travailles énormément avec des producteurs et des artisans locaux. Est-ce que faire du tourisme durable, c'est aussi défendre une économie locale vivante ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait, c'est clair. C'est clair que là, le fait de travailler effectivement... J'avais fait un jour un calcul, il faut que je le réactualise. On est globalement sur à peu près 80% de prestataires locaux. Mais quand je dis prestataires, ce n'est pas que les prestataires alimentaires, c'est aussi les artisans, c'est aussi... C'est vraiment s'ancrer dans l'économie locale. Ça, je pense que c'est essentiel parce que non seulement en termes d'impact carbone, c'est des choses pragmatiques, mais ça fonctionne en termes d'impact. Et puis c'est aussi défendre une économie locale réciproque. C'est-à-dire qu'en fait, c'est un enrichissement mutuel. Et effectivement, c'est une espèce de forme de résistance à un petit peu... Tout ce qu'on peut voir avec l'invasion de certains produits qui viennent de très loin, qui, au-delà de l'aspect purement carbone, ont aussi un modèle social. Donc ça me semble respectuer vraiment les principes de la RSE, qui pour moi sont des principes fondateurs.
- Speaker #1
Tu as été la première résidence de tourisme en France labellisée Lucie en 2013. Qu'est-ce que cette reconnaissance a changé ?
- Speaker #0
Il y a eu deux éléments fondateurs un petit peu dans mon cheminement. autour du tourisme responsable. C'est effectivement ce bilan carbone que j'ai évoqué tout à l'heure. Et la découverte de la RSE. En fait, la RSE, j'ai découvert un jour par hasard en lisant un article dans la presse. Et je me suis dit, voilà, c'est ça pour moi. Ce fameux équilibre triptyque entre l'environnemental, le social et l'économique, c'est ce qui doit nous guider pour notre fonctionnement au niveau d'une entreprise. Parce que ces choses sont tellement interdépendantes que ça ne peut fonctionner que si on trouve ce bon équilibre. Et effectivement, à partir de là, j'ai dit, je veux en faire mienne cette RSE. Et là, j'ai voulu la structurer de façon plus professionnelle. D'où cette démarche que j'ai engagée avec le label Lucie, qui était le premier label de reconnaissance au niveau de tout ce qui était l'ISO 26000. Et derrière, ça fait maintenant plus de 13 ans que je suis labellisé Lucie. Et le fait d'avoir été le premier, c'est bien. Mais c'est vraiment une croyance personnelle. Globalement, c'est quelque chose qui me porte fortement en moi. Et j'essaye effectivement au quotidien d'avoir toujours en tête cet équilibre.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut encore aujourd'hui développer le tourisme sans réfléchir à son impact environnemental ?
- Speaker #0
Non, parce que globalement, tu es un citoyen. Tous les épisodes que l'on voit climatiques, tous les ans, entre les inondations, les canicules, etc. montrent que ce n'est pas du bullshit, qu'il y a des vrais enjeux et que finalement, nous... Moi qui suis plutôt enfant intérieur, si je n'ai pas la conscience de penser à mes enfants, mes petits-enfants et même aux citoyens, c'est une dimension qui serait vraiment trop égoïste et ça je ne peux pas l'accepter. Et donc quelque part, c'est simplement en conscience qu'on a un bien commun et qu'il faut qu'on essaye de le préserver et de pouvoir de l'améliorer même si ça reste. que des mots et des belles paroles, c'est malgré tout un enjeu qui est essentiel.
- Speaker #1
Face au chalet, il y a cet immense espace redevenu sauvage et c'est peut-être le projet le plus personnel de ton parcours. A l'origine, ces 25 hectares, c'était un golfe. Pourquoi tu as décidé de racheter une partie du terrain ?
- Speaker #0
Alors là, c'est vrai que c'est vraiment mon dernier... Ma dernière valse ? D'abord, ces 25 hectares, c'est une histoire familiale, parce que c'était à l'origine les terres de la ferme. Donc moi, c'était mon terrain de jeu quand j'étais enfant. On allait se promener là-bas, voir les vaches normandes qui étaient dans les prés. C'est un côté très romantique et bucolique, mais c'était la réalité. Et effectivement, ne serait-ce que de pouvoir reprendre position de cet espace-là, c'était quelque chose qui était effectivement important pour moi. Et puis effectivement, cet endroit... Il me parlait quand j'étais enfant parce qu'il est beau. Il était beau, il était varié, il y avait de l'eau, il y avait des bois, il y avait des zones humides, il y avait des pommiers. Et donc, dès le départ, je savais très bien que je ne pouvais pas en faire un usage commercial, ça je le savais. Et dès le départ, je me suis dit, oui, la biodiversité, avec un bon sens paysan que je revendique, il doit y avoir quelque chose d'intéressant. Et d'où effectivement ce dernier... projet de dire à cet espace-là, je veux le transformer ou l'accompagner plutôt, ou l'aider dans sa reconversion vers une réserve naturelle au service de la biodiversité.
- Speaker #1
Quand les experts naturalistes sont venus inventorier le site, ils ont découvert des centaines d'espèces végétales, d'oiseaux, d'insectes. Qu'est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?
- Speaker #0
En fait, c'est ça, c'est qu'entre le côté au départ, oui, c'est... Il doit y avoir des choses, mais moi, il y a un moment, je suis pragmatique. Je voulais avoir la validation qu'il y avait une expertise scientifique qui vienne me le corroborer. Et donc, effectivement, je me suis tout de suite rapproché du Conservatoire des espaces naturels de Haute-France. Et grâce à leur expertise, ils sont venus, ils ont identifié comme un lieu qui était potentiellement intéressant. Et tout de suite, on a eu un échange très constructif en disant, voilà, cet espace, on va le préserver. et on va surtout ici... de développer et de maximiser cette biodiversité en signant une convention d'assistance à gestion pendant 5 ans et en partant au départ d'un audit très précis au niveau de la faune et de la flore. Ce qui fait qu'ils sont venus une dizaine de fois pendant une année pour identifier l'ensemble des espèces et qu'on est arrivé à ce résultat assez impressionnant qu'il y a plus de 220 espèces végétales, plus de 50 espèces d'oiseaux, plus de 50 espèces d'insectes avec certaines espèces qui sont plus ou moins rares. Et effectivement, je me sens un peu redevable de ça et de dire que ces espèces-là, il faut qu'on continue à les avoir, à les protéger, à les développer. Ça m'amène beaucoup de satisfaction, de sens à ma fin intérieure. Parce que je sais aussi que c'est un espace qui perdurera dans le temps. C'est quelque chose, on a sanctuarisé 25 hectares qui resteront au service de la biodiversité et de l'intérêt commun.
- Speaker #1
Alors tu as créé un sentier de découverte de 3,5 km sur cet espace. Qu'aimerais-tu que les visiteurs comprennent ou ressentent en marchant ici ?
- Speaker #0
Je souhaite qu'ils aient une émotion sur la beauté de la nature. Voilà, c'est la première chose. Je pense que globalement, ça fonctionne plutôt pas trop mal. Et après, dans le message, alors si on est dans un message complètement didactique et très... Je veux en fait qu'ils prennent conscience de cette richesse de la biodiversité et derrière ça, en fait, de ces enjeux. Si on va vers un développement un peu trop... trop urbanistiques ou de nos espaces, on risque de mettre en danger cette biodiversité qui est quand même un équilibre essentiel à notre civilisation au sens large. Et donc, s'ils pouvaient retenir ça, d'abord qu'ils aient une émotion, et ensuite, la nature, ça se protège, ça s'entretient, ça se gère. Et voilà, ce serait ça. L'ambition que j'aurai quand les gens reviennent de leur balade. Et effectivement, moi, je souhaiterais aussi qu'on puisse avoir la médiation sur les jeunes générations. Parce que je pense que, effectivement, les enjeux sont aussi à l'échelle du primaire, à l'école primaire. C'est là qu'il faut que les enfants des stagiaires prennent conscience de ces enjeux.
- Speaker #1
Tu as dit aussi, je range mon bureau. Est-ce que cette réserve naturelle, c'est une manière de transmettre quelque chose, de passer le relais ?
- Speaker #0
Oui, parce que l'activité commerciale perdurera avec, je l'espère, peut-être un de mes enfants ou pas, mais elle perdurera dans une dimension qui sera dans un temps peut-être illimité, j'en sais rien. Alors qu'effectivement, cet espace naturel, la réserve du domaine du Val, elle perdurera au-delà du temps matériel d'un hébergement touristique. C'est ça qui est pour moi le... Un vrai facteur d'épanouissement.
- Speaker #1
Xavier, quand tu regardes le chemin parcouru depuis 20 ans, qu'est-ce qui te rend le plus fier aujourd'hui ?
- Speaker #0
En fait, j'estime que j'ai eu beaucoup de chance. Au départ, la chance que je l'ai provoquée, c'est vrai. Mais après, j'ai eu beaucoup de chance parce qu'en fait, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir. Et je crois qu'aujourd'hui, arriver à associer... Son activité professionnelle avec une activité où on prend du plaisir, c'est quand même un sacré luxe. Donc ça, j'en ai complètement conscience. Et puis effectivement, ce dernier projet, ça me permet de ranger son bureau avec le sentiment d'avoir un projet qui peut laisser quelque part un impact positif. Donc voilà, pas de fierté, mais un véritable épanouissement dans tout ce chemin. Et puis une volonté de transmission forte sur cet espace.
- Speaker #1
Et si on parle d'avenir, est-ce que tu fourmis encore d'idées, et pour la résidence et pour l'association Bétham Zéro Carbone ?
- Speaker #0
Alors pour la résidence, j'ai encore un peu d'idées, mais on va aussi après laisser les jeunes générations qui sont sûrement... plus créatifs que des vieux boomers comme moi. Pour l'association, oui. Pour l'association, on a plein d'idées. C'est vrai que parfois, on a un peu de frustration parce que quand je reprends le dossier de la mobilité, ça reste pour moi un peu un dossier frustrant parce qu'on a mis beaucoup d'énergie au départ pour essayer d'impulser par des initiatives qu'on a évoquées tout à l'heure, des choses très opérationnelles. Et finalement, quand on fait le bilan en 2026, donc quasiment 15 ans après, ou quasiment 15 ans, On voit que le dossier de la mobilité, on est quasiment toujours au point de départ. Et ça, beaucoup de gens peuvent témoigner que j'ai passé beaucoup de temps à essayer de convaincre, de faire la sensibilisation à travers toutes les réunions professionnelles, avec les élus, les institutions. Je pense que le médecin de l'héros carbone a encore de beaux jours devant elle, mais aussi... On voudrait qu'aboutissent un petit peu certains dossiers pour qu'on ait le sentiment qu'on ne soit pas que dans l'incantation et qu'on ne soit pas juste un lanceur d'alerte, mais qu'on soit aussi des gens qui voient un peu toutes ces sensibilisations aboutir à des solutions concrètes et opérationnelles. Parce qu'aujourd'hui, ce qui nous manque beaucoup, c'est quand même la notion d'efficience carbone, parce qu'on est encore malheureusement beaucoup dans des volontés affichées, mais on a besoin aujourd'hui de... de passer dans la réalité effective.
- Speaker #1
Construire des maisons sans blesser les sols, transformer un ancien golfe en refuge pour la biodiversité, créer un lieu où l'on ralentit, où l'on observe, où l'on respire autrement. Au domaine du Val, le tourisme devient presque un prétexte. Le vrai sujet, c'est peut-être notre manière d'habiter le monde. Xavier, ton amour pour la baie de Somme et ton engagement pour un tourisme durable et respectueux est palpable dans ta gestion au quotidien de la résidence, mais aussi dans ton implication au sein de l'association Baie de Somme Zéro Carbone. La Destination a la chance de voir autant d'acteurs privés se mobiliser et se serrer les coudes pour défendre leur vision du tourisme et préserver ses ressources. Merci beaucoup Xavier d'avoir accepté notre invitation et d'avoir partagé avec nous ton parcours et tes convictions.
- Speaker #0
Merci Aurélie, c'était très sympa et très intéressant.
- Speaker #1
Vous venez d'écouter Sommewhere, le podcast de Somme Tourisme. Si cet épisode vous a plu, laissez-nous des étoiles et des commentaires, partagez-le autour de vous. Et en attendant, on vous dit à très bientôt pour une nouvelle aventure.