- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Sony So What. Aujourd'hui, je reçois Julia Chanel. Julia, bienvenue.
- Speaker #1
Bonjour. Je suis ravie de te recevoir.
- Speaker #0
Je suis très contente de t'avoir. Surtout que tu es la première femme à participer au podcast, donc je suis particulièrement heureuse de t'avoir. Le parti pris du podcast s'est toujours commencé par une citation célèbre pour illustrer mon invité. Aujourd'hui, j'ai décidé d'illustrer à travers une citation de Georges Sand. Alors, comme je sais que tu es une femme qui aime bien se poser des questions, réfléchir, être tout le temps dans une quête, dans une recherche de vérité, j'ai choisi cette phrase, l'esprit cherche et c'est le cœur qui trouve. Alors, je ne sais pas si ça t'inspire, mais est-ce que tu pourrais m'en dire quelque chose ?
- Speaker #1
Je dirais que je suis un peu... Je suis un peu des deux, moi. Je ne fais pas les choses juste avec mon cœur ni juste avec ma tête. Donc j'essaie toujours de faire un peu la balance dans mes choix, on va dire.
- Speaker #0
Est-ce que tu trouves que c'est compliqué de reprendre le pouvoir sur son histoire quand les autres nous définissent par notre passé ?
- Speaker #1
Oui, c'est très difficile. C'est très difficile. Bon, sans aller dans les détails du passé, ancienne carrière et tout ça, parce que je crois que ce n'est pas vraiment intéressant maintenant et c'est tellement loin. On parle de choses qui datent d'il y a plus de 30 ans, mais malheureusement, c'est quelque chose qui m'a suivie pendant plus de 30 ans et c'est intense en fait. Ce n'est pas quelque chose qui... Je n'arrive pas à m'en détacher réellement. Parce que les gens reviennent toujours à la charge. Oui, mais t'as fait ça, c'est ceci, cela, bon bref. Et donc c'est très difficile de naviguer en essayant d'avoir ça de côté. C'est très difficile en fait.
- Speaker #0
Tu trouves que c'est une étiquette qui colle un peu trop à la peau ?
- Speaker #1
Dans mon cas, énormément. Ça m'a collée, ça me colle jusqu'à aujourd'hui. presque bientôt 53 ans. Et donc voilà, ça fait plus de 30 ans que ça me colle à la peau. Donc c'est vrai qu'il y a un moment, on a envie, enfin moins quand même qu'avant, mais il y a un moment où on se dit, bon, ça va s'arrêter.
- Speaker #0
Alors l'idée, ce n'est pas de revenir sur ce passé une énième fois, parce que je pense que tu as raconté plusieurs fois ton histoire personnelle. En fait, l'idée, c'est de mieux comprendre ce que ce passé t'a appris, quelle leçon tu en as tirée, Et le prix des décisions qu'on peut prendre jeune en fait, sans vraiment peser le poids de ce que ça peut impliquer sur le long terme.
- Speaker #1
Oui, parce que moi dans mon cas, c'est une décision que j'ai faite quand j'étais très jeune, quand j'avais 18 ans. Donc c'est extrêmement jeune et c'est vrai qu'on ne réfléchit pas, on ne pense pas aux conséquences. Et surtout, moi, à aucun moment, je me suis dit, dans 20 ans, il y aura Internet et ce sera partout et tout le monde le saura. Et voilà, ce n'est pas des choses qu'on peut imaginer.
- Speaker #0
Tu ne pouvais pas anticiper l'ampleur que ça prendrait ?
- Speaker #1
Pas du tout. Donc, je dirais qu'il faut faire très attention. Il faut bien réfléchir quand on fait quelque chose. Il faut... Ce n'est pas que je n'ai pas un regret. Ce n'est pas ça. Oui, un regret, c'est peut-être dans les conséquences, quand par exemple on devient maman, choses comme ça, parce que c'est là que ça devient problématique.
- Speaker #0
On va y revenir plus en détail.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire qui était cette jeune fille avant de devenir Julia Chanel ?
- Speaker #1
J'étais un garçon manqué. Je le suis toujours.
- Speaker #0
On a du mal à se compter en disant que tu es un garçon manqué parce que tu es quand même très féminine.
- Speaker #1
Ouais mais j'ai beaucoup de mal en fait à être féminine.
- Speaker #0
Ça te demande un effort ?
- Speaker #1
Je suis vraiment un garçon, enfin je suis un garçon, il ne faut pas non plus exagérer mais je suis quand même très garçon manqué dans mon attitude, dans tout, dans mes choix, dans ma façon de penser. Je ne suis pas très girly on va dire.
- Speaker #0
Ouais, pas conventionnelle au sens girly. Et à ce moment-là, tu cherchais quoi ? Ton objectif, c'était quoi ? C'était la liberté ? C'était de gagner de l'argent ? C'était d'être reconnue ?
- Speaker #1
Honnêtement, je ne sais plus parce que c'est très difficile. Je me suis posé la question plein de fois. Pourquoi j'ai fait ça ? Oui, l'objectif en fait. Oui, c'était quoi ? Évidemment, il y a un contexte parce que les gens se disent « bon voilà, elle a fait ça, elle a fait ce choix-là » . Ils ne savent pas parce qu'il y a tout un tas de choses qui arrivent avant. Il y a toute une vie avant, une enfance, une adolescence, une vie qui est assez chaotique et donc qui fait que mon esprit à cette époque-là était beaucoup dans la rébellion. J'étais quelqu'un qui faisait des choses extrêmes, qui avait peur de rien en fait et qui se sentait aussi très seule.
- Speaker #0
Tu testais un peu les limites peut-être ?
- Speaker #1
Oui, parce que je n'avais pas de limite en fait. On ne m'a pas vraiment donné de... Je n'ai pas eu de cadre. Très jeune, j'ai dû être... Je ne vais pas dire livre à moi-même, mais si quand même. J'étais moi beaucoup plus celle qui est responsable pour les autres, déjà très jeune. Donc forcément, quand on n'a pas le cadre des parents, on ne sait pas ce qui est bien, ce qui n'est pas bien.
- Speaker #0
Oui, tu n'avais pas trop les repères.
- Speaker #1
Voilà, je n'avais pas de repères réellement. Alors après, je n'étais pas bébête au point de faire des choses irréfléchies, parce que j'étais quand même assez mûre pour mon âge, même à 18 ans. Mais honnêtement, je ne sais pas. Je me suis posé la question plein de fois et je n'ai pas vraiment l'explication. Je pense que c'était vraiment un truc de rébellion et de je m'en fous. fou et je vais faire ça sans sans mesurer les conséquences parce qu'à ce moment là tu n'avais pas le recul ni la prise de hauteur pour te rendre compte des conséquences que ça pourrait avoir sur le long terme exactement et j'avais et aussi ce qui est important c'est que je n'avais pas de personne vraiment pour me cadrer pour me dire non ça c'est pas bien, ça c'est bien je me suis vraiment je vais dire faite toute seule depuis mon enfance je me suis construite toute seule tu n'avais personne pour te mettre en garde ? Merci. Non, malheureusement pas. Parce que je pense que c'est important quand on est enfant d'avoir des limites, du cadre. Alors après, je n'ai pas de regrets, comme je disais, dans le sens où je pense que c'est une mauvaise chose d'avoir des regrets, parce qu'on se fait du mal. Après, c'est plus, comme je l'ai dit, quand on devient maman, où on se dit, bon là... Voilà, ce n'est pas top pour mes gamins.
- Speaker #0
Moi, je crois.
- Speaker #1
Voilà, donc c'est là que c'est difficile. Mais pour moi, moi, je suis une adulte, je sais que je prends mes responsabilités, j'étais prête à assumer tout ce qu'il y a, les bons côtés, les mauvais côtés. Et voilà, mais honnêtement, je n'ai pas la réponse à ça. Je ne sais pas, je ne saurais peut-être jamais réellement pourquoi. Parce que, je veux dire, j'étais étudiante, je suis allée à la fac. Je m'apprêtais à devenir interprète en italien. Donc, il n'y a aucun lien. Il n'y a pas de... Je ne sais pas. C'est vraiment une décision qui n'a peut-être pas d'explication et qui n'en aura peut-être jamais. Et honnêtement, je ne cherche même pas vraiment à savoir.
- Speaker #0
Avec ce que tu sais aujourd'hui, est-ce que tu ferais les mêmes choix ?
- Speaker #1
Non. Non. Non, non, non, parce que apporter, c'est difficile. On ne se rend pas compte. Du quoi ? Moi, je ne me plains pas. J'ai tout assumé. Je n'ai pas de honte, je n'ai pas de gêne. C'est mon histoire. C'est mon histoire et j'assume les choses que je fais. Par contre, je pense que j'aurais peut-être aimé expérimenter autre chose, quelque chose de différent. Et surtout, pour la simple raison que je ne m'attendais pas à ce qu'une petite période de ma vie... Oui,
- Speaker #0
parce que c'était relativement court en fait. Ça a duré 2-3 ans, tu m'as dit ?
- Speaker #1
2-3 ans, quelque chose comme ça. Je ne m'attendais pas à ce qu'une petite période de ma vie ait autant d'impact. Aussi long terme ? Non, je ne savais pas du tout. Et honnêtement, si j'avais su, évidemment, j'aurais peut-être réfléchi différemment. Voilà, la vie elle est comme ça, on ne peut pas refaire l'histoire et ça ne sert à rien de se plaindre, moi je ne m'apitoie pas. Alors évidemment ça a été très difficile, je ne vais pas mentir, ça a demandé une résilience hors normes, parce qu'il faut assumer tout ça, c'est très lourd, c'est très très lourd.
- Speaker #0
Après, dans cette expérience, tu sais, c'est jamais... Noir ou blanc, il y a toujours du bon et du mauvais. Toi, qu'est-ce que ça t'a apporté ? Le bon.
- Speaker #1
Bon, ça m'a apporté évidemment une résilience, parce que c'est un niveau qui est déjà extrêmement haut. Donc tout ce qui va venir après, ça paraît petit, ça paraît simple en fait. Toutes les épreuves d'après, elles paraissent un petit peu minimes, parce que c'est quand même le top. Et non, c'est une expérience. Bon, je vais... J'ai quand même aussi eu des bons moments dans ce... Enfin, des bons moments, je dirais, c'était quand même une expérience folle. Bon, je ne ferai pas un livre là-dessus parce que je n'ai pas envie, mais bon, c'est quand même assez dingue. Mais il n'y a pas que des mauvais côtés, c'est ça que j'ai envie de dire. Il n'y a pas que des mauvais côtés dans le sens... où ça m'a construite, ça a construit la personne que je suis aujourd'hui.
- Speaker #0
Ça t'a permis de rencontrer des personnes ?
- Speaker #1
Oui, mais moi je vois ça plutôt dans le sens de la force que ça m'a donnée.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, la force que ça m'a donnée. C'est vraiment ça la chose la plus importante, je dirais.
- Speaker #0
Ça t'a rendue plus forte ?
- Speaker #1
Oui, vraiment. Parce qu'on n'a pas le choix, enfin on n'a pas le choix. Il faut être forte. Il faut être forte. Malheureusement, il y a beaucoup de filles qui n'ont pas été fortes, qui n'ont pas pu. ou qu'on n'a pas voulu et qu'on n'a pas voulu se battre et bon voilà les fins peuvent être assez tragiques donc on en parlait est-ce que tu penses que ça t'a autant ouvert de porte que ça t'en a fermé ? ça m'en a fermé énormément énormément Beaucoup, beaucoup. Beaucoup, je ne peux même pas compter en fait. Et d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui, c'est marrant parce que... C'est fou,
- Speaker #0
il n'y a pas de prescription quand c'est comme ça. Non, il n'y a pas. C'est fou, hein ?
- Speaker #1
Non, non, il n'y a pas.
- Speaker #0
Non, parce que tu as des gens, ils ont fait des sacrées choses.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Alors eux, c'est bon, il y a prescription. mais toi non ? ni droit à l'oubli,
- Speaker #1
ni rien du tout si tu veux jusqu'à aujourd'hui en fait, récemment il m'est arrivé une petite histoire je crois qu'on s'en est parlé un petit peu il m'est arrivé une histoire où une agence de mannequinat m'a contactée pour me recruter dans la catégorie des plus de 50 ans donc je trouvais ça sympa et je me suis dit pourquoi pas ça peut être sympa de... Voilà, et finalement, moi à aucun moment je n'aurais dit aller sur Google et regarder qui je suis parce que je n'ai pas à faire ça et je n'ai pas à me justifier. Et donc voilà, et finalement, ils ont dû faire des recherches et ils sont revenus vers moi et ils m'ont dit en fait ça ne va pas être possible. Alors évidemment, je comprends que ce n'est pas forcément l'agence qui a, enfin je ne sais pas en fait. Je pense qu'eux, dans leur tête, ils se disent, c'est avec les marques, on risque d'avoir des problèmes et des choses comme ça. Parce qu'évidemment, ils ne peuvent pas vraiment cacher les choses. C'est leur client, en fait. Voilà. Donc, je ne sais pas. Évidemment, ça m'a déçue parce que je me suis dit, bon...
- Speaker #0
Encore une fois.
- Speaker #1
Ça fait tellement longtemps. Et puis, de toute façon, je suis aussi autre chose. Je ne suis pas... Enfin, je suis une autre personne et c'est une autre partie de ma vie. Et voilà, je ne suis pas que mon passé. Parce que depuis mon passé, j'ai fait énormément de choses qui n'ont absolument rien à voir.
- Speaker #0
Est-ce que tu as le sentiment qu'on peut se reconvertir alors qu'à chaque fois, on te ramène à ça ?
- Speaker #1
C'est difficile. C'est très difficile. Il faut... Ah ! Il faut se battre, il faut se battre, il faut apprendre beaucoup de choses.
- Speaker #0
Moi,
- Speaker #1
je n'ai pas arrêté d'apprendre depuis 30 ans, surtout ces 15 dernières années, je n'ai pas arrêté d'apprendre. J'apprends plein de choses. Je vais à l'école, j'apprends des langues, parce qu'il faut se dire que les choses, elles sont beaucoup plus difficiles que pour une personne, je ne veux pas dire une personne normale, mais une personne qui n'a pas se passé. Et voilà, il faut faire avec, il faut s'adapter, il faut apprendre, il faut accepter et il faut s'adapter. Moi, c'est ennuyeux, des fois c'est ennuyeux parce que tu sais qu'il faut te battre et des fois on te ferme des portes et tu ne sais pas pourquoi. Tu te dis, mais attends, pourquoi on me ferme la porte ? Je suis tout à fait capable parce que je sais qui je suis. Je sais qui je suis, je connais mes capacités, je sais tout ça. Et des fois, je me dis, mais non, pourquoi on va me dire non, puisque je sais que je peux le faire.
- Speaker #0
Tu as un sens que tes qualités artistiques sont toujours mises au second plan par rapport à ce passé ?
- Speaker #1
Oui, complètement, complètement. Il y a eu évidemment dans ma vie pas mal de gens qui m'ont fait confiance, mais je dirais dans la majorité. Il a fallu que moi je crée les choses moi-même, que je fasse les choses, que je dis ben voilà j'ai envie de faire ça, bon personne ne va venir, ben je vais le créer moi-même en fait. Et à chaque fois ça a été, ça a souvent été comme ça finalement. Et voilà c'est pas, c'est pas idéal, c'est pas idéal mais c'est comme ça. Et moi je suis pas quelqu'un... qui va être là à s'apitoyer sur son sort et dire, ouais, c'est triste. Voilà, bon. Je dis, c'est pas grave, c'est comme ça. Et malheureusement, tu peux pas changer la mentalité des gens. Tu peux pas. Et moi, je cherche pas. C'est... C'est comme ça. Moi, je prends les gens tels qu'ils sont et ça passe, ça passe, ça passe pas, ça passe pas, tant pis. Au revoir et voilà. Et il y aura bien, à un moment donné, quelqu'un qui aura peut-être la même vision que moi et... Et qu'il ne sera pas frileux de faire des choses. Oui,
- Speaker #0
tu t'es créé tes propres opportunités. Parce que tu étais aussi frustrée d'attendre qu'on te donne une chance. C'est ça. Donc, tu t'es créé toi-même tes opportunités.
- Speaker #1
Exactement. Excuse-moi. Je voudrais juste prendre de l'eau. Ah,
- Speaker #0
je t'en prie.
- Speaker #1
C'est OK. Vas-y,
- Speaker #0
je t'en prie. Vas-y.
- Speaker #1
Oh ! Quand je parle... Ouais. Parce que quand je parle beaucoup comme ça, j'utilise le sèche.
- Speaker #2
Il tourne tout seul. Ça va ?
- Speaker #0
Ouais,
- Speaker #2
et toi ?
- Speaker #1
Et toi, Julia, ça va ? Est-ce que je tourne trop ma tête ? Parce que je ne sais pas, comme la caméra, elle est là.
- Speaker #2
Non, écoute, après, tu bouges beaucoup.
- Speaker #1
Ouais, je suis un peu... J'igote.
- Speaker #0
Moi, je ne bouge pas, je crois.
- Speaker #2
Non, ça va. Je ne bouge pas. Tu n'en parles à la télé ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #2
Un peu, non ? Tu trouves ? Non, je te pose la question.
- Speaker #0
Non, non, ça va.
- Speaker #2
Ouais. Tu as vu ta gueule ? Elle est là. Je vais te la mettre à côté, ça ne te dérange pas ? Oui. Si jamais tu veux t'asseoir, tu bois. Ok,
- Speaker #1
ok.
- Speaker #2
Tu prends ton lait.
- Speaker #1
Tiens. Ouais, tu ne veux pas faire de la fume, donc peut-être. Ah ouais,
- Speaker #2
attends, on va la mettre à ce côté. C'est pas l'île.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #2
Tu ne viens pas de micro ?
- Speaker #1
Non, ça va.
- Speaker #2
Ok. Ça va ? Oui. Ça tourne toujours, il y aura ça dans le rêve ?
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas grave. Seb, le monteur, il ne comptera.
- Speaker #2
On reprend avec un point sur toi,
- Speaker #0
d'accord ? Ok. Il y a un moment où, tu sais, les choix qu'on fait, ça peut impacter directement notre entourage, surtout quand on devient maman. Mais forcément, on a aussi une déresponsabilité par rapport à nos enfants. Est-ce que ce n'était pas le plus dur pour toi de te dire, mes enfants peuvent être aussi impactés par ça ?
- Speaker #1
Oui, parce que, évidemment, c'est la grande peur. C'est la grande peur, donc il faut parler avec ses enfants quand ils grandissent, quand ils ont l'âge de comprendre, il faut leur parler, leur expliquer, c'est difficile, c'est très difficile, mais... si on est une bonne maman et qu'on s'occupe bien de ses enfants et qu'on les aime et tout ça ils le savent donc je pense pas que ce soit réellement enfin dans mon cas je sais que c'est pas un problème mais c'est vrai que ça m'a fait énormément peur c'est
- Speaker #0
terrifiant en fait je sais que t'as essayé de les protéger au maximum toujours toujours je protège énormément mes enfants toujours parce que
- Speaker #1
Parce que c'est... Voilà, ils n'ont pas à être mêlés à tout ça. Ils n'ont rien à voir, ils n'ont rien à demander. Et je pense que c'est très important. C'est pour ça que je dis toujours, il faut faire attention à nos choix. Quoi qu'on fasse, d'ailleurs. Ça peut être ça comme autre chose, mais il faut vraiment réfléchir quand on fait quelque chose. Parce qu'il y a un moment donné où les enfants peuvent être...
- Speaker #0
Ouais, directement exposés à tes choix. Exactement. Et du coup, c'est eux qui prennent, en fait. Même si c'était injuste, mais...
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Est-ce que c'est pour ça que t'as quitté la France ?
- Speaker #1
Entre autres, oui.
- Speaker #0
C'était une des raisons ?
- Speaker #1
Une des raisons, ouais, parce que... Pour les protéger ? Parce qu'il y a eu une période où, par exemple, quand ma fille était petite, où, bon, à cette période-là, on me reconnaissait beaucoup dans la rue. Et quand je marchais, par exemple, avec ma fille, qui était toute petite, Alors il y avait des gens très sympas qui m'arrêtaient pour me demander un autographe ou des choses comme ça. Je disais ok, ça va, bon elles ne comprenaient pas trop, elles disaient pourquoi on t'arrête comme ça ? Mais il y a aussi des gens qui étaient beaucoup moins bien intentionnés, c'était des insultes. Donc quand tu es avec ton enfant dans les bras et que tu te fais insulter, évidemment ce n'est pas idéal.
- Speaker #0
Et cet exil, qu'est-ce qu'il t'a appris ? C'est un exil un peu forcé ?
- Speaker #1
Non, parce que j'avais envie aussi.
- Speaker #0
T'avais envie d'aller à l'étranger ?
- Speaker #1
Oui, j'avais envie de changer d'environnement. J'aime bien changer, j'adore voyager. Donc, il y avait plein de raisons, mais ça m'a apporté beaucoup de calme. De ne plus être exposée comme ça,
- Speaker #0
de ne pas être reconnue dans la rue systématiquement,
- Speaker #1
incognito, et de ne pas avoir quelqu'un qui va me juger quand je marche ou ceci cela. Je veux dire, ça m'a donné un calme et une paix qui sont incroyables finalement.
- Speaker #0
Tu t'es sentie plus libre alors là-bas ?
- Speaker #1
Oui. Oui, j'ai retrouvé ma liberté finalement.
- Speaker #0
Un peu plus léger, moins de stress.
- Speaker #1
Parce qu'à cette époque-là, quand j'étais en France, déjà j'étais souvent en télé, j'allais tout le temps sur les plateaux télé, les magazines, les machins, donc forcément en plus ma tête on la reconnaît. Ouais,
- Speaker #0
t'étais visible.
- Speaker #1
Ouais, parce que bon en France quand même, on était deux métisses dans ce milieu. C'est facile de nous reconnaître. Voilà, donc c'était un peu trop. C'était un peu trop. Et ce n'était pas vraiment agréable. Même quand les gens sont gentils et tout, quand tu as ta vie privée, que tu as envie de vivre normalement, ce n'est pas très agréable.
- Speaker #0
Alors tu sais, à notre époque maintenant, tout s'est un peu démocratisé, tout est un peu plus facile avec les réseaux sociaux, etc. Et maintenant, il y a les plateformes comme OnlyFans, Mime, etc. où maintenant, tu n'as plus besoin d'un producteur qui vient te chercher. Tu peux faire ça tranquillement dans ta cuisine. Et on a un peu le sentiment que cette exposition-là, elle est totalement normalisée et que les jeunes femmes aujourd'hui, elles ne se rendent même pas compte de ce que ça a peu impliqué. d'exposer de la nudité, tout est devenu hyper facile d'accès et c'est devenu un vrai business. Est-ce que tu penses que si tu vois une jeune femme de 18 ou 20 ans aujourd'hui qui utilise un compte et qui monnaie en fait ses contenus, qu'est-ce que tu aurais envie de lui dire ?
- Speaker #1
Moi ça me... Ça me fait peur, ça me fait peur et ça m'attriste, tout simplement parce que je suis maman et je suis maman d'une jeune fille aussi, qui a l'âge souvent de ses filles, de ses jeunes filles, qui ont souvent entre 18, 20, 22 ans, enfin voilà, qui sont souvent très jeunes. Donc je me dis... Et moi, je connais. Tu connais l'envers du décor. Je connais l'envers du décor. Alors évidemment, c'est différent. Moi, c'était différent. C'était une autre époque. Plein de choses sont différentes. Mais je sais ce qui vient après. Je sais les conséquences quand on est exposé. Après, une fille qui fait ça complètement incognito, c'est différent. Mais quand on commence à être exposé, que les gens peuvent nous reconnaître et tout ça, Là c'est un problème. Et il y a aussi, le deuxième problème c'est avec soi-même. Est-ce que tu vas être assez forte pour accepter ce que tu as fait ? Parce qu'il faut accepter ça aussi, toi par rapport à toi en fait, avec toi-même, même pas, je parle pas du regard des autres, je parle de toi, comment tu te sens avec ta conscience et parce que malheureusement... Dans les milieux comme ça, les filles, il y a des filles qui vivent ça très bien après, il n'y a aucun problème, mais il y a aussi des filles qui vivent ça très très mal. Elles ne se remettent pas, elles se sentent pas bien finalement. Elles ont du mal à accepter ce qu'elles ont fait. Donc c'est ça aussi, c'est est-ce que tu es assez forte pour accepter la suite ? Ça, c'est une chose, parce que quand on est jeune aussi, on ne se rend pas compte, évidemment, de tous les problèmes qui peuvent arriver après. Moi, je ne sais pas. Quand je vois des jeunes filles comme ça, qui sont exposées, évidemment, elles font énormément d'argent. Elles ont un lifestyle. C'est là,
- Speaker #0
pas du gain.
- Speaker #1
Voilà, tu les vois avec les petits sacs, les trucs. Bon, ok, je comprends, c'est la belle vie et tout. mais moi je sais Ce n'est pas le conseil que je donnerais. Connaissant ce qui vient après, vraiment en connaissance de cause, je ne dirais jamais à une jeune fille, ouais, vas-y, éclate-toi, profite, tu vas faire plein d'argent et tout, et puis tu t'en fous. Non, ça, ce n'est pas mon discours. Je lui dirais plutôt, apprends des choses, étudie.
- Speaker #0
Investis sur toi-même.
- Speaker #1
Ouais, connais-toi. Je ne sais pas. Je lui parlerai comme je parle à ma fille, en fait. Je ne peux pas avoir un discours, ouais, vas-y, parce que l'appât du gain, c'est une chose, mais les conséquences, elles sont tellement lourdes, elles peuvent être tellement lourdes, pas toujours, évidemment, mais elles peuvent être tellement lourdes que je ne crois pas que l'argent...
- Speaker #0
Suffise à compenser les dégâts que ça peut créer pour le long terme.
- Speaker #1
Exactement, je pense qu'il n'y a aucune somme d'argent qui peut...
- Speaker #0
On ne rachète pas une dignité.
- Speaker #1
Non, il y a un gros travail qui vient derrière, c'est ça qu'il faut comprendre.
- Speaker #0
Un gros travail de reconstruction ?
- Speaker #1
Ah oui, avec soi-même, avec tout.
- Speaker #0
L'estime de soi, l'amour de soi.
- Speaker #1
L'estime de soi, l'amour de soi, se faire confiance.
- Speaker #0
C'est un gros travail de reconstruction ?
- Speaker #1
Oui, beaucoup, beaucoup de travail. Et donc, il faut être prête à ça. Et je ne pense pas qu'une jeune fille de 18 ans, 19 ans, 20 ans, tout ça, elle pense à ça.
- Speaker #0
Soit assez armée pour avoir cette hauteur de vue, ce point de vue.
- Speaker #1
Je pense qu'elle pense juste au côté positif, mais elle ne pense pas au négatif. Oui,
- Speaker #0
la gratification immédiate de l'argent sans se rendre compte des conséquences pour plus tard. Mais même dans sa vie de femme, en fait. Parce qu'après, tu as beaucoup d'hommes aussi qui sont sévères au regard de ça. Et qu'après, c'est compliqué aussi de construire sa vie autour d'un couple, une famille, etc. Ça peut avoir des grosses incidences aussi sur ta construction pour plus tard. Et derrière cette question de l'exposition du corps, on se rend bien compte que le corps est de plus en plus exposé, que ça peut créer des insécurités, et que le rapport au corps pose toujours la question de la désirabilité. Les femmes sont quand même très soumises au regard permanent et au jugement sur leur apparence. Et c'est pour ça qu'on a de plus en plus... De jeunes femmes qui ont recours à des chirurgies, à des modifications de leur apparence, etc. Et on a l'impression que maintenant, c'est partout.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et que tu as une espèce de standardisation de la beauté où toutes les femmes se ressemblent, en fait. Est-ce que tu penses que l'apparence... On peut se perdre, en fait, à vouloir absolument ressembler à un standard. On perd sa propre identité.
- Speaker #1
Oui, complètement. Moi, je pense que... Moi, j'ai toujours ce discours « Soyez vous-même, soyez différente, soyez différente. » Parce que c'est vrai que depuis quelques années, on a remarqué qu'il y a une uniformité.
- Speaker #0
C'est vrai, si tu regardes les réseaux, il y a eu une mode avec les sourcils doivent être comme ça, le nez comme ça, les pommettes, les seins, les fesses.
- Speaker #1
Tu n'as plus tellement de différenciation en fait. Tout est retouché, si ce n'est pas la chirurgie, c'est les filtres. En fait, tout est lissé.
- Speaker #0
Oui, je ne suis pas contre la chirurgie. J'ai moi-même fait de la chirurgie à un moment donné pour ma poitrine, que j'ai après enlevée parce que ça s'est très mal passé. Mais ce que je veux dire par là, c'est que je pense que la chirurgie, il faut en faire quand c'est un réel besoin.
- Speaker #1
T'as un réel complexe qui t'empêche d'être bien avec toi-même ?
- Speaker #0
Voilà, si t'as vraiment quelque chose qui te gêne.
- Speaker #1
Et qui peut devenir un handicap un peu social ?
- Speaker #0
Voilà, où t'es vraiment pas bien et tu te dis sans arrêt, tous les jours tu te regardes devant le miroir et tu te dis, oh non mais je me sentirais tellement mieux si j'ai plus la bosse sur le nez, si j'ai un peu plus de poitrine. Oui, alors vas-y, fais-le, parce que si vraiment ça t'aide à retrouver ta confiance en toi, à te sentir mieux, oui, il n'y a aucun problème. Mais ce qui me dérange dans la chirurgie esthétique, c'est cette surenchère à regarder une photo de quelqu'un et dire, voilà, j'ai envie de ressembler à ça, de perdre son identité. Et après, de continuer de ne plus savoir s'arrêter. Parce que ça, c'est aussi le risque de commencer et puis faire autre chose. C'est sans fin, quoi. Voilà, tu fais tes fesses et puis après tes seins et puis les pommettes et puis ceci, cela. Bon, bref. Donc, je pense qu'il faut savoir pourquoi on a envie de le faire. Il faut avoir, je pense, une bonne raison de le faire. Et si tu peux éviter de le faire ou si tu peux repousser, je pense que c'est mieux. parce que On a tous des choses qu'on n'aime pas. Enfin, je veux dire, moi, la première, il y a plein de choses que je n'aime pas. Et ce n'est pas grave. Je m'accepte. Je m'accepte parce que je me dis non. Parce qu'en fait, si je me modifie, est-ce que je vais m'aimer finalement ? Est-ce que je vais toujours aimer la petite Julia ?
- Speaker #1
Est-ce que tu vas te reconnaître ?
- Speaker #0
Oui, parce que la femme que je suis aujourd'hui, c'est la petite fille que j'étais avant, qui s'est transformée en fait. Et puis moi, je trouve ça assez joli, l'idée de voir comment tu évolues, de voir comment tu changes. Moi, j'adore ça. J'adore regarder. Voir ton évolution ? Voilà, j'adore regarder photos de moi. Moi, j'adore surtout les photos de moi étant petite. Bon, je n'en ai pas beaucoup, mais j'adore regarder parce que je trouve ça super mignon. Et j'aime bien regarder l'évolution petite. Ensuite, l'adolescence, c'était une catastrophe. J'étais vraiment une adolescence pas sympa. Je n'ai pas été épargnée. Et après, tu vois l'évolution. Puis après, ça va mieux. Ça commence à se poser. Après, je me dis, là, c'est mieux. Je commence à être un peu mieux, et ainsi de suite. Et ça, je trouve ça très intéressant et très joli. Donc moi, j'ai envie de voir un peu. Après, je ne dis pas que je ne vais jamais rien faire. Je ne vais pas faire genre, non. Je vais vieillir totalement naturellement. Oui, j'essaye le plus possible de résister aussi.
- Speaker #1
La tentation de faire des choses.
- Speaker #0
Parce qu'évidemment, quand tu... Bon, là, je vais avoir 53. Bon, c'est rien, c'est jeune. Je suis un bébé. Mais évidemment, tu changes. Tu t'en rends compte. Tu te vois dans la glace, dans le miroir. Bon, ça va, je fais énormément de sport. Donc, ça aide énormément. Mais quand même, bon... Tu vois, ton corps, il se modifie. Les paupières. Oui, tu vois les changements. Tes paupières, ça commence à s'affaisser. Il y a plein de choses, mais c'est normal. C'est normal. Et moi, je suis tellement, tellement heureuse. Tous les matins, quand je me réveille, je suis vivante.
- Speaker #1
C'est une chance de vieillir.
- Speaker #0
Je suis... Non, mais vraiment, chaque jour, je prends chaque jour comme un cadeau. Ça me... Je vais pleurer. merde on n'a pas prévu le budget mouchoir j'ai un budget mouchoir waouh ça m'émeut oh
- Speaker #1
là là c'est l'effet sony Ausha bah dis donc c'est comme ça ici voilà
- Speaker #0
C'est... ça arrive.
- Speaker #1
C'est une chance de payer, moi j'en connais qui ont réussi à y arriver.
- Speaker #0
Voilà. Donc c'est une grande première pour moi de pleurer. Non mais en fait, merci beaucoup. En fait c'est juste que ça me... de penser à ça, ça m'émeut parce que je... je peux pas m'empêcher de penser à des gens qui... Ils ne sont pas là.
- Speaker #1
C'est normal que ça te fasse penser à ça. C'est une chance de vieillir, c'est une réelle chance en fait. C'est aussi une opportunité pour toi de t'améliorer. De vieillir, c'est aussi une chance de s'améliorer.
- Speaker #0
Oui, je veux dire... Tout ça pour dire que ça m'émeut énormément parce que je ne peux pas m'empêcher de penser à des gens qui ne sont plus là. Qui sont partis trop tôt. Qui sont partis hyper tôt. et donc quand je me lève le matin j'ai vraiment ce réflexe c'est presque genre ah je suis vivante mais vraiment encore une chance c'est extraordinaire ça veut dire que je vais voir mes enfants que je peux les voir grandir et on ne se rend pas compte à quel point c'est extraordinaire enfin qu'on ait des enfants ou pas de toute façon mais c'est extraordinaire d'être vivant et moi tous les matins c'est ça gratitude un sentiment de gratitude je me plaindrais jamais d'avoir les paupières qui tombent d'avoir un peu de cellulite je
- Speaker #1
pense que t'as passé ce cap là c'est ce que tu disais dans ton livre tu disais qu'à un moment étant plus jeune t'avais ce regard hyper critique sur toi même t'étais pas satisfaite de ton apparence de... Quand t'as essayé des vêtements,
- Speaker #0
ça te semblait pas terrible.
- Speaker #1
À quel moment t'as appris à t'aimer et à être à l'aise avec ton image ?
- Speaker #0
C'est venu très tard, très tard. En fait, toute mon adolescence, je ne me trouvais pas jolie, mais vraiment. J'étais complexée parce que déjà... C'est marrant, mais parce qu'aujourd'hui, on dit que c'est la mode, les fesses et tout ça. Mais moi, étant jeune, j'avais des fesses, on va dire, calipiges. Et c'était un gros complexe. Donc, j'avais toujours des pulls nouées autour de la taille parce que j'avais l'impression d'être difforme. Alors que voilà, je suis quand même d'origine africaine, donc c'est notre corps qui est comme ça.
- Speaker #1
C'est la morphologie.
- Speaker #0
Voilà, c'est notre morphologie. moi dans ma tête c'était c'était C'était pas joli, quoi. Et donc, il y a eu ça. Bon, bref. Après, en grandissant, pareil, j'ai eu une période où vraiment, je me sentais pas jolie. Et vraiment, je trouvais que mes copines étaient vraiment jolies.
- Speaker #1
Toutes comparées.
- Speaker #0
Et je voulais être comme elles. Et voilà, j'étais pas bien dans ma peau, quoi. Et j'ai grandi comme ça. Après, j'ai atteint cet âge dans la vingtaine, 18-20, où j'ai commencé un peu à me métamorphoser. Par rapport à la carrière que j'ai entrepris, où là évidemment, on commence à te maquiller, tu commences à changer finalement.
- Speaker #1
Tu te sens plus belle à ce moment-là ?
- Speaker #0
Alors oui, tu te sens plus belle parce que justement, on te maquille, on te coiffe, tu commences à te sentir un peu...
- Speaker #1
Tu as commencé à prendre conscience de ton potentiel glamour, etc. ?
- Speaker #0
Petit à petit, ce n'est pas venu tout de suite. Ce n'est pas venu tout de suite, ça a pris du temps. Et puis, au moment où ça arrivait, dans peut-être 20 et quelques années, quand j'avais finalement arrêté tout ça, là, ça a commencé à changer. J'ai commencé à faire énormément de photos et de plus en plus. Et là, vraiment, tu te dis, tu te vois en photo et tu te dis, ah ouais, waouh, je ne pensais pas que je pouvais ressembler à ça en fait.
- Speaker #1
Tu es même étonnée ?
- Speaker #0
Ouais, au début tu dis mais ouais, et puis surtout à l'époque il n'y avait pas des retouches et tout, donc tu te dis bah attends en plus je suis naturelle, finalement c'est pas mal.
- Speaker #1
Moi aussi,
- Speaker #0
ça me fait stéphane.
- Speaker #1
On peut s'étonner soi-même, ouais.
- Speaker #0
Mais quand même, donc tu te sens bien, tu te sens bien quand tu te vois en photo, tout ça, les gens ils te disent ah t'es jolie, nanana, mais toi, il y a quand même quelque chose à l'intérieur qui n'est pas convaincu. Tu n'es pas convaincue. Oui,
- Speaker #1
on peut te dire ça toute la journée. Ce n'est pas pour autant que toi, tu vas adhérer et être consciente de ta propre valeur. Et puis,
- Speaker #0
après, ce qui se passe, c'est que quand tu construis, tout ce que tu fais est basé sur ton physique quand même, principalement. Parce que quand tu fais des photos, quand tu fais des clips et tout ça, c'est toujours pour ton physique en fait. Tout est sur ton physique. On ne t'appelle pas pour ta tête. On ne t'appelle pas pour... se poser des questions des cultures générales. Comme aujourd'hui. Voilà. Donc finalement, tu sais ça.
- Speaker #1
Donc tu capitalises là-dessus en fait.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #1
Parce que tu te dis, c'est là-dessus qu'on m'attend, donc je vais m'inscrire totalement dans ce qui est attendu.
- Speaker #0
Exactement. Tu joues un rôle, parce que c'est un rôle que tu as joué. Moi étant, comme je te l'ai dit, Moi j'ai toujours été plutôt garçon manqué et tout, donc quand tu me vois sur des photos, surtout à l'époque je faisais beaucoup de photos de lingerie, de catalogue et tout, c'est une autre personne en fait, parce qu'après... Non, je relève un rôle en fait. Ouais, complètement, je relève ma lingerie et tout, je remets mes baskets et mon jean, et voilà, donc c'est assez drôle en fait, le contraste entre les deux personnages. Mais c'est un rôle, c'est comme, c'est un rôle d'acteur en fait, d'actrice finalement. Et la confiance en moi, elle est venue beaucoup plus tard en fait. Vraiment, je vais dire pratiquement à partir de 35 ans, dans ces eaux-là. Donc bien loin derrière. Parce que j'ai fait un travail sur moi et il a fallu que je me réapproprie la personne que j'étais. C'est-à-dire que je comprenne que je n'étais pas juste un corps, une tête, que non, j'avais des choses dans ma tête et que j'étais une personne. Un esprit,
- Speaker #1
une âme, une personnalité.
- Speaker #0
C'est ça. Et il faut que tu te réappropries qui tu es. Et ça, ça prend beaucoup de temps et beaucoup de travail parce que tu es dans un personnage. Tu es dans un personnage.
- Speaker #1
Tu étais enfermée là-dedans.
- Speaker #0
Ben oui, parce que c'est... C'est ce que les gens veulent.
- Speaker #1
C'est ce qui était attendu de toi.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
tu as dû faire un gros travail pour te sortir de ce carcan-là.
- Speaker #0
Complètement. Ça a été un très long travail. Et donc, comme je te le dis, en fait, la confiance, l'estime de soi, l'amour de soi, tout ça, c'est venu très longtemps après. Très longtemps. Et c'est d'ailleurs toujours un travail. Je n'ai jamais arrêté de travailler sur moi. Je continue à travailler sur moi parce que...
- Speaker #1
C'est un travail au long cours quoi.
- Speaker #0
Oui, il y a toujours des zones, tu sais... À renforcer. On ne va pas tout réparer. Non, c'est sûr. Mais je fais au mieux pour me sentir bien.
- Speaker #1
Et la féminité, on sent bien que c'est quelque chose qui évolue aussi en permanence. Comment tu vis toi ton rapport au corps qui change ? Parce que, comme tu disais tout à l'heure, maintenant tu as la cinquantaine, tu as pris en maturité. Est-ce que la ménopause, ça a changé ton rapport au corps ?
- Speaker #0
Alors, la ménopause, moi j'ai été diagnostiquée en périménopause, pré-ménopause, je confonds toujours avec l'anglais, vous pensez en fait, assez jeune finalement. Ah oui ? Et surtout, à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de... Tu vois, aujourd'hui, t'as beaucoup d'explications, t'as des ressources, t'as plein de choses pour t'informer.
- Speaker #1
Mais ça reste quand même assez tabou encore, je trouve.
- Speaker #0
C'est tabou, mais tu vois, si tu vas par exemple sur Internet, bon, t'as quand même beaucoup de... t'as des podcasts, t'as plein de choses. Bon, moi, à l'époque, je me suis retrouvée un peu... enfin, complètement... il y a juste ma gynécologue...
- Speaker #1
Un peu démunie par rapport aux ressources disponibles.
- Speaker #0
Elle m'a expliqué rapidement, mais bon, tu vois, je suis quand même ressortie du cabinet, j'étais là, bon, attends, ok, mais c'est quoi, en fait ? Bon, je sais pas. Et... Et finalement, la ménopause, au-delà des changements physiques, je dirais, le plus difficile, c'est les changements psychologiques. Psychologiques et puis les changements internes. Parce que toutes les femmes n'ont pas de symptômes. Tu as des femmes qui ont des symptômes très minimes, d'autres très forts. Et moi, j'ai eu des périodes, ça a été un peu comme ça. Tu vois, les montagnes russes, un coup, je n'avais rien. Pendant une certaine période, et puis d'un seul coup, ça reviendait. Et là, par exemple, tu vois, en ce moment, j'avais aucun symptôme depuis un moment. Et là, en ce moment, par exemple, j'ai des insomnies qui sont revenues. Donc là, c'est par exemple du 4 heures de sommeil, tu ne peux pas dormir. Tu es là, tu te dis, ce n'est pas possible, je ne peux pas dormir. Et tu vois, c'était ça la nuit dernière, c'était ça la nuit d'avant. Et puis, je commençais à avoir encore des bouffées de chaleur par moment. Donc, par moment, d'un seul coup, j'ai envie de tout enlever et ça monte. C'est dur, c'est dur. Ça peut être très, très dur. Mais dans l'ensemble, je ne me plains pas trop parce que j'ai réussi quand même à faire en sorte que les symptômes soient assez... Tu vois, j'ai pas, entre le sport, ma méditation, ma nutrition, j'ai réussi quand même à faire en sorte que ce soit pas trop dur. J'ai réussi, dans la durée, je dirais que c'est pas trop mal. Mais évidemment, par moment, t'as encore quand même des... Et puis l'humeur, l'humeur qui peut aussi changer. C'est quelque chose de dur pour les femmes. C'est une étape compliquée. On ne se rend pas compte, c'est difficile. Au-delà du physique, vous voyez, le physique, évidemment, le corps, il change. Les ballonnements, tu vois, ça c'est dur parce que tu ne peux pas faire, tu peux pas mettre tes jeans, tu veux mettre une robe. Bon, moi, je n'en mets pas souvent, mais tu veux mettre une robe, tu es comme ça, tu es enceinte. Non, je suis ballonnée. C'est... Voilà, c'est des inconvénients qui ne sont pas très agréables. Mais je dirais, comme je disais tout à l'heure, à la fin, on a la ménopause, ça veut dire qu'on est en vie. Donc, à choisir, je préfère avoir la ménopause et être en vie.
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu peur que ça te rende moins désirable, cette étape ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
C'est une crainte ?
- Speaker #0
Oui, parce que... En fait, moi, au départ, je ne savais pas ce que c'était, évidemment. Et dans ma tête, au tout départ, je me suis dit, mais je vais devenir quoi ? Une fleur fanée ? Est-ce que je vais me faner d'un seul coup ? Est-ce que tout va...
- Speaker #1
Tu t'es dit, je vais me réveiller un matin et il n'y aura plus rien qui tient, quoi.
- Speaker #0
Oui, parce que tu ne sais pas, finalement.
- Speaker #1
Tu t'es dit, mais tu ne savais pas trop à quoi t'attendre, en fait.
- Speaker #0
Ben oui, c'est ça. Donc, je me suis dit, est-ce que tout va commencer à tomber ? Est-ce que ma vidéo va totalement disparaître ? Et effectivement, la libido, c'est aussi un problème que tu peux avoir à certains moments. Parce que le problème, c'est que comme tu es fatigué, alors si tu as des insomnies, donc évidemment, tu es fatigué. Si tu es fatigué, ton moral, il n'est pas bon. Et donc, si ton moral n'est pas bon, évidemment, tu n'as pas trop envie de... C'est un pacte de toutes les sphères de ta vie, quoi. Voilà, tu vois, c'est un cercle vicieux, finalement. Donc, c'est pour ça que moi, j'ai pris un peu le problème à l'envers. C'est essayer déjà de... Là, en ce moment, c'est un peu dur le sommeil. Mais sinon, en général, je me suis dit, il faut reprendre le problème à l'envers. Essayer de faire en sorte de bien dormir. Et puis, quand je vais bien dormir, évidemment, mon moral va être meilleur. Et puis, quand ton moral est meilleur, évidemment, tu es plus encline à... Tu te sens mieux et tu te sens mieux avec toi-même. Et voilà. Et tu es aussi mieux dans l'intimité. Parce que souvent, les gens se focalisent sur la libido.
- Speaker #1
Ah, c'est ça leur question. Est-ce que j'aurais encore envie ?
- Speaker #0
Parce que souvent, certaines femmes vont avoir un problème avec leur libido.
- Speaker #1
Elles vont focaliser là-dessus ?
- Speaker #0
Voilà, là-dessus. Elles ne vont pas regarder le réel, pourquoi la racine en fait.
- Speaker #1
La source du problème ?
- Speaker #0
La source, exactement. Donc elles vont se focaliser sur la libido, donc elles vont aller voir peut-être leur gynéco ou quoi, et puis prendre tout un tas de, tu sais, ils ont tout un tas de vitamines, libido, bon ça, voilà.
- Speaker #1
Non mais c'est encore des mecs intéressés ça.
- Speaker #0
Tout un tas de choses comme ça. Alors que finalement, il faut prendre le problème à l'envers et déjà vérifier aussi son sommeil, si le sommeil est bon, son moral. Faire en sorte d'avoir un bon moral, ce qui peut être aidé évidemment par la... L'activité, le sport, n'importe quelle activité, la méditation, tout ça, c'est comme ça que tu peux canaliser un peu ta baisse de morale, parce que ça aide, évidemment. Et puis ensuite, une fois que tu as canalisé ton sommeil et ta baisse de morale... Là,
- Speaker #1
tu peux t'intéresser à d'autres questions.
- Speaker #0
Voilà, les choses vont revenir. Et il y a aussi une autre chose. Je n'en entends pas souvent parler dans les podcasts de Ménopause et tout ça, mais... Moi, je me suis intéressée aussi à la testostérone. C'est ça ? Oui. L'hormone,
- Speaker #1
c'est plutôt masculin. Voilà, l'hormone masculine.
- Speaker #0
Qui est aussi importante pour les femmes. Oui,
- Speaker #1
les femmes en ont aussi, mais beaucoup moins que les hommes.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Mais aussi, ça peut être un... Enfin, c'est important, je pense. Moi, je me suis fait tester à un moment donné, justement, pour la testostérone. Parce que c'est aussi important de voir ses niveaux.
- Speaker #1
Oui, tous les niveaux hormonaux. Voilà,
- Speaker #0
exactement, de tout vérifier. Et... Je pense qu'en France, ils ne prescrivent pas, mais en Angleterre, par exemple, ton gynéco peut te prescrire de la testostérone. Pour équilibrer les niveaux ? Exactement, pour équilibrer. Et voilà, après c'est des choses...
- Speaker #1
On passe sans doute au cas par cas.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Il faut adapter en fonction des besoins de chacune. Qu'est-ce que vieillir, ça apporte à une femme ?
- Speaker #0
Vieillir ?
- Speaker #1
Ouais, prendre en âge.
- Speaker #0
Parce que tu sais,
- Speaker #1
quand les jeunes femmes sont toujours inquiètes... Tu vois, quand t'as 20 ans, tu dis, ah là là, quand j'aurai 30 ans, je serai vieille. Quand t'as 30 ans, tu dis, quand j'aurai 40 ans, je serai vieille, et ainsi de suite, tu sais.
- Speaker #0
Moi, je dirais que...
- Speaker #1
Il y a un rapport un peu compliqué à l'âge, quand même, quand t'es femme. Parce que tu es tout le temps jugée là-dessus.
- Speaker #0
Je dirais évidemment la maturité, les expériences, parce que ça c'est quelque chose, les expériences qu'on a à 40 ans ou 50 ans, évidemment on n'a pas les mêmes à 20 ans. Donc je dirais les expériences, la sagesse. L'assurance. Et l'assurance, parce que évidemment on est toutes différentes, mais moi je sais que je me sens beaucoup mieux aujourd'hui qu'à 20 ans. À 20 ans, j'avais une assurance, mais qui était une assurance un peu...
- Speaker #1
C'est un peu de l'intention, c'est quoi ? Un peu brut ?
- Speaker #0
Oui, plutôt fofolle. Donc, j'étais vraiment celle qui fait...
- Speaker #1
Tu étais plus audacieuse dans le sens où tu osais plus, peut-être.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Parce qu'il y avait une espèce de légèreté liée à l'âge.
- Speaker #0
Oui, disons que tu réfléchis pas. Tu réfléchis pas à l'impact. Voilà, c'est ça. Mais aujourd'hui, mon assurance, c'est plus...
- Speaker #1
Elle est plus construite, non ?
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Je sais qui je suis déjà. J'ai appris à me connaître. Parce qu'à 20 ans aussi, on ne se connaît pas. On ne sait pas qui on est. Donc à 50 ans, oui, après avoir fait aussi un certain travail, on sait qui on est, on sait ce qu'on aime, on sait ce qu'on n'aime pas, on sait ce qu'on ne veut plus. Donc on se sent beaucoup plus apaisé. Et beaucoup plus en confiance. Aujourd'hui, moi, quand je n'ai pas envie de faire quelque chose, je ne le fais pas.
- Speaker #1
Et t'es moins soumise au regard des autres aussi.
- Speaker #0
Oh, ouais. Je ne sais pas,
- Speaker #1
maintenant, je pense que tu as réussi à t'affranchir un peu plus du regard des autres ou du regard sur toi.
- Speaker #0
Ah oui, ça vraiment. J'ai tellement été, je vais dire victime, j'ai tellement été jugée toute ma vie, qu'aujourd'hui, je me dis, mais attends, d'abord... Quelqu'un qui va me juger aujourd'hui, mais t'es qui en fait ? Pourquoi tu vas me juger ? Tu me connais pas.
- Speaker #1
Mais on n'est pas au tribunal ici.
- Speaker #0
Ouais, tu me connais pas. On se connaît pas. Tu connais pas ma vie, tu connais pas mon passé, tu connais pas... Tu sais rien sur moi, pourquoi tu vas me juger ? Et moi surtout c'est que je ne juge pas les gens. Je ne juge pas les gens parce que j'ai tellement appris à quel point c'est horrible d'être jugé. que je me suis toujours dit, je ne le ferai pas. Ça, j'éviterais de juger quelqu'un, surtout quand je ne connais pas la personne.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, tu dirais que tu ne t'es jamais... Attends, je vais la refaire. Est-ce qu'aujourd'hui, tu dirais que tu ne t'es jamais sentie aussi bien dans ta peau ? Oui.
- Speaker #0
Parce que ça se ressent. Oui. En fait, je suis...
- Speaker #1
Tu as de la plénitude, là ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si je peux dire nonchalante. En fait, je suis... en fait tu cherches plus à plaire j'ai l'impression non je suis moi tu cherches pas à plaire aux gens c'est juste pour toi même c'est pour moi en fait tu vis pour toi, tu vis plus pour les autres non non non tu m'acceptes tel que je suis ou alors je cherche plus à faire de c'est pas que je cherche pas à faire d'efforts c'est pas ça, c'est plutôt que je veux pas me cacher Je ne veux pas cacher qui je suis. Tu ne veux pas vivre avec un masque pour être comme les autres.
- Speaker #1
Pour rentrer dans un personnage qui correspond à ce que les autres attendent.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
T'es toi-même,
- Speaker #0
tu vis sans masque. Tu ne m'aimes pas, tu ne m'aimes pas.
- Speaker #1
Ça plaît ou ça ne plaît pas, c'est comme ça.
- Speaker #0
Voilà, je pense que vraiment... Les gens devraient vivre leur vie comme ça en fait, parce qu'on se prend tellement la tête, tu sais...
- Speaker #1
Sur le regard des autres. Tout ça, ça m'amène gentiment à une transition avec ton livre, c'est Entre vos mains. Et justement, ton livre c'est un peu l'hymne à... Je reprends la main sur mon histoire en fait. Je prends le stylo et c'est moi qui écris l'histoire en fait.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Est-ce que... Pourquoi ce titre ?
- Speaker #0
Parce que... En fait, donc pour expliquer ce livre, c'est un guide mémoire. Donc j'ai en fait... J'ai voulu parler de toutes les choses qui étaient à mon sens assez importantes, voilà, pour se sentir mieux, on va dire, dans son corps, dans sa tête. Alors, je me suis juste inspirée de ma vie, des choses qui ont marché pour moi, parce que je ne voulais pas faire juste un guide. Alors, il faut faire ça, il faut faire ci. Bon, ça, il y en a plein de toute façon. Je pense qu'on n'a pas besoin de moi. Mais je voulais juste appuyer mes arguments. par rapport à ma vie, par rapport à des vraies choses que j'ai faites.
- Speaker #1
Tu voulais montrer un peu ton retour d'expérience, partager ton retour d'expérience.
- Speaker #0
Oui. Alors après, évidemment, ce n'est pas un livre où je ne m'attends pas à ce que ce soit pour tout le monde. Évidemment, ce ne sont pas des livres de développement personnel. Je veux dire, ce sont des choses qui sont très personnelles. Et je ne pense pas qu'il y ait un livre qui puisse marcher pour tout le monde. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, parce qu'on est tous différents, différentes. Mais je pense que peut-être, dans un des chapitres, quelqu'un va se reconnaître. Ça peut être l'enfant intérieur, ça peut être peu importe. Et je me dis, peut-être une personne va se reconnaître là, et elle va se dire, peut-être que je peux profiter de ses conseils. C'était juste ça, en fait, l'idée de... Je sais que le livre, quelqu'un qui va le lire ne va pas se retrouver dans tous les chapitres. Il va dire, non, ça c'est pas pour moi, la méditation c'est pas mon truc, il y a plein de choses.
- Speaker #1
Mais c'est ton témoignage.
- Speaker #0
Voilà, c'était mon témoignage, et c'était aussi une façon de sortir aussi les choses.
- Speaker #1
Est-ce que ça t'a permis de te réapproprier ta propre histoire ?
- Speaker #0
Oui, parce que... Alors, c'est pas une biographie, parce que j'ai fait une biographie il y a quelques années. Bon, encore que je pourrais en faire une deuxième, parce qu'il s'est passé beaucoup de choses. Mais ce n'était pas l'idée de refaire une biographie, parce que je ne pense pas que j'ai envie de parler du passé et tout ça. Ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse. J'avais envie de parler de choses, de moi en tant que femme de la cinquantaine, et aussi couplées à des choses de ma vie, de mon enfance. Voilà. Je voulais que ce soit personnel, parce que ça me fait aussi du bien de coucher les choses sur papier.
- Speaker #1
Est-ce que ça t'a permis de découvrir des choses, quand tu extériorises comme ça ? Est-ce que ça t'a permis de prendre conscience de certaines choses ?
- Speaker #0
Ah bien sûr, je pense que l'écriture, et je ne parle pas d'écrire un livre, mais je pense que quand on pose les choses sur papier, quoi qu'il arrive, ça peut être...
- Speaker #1
C'est thérapeutique ?
- Speaker #0
Ah oui, énormément. Je crois vraiment qu'il ne faut pas garder les choses. Alors, ça peut être parler à quelqu'un, ça peut être parler à une thérapeute, ça peut être parler à une amie, parler à son mari, peu importe.
- Speaker #1
Mais il faut extérioriser.
- Speaker #0
Il faut, il faut, il ne faut pas garder les choses. Et ça peut être juste écrire sur un bout de papier, ça peut être deux lignes, deux lignes par jour. Mais je crois que c'est très important de ne pas garder les choses à l'intérieur.
- Speaker #1
Est-ce que tu as pardonné à la jeune femme que tu étais ?
- Speaker #0
Pardonner ? Mouah ! Pardonner ? Je dirais peut-être pardonner à ma... Pardonner, non, je dirais pardonner. Je ne sais pas si je peux dire pardonner. Disons que je me suis réapparentée mon enfant, mon enfant intérieur, la petite Julia en fait. La petite Julia, elle est toujours là. On a tous notre enfant intérieur. Moi, je sais qu'elle est là. D'autres vont penser que non, l'enfant intérieur, ça n'existe pas. Pour moi, ma petite Julia enfant, elle est là, elle me suit. Et c'était important qu'à un moment donné, je lui parle. Je lui parle et que je lui explique des choses. et que je lui dise, voilà, maintenant on va avancer ensemble et la vie, elle va être différente.
- Speaker #1
C'est un peu la réconforter.
- Speaker #0
Oui, complètement. C'est complètement ça. Et je pense que c'est important d'essayer de réparer son...
- Speaker #1
D'avoir ce rapport avec son enfant intérieur.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Comme une espèce de réparation. C'est l'adulte, en fait, qui parle à l'enfant.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Il faut le rassurer. Le réconforter, à des moments où il n'a pas eu cette opportunité-là, d'être réconforté et cajolé aussi, parce que c'est ça qu'un enfant a besoin de recevoir en termes de bienveillance et de traitement, je pense. Et s'il y a eu des lacunes ou des carences à ce moment-là, c'est le moment de le faire.
- Speaker #0
C'est exactement ça.
- Speaker #1
Ce n'est jamais trop tard, en fait.
- Speaker #0
Non ? Et je pense que... Je crois que c'est important de le faire si on a envie d'avancer un peu plus sereinement, parce qu'il y a beaucoup de choses qui nous retiennent en tant qu'adultes, et qui nous retiennent à cause de ce qu'on a vécu en tant qu'enfant, parce que tout part de là.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des peurs ? Tout part de là,
- Speaker #0
souvent les traumatismes, les peurs, elles viennent de l'enfance. Alors après, tout dépend de la vie qu'on a eue. Moi, je sais qu'il y a beaucoup de choses que je traînais comme ça, comme des casseroles. Et tu ne peux pas réellement avancer si tu ne répares pas ça, si tu ne regardes pas les choses. Et tu te dis, bon là, il faut qu'on travaille, qu'on fasse quelque chose.
- Speaker #1
Est-ce que pour toi, la résilience, c'est le fait de transformer justement ces blessures en force ?
- Speaker #0
Oui, c'est exactement ça.
- Speaker #1
Tu as réussi à transcender ça ? Et tu en as créé une force ?
- Speaker #0
Je ne veux pas... J'ai refusé... J'ai refusé la souffrance. Je ne veux pas être souffrance. Je ne veux pas vivre dans la souffrance. Donc toutes les choses qui m'ont pesé depuis l'enfance, j'ai dit non, ça ne va pas me suivre dans ma vie d'adulte. Enfin dans la deuxième partie, je vais dire, de ma vie d'adulte. Il faut que ça parte. Et cette souffrance, il faut qu'elle se transforme en quelque chose de positif. Et c'est ce que j'ai fait en fait. Parce que vivre dans la souffrance, c'est pas vivre, finalement. Tu vis pas. C'est dommage. Tu n'as pas à souffrir, parce qu'à la fin, quand tu souffres, souvent, c'est pas toi le responsable, surtout quand t'es enfant. C'est la vie que tu as eue quand t'es enfant, t'as rien demandé, toi. T'as rien demandé. T'as pas demandé, ça. Donc,
- Speaker #1
aujourd'hui, tu dirais quoi à la Julia qui avait 18 ans ?
- Speaker #0
Je lui dirais que je l'aime, que je l'aime, que c'est une tête brûlée, c'est une tête brûlée et que 53 ans, non, 53 ans,
- Speaker #1
badass en anglais,
- Speaker #0
et qu'à presque 53 ans, elle est toujours une tête brûlée, mais beaucoup plus... Elle fait les choses avec sa tête maintenant, elle réfléchit, elle réfléchit et elle aime la vie. Elle aime la vie, elle a envie de profiter de la vie, elle a envie de faire les choses qu'elle aime. Cette deuxième partie de vie, moi je la savoure parce que je suis... Il n'y a plus de masque, il n'y a plus de masque, il n'y a plus de... Je suis moi. Je suis moi. Et ça, c'est génial quand même, d'être soi. De ne plus se cacher derrière des... Je ne sais pas.
- Speaker #1
Être soi-même.
- Speaker #0
Être soi-même, oui.
- Speaker #1
Et pour finir cette interview, je vais te proposer une petite séquence avec le recul.
- Speaker #0
Je suis en train de chercher ma bouteille.
- Speaker #1
Elle est juste là. Alors je t'explique le concept.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
En fait, je vais te dire... Je vais te proposer quelques phrases et toi, tu devras compléter de manière spontanée ce qui te vient à l'esprit, d'accord ?
- Speaker #0
D'accord. Un mot ou une phrase ?
- Speaker #1
Une petite phrase et toi, tu complètes avec ce qui te vient à l'esprit de manière tout à fait spontanée, d'accord ?
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Alors, à 20 ans, je pensais que...
- Speaker #0
Oups !
- Speaker #1
Je fais tout le début de la séquence ? Alors, l'idée c'est que je vais... Ah ok. Alors, à 20 ans je pensais que...
- Speaker #0
20 ans je pensais que... que j'étais... que j'étais quoi ? J'étais un... mince, je crois qu'il faut que je réfléchisse à ça, attends, je vais réfléchir à 20 ans, qu'est-ce que je pensais ? À 20 ans...
- Speaker #1
Mais pas facile celle-là !
- Speaker #0
Ouais, elle est dure, j'essaie de me remémorer... Tu reprendras. Attends, je la réponds.
- Speaker #1
T'es prête avec ta réponse ?
- Speaker #0
Attends, je réfléchis encore. Attends. À 20 ans, je pensais... Qu'est-ce que je pensais à 20 ans ? Je pensais que j'étais indestructible.
- Speaker #1
Ah ouais ? Tu penses...
- Speaker #0
Ah ouais, c'est ça en fait.
- Speaker #1
Genre immortel. À 20 ans, tu pensais que ?
- Speaker #0
Que j'étais indestructible.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, je sais que ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, je sais que... Je ne le suis pas.
- Speaker #1
La beauté ?
- Speaker #0
Ah pardon. Aujourd'hui, je sais que je ne suis pas indestructible, évidemment, mais... Disons que je fais les choses avec beaucoup plus de réflexion. À 20 ans, je... Bon, j'y allais...
- Speaker #1
Tu fonçais dans le tas ?
- Speaker #0
Pas de réflexion, rien du tout.
- Speaker #1
La beauté, c'est ?
- Speaker #0
La beauté, c'est évolutif.
- Speaker #1
Vieillir, c'est ?
- Speaker #0
Magnifique.
- Speaker #1
Et le regard des autres ?
- Speaker #0
On s'en fout.
- Speaker #1
La plus grande erreur que l'on puisse faire, c'est ? La plus grande erreur que l'on puisse faire, c'est ?
- Speaker #0
De ne pas s'écouter.
- Speaker #1
Ah oui, ne pas écouter cette petite voix à l'intérieur qui te guide. La chose que je ne sacrifierai plus jamais pour plaire, c'est ?
- Speaker #0
Être moi, tout simplement.
- Speaker #1
Pour toi, être libre, c'est ?
- Speaker #0
C'est être soi.
- Speaker #1
Et si je pouvais prendre la jeune Julia dans mes bras, je lui dirais quoi ?
- Speaker #0
Que je l'aime.
- Speaker #1
Bah écoute, Julia...
- Speaker #0
Je pleurais encore.
- Speaker #1
Julia, merci pour cet échange.
- Speaker #0
Merci, c'était vraiment... J'ai beaucoup aimé.
- Speaker #1
J'ai beaucoup aimé. Et on parle souvent de son horité, etc. Mais toi, je pense que t'es vraiment l'incarnation de ce mot.
- Speaker #0
Je suis très émue, en fait, là. Je sais pas ce qu'il se passe. Je sais pas si ma ménopause...
- Speaker #1
Moi, peut-être.
- Speaker #0
Oh mon Dieu.
- Speaker #1
C'est aussi d'être entre femmes. Je pense que t'es peut-être plus sensible.
- Speaker #0
En fait, j'ai rarement été interviewée par une femme.
- Speaker #1
Justement.
- Speaker #0
Je n'ai rien contre les hommes qui font des interviews. Mais c'est vrai que c'est quelque chose que j'ai toujours voulu finalement. Parce que je ne sais pas.
- Speaker #1
Soni l'a fait, voilà.
- Speaker #0
Et vraiment le sujet, tes questions, c'était super émouvant. Ça m'a vraiment touchée. Et voilà, après, j'ai pleuré.
- Speaker #1
En tout cas, j'ai passé un super moment avec toi. Merci pour ton témoignage. Et je te souhaite beaucoup de réussite et beaucoup de nouvelles aventures puisque toi, je sais que t'es curieuse de tout et que tu vas encore faire des choses nouvelles et que tu reviendras pour en parler.
- Speaker #0
Oui, et je te souhaite longue vie à ton podcast. Merci, ça dort. En tout cas, je t'ai ravie de te voir. Et beaucoup de femmes aussi sur ton podcast. Oui, elle t'arrive.
- Speaker #1
Parce qu'on m'a souvent reproché de ne pas inviter des femmes sur le podcast. Mais en fait, c'est aussi parce que tu en as plein qui ne veulent pas.
- Speaker #0
Qui ne veulent pas. Elles ont tort.
- Speaker #1
Tu en as plein qui ne veulent pas. Et du coup, je te remercie d'avoir été la première.
- Speaker #0
Je suis ravie, vraiment.
- Speaker #1
Et merci pour ta confiance et j'ai passé un super moment avec toi. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci, salut.
- Speaker #1
Et je te dis à bientôt. Salut Julia.