- Speaker #0
Générique
- Speaker #1
Alors bonjour et bienvenue sur l'épisode 14 de Sony Sowet. Aujourd'hui je reçois Pascal Bataille.
- Speaker #0
Bonjour, merci de ton invitation. Ça fait longtemps que je rêve de participer à ce podcast, donc je suis très heureux d'être là. C'est vrai ?
- Speaker #1
Bah écoute, je suis ravie de t'avoir. Aujourd'hui on est là pour parler de quelque chose qui n'existe presque plus.
- Speaker #0
Ah !
- Speaker #1
C'est devenu un luxe. Non, non, on ne parle pas. pas de voiture ni de bijoux, on parle du silence.
- Speaker #0
Le silence, on le laisse résonner quelques secondes, tu vois, ça fait toujours drôle dans une émission, dans un podcast de laisser du silence. Tu as raison de dire qu'il n'existe plus beaucoup ce silence aujourd'hui.
- Speaker #1
Alors le parti pris du podcast, c'est toujours commencer par une citation célèbre pour illustrer mon invité. Aujourd'hui, je vais prendre ton livre, Le Petit Traité du silence, à l'usage des gens bruyants. Cette citation de Lao Tzu, la plus grande révélation est le silence.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu en penses ?
- Speaker #1
Je pense qu'effectivement, le silence permet d'être connecté et d'être plutôt dans son intériorité et d'avoir de belles révélations.
- Speaker #0
Oui, c'est un peu l'idée que je poursuis dans ce petit traité du silence. Effectivement, on aurait tous, et je ne donne pas de leçons aux autres parce que je ne le fais pas forcément mieux, ou en tout cas je ne le faisais pas beaucoup mieux, on aurait tous intérêt à retrouver un peu le silence dans nos vies, à le laisser exister davantage. Et qu'est-ce que ça veut dire, laisser exister le silence ? Ça veut dire à la fois essayer de s'isoler un peu de ce bruit. qui nous perturbe, nous fatigue, etc. Le bruit permanent de la vie, de la ville, etc. Mais aussi de se faire des pauses par rapport au bruit informationnel constant qui sous prétexte de nous informer en fait nous abrutit. Voilà parce que le silence est la vraie seule façon à la fois d'écouter l'autre et de s'écouter soi-même.
- Speaker #1
Alors tu sais qu'il y a certains silences qui nous construisent, d'autres qui nous blessent et d'autres qui nous transforment littéralement. Et toi tu es un homme plutôt dans le bain bouillonnant des médias, le bruit médiatique etc. T'es une figure incontournable de la télévision française. Est-ce que tu peux nous parler un peu de toi ? T'es producteur, animateur télé ?
- Speaker #0
Producteur et animateur télé depuis... Les débuts des années 1990, depuis 1991 très exactement, donc ça ne date pas d'hier. Ça fait donc, oui, à peu près 35 ans que je fais de la télévision et de la radio, après avoir été journaliste politique dans une première vie, et après avoir, avant ça encore, fait des études plutôt de philo et de lettres. D'où mon appétence pour ces thématiques. Voilà, et puis une trentaine d'années de télévision, comme producteur, comme animateur. On connaît surtout la face émergée de l'iceberg, qui est celle de l'animateur, mais on connaît moins la face émergée, qui est celle du producteur. Mais j'ai produit, avec mon camarade Laurent Fontaine, avec qui j'ai été associé depuis toujours, on a produit des choses extrêmement différentes. Ça va du documentaire ou de l'émission... médicales, jusqu'à du divertissement pur, comme la méthode Coé, dans les années 2000-2008 sur TF1. On a mis à l'antenne des talents divers et variés comme producteurs. Et puis, on avait nos propres émissions. Là aussi, on en a fait beaucoup, très différentes, en 30 ans. Mais, L'une de celles qui est restée le plus dans les mémoires est celle qu'on a reprise depuis 4 ans maintenant, qui s'appelle « Y'a que la vérité qui compte » , qui a été très longtemps sur TF1 tous les lundis soirs, et qui est désormais sur W9 le jeudi.
- Speaker #1
Alors, tu as aussi traversé récemment une épreuve lourde ? Parce que tu as été atteint d'un cancer du poumon.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et aujourd'hui tu es en rémission.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et tu es aussi engagé auprès de l'ARSLA, c'est comme ça qu'on dit ? C'est ça,
- Speaker #0
l'ARSLA, oui.
- Speaker #1
Donc c'est la lutte contre la maladie de Charcot ?
- Speaker #0
Voilà. Oui, c'est un engagement pour la recherche sur la maladie de Charcot. auprès de cette association qui s'appelle, comme tu l'as dit, ARSLA, c'est l'Association pour la Recherche sur la Sclérose Latérale Amyotrophique, qui est le nom médical de la maladie de Charcot. Il date effectivement de 4-5 ans maintenant, parce que j'ai eu un certain nombre de proches qui ont été touchés par cette maladie au fil des ans, et puis un jour, la goutte d'eau qui a fait déborder le Val, si je puis dire, c'est une amie, une fille qui était... Plus une collaboratrice qu'une amie à l'époque, qui avait 35 ans, qui a été touchée à son tour, qui est venue me voir en me disant « voilà, moi je veux passer, j'ai cette injustice terrible, ceux qui nous regardent et nous écoutent ne savent peut-être pas que la maladie de Charcot, c'est pour l'instant une des dernières maladies qu'on ne sait pas du tout soigner, avec une espérance de vie de 3 à 5 ans pour les personnes qui en sont atteintes, mais parfois c'est quelques mois à peine. » Et c'est une maladie qui te prive petit à petit de l'usage de tes membres et de tes muscles, parce que c'est une maladie neurodégénérative, ce sont les neurones qui commandent les muscles qui se détériorent et qui meurent, et donc petit à petit tu finis enfermé dans ton corps, en ayant perdu l'usage de tes membres, de tes jambes, de tes bras, puis de ta capacité de... d'élocution, tu n'arrives plus à parler, et puis enfin ça finit par les voies respiratoires qui sont touchées, les muscles de la respiration, et tu décèdes de ça. Et donc c'est une maladie absolument terrible pour laquelle la recherche est malheureusement encore très sous-financée, mais ça touche quand même plus de 8000 personnes par an en France, donc c'est pas rien non plus. Et c'est une maladie tellement cruelle, tellement injuste, que quand cet ennemi qui avait 35 ans m'a dit je suis... atteindre de ça et je veux consacrer chaque heure, chaque minute qui me reste à vivre à me battre pour faire connaître la maladie et pour faire vaincre, triompher la recherche un jour qu'on trouve le plus vite possible à un traitement. Mais j'ai besoin de toi parce que je connais personne qui soit dans les médias, t'es la seule personne que je connaisse et voilà. Et là je me suis embarqué à fond auprès d'elle parce que je me suis dit bon il y a quelque chose qui tourne autour de moi par rapport à cette maladie. C'est un signe et je crois au signe. Donc voilà, j'y suis allé à fond. Et puis il se trouve qu'entre-temps, j'ai été atteint à mon tour, moi, d'une maladie qui tue aussi beaucoup, plus de 30 000 personnes par an, le cancer du poumon, dont je suis pour l'instant merveilleusement sorti parce que j'ai été soigné génialement. Et donc je m'investis aussi maintenant dans la prévention et surtout le dépistage précoce du cancer du poumon. C'est vrai que c'est quelque chose qui prend aujourd'hui une bonne partie de mon temps, ces deux causes-là.
- Speaker #1
Donc tu es aussi auteur du livre dont j'ai parlé tout à l'heure, « Traité du silence » , à l'usage des gens bruyants. Avant, tu as un choix philosophique pour toi. Le silence, ça a été une expérience physique dans ta vie. Quand les acouphènes commencent, Est-ce que ça a modifié ton rapport au monde ?
- Speaker #0
C'est une très belle question ça. Oui, ça a modifié deux choses essentiellement. Il y a les acouphènes. Les acouphènes, chez moi, ils sont la conséquence d'une maladie. J'ai 33 ans à l'époque et on m'annonce que j'ai une tumeur sur le nerf acoustique. Et au début, on ne me dit pas très bien.
- Speaker #1
C'est au tout début de ta carrière.
- Speaker #0
Oui, ça fait 3-4 ans que je fais de la télévision, de la radio, etc. Et puis on m'annonce ça. Et surtout, j'ai 33 ans, je suis dans la force de l'âge. L'âge où tu te penses immortel et tu ne penses pas du tout à la mort. Et tu crois que ça ne concerne que les autres. Et puis, on m'annonce ça, on m'explique assez mal de quoi il s'agit. Et ma première réaction, c'est de sombrer complètement psychologique. de m'effondrer, d'avoir des crises d'angoisse. Ça dure quelques jours, deux, trois semaines à peine, mais quand même, je m'effondre totalement. J'en parle parce que...
- Speaker #1
Parce que tu pensais au pire, là, à ce moment-là. Voilà,
- Speaker #0
je pense au pire, et c'est la première fois de ma vie, j'ai 33 ans, que je me rends compte que je suis mortel, et que peut-être mon avenir à court terme est compromis. Et puis en fait, il s'avère que cette maladie, elle est... Elle est bénigne, enfin la tumeur est bénigne, même si après il y a des conséquences un peu désagréables. C'est un pacte à qualité de vie. Donc, évidemment, je reprends pied. Mais le deuxième effet qui se coule, si je puis dire, c'est que naissent à ce moment-là les acouphètes, qui sont des bruits parasites, pour ceux qui ne savent pas, des bruits virtuels que le nerf et le cerveau croient entendre, mais qui n'existent pas. et que tu as donc en permanence dans la tête. Ça peut prendre des formes très variées, des sifflements, des bourdonnements, des tintements. Et donc du fait de cette tumeur qui est sur mon nerf, en fait, eh bien arrivent ces acouphènes. Et à partir de 33 ans, je ne connais plus jamais le silence. Et de ne plus connaître le silence, au-delà du fait que tout le monde le sait, enfin tous ceux qui ont ces acouphènes le savent, il peut y avoir plein de causes différentes. y compris d'écouter de la musique trop fort. Donc je mets en garde ceux qui nous écoutent contre cette fâcheuse habitude. Mais une fois que tu as des acouphènes, c'est des choses qu'on traite très très mal. Et évidemment, dans les premiers temps, ça te donne envie de te taper la tête contre les murs, parce que d'avoir comme ça un bruit permanent dans le cerveau dont tu ne peux pas te défaire, c'est extrêmement fatigant, épuisant psychologiquement. Oui,
- Speaker #1
ça génère une fatigue invisible.
- Speaker #0
Et puis c'est... Tu te dis que... Ce sentiment d'impuissance, ça peut rendre un peu fou. Et puis après, psychologiquement, si tu veux, naît cette frustration de se dire plus jamais je ne saurais vraiment ce qu'est le vrai silence. Quand je rentre dans ma chambre et que je suis seul, tu vois, et qu'il n'y a quasiment pas un bruit, moi, c'est le vacarme dans ma tête, ça siffle, ça bourdonne, etc. Et ça crée une frustration intellectuelle qui me pousse à ce moment-là, effectivement, à réfléchir. Et ce livre est un peu l'aboutissement de toutes ces années de travail, de réflexion sur le silence, son absence, son rôle, etc. Parce que moi, je sais que je ne le connaîtrai plus jamais.
- Speaker #1
Et il est devenu d'autant plus précieux qu'il est devenu inaccessible pour toi.
- Speaker #0
Alors, il est devenu inaccessible dans sa forme absolue ou dans sa forme un peu habituelle. ce que je cherche dans le livre, c'est aussi à montrer que le silence... Contrairement à ce qu'on peut croire, ce n'est pas l'absence totale de bruit. Le silence, c'est un état, c'est une façon d'être, c'est un état de réceptivité au monde, à ceux qui vous entourent. Le silence, c'est savoir juste peut-être se taire pour écouter l'autre. C'est une forme de silence, c'est son propre silence à soi. Ça ne veut pas dire que pour autant, il n'y a rien qui se passe. Et oui, j'ai beaucoup travaillé là-dessus. et plus ça va, plus je considère que, comme le dit... Le proverbe arabe qui est en exergue du livre, « Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi » . Je trouve cette phrase magnifique et je trouve qu'on devrait tous la mettre en œuvre le plus souvent possible.
- Speaker #1
Et de ton expérience et de ton vécu, est-ce que pour toi le silence c'est quelque chose qu'on entend ou qu'on ressent ?
- Speaker #0
Je pense les deux. je pense qu'il faut essayer de Il faut essayer de le ressentir évidemment, c'est un travail aussi intérieur le silence, mais savoir écouter le silence extérieur, savoir quand on se... Il n'y a jamais de silence absolu, je le redis, et d'ailleurs il y a une expérience, le silence peut être angoissant, on en parlera peut-être, il y a une expérience qui est faite aux Etats-Unis où on met les gens dans un caisson totalement isolé phoniquement, donc c'est vraiment le silence absolu qu'on a... créé artificiellement. Et le challenge est de rester une heure dans ce caisson et pour l'instant personne n'y est arrivé. Parce que dans ce silence-là extérieur, on entend tellement résonner les pulsations du sang dans les veines, le cœur, tous les bruits que fait l'organisme. Et puis il y a une telle absence de stimuli extérieur que ça devient extrêmement angoissant et les gens ne tiennent pas. Mais donc savoir écouter dans la nature, ce qu'on appelle Un peu trivialement le silence, c'est-à-dire l'absence de bruit gênant et d'écouter tous les beaux bruits que la nature... Quand on écoute une symphonie ou un morceau de rap aujourd'hui, se dire qu'entre les notes de musique, il y a des silences forcément, et que ces silences-là aussi permettent aux notes de résonner. Voilà, donc le silence, il y a mille façons de l'écouter.
- Speaker #1
Toi qui as évolué dans un univers extrêmement bruyant qu'est la télévision, est-ce que pour toi la télévision, elle laisse encore la place au silence ?
- Speaker #0
De moins en moins. On a parlé il y a quelques instants de cette émission que je présente, Il n'y a que la vérité qui compte, avec Laurent Fontaine depuis des années, et où justement c'est une des rares émissions où le silence peut exister. Parce que, pour ceux qui ne la connaissent pas, deux personnes qui sont mises en relation sur le plateau, de Paradeau du Plau, et qui à un moment, avant de se parler, doivent se regarder dans les écrans. Et dans ce moment-là, où justement rien n'est dit, se passe tellement de choses dans les regards.
- Speaker #1
C'est un silence éloquent.
- Speaker #0
C'est un silence très éloquent. Mais quand on a, je raconte l'anecdote, quand on a livré la première émission enregistrée à TF1, au moment de la création, Eh bien, ils nous ont renvoyé... l'enregistrement nous disant vous avez oublié un montage, à un moment il y a une minute de silence ils ont considéré que c'était une anomalie parce qu'effectivement aujourd'hui dans les médias en général laisser place au silence comme tu le fais remarquablement à chaque fois je me tais, je trouve que c'est très confortable ce que tu fais de ne pas reprendre la parole à la seconde à la micro seconde même où ton invité cesse de parler, voilà, tu laisses raisonner, tu laisses aux gens qui regardent, aux gens qui écoutent, le temps de réfléchir un tout petit peu à ce qui vient d'être dit.
- Speaker #1
Tu es la Mireille Dumas 4.0.
- Speaker #0
Tu es peut-être la Mireille Dumas 4.0, mais c'est vrai que Mireille le faisait très bien, et qu'il n'y en a pas beaucoup qui savent faire ça, et c'est dommage. Aujourd'hui, on se parle les uns sur les autres, on s'aboie dessus dans les émissions de débats, l'information continue, il y a un peu En permanence, quatre niveaux de lecture entre ce qui est dit, ce qui est montré, ce qui est écrit. Tout le monde veut exister en même temps. Oui, tout le monde veut exister en même temps, mais finalement, personne n'existe.
- Speaker #1
C'est vrai. Est-ce que tu penses que du coup, c'est une addiction collective, ce bruit permanent ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que les gens sont devenus addicts au bruit ?
- Speaker #0
Je crois vraiment qu'ils sont addicts, que nous sommes, parce que je ne veux pas me différencier. Je pense qu'on est très addicts au bruit. La preuve, c'est que... En fait, dès que tu te retrouves dans une atmosphère, fais l'expérience avec quelqu'un que tu connais ou a fortiori quelqu'un que tu ne connais pas, de laisser le silence, de ne pas essayer d'engager la conversation pour faire ne serait-ce que du small talk, comme on dit, c'est-à-dire parler de la pluie et du beau temps ou de la dernière info qui vient de tomber. Les gens se sentent tout de suite gênés. Dans un ascenseur, quand tu te retrouves avec quelqu'un dans un ascenseur, souvent...
- Speaker #1
Ils essayent de combler le vide. Voilà,
- Speaker #0
on essaie de combler le vide.
- Speaker #1
Avec n'importe quoi, mais pourvu qu'on comble le vide.
- Speaker #0
Exactement, parce que ce silence, il nous angoisse. Oui,
- Speaker #1
des gens sont mal à l'aise avec ça.
- Speaker #0
On a perdu l'habitude.
- Speaker #1
La plupart des gens sont mal à l'aise avec ça.
- Speaker #0
On a perdu l'habitude de laisser ce silence être. Or, comme tu le sais très bien, comme tu le fais merveilleusement... Laissez un petit peu de silence, ça permet à plein d'autres choses de passer. Des regards, du langage corporel, des phéromones qui s'échangent. Il y a un milliard de choses qui se passent, on n'a pas besoin en permanence de parler pour même donner du sens et du contenu. Et donc, on est d'autant plus addicts qu'on nous a, depuis la plus tendre enfance, déshabitués de ce silence, au point qu'il nous fait peur. le silence c'est dans un film Dans un film d'horreur, quand il y a un truc de silence, tu sais que tout d'un coup, il va y avoir un truc... Donc c'est plutôt... On en a une conception totalement négative et néfaste. Et puis du coup, finalement... Même quand on arrive chez soi, on est tout seul, tu rentres dans ton appartement, tu ouvres la porte, quel est le premier réflexe de l'immense majorité d'entre nous ? C'est de mettre un bruit de fond, une radio, la musique, ton enceinte connectée, la chaîne d'infos que tu vas allumer, parce que ça devient effectivement comme une drogue le fait d'avoir en présence quelqu'un pour... Quelque chose pour soutenir ton attention, comme si tu n'étais pas capable juste de te concentrer un peu sur toi-même ou d'écouter les bruits de ta maison ou de regarder quelque chose. Et on veut faire tout le temps plusieurs choses en même temps aujourd'hui. Donc si on lit, on met de la musique en même temps. Si on met de la musique, on est en même temps en train de scroller sur son téléphone. On est en train de faire plusieurs trucs en même temps. Oui, mais ça c'est... Et j'explique dans le bouquin... mais c'est évidemment pas moi, je fais part de recherches très sérieuses faites par des neurologues, par des scientifiques importants, sur le fait que contrairement à ce qu'on veut nous faire croire en ce début du XXIe siècle, et peut-être avant, et d'ailleurs on a souvent dit que c'était une des qualités premières des femmes d'être multitâche quand les hommes étaient assez monotâches, mais en fait, toutes les études montrent que le cerveau n'est pas fait pour faire plusieurs choses en même temps, et que le cerveau, dès lors que... tu l'utilises pour deux, trois tâches différentes en même temps, il n'arrive plus à se concentrer et finalement, il peut faire les choses, mais il va les faire beaucoup moins bien.
- Speaker #1
C'est la dispersion et beaucoup moins efficacement. Et justement, comme on est tous un peu contraints à l'immédiateté, l'instantanéité, je reçois un SMS, il faut que je réponde, tout est instantané aujourd'hui, parce que tu reçois des emails. au moment où la personne te l'envoie, etc. Est-ce que tu penses que ça, ça nuit à notre capacité à prendre du recul et de la réflexion ?
- Speaker #0
Oui, oui, j'en suis convaincu. C'est vraiment une des choses qui m'a poussé à écrire ce livre, d'essayer de lutter un peu contre cette tendance-là, dont je suis la première victime. Effectivement, tu le dis très bien. Aujourd'hui, tu reçois un SMS de la personne que tu aimes. ou d'un proche, mais prenons l'exemple de l'amour. C'est toujours intéressant de parler d'amour. Aujourd'hui, ton amoureux t'envoie un SMS, tu réponds pas dans les quelques instants qui suivent. Eh bien, ce silence-là, il est tout de suite chargé et interprété. Soit tu l'aimes plus, ou en tout cas, tu es contrarié, tu es fâché, pourquoi tu ne me réponds pas, tu me voudres. plus paranoïaque, tu es en train de faire autre chose avec quelqu'un et tu veux le cacher, etc. Mais tout de suite, le silence, il est interprété. Alors qu'il y a quelques années, quand on n'avait pas ces outils-là, on pouvait passer des heures, parfois des jours, sans communiquer, parce qu'on n'avait pas les moyens. Et ce silence-là, au contraire, il pouvait être nourriture de l'amour, nourriture des sentiments, il pouvait donner lieu à des lettres magnifiques, etc. Aujourd'hui, on est dans cette... telle instantanéité, alors c'est valable pour l'amour, c'est valable aussi pour le patron qui t'envoie un mail il faut que tu répondes alors que t'es pas censé être au boulot ou les mamans vis-à-vis de leur enfant pour avoir des nouvelles tout de suite, qu'est-ce que tu fais, où t'es bon, voilà mais on ne supporte plus le silence, donc ce silence il est aussi respect de l'intimité de l'autre respect de de de l'état psychologique de l'autre. Il y a des moments où tu as envie de répondre, il y a des moments où tu n'as pas envie de répondre. Pourquoi il faut s'infliger ce fardeau de devoir...
- Speaker #1
Mais ce n'est pas pour autant que tu as décidé de passer à autre chose, sentimentalement ou autre.
- Speaker #0
Bien sûr. Au contraire, même, parfois, tu... Voilà, tu as juste envie de savourer quelque chose et de ne pas être déjà dans la suite, dans le futur, dans la projection. Non, tu as quitté. quitter ta personne quelques heures avant, ça s'est super bien passé, tu fais vivre en toi ce souvenir-là, tu n'as pas forcément besoin d'échanger immédiatement pour rassurer, on est dans la réassurance permanente, on considère que le bruit, alors le bruit, parce que pour moi l'échange de SMS c'est un bruit, parfois il est utile ce bruit, mais sur le nombre de SMS qu'on échange chaque jour, Quelle est la proportion de SMS réellement utiles ? J'aimerais faire une étude sur mes propres SMS. Je pense que ce n'est pas la majorité des SMS qui sont vraiment utiles, importants. Et quand je dis utile, dire à l'autre je t'aime c'est utile. Mais est-ce que tu as besoin de lui dire dix fois dans la journée ? Peut-être pas non plus.
- Speaker #1
Alors on parle d'un autre silence, le silence entre les êtres. Aujourd'hui on parle beaucoup de ghosting, de silence radio, etc. Et est-ce que tu penses que se taire dans une relation ? C'est plutôt une fuite ou parfois une façon de se protéger. C'est vraiment cette très tendance, on va dire que le ghosting, le silence radio, c'est extrêmement répandu maintenant dans les relations interpersonnelles.
- Speaker #0
Tout à fait, c'est vraiment une tendance forte, y compris chez les jeunes, chez les plus jeunes. Je pense que c'est un peu tout à la fois, ça peut être plusieurs choses à la fois. Le silence, là encore, moi je ne dis pas dans ce livre que le silence il est à 100% fabuleux, extraordinaire et qu'il faut en faire vraiment la panacée. Le silence est un outil, comme la parole est un outil, comme l'écrit est un outil, comme le regard en est un. Et donc c'est juste qu'il faut savoir l'utiliser à bon escient et que si on sait l'utiliser à bon escient, on gagne un temps. un niveau de connexion, un niveau d'enrichissement personnel, etc., qui peut être fabuleux. Mais il ne faut pas être tout le temps dans le silence. Le silence, il peut aussi être mensonge, il peut être censure, il peut être dissimulation. Et aujourd'hui, je pense que quand on utilise le silence pour ghoster, comme tu le dis, c'est-à-dire, pour ceux qui ne parlent pas anglais, un ghost, c'est un fantôme, donc on fantomise. L'autre, il n'existe plus. On le fait disparaître de notre monde. Ça, je pense que c'est d'une brutalité terrible. C'est d'une brutalité terrible. Je pense qu'à l'inverse, justement, dans un monde où on est tellement dans la communication permanente et souvent assez futile, inintéressante et sans contenu réel, sans valeur ajoutée. dans le contact permanent, dans ces réseaux sociaux où on affiche nos vies, où on se met en scène en permanence, seul, avec ses amis. Tout d'un coup, ne plus répondre, mettre en œuvre cette sorte d'énorme mur que représente le fait de ghoster quelqu'un, c'est-à-dire de nier son existence, c'est d'une violence terrible. Et je pense que c'est lié aussi au fait qu'on ne sait plus dire certaines choses.
- Speaker #1
Une forme de lâcheté ?
- Speaker #0
Oui, c'est de la lâcheté. C'est beaucoup de la lâcheté. Peut-être que tu n'es pas d'accord avec moi, mais en tout cas, moi, je le considère comme ça. C'est beaucoup de la lâcheté ou de l'impuissance. Parce que tout n'est pas forcément lâcheté. C'est cette impuissance de plus en plus, et sans vouloir ramener en permanence les choses sur ce que je fais, mais si je l'ai fait, c'est que pour moi, elles ont un sens. Cette émission avec La Vérité qui Compte, où on voit des gens venir... Se dire quelque chose d'important pour eux, d'essentiel pour eux, qu'ils n'arrivent pas à se dire en allant, parce que parfois ils habitent à 50 mètres l'un de l'autre, ils suffirent.
- Speaker #1
Mais c'est des vraies histoires.
- Speaker #0
C'est toujours des vraies histoires. C'est pas des coups de montée. Jamais,
- Speaker #1
C'est des vrais événements vécus.
- Speaker #0
C'est des vraies choses vécues, il n'y a jamais eu un seul comédien, jamais même une seule histoire qu'on ait façonnée, qu'on ait écrite ou qu'on ait préparée. On est les premiers, Laurent Fontaine et moi-même. spectateurs, on ne sait pas du tout ce qui va se passer entre ces deux êtres. Nous, notre rôle, c'est de permettre à l'un qui souhaite parler à l'autre d'exprimer une vérité à l'autre. Voilà, de se retrouver en présence de l'autre, c'est-à-dire d'aller inviter l'autre et de l'essayer de le convaincre de venir. Et ensuite, d'être les médiateurs pour que cette parole puisse s'exprimer et voir le jour. Mais c'est jamais truqué. Mais si tu veux, pour que cette émission existe, Ça prouve à quel point on n'arrive plus à se parler vraiment aujourd'hui, et peut-être encore moins qu'à certaines époques. On ne sait plus se dire les choses un peu simplement.
- Speaker #1
Et les personnes ont besoin de ce décorum pour se dire certaines vérités,
- Speaker #0
tu penses ? Nous, on est convaincus que ce décorum, ce rituel, etc., ils servent justement...
- Speaker #1
À libérer cette parole ?
- Speaker #0
Oui, à libérer la parole, parce que... D'ailleurs, il nous est arrivé d'avoir des gens qui nous disaient... Je viens chez vous parce que c'est mon psy qui m'a conseillé. Mon psy m'a dit vous n'arrivez pas à dire cette vérité-là. Eh bien, regardez, passez dans l'émission parce que tout ce qui est mis en œuvre dans l'émission avec toutes ces étapes ritualisées, avec comme tu dis le décorum, avec le fait de passer un peu à la télé, ce qui donne une sorte là encore de retentissement un peu particulier à cette parole.
- Speaker #1
Oui, ça fait résonner encore plus la parole.
- Speaker #0
Voilà, ça fait retentir. Ça fait caisse de résonance. Tout à fait. Et on prend quelque part les gens à téboin. Et les gens, ils sont là, évidemment, à 99% sur le plateau, bienveillants pour soutenir. Après, il y a les réseaux sociaux, les réactions nationales, les réseaux sociaux qui sont moins, pas toujours aussi bienveillantes, malheureusement. Mais en tout cas, au moment où la parole se fait, il y a Laurent et moi qui sommes là vraiment pour faciliter. et tout le public autour qui est témoin de ça. Et donc je viens te dire que je suis tombé amoureux de toi, je viens te dire que je veux me réconcilier avec toi et que ça fait cinq ans qu'on ne se parle plus et que ça me manque et que j'ai été le roi des idiots de faire cette brouille. Et je prends le public à témoin. Et c'est vrai que oui, tout ce rituel, il aide à cette parole à naître. Mais c'est aussi parce que dans la vraie vie, on a... On a de moins en moins la capacité de se dire les choses, je crois, et on a l'impression de vivre dans un monde où la communication est totalement aisée, facilitée, et en fait... Je pense qu'on a des pudeurs de plus en plus importantes aujourd'hui. On est enfermé dans une sorte de politique non correcte, de prête à parler, de prête à penser. Et je ne sais pas si les jeunes se disent aujourd'hui « beaucoup je t'aime » , tu vois, parce que quelque part, j'ai l'impression qu'ils sont beaucoup plus pudiques qu'on ne pouvait, enfin que moi, à mon époque on ne l'était, pour exprimer ses sentiments par exemple. On a l'impression aujourd'hui qu'exprimer ses sentiments, c'est se mettre en position de faiblesse.
- Speaker #1
C'est une forme de vulnérabilité. Peut-être qu'ils sont peut-être moins à l'aise.
- Speaker #0
Et d'où le fait de ghoster. Parce que ghoster, au lieu de dire, écoute, ce que tu as fait, ça ne m'a déprimé. Ou écoute, je t'aime moins. Ou je voudrais qu'on prenne un peu de distance. J'ai besoin de réfléchir. Toutes les choses qui peuvent arriver, que ce soit entre des amants ou des amis. On ne sait plus se dire ça, alors on préfère faire le blackout total.
- Speaker #1
Est-ce que, à titre personnel, tu as des silences qui t'ont plus marqué que certains mots ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. J'ai des silences. Moi, dans ma vie, j'ai notamment fait une expérience de long silence avec mon père, avec qui j'ai été fâché pendant six ans. Mon père qui était quelqu'un de compliqué, qui pouvait être assez intrusif. Et justement, à ma façon, je l'ai ghosté à l'époque. C'est-à-dire qu'il y a eu un moment où, à mon sens, il est allé trop loin. Je le lui ai dit quand même, mais à partir de ce moment-là, je ne lui ai plus jamais parlé. Et je ne répondais ni m'écrivais des lettres que je n'ouvrais pas, auxquelles je ne répondais par définition encore moins, évidemment. Et puis il est décédé. et donc il est décédé sans que j'ai jamais pu m'expliquer avec lui. Et donc on est passé d'un silence quelque part un peu volontaire de ma part, et assumé à un silence subi, puisque une fois que la personne est disparue, sauf à entrer dans des sphères de communication avec l'au-delà... ne sont pas forcément familières. Oui,
- Speaker #1
qui nécessitent quelques compétences.
- Speaker #0
Ça m'arrive aujourd'hui de lui parler, tu vois, c'est étonnant. Ça m'arrive aujourd'hui de m'adresser à lui sans chercher à penser qu'il est quelque part une entité. Mais juste de lui parler. Je parle à l'homme qu'il a été. Tu crois en force de l'esprit ? J'y crois, oui, sans être... sans tomber dans l'ésotérisme. Je suis quelqu'un de plutôt rationnel, mais ce que Je l'appellerais un sceptique. curieux et intéressé, c'est-à-dire que je ne refuse rien a priori, et pourquoi pas, mais quand je te dis je parle à mon père, c'est-à-dire que quelque part, évidemment, je n'attends aucune réponse et je ne suis pas dans l'espoir de quelque chose, simplement je lui dis des choses, je me console peut-être en lui parlant à certains moments où j'ai des décisions importantes à prendre, où je ne suis pas bien dans ma vie ou dans ma peau, ça m'arrive de lui parler et Je n'attends aucune réponse à part, mais peut-être je me console un peu de ces années où j'ai été dans le silence à son égard.
- Speaker #1
Est-ce que tu crois que le silence, c'est quelque chose qui nous fait peur à tous ?
- Speaker #0
Pas à tous, mais à beaucoup d'entre nous, en tout cas. Et je prône, moi, le fait de se réconcilier avec le silence. Encore une fois, pas pour l'adopter en permanent. Il ne s'agit pas de se taire H24 et de ne plus oser parler. Et d'avoir tout le temps peur de dire une bêtise, c'est pas du tout ça. Se réapproprier le silence, c'est justement ne plus en avoir peur. Et ne pas penser que la parole doit être une performance. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on l'a dit il y a quelques instants, se taire, ça peut créer un malaise. Non, se taire, ça peut être juste regarder l'autre, ça peut être juste l'écouter. Ça peut être écouter ensemble ou admirer ensemble, être dans la contemplation de quelque chose, que ce soit une œuvre d'art dans un musée ou un soleil couchant sur l'Atlantique. Donc arrêtons d'avoir peur du silence, au contraire, et redécouvrons que c'est un outil merveilleux si on sait bien l'utiliser.
- Speaker #1
Ma petite personnelle, mon plus beau souvenir avec une personne, c'était un moment dans le silence. Donc ça veut bien dire que...
- Speaker #0
Si c'était moi qui faisais le podcast, je te demanderais lequel. Si tu as envie d'en parler. Parce que là, tu nous mets...
- Speaker #1
L'eau à la bouche. Forcément, ça m'a fait penser à quelque chose. Oui,
- Speaker #0
je suis d'accord avec toi. Tu peux avoir un magnifique souvenir. Un de mes meilleurs souvenirs,
- Speaker #1
c'était un moment de silence.
- Speaker #0
Oui, de silence partagé.
- Speaker #1
De contemplation par rapport à un cadre, un paysage. Mais ça prouve bien que le silence est appréciable, en fait.
- Speaker #0
Parce qu'il n'y a que...
- Speaker #1
Et mémorable aussi.
- Speaker #0
Et mémorable. Oui, bien sûr, parce que justement, le silence, comme il est assez rare, tu t'imagines aujourd'hui quand même, on en est à payer parfois très cher pour être dans le silence. Il y a une chaîne d'hôtels, pour leur faire de la publicité, de palaces, etc., qui s'appelle Relais du silence. Il y a des gens qui paient des séjours dans des monastères ou dans des endroits comme ça où on ne parle pas pour... faire une cure de silence. C'est devenu un produit un peu ésotérique et un peu luxe, tu vois, à la fois. Alors que se taire ensemble et partager ensemble un moment de silence pour, comme tu le dis, admirer quelque chose, écouter quelque chose ensemble, ça peut rester un moment de bonheur intense.
- Speaker #1
J'ai un ami avocat qui m'a raconté qu'il s'est enfermé dans un monastère plusieurs mois pour écrire son livre.
- Speaker #0
Mais on peut le comprendre parce qu'on est tellement en permanence perturbé, abruti par le bruit, que je peux comprendre qu'on ait besoin de partir se ressourcer très loin.
- Speaker #1
Tu as récemment traversé une épreuve très lourde avec ton cancer du poumon. Et comment tu as vécu cette annonce ?
- Speaker #0
Et bien, c'est pour ça que je te parle...
- Speaker #1
C'est fin 2024,
- Speaker #0
c'est ça ? Oui, c'est septembre 2024. C'est pour ça que je te parlais tout à l'heure de ma première annonce quand j'avais 33 ans, d'une tumeur qui finalement est bénigne, pas dangereuse plus que ça, et qui me met dans une angoisse terrible, et qui me fait prendre conscience que je suis mortel. Et là... 30 ans plus tard, on m'annonce que j'ai une maladie grave parce que pour le coup, il y a plus de 30 000 morts par an du cancer du poumon. Et très étrangement, j'accueille ça avec une vraie sérénité. Non pas parce que je suis un super héros et que je suis plus courageux que les autres. Et dire ça, c'est surtout pas donner de leçons à ceux qui accueillent la Noël avec angoisse, qui ont toutes les bonnes raisons pour ça. Je ne suis pas pour autant dans le déni. Je suis conscient que j'ai une maladie très grave, que je vais peut-être y rester. Mais je ne sais pas pourquoi. Je suis envahi, effectivement, de cette sorte de sérénité. Ce n'est pas totalement du fatalisme. Quelque part, je me dis, bon, voilà, c'est là maintenant.
- Speaker #1
C'est les stoïciens ?
- Speaker #0
Oui, c'est un peu, effectivement, je retrouve un peu à ce moment-là l'école des stoïciens, c'est-à-dire ne pas être fataliste dans le lâcher prise total en disant « elle deviendra ce qu'elle devient et j'y peux rien » , non, c'est pas ça, mais c'est accueillir ce qui se passe en te disant que tu peux agir sur une partie de ça et le reste tu n'y peux rien. Donc tu vas essayer d'agir sur la partie sur laquelle tu peux avoir un rôle, c'est-à-dire te faire soigner de la meilleure façon possible, et pour ça on a la chance d'être en France. Deuxièmement, essayer de suivre un peu les conseils qu'on va te donner, de ne pas te laisser aller complètement, et puis y croire. Non pas faire de la méthode Coé, mais faire confiance.
- Speaker #1
C'est un peu de la pensée positive ? Oui,
- Speaker #0
c'est un peu de la pensée positive, mais sans en faire non plus une sorte de religion. Moi, en fait, je me dis à ce moment-là, mais tout ça se fait un peu spontanément. C'est pour ça que je dis, je n'en tire aucune fierté. Mais je me rends compte que je me suis dit, bon, qu'est-ce que tu peux faire ? Pas grand-chose. La seule chose que tu peux faire, c'est déjà de ne pas t'imposer une sorte de double peine. en t'angoissant tous les matins de ce qui va t'arriver, parce que s'il te reste, je ne sais pas, 90 matins à vivre, au moins que ces matins soient les meilleurs possibles. Donc si en plus tu les vis en étant angoissé au fond du seau et tout, et qu'il ne t'en reste que 90... Toi,
- Speaker #1
tu as utilisé une unité de mesure...
- Speaker #0
Non mais je...
- Speaker #1
J'ai appris récemment que je vis en moyenne 960 mois. Donc c'est vrai que quand tu mets ça, tu mets un chiffre. derrière c'est vrai que ça te fait prendre conscience que c'est pas si énorme c'est pas illimité le capital le capital est quand même restreint il est très restreint et c'est pour ça qu'il faut sans tomber là non plus dans les injonctions carpe diem etc ce
- Speaker #0
que je ne méprise pas mais c'est un peu facile et un peu argument marketing donc faut pas être dans l'injonction faut juste essayer d'être dans le vécu c'est le thème du livre que je suis en train d'écrire justement et Sur la jouissance. D'accord, donc il y a une suite au silence alors. Après avoir travaillé sur le silence, je travaille sur la jouissance. C'est quoi la jouissance pour moi ? C'est pas uniquement, évidemment, l'acception orgasmique du terme. C'est effectivement savoir s'ouvrir à l'état au moment présent, en arrêtant de vouloir tout contrôler. En arrêtant de penser aussi que si on ne fait pas ceci ou si on ne fait pas cela, le monde va s'arrêter de tourner et qu'on est indispensable. En arrêtant de se dire que c'est demain, après-demain, qui est important, mais non. En se disant que c'est ce moment-là. Trop se projeter. Voilà, trop se projeter. Dès la plus tendre enfance, on nous apprend, on nous conditionne à nous projeter en permanence. Tu vas avoir des mauvaises notes, qu'est-ce que tu feras plus tard quand tu seras grand ?
- Speaker #1
À nous projeter dans quelque chose de pas très réjouissant non plus, parfois.
- Speaker #0
Pas forcément réjouissant, en plus, effectivement, plutôt anxiogène et dramatique. Ou alors des projections de « il faut que tu deviennes médecin, avocat, il faut que tu aies des diplômes pour réussir ta vie » , la projection de la réussite. Mais tout ça, on est encore une fois dans l'injonction. Et est-ce que, moi je ne me souviens pas de mes parents... quelques exceptions près, pourtant c'était des gens instruits, formidables, dans leur genre,
- Speaker #1
etc.
- Speaker #0
Mon père était psychanalyste et...
- Speaker #1
Mais plutôt freudien ? Oui,
- Speaker #0
freudien, lacanien.
- Speaker #1
Ah ouais, d'accord. C'est pas la team Young.
- Speaker #0
Et ma mère a élevé 4 enfants et ensuite elle a travaillé dans l'immobilier. Voilà, mais j'ai eu la chance de grandir dans un univers privilégié. en tout cas socialement et dans des conditions confortables, d'avoir accès à la culture, d'avoir accès à plein de choses, à des voyages. Mais du coup,
- Speaker #1
ça met quand même une certaine pression.
- Speaker #0
Mais en même temps, la pression, comme je te disais, je n'ai pas le souvenir...
- Speaker #1
Il y avait cette injonction de faire mieux que le père ou pas ?
- Speaker #0
De faire au moins aussi bien,
- Speaker #1
oui. Oui, donc ça te met quand même une pression. Est-ce que l'annonce brutale de ta maladie, elle change forcément ton rapport au temps ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Comme on disait, ça te met un compte à rebours quelque part ?
- Speaker #0
Ça ne me met pas... Ça n'avait pas un compte à rebours dans la mesure où... Je n'ai pas voulu en plus avoir de pronostics de la part des médecins, qui d'ailleurs, à juste titre, en font de moins en moins. Ils ne te disent pas,
- Speaker #1
il te reste deux mois à vivre. Non,
- Speaker #0
ils ne m'ont fait aucun... Ils ne m'ont même pas dit, il y a une chance sur deux que vous surviviez à cinq ans. Je me suis bien gardé d'aller voir ça sur Internet. Je pense qu'il ne faut pas faire ça. Non, il ne faut pas faire ça. Parce que là aussi,
- Speaker #1
tu rentres dans un piège mental.
- Speaker #0
Tu te pièges, effectivement. Ce n'est pas parce que les statistiques disent que, que toi, tu vas faire comme les statistiques. Et puis les statistiques, par définition, ça prend le cas de celui qui a vécu 35 ans et le cas de celui qui a vécu 3 mois. Et puis au milieu, on te dit que c'est la moyenne entre 35 ans et 3 mois. Mais non, ça ne veut rien dire. Donc, je me suis bien gardé de ça. pas compte à rebours au sens où on pourrait l'entendre en disant il ne me reste que 90 jours je disais tout à l'heure ou un an et demi à vivre mais de me dire en fait ce qui compte c'est justement pas de se projeter dans 5 ans ou dans 10 ans vers une date de fin c'est de regarder chaque jour comme une sorte de petit cadeau c'est pas une promesse c'est un cadeau c'est un cadeau alors attends je ne suis pas devenu le Dalai Lama Ça m'arrive de m'énerver aussi souvent que les autres parce que le feu ne passe pas au vert ou que le mec à la caisse n'avance pas. Je ne suis pas devenu un être parfait, mais j'essaie de savourer beaucoup plus qu'avant. Et surtout de ne pas être dans la projection. Je discutais avec un ami l'autre jour. qui vit, qui est amoureux d'une femme beaucoup plus jeune que lui. Ils sont très bien ensemble. Oui, ça arrive souvent et encore une fois, pour moi, l'amour et l'âge sont deux choses tout à fait différentes. Et là aussi, l'injonction sociale, elle est, dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs, elle est aberrante. Mais il s'angoissait beaucoup parce que cette jeune femme a presque 30 ans de moins que lui, donc ça fait beaucoup. Évidemment, c'est des différences qui, à un certain moment, ont forcément joué, ne serait-ce que physiquement, dans la capacité à faire des choses ensemble ou autre. Mais ça l'angoissait énormément, alors qu'elle, pas du tout. Mais lui, ça l'angoissait terriblement.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle était moins consciente du temps qui passe ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'effectivement, tu as tout à fait raison. Lui, il me disait, donc tu te rends compte... mais elle va forcément me quitter, il y a un moment où elle va se rendre compte que je suis vieux, que je ne peux pas aller faire la fête avec elle, que je suis moins capable de lui faire l'amour deux fois dans la journée, que je ne sais pas, que je vais être malade. Et je lui dis, « So what ? Peut-être qu'un jour ça va arriver. »
- Speaker #1
« So what ? Ça tombe bien. »
- Speaker #0
« Peut-être qu'un jour ça va arriver. » Mais là encore, ce système de double peine du cerveau dans la projection. Qu'est-ce qui est important ? C'est ce qui va se passer dans dix ans, alors que peut-être que tu vas te faire écraser par où elle ? Par une voiture, un autobus demain en traversant la rue.
- Speaker #1
En fait, on n'a aucune certitude.
- Speaker #0
Tu n'as aucune certitude sur ce qui va se passer, ne serait-ce que dans quelques secondes. Tu peux avoir un... Heureusement, on est dans un pays en paix, mais on habiterait en Iran, en Palestine, en Israël ou je ne sais où. En Ukraine, on pourrait se prendre une bombe sur la figure, même pas le temps de finir ma phrase. Donc ce truc de se projeter en permanence, c'est tellement négatif, c'est tellement anxiogène et paralysant. Je lui dis mais vite,
- Speaker #1
vite en amour avec cette femme,
- Speaker #0
elle t'aime. parce que la fille est vraiment sincère elle vit ça parce que si ça se trouve c'est elle qui va avoir une maladie grave et qui va partir en 3 mois de l'année prochaine tu ne sais pas ce qui va se passer et donc depuis la tendre enfance on nous conditionne là dessus et voilà c'est un peu mathématique là sur la jouissance et moi ce que je fais je ne fais pas du tout un bouquin de développement personnel parce que c'est pas mon C'est pas mon truc, mais il y a des gens qui font ça très bien. Moi, comme je l'ai fait dans le silence, je cherchais des références, je cherchais ce qu'on dit là-dessus, des gens qui ont pensé depuis des millénaires ou des siècles sur le sujet et qui nous permettent de méditer nous-mêmes et de trouver nous-mêmes nos propres solutions. Donc moi, je ne fais pas du tout un prêt-à-penser, je ne dis pas du tout ce qu'il faut dire, ce qu'il faut faire. J'ouvre des portes et des solutions, mais ça me semble là aussi très important. de nous réconcilier avec la jouissance, et là encore on pourrait en parler, peut-être qu'on en parlera, tu me réinviteras, mais comme le silence...
- Speaker #1
C'est mon sujet préféré.
- Speaker #0
Mais non, mais comme le silence, la jouissance, on ne sait pas l'utiliser.
- Speaker #1
Tu aurais pu dire la science du kiff.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, exactement. Tu sais que... Ben tu rigoles, je voulais l'appeler comme ça, mon bouquin et l'éditeur ont trouvé ça un petit peu trivial et machin, mais... Kiff my life.
- Speaker #1
Tu peux m'appeler pour des titres si tu veux.
- Speaker #0
Je voulais faire, parce que c'est dans la même collection, donc ça sera un petit traité de la jouissance et je voulais l'intituler à l'usage de ceux qui veulent kiffer la life. Après,
- Speaker #1
c'est vrai que pour les jeunes, c'est plus un vocabulaire qui va leur parler.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr. Mais en tout cas, c'est exactement ça, le kiff.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qu'on comprend soudainement quand on est... face à la fragilité de l'existence ?
- Speaker #0
Tout le temps qu'on a perdu.
- Speaker #1
Comment on appelle ça ? Tu sais, quand tu rumines des idées,
- Speaker #0
des ruminations, des choses, perte de temps,
- Speaker #1
d'énergie.
- Speaker #0
Ou à se battre sur des choses qui n'en valaient pas forcément la peine. Mais c'est un gros travail. Ça met les choses dans l'ordre. Oui. Et puis, surtout, parce qu'il ne faut pas être dans la nostalgie, le regret. Là encore, ça serait retomber dans les mêmes travers. Mais bon, tu t'en rends compte, tu te dis, j'ai fait beaucoup de choses de travers, j'ai fait aussi beaucoup de choses super, j'ai vécu des super moments. On ne va pas refaire ce qui a été fait, mais à partir de maintenant, je voudrais que chaque journée soit un petit peu plus savourée, qu'elle soit un peu plus goûtée, qu'elle soit un peu plus... j'en retire un peu plus la substantifique boile, tu vois. Et notamment pour moi, et on en parlait au début de cet enregistrement, c'est dire en fait... Comment je peux être utile un peu ? Comment je peux être utile ?
- Speaker #1
Et c'est aussi lié à ton engagement. Parce que quand t'as traversé toi-même dans ta chair, la douleur, la souffrance, la peur aussi. Du coup, ton regard sur la souffrance des autres, ça change profondément, je pense.
- Speaker #0
Exactement, ça change vraiment ce regard-là. Parce que tu peux compatir, mais tant que tu l'as pas vécu, tu peux pas comprendre. et c'est pour ça que j'essaie de témoigner au maximum pour faire passer évidemment un message positif et un message constructif alors je témoigne beaucoup sur le dépistage précoce parce que plus tôt on se fait sur cette maladie notamment sur le cancer du poumon plus on est ça peut être le sein, tous les cancers plus c'est pris tôt on a tout à gagner à se faire checker on a la chance d'être dans un pays où on a ces outils là Merci. et où on a la sécurité sociale, on est vraiment des privilégiés, on n'imagine pas à quel point, et donc on a tout à gagner, contrairement à tellement... J'ai tellement de copains ou copines qui vivent dans le déni en disant « Ouais, mais si je vais faire un tel examen, ils vont forcément me trouver un truc. » Mais mon vieux ou ma vieille, si tu trouves un truc, c'est que tu l'as. Ce truc, il est là. Donc après, à toi, une fois que tu sais qu'il est là, t'es pas obligé de te faire soigner. Tu peux décider de ne pas te faire soigner. tu peux décider de ne pas prendre des médicaments ou des traitements qui sont invasifs et dont tu estimes qu'ils sont dangereux. Mais au moins, tu sais, ne pas savoir, c'est perdre une liberté terrible. Moi, on a mis presque une petite année à poser un diagnostic sur des symptômes, alors que j'avais la chance d'avoir des symptômes, parce que le cancer c'est souvent une maladie silencieuse et donc qui est d'autant plus dangereuse. J'ai arrêté de fumer il y a 25 ans, mais j'ai été un gros fumeur avant, pendant une quinzaine d'années, mais ça faisait 25 ans que j'avais arrêté, donc je suis un peu une aberration si on considère que normalement au bout de 10-15 ans tu es censé être un peu nettoyé, mais bon en tout cas j'ai été un gros fumeur, est-ce que c'est un cancer dû à la clope ou pas ? On n'a aucune certitude absolue, mais voilà, allez vous faire dépister, je témoigne là-dessus parce que je sais que ça peut sauver des vies, mais aussi que ça peut permettre à des tas de gens dans... d'en baver, j'allais faillir dire un mot un peu plus trivial, d'en baver un peu moins que je ne l'ai fait, parce que si moi on m'avait pris ma tumeur alors qu'elle faisait un demi centimètre ou un centimètre au lieu de quatre centimètres et demi comme le moment où on l'a découverte, si on l'avait prise alors qu'elle était en stade 1, tu sais que le cancer il y a quatre stades, et donc encore peu évoluée, peu dangereuse, au lieu de la prendre en début de stade 3, à un moment où le pronostic devient déjà un peu sombre, J'aurais pas... J'aurais évité certains traitements très lourds, très invasifs, qui créent des effets secondaires, évidemment. Oui, l'impact n'est pas le même. J'aurais peut-être gardé un lobe de poumon que je n'ai plus. Donc, on m'a super bien soigné. Mais si on m'avait dépisté plus tôt, j'aurais gagné à la fois du temps, de l'énergie.
- Speaker #1
Oui, ça aurait été moins coûteux, en physique et autres.
- Speaker #0
Mon vécu, je l'utilise pour... essayer de sensibiliser les gens et de faire gagner du temps et peut-être de l'espérance de vie, voilà, en tirant les leçons de ma propre expérience.
- Speaker #1
Et par rapport à la maladie de Charcot, c'est une maladie qui est quand même... Comment dire ? Moi je dirais que c'est injuste en fait. Je pense que les personnes qui l'ont, elles vivent... Parce qu'en plus tu peux l'avoir hyper jeune, parce que j'avais vu un témoignage d'une jeune fille qu'il a eue à 20 ans ou 21 ans. Oui,
- Speaker #0
Pauline, sans doute Pauline. Oui,
- Speaker #1
je l'ai eue sur les réseaux, c'est pour ça que je parle d'elle. D'ailleurs je la salue parce que je la trouve magnifique.
- Speaker #0
Elle est magnifique, elle est belle comme le jour, comme Lorraine d'ailleurs.
- Speaker #1
Tu trouves que c'est particulièrement injuste en fait, tu te dis mais pourquoi ?
- Speaker #0
On emploie souvent ce mot, tous autant qu'on est, qui nous battons pour faire connaître la maladie de Charcot. et pour... inciter les gens à donner pour la recherche. On emploie souvent ce mot d'injuste. L'OMS dit aussi que c'est la maladie la plus cruelle qui soit, du fait effectivement de...
- Speaker #1
Je ne savais pas, j'ai utilisé le bon mot alors.
- Speaker #0
À la fois qu'on ne sait pas le soigner, et à la fois que la façon dont la maladie évolue et te prive de ton autonomie, jusqu'à l'essoufflement total. Et l'impossibilité de respirer, c'est effectivement très cruel. Après, est-ce qu'il y a des maladies justes ? Je ne pense pas. Qu'est-ce qu'on veut dire quand on dit injuste ? C'est qu'elle est particulièrement difficile. C'est dur à accepter. C'est dur et difficile à accepter. Là, pour le coup,
- Speaker #1
tu ne peux pas rester stoïque.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Là, c'est compliqué.
- Speaker #0
Que ce soit pour toi ou même pour l'entourage, c'est terrible de voir la personne quand même déclinée de cette façon-là. Après, il n'y a pas de maladie juste. Il y a des maladies dont on est en partie responsable. Il ne s'agit pas de se culpabiliser. Moi, j'ai eu un cancer du poumon. Tu m'as posé la question, est-ce que tu as été fumeur ? Oui, j'ai été fumeur. Ok, ça ne veut pas dire que je mérite d'avoir un cancer du poumon. Mais ça veut dire que j'ai peut-être créé un terrain favorable. Si, effectivement, il y a des comportements à risque, on les connaît aujourd'hui, toute personne... qui vit en France aujourd'hui, est au courant des comportements à risque. Si je picole toute la journée, si je mange que des McDo et des Burger King, pour ne pas ne citer qu'une marque. Tu peux dire Master Poulet à ce moment. Master Poulet, je ne sais quoi. Ça fait plusieurs mois. Tu vois, si je ne fais que de la malbouffe et que tout d'un coup, j'ai une maladie cardiovasculaire, je ne dis pas qu'il faut me culpabiliser, mais en tout cas, j'aurais participé à créer ce terrain-là. La maladie Charcot, elle est...
- Speaker #1
d'abord on ne sait absolument pas qu'il y a une dimension génétique sur 10 à 15%
- Speaker #0
des cas les 85 autres pourcents on ne sait pas et on sait d'autant moins que statistiquement il y a des aberrations si tu veux par exemple il y a beaucoup de personnes très sportives voire des sportives de haut niveau qui développent la maladie de Charcot alors qu'elles ont justement un mode de vie très sain etc donc Donc pour le coup, peut-être que ça renforce encore l'injustice de cette maladie, de te dire que vraiment, tu n'as rien fait de mal. Du coup,
- Speaker #1
on a du mal à savoir ce qui peut la déclencher aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, mais pour l'instant... Parce que tu as tous les profils,
- Speaker #1
tu as tous les âges.
- Speaker #0
C'est pour ça qu'on fait des progrès en ce moment pas mal, et il faut encore financer beaucoup plus la recherche pour que ces progrès deviennent des solutions vraiment, et des traitements sur la partie génétique. parce qu'au moins on sait identifiable le pourquoi. Donc une fois qu'on a la cause, on peut travailler sur cette cause et sur ses conséquences et essayer de pallier ça. Les 85 autres pourcents, pour l'instant, on ne sait pas pourquoi. Et du coup, ça renforce encore la complexité d'essayer de trouver des traitements et des façons de remédier à l'évolution de la maladie parce que on ne comprend pas encore pourquoi. Par exemple, il y a des clusters. Alors pas des clusters comme il y en a eu pour le Covid avec... 10 000 cas en 3 jours. Des clusters au sens où dans un petit village de Savoie, par exemple, tu vas avoir sur 10 ans, tu vas avoir 20 personnes qui auront développé la maladie de Charcot, ce qui est une aberration statistiquement. Vu qu'il y en a 8 000 en France, tu ne peux pas en avoir normalement ce nombre-là dans un petit village sur quelques années. Eh bien, alors on ne sait pas, est-ce que c'est environnemental, est-ce que c'est un mode de consommation alimentaire ? Voilà, donc on cherche. On cherche, mais pour chercher, il faut de l'argent. Et pour l'instant, il n'y a pas assez d'argent, mais de plus en plus, on en parle. Merci de me permettre de le faire.
- Speaker #1
Pour en venir à ton livre, dans le voyage, tu dis que parfois, il peut y avoir des silences suspendus toute une vie. Tu parles d'une lettre que ton père t'a laissée. C'est une lettre que tu n'as jamais ouverte.
- Speaker #0
Jamais. Jamais par l'acheter. Tu l'as toujours gardé,
- Speaker #1
mais tu ne l'as pas ouverte.
- Speaker #0
Je ne l'ai jamais ouverte, je n'ai jamais pu l'ouvrir. Pourquoi ? Parce que je l'ai reçue, c'est la dernière lettre qu'il m'ait écrite. Je l'ai reçue, comme toutes les autres lettres depuis six ans que je recevais, et il m'en écrivait parfois plusieurs par mois, elle a fini dans un tiroir. Je ne les mettais pas à la poubelle, mais je les mettais dans un tiroir. Et quelques jours plus tard, il est décédé. Et en plus, il est décédé d'une façon particulière, parce qu'il s'est donné lui-même la mort. Donc c'était à la fois imprévisible, ou plus ou moins imprévisible, et puis sa décision à lui. Et donc cette lettre... Au moment où j'ai appris son décès, cette lettre a pris la forme d'une sorte de mine qui pouvait m'exploser à la tronche, d'une façon que je n'étais sans doute pas en mesure de supporter. Parce que pour moi, c'était peut-être, voire certainement, une lettre d'appel à l'aide. Et tu as toujours... avec cette notion incontournable de te dire si j'avais ouvert la lettre, si j'avais répondu, si j'avais pris mon coup de fil ou si j'avais passé un coup de fil ou pris le train pour aller le voir, peut-être qu'il n'aurait pas fait ça. Et donc cette lettre, elle est restée avec son secret, avec à la fois au début c'était de la lâcheté, de ma part de ne pas l'ouvrir, de ne pas la lire. Je l'ai fait, je l'ai demandé à... qui était ma femme, à l'époque, mon ex-femme, de la lire pour moi.
- Speaker #1
Je demande à quelqu'un de la lire pour moi. En fait, un peu en mode, t'envoies une équipe de déminage.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
exactement. Moi, je fais ça avec ma soeur. J'ai un truc, là, il faut que tu viennes. Est-ce que tu peux lire pour moi ? Et en fait, elle se met en équipe de déminage. Et après, elle m'extrait un peu le truc en me disant, bon, c'est safe ou pas safe.
- Speaker #0
C'est génial. J'ai jamais... Formaliser le truc comme ça, comme tu viens de le faire, mais c'est exactement ça en fait, c'est du déminage. Donc là, ça m'arrive aussi de le faire, mais là-dessus, j'ai envoyé celle qui partageait ma vie depuis des années, qui est aujourd'hui ma meilleure amie, même si on est divorcés depuis huit ans. Et je lui ai dit, ça faisait un certain nombre d'années quand même que ce colis piégé était dans le tiroir, Je dis... Est-ce que tu peux la lire et me dire si je peux la lire ? Et elle l'a lue et elle m'a dit tu peux la lire. Mais je ne l'ai pas lue quand même. Pourquoi je ne l'ai pas lue ? Une fois qu'elle m'a dit ça et que le déminage était fait, parce que d'abord je pense quand même que toute démineuse habile et me connaissant par cœur, comme ta sœur sans doute te connaît par cœur. Oui voilà,
- Speaker #1
parce que justement elle te connaît, elle te connaît tes sensibilités et autres. Voilà,
- Speaker #0
mais tu peux toujours passer à côté de quelque chose qui va quand même... T'exploser à la figure même si l'autre l'a pas vu, le démineur l'a pas vu. Et puis surtout parce que je me suis dit, qu'est-ce que ça va changer aujourd'hui que je la lise ? En fait, le mal est fait quelque part. Et j'ai préféré rester sur, voilà, à tort ou à raison, mais c'est la décision que j'ai prise. Pour l'instant, je ne l'ai donc encore jamais lu.
- Speaker #1
Donc tu penses que parfois ne pas savoir,
- Speaker #0
c'est mieux ? Je pense que parfois...
- Speaker #1
Ça fait moins souffrir ?
- Speaker #0
Parfois ne pas savoir, c'est mieux. Mais encore une fois, c'est un chapitre aussi du livre, puisque le silence, c'est le non-dit aussi. Et parfois, le silence, c'est je ne veux pas savoir ou je ne veux pas dire. Et parfois, c'est utile. Parfois, non. Je viens de parler du dépistage. Je pense que là, il faut savoir. Quand on est malade, il vaut mieux savoir que ne pas savoir. En revanche, il y a des choses, il y a des moments où je pense que le silence... Si c'est pour éviter de faire souffrir, si c'est pour éviter d'être voire parfois cruel, si de toute façon la vérité ne va pas faire progresser, ne va pas être une source de résolution des choses, mais au contraire plutôt de cristallisation et de complexification des choses, Je pense qu'il faut, parfois, le silence et le non-dit, c'est mieux qu'une vérité. qui fait trop mal.
- Speaker #1
Mais est-ce que les choses qu'on ne dit pas, elles nous poursuivent quand même ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'on vit avec cette espèce de poids quand même ? Tu sais, il y a cette... Tant que t'as pas... Levez le voile sur certaines choses, ça peut te poursuivre.
- Speaker #0
Ça peut te poursuivre, mais il y a cette question, c'est une maxime qui dit il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets. On peut transformer ça en question, ça peut être un sujet de philo, vaut-il mieux avoir des remords ou des regrets ? Il y a plein de non-dits qui... peuvent te poursuivre, mais si tu prends la décision de pas dire et que tu l'assumes, là aussi, il faut passer au-delà de la culpabilité. C'est une décision. Moi,
- Speaker #1
j'ai pris des décisions dans le sens où je me suis dit, bon, il y a des conversations qui ne sont pas nécessaires, en fait.
- Speaker #0
Parce que,
- Speaker #1
tiens, il y a une époque où maintenant, les gens... Ils veulent absolument avoir le mot de la fin, la dernière conversation pour clôturer quelque chose. Et en fait, je me rends compte que parfois, ce n'est pas nécessaire.
- Speaker #0
Tout à fait. Il y a cette notion de savoir choisir ses combats aujourd'hui. Et Bernard Werber, l'écrivain à grand succès, absolument très talentueux, génial, qui a fait notamment Les Fourmis, mais plein d'autres livres. disait, j'entendais dire l'autre jour, j'ai arrêté de vouloir convaincre certaines personnes qu'elles étaient dans l'erreur, parce que j'ai plus de temps à perdre à ça, en fait. Alors on peut regretter, parce qu'effectivement, il y a un moment où ça peut être quand même utile à l'humanité, que des gens continuent d'essayer de faire progresser la pensée, le savoir et la vérité, entre guillemets. Mais en même temps, à titre individuel, c'est vrai que parfois tu te dis, basta quoi. Il y a tellement de belles choses à faire, à quoi bon discuter avec un idiot ? C'est vrai,
- Speaker #1
on brûle du gaz comme on disait. J'avais un chèque qui disait, on brûle pas de gaz avec celui-là, c'est ça.
- Speaker #0
Il y avait cette phrase, je ne sais plus dans quel film, je ne sais pas, Audiard je crois qui avait dit, je ne parle pas aux cons, ça les instruit. Je pense que parfois,
- Speaker #1
il faut être dans l'optimisation énergétique. Est-ce qu'après des années dans le bruit médiatique, tu décides d'ouvrir un lieu au Cap Ferret, bassin d'Arcachon, un hôtel ? Est-ce que là-bas, c'est parce que tu voulais trouver un lieu qui répare, un lieu qui apaise ? Qu'est-ce que ça représentait pour toi ? C'est en lien avec le silence encore ?
- Speaker #0
En fait... L'hôtel, il est venu s'inscrire dans ce lieu, le Cap Ferré, où de façon très spontanée et pas du tout conscientisée, volontaire, tu vois, dans une sorte de mode de vie. En fait, il se trouve que très jeune, je suis parti à Paris, j'avais 17 ans, faire mes études supérieures et après j'ai travaillé à Paris, je t'ai pris dans ce... Rhythme de vie médiatique assez rapidement, très prenant. Et très vite, j'ai pris l'habitude, mais comme une sorte d'urgence, pas du tout en hygiène de vie. J'en avais besoin, un besoin quasi vital, d'aller le plus souvent possible me ressourcer au Cap Ferré. Parce qu'effectivement, ce lieu de silence, d'authenticité, c'était ma base arrière. d'authenticité, des gens aussi différents. Ils sont trop cools les gens. J'adore moi le bassin. C'est très sympa. Quand on parle en plus de 40 ans en arrière, ou 30 ans en arrière, c'était encore plus vrai, si tu veux. Vraiment tranché complètement avec ce petit monde médiatique. Cette ruche bourdonnante. Et du coup, est venu après, mais au bout d'un certain temps, L'idée de créer un hôtel, et là c'était plus, je le concevais plus comme le fait de m'enraciner encore davantage dans cet endroit.
- Speaker #1
C'est l'ancrage ?
- Speaker #0
L'ancrage, et deuxièmement, sans vouloir être prétentieux, mais je voulais... Le Cap Ferré c'était un endroit, a fortiori il y a 20 ans ou 30 ans, qui vivait très peu en hiver, qui était très saisonnier. Et en fait, je voulais... participer à créer un peu de vie là-bas à l'année. En dehors de cette période. Voilà, et donc un hôtel ouvert à l'année, ça c'était vraiment mon cahier des charmes. Ce qui est le seul, c'est resté très très longtemps le seul, qui était ouvert à l'année, donc c'était de la lumière toute l'année sur ce boulevard de la plage. Et j'avais le sentiment, en faisant ça, de rendre un petit peu à l'endroit de ce qu'il m'avait donné depuis des années. De la même façon qu'aujourd'hui, j'essaie de rendre un petit peu à la médecine. Ce qui t'a fait du bien, c'est de la gratitude en fait. Oui, c'est de la gratitude, mais c'est de la gratitude qui est hyper gratifiante pour toi. Quelque part, c'est peut-être même très égoïste.
- Speaker #1
T'as reçu, donc tu rends ?
- Speaker #0
T'as reçu et tu rends. Mais quand tu rends, tu reçois encore en fait.
- Speaker #1
Oui, voilà,
- Speaker #0
c'est plutôt un cercle vertueux. Et je dis parfois, c'est très égoïste, quand on me dit, tu passes beaucoup de temps sur la maladie de Charcot, là je reviens de trois jours en Savoie, j'étais à Aix-les-Bains, un très joli endroit, pour parler du dépistage précoce du cancer du poumon. En janvier, j'étais en La Pau-Di pour... courir dans la neige avec toutes les équipes pour collecter des fonds sur la maillie de charcot. Je ne suis pas du tout un héros. On est des centaines, des milliers à le faire, etc. Mais moi, quand je consacre du temps à ça, en fait, eh bien, ça me rend heureux. Je te parlais tout à l'heure d'utilité. C'est l'agapé, en fait. Je me couche ce soir en me disant... Tiens, t'as un petit peu apporté ton petit caillou au truc aujourd'hui, très modestement. Donc quelque part, c'est presque un peu égoïste, tu vois. Je ne suis pas du tout un saint de me dévouer comme ça à des causes. Non, mais parce que ça te nourrit. Je reçois énormément, ça me nourrit énormément.
- Speaker #1
Écoute, cher Pascal, cet épisode touche presque à sa fin.
- Speaker #0
Déjà ?
- Speaker #1
J'ai une question finale pour toi. Qu'est-ce qui compte vraiment maintenant ?
- Speaker #0
Ah, quelle belle question ! Je cherche tous les jours la réponse et d'essayer de pouvoir synthétiser ça d'une façon intelligente, notamment depuis... depuis un an et demi que j'ai appris ma maladie, qu'est-ce qui compte vraiment pour moi ? J'ai tendance à dire, finalement, je vais reprendre ton truc de kiffer. Alors, ça va pouvoir paraître très superficiel et très... Mais voilà, kiffer. Alors, qu'est-ce que tu mets derrière kiffer, Pascal ? Tu mets aussi bien le fait de savoir consacrer du temps à des gens qui en valent la peine. Ma famille, que j'ai longtemps, peut-être, j'ai quatre enfants formidables, quatre fils formidables, je les ai beaucoup aimés et j'ai essayé d'être présent, mais forcément avec une vie un peu trépidante, professionnelle, etc. Je n'étais pas tout le temps auprès d'eux. J'essaie d'être là aujourd'hui davantage, de m'investir dans des causes, de savoir regarder, prendre le temps de regarder. Un coucher de soleil sans regarder ma montre ou mon téléphone portable pour me dire quelle heure il est et est-ce que j'ai pas un truc à faire d'urgent. Enfin voilà, kiffer, kiffer et me dire que chaque journée est un cadeau. Et c'est pas tous les jours facile parce que évidemment il y a plein de journées qui sont pas... Mais bon, quand tu relativises un petit peu, comme je le disais tout à l'heure, on ne vit pas en Ukraine, en Somalie... ou sur les bombardements et donc on pourrait être, je pense, enclin à moins se plaindre qu'on ne le fait.
- Speaker #1
En tout cas, merci Pascal pour cet échange. Merci à toi d'avoir invité. Merci pour ce rappel que le silence nous oblige aussi à nous entendre nous-mêmes.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Merci pour tout.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
A bientôt. Si vous avez aimé cet épisode, pensez à commenter, liker, partager autour de vous. et surtout, abonnez-vous à la chaîne et activez la cloche pour recevoir toutes les notifications. Merci et à très vite.