Speaker #0qui traverse toutes les scènes musicales. Et justement, il y a un événement qui s'est penché sérieusement là-dessus avec de vrais produits secteurs autour de la table. Donc que vous soyez musicien, professionnel de la musique ou juste passionné, je pense que ça vaut le coup de s'y arrêter. Je vous parle du Forum Jazz International qui s'est tenu à Vienne en marge du Festival Jazz à Vienne du lundi 29 juin au jeudi 2 juillet 2026. Et attention, c'est pas un petit événement confidentiel, plus de 400 participantes et participants ont pris part à cette aventure collective. Pendant 4 jours, ce petit monde du jazz, des artistes, des équipes artistiques, des programmateurs et des programmatrices, des producteurs et des productrices, des partenaires institutionnels, des réseaux professionnels, des étudiants, des bénévoles, des intervenants. Et oui, tout ce beau monde s'est retrouvé pour des ateliers, des conférences, des rencontres en tête à tête et bien sûr des concerts. Alors... Quels étaient les objectifs de ce forum ? Il y en avait deux principaux. Le premier, c'était de présenter une sélection artistique. Ça comprenait huit projets régionaux, choisis principalement sur un critère, leur capacité à l'export. Il y avait aussi une sélection artistique du pays mise à l'honneur cette année par le festival. Et en 2026, c'était l'Espagne. Et puis, la programmation du jazz à Vienne elle-même, avec des artistes internationaux, via le dispositif Rezzo, et des artistes internationaux sur la scène du théâtre antique. excusez-nous du peu. Le deuxième objectif, c'était de favoriser les rencontres entre artistes, producteurs, diffuseurs, médias spécialisés, représentants d'institutions. Comment ? Avec deux cycles de speed meetings professionnels, on parle quand même de 400 rendez-vous individualisés et des ateliers et conférences sur des thèmes comme l'export à l'international, la musique à l'image ou encore la production et la diffusion. Maintenant, pour bien comprendre le poids de cet événement, il faut savoir qui est derrière. Et alors là, on parle de grosses pointures de l'industrie musicale française. Le CNM, le Centre International de la Musique, un peu le grand régulateur du secteur. L'Institut français, l'Assasem, la Dami, la Spédidam, ainsi que la Région et la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes. Et concrètement, ce qu'il faut retenir, c'est que ce sont ces structures-là qui décident en grande partie quels artistes touchent des aides et lesquels n'en touchent pas. Donc oui, encore une fois, vivre de sa musique, produire un disque, monter une tournée, trouver des salles, ce sont des questions qui traversent toutes les scènes musicales, pas seulement le jazz. Et c'est bien pour ça que cet événement mérite qu'on s'y attarde un peu. Avant même que les débats commencent, les organisateurs ont posé un constat. Et je vais être honnête avec vous, il n'est pas franchement joyeux. En 2026, le jazz et plus largement toutes les musiques actuelles, dont la neo-soul aussi, et oui, traversent une période compliquée sur le plan économique. plusieurs choses se combinent en même temps. D'abord, les aides qui existaient pour aider les artistes à mieux vivre, comme le fonds PEPS par exemple, cette aide à l'emploi dans le spectacle sont réduites ou réorganisées. Ensuite, la CNM revoit la façon dont il répartit ses moyens. La SACEM qui gère les droits d'auteur, l'ADAMI et la SPEDIDAM qui gèrent les droits des artistes interprètes changent elles aussi leurs règles du jeu. Et puis il y a les villes et les régions qui financent une bonne partie des concerts et des festivals. Et elles ont tendance de plus en plus à préférer investir dans le sport, le patrimoine ou encore les grands événements ponctuels plutôt que dans les salles et les festivals qui font vivre la musique toute l'année. Résultat de tout ça, une question à occuper tout le monde pendant ces 4 jours, une question simple à formuler mais franchement compliquée à résoudre, comment permettre à un artiste de continuer à créer, à tourner, à faire vivre son équipe alors que l'argent public se fait de plus en plus rare et de plus en plus rare. plus en plus difficile à obtenir. Nous, on était sur place le 30 juin et c'est vraiment la journée qui donnait le coup d'envoi de la partie pro du forum. Elle s'ouvrait par une grande conférence de 3h, de 10h à 13h, avec un titre qui pose bien le sujet, « Produire et diffuser le jazz en 2026 vers un nouveau pacte de coopération entre institutions et professionnels. » Et plutôt que de se contenter de dire Tout va mal, les intervenants ont surtout essayé de trouver des pistes concrètes. Il y a trois grandes idées qui sont ressorties de cette matinée. Première idée, travailler ensemble plutôt que se battre pour les mêmes subventions. Face à la baisse de plusieurs aides, l'idée qui revient le plus souvent, c'est de mutualiser. Au lieu que chaque salle, chaque producteur, chaque festival cherche seul son financement dans son coin, l'objectif ce serait de regrouper les moyens et les efforts, que ce soit pour produire un disque, organiser une tournée ou accompagner un artiste à l'international. La deuxième idée, c'est rendre les aides plus simples à comprendre. Ces organismes ont tous récemment changé leur façon de fonctionner. et résultat, beaucoup de petites structures de production ou de diffusion de jazz s'y perdent un peu. Elles ne savent plus vers quel guichet se tourner. Donc une partie de la discussion a porté sur la nécessité de rendre tout ça plus clair pour tout le monde. Troisième idée, défendre la place du jazz dans les choix des villes et des régions. En effet, plusieurs intervenants ont souligné un point important. Quand une mairie ou une région doit arbitrer, le concert régulier tout au long de l'année a de plus en plus de mal à exister face à des événements ponctuels. plus spectaculaire, plus rentable en termes d'images politiques, et le jazz en tant que musique de niche en fait particulièrement les frais. En parallèle de cette conférence, la journée proposait aussi un cycle consacré à la musique à l'image, donc composé pour le cinéma, la série, la pub, avec une présentation des formations qui existent et des aides financières de la SACEM sur Screno. Et c'est un signe assez intéressant, de plus en plus la musique à l'image est vue comme... une vraie porte de sortie économique pour les musiciens de jazz, un moyen de diversifier ses revenus quand les concerts ne suffisent malheureusement plus. Alors qu'est-ce qu'il faut retenir de cette journée ? Au-delà des discours, l'idée qui traverse toute la matinée, c'est qu'il ne suffit plus de réclamer plus d'argent public. Il faut aussi que les financeurs et les professionnels du terrain apprennent à mieux travailler ensemble, avec des règles du jeu plus claires et des efforts mieux répartis. C'est exactement ce que les organisateurs appellent ce fameux nouveau pacte de coopération. Bon, derrière tous ces débats de spécialistes, ce qui se joue au fond, c'est la vie quotidienne des musiciens. Et la réalité dans le jazz, elle ressemble à ça. D'abord, il y a des failles de l'intermittence et de l'isolement. Ce régime permet certes de vivre de sa musique, mais ça reste une source de revenus limitée, avec un équilibre trop fragile pour investir dans le recrutement d'une équipe de salariés permanents. Ensuite, il y a la dépendance à des diffuseurs fragilisés. Les concerts se jouent principalement dans des festivals et des salles de taille moyenne qui sont... elle-même fragilisée par les politiques budgétaires des villes et des régions dont on vient de parler. Il y a aussi le fait que jouer à l'étranger est souvent idéalisé, sans être bien structuré. Alors oui, l'international, c'est l'un des plus grands objectifs du Forum, et ça peut vraiment aider un artiste à mieux vivre de sa musique, mais dans les faits, c'est compliqué d'y accéder. Il faut du temps, de l'argent d'avance, et un bon carnet d'adresses pour montrer les dossiers, et ça, beaucoup d'artistes musiciens ne l'ont tout simplement pas. Enfin... Il y a la nécessité de diversifier les sources de revenus. De plus en plus, les artistes doivent trouver d'autres sources de revenus en plus des cachets de concerts, donc composition pour l'image, cours, médiation culturelle. C'est une nécessité plus qu'un choix et ça laisse parfois moins de temps pour la création en elle-même. Et c'est justement pour répondre à ça que le Forum a mis en place son système de speed meetings. Deux journées, deux rendez-vous individuels. Une journée pour les rencontres avec les pro-français, une autre pour les rencontres internationales organisées par le CNM. et l'Institut français. L'idée, c'est de permettre à des musiciens qui n'ont pas forcément de créneau tout fait de rencontrer directement les bonnes personnes sans passer par les circuits habituels, souvent plus fermés. En fait, le Forum Jazz International, c'est un bon exemple pour comprendre comment un petit milieu musical comme le jazz s'organise pour tenir debout malgré des moyens publics de plus en plus limités. Et en gros, ça fonctionne à plusieurs niveaux. Il y a d'abord un réseau local, JazzRA, à l'échelle de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui coordonne les acteurs du coin et fait remonter... Il y a un gros festival jazz à Vienne qui sert de vitrine. C'est lui qui attire le public et les moyens logistiques nécessaires pour organiser un événement pro de cette taille. Il y a également les institutions nationales, déjà citées plus haut, plus l'Institut français qui apporte l'argent, l'expertise et les contacts à l'international. Mais sans pour autant décider à la place des gens de terrain. Il y a les collectivités locales, la région, la DRA qui inscrivent. Tout ça dans une politique culturelle de territoire. Et puis, il y a les professionnels eux-mêmes, artistes, producteurs, diffuseurs, à qui on donne l'occasion de se parler directement, comme lors des rendez-vous en tête-à-tête dont je vous parlais, plutôt que de simplement recevoir des aides décidées d'en haut. Ces cinq niveaux qui s'emboîtent montrent bien qu'un petit secteur musical comme le jazz ne peut pas tenir tout seul. Il a besoin d'un lien entre le public et le privé, entre le local et le national. Et c'est exactement cette collaboration à toutes les échelles que la conférence du 30 juin appelait à renforcer. Alors pour résumer tout ça, un an après sa première édition, le Forum Jazz International s'impose vraiment comme un rendez-vous régulier pour le secteur. Cette deuxième édition était plus ambitieuse que la première avec un focus sur l'Espagne. Le pays mis à l'honneur par le festival cette année et une sélection de huit groupes régionaux mis en avant. Bref, tout ça montre que l'événement est fait pour durer et que ce n'est pas juste un coup d'essai. Le message qu'on retient de cette édition et surtout de la journée du 30 juin, c'est celui d'un milieu qui ne se contente pas de se plaindre du manque de moyens, mais qui essaye activement de trouver des solutions en travaillant main dans la main, financeurs, diffuseurs, producteurs et artistes. Reste maintenant à voir si ces belles intentions déboucheront sur de vraies mesures concrètes d'ici la prochaine édition ou si elles resteront, comme c'est souvent le cas dans ce genre de rencontres, de simples paroles en l'air. Et voilà, c'est tout pour cet épisode de Memory Lane, Secret of Sen et de Studio. Merci de m'avoir écouté et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode.