- Alban
T'as mentionné le sentiment de 6 degrés de séparation.
- Olga
Ah oui, c'est marrant. Est-ce que tu peux me raconter ? Tu disais tout à l'heure aussi qu'en Norvège, c'est petit, tout le monde se connaît. Le réseau, c'est super important pour trouver un travail. Tu vas dans des soirées, il y a toujours quelqu'un qui connaît. Une copine de ta collègue, ou c'est la cousine de machin. C'est toujours comme ça.
- Lucie
Il y a toujours une connexion.
- Olga
Il y a toujours une connexion. Et c'est pour ça aussi qu'il faut faire un peu attention à ce qu'on dit.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous. sur un nouvel épisode de Sous les Aurores.
- Alban
Aujourd'hui, nous recevons deux invités spéciales. La première, Alma, qui est toujours là, si vous nous regardez en vidéo, qui vient toujours dire bonjour aux invités et demander des caresses. Mais la deuxième et la plus importante qui nous a rejoints.
- Lucie
On va commencer par une petite présentation. Est-ce que tu pourrais nous dire comment tu t'appelles ? Depuis combien de temps vis-tu en Norvège ? Dans quel domaine travailles-tu ? Et si tu peux nous partager un petit culture-choc que... Tu vis au quotidien ou quand tu es arrivée en Norvège ?
- Olga
Bonjour, merci de me recevoir chez vous, c'est super sympa. Je m'appelle Olga Lotharington. C'est un peu spécial parce que je suis norvégienne, mes parents sont norvégiens, mais j'ai grandi en France. Je suis arrivée la première fois en 1995, ça fait 30 ans, bientôt. Et j'étais au lycée français d'Oslo. Ensuite, je suis rentrée en France. en 2001 et je suis revenue en Norvège en 2008. Donc maintenant, ça commence à faire aussi quelques temps. Je travaille dans l'IT, disons. Je suis chef de projet dans des projets SAP. Alors moi, quand je suis arrivée en Norvège, évidemment, j'ai quand même de la famille norvégienne. Donc je n'ai pas eu le grand choc. Et en plus, j'ai commencé dans une école française. Peut-être pas le plus grand choc, mais je dirais... Surtout en 1995, on n'avait pas beaucoup de choix dans les magasins, disons. On ne pouvait pas choisir grand-chose. Je me rappelle les yaourts, par exemple. En France, tu as tout un rayon rien qu'en yaourt nature. En Norvège, tu as un yaourt nature. Maintenant, peut-être deux. Donc, le choix, la diversité. Je comprends. Tout ce qui était nourriture, surtout à l'époque.
- Lucie
Déjà, nous, on l'a senti en venant. Des années plus tard, donc j'imagine à cette époque-là, qu'il y avait encore moins de...
- Olga
Ça a beaucoup changé quand même. Mais c'est vrai, il y a quand même toujours une différence. Je vois tous mes amis français à chaque fois ramènent une tonne de France. Même du sirop de grenadine. Oui, des trucs un peu improbables. Mais ça a évolué quand même.
- Lucie
Et du coup, tu nous disais que tu es norvégienne, grandie en France. C'était où en France que tu as grandi ?
- Olga
Je suis née à Marseille, exactement. Mais j'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Cotignac, qui est dans le Var. A peu près 2000 habitants, plus ou moins. J'ai grandi là. Ah oui, au soleil.
- Lucie
Ça a dû être peut-être aussi un petit choc, ça, en arrivant. La différence dans son allégement.
- Olga
Oui, alors le choc, il arrivait un peu plus tard. Parce qu'à un moment donné, j'habitais à Trondheim. Et là, j'ai vraiment senti la différence.
- Lucie
Trondheim, qui est une ville beaucoup plus au nord.
- Olga
vraiment un hiver interminable. Là, j'ai senti que c'était vraiment un peu trop. Même si j'avais été en Norvège plein de fois, en vacances. Je connaissais, je savais comment c'était, mais c'est vrai que d'y vivre, c'est pas pareil. Mais c'est pas vraiment le temps, le froid qui m'a le plus... Peut-être parce qu'on voyage souvent, régulièrement en France, on va à Nice, on va...
- Lucie
Ouais, c'est clair. Tu prends ta petite cure de soleil. Est-ce que tu peux nous parler un peu, du coup, Pourquoi t'es revenue en Norvège ? Déjà pour le lycée ?
- Olga
Pour le lycée, c'était raison familiale, générale en fait. Tes parents sont aussi revenus en Norvège ? Mon père était rentré en Norvège. J'étais au lycée français parce que mon niveau de norvégien, il n'était pas... À ce moment-là, il n'était pas encore... Quand j'étais petite, en France, mes parents, mon père me parlait en français. Alors qu'il est norvégien, il parlait en français et ma mère me parlait toujours en norvégien. Mais moi, je répondais toujours en français parce que pour moi, le norvégien, je ne comprenais vraiment pas l'utilité vu que tous mes amis étaient français, l'école était en français, donc je ne voyais pas du tout pourquoi.
- Alban
Je peux te demander comment ça s'est qu'il avait un si bon français, ton père ?
- Olga
Mon père est traducteur.
- Alban
D'accord, ok.
- Olga
Et donc, il avait étudié à Aix-en-Provence quand il était plus jeune.
- Alban
Il y a des gens très très bien qui ont étudié à Aix-en-Provence. Autour de cette table.
- Olga
Moi aussi, j'étais au lycée avec son professeur.
- Alban
Oui, j'ai vu ça.
- Lucie
Trop drôle.
- Olga
Mon norvégien était vraiment très mauvais quand je suis arrivée. En plus, c'était un norvégien à l'ancienne, puisque c'était celui de mes parents et de ma famille. Ce n'était vraiment pas l'argot ou les mots de jeune. Je parlais comme une vieille dame, en fait. Mon H aspiré était terrible. Je ne savais pas dire. Etus, Hest, je disais.
- Alban
Maison au cheval, d'accord. Plus à la française du coup,
- Olga
un peu. Et l'intonation aussi. Mais ça, c'est quelque chose, une des choses les plus dures à avoir, c'est la bonne intonation dans les phrases. Même aujourd'hui, alors que j'ai vécu assez longtemps en Norvège, ça m'arrive, si je suis fatiguée, je ne veux pas avoir la bonne intonation.
- Alban
Ça peut être un problème de compréhension pour les autres personnes si tu n'as pas la bonne intonation ou quand même pas ?
- Olga
On sent qu'il y a comme... Mais comment ça se fait ? Il y a quelque chose de bizarre. Je décède dans ton norvégien, quelque chose de pas de sens norvégien.
- Alban
Trop rigolo.
- Olga
Mais ça n'empêche pas de comprendre ce qu'on dit. C'est juste, du coup, on se demande... Est-ce qu'elle est
- Alban
90% norvégienne ?
- Lucie
Et comment ça s'est passé, cette première expérience en Norvège ?
- Olga
Dans les années 90 ?
- Lucie
Oui.
- Olga
Alors bon, c'est aussi un autre âge. Non, c'était... Moi, je trouvais que... En même temps, c'était l'école française. C'était pas non plus si différent.
- Alban
T'étais contente ?
- Olga
Sur le moment, non. C'est comme tout, quand on veut faire un grand changement. Toi, tu étais avec tes amis en France, mais bon, en même temps, ça s'est très, très vite fait. À l'école française, quand je suis arrivée, c'était tout de suite accueilli à bras ouverts.
- Alban
Tu étais en quelle classe, là,
- Olga
du coup ? En première.
- Alban
Première, OK. Oui, donc un âge pas forcément facile pour bouger. Parce que oui, tu as tous tes amis en général bien établis.
- Lucie
Mais l'intégration s'est bien faite et la vie norvégienne, tu as plutôt apprécié ?
- Olga
Oui, alors les amis que j'avais à l'école française, ce n'était pas non plus des grands skieurs, ce n'était pas typiquement norvégien. Dans le sens, on était un peu entre les deux. Et en fait, ce qui était bien pour moi, parce que même en France, je n'étais pas tout à fait française non plus, puisque ma famille était norvégienne. Donc, c'est la première fois où je me retrouvais dans un environnement où les gens sont vraiment comme moi, à moitié français, à moitié norvégien. C'était une bonne expérience. C'est une petite école. Je passais d'un lycée où on était 30 dans la classe, où les choses se passaient, c'était assez impersonnel. On était 2000, je crois, aussi. C'était un gros lycée avec tout plein de gens qui venaient de tous les villages aux alentours. À une école où, à l'époque, on était peut-être à peu près comme maintenant 500, je pense. Mais dans la classe, on était, je ne sais pas, moins d'une quinzaine. J'étais en littéraire après et on était quatre.
- Alban
Oui, c'est ça qui était intéressant, c'est parce que dans ton formulaire de préparation, tu parles de l'école. Avec Lucie, on discute souvent avec les invités qui sont régulièrement parents du système norvégien, de l'école française, les plus, un peu les contre. Nous, au final, pour l'instant, nos enfants sont toujours dans le système norvégien, ils sont toutes petites. Et moi, j'ai tendance à voir le système français comme très rigide et quelque part, je dis que j'ai voulu quitter le système, en tout cas. travail français parce que trop lourd pour venir en Angleterre pour avoir un meilleur équilibre de vie alors pourquoi choisir de mettre mes enfants dans un système que je trouve plus strict, plus lourd mais ce que j'apprends un peu plus au travers de tes réponses c'est que certes c'est l'école française mais tu dis beaucoup plus proche de l'enfant parce que il y a beaucoup moins d'élèves dans la classe par exemple
- Lucie
Oui c'est pas comme l'école en France On se retrouve à 30 Le fait qu'il y ait beaucoup moins d'élèves c'est hyper positif comparé aux écoles
- Olga
Surtout les classes primaires il y a beaucoup d'élèves quand même moins je pense peut-être que dans une école française normale mais après plus ça va dans le collège, dans le lycée et plus les classes sont petites donc ma fille était « Russe » , c'est aussi quelque chose à connaître, parce que moi, j'étais russe aussi quand je suis arrivée.
- Alban
Alors, quand on dit « russe » , ce n'est pas qu'elle était russe, de Russie avec un accent. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est ?
- Olga
Oui, alors c'est une vieille tradition norvégienne où ceux qui passent leur bac… Alors, « russe » , c'est un diminutif d'un mot latin, donc je ne sais plus lequel. Les élèves qui passent leur bac fêtent, en fait, la fin de leur scolarité, mais ils le fêtent même… avant de passer les examens, ce qui est assez bizarre. Mais bon, pour les élèves de l'école française, c'est aussi un peu bim. Parce qu'ils ont beaucoup de travail en même temps, ils font quand même bien la fête. Moi, quand j'étais russe en 97, donc...
- Alban
Ça me fait trop rire. Mais depuis, qu'est-ce que tu as dit ?
- Olga
Ça s'est très bien passé. Donc nous, on avait un bus à l'époque. Rien à voir avec les bus qui se font aujourd'hui. Et donc, c'était un bus. On avait un chauffeur de bus aussi qui nous emmenait à Trivane, où il y avait de la musique, on faisait la fête. C'est ça,
- Lucie
c'est que les élèves achètent un bus, non ? Oui,
- Olga
alors nous, on avait acheté un bus et après, on n'avait pas réussi à le revendre. Ça a été un peu difficile, mais oui, on l'avait acheté à la classe d'avant. Et là,
- Lucie
la fête dedans, du coup,
- Olga
oui, bouger, faire la fête. Après, tu peux inviter des gens d'autres écoles et tout ça.
- Alban
Mais en général, est-ce que tu restes très proche d'Oslo ? Tu réunis vraiment autour ? Non,
- Olga
on n'est pas parti très loin. Je crois qu'on est allé à Tusnflid.
- Alban
Oui, qui est le parc d'attractions à une demi-heure d'Oslo à peu près.
- Olga
Et puis, à part ça, on n'avait pas fait des grandes choses. Mais bon, je crois que les nouvelles générations, ils font beaucoup plus avec leur bus que ce que nous, on faisait. Par contre, une fois, on était venu chercher ma mère à l'aéroport. À l'époque, c'était à Fournambou.
- Alban
Oui.
- Olga
Avec le bus. C'était trop drôle.
- Alban
Allez, maman, on t'embarque.
- Lucie
C'était un bus que vous putomisez. Oui, nous,
- Olga
on l'avait peint et je ne sais plus comment on l'avait appelé. Je crois que c'était une époque où il y avait les problèmes avec la vache folle. Je crois qu'on l'avait appelé la Vaca Low.
- Lucie
Peut-être pas mal.
- Olga
On avait un système de musique et tout ça, mais bon, ce n'était pas les sonos qu'on a aujourd'hui. Et comme on ne pouvait pas bien le fermer, il fallait qu'on dorme un tour de rôle dans le bus.
- Alban
Ah oui.
- Olga
c'est ça qui a posé problème pour la revente il y avait plein d'autres choses donc oui maintenant l'école française n'avait pas de bus mais ils avaient un concept et ils ont sorti des logos ils ont essayé de voir aussi de faire plein d'autres choses il y a plein d'autres choses autour de ça c'est un gros business entre tout le merchandise les tenues, les étoiles collants c'est une tradition qui perdure après j'ai entendu qu'il y a eu
- Lucie
des rumeurs comme quoi ils voulaient l'arrêter.
- Olga
Oui, mais non, les bus qu'ils ont aujourd'hui sont beaucoup plus gros. Et ils ont mis aussi les sièges sur les côtés, ce qui est très dangereux, en fait. Et je ne pense pas qu'ils aient des... Enfin, ils sont tous debout. Donc pour, je crois, 2026, ça va être interdit, ce qui est un gros problème, parce qu'il y a certains élèves qui ont acheté des bus très, très chers, qui ne pourront pas leur vendre. Et donc, en fait, c'est les parents, en général, qui vont acheter. Ou alors, ça fait des années qu'ils travaillent à vendre des papiers de toilette et des choses comme ça.
- Alban
Pour se faire le rapport. Est-ce que tu as une idée du coût d'un bus ?
- Olga
Ça peut aller à des millions.
- Alban
Des millions de nocs. Donc des centaines de milliers d'euros plus ou moins.
- Olga
Ils sont partagés par une classe de, je ne sais pas moi, ils sont peut-être une trentaine. Donc ça fait même une grosse somme. Mais ils commencent en général à économiser déjà en seconde.
- Lucie
Ils ont trop lent pour économiser. Mais déjà,
- Olga
il faut savoir dans quel bus.
- Lucie
Ça sera arrêté pour nos filles, normalement.
- Alban
Avant que ça devienne autre chose.
- Olga
Oui, mais c'est vrai qu'autour de tout ça, il y a une grosse pression d'être dans le bon bus. C'est magique. Ce n'est pas juste la tenue pour le bal.
- Lucie
Parce que ce n'est pas forcément la classe.
- Olga
Ça peut être des sous-groupes. Ça peut être des groupes dans la classe aussi. Ça peut être le bon groupe.
- Alban
Il faut être dans le bus cool.
- Olga
Il faut être dans le bus cool. Ça peut aussi être... Ça te suit un peu dans la vie après, parce que si tu étais dans le bus cool, tu vas peut-être aussi garder des amis très cools pour avoir des boulots très cools.
- Lucie
Non, mais c'est vrai, on parle souvent ici du network norvégien, parce que c'est quand même un petit pays. Oslo, c'est assez petit. Et c'est vrai que ça, on dit que les gens se connaissent depuis tout petit. D'ailleurs, les Norvégiens qui sont nés ici et qui restent ici. Et ça ne m'étonne pas que les amis du bus restent pour la vie. et du coup il faut bien choisir ton bus c'est ça la morale je pense que ça va peut-être être moins important ça va évoluer sur autre chose peut-être,
- Alban
puis aussi comme tu dis le timing parce que faire la fête à fond avant ses examens c'est délicat c'est incroyable que d'ailleurs les examens se passent bien quand même je pense que pour la plupart ça se passe bien quand même oui c'est tellement admis qu'on s'y attend et puis on s'organise en fonction peut-être
- Lucie
C'est vrai que pour nous, parents français, ça serait un peu bizarre que nos enfants fassent la fête avant d'aller passer les examens. Parce qu'en France, quand on passait le bac, il y avait une grosse fête, mais après, pour se détendre.
- Olga
Mais il y a eu un changement aussi depuis que nous on était, parce que le bac, maintenant, c'est beaucoup du contrôle continu. Ça aussi dans le système. Quelque part, il y a un petit peu moins de pression que quand nous on passait le bac. Oui, c'est vrai. Mais quand même.
- Alban
Il y a beaucoup d'expérience. J'ai plein de choses à apprendre, en fait. C'est clair,
- Lucie
il faut qu'on se mette un peu à la page.
- Alban
J'ai déjà tellement vieux que les choses ont évolué.
- Olga
Ça passe vite, maintenant.
- Alban
Oui, c'est incroyable.
- Lucie
Est-ce que tu peux nous donner un petit aperçu de ton expatriation, ce que tu as fait après le lycée ?
- Olga
Après le lycée, je suis partie d'abord étudier à Kristiansand.
- Alban
Ok. Où, en Norvège ?
- Olga
C'est dans le sud de la Norvège. c'est tout petit d'ailleurs c'est une petite ville mais très sympathique et donc il y a le High School New York Ditch là-bas enfin à l'époque c'était ça,
- Alban
maintenant je sais pas ce qu'il y a c'est l'équivalent de quoi tu dirais ?
- Olga
Alors c'est pas l'université, si tu traduis directement ça veut dire grande école, mais c'est pas une grande école à la française.
- Alban
Peut-être comme un IUT, quelque chose comme ça, ou pas non plus ?
- Olga
Post-bac. Quelque chose post-bac, je sais pas exactement comment tu parles. Et pas l'université non plus, ok. Là j'ai commencé avec du norvégien, parce que mon niveau de norvégien du coup il était pas extraordinaire. J'avais donc fait deux années à l'école française, donc c'était pas beaucoup. Et là, j'ai découvert le Nynorsk et plein d'autres choses.
- Alban
Est-ce que tu peux nous dire un petit peu Bukmål, Nynorsk ?
- Olga
Donc en Norvège, on a deux langues officielles. On en a une qui s'appelle Bukmål, qui est en fait des rives du Danois plus. Et le Nynorsk, qui date de l'époque où la Norvège s'est plus ou moins devenue indépendante et a créé sa langue où Ivar Olsen est parti dans tous les petits patelins norvégiens et a essayé de rassembler. toutes les informations pour créer une nouvelle langue, qui n'est en fait pas une nouvelle langue, c'est la langue vraiment des Norvégiens.
- Alban
Il a fait son Esperanto de la Norvège. C'est ça.
- Olga
Mais qui est plus proche du norvégien parlé un peu partout. C'est vrai que quand on dit à Oslo, on parle plutôt Bukmål, parce que ça vient des gens qui ont été à l'école, en gros. Et dans les campagnes, on parle plus proche du Nynorsk.
- Lucie
D'accord.
- Olga
Et à l'école française, on avait peut-être appris un tout petit peu, mais pas beaucoup. Alors que dans Christian Sand, ça faisait partie, c'était un des examens. C'était en une, en jusqu'ici. C'est différent, en fait. Il y a beaucoup de grammaire qui est différente. Les mots sont différents. Ça s'est passé quand même.
- Alban
C'est à niveau de ce côté-là. Oui,
- Olga
c'était intéressant. J'ai fait ça pendant un an. Et puis après, j'ai voulu... Ah oui, ce qu'on fait en Norvège, c'était le hex. phil et ex fac. C'est un peu la philo qu'on fait au lycée en France. C'est une des matières que tu dois passer à l'université en Norvège. Et là, il y avait une possibilité de faire ça en Grèce. Et là, on est parti avec 50 étudiants norvégiens sur une île grecque pendant l'été.
- Lucie
Moi aussi, je veux faire la philo.
- Olga
Ça aussi, c'est un petit choc culturel. C'est des Norvégiens en vacances dans le sud qui aiment beaucoup beaucoup boire, beaucoup de bière. Et les boîtes de nuit grecques qui faisaient du, comment ça s'appelle ? Pas du open bar, mais tu vois, tu payes une entrée, puis pratiquement...
- Alban
Pas mal de conso et tout, quoi.
- Olga
Oh là là, oui.
- Lucie
Je ne te rappelle pas beaucoup de la philo.
- Olga
Non, mais c'était une belle expérience. Ça a duré, c'était combien de temps ? C'était un été.
- Alban
Un été,
- Olga
ça. Oui, peut-être un mois ou quelque chose comme ça. Et après ça, je suis partie à Tourneham.
- Alban
Donc là, retour plus au nord.
- Olga
Là, c'est NTNU qui est connu plutôt pour ses études techniques. Mais moi, je n'ai pas vraiment été dans cette voie-là. Moi, j'ai fait un peu d'autres choses. J'essaie de tester un peu les différentes choses.
- Alban
On parlait justement hier un peu du niveau des universités norvégiennes et si certaines sont reconnues à l'international et tout ça. Je ne m'y connais pas super bien, mais NTNU, je crois qu'elle est, en général, au moins en Norvège, elle est perçue comme une unité très bonne, si ce n'est la meilleure.
- Olga
Oui, pour les écoles d'ingénieurs, c'est la meilleure. Et puis après, quand tu as fini, tu as un genre de...
- Alban
Une chevalière ?
- Olga
Oui, quelque chose que tu as fait.
- Alban
Elle ressemble à quoi ?
- Olga
Elle est assez discrète, mais les gens qui savent, savent.
- Alban
Il n'y a pas une petite boule dessus ?
- Lucie
Si,
- Olga
c'est ça.
- Lucie
Est-ce que tu n'as pas ta chevalière ? Oui.
- Alban
J'ai tellement de trucs à... À chaque fois qu'on reçoit des invités, je me prends une to-do list.
- Olga
Ah oui, mais bon. Pour reprendre les études, alors.
- Alban
Oh, punaise.
- Lucie
C'est marrant, ça, que tout le monde sorte avec une... Parce que ça fait un peu, du coup... En France, on a... Comme aux États-Unis, confrérie, quoi.
- Olga
Ouais. Je ne sais pas s'il y a l'équivalent en France.
- Alban
Je ne sais pas si tu peux retourner avec des chevalières, mais tu as ces trucs de... C'est quoi les grosses écoles où tu es aussi très... Polytechnique. Voilà, ce genre d'école, exactement. Bon,
- Olga
en tout cas...
- Lucie
Ils ont fait NTNU.
- Alban
Et donc, toi, tu as fait quoi déjà là-bas, tu as dit ?
- Olga
Moi, j'ai fait... C'est une époque où je cherchais un petit peu à savoir ce que je voulais faire. Ça aussi, ça fait partie des choses en Norvège qui sont un peu plus...
- Lucie
C'est OK de le faire.
- Olga
Oui, c'est OK. Alors qu'en France, j'ai ensuite compris que normalement, tu as un projet professionnel dès la sortie du lycée. Et ça, pour moi, c'était une grosse découverte. Tu apprends des choses là, mais là, ça a été un choc. aussi parce que mes parents sont norvégiens donc forcément eux ils n'ont pas inculqué un peu ce truc d'essayer de bien sûr donc moi j'étais plutôt là à chercher ce que je veux faire etc et puis au bout d'un an à Tournheim j'ai senti que je ne pouvais pas vivre dans cette ville j'aimais beaucoup, c'était une très belle ville le milieu étudiant était extraordinaire il y a une espèce de grande maison ronde qui est très très connue où il y a plein de différentes activités, des associations d'étudiants. C'était très vibrant, comme on dit. C'était super sympa. Et après, en été, quand les étudiants partaient, rentraient à leur maison, c'était mort total. Et l'hiver était absolument trop long. Mais par contre, comme vous vivez ici, c'est pareil, la proximité à la nature, c'est là où j'ai découvert les sorties en ski, comme ça. Tu sors de ton appart d'étudiants, tu es allé ski au pied. Ça, c'était quand même extraordinaire.
- Alban
Ça me fait penser, j'ouvre une parenthèse. Tu as vécu en France jusqu'à la première.
- Olga
Oui.
- Alban
Est-ce que tu faisais déjà des allers-retours pour les vacances, par exemple, voir de la famille ?
- Olga
Oui. On venait toujours en été, assez longtemps. Mes deux parents n'avaient pas un travail où ils avaient des heures de bureau, etc. On pouvait partir quand on voulait vraiment. on partait en été et souvent on allait ici on passait Noël à Lomedal et là on faisait un peu de ski mais j'avais Lomedal c'est pas très loin d'ici et de là on pouvait faire du ski mais donc à chaque fois moi j'avais pas mes propres skis j'utilisais ceux de ma cousine qui était nettement plus grande que moi et donc quand t'as pas le bon équipement, le ski de France c'est horrible c'est un très mauvais souvenir voilà Tu tournes tout le temps. Et voilà, c'est ça.
- Alban
Il y a le poids qui compte beaucoup, il y a la flexibilité du ski, il y a plusieurs paramètres.
- Olga
Du coup, jamais le bon type de... Tu sais, de...
- Alban
De cire.
- Olga
Oui. Ou alors, tu pars en arrière, tu n'arrives jamais à avancer. Les autres, ils sont super loin, tu arrives toujours derrière. Pas une très bonne expérience, ce qu'ils te font. Donc c'est vraiment un tournage que j'ai eu bien meilleur parce que je me suis acheté ma paire de skis, avec les bons conseils du vendeur, qui d'ailleurs apprend les gardes et ça évolue tellement aussi dans ce niveau-là que mes skis de l'époque, maintenant je les ai, je m'en suis débarrassée, ils étaient énormes, super lourds.
- Lucie
Ah ouais, maintenant c'est tellement légers.
- Olga
Et à l'époque, je ne savais pas.
- Alban
Nous, c'est vrai que c'est un... Ça a été la révélation d'acheter notre matériel de ski de fond. Lucie était déjà très bonne en ski de descente, ski alpin. Moi, bon, des hauts et des bas. Mais on s'est acheté la première année nos skis de fond, sur de bons conseils, comme tu l'as dit. Et ça a été top parce qu'avec déjà des bases de ski, alors c'est différent, mais ça nous a servi à être rapidement autonomes, on va dire. Et cette liberté, une fois que tu as tes skis, notamment dans Oslo, c'est ce qu'on connaît, tu prends ton métro, tu vas au bout de la ligne, d'un côté ou au bout d'une ligne de bus, et c'est parti pour skier. Tu as connu un peu cette liberté à ce moment-là ?
- Olga
Oui, mais là, c'était fantastique, parce qu'on était dans une petite... C'était un truc d'étudiant. Voilà. C'était juste à côté de la forêt, vu que...
- Lucie
Non, mais ça, c'est le paradis, quoi. Je ne sais pas s'il y a beaucoup d'étudiants en France qui... qui font ces activités là-bas. Oui, voilà, dans les montagnes.
- Alban
Ça me fait penser aussi à quand j'ai fait mon échange en Finlande. C'était pareil, où les résidences étudiantes étaient...
- Lucie
Tu disais du ski ?
- Alban
Ben non. Mais on était dans la forêt, on était en bordure de forêt, et ce cadre était magnifique. Et je pense que c'est une des raisons aussi pour lesquelles je me suis dit... Il y avait un appel, quoi. Tu vois, ça me parlait beaucoup de mettre les étudiants déjà au vert comme ça. Je trouvais ça génial. Mais il m'en manquait le ski.
- Lucie
donc on est au bon endroit après je dis ça mais moi j'ai quand même étudié à Marseille au milieu des Calanques à Lévis, c'était aussi pas mal niveau nature c'était trop beau,
- Olga
il n'y avait pas la neige mais c'était aussi hyper beau et donc après je suis revenue un peu à Oslo et là j'ai fait une année où j'ai travaillé un petit peu comme on dit, vicar des remplacements pendant une année Pardon. Toujours un peu à la recherche de qu'est-ce que je ferais quand je serais grande. Ah, mais je pense que je suis pratiquement grande.
- Alban
Il faut que ça se précise.
- Olga
Et c'est là que j'ai un ami qui m'a vraiment conseillé de me prendre en main et de faire quelque chose d'un peu plus sérieux. Et j'ai postulé. Alors à l'époque, on pouvait postuler en tant qu'étudiant étranger dans des écoles, les grandes écoles françaises. Il y avait cinq écoles à l'époque. Alors, je fais toutes les cinq, du coup. Allez,
- Alban
voici sa mort.
- Olga
Et puis, j'ai eu une place, je crois, j'avais eu à l'EM Lyon et à Nice aussi, et puis à l'ESCP. Et du coup, j'ai choisi l'ESCP.
- Lucie
Ok.
- Olga
C'était très bien. J'étais vraiment contente. C'était super. Et je suis arrivée en 2001 à Paris.
- Alban
Est-ce que tu penses que c'est toujours avec peut-être un diplôme de NTNU ? Est-ce qu'en général, ça t'ouvre les portes aussi de... Grandes écoles comme ça en France ou c'est moins vrai aujourd'hui ?
- Olga
Je ne sais pas exactement. Je vois juste par rapport à ma fille qui est à l'école française et qui a fait le parcours sup comme tous les autres élèves français. Ma fille a des résultats tout à fait convenables, mais ce ne sont pas des 19 et des 20. Ce sont des notes normales. Pour les grandes écoles, je crois qu'il faut vraiment être au top. Je sais que les élèves qui ont de très bonnes notes, ils ont eu des bonnes écoles, mais ils n'ont peut-être pas eu les écoles qu'ils voulaient à la base, parce qu'il y a un genre d'algorithme aussi dans le Parcoursup qui prend le classement de l'école, plein de choses comme ça en compte. Et quand les écoles reçoivent des milliers de sous-délectures, il y a un gros filtre derrière.
- Alban
Parcoursup, c'est un peu comme nous pour les places en Barnet-Agueux, à la crèche, en Norvège. Il y a des logiques qu'on n'est pas trop au courant.
- Olga
Je crois que ce n'est pas facile de savoir exactement l'algorithme derrière qui fait que ça... Il y a plein de choses, il y a plein de facteurs dedans, plein de paramètres. Oui,
- Lucie
mais surtout là, en fait, elle reste dans le système français. Je lui dis c'est français, elle va dans le système français. Oui, c'est ça aussi. Je me demande, en passant par l'université norvégienne, est-ce qu'il n'y a pas des passerelles un peu plus faciles ?
- Olga
Parce que moi,
- Lucie
j'ai fait deux ans de prépa en France pour avoir le SCP. Bon, je ne l'ai pas eu.
- Olga
Ma fille a une amie qui a été à un lycée norvégien je ne sais plus quel lycée et elle est rentrée à l'ESCP direct Post-bac après le lycée norvégien Donc ils ont un bachelor maintenant aussi
- Alban
Tu vois c'est super intéressant parce que je me dis peut-être qu'en tant que, comme tu l'as fait en tant qu'étudiant étranger il y a peut-être des passerelles un peu moins compétitives
- Olga
Bon alors à l'ESCP c'était clair que les étudiants étrangers ils n'avaient pas le même stade que les étudiants qui avaient fait la prépa, etc. Donc, bon.
- Alban
Il n'y avait pas de bague.
- Lucie
Oui, mais bon, après, une fois que tu l'as sur ton CV, qu'est-ce que...
- Olga
L'important dans cette école, c'est aussi de faire les connaissances. Exactement.
- Lucie
Et puis après, de décrocher les bons stages et les premiers emplois. Donc, bonne expérience à Paris, à l'ESU. Oui, super.
- Olga
C'était... Donc, le SCP, c'est vers République. C'est un quartier aussi qui bouge bien. Moi, j'habitais dans le 13e, qui n'était pas un quartier qui bouge autant, mais qui a beaucoup changé depuis. Ça a été un grand changement depuis que je retourne. Bon, on était beaucoup dans le 11e, en fait, quand même, rue Oberkampf. Bref.
- Lucie
Ça, ça n'a pas changé.
- Alban
Même moi qui ne connais pas bien Paris.
- Olga
Tu connais cette rue.
- Lucie
Et ça t'a donné envie de rester en France ? Oui,
- Olga
alors à la base, j'ai rencontré aussi le père de mes enfants, que je connaissais déjà, même qu'au Tignac, donc c'est une vieille histoire. Qui est français ? Qui est français,
- Lucie
complètement français.
- Olga
Et on vivait ensemble à Paris. À la base, on était vraiment très très bien. La vie parisienne, elle est excellente. Étudiant norvégien, c'est bien parce qu'on a un peu d'argent. On a le Lundkassen qui est assez généreux aussi, qui permet de...
- Alban
Comme des bourses ? Oui,
- Olga
alors les bourses norvégiennes qui s'appellent Lundkassen, c'est très, très égalitaire, disons, à la base, parce que ça permet à toutes les familles que tes revenus soient super élevés ou pas, d'étudier absolument où tu veux. L'État norvégien m'a payé les frais de scolarité de l'ACP, que je ne paye jamais. pu payer par moi-même ni ma femme.
- Lucie
Incroyable ! Et ça c'était pour tous les Norvégiens ?
- Olga
Tous les Norvégiens, oui. Il n'y a pas de...
- Alban
Je vais me remettre la mâchoire en place.
- Olga
Ça a changé un petit peu. Moi j'étais, c'était vraiment beaucoup plus facile. Moi j'ai vu pour ma fille maintenant, il y a des règles un peu plus strictes. Alors si tu ratais tes examens...
- Alban
ta bourse devinait un prêt.
- Olga
Ah d'accord.
- Alban
Complètement. Donc quand même pour te pousser. Sinon tu pouvais rester étudiant toute ta vie. Non, il y a une limite. Donc ce qui fait que quand les étudiants norvégiens sortent de leur scolarité, ils sont très endettés déjà à la base. Mais je crois que la dette ça fait partie un peu de la culture norvégienne. C'est différent. Mais bon, c'est un prêt qui est pas très... C'est pas une vraie banque. Donc si t'arrives quelque chose dans la vie, tu es au chômage ou tu es malade ou quelque chose comme ça. Tu peux faire une pause. Et ce n'est pas une dette qui est aussi héréditaire. Donc, si tu n'es plus de ce monde, ce ne sont pas tes enfants qui vont devoir payer ta dette. Et puis, c'est à taux zéro pendant que tu étudies. Et quand tu commences à travailler, il y a un taux qui est à peu près le taux du marché.
- Lucie
Mais ça, c'est si tu rates les examens.
- Alban
Oui, mais tu as une partie quand même. Non, mais à rapporter. D'accord.
- Lucie
OK, d'accord.
- Alban
Et si tu restes habité chez tes parents, c'est complètement un prêt. mais si tu peux par habiter ailleurs, ça devient...
- Olga
Donc, ils essaient vraiment de faire ça, comme tu dis, égalitaire.
- Alban
Oui. Ce qui se passe en réalité, c'est que ceux qui ont vraiment les moyens se font payer les écoles, etc. par leurs parents. Et puis, ils investissent l'argent de l'Ondekasten quelque part et remboursent le prêt immédiatement après. Alors que ceux qui n'avaient pas vraiment les moyens, ils sont vraiment dépendants de cette aide. Égalitaire, égalitaire, je ne sais pas trop, mais bon. L'intention de base, oui, voilà, c'est ça. Une fois de plus que les gens en font,
- Olga
ça va être différent. Et donc aujourd'hui, tu dis les règles ont peut-être un peu évolué, mais ça existe toujours.
- Alban
Ça existe toujours. C'est peut-être un peu plus strict qu'avant, mais c'est quand même pour tout le monde. Et ça te donne à peu près 10 000 couronnes par mois, quelque chose comme ça. Donc ma fille a à peu près 10 000 couronnes par mois.
- Olga
Avec le taux actuel, peut-être 800 et quelques euros.
- Alban
C'est ça, oui. C'est pas mal pour l'étudiant. C'est super. Et donc, les frais de scolarité, souvent totalement couverts. Ce qui fait que tu es moins dépendant de tes parents. Et c'était aussi une grosse différence entre nous, étudiants norvégiens, dans cette école de SCP, et les autres étudiants qui avaient beaucoup de comptes à rendre à leurs parents. Comment ça se passe, etc. Nous, on était libres. Nous, on avait des comptes à rendre à nous-mêmes, c'est tout.
- Olga
Oui, ça vous donnait vraiment une indépendance financière.
- Alban
Oui.
- Lucie
Est-ce que tu as décidé de commencer à travailler en France ?
- Alban
Oui, au départ, c'était la France. On devait habiter en France. On s'est paxés d'ailleurs. Donc on dit mon paxé, je vois. Oui, on était totalement partis pour la France. Et puis, quand tu vis à Paris, que tous les deux ont un travail à 100%, on était dans l'IT tous les deux. Notre famille n'était pas non plus à Paris, donc c'était un peu comme une expatriation. C'est vrai. Oui, c'était un peu dur, la vie de famille.
- Olga
Donc là, deux familles, sans enfants ou déjà ? Oui,
- Alban
on a eu ma fille en 2006.
- Olga
Voilà, ok.
- Alban
Et c'était vraiment très difficile. Moi, j'étais consultante à l'époque aussi. Ah oui, bien sûr. Donc, c'était un peu pas évident. C'était des longues journées de travail. Et puis, des fois, tu dois partir par là. Enfin, c'était pas facile. Tu pouvais pas trop prévoir ce qu'il allait se passer. Donc, voilà. Et c'est là où toutes mes amies d'Envogère m'ont dit « Allez, faut que tu rentres ! » Juste un peu par hasard. Il y a une entreprise de headhunting, chasseur de têtes. Je pense que mon CV était disponible quelque part et j'ai été contactée. Et puis, j'ai trouvé un travail à Hacker Solutions à l'époque.
- Olga
Donc, une grosse entreprise en Végène.
- Alban
Oui, dans tout ce qui est dans le pétrole. Pas le pétrole, mais toutes les plateformes et tout ce qu'il faut pour aller chercher du pétrole. C'est une entreprise internationale aussi quand même. Et ils sont à Fornebu, qui est quand même un endroit très, très sympa.
- Olga
Au bord de l'eau. Au bord de l'eau.
- Alban
Et je me souviens, oui, c'était chouette. Alors moi, quand je travaillais, c'était souvent à la Défense. Je crois que c'est l'endroit le plus déprimant de la planète. C'est clair,
- Lucie
le plan de cadre.
- Alban
Quand on pleuve. Ou quand tu sors du métro, tout le monde marche au pas, dans le costume gris.
- Olga
C'est un bon... Là, s'il y a des gens qui bossent tous les jours à la Défense, dans la masse, Dans le gris, les bâtiments, le béton, il faut vraiment imaginer une presqu'île au bord de l'eau, en plus en été avec des longues journées et le soleil.
- Lucie
Moi je peux vous dire, je travaillais jusqu'à récemment à Fendubu aussi. Et c'est vrai qu'on allait parfois sur le rooftop de l'entreprise, on déjeunait vue sur l'eau avec le soleil, vue sur le fjord, c'était incroyable. Et c'est vrai qu'on travaillait aussi avec la vue. sur le fjord, c'est incroyable comparé. Après, tous les bureaux à Osono ne sont pas comme ça. On ne va pas vendre du reste. Il y a pas mal d'entreprises qui sont à Fornebu, notamment. C'est un cadre hyper joli. Et en plus, maintenant, il va y avoir le métro. Je ne sais pas s'il est déjà en faire.
- Alban
Le 29, je crois.
- Olga
Vous pouvez commencer à vous organiser.
- Alban
Il vaut mieux acheter maintenant quand ce n'est pas encore clair. Quand je suis arrivée, c'était en avril, un des premiers jours de soleil et tu imagines les Norvégiens qui sortent de leur caverne, c'est un peu... C'est intéressant. T'es arrivée au bon moment. Voilà. Pour l'entretien, en août, on était installés.
- Lucie
Trop bien.
- Olga
D'accord, ok.
- Alban
Août 2008. Là, c'est le retour.
- Lucie
Et pour ton conjoint, à l'époque, ça a été facile ? Ils n'ont pas dû. Oui, j'imagine.
- Alban
C'était très, très difficile. Ne parlant pas norvégien. Il avait acheté la méthode Assimil. à Paris, qui faisait du assimile dans le métro. Donc il avait quelques bases, mais bon, peut-être pas assez. Mais peut-être la grosse erreur qu'on ait faite, c'est qu'il y avait un gros changement entre vivre dans le 13ème à Paris et là où on est parti habiter, parce qu'on s'est aussi installé vers Fournebu. C'est quand même la campagne.
- Olga
Et qui, à ce moment-là, je pense, était encore moins dynamique que ce que c'est devenu maintenant.
- Alban
Ça a changé depuis. Et à l'époque, il n'y avait absolument rien. Il y avait un menu, un magasin de supermarché. mais il était assez loin, donc on pouvait que y aller en voiture. Moi, à l'époque, je n'avais même pas mon permis. Donc, les seules fois où Daniel était parti en vacances, j'étais à vélo pour faire des courses et tout. Mais donc, ça m'a bien motivée pour passer mon permis. Il y a un avantage. Parce qu'à Paris, il n'y a aucune motivation pour passer son permis, vraiment.
- Lucie
Je connais bien ça. Je ne l'ai toujours pas.
- Alban
Et là, c'était un peu... un peu trop. La différence entre vivre à Paris, aller au ciné, manger au resto.
- Lucie
Maintenant, avec le recours des conditions de transition, peut-être dans le centre d'Oslo, c'est plus animé.
- Alban
Ça aurait été beaucoup mieux. Pour les amis aussi, ce n'était pas évident de venir là-bas. Maintenant, il y a un bus qui passe toute la nuit. À l'époque, il n'y avait pas ça. Ceux qui faisaient tout le trajet pour venir nous voir, ils devaient rentrer en taxi. Ça coûtait très cher. Donc, on avait Merci. pas une vie sociale aussi bien qu'avant. Donc ça, c'est aussi important quand on s'expatrie en couple, qu'il y en a peut-être un qui doit sacrifier un peu plus que l'autre. Mais bon, côté famille, extraordinaire. Le born-again, la crèche. Le born-again d'enfant. C'était quelque chose de très, très moderne parce que le quartier était en train de se construire. À part que c'était très, très moderne et très, très joli, le design. C'était un peu en train de se former. Donc, ils n'étaient pas non plus très professionnels, mais c'était très...
- Lucie
Et les horaires de travail qui ont dû changer drastiquement.
- Alban
Pas seulement.
- Olga
Tant à Paris et passé...
- Alban
Alors, il y a eu ça, mais c'est surtout la relation, la hiérarchie qui a été tellement... C'était tellement agréable de pouvoir parler, de se sentir pas infantilisé. Comment tu dis ? Infantilisé. Infantilisé. Oui, oui. On te donne des responsabilités tout de suite. Une confiance qui était complètement différente.
- Olga
Ça,
- Alban
c'était très agréable. Mon chef, il était suédois. Donc, il n'était pas complètement norvégien. Mais bon, je pense que c'est assez...
- Lucie
Ça reste la mentalité nordique.
- Alban
Après, il y a une autre chose, par contre, qui est un peu difficile dans le milieu du travail en Norvège, que je trouve difficile, c'est qu'il n'y a jamais une décision de prise.
- Lucie
Jamais.
- Alban
On continue de discuter indéfiniment. Il n'y a jamais quelqu'un qui y tranche et qui dit « Maintenant, c'est bon, allez-y. » on y va par là.
- Lucie
C'est le côté de la drogue parce que c'est un peu mon métier du coup. Ah oui ?
- Olga
D'arriver à des décisions.
- Lucie
Oui, de mettre des process en place pour qu'on arrive à une décision et c'est vrai qu'il y a un peu de... Il y a le consens. Oui, venant de France,
- Alban
c'était un peu bizarre parce qu'on est habitué à... C'est comme ça. C'est pas sûr que les gens faisaient... Oui, pourtant. Oui,
- Lucie
ils prenaient la vie de tout le monde. En Norvège, on a plus tendance à prendre vraiment la vie de tout le monde.
- Alban
on veut que tout le monde soit inclus dans la discussion etc mais en même temps il faut bien prendre une décision j'ai l'impression qu'en termes de créativité quand tu viens en Norvège c'est bien parce qu'on te donne carte blanche tu peux sortir toutes sortes de il n'y a pas de mauvaise réponse tout est ok mais pour implémenter quelque chose c'est beaucoup plus difficile parce qu'il y a toujours quelqu'un qui va dire ah oui mais non mais nous on ne fait pas comme ça on vainque en fait plus ouais Merci.
- Olga
C'est intéressant ce que tu soulèves parce que j'ai l'impression qu'en France, la décision est prise. Tu es d'accord ou pas, ça va être l'effet boule de neige. Tu vas le faire coûte que coûte. En Norvège, la décision est peut-être plus ou moins commune. ça va finir, peut-être, à un moment, par l'arrivée, mais ça ne veut pas dire si tu n'es pas d'accord, tu ne vas pas forcément m'aider à le mettre en place pour autant, parce qu'au fond de toi, tu n'y crois pas, et si je n'arrive pas à te convaincre, ça ne va pas trop le faire. Il y a peut-être de ça, oui.
- Lucie
Donc l'installation en Norvège, on comprend que niveau travail, des côtés positifs, des côtés peut-être un peu plus durs à adopter, et au niveau de la vie de famille, plutôt positif pour l'équilibre, j'imagine, vie pro, vie perso.
- Alban
Voilà, donc... Niveau famille, c'était fabuleux. Même si, quand on était à Paris, on a eu beaucoup de chance parce qu'on avait une assistante maternelle qui avait été trouvée par la PMI, qui était fabuleuse. Elle était extraordinaire. Elle habitait à deux rues de chez nous. Elle était tunisienne. Le matin, on arrivait, ça sentait le tagine, le couscous. C'était incroyable. Déjà, ça nous ouvrait l'appétit. Et... Et ma fille, elle était toute petite, parce que si ça... Ma fille a commencé chez une assistante maternelle à 4 mois.
- Olga
Oui,
- Lucie
à la fin de l'année, c'est normal. Alors qu'ici, 4 mois... J'entends déjà des mamans qui, au bout d'un an, quand les enfants rentrent à un an, disent « c'est quand même trop tôt » .
- Olga
Je vais prendre le bécongé sans sol, parce qu'un an, c'est vraiment tout petit. C'est trop mignon.
- Alban
Oui, donc il faut vraiment être en confiance quand même quand on dépose son enfant. Voilà, un peu plus tard, parce que j'avais pris un mois sans solde, on voit le bébé qui sait même à peine se tourner. Donc, il est vraiment sandé. Oui, complètement. Et il faut faire confiance à la personne qui va s'occuper.
- Lucie
Heureusement, tu es tombée sur une bonne personne.
- Alban
On est tombée sur une belle. Et qu'on va régulièrement revoir aussi. D'ailleurs, j'ai pensé que je devrais envoyer une petite carte.
- Olga
Petite dédicace. Oui. Ça t'arradia.
- Alban
Oui. Et c'est marrant aussi parce qu'ils étaient trois enfants. Il y avait Alexandre, Clémence et Victoria, qui étaient chez Tataradia. Et c'était trois un peu...
- Olga
Donc, elle gérait ses quatre enfants ?
- Alban
Oui, ses trois enfants. Trois enfants, pardon. Aussi, ses fils à elle, qui étaient aussi super sympas.
- Olga
Donc, de la chance au moins de ce côté-là.
- Alban
Beaucoup de chance de ce côté-là. Et quand on est arrivé, Victoria, elle était à une crèche qui s'appelait Hunsun. C'est toute moderne, où il y avait une piscine à côté. drôle de côté il y a La patinoire, c'est quelque chose d'énorme. Mais la crèche en elle-même, c'était vraiment très organisé. C'était complètement différent. Pas aussi impersonnel. Pas aussi chaleureux que Tata Radia. Mais c'était très organisé tout ça. Je ne sais plus si on était là un an ou deux. Quelque chose comme ça. Et après, on a décidé qu'on ne pouvait plus vivre si loin de la ville. Donc on est partis s'installer au centre-ville. Et ce qui était rigolo aussi, peut-être aussi une autre différence culturelle pour nous. On n'avait aucun capital. Toujours vécu cigale, nous.
- Olga
La cigale est la chaîne.
- Alban
Et donc, on se disait, il faut qu'on trouve une location au centre-ville. Ça serait mieux. On commence à chercher. Et à ce moment-là, c'était la crise financière. Daniel n'avait pas de travail à l'époque. Donc, on cherche et tout. C'était super difficile de trouver une location pour une famille franco-norvégienne à Oslo. On avait fait plein de choses et ils ont préféré prendre des étudiants qu'une famille franco-norvégienne. Du à quoi, tu penses ? Je ne sais pas exactement.
- Olga
Là, tu dirais un manque de fonds ou c'était le côté franco-norvégien qui ne rassurait pas ? Est-ce qu'ils vont repartir ? Est-ce que c'était un tout ?
- Alban
Non, je n'ai pas vraiment trouvé la... En tout cas, c'était... C'est difficile et puis il n'y a pas grand-chose non plus en location. Et puis comme ça, par hasard, j'appelle la banque pour savoir est-ce qu'il y aurait moyen de quand même avoir un prêt pour acheter quelque chose. On n'y croirait absolument pas parce que dans le France, ce n'est pas possible.
- Olga
Oui, oui.
- Alban
Sans aucun apport ni rien. Ah, et vous faites quoi ? Vous travaillez dans quoi ? Moi, je travaille là, je suis dans l'IT. Et votre conjoint, il fait quoi ? Là, pour l'instant, il n'y a pas de travail. Mais il fait quoi ? Oh, il est dans l'IT. Oh, mais ça va s'arranger, ça ! Pardon ?
- Olga
Il se trouve que j'ai ma femme concernant l'orientation et qu'elle va pouvoir lui trouver un job. Super !
- Alban
Alors, la bancaire, elle était plus optimiste que nous. J'adore,
- Olga
j'adore.
- Alban
C'était vachement bien. Elle nous a dit, voilà, on vous propose ça. On a trouvé un appart à Greenland, qui est un quartier un peu cosmopolite. En fait, nous, ça nous plaisait vachement. C'était un peu comme rentrer dans le 13e.
- Olga
On habitait juste à côté, limite entre Thuyan et Greenland.
- Alban
Donc c'était Mutzweilskorte, en bas du jardin botanique.
- Olga
Ah ouais, trop bien. On avait des convaincus.
- Alban
Et donc c'est là, on avait le petit appart, tout ça qui était très sympa.
- Lucie
Et au niveau social, du coup, toi tu avais tes amis de l'école française, donc vous aviez déjà un petit réseau. Ça c'est cool qu'en arrivant, de ne pas avoir à se faire des amis de zéro.
- Alban
Oui, c'est ça qui est un peu différent, peut-être qu'une famille d'expatriés complètement qui ne connaît personne. Après, il y a tous les amis qu'on se fait par les crèches.
- Olga
Oui.
- Alban
Après, à l'école française, toutes les mamans de l'école française, j'ai toujours gardé le contact avec elles. Et donc, même si ma fille, elle a 18 ans maintenant, on va plus se voir.
- Olga
Ce sont les mamans qui louent un bus. Ils sont assez grands.
- Lucie
Et à cette époque, est-ce que vous envisagez de rester en Norvège pour une longue durée ?
- Alban
Au début, non, ce n'était pas le but. Au début, c'était vraiment... Essayons de passer cette période de la petite enfance et puis après on rentrera. Les choses de la vie se sont faites, mais moi personnellement, j'aimerais pas retrouver... J'aime beaucoup rentrer en France en vacances, pas de problème, ça j'adore. D'ailleurs, plus que si je pouvais avoir encore plus de vacances, j'y serais encore plus souvent. Mais par contre, retourner travailler dans l'IT en France, ça je pense que c'est pas... J'ai pas vraiment envie.
- Lucie
Ça serait difficile de... passer à un autre modèle ?
- Alban
Je ne sais pas, ça a pu changer aussi. Ça commence à faire quelques années.
- Olga
Oui,
- Lucie
mais de temps en temps, je pense que c'est encore des journées quand même très chargées.
- Olga
C'est un peu la question que je me pose dans mes débats. Est-ce que si un jour je reviens et que je dois bosser en France, limite je me sentirais incompétent, mais plus dans le sens où... Perte de repère, le volume horaire, comment je ferais pour survivre à une journée de boulot moyenne là-bas et me sentir efficace ou bosser de telle heure à telle heure. C'est rigolo.
- Alban
Je vois, je suis un ancien collègue à moi qui est devenu coach sur LinkedIn. Je vois ce qu'il écrit.
- Olga
Lui en France, du coup ? Lui en France.
- Alban
Et quand je lis ces choses, pour moi, c'est normal. C'est comme ça. Il faut dormir. Ils ne vont pas travailler jusqu'à 23h. Quand on coupe,
- Olga
on coupe.
- Alban
C'est normal, ça. Donc, je ne crois pas que c'est tellement changé que ça. Puis, particulièrement en tant que femme, je l'ai bien senti quand je suis revenue du congé maternité, qu'il fallait faire les journées normales. Je partais à 18h du bureau et je me prenais des remarques du style « Ah, tu prends ton après-midi ? »
- Olga
Le plastique, il faut vraiment…
- Alban
Et après, c'était trois quarts d'heure de RER, enfin de ligne 14, je ne sais plus quoi.
- Lucie
Tu ne vois pas beaucoup ton bébé au final ? Non,
- Alban
j'arrive à 19h chez la nounou. Je comprends que les petits parisiens soient fatigués parce qu'ils doivent se coucher super tard tout le temps, vu que tu manges tard. On est en Vège, tu rentres, il est 5h, tu manges un petit bout, peut-être tu fais même une petite activité après.
- Lucie
Et tu te couches super tôt. Et ça permet aux parents d'avoir leur soirée de libre. Pouvoir faire un podcast par exemple.
- Olga
Là, on parle un peu des aspects, j'imagine, que tu aimes de la Norvège. Il y en a d'autres que tu aimes beaucoup.
- Lucie
Des traditions que tu as adoptées facilement en vivant ici.
- Alban
Alors nous, on a toujours fêté le 17 mai. Même en France, on fêtait le 17 mai. On demandait au pâtissier de nous faire un bleu de carcasse, qu'il ne savait pas. Mais bon, le pâtissier de Cotinac, il a pris.
- Lucie
Qu'est-ce que c'est cette pâtisserie ?
- Alban
C'est une génoise. Au milieu, tu peux faire, ça dépend des recettes, mais tu mets une sorte de crème, comment dire, une crème chantilly.
- Olga
Oui.
- Alban
Tu peux mettre de la confiture, des fois tu peux mettre des fruits, des framboises ou de la banane même, enfin n'importe. Au-dessus de la génoise, tu vas mettre une couche de pâte d'amandes, marzipane, soit comme ça, ou alors tu peux faire avec des myrtilles. Donc c'est un gâteau assez lourd quand même.
- Lucie
Le 17 mai, tu le faisais déjà en France. Tu l'as gardé.
- Alban
C'était un peu différent. On n'était pas en bunard et tout ça. C'était festif.
- Olga
Le bunard qui est la tenue norvégienne traditionnelle par région. C'est super. Le 17 mai, on l'a fait plusieurs fois en Norvège. On l'adore. C'est fine d'époque. Tu sors, tout le monde est beau. Tout le monde est dans... Beaucoup sont dans leur...
- Alban
Jusqu'à une certaine heure.
- Olga
Avec des jeunes enfants, on ne voit que le beau.
- Lucie
Et du coup, est-ce qu'il y a d'autres choses que tu aimes particulièrement ?
- Alban
On est sur tout la vie à Oslo maintenant. Oui, c'est vrai. Donc, ce n'est pas pareil partout.
- Olga
Tes parents, d'ailleurs, à la base, sont proches d'Oslo ?
- Alban
Alors, ma maman a grandi sur Ulveja, mais sa famille, originalement, vient de Drommen. Ulveja,
- Lucie
c'est l'île...
- Alban
Ulveja, c'est juste sur la route Nushtran. Oui, c'est une... Badmeja, Ulveja. Ah oui, d'accord.
- Olga
Ah oui,
- Alban
C'est là où elle a grandi. Elle était à l'école. Ah génial ! Mais après elle a été un peu partout. Et mes parents se sont rencontrés à Tonspal. Ma mère a été mariée avec son premier mari, ils habitaient à Ostkostrom, qui était la ville d'Edvard Munch.
- Olga
Le grand peintre norvégien.
- Alban
Et puis après, mes parents se sont rencontrés à Tönspar. Ma mère avait une petite boutique à Tönspar, de vêtements. Elle avait aussi dans l'arrière-boutique souvent des amis peintres, poètes, sculpteurs, etc. qui buvaient un peu de vin et discutaient du...
- Olga
J'adore, qui philosophait.
- Alban
Philosophait derrière. dans l'arrière boutique et c'est comme ça que mon papa qui était poète est rentré dans l'arrière boutique et puis il a rencontré ma maman ils sont partis en voyage de noces à Cotignac dans le Var et c'est là qu'ils se sont dit en fait on va rester sans
- Olga
retourner chercher les affaires et ils sont allés dans un cabanon sans eau sans rien la hutte elle est traditionnelle mais traditionnelle c'est traditionnel parce que
- Alban
Il n'y avait rien du tout.
- Olga
Mais dans le sud de la France.
- Alban
Dans le sud de la France. Moi, je n'ai pas de bunade pour l'instant, mais ma grand-mère avait un bunade qu'elle avait cousu elle-même, qui vient de Westphal. Et c'est ma tante qui va me le donner, là. Sur la débranchaine. Donc pour le 17 mai, je vais avoir un bunade.
- Olga
Tu pourras nous envoyer les photos.
- Alban
Voilà.
- Olga
Trop bien. Et oui, ça se transmet beaucoup aussi dans la famille ?
- Alban
Ou ça dépend ? Normalement, oui, comme ça. Mais bon, ça peut s'acheter aussi.
- Lucie
Et tu parlais du coup, donc le 17 mai, tu le faisais déjà en France. Est-ce que tu mangeais déjà des tacos le vendredi soir en France ?
- Alban
Ça, c'est la tradition des tacos.
- Olga
Taco Fredag ?
- Alban
Je crois que ça n'existait même pas quand je suis venue dans les années 90. Je ne pense pas que c'était encore ça. C'est un nouveau truc. Mais bon, c'est très familial.
- Olga
Oui, voilà. Du coup, tu l'as adopté.
- Alban
Mais oui, maintenant, on mange le taco souvent le vendredi soir. Et après, on regarde Nutponut. C'est une émission qui passe tous les vendredis depuis des années et des années satirique sur l'actualité de la semaine. Ils ont un regard très drôle sur l'actualité de la semaine. Je crois que c'est une des émissions de NRK, la chaîne nationale qui reçoit le plus de plaintes.
- Olga
La satire en Norvège, il faut y aller mais c'est bien, ça ne bouge pas. Donc il y a de la critique.
- Alban
Oui, oui, complètement. Mais c'est un peu mélangé, parce qu'ils ont toujours deux invités. Et c'est fait comme s'il y a deux équipes, mais tu ne comprends jamais vraiment pourquoi ils ont un poids, mais pas eux, c'est très clair. Et ils ont plusieurs jeux. Et ça parle toujours de l'actualité.
- Lucie
Tu as eu un deuxième enfant qui est donc né en Norvège.
- Alban
Voilà.
- Lucie
Ça a dû être différent aussi, la grossesse en Norvège. Peut-être l'accouchement était différent. Puis le coup de matin officiel. Ça a dû être très différent. Comment tu l'as vécu, cette deuxième expérience ?
- Alban
Déjà, il y a le fait que la deuxième expérience, on est un petit peu au fait de ce qui va se passer, plus ou moins. Sauf qu'on oublie quand même. Je crois qu'il y a quelque chose de naturel qui fait qu'on oublie.
- Lucie
Il y avait combien d'écarts depuis ? Il y a pas mal d'années.
- Alban
Cinq ans et demi d'écarts. Oui, en plus du coup. La grossesse s'est passée... Plutôt bien. La seule chose qui était vraiment différente, c'était l'hiver ici. Et j'avais très, très peur de me casser la figure sur la glace. C'est vrai. Donc, c'était l'année où je suis allée acheter les crampons qu'on met sous les chaussures. Et je suis allée, mais comme si c'était, tu sais, la honte. Je suis rentrée dans le magasin de chaussures. Pour les Norvégiens, d'acheter ça, c'est quand t'as 60 ans, c'est pas avant.
- Lucie
Ouais, tout le monde arrive à gérer la glace super bien.
- Olga
En petite converse, machin.
- Alban
Je suis rentrée dans le magasin de chaussures et j'ai dit, voilà, vous avez des crampons,
- Lucie
c'est pour ma grand-mère, mais... C'est ça !
- Olga
Voilà,
- Alban
donc c'est cette année-là que j'ai commencé et puis en fait j'ai découvert, c'est génial !
- Olga
On peut aller où on veut !
- Lucie
Nous on a adopté !
- Olga
On a 60 ans depuis un moment, nous c'est plus là où on vit. Alors cette année on disait justement, ça manque pour l'instant de neige et de glace, mais l'année dernière, la première hiver ici,
- Alban
C'est très bien.
- Olga
Ah oui.
- Alban
Donc ça, c'était une grosse différence. Et après, j'avoue que l'accouchement était vraiment très, très différent. Parce qu'en France, ça, c'était péridural. Il n'y avait même pratiquement aucune question. En Norvège, ils m'ont dit, oui, bon, on va vous en faire une petite. Vraiment, vous vous insistez. Vous insistez, mais vous savez, la douleur, c'est bien.
- Olga
Ça fait partie du...
- Alban
Ok.
- Olga
Sûr, sûr.
- Alban
Donc, c'était nettement plus douloureux en Norvège qu'en France. Mais bon, ça s'est bien passé quand même.
- Lucie
Est-ce que tu as pu aller dans l'hôtel après ?
- Alban
Après, j'ai été à l'hôtel. Donc, peut-être deux jours, je ne sais plus. C'est rigolo parce qu'à l'hôpital, ils le vendent, l'hôtel. La fenêtre donne sur le cimetière. Eh oui. C'est vrai, c'est très paisible.
- Olga
Je me rappelle du premier accouchement notamment, c'était au petit matin, neige sur tout le cimetière, mais voilà, tu donnes naissance face à ceux qui ont passé l'arme à gauche. Mais paisible, les voisins ne dérangent pas beaucoup.
- Alban
Il y a des problèmes. On avait pris, je crois, un an en tout. Et ce qu'on a fait, c'était un peu différent des Norvégiens. Alors, les règles changent tout le temps en Norvège aussi. combien pour le papa, combien pour la maman et puis combien à partager. Alors je ne sais plus ce qu'il y avait à l'époque, mais en tout cas moi j'avais pris le maximum pour moi. Et puis après la période où on pouvait partager, ce que j'avais fait c'est que j'avais proposé qu'on fasse deux semaines, deux semaines, plutôt que de laisser comme ça. Ça permettait aussi d'alléger un petit peu pour tout le monde parce que c'était... Vous êtes le dernier ?
- Lucie
Deux semaines travaillées, deux semaines sans travailler. La boîte était OK avec ça ? Oui,
- Alban
ça faisait partie des choses que tu pouvais faire. Et c'était pas mal dans un sens, parce que du coup, aussi, pour un papa français...
- Olga
Tu dirais en douceur aussi. En douceur.
- Lucie
Il avait trouvé un travail entre-temps.
- Alban
Oui, entre-temps, il avait trouvé un travail. Moi, j'ai trouvé que c'était très bien de faire comme ça. Pour moi, j'avais besoin aussi de retrouver le monde du travail. Alors, en Norvège, tu as aussi tes choses... bachelgrupper. C'était organisé par l'État. Tu te retrouves avec un groupe de mamans qui ont eu des bébés à la même époque, à la même période que toi, dans ton quartier. Et c'était rigolo parce que dans notre groupe, il y avait une humoriste très connue en Norvège. À l'époque, elle n'était pas super connue. Sigrid Bonde-Tusvik. Justement, elle faisait une émission à l'époque sur sa vie de maman. Avant, elle avait fait une émission sur comment rencontrer... Un amoureux.
- Lucie
J'adore.
- Alban
Et après, elle avait fait l'émission sur comment c'était d'avoir un bébé. Donc, on avait été dans un des épisodes. On s'est retrouvés au jardin botanique et tout ça.
- Olga
Ah, super.
- Alban
C'est bien si on a beaucoup d'amis qui ont des enfants à la même période et tout ça, de pouvoir prendre le temps et tout ça. Mais si nos amis sont occupés à d'autres choses, travailler, etc. Les journées sont un peu longues quand même.
- Olga
Complètement. Ça a été vraiment, je trouve, une révélation. Parce qu'on vend ce truc de s'émerveiller d'avoir un congé si long. Oui, mais c'est très difficile de s'occuper d'un tout petit. C'est très fatigant, c'est très très prenant.
- Alban
C'est vrai que c'était quand même agréable les semaines d'autre part.
- Olga
Ah oui ?
- Lucie
Non mais c'est clair, je suis moins fatiguée d'aller au travail.
- Olga
Dans ton formulaire, à un moment, on parlait peut-être des anecdotes amusantes sur ton intégration et tu as mentionné le sentiment de 6 degrés de séparation.
- Alban
Ah oui, c'est au climat. Est-ce que tu peux me raconter ? Tu disais tout à l'heure aussi qu'en Norvège, c'est petit, tout le monde se connaît. Le réseau, c'est super important pour trouver un travail, etc. Tu vas dans des soirées, il y a toujours quelqu'un qui connaît. Une copine de ta collègue ou c'est la cousine de machin. C'est toujours comme ça. Il y a toujours une connexion. Il y a toujours une connexion. Alors, particulièrement dans les soirées où il y a des Français, il y a toujours quelque chose. C'est sûr, parce que c'est une petite communauté quand même. Mais toujours en Norvège, c'est... Ah, mais oui, tu connais un tel. Alors qu'il peut... Il ne pourrait y avoir aucune connexion parce qu'on travaille dans des choses complètement différentes. Et ça, c'est vrai qu'on ne le retrouve pas.
- Olga
Et moi, le nombre de fois où il y a des visages que j'ai déjà vus.
- Alban
Et c'est pour ça aussi qu'il faut faire un peu attention à ce qu'on dit, même dans le bus, etc. Parce que je me souviens d'un travail que j'avais au tout début. J'étais vendeuse de, je ne sais pas quoi, par téléphone. Vendée des contrats d'électricité. Et on nous avait bien dit, surtout, tout ce qui se passe... Enfin, si vous voulez pas. Vous n'en parlez pas dans le bus. Enfin, ce n'est pas confidentiel, mais c'est pour la réputation de la boîte, etc. Ce que tu dis dans le bus, ça va être entendu par quelqu'un d'autre qui connaît, qui fait... Et bref. Donc, il faut faire extrêmement attention à ce qu'on dit dans n'importe quelle situation. Et ça, je m'en rends compte aussi que des fois, il y a des Français dans le bus. qui ne se rendent pas compte qu'il y a beaucoup de gens qui comprennent le français. De choses très personnelles. Et je me dis, j'ai envie de leur dire...
- Olga
Sans être qu'un con norvégien, il y a beaucoup de Norvégiens aussi qui parlent français. On a des bonnes notions.
- Lucie
Ma mère qui ne parle pas un mot de français et un anglais assez... On se rend compte avec elle qu'il y a beaucoup de gens qui parlent français. Parce que du coup, on lui répond... On s'appelait les gens. C'est très souvent, donc c'est vrai que c'est un bon conseil pour les gens qui arrivent en Norvège. Même pour nous, je pense qu'au début, on ne faisait pas trop attention. Et au final, tu disais qu'au départ, ce n'était pas forcément pour rester vivre en Norvège, c'était surtout pour la petite enfance. Et finalement, tu es toujours là.
- Alban
Je suis toujours là. Et aussi, le papa de mes enfants est toujours là aussi.
- Lucie
Alors qu'il est français de base. Lui,
- Alban
il est français de base. Et vos vies se sont établies ici. C'est surtout, je pense, lié à la culture du travail. sur tout ça. Après, il y a plein d'autres choses qui sont bien. Et à Oslo, c'est génial. Il y a la mer, il y a la montagne, il y a absolument tout et c'est petit. Et puis, tant qu'on a l'occasion de voyager, il y a toujours la possibilité de partir un peu dans le sud, reprendre un peu du soleil, etc. Ça, on l'a senti, par contre, pendant la pandémie, quand on ne pouvait plus du tout voyager. La distance était vraiment beaucoup plus longue. Même quand je serai retraitée, Parce qu'à la base aussi, retraités dans le sud, etc. Mais maintenant, avec le changement climatique, je ne sais pas si j'ai tellement envie. En hiver, à la limite, peut-être. L'hiver en France et l'été en Norvège.
- Olga
Oui, c'est ça peut-être.
- Lucie
Alban dit souvent en blaguant qu'il se considère déjà réfugié climatique. Parce que lui, il ne supporte pas la chaleur.
- Alban
Ah oui ?
- Lucie
Il est né dans le sud, mais il ne supporte pas la chaleur.
- Alban
Mais moi, c'est pareil. Mes amis norvégiens qui viennent à Cotignac, ils sont là, c'est agréable. En vacances, oui, en vacances. Non, mais même en vacances. Je dors. pas de la nuit ou alors il faut vraiment avoir la piscine la journée et la clim le soir mais la piscine en pleine journée quand il fait 42 on ne peut pas rester en dehors de la piscine donc l'été dans le sud tout le monde reste enfermé dans la clim on se barricade beaucoup
- Lucie
donc à voir pour la rentrée je ne sais pas si tu vois est-ce que tu aurais des conseils à donner à quelqu'un qui souhaiterait s'installer en Norvège ?
- Alban
je pense que la meilleure chose à faire c'est d'apprendre le norvégien Parce que... Non, mais on trouve du travail en Norvège, même si on ne parle pas le norvégien, ce n'est pas le problème. Mais je crois qu'on perd beaucoup du côté social si on n'essaye pas d'apprendre un peu du norvégien. Et après, c'est pour apprendre à passer l'hiver. Parce que, bon, si on fait à la française et qu'on reste à la maison en attendant que ça s'arrange, on va être complètement déprimés. qu'il faut apprendre à vivre avec. Il n'y a pas de mauvais vêtements. Non, c'est le contraire. Il n'y a pas de mauvais temps et que de mauvais vêtements. Donc, il faut s'équiper. Il y a des sous-vêtements en laine qui sont super qui sauvent la vie en fait parce que ça permet de rester dehors et tout par n'importe quel temps, plus ou moins. Faire des choses dans la nature ou n'importe, même s'il fait nuit, d'aller faire un peu des choses. Acheter sa paire de skis. Acheter sa paire de skis. Ce serait pas mal. Après le travail, en hiver, c'est génial parce que déjà, tu as plein de pistes qui sont éclairées. Tu as des pistes qui ne sont pas éclairées, mais si tu sors un jour de pleine lune, c'est magnifique. Tu peux faire du ski jusqu'à une des petites huttes, prendre un dîner où ils font des trucs bien costauds et tu rentres après à manger dans la forêt.
- Olga
Ça donne envie.
- Alban
C'est hyper sympa. Il faut sortir pendant qu'il fait encore jour. Au moins 20 minutes par jour. Donc même quand tu es au travail, au déjeuner, il faut sortir un peu, prendre l'air. Mais je pense que ce qui est important, quand on s'expatrie surtout en couple, c'est de penser qu'on n'est pas tout seul. Donc il y en a peut-être un qui sacrifie un peu plus que l'autre. Et il y en a un qui s'éclate plus que l'autre. Et puis peut-être l'enfant aussi trouve que ce n'est pas assez facile. Moi, ma fille d'ailleurs, quand elle est arrivée... Elle était pas contente, à 2 ans. 2 ans, elle était pas contente. Mais maintenant, elle est très contente. Mais à l'époque, ça ne lui plaisait pas de changer tout ça. Donc c'est un gros changement pour le couple et il ne faut pas sous-estimer.
- Lucie
Il faut se préparer. Merci Olga d'avoir partagé avec nous ton expérience, ta vie entre la France et la Norvège. C'était super intéressant. Je trouve qu'on a encore appris des choses. J'adore. Peut-être à très bientôt. et puis on dit à nos auditeurs aussi à très bientôt chez nous sous les aurores si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée ou un commentaire sur Youtube,
- Alban
ça nous aide énormément à faire grandir le podcast merci et à très vite pour le prochain épisode