- Christine
Lorsque je suis arrivée, la première fois, je me suis dit j'achète deux croissants. J'avais envie d'en manger un. J'ai dit bon, il y a toujours quelqu'un qui en aura envie. Et je vois Christian, mon futur mari. Là, j'ai une étincelle. Je lui offre mon croissant et il me dit non merci.
- Alban
Le goujat.
- Christine
Et alors bon, suivant ça, je me suis dit je vais mettre son bagage dans ma voiture. Ce que j'ai fait. Mais ça n'a pas empêché que... mon Christian, il est parti ailleurs.
- Alban
Oh punaise. Il y a une connexion entre Norvégien et offrir de la nourriture, c'est rigolo, ça passe pas forcément au début. Mais ça peut être signe de très longue relation.
- Christine
C'est un signe de très longue relation, voilà.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de Sous les Aurores. Alors, est-ce que tu peux nous dire comment tu t'appelles, depuis combien de temps tu vis en Norvège, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Et si t'as un petit culture-choc à nous partager, que t'as vécu à ton arrivée ou que tu continues de vivre aujourd'hui ?
- Christine
Donc mon nom c'est Christine Bazalgette Holst, un nom qui ne se prononce pas en français, donc ça c'est déjà la première chose. Je suis ici depuis 1980, je suis arrivée par amour effectivement, je connaissais pas grand chose sur la Norvège non plus. On entendait à l'époque beaucoup sur la Suède, mais peu ou même pratiquement pas sur la Norvège. j'avais l'esprit d'aventure et je me disais peut-être que je vais trouver un ours quelque part.
- Lucie
Et qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
- Christine
Je suis retraitée depuis presque 10 ans. Je suis guide touristique pour les touristes qui parlent français ou anglais, hasta avant-guerre. Et je suis... Je participe à des activités bénévoles, par exemple, des Sprog Café, comme ça s'appelle ici, pour les Norvégiens qui viennent d'arriver. pour l'intégration et aussi pour des Français qui veulent parler français. Et donc, ça me fait très plaisir de parler français avec eux.
- Alban
Ah,
- Lucie
génial.
- Alban
Et avant ça, quelle était ta carrière professionnelle ?
- Christine
Alors, ma carrière professionnelle, je suis arrivée avec un MBA de Eco Toulouse, donc Toulouse Business School, comme ça s'appelle aujourd'hui. Je suis arrivée confiante parce qu'il y avait à l'époque Elf et Total. Donc, je me suis dit, l'une des deux va bien sûr. M'embaucher, ça n'a pas été le cas. La première embauche, ça a été Norske Shell. J'étais française, mais dans un milieu international, ce qui nous a permis de nous intégrer et d'avoir nos premiers amis, c'était les gens qui allaient au cours de Norvégien avec moi. Comme ça, mon mari aussi, on s'est fait de nombreux amis de tous les pays qui arrivaient ici pour le pétrole, puisque c'était le début quand même. Je suis arrivée en 80. Ça a commencé en 69, mais en 75, là, c'était vraiment le début du vrai boom. Et donc, c'était la période exponentielle. Donc là, il y avait beaucoup de monde. Ils avaient besoin de beaucoup d'étrangers avec des diplômes qui allaient bien pour faire développer cette industrie. Donc, j'ai eu la chance d'arriver au bon moment, en fait.
- Lucie
Oui. On va y revenir. Mais avant, est-ce que tu as un petit culture-choc ? Tu te rappelles à ton arrivée qui t'a sauté aux yeux ?
- Christine
Alors le premier c'est que mon mari est venu, enfin celui qui allait devenir mon mari, est arrivé en France pour un stage de trois mois et là sa mère lui avait dit fais ce que tu veux mais ne reviens surtout pas avec une Française. Donc c'était déjà... Bon il me l'a dit après. Heureusement. Mais je me suis vite... aperçues après notre mariage en France et donc notre premier séjour en Norvège, alors qu'on n'avait pas ni l'un ni l'autre un travail. On a vécu chez elles. Et ce n'était pas toujours trop simple. Parce qu'il y a des cultures chocs, des trucs complètement idiots, du genre comment fait-on la vaisselle en France et en Norvège ? C'est différent.
- Lucie
Et comment on fait en Norvège ? Il faut que tu nous le dises.
- Christine
Alors, ce qu'elle faisait, ma belle-mère, donc, elle ne rinçait pas. Elle lavait. Et elle ne rinçait pas la vaisselle. Et c'était plein de savon ? Moi, cette odeur de savon, genre Zalo, comme on connaît comme c'est, Mais ce goût, imagine ! Moi, ça me faisait, ça me gênait. Donc si tu veux, tu lavais à l'eau très chaude, tu te brûlais les mains, et il fallait sécher tout de suite. Mais il y avait quand même cette odeur, et moi ça me gênait. Donc je passais du bac avec le Zalo au bac d'eau froide, et là, si vous avez remarqué, dans les vieilles maisons, il n'y a pas un bac d'eau chaude et un bac d'eau froide. et un bac Il y a un petit endroit tout petit à gauche où vous faites sécher les légumes. Ce n'est pas pour rincer.
- Lucie
D'accord.
- Christine
Le second bac qui est tout petit.
- Alban
Ah ben oui, on a ça ici en plus. C'est pour les légumes ça normalement.
- Christine
C'est pour les légumes ça. Pour essorer avant de jeter dans la poubelle. D'accord. Donc ça c'est un truc tout idiot mais ça... Ça change complètement la vie, quoi. J'adore. Pour pouvoir rincer la vaisselle.
- Lucie
Mais j'adore.
- Christine
Donc ça, c'est un peu le culture-choc le plus bête, mais intéressant quand même. Alors la seconde, c'est que je suis arrivée, il faisait très mauvais. Ça, avant-guerre, il pleut beaucoup plus qu'à Oslo. Le climat est complètement différent d'ici. Donc je suis arrivée fin août, début septembre, après un voyage de noces au Maroc. Donc il faisait très chaud. Et ici, enfin, en avant-guerre, il faisait peut-être 10-12 degrés et j'ai eu l'impression qu'il a plu pendant au moins trois mois sans arrêt. Je me sentais mouillée. Et donc, je n'avais rien d'autre à faire que d'étudier le norvégien. Puisque j'étais convaincue que pour comprendre un pays, il faut comprendre sa langue. Et donc, je me suis mise au norvégien. Et là, j'étudiais, j'étudiais, j'allais à tous les cours possibles. Et vers novembre, c'est ça, avant Noël... Je suis allée toute seule acheter du poisson et à Stavanger, en 1980, au centre-ville, il y avait un poissonnier avec un bac avec les poissons vivants. Et donc, vous choisissiez votre poisson, je suis là, et il le prenait, il le tuait sur place et puis vous le donnez dans un sac. Et donc, moi j'avais préparé ma phrase, « Hardu Torsk » . Est-ce que vous avez du ? cabillaud de la momo. Mais française, sachant pas très bien utiliser le H, j'ai dû lui dire « est-du tosc ? » « Est-ce que tu es un imbécile ? » Parce que « tosc » , ça veut dire aussi « imbécile » . Donc, « tosc » . Et alors, j'ai pas compris. Il m'a regardée, il m'a un peu sourie. C'était quand même un poissonnier, pas du genre suif de la France, mais voilà. Donc il m'a un peu sourie, je me suis dit il y a un truc qui ne va pas, mais il m'a donné le poisson que j'ai choisi, je suis rentrée chez moi avec le poisson, alors là je n'étais pas habituée parce que moi je viens de Castres, dans le Tarn, il n'y a pas de mer là-bas, donc le poisson était à peine mort. Il bougeait encore, il avait les réflexes, ça c'est terrible. Bref, j'arrive à la maison, mon mari arrive, il avait commencé à travailler, et je lui dis, voilà, j'ai dû faire une petite erreur, je lui ai dit ça. Et il m'a dit, oui, tu lui as dit, est-ce que vous êtes un imbécile ? J'ai compris que, voilà. Donc, j'ai appris qu'il faut... Bien prononcer, non seulement savoir ce qu'on doit dire, mais il faut bien prononcer. Et ce monsieur, je me souviens de lui chaque fois, après je lui souriais. On n'a jamais clairement, on ne s'est jamais dit, tu sais, je te dis ça et tout. Mais il me semblait qu'il y avait une connexion entre lui et moi chaque fois que j'allais acheter du poisson.
- Lucie
Si on revient un peu en arrière, comment as-tu rencontré l'amour ? Norvégiens en France.
- Christine
Alors, c'est parce que mon mari faisait Handels School à Bergen, qu'il a eu ce stage d'été, et que moi, j'avais une voiture, à l'époque, une 4L, et donc, le président des étudiants de Toulouse m'avait demandé de l'aider, parce que j'avais une voiture, parce que lui, il avait une Alfa Romeo, mais il était... C'était mis sur un arbre. Donc la voiture était complètement détruite. Et ils ne pouvaient pas assurer le guidage un peu touristique des étudiants. Donc sachant que moi j'avais une voiture, il m'a dit est-ce que tu peux m'aider ? Et moi je devais partir aux Etats-Unis. Un mois avant de partir, on m'a dit non ça ne marche pas. La société ne veut plus d'étudiants. Bon voilà, donc je n'avais rien à faire. Et j'ai dit oui. Et du coup le week-end, venant de Castres vers Toulouse, je prenais ma voiture, très important, et je baladais les étudiants. Lorsque je suis arrivée, la première fois, je me suis dit j'achète deux croissants. J'avais envie d'en manger un. J'ai dit bon, il y a toujours quelqu'un qui en aura envie. Et je vois Christian, mon futur mari. Là, j'ai une étincelle. Je lui offre mon croissant et il me dit non merci. Le goujat. Le goujat.
- Alban
Oh punaise.
- Christine
Non merci. Et alors bon, suivant ça, je me suis dit je vais mettre son bagage dans ma voiture. Ce que j'ai fait. Mais ça n'a pas empêché que mon Christian, il est parti ailleurs.
- Alban
En punaise. Attends, mais c'est trop drôle parce que ça me rappelle l'anecdote de la tarte aux pommes de Julia et Morten qu'on a reçue sur le podcast. Mais ça peut être signe de très longues relations.
- Christine
Ça peut être signe de très longues relations, voilà. Je ne savais pas faire la cuisine en rentrant, en arrivant. Mais ici, tu es français, tu es française, donc tu sais faire la cuisine.
- Alban
Et c'est ce que je peux te demander. Au bout de combien de temps vous arrivez en Norvège ? Tu avais quel âge ? Ça faisait combien de temps que vous vous fréquentiez ?
- Lucie
Attends, mais là on saute les étapes. Moi j'en suis à... Le bagage ! Mais comment ?
- Christine
Alors le bagage, oui. Alors bon en fait on est quand même partis quelque part, je ne me souviens plus où, où on avait un week-end quoi. Et on a quand même pu un peu parler. Et c'est là que mon Christian, il avait acheté un matelas pneumatique. Parce qu'il n'aimait pas coucher. sur la terre.
- Lucie
D'accord.
- Christine
Et à un certain moment, je ne me souviens pas si c'était la première fois ou le second ou le troisième week-end, il m'offre de me coucher à côté de lui sur le matelas pneumatique. Moi, je lui dis non merci, j'aime coucher par terre.
- Alban
Mais je veux mes croissants, mais par terre.
- Christine
J'étais scout, donc j'étais habituée un peu à la dure, et j'ai horreur du matelas pneumatique qui fait du bruit.
- Alban
Qui brouge, oui.
- Christine
Voilà, donc il y a eu des trucs comme ça. Mais enfin,
- Lucie
après tes manquements,
- Alban
les étoiles se sont alignées.
- Christine
Voilà, et ça, donc voilà. Ensuite, moi, je travaillais à Toulouse et lui, il a dû revenir en Norvège.
- Lucie
Ben oui, parce qu'il n'était là que pour trois mois.
- Christine
Et on s'est dit, qu'est-ce qu'on fait ? C'est sérieux ou pas sérieux ? Bon, alors, je suis revenue, il m'a invitée à Noël chez lui, ici, donc première visite à Stavanger.
- Alban
C'est là qu'il y a eu la vaisselle ou c'était après ?
- Christine
Ça c'est loin après, la vaisselle c'est loin après. Là j'étais à visite donc je ne faisais pas la vaisselle. Ça allait encore. Après on s'est dit quand même, c'est peut-être un peu sérieux, lui par sa famille a trouvé un travail à Port-de-Boucq.
- Alban
Il y a des gens bien qui viennent pas très loin de Port-de-Boucq.
- Christine
Oui, Bartigues, etc. Donc il a pu avoir un travail, un vrai travail à Port-de-Boucq. Et là, on se rencontrait le week-end, Toulouse, Port-de-Bourg, trois heures de voiture.
- Lucie
Trop bien, et vous avez fait ça pendant combien de temps ?
- Christine
Pendant le temps qu'il avait le droit de travailler en France avec son permis d'étudiant un peu spécial. Je ne me souviens pas si ça existe encore aujourd'hui ou pas, mais enfin bref, à un certain moment, il fallait qu'il reparte. Il n'avait plus le droit de travailler en France. Et là, on s'est dit, bon, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien, on se fiance.
- Lucie
C'est simple. Et du coup, c'est à ce moment-là que tu es partie en Norvège ? Alors non,
- Christine
là on se fiance dans les règles de l'art trois mois avant le mariage. À l'époque, c'était ça. Enfin, les règles de l'art, ce n'est pas ça. Mais bon, ce n'était pas que c'était bien d'avoir le mariage en France. Et on l'a fait pendant l'été.
- Lucie
En France ?
- Christine
En France. Et ensuite, avec notre 4L et les cadeaux de mariage, nous sommes partis, qu'à un cas, avec la 4L, on ne va pas vite sur le tour de route, jusqu'à Stavanger. Je ne me souviens plus de ça. Ce n'était pas important dans l'histoire. Ce qui était important, c'est qu'on n'avait ni travail, ni endroit où vivre. On partait un peu à l'aventure. Et on avait simplement des couteaux en argent, de la vaisselle, des trucs qu'on donne au mariage, mais rien d'autre. Mais lui,
- Lucie
il est originaire de Stavanger ?
- Christine
Lui est d'origine de Stavanger. C'est pour ça qu'on est allé d'abord chez sa mère. Et après, il lui a trouvé un travail. Et à certains moments, je lui ai dit, ou bien on part, ou bien moi, je prends mon billet d'avion et je rentre. Je ne peux pas vivre chez ta mère. C'était trop dur. Et heureusement, sa société avait des appartements de location pour les employés qui venaient d'ailleurs. Et donc, deux jours après, on avait déménagé. Et là, la vie était devenue plus simple.
- Alban
Et vous êtes arrivée du coup à quel âge ?
- Christine
Et là, nous avons 24 ou 25 ans. Moi, j'ai 24 ou 25 ans et lui, il en a 4 ans de plus. Et puis alors là, aussi une anecdote qui m'a vraiment beaucoup choquée positivement, c'est que lorsque j'ai eu mon contrat de travail, nous habitions dans une petite sorte de chalet, dans une ferme. Et c'est un taxi qui a sonné à notre chalet. en me portant mon contrat de travail. Parce qu'à l'époque, il n'y avait pas de téléphone.
- Lucie
J'adore.
- Christine
Donc, il fallait faire la queue pendant un an et demi pour obtenir un téléphone fixe. Oui, oui, le téléphone portable n'existait pas. Et donc, on était sur la... Enfin, on ne pouvait même pas faire la queue puisqu'on n'avait pas d'appart. On louait d'une façon intermédiaire. Donc, sachant ça, c'est la société qui a... envoyer un taxi avec le contrat. Et moi, je me suis dit, waouh, je suis une princesse, là.
- Alban
Ben oui.
- Christine
C'était un jour où il faisait de la neige, c'était super beau. Et le taxi, on ne savait pas ce qui se passait. Puis il m'a dit voilà la lettre et j'ai ouvert ça et j'ai eu mon premier contrat.
- Alban
Et là tu parles de, par exemple, qu'il n'y avait pas le téléphone. Est-ce que c'était la même situation en France ou la Norvège était encore en gros décalage comparé à d'autres pays européens ?
- Christine
Je pense qu'elle était en retard. Parce que l'idée d'attendre un an et demi pour se mettre sur la liste pour avoir un téléphone... Je n'avais jamais entendu parler de ça en France. Mais bon, je ne sais pas.
- Alban
Est-ce que tu as perçu d'autres choses comme ça, qui étaient pour toi, qui ne faisaient peut-être pas sens, ou qui étaient vraiment choquantes en arrivant ?
- Christine
Oui, une chose très choquante. Sud de la France, j'adorais les tomates, comme on aime les vraies tomates qui sont de plein champ, pas celles d'ici. Et donc, je suis arrivée, et sur le marché, je voyais partir, sortir... partir les gens avec un petit sachet, avec une tomate et un demi-concombre, le samedi.
- Lucie
J'adore. Non mais ce demi-concombre, c'est...
- Alban
On nous en a parlé aussi sur la note d'enregistrement.
- Christine
Donc le demi-concombre, c'était le week-end, on mangeait un demi-concombre. Je ne sais pas pourquoi, mais bon.
- Alban
Ah mais est-ce que c'était parce que c'était peut-être cher d'avoir le concombre ? C'était quelque chose d'un peu plus premium en ce temps-là ? Peut-être, peut-être. Et la tomate,
- Christine
particulièrement chère, la tomate.
- Alban
Oui,
- Christine
oui. Thomas, c'était parti.
- Alban
Moi, j'ai fait un échange Erasmus en Finlande et j'ai été parfois dans des familles finlandaises. Toujours un demi-concombre quelque part.
- Christine
Ah oui ?
- Alban
Toujours. Pour les petites tranches sur le knäckebrö. Voilà.
- Christine
Non, non, ça, ça m'a un peu étonnée, oui. Et aussi, ce qui m'a étonnée, mais ça, c'est un positif, c'est que nous allions chez un commerçant sur le marché qui n'existe plus aujourd'hui, mais bon. Et ce monsieur, à un certain moment, il m'a dit « Ah ben, la semaine prochaine, je ne suis pas là. » Je lui ai dit « Bon, et où tu vas ? » « Ah, je pars au Canary. » Et dans ma logique à moi, ces pauvres paysans qui ont à peine un peu de chaleur pour faire venir trois carottes, comment pouvaient-ils avoir un salaire suffisant pour partir une semaine au Canary au mois de novembre ou octobre ? Ça, je me suis dit, ouais, c'est super. Et après, j'ai compris qu'on les aidait, on les subventionnait, etc., que l'agriculture est très importante en Norvège. Donc, il y a tout un tas d'aides pour continuer à pouvoir se subvenir. Si jamais il y avait un problème en Norvège.
- Alban
Tu as percevé les prémices du Siden, qui consiste à quand les Norvégiens partent, quittent en général, comme tu dis, en novembre, ou pendant les journées courtes ou l'hiver, ils vont dans le sud pour aller avoir du soleil et de la chaleur.
- Christine
C'est ça.
- Lucie
Et ils aiment particulièrement les Canaries.
- Alban
Alors c'est vrai que c'est...
- Christine
Tout à fait, tout à fait. Grand K. Oui, oui, Grand K. Voilà, je me dis Grand K, là. Pas depuis longtemps. Grand K, c'est devenu... Ah, d'accord. C'est bon, quoi. Grand K. Au Canary, c'est plus simple. Le Grand-Cas, c'est bien.
- Lucie
J'adore. Et du coup, ce n'était pas trop difficile de garder le contact avec ta famille à l'époque ?
- Christine
Alors, nous allions, les expatriés que nous étions, à l'époque, on savait que les cabines téléphoniques ne marchaient pas. Et donc, on faisait la queue pour aller dans une cabine où on pouvait parler trois quarts d'heure avec une pièce. À la place de devoir payer et d'avoir... Un paquet de pièces comme ça avant d'arriver. Parce qu'il fallait, chaque fois, ça allait vite. Donc on faisait la queue tous les dimanches ce soir. On appelait mes parents. Et donc on allait là où on savait qu'il y avait des cabines qui étaient moins chères.
- Lucie
J'adore.
- Alban
Et est-ce que c'était dans cette fameuse queue, est-ce qu'il y avait peut-être plus d'étrangers ?
- Christine
Tout à fait. Il n'y avait que des étrangers. Et puis si quelqu'un commençait à parler plus de demi-heure, on lui tapait à la porte. Parce qu'on avait froid quand même, les autres. Un dimanche soir, il fait nuit, bon voilà quoi.
- Alban
Donc on comprend que vous avez trouvé un travail, vous avez eu votre chez-vous, vous commencez à prendre vos repères. Est-ce que les débuts ont été difficiles ou au final la transition s'est relativement bien faite pour toi ?
- Christine
Alors moi j'ai eu la chance d'avoir mon mari qui m'expliquait. Donc quand j'avais une question ou quelque chose m'étonnait, je lui demandais et il m'expliquait. Et comme lui, comprenez, parler français, avait vécu quand même en France quelques temps, au moins un an la dernière année, mais plus avant aussi, donc lui pouvait m'expliquer. Et donc, je n'ai pas eu de graves problèmes. Et je me souviens très bien un jour, là c'est aussi une anecdote, j'étais enceinte de notre seconde, et là, je le dis au bureau, Là, on est quand même plus quelques années après. Je le dis au bureau et un collègue que j'appréciais beaucoup me répond. Du Den Heldi Gris. Moi, j'ai pensé au cochon. Oui,
- Lucie
moi aussi, Gris.
- Christine
Et je me suis dit, est-ce que c'est une injure ou est-ce que c'est un compliment ? Alors, j'ai souri en me disant, je ne dis rien, je suis partie. J'arrive à la maison et je dis à mon mari, il m'a dit Den Heldi Gris. Et mon mari m'a dit, mais ça, c'est un compliment. Ça veut dire, quelle chance que tu as. quelle chance d'être enceinte. J'ai su après que ce pauvre collègue essayait d'avoir des enfants depuis des années et il n'y arrivait pas. Donc lui, il a poussé un cri de joie pour moi en me disant, oh, quelle chance. Mais utiliser Hell Degrees, pour moi, ça... Ça ne veut rien dire. Les cochons, ils se vautrent dans la terre. En plus,
- Lucie
pour une femme enceinte, on pourrait même le prendre.
- Alban
Bravo, ma belle truie. Bon, c'est quand même moyen.
- Christine
C'est comme mon mari. La première fois qu'on marchait en Dalais-Pyrénées ensemble, il m'a dit quelque chose avec le mot chèvre. Ma belle chèvre, il a dû me dire ça. Ce n'est pas un compliment en France. Je me suis retournée et je me suis dit, mais attends.
- Alban
C'est celle-ci.
- Christine
Il y a des choses comme ça.
- Alban
Il a failli redormir par terre, celui-ci.
- Christine
Donc, il y a des choses rigolotes comme ça. Je me souviens que des choses rigolotes. Il n'y a pas eu de choses qui m'ont traumatisée. Mais c'est vrai que le temps a été dur pour moi. Le fait d'avoir de la pluie, très peu de chaleur. Vous avez ici quand même des étés agréables. À Stavanger, quand on a 20, on appelle ça une nuit tropicale, si ça fait 20 degrés pendant 24 heures, c'est quand même...
- Lucie
Surtout en venant du sud, je me dis, ça fait un gros diff'.
- Christine
C'est ça qui a été le plus difficile pour moi, c'est de m'adapter au climat, d'acheter les vêtements de pluie, de sortir par tous les temps, comme les Norvégiens disent. Non, il ne fait pas froid, tu n'as qu'à t'habiller, voilà.
- Lucie
Et à la base, vous aviez prévu de rester combien de temps ?
- Christine
Alors à la base, dans ma tête à moi, c'était six mois.
- Alban
Ah j'adore, c'est toujours comme ça.
- Christine
Et puis on a dû en parler, on a dit bon c'est important que je comprenne la culture, la langue aussi, bon et après on partait en France. C'était ma vision et je pense qu'on avait parlé. Et puis donc lui a eu un travail très rapidement, moi trois mois après. On commençait à se faire bien ici. Puis on a acheté l'appartement, 47 mètres carrés. On était super fiers. À nous, les premières visites, ma sœur, des amis. Et puis, de fil en aiguille, on s'est dit, on a un travail tous les deux, on est bien, on reste. Mais ça ne s'est pas fait comme une décision.
- Lucie
Oui, c'était plutôt, on reste un peu plus, on reste un peu plus. Et puis bon, ça fait 45 ans.
- Alban
Ce sont les projets qui se sont enchaînés les uns un peu. C'est ça. à la suite des autres.
- Christine
Moi, j'avoue que j'ai eu la chance de travailler dans l'industrie pétrolière qui était à un moment de croissance extrêmement important et qui m'a donné des opportunités que, et j'en suis sûre, je n'aurais pas eues en restant à Castres ou même à Toulouse. Il aurait fallu que je parte à Paris et on connaît la vie parisienne, ce n'est pas la vie de Stavanger. Bon, il pleut, mais à part ça, ça ne va pas mal.
- Alban
Et est-ce que tu avais, très jeune, un attrait pour l'international, à la basse ? Je te pose la question parce que moi aussi, je viens du sud, de l'autre côté, sud-est, dans une toute petite ville. Et mes parents n'avaient pas bougé. On avait eu la chance de voyager en Angleterre. Et c'était tout. Donc après, ça s'est fait petit à petit. Mais il y a eu cette volonté qui s'est agrandie au fil des années, une espèce d'appel de l'international. Est-ce que toi, tu as eu quelque chose de similaire ? Comment ça s'est passé ? Oui,
- Christine
je pense... J'aimais voyager. Enfin, mes parents nous ont fait voyager en tout cas. petit peu en France et un tout petit peu en Espagne ou en Suisse, enfin pas trop loin. Mais ce qui m'a peut-être motivée le plus, c'est que mon père était adjoint au maire à la ville de Castres, d'où je viens, et je lui ressemblais comme une goutte d'eau. Et chaque fois que je me promenais en ville, quelqu'un sans arrêt me disait « Ah mais tu es la fille de monsieur Bazalchette » . Et moi ça m'ennuyait parce que je ne me sentais pas libre.
- Alban
Tu étais fille d'eux ?
- Christine
J'étais fille d'eux. Et maman était femme d'eux. J'avais l'ambition de devenir moi-même. Plus je grandissais, après je suis allée à Toulouse, j'ai vécu une vie un peu plus tranquille, enfin tranquille d'étudiante quoi. Là je revenais à Castres et chaque fois, ah oui, tu es la fille d'eux, comment va ton père ? Bon bref, et ça je me suis dit non, je ne veux pas devenir la femme d'eux. Ça c'était clair pour moi. Je n'avais pas envie d'épouser. La femme de l'assureur du coin ou du banquier est à la maison en train de... d'être femme foyer. Ça, ce n'était vraiment pas mon truc.
- Alban
Parce que tu penses que c'était un schéma qui se produisait assez naturellement autour de toi ? Oui,
- Christine
parce qu'à Castres, je ne voyais pas trop où je pouvais faire une carrière. Avec l'ISSEC, qui est une association internationale d'étudiants, je suis partie en Tchécoslovaquie, au moment où c'était encore la Tchécoslovaquie, en Espagne, pour travailler quelques mois en stage. Et là, j'ai eu en Angleterre aussi. Et j'ai eu un peu cette idée que, waouh, c'est super. Il y a autre chose. La France est la France, mais les autres pays sont sympas aussi. Les gens sont sympas partout. Mon idée, c'est qu'il y a une petite couche culturelle, mais à part ça, on se ressemble tous, les êtres humains sur la planète. Ça m'a donné vraiment le goût de voyage. Et j'ai épousé un Norvégien, mais comme je dis, j'aurais très bien pu trouver un Italien du Sud. Je n'ai pas choisi la Norvège. Ça, c'est très intéressant. je n'ai pas choisi la Norvège j'ai entendu dans d'autres de vos podcasts d'autres ont choisi vous avez choisi, moi non j'ai choisi mon mari et je suis venue ici parce que c'était là où il habitait donc c'est une autre approche et c'est pas un amour fou par définition, par principe on apprivoise le pays je pense autrement
- Alban
Et comment justement s'est faite cette relation au fil des années ? Et ce qui m'intéresse aussi, c'est que tu parles de ton mari un peu comme le pont entre la Norvège, peut-être la culture norvégienne, et toi, tes repères français, qu'ils comprenaient aussi. Est-ce que sur toutes ces années, il y a eu des hauts, des bas ? Parfois, est-ce que tu as adoré la Norvège ? Parfois, est-ce que tu en avais marre ? Est-ce que tu as voulu partir ? Comment ça s'est...
- Christine
Je disais que j'étais... J'étais bien là où ma famille était, donc les enfants, mon mari. C'était là et ça aurait pu être ailleurs. Ça, c'était vraiment mon opinion. Et j'ai eu la chance d'avoir une possibilité de carrière qui m'a beaucoup plu. Et donc, ça m'a bien motivée pour rester en fait. Comme mon mari aussi avait du travail, on était bien. Et je voyais aussi la France un peu déclinée. En 1980, aujourd'hui, la France n'est plus ce qu'elle était. Moi, je l'ai quittée. On a toujours la nostalgie de ce qu'on a quitté. On pense que c'est toujours aussi sympa et tout, mais ce n'est plus le cas. Mais c'est vrai que je voyais la Norvège faire des réformes pour la retraite, pour la sécurité sociale, etc. La France était immobile et ne bougeait pas du tout. Et je voyais ce décalage grandir. Et je me disais, finalement, on est bien ici. On est très bien ici.
- Lucie
Et puis à un moment, vous avez eu des enfants. Vous avez eu combien d'enfants ? Deux enfants.
- Christine
Deux enfants.
- Lucie
Est-ce que là, tu t'es dit, mince, ils vont avoir moins de la culture française ? Est-ce que tu t'es posé des questions par rapport à ça ? Ou ça s'est fait aussi naturellement ?
- Christine
C'était très clair que nous souhaitions qu'ils soient biculturels, binationaux. Et donc, dès le début, moi, j'ai parlé à mes enfants en français, mon mari en norvégien. Lorsqu'on était ensemble, On parlait l'un ou l'autre, l'une ou l'autre langue. On allait en France au moins deux fois par an. On les a mis dans le système norvégien, d'abord à la crèche. Ils sont passés du système norvégien de la crèche à l'école française. Là, choc pour eux, parce que la majorité de ces petits jeunes Français savaient déjà lire en maternelle. Les nôtres, moi, la maîtresse, quand elle m'a dit « Mais votre fils ne sait pas lire » , je dis « Mais oui, c'est un peu votre travail, non ? » Et là, j'ai vu que les autres expats, leurs enfants, ça avait déjà été bien avancé. Et le nôtre, non. Donc là aussi, ça a été un peu culture choc pour moi vis-à-vis des autres parents. Je me suis rendu compte après que dans le milieu des expatriés, il y a quand même la maman qui est souvent à la maison. Il y a une ambition d'aider les enfants, de les soutenir davantage que dans la crèche norvégienne où ils s'amusent. Ils deviennent des petits citoyens, mais ils s'amusent aussi beaucoup. Et bon, notre fils, quand même, il a eu quelques moments difficiles, mais ça s'est bien passé pour lui. Donc, il était dans l'école française. Et à un certain moment, on m'a proposé une expatriation à Paris. Et là, on s'est dit, pourquoi pas ? Aventure, c'est le moment. Les enfants avaient 10 ans. et 7 ans. Alors ce qu'on a fait, ça c'était sympa pour eux et pour nous aussi. Ils avaient de très bons amis, surtout notre fille Louise, à l'école française. Et ces gens, par chance, rentraient en France. Ils avaient une maison à Saint-Germain-en-Laye. Et on a su que l'école internationale était à Saint-Germain-les-Lays, à Paris. Et donc on s'est dit, l'école internationale pour le grand, qui avait 11 ans, et pour la petite, l'école normale, l'école publique. Et on veut trouver une maison ou un appartement qui nous permette naturellement que notre fille puisse aller à l'école où va sa meilleure amie. Et ça s'est passé.
- Lucie
C'est pas vrai.
- Christine
Si.
- Lucie
Mais je trouve ça tellement bienveillant. De faire tous ces choix pour votre fille, pour qu'il se trouve bien. Oui, je sais, mais je ne sais pas si tous les parents feraient autant attention.
- Christine
Alors, j'ai oublié de dire que le contrat qu'on m'a donné, c'était pour six mois. Donc, il y avait un grand risque que ce projet ne se fasse pas et qu'au bout de six mois, on rentre en Norvège. Donc ça, on a bien vu ce risque-là. donc on s'est dit 6 mois ok ça sera bien pour eux ils comprendront comment on fait en France comment on vit en France etc au pire ils reviendront, ils auront une expérience ils ne sont pas si grands que ça s'ils perdent peut-être même quelques temps après au niveau scolaire bon ça va ça ira mais j'avais moi dans l'idée que ce projet il devait se faire et que ça serait très bien pour la société que ce projet se fasse en France et je me suis dit stratégiquement La société a tout intérêt à ce qu'il se passe en France. Et donc, moi, ils m'ont envoyé un peu comme un envoyé en me disant, vois avec les autorités si ce projet d'atterrage de gazoduc peut avoir lieu en France. Donc, c'était ma responsabilité. Parler aux autorités, comprendre comment ça se passait, qu'est-ce qu'il fallait donner comme gage, etc. Tout ça, travail super intéressant. Et deux, moi, je me suis dit, on va le faire. J'étais très motivée, personnellement aussi, pour que ce projet se fasse. Et finalement, on y restait trois ans. Donc, ça a été super.
- Lucie
Trop bien.
- Christine
Trop bien. Sauf que, sans jamais aller, je travaillais à Paris une heure et quart de transport.
- Lucie
Oui, ce n'est pas la porte à côté.
- Christine
Deux fois par jour.
- Alban
Oui.
- Christine
Donc, mon mari était le chef de famille. Bon, il l'est toujours, mais c'est lui qui s'occupait de tout. Moi, je partais le matin à 7h30 et je revenais le soir à 7h30. Donc, chercher les enfants, s'occuper de tout à la maison.
- Alban
J'étais mariée au foyer.
- Christine
Et il était papa foyer. Alors, c'était très rigolo parce qu'à Saint-Germain-les-Lays, vous connaissez, c'est quand même un peu... C'est Béger, on dira. Et lorsqu'on était introduit chez des gens qui habitaient à Saint-Germain-les-Lays, on se tournait vers mon mari en lui disant, mais qu'est-ce que vous faites ? Et lui disait, je suis à la maison. C'est ma femme qui travaille. Et on a vu des gens se retourner et partir. Pas intéressés. C'est super. Si.
- Alban
Ça devait être un milieu assez conservateur où en général la mère est à la maison. Tout à fait.
- Christine
Et notre fils, ça nous a un peu choqués. À un moment, notre fils n'allait pas du tout à l'école. Et on s'est dit, mais qu'est-ce qu'il a ? Et puis un jour, il nous a sorti le morceau et il nous a dit, est-ce qu'on est pauvre ? On lui a dit, mais pourquoi tu nous poses la question ? Il a dit, parce que papa ne travaille pas.
- Lucie
Ah oui, du coup, à l'école, on lui disait...
- Christine
Papa ne travaille pas, donc... Comme si maman ne pouvait pas... Maman...
- Alban
Oh punaise !
- Christine
Alors, on a dû leur expliquer que maman était expat, qu'elle se compensait bien le salaire de papa. Bon, tout va bien, après, il a compris. Mais un jeune enfant disant, quand les petits garçons lui demandent « Que fait ton papa ? Il ne fait rien, il est à la maison. » Enfin, il ne fait rien. Il s'occupe de nous, en gros. Voilà.
- Alban
Pour eux, c'est...
- Christine
Donc ça a été quelquefois, il y a eu des choses comme ça.
- Lucie
C'est vrai qu'en plus, remis dans le contexte, dans l'époque, c'était...
- Alban
Attends, mais moi, je suis hyper fan, là.
- Christine
Hyper moderne.
- Alban
Hyper moderne. Hyper, même pour la Norvège, je dirais. À ce moment-là, je pense qu'il n'y avait pas tout ce qui est congé paternité, en tout cas, peut-être pas aussi longtemps que maintenant.
- Christine
Non, c'était un peu long pour moi. Je n'ai pas tout pris. Il me fallait revenir au travail. C'était combien de temps ? Pour le premier, j'ai dû reprendre... Oui, parce qu'on n'avait pas de crèche à l'époque. Ah oui, c'est ça, j'en ai entendu parler. On n'avait pas de crèche, on n'avait pas de place de crèche. Donc, il fallait avoir quelqu'un qui vienne à domicile. Ça s'appelait Dagmama.
- Alban
Ça existe encore, mais c'est plus aussi important, j'imagine, qu'à cette époque-là.
- Christine
J'ai appris qu'en France, aujourd'hui, les Dagmama sont quand même certifiées, contrôlées, etc. Là, non. ce n'était pas le cas donc on prenait un peu Pas par hasard. On avait une interview. On savait pas. C'était pas forcément qu'elle devait être diplômée. Voilà. Donc, on a aussi des épisodes où la jeune femme qu'on avait prise changeait pas la couche de notre fils pendant toute la journée. C'est un arrivé. Bon, alors celle-là, elle a été facilement... Et on a eu des garçons au père.
- Alban
Attends, mais d'abord, je reviens. Là, t'es en train de casser tous les mythes qui existent. J'adore. Revenons sur...
- Christine
La durée.
- Alban
Non, mais le père à la maison.
- Christine
Pourquoi ?
- Alban
Qu'est-ce que tu attends ? Qu'est-ce que tu attends ?
- Christine
Qu'est-ce que tu attends ?
- Alban
Moi, je veux faire ça, moi.
- Christine
J'attends le contrat.
- Alban
J'attends que tu m'entretiennes.
- Lucie
J'attends le contrat expat pour pouvoir t'entretenir. Non, mais oui, tu disais que le congé maternité, il était déjà long à l'époque pour la maman.
- Christine
Il n'était pas si long que ça. Il n'était pas si long. C'est clair. Peut-être, je suis revenue au bout de 5-6 mois. D'accord.
- Lucie
Et le papa, il avait combien à l'époque ? Alors,
- Christine
le papa, il travaillait dans une société où son chef, en second, avait épousé une Française. Et lui, par contre, il était très conservateur. Et quand Christian, mon mari, lui a dit, est-ce que je peux prendre quelques jours de congé de paternité ? Il lui a répondu quelque chose du genre, mais vous savez, les hommes ne sont pas faits pour s'occuper des bébés. Genre comme ça. Donc ça veut dire, pas question, toi tu restes au travail. Donc il n'en a pas eu beaucoup. Il a dû avoir 15 jours, mais pas plus.
- Lucie
Ça a évolué.
- Christine
Ça a beaucoup, beaucoup évolué.
- Alban
Mais du coup, un papa au foyer pendant l'expatriation.
- Christine
Voilà, trois ans.
- Alban
Un garçon au père dont il faut que tu nous parles. Et toi qui as aussi dit... Une phrase que je trouve... Deux garçons au père d'ador. Et tu as aussi dit une phrase que je trouve très moderne. C'était un peu long de s'occuper des enfants et je voulais retourner au travail. Et ça, je trouve que c'est quelque chose. Comme quoi, tu vois, je pense qu'il y a certains cycles. En Norvège, c'est tellement important la famille et les enfants que j'ai presque l'impression qu'on n'a pas le droit de vouloir se retrouver, retrouver son travail. Donc je trouve ça important que tu dises que toi, tu avais cette volonté-là et il a fallu que tu trouves comment le faire aussi.
- Christine
Oui, parce que j'étais dans la mentalité française, moi. J'étais dans une société britannique et néerlandaise, où quand même il y avait la culture, pas norvégienne, c'était la culture internationale. Donc je me disais qu'il fallait quand même bosser et montrer qu'on était intéressé. Donc j'étais gênée à l'idée d'être si longtemps hors du travail. Et en plus... Je m'ennuyais.
- Alban
Voilà, c'est ça aussi.
- Christine
Parce que je n'avais pas d'amis ici. Des collègues que j'avais eus, mais bon, c'était plutôt des collègues masculins. Donc, on ne peut pas aller au café avec. Et toujours le mauvais temps. Je n'ai pas eu ce genre de groupe-là où les mamans se rencontrent, elles vont au café, tout ça. Je n'ai pas eu ça, moi.
- Lucie
Oui, ça n'existait pas à l'époque, le barcelon groupé.
- Christine
Et si ça existait ? mais je n'ai pas été introduite ou ça ne m'intéressait pas. Enfin bref, on était dans la chambre, on était cinq, maman. C'était sympa parce que au moins on s'explique tous nos problèmes. Tu sais, quand tu accouches, tu es un peu comme ça. Donc voilà, c'était sympa. Mais peut-être elles se sont fait un groupe, moi je n'étais pas. Je ne me sentais pas introduite. Je n'ai pas voulu, je n'en sais rien. Mais bref, je me trouvais à Sous-Las où j'habitais, donc pas au centre-ville de Stavanger. et... De temps en temps, on avait le droit de laisser nos enfants dans ce qui s'appelle le barn parkering. C'est terrible comme mot. C'est le parking. Si on avait un rendez-vous médical où on avait vraiment besoin d'être seul et que le papa ne pouvait pas sortir du travail parce qu'il ne pouvait pas, on pouvait laisser nos enfants un quart d'heure, une heure maximum, deux heures maximum, dans un endroit qui n'était pas du tout comme une crèche, mais c'était un endroit correct. Et donc, on faisait nos courses, on allait au docteur très vite et puis on rentrait. Et c'était tout. Donc, pendant les premiers mois, c'était ça. Ensuite, on a eu cette dame-mama, enfin plusieurs, parce que ça n'a pas trop bien marché avec les premiers, etc. Et puis enfin, on s'est dit, il nous faut une autre situation. Parce que moi, je commençais à voyager. J'avais changé de poste, je n'étais plus à la Chelle, j'étais chez Statoil, qui s'appelle maintenant Equinor. Et là, j'étais dans un service un peu commercial, marketing, analyse de marché, et il me fallait un peu partir. Donc, on s'est dit, pourquoi pas un garçon ou une fille au père. Et la première personne qu'on a connue, ça a été un garçon. Et ce garçon, il s'appelait Philippe. Et il est arrivé ici, il avait un peu parlé norvégien parce qu'il était allé faire des études à Caen. Donc, il connaissait un peu quelques mots. Et il est venu très gentiment ici. Et il s'en est occupé beaucoup de nos enfants. Et surtout Louise, notre fille, qui était un peu réticente vis-à-vis de lui, ce garçon au père a commencé à faire des crêpes, comme on fait dans son pays. Et les crêpes... ça a été la clé qui a fait que notre fille a adoré Philippe, tout d'un coup là c'était très bien, voilà donc on a eu un Philippe 1, on l'appelle un Philippe 1 et Philippe 2,
- Alban
on a eu deux garçons au père dynastie des garçons au père voilà,
- Christine
et une jeune fille au père,
- Lucie
la troisième et du coup j'adore parce que les garçons se sont très bien occupés des enfants vous étiez content ?
- Christine
Ah oui oui trop bien,
- Lucie
ils avaient quel âge à l'époque ?
- Christine
ils avaient une vingtaine d'années Les enfants, ils avaient de l'école 6 ans jusqu'à 9 ans. Et après, on est partis en France.
- Lucie
Pendant l'expatriation. Génial.
- Christine
Ces jeunes, ils étaient sympas. En plus, on leur prêtait la voiture le soir, la femme de ce quatre ailes. Elle était toujours d'actualité. Oui, tout à fait. Donc, ils étaient libres le soir. Nous, on était aussi libres. Donc, ça s'est bien passé, ça. Les garçons au père et la fille au père, la dernière. Et ensuite, on est partis en France. Donc là, c'était simple. Enfin, c'était simple. Mon mari a dû quitter son travail. Mais c'était un concours de circonstances qui faisait que c'était possible pour lui. Et donc, voilà, on est partis trois ans, pour six mois, qui se sont prologés. Trois ans.
- Lucie
Du coup, moi, ce qui m'intéresse, c'est après le retour en Norvège, après trois ans en France.
- Christine
Alors, le retour en Norvège, d'abord, on a retrouvé notre maison. Parce qu'à l'époque, la société nous permettait, enfin, ils louaient pour nous. Et on avait un salaire, un loyer fixe. C'était super sympa, ça aussi. Financièrement, c'était très bien. Et donc, on a retrouvé notre maison, donc les voisins. Mais la question, c'était, est-ce que nos enfants vont continuer dans le système français ou non ? Et là, recherche, et on nous dit, l'école de Stavanger. Elle arrivera peut-être jusqu'en seconde, mais pas plus. Après, il faut aller à Oslo ou en France. Et il n'était pas question pour nous de laisser nos enfants partir ou de déménager à Oslo ou en France, qu'ils soient pensionnés, etc. Ça, ce n'était pas la question. Pour nous, donc, on s'est dit, OK, on les met dans le système norvégien. Sachant que de passer du système français, d'un lycée international quand même avec un niveau assez important, vers le système norvégien, ça... Ils ne posent pas de problème, sauf au niveau de la maturité des enfants. Les enfants norvégiens sont beaucoup plus mûrs. Ils prennent des responsabilités. On leur apprend autre chose qu'en France. En France, on leur apprend à lire, à écrire et à apprendre par cœur. En Norvège, ce n'est pas le cas du tout. Donc, on nous a dit au niveau maturité, il est peut-être préférable que l'un des deux... redouble en quelque sorte.
- Alban
C'est incroyable.
- Christine
De façon à se mettre un peu dans la mentalité et la façon d'être ici. Et ça s'est bien passé pour ça. On a écouté les profs et l'école, mais c'est vrai que moi, quand je suis arrivée dans cette école norvégienne et qu'on nous a dit que l'enseignement n'était pas dans la stratégie de l'école, je me suis dit, on va quoi. Si l'enseignement n'est pas dans la stratégie de l'école... Il y avait quoi dans la stratégie de l'école ? Je ne me souviens plus, mais c'était un truc triangle. C'est pour ça que je le montre comme ça.
- Alban
Il y avait déjà beaucoup autour de l'autonomie. Oui,
- Christine
c'était à peu près faire des citoyens, quelque part. C'est comme ça que je m'en souviens, moi. Mais ce n'était pas l'élitiste, loin de cela. On venait d'un système élitiste à un système quand même plus décontracté.
- Lucie
Oui, ça a toujours cette réputation de... C'est fou,
- Alban
je me rends compte que combien on est... teinté par le système scolaire dans lequel on a évolué. Oui,
- Christine
tout à fait.
- Lucie
Est-ce que ça a été difficile pour vous, le retour ? Est-ce qu'il y avait des choses qui vous manquaient de la France ? Ou est-ce que vous étiez trop content de revenir en Norvège ? Ou est-ce qu'il y a des trucs qui étaient un peu plus durs ? Comment ça s'est passé ? Parce que j'imagine que ça a dû être une petite bulle française et puis après, retour...
- Christine
Non, ce n'était pas vraiment une bulle française. C'était une bulle d'expatriation. Parce qu'on se retrouve avec de nouveau des expatriés, des gens super sympas, très ouverts, très accueillants, qui vous ouvrent tout de suite leur maison. Parce qu'on sait qu'on est ensemble pour quelques années, donc autant vaut-il en profiter ensemble. Donc très sympa, mais c'était une bulle d'étrangers. Je me disais, tiens, c'est une double expatriation. Je pars de Norvège et je vais à Paris. Je vais pas chez moi, je vais à Paris. Et là, Paris, c'est pas le tard.
- Alban
Mais c'est trop drôle que tu dises ça, parce que je viens du sud-est, Lucie de Paris. Et quand je raconte aux gens, moi j'étais vraiment à la base quand même, j'ai un peu cette âme de sudiste, je ne mettrai jamais un pied à Paris. Au final, j'adore y aller, mais parce que pour moi, c'est un autre monde déjà. Je suis déjà à l'étranger quand je suis à Paris, en fait. Pour des raisons que j'adore, pour d'autres que j'aime peut-être moins, mais il y a déjà un choc. culturel qui opère. Donc toi, c'était vraiment l'expatriation dans l'expatriation.
- Christine
Et donc, je me souviens très bien, Saint-Germain-l'Ess, c'est quand même une ville très sympathique, mais quand même, bon, il faut s'habiller pour aller au marché, quoi. J'adore. Et donc, c'était pas Paris, intra-muros. Et c'était là où il fallait aller avec des enfants. On ne peut pas vivre à Paris et aller au théâtre tous les soirs. C'est comme ça que moi, j'aurais aimé vivre à Paris, mais ce n'était pas possible, tu vois. C'était quand même sympa. très protégée, jolie, tout ça, mais c'est quand même Paris, quoi. Et puis tu as l'accent que tu as, que je n'ai jamais changé, moi, et je me souviens, une fois, je me suis fait attraper, enfin, je faisais la queue chez un maraîcher, et j'ai dû lui demander, je ne sais pas, moi, des endives ou des carottes, je n'en sais rien, et puis il s'est moqué de mon accent. Et là, moi, j'étais furieuse, je lui ai dit, si vous ne voulez pas me servir comme ça, je m'en vais. Comme ça, fort. Et il y avait cette personne à la queue, mais tu ne te sens pas chez toi, quoi. quand on te fait une réflexion pareille alors maintenant j'apprends que c'est sympa d'avoir des accents les gens ne sont pas contre les accents à un moment il fallait les gommer en fait mais à ce moment là il valait mieux les gommer d'accord ceci dit je comprends très bien parce que dans
- Alban
le milieu professionnel je pense, alors au marché c'est vrai que ça peut surprendre de se prendre ce genre de remarques mais dans le milieu professionnel je pense aussi qu'un accent du sud c'est pas forcément simple à porter dans d'autres villes Je fais un peu un aparté, mais je trouve ça intéressant aussi. Oui,
- Christine
c'est sûr. Parce que moi, là aussi, quand j'étais... J'avais un bureau qui était loué par ma société chez Gaz de France. Et là, il y avait des Français, donc. Des vrais Français. Des Français qui n'étaient pas partis. Mais j'étais vue comme la Norvégienne. Donc, je jouais un peu de ça. C'est très bien. Quelquefois, tu es Français, tu comprends quelques trucs. Et quelquefois, tu te fais bête en te disant je ne comprends pas parce que là, en Norvège, on ne fait pas comme ça, quoi. Donc, si tu veux, tu joues sur les deux tableaux, ça se passe très bien. Là, je n'ai pas du tout souffert. J'étais la représentante de Statoil là-bas. Et du coup, quand même, on me considérait bien. On ne s'est pas manqué de mon accent.
- Lucie
Et quand tu étais en France, est-ce qu'il y avait des choses de la Norvège qui te manquaient ? Tu te disais, quand même ça...
- Christine
Alors, nous achetions de la mayonnaise. Nous nous faisions apporter de la mayonnaise norvégienne.
- Alban
Ah bon ?
- Christine
Oui. Alors, je ne sais pas pourquoi.
- Alban
Trop drôle.
- Christine
Et bien sûr, la saucisse et le saucisson me manquaient quand j'étais ici. Mais peu à peu, on se déshabitue.
- Alban
Et est-ce qu'il y avait déjà tes enfants, notamment, je pense, est-ce qu'il y avait déjà tout ce qui était brunoust, chingéoust et tout ça ?
- Christine
Ah oui,
- Alban
C'était déjà présent ?
- Christine
Mais j'avais la chance d'avoir un mari qui n'aimait pas le brunoust. J'adore, j'avais la chance.
- Alban
C'est une chance, selon Christine.
- Christine
Tonc ! Nous avions du brunus dans le frigo, mais on ne l'utilisait qu'une fois pour Noël, pour une certaine sauce que mon mari faisait. Brunus, en général, on le jetait au mois de juin.
- Alban
C'était le brunus annuel.
- Christine
Mais j'adore le fromage en tube, moi, par exemple. Ce n'est pas du tout gastronomique, mais réqueust, il n'y a pas mieux pour le petit déjeuner,
- Alban
en fait. Tu vois, j'ai quand même été goûter le chinkaius de ma fille, et je me dis... Je comprends pourquoi ça leur plaît. Tu vois, il y a ce petit truc de mayonnaise, on y revient aussi. Le tube, il y a un truc...
- Christine
Il y a quelque chose là, je ne sais pas l'expliquer, mais...
- Alban
Sur tes bons conseils, je vais essayer le... Le vacaoust. Qui est donc du fromage en tube à la crevette.
- Christine
Voilà.
- Alban
J'espère que vos papilles sont en ébullition, là, en écoutant ça. Mais on va essayer.
- Christine
Alors, j'ajoute à la liste le barn paté. Ah oui, il y a la tête d'un enfant dessus, là, c'est ça. Le barn paté. Parce que ça, on donne... Enfin, nous, quand nos bébés étaient petits... c'était la première chose que leur donnait et si la première fois que j'ai commencé à me dire que le lunch il n'y a rien c'est deux tartines ou trois et c'est tout ça ne va pas donc il faut se forcer à petit déjeuner et donc j'ai commencé avec le petit pâté des bébés que j'aime toujours c'est toujours au petit neige ?
- Alban
toujours !
- Christine
ou le récausse l'un ou l'autre
- Alban
Mais incroyable !
- Lucie
Faudrait que tu le mettes sur la vidéo,
- Alban
les références. Mais en soi, moi j'ai goûté aussi par curiosité le Levepo Stey, et ça a vraiment juste un goût de pâté de foie.
- Christine
C'est un peu sucré, ça c'est pas du bon pâté français. Ah oui, non,
- Alban
non, moi je parle de la petite boîte, et pareil, je me suis dégoûté avec quand j'avais une grosse fringale. Je trouve que quand j'ai goûté, je me suis dit, ah oui, ça ressemble à un pâté de foie. Je n'avais pas du bon pâté, mais je parlais à quelqu'un du sud-ouest.
- Christine
Ça s'appelle du pâté, on dit pâté, mais c'est une pâte.
- Alban
Bon ben voilà, on sait ce qui nous attend au petit-déj.
- Christine
Voilà. Dès demain.
- Lucie
Et du coup, pour les enfants, ça s'est bien passé la transition à l'école norvégienne ?
- Christine
Alors, je me souviens toujours de la plus petite, parce que c'est elle qui nous faisait le plus peur en fait, elle était plus petite. Bon, voilà. Et elle, elle a eu la chance d'avoir une amie qui s'est occupée d'elle dès le début.
- Lucie
D'accord.
- Christine
Qui l'a prise avec elle sous son aile, etc. dans la classe. Et les parents étaient super sympas aussi. Et donc, ça s'est très bien passé. Et le système norvégien n'étant pas à forcer les enfants, ça s'est bien passé. Et Henri, il était quand même bien content de revenir dans un système plus cool. Franchement, parce que là... Il y a eu des épisodes difficiles avec lui, parce que d'abord, il ne se sentait pas bien avec cet épisode de « Papa ne travaille pas, on est pauvres » . Et puis, il forçait beaucoup.
- Lucie
En France ? En France, oui.
- Christine
Donc, ça a été plus cool. Puis, on s'est remis dans la maison, les amis du coin. Enfin, ça s'est plutôt bien passé.
- Lucie
Vous n'étiez pas... Triste d'être revenue. Non, non, on n'était pas triste d'être revenue.
- Christine
C'était une nouvelle vie. Ils allaient à l'école. Nouveau travail pour nous.
- Lucie
Et les enfants, juste pour savoir un peu plus, après, pour leurs études, ils sont partis de Stavanger ?
- Christine
Alors, eux ont eu tous les deux envie de partir avec une année au lycée. Ils sont partis à la seconde année du lycée. Le grand nous a dit, les États-Unis, Je me souviens, j'étais... J'étais en pleurs, laisser partir son enfant à 17 ans, c'est dur. C'est dur, mais bon, voilà, ça s'est très bien passé pour lui. Jusqu'au moment où nous étions, alors là on reparle de nourriture, on est français, on était en train de réveillonner en France, dans le sud-ouest, chez ma sœur. Et là on avait les huîtres, le foie gras, enfin bon, je ne sais pas, la liste, c'est typique.
- Alban
On salive.
- Christine
Et on appelle notre fils, et là, il nous dit, il écoute, et il nous dit, et on lui demande, et toi, qu'est-ce que tu manges ? Et bien, il nous a dit, j'ai fait réchauffer un petit truc au micro, on ne mange pas dans ma famille, on ne se met jamais à table. Donc là, on s'est dit, il ne fallait pas lui parler de tout ça, parce que c'était affreux pour lui. Pareil, culture choc aux Etats-Unis, cette famille ne se mettait pas à table. ils étaient super sympas pour d'autres raisons ils avaient des repères différents ils avaient eu Thanksgiving c'était le seul jour de l'année où Henri a eu un repas un vrai repas où il y avait trop à manger et c'est tout Noël, 1er de l'an donc là c'est un peu dur tout d'un coup là, cet épisode c'est dur il faut faire attention quand on parle aux gens ça aussi c'est culturel on le comprend quand on habite ailleurs on fait pas La même chose que si on n'est jamais parti de son pays. On ne pose pas les mêmes questions. C'était une leçon. Notre fille, elle est partie au Canada, anglophone, donc aussi pour apprendre l'anglais correctement, et elle y a passé un an aussi. Et c'est quand même moins dur. Le Canada est plus sympathique que les États-Unis, au niveau culture, etc. Donc ça s'est bien passé pour les deux. Et donc, ils sont trilingues.
- Lucie
Et après, quand ils sont revenus, ils pouvaient faire des études à Stavanger ?
- Christine
Alors, notre fils est revenu, mais à l'époque, il a perdu un an parce que l'année où il était aux États-Unis, il n'a pas compté. Donc, il a repassé son année. Notre fille, ça a été accepté. Et donc, elle a continué ses études bergain-nétroniennes.
- Alban
Est-ce que la France a une place importante pour eux ?
- Christine
C'est difficile pour moi de répondre. Pondre, ils sont norvégiens très clairement. Ils ont un attachement vers la France. Ils parlent la langue. Ils l'écrivent avec quelques fautes, mais bon, on passe. Ils sont allés en France tous les étés. Ils ont de très bons contacts avec leurs cousins germains, c'est très important aussi.
- Lucie
Mais ils n'ont pas eu par exemple l'envie d'aller s'y installer ?
- Christine
Ah non.
- Lucie
Non. Aujourd'hui, vivez-vous en Norvège ?
- Christine
Aujourd'hui, notre fils vit ici. et notre fille vit à Sula donc à 17 km de chez nous à
- Alban
Stavanger et d'ailleurs j'en profite pour donner le contexte de notre rencontre c'est que ça remonte à il y a un an Véronique nous a mis en contact On a pris contact, on s'est appelés, on a essayé de comprendre est-ce qu'il y avait un intérêt mutuel à faire un épisode ensemble. Et tu as essayé, quand tu venais aider ton fils et ta belle-fille avec les enfants, on a essayé de faire concorder les agendas. Au final, on n'avait pas encore réussi, mais un an plus tard, on se rend compte. Ça y est. Ça s'est enfin fait. Et donc, je me posais la question pour tes enfants et leur relation à la France. Pour toi, c'est comment ? Après 45 ans de vie en Norvège, tu as dit que parfois ça pouvait te, en tout cas dans le cadre de l'expatriation, ça te donnait cette souplesse de jouer un peu sur un tableau ou sur l'autre. Qu'est-ce qu'il en est chez toi, ici en Norvège ? Comment tu te sens ?
- Christine
Je me sens toujours française et je me sens plus norvégienne en France. Je me sens vraiment moi-même sur le marché de Castres, parce que là je peux poser mes questions. et personne ne me parle de mon accent. Sinon, je suis bilingue, un Norvégien, mais j'ai cet accent, et au bout d'un certain temps, on m'écoute, et puis on peut s'entendre dire « Comme du frau Tuscland ? » C'est-à-dire, « Est-ce que tu viens d'Allemagne ou de Pologne ? » Enfin, ils me posent des questions, parce qu'ils ne savent pas si c'est un accent français ou un autre accent. Mais ils comprennent bien que je ne suis pas norvégienne. Et là, moi, ça me fait quelque chose. Toujours.
- Alban
Parce que peu importe que tu parles la langue et le nombre d'années que tu es là, tu resteras étrangère.
- Christine
Voilà. Et quelque part, on s'y fait. On n'est pas tout à fait comme les autres.
- Alban
Mais au même titre qu'on n'est pas tout à fait comme les autres quand on va en France.
- Christine
Exactement. Parce qu'on n'est plus français. Moi, je ne suis plus aussi française que je l'étais quand je suis partie. J'ai évolué, comme on évolue en 45 ans, et on est quelqu'un d'autre. On aime la France, on aime la Norvège, et puis on est un peu les deux.
- Lucie
On a vie entre les deux, oui.
- Christine
Et c'est vrai que nous avons toujours dit avec mon mari, ça sera un enrichissement culturel. On essaie de prendre le meilleur où il existe.
- Alban
Nous, je trouve qu'au bout de 7 ans de vie ici, quelque chose qu'on n'avait pas prévu, parce qu'on avait des profils très internationaux, on a doré ça dès le début, on avait appris... L'Espagne, l'Amérique latine, il y avait aussi eu Dubaï, l'Angleterre, la Finlande, on était vraiment en demande. Je pense que d'avoir des enfants, peu importe où c'est, même en restant dans son pays, c'est vraiment une autre vie qui s'ouvre. Et là, en Norvège, comme il y a vraiment cette famille et l'enfant qui est placé au-dessus de tout, je pense que la conformité qui s'impose un peu à toi, tu te retrouves dans cette machine peut-être, en tout cas pour nous, est assez pesante. Est-ce que pour toi, il y a des choses qui ont été difficiles au fil des années sur la vie en Norvège ? Et comment tu as su peut-être les apprivoiser ?
- Christine
L'éducation a beaucoup évolué, je trouve. Et nous étions dans un milieu d'expatriés, nous. Donc, moi je me souviens quand j'étais enceinte, là je reviens au début, mes livres pour apprendre comment on fait être maman, papa, etc. C'était non seulement Laurence Pernoud, mais ça n'a pas été le premier. C'était des livres britanniques, australiens. Donc là aussi, tu ouvres ton esprit à d'autres choses que ce qui est typiquement norvégien ou français. Et ça, moi, ça m'a beaucoup plu. C'est ça que j'ai recherché. J'aimais ce milieu d'expatriés, d'internationaux, des gens qui te racontent des trucs que tu ne sais pas, qui mangent différemment, qui ont une autre vie, une autre façon de voir. C'est très enrichissant, ça.
- Lucie
Oui, Stavanger, c'est tellement international qu'au final, c'est... tu n'es pas dans un environnement 100% norvégien du tout.
- Alban
Tu n'as plus gardé ça au fil de ta vie ?
- Christine
Chaque fois que nous sommes revenus, on a trouvé que nos amis norvégiens, norvégiens, étaient peu intéressés d'apprendre ce qu'on avait vécu. Au bout de deux fois, ils se remettent dans leur petite vie qu'ils connaissent et ils ne sont pas intéressés par ce que toi, tu as vécu. Et ça, c'est pareil en France.
- Alban
Bien sûr.
- Christine
Pareil en France. On a en ce moment, aujourd'hui aussi, des amis qui sont ou binationaux ou qui ont vécu à l'étranger. On se comprend mieux. Et puis on peut s'amuser un peu de certaines coutumes ici. Gentiment, il faut faire attention. Toujours faire attention. Beaucoup respecter. On habite en Norvège, on s'habitue. Ce n'est pas nous qui arrivons avec nos façons de travailler ou de vivre. C'est eux. On les observe et on fait ce qu'il faut faire. C'est comme ça que moi je l'ai compris. On s'adapte. Et puis lorsqu'on s'adapte, après, quand on se trouve un peu en confiance, on peut dire, ah ben là, franchement, les Norvégiens, voilà. Et ce n'est pas évident. Malgré tout, ce n'est pas évident d'en parler. Et c'est vrai que ce n'est pas évident non plus que des Norvégiens critiquent la France. Parce que là, moi, je deviens très française.
- Lucie
Maman Louvre qui ressort.
- Christine
Carrément.
- Lucie
Non, mais je comprends. Mais parce que je pense aussi que c'est dans la société norvégienne, on ne critique pas de toutes façons. C'est moins la compétition qu'en France. Je trouve qu'à l'école, on leur apprend à... À être vraiment très respectueux, égalitaire. Et j'ai l'impression que ça continue en étant adulte. Et nous, on est éduqués à l'opposé, à dire non, à manifester. L'esprit critique très jeune, en fait. Maintenant,
- Alban
je me rends compte combien ça peut être peut-être une faiblesse. Mais après, parfois, avec le sentiment d'être entouré de beaucoup de conformité, je me dis, tiens, cet esprit critique, ça peut être une force aussi, quand même. Est-ce qu'on rentre peut-être plus quand on s'entoure d'étrangers ?
- Lucie
Parfois, ils ont peut-être l'impression qu'on critique, mais nous, c'est pas qu'on veut critiquer la Norvège, pas du tout, sinon on partirait si on n'était pas content. C'est plus, on se dit, nous, en tant qu'étrangers, ce côté-là, c'est un peu plus difficile à vivre pour nous, parce qu'on n'a pas été élevés comme ça. Mais comme tu dis, on s'adapte. Et qu'est-ce que vous aimiez faire en dehors du travail en Norvège ?
- Christine
Un peu de ski, mais on n'est pas très sportifs. On ne faisait pas grand-chose en fait.
- Lucie
Enfin,
- Christine
on ne faisait pas grand-chose. Travailler en couple avec deux enfants, les amener là où il faut pour le sport ou les activités extrascolaires. Je veux dire, je vois mon fils, il prend la tente et il dort dehors avec les enfants dès qu'ils avaient trois ans. Nous, on ne l'a pas fait ça.
- Lucie
Et arriver à la retraite, c'était aussi naturel de rester ici ? Vous n'êtes pas dit, on rentre au soleil ?
- Christine
Bonne question. À l'âge de 40 ans... J'ai dit très clairement que je rentrais en France. Il n'était pas question que je passe ma retraite en Norvège. Alors je l'ai dit à mon mari, j'ai dit écoute, tu fais ce que tu veux, mais moi je pars. J'avais 40 ans en 41. Et alors, il m'a dit, écoute, je viendrai. J'ai dit super.
- Alban
La conversation est close.
- Christine
Mais on en a quand même un peu reparlé. Chaque fois, je disais, je commence à faire du goût. Du golf, parce que le golf, c'est bien, on marche et tout, c'est sympa. Tu peux devenir vieux, jouer au golf jusqu'à 80 ans, bref. Ça n'a pas marché, le golf, pour moi, cette petite balle que je ne trouvais pas dans la nature. Ça n'a pas marché du tout. Donc, on s'est mis au kayak. C'est mon mari qui a choisi. Kayak de mer. C'est super. Et puis, donc, retraite moins anticipée. Je n'avais même pas 60 ans quand j'ai eu la chance de partir. Ça a été très dur. Tout d'un coup, là, on te dit, si tu veux prendre le paquet, on te le donne. Là, tu te dis, attends, moi, je suis indispensable à ma société. Comment feront-ils sans moi ? Bien sûr,
- Alban
après tant d'années, c'est...
- Christine
Et tu te dis que finalement, pourquoi pas ? Tu penses que ça peut être notre vie, etc. Et puis voilà, tu t'en vas et puis ça se passe bien. Parce que tu l'as décidé. Mais les petits-enfants arrivent. Et les petits-enfants, ils habitent en Norvège. Un lundi. Qu'est-ce que tu vas faire en France ? Tu n'es plus française, 100%. Tes amis, tu les as oubliés, il n'y en a plus, ils ont déménagé, etc. Ils ont changé de vie, tu n'as plus de commun avec eux. Où vas-tu vivre en France ? Castres ? Oui,
- Lucie
bouf.
- Christine
L'idée de repartir en France, ce n'était pas une bonne idée. Ce n'est pas réaliste.
- Lucie
Et principalement parce que, surtout,
- Christine
les petits-enfants sont là, les enfants sont là, et puis tu fais ta petite vie et tes activités. Tu vis dans un milieu quand même international, même à cet avant-guerre. Sprocafé, ici ou là, comme je fais. Je vais à des conférences, je suis occupée tous les jours. Si je veux, je pars tous les jours faire des trucs. Mon mari aussi. Donc, on ne saurait plus vivre en France comme on pensait pouvoir le faire. Et quand je dis que je suis depuis 45 ans en Norvège, je ne réalise pas franchement. C'est passé vite.
- Alban
Je me pose une question. Est-ce que c'est important pour toi, et d'ailleurs est-ce que vous l'avez toujours aujourd'hui, d'avoir gardé un pied-à-terre en France ?
- Christine
Oui, ça c'était super important. Et à un certain moment, on s'est dit, et c'était après la France, on s'est dit, oui, il nous faut un pied-à-terre. Parce que vivre chez ses parents, ou vivre là où on t'accueille... C'est pas évident de poser ses valises, d'être à l'étroit, c'est très sympa, mais tu n'es pas chez toi, tu découvres que tu manges trop, tu manges trop bien, les gens veulent te recevoir. Avec, enfin, grandement pour te faire plaisir. Noël, c'est infernal de passer Noël en France. C'est deux repas par jour pendant dix jours, quoi. Tu es mort, quoi. Tu vois ? Nos petites tartines, elles nous manquent, quoi. Notre pâté en tube, quoi. Le foie gras, à force, bon, voilà. Non, je m'amuse.
- Lucie
Et je me pose une question sur ça. Cet avant-guerre, c'est toujours aussi prisé par les expatriés ? Parce qu'il y a toujours les grandes compagnies pétrolières qui sont là-bas ? Ou ça l'est un peu moins ?
- Christine
Ça l'est beaucoup moins. Beaucoup de sociétés étrangères ont quitté la Norvège parce qu'ils pensent qu'ils ne vont pas retrouver ce que nous appelons dans le jargon l'éléphant, le gros champ pétrolier qui va durer pendant 50 ans. Ils ne pensent plus pouvoir trouver ça. Donc les grandes entreprises, Exxon, Shell, tout cela sont partis. Total n'est plus opérateur. par exemple, c'est-à-dire qu'ils ont des intérêts dans des champs pétroliers, mais ils ne sont pas les gestionnaires en chef. Et donc, ils ont besoin de beaucoup moins d'employés qu'ils avaient avant et de cadres.
- Lucie
D'accord.
- Christine
Donc, la société s'est rétrécie énormément. Il n'y a plus l'école française, il n'y a plus le centre culturel, l'Institut français. Il y a quelques familles à l'OTAN et puis il y a quelques jeunes, des trentenaires ou moins. qui sont super diplômés et qui arrivent et travaillent dans les start-up. C'est beaucoup moins francophone et francophile qu'avant, mais il y a toujours des étrangers, mais il y a des étrangers d'un peu partout. Mais il y a encore 10 à 15 % d'étrangers qui vivent à Stavanger, sur la population, c'est quand même important.
- Lucie
Et désolée, je saute un peu, mais j'ai mes questions qui arrivent comme ça. Tes petits-enfants, ils parlent français ?
- Alban
Ça, c'est une bonne question.
- Christine
On aimerait bien. Alors, ceux d'Oslo nous comprennent. On est très ravis de ça. Notre fils a fait un effort pour leur parler français. Il leur parle français. À Sula, ce n'est pas le cas. Donc, nos trois petites filles ne comprennent pas le français.
- Alban
Et ton mari est francophone, en fait. Oui, oui,
- Christine
oui. Mais on a quand même le plaisir, quand nos enfants vont en France, ils parlent français. Ils parlent bien français. Mais c'est vrai qu'on aurait aimé que nos petits-enfants soient par le français.
- Lucie
Gardent ce côté.
- Alban
Si tu rencontres la Christine qui allait offrir ce croissant à ce Norvégien, qu'est-ce que tu lui dirais sur toutes ces années, ce parcours ?
- Christine
Ça s'est très bien passé finalement.
- Lucie
C'était un bon choix de donner ce croissant à Christian.
- Christine
C'était un bon choix de l'avoir acheté. Et puis après, ça s'est fait.
- Lucie
Trop bien.
- Christine
C'est une belle ville, la Norvège. On a bien vécu ici. On vit bien, je trouve.
- Alban
Est-ce que tu veux nous dire quelques mots sur ton activité peut-être actuelle aussi de guide ?
- Christine
L'activité de guide, ça permet de continuer à parler français. C'est bien. Parce qu'on l'oublie. C'est sympa parce qu'on peut avoir en quelques minutes... des relations plutôt profondes avec les gens. Parce qu'ils savent qu'ils ne vont pas te retrouver. Et ils peuvent te dire des choses que moi j'apprécie parce que c'est presque des confidences. J'apprécie de plus en plus la région où je suis guide par leurs yeux. Parce qu'ils sont émerveillés. Quand on te dit 50 fois, ah c'est super ce fjord, etc. Toi tu l'as vu depuis 45 ans. C'est un fjord, d'accord. La nature, ok, c'est bon. Mais quand tu l'entends, Tu redécouvres et ça fait plaisir. Ça te donne envie d'aimer la Norvège encore plus.
- Alban
Ou de redonner de la valeur à quelque chose que tu as peut-être considéré comme admis à force.
- Christine
Et c'est valable pour tout. Quand je reviens en France, je me dis on a un pays super beau. Tu le vois autrement.
- Lucie
C'était trop chouette de retracer un peu l'histoire avec toi. Merci beaucoup de nous avoir partagé ton expérience. Bonne continuation du coup en Norvège.
- Christine
Probablement.
- Lucie
Tu nous enverras des photos en kayak, de ce que j'ai compris ? Oui, oui. Les couennes de champignons, je ne vous les enverrai pas.
- Alban
Ah, pulez ! Ça, il faut qu'on s'y mette.
- Lucie
Oui, parce qu'ici, apparemment, on voit tout le temps des gens sortir avec des sacs entiers. Donc, je pense qu'ici, il y a des super spots. Donc, il faut vraiment qu'on s'y mette.
- Alban
C'est ce qui nous manque encore, oui. Merci beaucoup, Christine. On a enfin réussi à recueillir ce beau témoignage. C'est touchant d'entendre tout ça et de voir comment s'est déroulée ton histoire. J'espère que aussi, via ton expérience, ça donnera les clés à certains ou certaines pour comprendre un peu mieux le pays, en tout cas pour nous.
- Lucie
à chaque fois on en apprend et donc c'est toujours très enrichissant peut-être qu'à l'occasion on passera par ta région d'adoption avec grand plaisir d'ailleurs je vous guiderai mais merci à tous de nous avoir écoutés et puis on vous dit à très bientôt chez nous, sous les aurores si cet épisode vous a plu pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée ou un commentaire sur Youtube,
- Alban
ça nous aide énormément à faire grandir le podcast.
- Lucie
Merci et à très vite pour le prochain épisode