- Speaker #0
À partir de 8 ans, je ne pouvais pas rester dans cet environnement. Les parents qui se disputent la nuit. Et j'ai dit, bon, je vais trouver une solution pour toute la famille. Je vais partir. Être un immigré, ce n'est pas le meilleur rôle. Se sentir toujours un citoyen de deuxième classe, ce n'est pas drôle. Et il y a eu un dîner de fées ce soir-là avec la reine du Danemark et ses deux sœurs. Un des meilleurs dîners que je n'ai jamais eu. Elle m'a dit, Eric, promets-moi qu'on ne se séparera jamais à cause de la danse. Écoute, Dina, bien sûr que non. Mais je dois dire que je ne savais pas ce que je disais à cette époque-là. Est-ce que vous regrettez de m'avoir nommé soliste si jeune ? Et elle m'a dit, tu sais Eric, tu as toujours été un humain sur scène. Et tu sais, c'est la plus belle chose qu'on pouvait me dire.
- Speaker #1
Salut, c'est Lucie.
- Speaker #0
Salut, c'est Alban.
- Speaker #1
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de...
- Speaker #2
Sous les aurores.
- Speaker #1
On est ravis de t'avoir avec nous. Et on va commencer d'abord par une petite introduction. Est-ce que tu peux nous dire comment tu t'appelles ? D'où tu viens ? Nous expliquer un peu ce que tu fais dans la vie. et si aussi tu peux nous partager un petit culture-choc que tu as vécu à ton arrivée.
- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Eric. Je voudrais réussir ma vie, être heureux, être aimé, gagner de l'argent et surtout être intelligent. Vous avez bien sûr reconnu Daniel Balavoine, le chanteur, et je suis Eric, le danseur. Je vous remercie infiniment de m'accueillir. Je me sens en bonne compagnie avec la liste des... Personne ne vous avait accueilli chez vous. Écoutez, je viens du Pays Basque. Je suis né à Saint-Jean-de-Luz. J'ai grandi à Biarritz. C'est pour ça que j'ai trouvé un rapport intéressant avec Daniel Balavoine parce qu'en apprenant le texte de la chanson, je viens d'apprendre qu'il est enterré à Biarritz. Et donc, j'ai trouvé que c'était un lien pas anodin.
- Speaker #1
Et ça fait combien de temps que tu vis en Norvège ?
- Speaker #0
En fait, je vis depuis 40 ans. Je suis arrivé ici à 21 ans, très jeune. et j'avais besoin de recommencer ma vie. Je voulais être heureux, être aimé, gagner de l'argent.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu faisais à 21 ans et comment t'as pensé à la Norvège ? Pourquoi la Norvège ?
- Speaker #0
Le désir de devenir danseur doit passer par des actes. Donc moi, venant de Biarritz, je leur confiais que je venais de des parents qui divorçaient. Donc ils ne s'entendaient pas. Très jeune, à partir de 8 ans, j'ai compris que je ne pouvais pas rester dans cet environnement. Les parents qui se disputent, la nuit, vous devez aller à l'école le matin avec votre carte-table, personne ne se rend compte de comment s'est passée votre soirée. Et donc j'ai compris que je ne pourrais pas faire de grandes études. Je faisais à cette époque-là du violoncelle et c'est la même chose. s'isoler dans sa chambre pour pratiquer son instrument, ça devenait l'opposé du bonheur. Je ne pouvais plus faire de la musique. Et donc, il me fallait sortir, soit faire du sport, soit trouver une autre activité. Et j'ai trouvé la danse. J'ai su tout de suite que si on voulait devenir danseur, il fallait monter à Paris. Et j'ai dit, je vais trouver une solution pour toute la famille. Je vais partir. J'ai passé l'examen du conservatoire de Paris à 14 ans, j'étais admis. Rentrer au conservatoire à cette époque-là, c'est comme un étudiant qui rentre à la Sorbonne ou à Sciences Po.
- Speaker #1
Oui, j'allais dire. Mais du coup, avant tes 14 ans, tu faisais déjà de la danse ?
- Speaker #0
Oui, j'ai fait deux sortes de danses avant de faire l'examen du conservatoire de Paris.
- Speaker #1
C'était quel type de danse ?
- Speaker #0
Classique.
- Speaker #1
Classique, ok. Oui,
- Speaker #0
classique.
- Speaker #1
Ok. Et donc, conservatoire de Paris, à 14 ans, incroyable, bravo déjà. C'est une belle revanche, ça. Et tu restes combien de temps au conservatoire de Paris ?
- Speaker #0
Quatre ans.
- Speaker #1
Quatre ans.
- Speaker #0
Je suis resté quatre ans. Il y a des examens de contrôle, après deux ans, deux années. Et puis, on doit passer son prix. Et puis, on obtient ou on n'en tient pas. Et c'était très difficile. Mais bon, on a un certificat de fin d'études. J'ai trouvé tout de suite un engagement au Ballet du Rhin et j'ai saisi l'opportunité de partir au Ballet du Rhin.
- Speaker #1
C'est comme un premier emploi ? Un premier emploi,
- Speaker #0
un premier emploi. Et puis j'ai vu qu'il y avait une audition pour le Ballet de Norvège et je me suis présenté à l'audition. L'audition se passait en fait dans un des studios de l'Opéra de Paris. Et j'étais admis. Je suis venu ici à Oslo. Ils m'ont offert un contrat pour trois mois. Et après trois mois, ils m'ont offert un contrat pour une année. Et puis je me suis reconstruit ici. J'ai eu beaucoup de chance parce que mes collègues avaient passé la trentaine. Donc moi, j'arrivais à 21 ans. Donc je n'ai pas eu l'impression que je prenais la place à quiconque. Et donc je me suis senti à l'aise. J'étais jeune. Je pensais... J'allais être loyaux avec la compagnie. Et puis j'ai eu de très beaux rôles dès le début. Très bonne critique. Et donc, je n'avais pas envie de passer ma vie à voyager avec mes valises un an ici, deux ans ici. Donc, en fait, j'avais tout de suite le but, c'est de construire ma vie ici.
- Speaker #1
Tu t'es senti bien direct ?
- Speaker #0
Bien direct. Je me suis adapté.
- Speaker #1
Tu t'es adapté ?
- Speaker #0
Je me suis adapté. J'ai entendu une des personnes que vous avez interviewées. Elle dit qu'il y a deux facettes. une facette de grand accueil, et puis après, il faut s'intégrer. Et je suis tout à fait d'accord, c'est tout à fait ça, un grand accueil, mais après, il faut s'intégrer, parce que peut-être que les gens ne sont pas aussi contents que vous restiez aussi longtemps. Et puis, j'ai quand même un grand regret, c'est que la Norvège ne soit pas rentrée dans l'Union européenne, parce que moi, j'aurais préféré me voir en tant que pionnier de l'Europe constructive, plutôt qu'aujourd'hui immigré. Je n'avais pas prévu ça non plus. Donc moi, je me voyais comme faire rayonner la France, ici en Norvège, travailler dans l'une des plus grandes institutions culturelles, avoir un poste de soliste. Donc en étant européen, je sentais que j'avais un avenir.
- Speaker #1
Tu sens qu'il y a une différence du coup, le fait que ça ne soit pas dans l'Union européenne ?
- Speaker #0
Oui, absolument.
- Speaker #1
Dans ton travail, ça a une importance ? Oui,
- Speaker #0
absolument. Et puis, j'aurais souhaité, il y a 30 ans... tant que beaucoup d'hommes et femmes politiques puissent être dans nos réunions. Parce que nous, on a 20 nationalités au ballet. Donc quand il y a des discussions, on ne s'attend pas à ce que les gens vont dire. On sait à peu près comment un anglais va dire, comment un italien va parler, mais alors quand c'est 20 différentes nationalités, on est assez surpris. Et ça crée une différence relationnelle entre un français et un norvégien. Parce que ce n'est pas simplement un rapport de deux nations. On est en concurrence avec toutes les autres personnes qui veulent se positionner ici en Norvège.
- Speaker #1
D'accord. Alors, moi, je ne connais pas du tout cet environnement. Mais pour les danseurs, en gros, ils vont à chaque fois passer des auditions pour faire partie du ballet d'une ville ou d'un pays ?
- Speaker #0
Oui, absolument.
- Speaker #1
Il y en a qui cherchent à aller, à changer tout le temps, ou on cherche plutôt à rester à un endroit, ou est-ce qu'il y en a qui sont plus prestigieux que d'autres et donc il y a plus de concurrence, on va dire ? Comment ça se passe ?
- Speaker #0
La concurrence est partout, à plusieurs niveaux, à plusieurs grades. La concurrence est partout. Bon, c'est clair, on ne vient pas en Norvège pour devenir une star, ça c'est clair.
- Speaker #1
Tu vas où si tu veux devenir une star ?
- Speaker #0
Tu vas à Londres, à New York, tu vas à Paris. Paris aussi, oui. Mais tu n'es pas ici pour devenir une star. Les gens viennent ici pour faire un métier, pour prendre un peu de recul.
- Speaker #2
Parce que toi, c'est intéressant, je me pose la question, j'adore que tu parles de... On ne vient pas à Oslo ou en Norvège pour devenir une star, parce que c'est un peu la réflexion que je me fais aussi sur le marché du travail en entreprise. Je pense que là, à 30 ans passés, avec quand même maintenant plus d'années, plus de 10 années dans des grands groupes, je me dis... J'ai l'impression peut-être que ça stagne un peu. Et je me dis peut-être que dans des villes ou des pays plus dynamiques, ce serait différent. Si tu veux être la star dans ton domaine aussi, et mon autre domaine, c'est l'entreprise, par exemple. Donc c'est rigolo comme réflexion que tu amènes. Et je pense que ça résonne aussi au-delà de la danse.
- Speaker #1
Et moi, j'aimerais savoir, on revient en arrière, donc t'es pris pour l'audition du ballet d'Oslo. On te dit, tu vas déménager en Norvège. Qu'est-ce que tu...
- Speaker #0
Je serais très, très, très heureux.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Très heureux parce que j'aimais la Scandinavie, il y avait quelque chose qui me plaisait.
- Speaker #2
Est-ce que tu as un peu ressenti toi aussi, on en parle régulièrement, d'un appel ? Parce que c'est très intéressant, tu nous dis, très jeune, tu comprends qu'il faut partir de chez toi, tu réussis brillamment ton audition à Paris, et dans la foulée, tu arrives à atterrir à Oslo. C'est quoi un peu cette ligne directrice ? Il y avait un appel pour l'étranger aussi, en plus de te reconstruire et de créer ta vie ?
- Speaker #0
Oui, absolument. Aussi de changer de langue. Parce que comme je le disais, en France, quand on entend des mots très, très violents, c'est très difficile. On est heureux d'apprendre une autre langue. Un Français qui parlait l'anglais il y a 30 ans, c'était quelqu'un qui avait une très grande éducation. Et donc... Et donc, j'avais besoin de me reconstruire. Et le ballet, c'est aussi un langage, mais un langage visuel. Donc, en fait, je me suis reconstruit avec les outils qu'il me fallait pour faire ma vie.
- Speaker #1
Bien sûr. Et donc, tu arrives en Norvège. Premier choc, positif ou négatif, qu'est-ce qui te saute aux yeux quand tu arrives en Norvège ?
- Speaker #0
Ne pas juger.
- Speaker #1
Que personne ne juge ? Ou toi tu n'as pas jugé ? Non,
- Speaker #0
de ne pas juger, parce que c'était mon choix. Donc c'était ma décision, personne ne m'a dit de venir ici, on m'a proposé de venir ici, mais c'était mon choix. Mais c'est vrai que quand je suis arrivé à Oslo, on ne peut pas comparer Oslo... il y a 30 ans ou 40 ans, avec Paris.
- Speaker #2
C'est peut-être le village.
- Speaker #0
Non, mais à Oslo, il y avait une seule épicerie ouverte le dimanche à Scuillonne, où on pouvait acheter un petit pain qu'on faisait congeler, qu'on faisait réchauffer. On vient de Paris, il y a des boulangeries, des pâtisseries qui font trois fournées par jour. On ne peut pas du tout, du tout comparer. Moi, j'habitais dans le 18e. ils ont des marchés... Le soir, les grandes étagères ou étalages, à Oslo, j'arrive, ils achetaient un demi-concombre, deux tomates. Donc on ne peut pas juger. Pour moi, on ne peut pas juger. Mais bon, j'apprécie le fait qu'à cette époque-là, quand même, les salaires étaient beaucoup plus élevés. Et le franc était à peu près équivalent de la cour norvégienne. Donc, j'avais l'impression de gagner deux fois plus ou même trois fois plus. Donc, j'avais l'impression de prendre ma vie en main. C'était un nouveau départ.
- Speaker #1
Et tu t'es senti accueilli ? Ça s'est passé comment les premiers mois ?
- Speaker #0
Absolument, oui, accueilli. Dans le travail à l'opéra ? On était français, on était jeunes, on était bruns. Les gens sortaient du conservatoire de Paris, on vous regardait, les professeurs venaient voir le cours pour vous voir, comment vous dansiez, tout ça. Tu te sentais valorisé ? Valorisé. Et puis, puisque j'ai l'occasion de le dire, j'ai été nommé soliste après deux années dans la compagnie. Alors qu'est-ce que c'est soliste ? C'est soliste, c'est le plus haut niveau de grade du danseur.
- Speaker #1
Ah, ben félicitations !
- Speaker #0
Et ça, ça a été après deux années. En principe, il faut beaucoup plus d'années.
- Speaker #2
Et est-ce que ça, c'est quand tu as ensuite axé un rôle principal ou c'est deux choses différentes entre soliste versus le rôle ?
- Speaker #0
C'est à la suite que je demande un rôle principal.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #0
Mais généralement, on doit attendre un peu plus longtemps que deux ans. Et puis, j'étais très jeune aussi. Mais j'ai eu la chance et la malchance. C'est un petit peu lié de faire un rôle en 1985 à l'opéra où je dansais le rôle principal de Nijinsky. C'était trois actes de ballet. Et puis c'est un très grand succès. Il y avait 18 spectacles. Et le chorégraphe ne voulait que personne soit mon remplaçant. Donc il m'a imposé, je ne connaissais pas ce chorégraphe, il m'a imposé, il y avait 18 spectacles, aucun remplaçant. Il voulait que personne... Ils ne viennent dans les répétitions, ils ne voulaient être qu'avec moi, pour que je prenne confiance en moi, pour qu'on ne me critique pas. Ils voulaient créer une bulle. J'ai dansé ce rôle, très grand succès. Après la première, il m'a dit, demain, va demander ton contrat de soliste. J'étais choqué, j'ai dit quoi ? Et puis je me suis dit, oui, peut-être qu'il n'a pas tort, parce que si j'attends, si je me casse le pied, si il n'y a pas de rôle les six mois prochains... Quelqu'un vient à ma place, peut-être que je ne serai pas en tête de liste. Et donc, je suis allé dans le bureau, j'ai frappé à la porte. Ma directrice était aussi choquée. Le lendemain après la première, il y avait 18 spectacles à faire. Elle a dû se dire, il est gonflé celui-là.
- Speaker #1
C'est déjà un Français. Oh,
- Speaker #0
qu'une baisse, il a pris le melon. Et puis, elle m'a dit, écoute, Eric, tu es comme un jeune cheval. Un poulain. Écoute, si tout se passe bien, je te donnerai cette nomination à la rentrée prochaine. C'est ce qu'elle a fait.
- Speaker #1
Oh là là, trop bien.
- Speaker #2
Donc elle a été quand même très réceptive au poulain.
- Speaker #0
Oui, absolument. Oui, c'est elle qui m'avait choisi. C'est elle qui m'a donné cette chance. Et puis, à la fin de sa vie, je l'ai revue. Elle était très malade. Elle a refait sa vie. Puis je lui ai quand même posé une question. Parce que c'est vrai que... Une carrière pendant 20 ans à l'opéra, il y a eu des hauts débats, puis il y a un moment où on ne sait plus ce qu'on vaut, on ne sait plus si on est au niveau ou quoi que ce soit. Et donc je l'ai revu, je lui ai dit « Écoute Anne, dis-moi la vérité, est-ce que vous regrettez de m'avoir nommé soliste si jeune ? » Et elle m'a dit « Tu sais Eric, Tu as toujours été un humain sur scène. Et tu sais, c'est la plus belle chose qu'on pouvait me dire. Parce que moi, j'ai toujours voulu être là pour le public. Quand le rideau montait, je voulais regarder dans les yeux, je voulais dire, j'ai pas fait la fête hier pour venir ce soir. J'ai dit, ma vie, c'est là, c'est maintenant. Je suis un humain, oui, je suis fatigué aujourd'hui, mais je suis fatigué. Ok, je vais moins bien danser aujourd'hui, mais oui, je suis quand même là. Donc j'ai... J'ai toujours eu le sentiment d'être sincère devant les spectateurs.
- Speaker #1
Il y a une question que je me pose. Dans quelle langue les professeurs vous parlaient ?
- Speaker #0
Anglais.
- Speaker #1
Anglais, ok.
- Speaker #0
On parle anglais, donc c'est pour ça que moi...
- Speaker #1
Donc pas de problème pour le norvégien.
- Speaker #0
Je ne parlais pas du tout le norvégien. Ça a pris 20 ans avant que je me mette au norvégien.
- Speaker #1
Ah bah ça va, j'ai de la marge ! C'est bon,
- Speaker #0
il y a de l'espace pour Lucie ! Ah ouais, ça a pris 20 ans. Personne ne parle norvégien. Les norvégiens vous parlent en anglais. Vous allez à une soirée. personne ne peut passer deux minutes. Alors que vous allez en Italie, vous dites bonjour, les gens disent ça, ils continuent. C'est bon, je t'enchaîne. Tout de suite. Aucun complexe. Ça m'a surpris un petit peu en Norvège, parce que les gens après vous disent j'adore l'accent français quand vous parlez norvégien. Pourquoi vous ne me laissez pas parler ? Si vous aimez tellement, si c'est si sexy, si c'est si bien, pourquoi ne me laissez-vous pas parler ? Non. Ça, je n'ai pas eu le sentiment que c'était si bon à entendre à l'oreille, en fait.
- Speaker #2
Ah d'accord, tu penses que c'était peut-être ça aussi.
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #2
Et je me pose la question parce que, notamment, je pense qu'une de mes rares relations à la danse classique, c'est Black Swan, qui a été un peu un raz-de-marée visuel. À un âge où je regardais beaucoup de films et ça m'a vraiment marqué, on voit ça comme un milieu très compétitif et tu commences un peu à nous en parler. Est-ce que tu confirmes ça ? Que dans une carrière, le métier de danseur ou de soliste est très difficile à porter ?
- Speaker #0
Bien évidemment, je le confirme. C'est comme dans le sport. Est-ce qu'il y a des problèmes d'argent ? Il y a des problèmes de ceci ? Bien sûr. Pour un danseur, il n'y a qu'un nombre réduit de rôles. On se bat tous pour avoir le premier rôle. Et puis, le temps passe très vite. Et puis, on est aussi très jeunes quand on rentre dans notre vie professionnelle. Aucune expérience de la vie. Et puis aussi, on est en concurrence avec le monde entier. On a des Cubains, on a des Brésiliens, on a des Argentins. Oui,
- Speaker #1
les danseurs, ils sont partout.
- Speaker #0
Ils sont partout. Et puis, on ne pense pas tout de la même manière.
- Speaker #2
J'aimerais revenir sur un autre thème que tu as abordé. Tu as dit, moi, ce que j'adore, c'était regarder le public, les spectateurs. Comme tu as fait le lien déjà avec des sportifs de haut niveau, par exemple, je vois le ballet comme quelque chose de... des heures d'entraînement quotidiennes. Il y a une rigueur qui a l'air immense. Ça fait aussi partie, pour moi, des sportifs de haut niveau. Est-ce que tu prenais aussi quand même plaisir dans cette rigueur ? Et est-ce que pour toi, la finalité, c'était de produire sur scène face aux spectateurs ? Est-ce qu'il y avait d'autres choses ? J'aimerais que tu me parles un peu de tout ça, parce que pour nous, ça ne nous parle pas en fait.
- Speaker #0
En fait, c'est la rigueur de l'entraînement qui m'a structuré. D'aller prendre son cours tous les matins, aux mêmes heures, de travailler six heures par jour pour s'entraîner, en se regardant le miroir, en se sculpte. C'est ce qui m'a permis d'être écarté de tous les vistes de la vie. Et ça m'a sauvé aussi.
- Speaker #2
Et ça, tu penses l'avoir réalisé dès ton plus jeune âge, justement, quand tu as fait la découverte de la danse ?
- Speaker #0
Ah oui. tout de suite comme j'ai dit je me suis pris en mer je voulais pas pénaliser mes parents de pas avoir pu rendre leurs enfants heureux et donc des fois j'aime bien parler un petit peu dans un journal de danse en France on parle justement du dysfonctionnement de notre art parce que tu parles un peu de Black Swan et donc le Black Swan c'est pas que à New York il y a aussi des swans de différentes couleurs ailleurs finalement Bon. dont on parle, c'est la compétition, la concurrence. Et donc comment se prévaloir sans être politique, sans argent, et sans avoir les coudes ? C'est impossible. Ça ne suffit pas d'être juste un gentil garçon. Dommage,
- Speaker #2
parce que ça c'est ce que je sais faire.
- Speaker #0
Oui, mais moi je pensais la même chose, mais c'est pas comme ça. Mais on n'a jamais rien sans rien. Et puis je comprends que finalement, Si on ne dit pas les choses clairement, je veux ta place, je veux ce poste, je suis meilleur que toi, donc je veux que tu t'en ailles. Si on n'est pas clair, ça ne vient pas. Et ça, je l'ai compris maintenant.
- Speaker #1
Et moi, j'aimerais savoir, tu passes plusieurs années en Norvège. Est-ce qu'il y a des choses que tu fais en dehors de la danse à Oslo, en Norvège ? Comment tu découvres ce pays, les gens ? Comment se passe ton intégration hors de ton métier ? Ou est-ce que c'est full, full danse tout le temps,
- Speaker #0
Les premières 20 années, c'était uniquement le ballet. Ballet, spectacle, le public, des fois, qui vous invite pour faire un dîner pour vous. c'était juste la danse. Du moment où on arrête Sacrèze Danseur, on a quand même une chance, on touche une retraite aussi. C'est jusqu'à quel âge ? 41 ans. D'accord. Mais bon, c'est que 66% de son salaire si on a cotisé pendant 20 ans. Donc, ce n'est pas le salaire d'un footballeur. Il ne faut pas s'inquiéter. Ou d'un acteur qui touche des retombées à chaque fois qu'on passe son film sur Netflix par exemple ou ailleurs. On n'en est pas là. Nous, si on a quelque chose, c'est parce qu'on est resté aussi longtemps. Mais quand on arrête de danser, pour moi, ça a été... Bon, disons que l'opéra, c'est le grand navire. Et tout d'un coup, on se retrouve de côté sur un bateau comme un naufragé. Et j'ai pensé un petit peu à l'émission. J'ai dit comment est-ce que je vais pouvoir expliquer ça ? Et tout d'un coup, ça m'est venu à l'esprit. Vous avez vu le film, l'histoire de Pi ? L'histoire de ce jeune indien de 16 ans sur le radeau qui est enfin mis en face d'un tigre du Bengale qui est tous les jours plus affamé. C'est exactement ce même ressentiment qui s'est produit en moi. C'est un petit peu le même ressentiment de se retrouver sur un bateau de naufrage et de vouloir être protégé par tous les dieux.
- Speaker #1
Comment on se reconvertit après la danse ? Qu'est-ce que les gens font généralement ? Et ou en tout cas, qu'est-ce que toi, tu as eu envie de faire à partir de ce moment-là ? Dans quel métier tu pouvais te reconvertir un peu ?
- Speaker #0
Me reconvertir en Norvège, ce n'était pas du tout mon but. Je n'allais pas rentrer dans un bureau, je n'avais pas le niveau académique de langue, ni écrit, ni parlé pour pouvoir rentrer dans un bureau et puis ça ne m'intéressait pas.
- Speaker #1
Quand tu arrêtes ta carrière de danseur, tu as un petit passage à vide où tu te demandes ce que tu vas faire ou tu enchaînes directement sur un poste. Quel était le poste que tu as fait à la suite de danseur ?
- Speaker #0
J'ai commencé à donner des cours à droite à gauche, à me faire inviter comme professeur. Mais ce n'était pas ce qui me plaisait. Parce que moi, j'aime bien être chez moi et puis voyager tout le temps. Je voyage beaucoup avec ma femme, donc j'aime bien voyager avec ma femme. Mais je n'aime pas voyager tout seul, me retrouver dans un champ d'hôtel, dans un appartement que je ne connais pas, passer mes soirées tout seul, pas être avec mes amis à Oslo. Ce n'est pas du tout, du tout, du tout ce qui me plaît. Et puis commencer à vivre, à passer une semaine ici, deux semaines là-bas.
- Speaker #1
Est-ce qu'on te demandait de donner des cours dans des pays différents ? Des pays différents,
- Speaker #0
des villes différentes. Ça ne me plaisait pas. Et puis de trouver ces emplois, c'est beaucoup de travail.
- Speaker #1
Tu as fait ça combien de temps ?
- Speaker #0
À peu près une dizaine d'années. Ah oui,
- Speaker #1
quand même. Oui, c'était quand même un grand passage. Oui,
- Speaker #0
c'était une dizaine. Et puis, un jour, à l'occasion d'une des classes que je donnais à Amsterdam, au stage d'été de l'Académie d'Amsterdam, tout d'un coup, il y avait des garçons du Royal Ballet qui prenaient mon cours. Et la personne qui était directrice à l'époque de l'Académie, elle voit les garçons sortir du cours et elle leur dit, « T'es comment la classe ? How was the class ? » Alors les garçons, ils ont dit, C'est la meilleure classe qu'on ait jamais prise le lendemain. Six professeurs viennent s'asseoir regarder mon cours. Et puis, je les rencontre dans l'après-midi. Ah oui, j'ai bien aimé ta barre, j'ai bien aimé ton cours. Donc, j'ai dit tiens, c'est gentil en tout cas. Je ne sais pas si j'en ai pensé beaucoup. J'ai dit c'est gentil. Et puis, le directeur, le troisième jour, il m'a dit écoute. Donc, c'était Jean-Yves Esquerre, directeur aujourd'hui de l'école européenne de ballet. qui me dit, écoute, est-ce que tu veux travailler pour moi ? Et puis depuis, on a travaillé ensemble depuis dix ans. Il m'a donné une opportunité professionnelle unique. Je rappelle quand même qu'il était directeur du Ballet de Monte Carlo pendant une certaine époque. Il a aussi dansé dans les grandes compagnies européennes, comme celle de John Le Maillard à Hambourg, Jerry Killian au Nennerland, Maurice Béjar. Donc, il a été, comment on dit, around the block.
- Speaker #1
et il te donne quel poste ?
- Speaker #0
il a tout compris Il a vu quelle était ma situation.
- Speaker #2
Mais il s'est dit, je peux en faire quelque chose en tout cas.
- Speaker #0
Oui, parce que les élèves, ça leur a plu. Et puis il m'a invité, et puis les élèves, ça leur plaisait. Et puis des fois, il venait me montrer, il m'avait dit, regarde ce que les élèves disent sur toi. Les lettres qui disent que tu les inspires, comme ces cours, ça leur plaît, etc. Et puis donc, il a commencé à me permettre d'enseigner. Et avec des élèves de très haut niveau.
- Speaker #1
Donc, c'était plutôt un poste permanent.
- Speaker #0
Oui, permanent, mais comme invité. Parce que je ne pouvais pas, justement, je ne voulais pas quitter la Norvège.
- Speaker #1
Oui, parce que c'était à Amsterdam.
- Speaker #0
C'était à Amsterdam. Et si j'avais été plus jeune, j'aurais sûrement fait le choix d'aller vivre dans cette très jolie ville qui est Amsterdam. Mais ma vie était en Norvège et ma femme a eu des problèmes de santé. qui a aussi... chambouler beaucoup de choses. Parce qu'elle est danoise, on aurait pu aussi rentrer au Danemark. Mais bon, tout est lié. Être immigré, c'est pas le meilleur rôle. Se sentir toujours un citoyen de deuxième classe, c'est pas drôle.
- Speaker #1
Même après 40 ans ici, tu te sens...
- Speaker #0
Si j'étais rentré au Danemark...
- Speaker #1
Ah oui, du coup, t'aurais dû reconstruire.
- Speaker #0
Oui, d'accord. On y croit. à vos âges, vous avez la vie devant vous mais moi à 62 ans je fais des allers-retours c'est comment ton rythme ? deux semaines et puis le mois d'après une semaine et puis on fait un stage d'été et d'hiver avec le stage d'hiver on est parti à Paris on est parti à Marseille on est parti à Las Vegas génial on est avec une équipe très solide avec des beaux contacts. Et puis ça se passe bien. Et là,
- Speaker #1
tu t'épanouis dans ce rôle-là ?
- Speaker #0
Je dis que j'en profite tant que ça dure. Parce que ça se passe bien. J'ai une opportunité de travail. On me permet d'offrir ce que j'ai appris aux élèves. On me permet d'influencer les élèves. Parce que les élèves me voient avec... Ma force, mes défauts, ma vie, on ne prétend pas. Ça leur plaît.
- Speaker #1
Tu es comment comme professeur de danse ? Est-ce que tu es très dur ? Non, non. C'est un peu l'image que j'en ai des professeurs de danse.
- Speaker #0
Ces derniers temps, ces dernières années, je regarde beaucoup le dimanche Master Chief en Australie. Et je regarde comment ils font la cuisine. Et puis ma femme, tu as vu comment ils donnent les corrections aux... Le cuisinier, il lui dit ça, c'est pas bien, ça, c'est trop pépé, c'est trop dur, c'est pas ceci, c'est trop faux, c'est pas... Les corrections fines et nécessaires, quoi, pour justement faire le meilleur plat. Et puis, on fait un plat aujourd'hui, puis le lendemain, la semaine d'après, on fait plus partie de la compétition. Donc, je dis, tiens, c'est exactement pareil en danse. Comment aujourd'hui peut-on corriger un élève ? qu'on va lui dire, ça ne va pas. Et donc, je leur dis ça, mes élèves, ils comprennent.
- Speaker #1
Tu leur dis exactement, il faut que tu fasses plus comme ça, ou comme si tu essayais de les guider.
- Speaker #0
Voilà, j'essaie de les guider, je leur dis qu'il faut comprendre à voir les différences. Parce que ce n'est pas juste apprendre, mais il faut comprendre ce qu'on apprend. Et si on ne sait pas comment les choses doivent être, on ne peut pas les comprendre. Il faut un professeur pour vous dire que ce vin doit avoir ce goût-là. Sinon, c'est bien, c'est bon. Si vous n'avez aucune idée de comment les choses doivent être. Au ballet, je leur fais comprendre. J'ai eu la chance à Paris d'avoir travaillé avec un maître du ballet. J'ai quand même une école.
- Speaker #1
C'est quoi un maître du ballet ?
- Speaker #0
Ce sont comme les maîtres d'œuvres d'art. les compagnons ce sont des personnes qui vous apprennent à faire une finition parfaite l'artisan la finition parfaite est-ce qu'il y a Un élève qui t'a profondément marqué ?
- Speaker #1
Parce que tu m'as confié en préparation de cet épisode qu'il y avait une relation presque paternelle, de père à enfant un peu avec ses élèves. Comment ça se développe ?
- Speaker #2
C'est-à-dire que, paternel, mais des fois, on connaît les élèves depuis l'âge de 14 ans. Et donc, tu vois, on les retrouve à 26 ans, on a l'impression... Bon, nous, on a l'impression de les connaître, mais pour eux... On est les personnes qu'ils connaissent le plus au monde, puisqu'ils nous connaissent depuis l'âge de 14 ans. Donc, tout d'un coup, quand ils nous voient, ils connaissent notre voix. Pour eux, à leur yeux, on est important, finalement. On les a guidés, ils ont l'impression qu'on les connaît beaucoup plus qu'en fait on les connaît, parce que nous, on les voit au cours et puis c'est terminé. Oui,
- Speaker #0
tu ne les connais pas personnellement. Personnellement,
- Speaker #2
mais c'est une relation. de confiance en fait.
- Speaker #1
Quelque chose qui se construit sur de nombreuses années.
- Speaker #2
Sur de nombreuses années. Et puis on les voit sur scène, et puis on les voit construire la vie. Plus ils avancent dans la vie, plus ils comprennent que ce qu'on leur a offert, le temps qu'on leur a consacré, ce qu'on leur a dit, c'est important pour eux. C'est important pour eux, pour ceux pour qui c'est important.
- Speaker #0
Et tout à l'heure, tu nous parlais de ta femme. Est-ce que tu peux nous raconter comment vous vous êtes rencontrés déjà ? Comment ça s'est passé ? Parce que tu nous as dit qu'elle était danoise, donc c'est encore une autre culture qui est venue s'ajouter dans ta vie. Comment tout ça a démarré ?
- Speaker #2
On s'est rencontrés à l'opéra. Elle est venue monter un ballet. Et puis à cette époque-là, je n'allais pas très très très bien, parce que je venais d'avoir une rupture sentimentale. Et donc, elle a vu qu'il y avait sûrement quelque chose, mais elle trouvait que j'étais un... bon danseur, donc elle voulait que je sois dans son ballet. Et puis en fait, on a pris l'ascenseur et elle m'a demandé mon âge de naissance. Je lui ai dit que je suis né le 5 octobre et c'est la même date que son père. Et comme elle aime bien l'astrologie, elle m'a dit, allons prendre un verre un soir. Et puis on a commencé à parler et puis je lui ai raconté un petit peu ce qui venait de m'arriver. Et puis, il s'est avéré qu'elle avait vivé la même histoire. Elle était invitée à remonter un ballet en Israël. Elle m'a dit, est-ce que tu veux venir comme invitée ? Je lui ai dit, ben oui, avec grand plaisir. Et puis, c'est là qu'on s'est rencontrés. Et pendant la période où elle était en Israël, on lui a proposé de devenir directeur à Oslo. Sauf qu'elle a été très, très, très honnête. mais je l'ai... mal comprise, c'est que elle m'a dit, Eric, promets-moi qu'on ne se disputera jamais ou ne se séparera jamais à cause de la danse. Je lui ai dit, Dina, bien sûr que non. Moi, je suis déjà soliste. Je ne vais pas... Je ne veux pas en faire plus que ce que j'ai. Mais je dois dire que je ne savais pas ce que je disais à cette époque-là. Là, on revient au Black Swan. Ce qu'on doit vivre, survivre...
- Speaker #0
Parce que du coup, elle devient directeur à l'opéra. Directrice du coup, je ne sais pas si tu vois ça. Directrice, oui. Directrice de l'opéra d'Oslo. Toi, tu travaillais là-bas.
- Speaker #2
Oui, je travaillais là-bas.
- Speaker #0
Et du coup, ben oui, ça devait être...
- Speaker #1
Je n'ai même pas fait le rapport,
- Speaker #2
je crois. Ben oui.
- Speaker #0
Mais du coup, parfois, ça devait être un peu dur quand même.
- Speaker #2
Ça devait être un peu dur d'une manière... Complexe. Un petit peu complexe. Mais bon, on a commencé notre relation d'une manière amicale, sentimentale. Donc, les choses se sont construites au fur et à mesure. Et puis, au fur et à mesure de sa carrière, moi, je voulais... Elle offrait tellement. Je voulais qu'elle construise la compagnie. Je voulais l'aider, elle, à faire quelque chose de positif pour la compagnie. Donc, je me sentais... Je voulais la porter. Je voulais la soutenir. Je voulais être là quand elle avait besoin de moi et puis la laisser tranquille quand elle n'avait pas besoin de moi. Je voulais vraiment être... Le meilleur pour la compagnie, pour mes collègues, pour les danseurs, c'était quand même quelque chose d'important pour... Pour nous tous.
- Speaker #0
Et ça a marché ?
- Speaker #2
Ça a très bien marché. Après, elle est restée directrice à 12 ans. Elle a fait partie quand même du comité pour construire cette nouvelle opéra. Elle a réussi à plein de choses. Elle a gardé l'opéra, elle a gardé la compagnie, elle a gardé l'effectif, elle a gardé l'école de danse dans le bâtiment. Ce sont des dizaines et des dizaines de détails.
- Speaker #0
Oui, mais qui ont son importance.
- Speaker #2
A priori, de pouvoir en parler. Mais bon, bien évidemment, c'était un énorme travail. Un énorme travail.
- Speaker #0
Et toi, tu étais toujours là pour la soutenir.
- Speaker #2
Toujours là pour la soutenir. Et ça a été...
- Speaker #0
Mais du coup, est-ce qu'il y a eu des moments où quand même, vous vous êtes disputé à cause de la danse ?
- Speaker #2
Non, pas disputé. Mais on a eu des discussions, oui.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #2
Pas de dispute. Non, ok. Pas des disputes. Non, pas des disputes. Mais on respectait nos ressentiments.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #2
Mais on ne les comprend pas tout le temps. On n'est pas obligé de les comprendre.
- Speaker #0
Qu'est-ce que c'est de vivre avec quelqu'un d'une autre culture, notamment danoise ?
- Speaker #2
Ça n'a pas été un problème. J'aime le Danemark aussi. Dina a travaillé plusieurs fois, à plusieurs reprises, avec la reine du Danemark, qui a fait des décors pour cinq de ses balais. Ils sont très francophiles. Donc j'étends plusieurs fois au restaurant. Avec Prince Henrik, il est très français, très...
- Speaker #0
On n'a pas les mêmes dîners, dis donc !
- Speaker #2
Donc, si vous voulez...
- Speaker #0
Tu t'es senti à l'aise,
- Speaker #2
même dans cet environnement danois ? Oui, je sentais qu'aussi au Danemark, il y avait un grand respect pour la France. Aucun problème.
- Speaker #0
Et entre vous, vous parliez quelle langue ?
- Speaker #2
Dina parle très très bien le français.
- Speaker #0
Ah d'accord !
- Speaker #2
On parle trois langues. On regarde la télévision en norvégien. On parle en anglais, quand on voyage entre nous. Et puis en français, quand on est avec des Français. On parle plusieurs langues.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est très international. Trop bien. Du coup, vous avez fait votre vie principalement à Oslo. Vous êtes toujours tous les deux là. Elle travaille toujours à Oslo ?
- Speaker #2
Oui, elle travaille toujours à Oslo. Mais on a beaucoup de projets. De par le monde.
- Speaker #0
Quel genre de projet ?
- Speaker #2
Remonter des balais. Ah, j'ai l'impression. Remonter des balais. Donc, on voyage beaucoup. C'est toujours merveilleux de voyager avec
- Speaker #0
Dina. Trop mignon !
- Speaker #1
Punaise, je ne sais pas si moi tu veux là. Là, tout de suite, est-ce que je dis c'est merveilleux de voyager avec Lucie ? Moi, je ne sais pas.
- Speaker #2
Ah ouais, certainement. Ah,
- Speaker #0
c'est trop bien. Est-ce que tu as un voyage récemment qui t'a marqué ou une expérience que vous avez faite ? à deux. Du coup, là, vous travaillez aussi sur des projets à deux, de ce que je comprends.
- Speaker #2
Oui, mais là, on a été l'année dernière au Kazakhstan.
- Speaker #0
Ah, trop bien !
- Speaker #2
Et c'était incroyable.
- Speaker #1
À titre personnel.
- Speaker #2
En fait, les danseurs de la compagnie du Royal Ballet du Danemark ont dansé ma chorégraphie. Donc, j'ai été invité, et on m'a invité aussi à donner un cours. Et Dina, qui remonte les œuvres du chorégraphe Franck... Codanon à Bournonville, faisait travailler les danseurs. Donc, on a été invités comme les invités de la tournée.
- Speaker #0
Et alors, le Kazakhstan ?
- Speaker #2
C'était une expérience très, positive. Mais bon, on ne parle pas la langue. C'est un problème. Ils parlent russe. Mais comme on était entourés, qu'on était avec des gens du pays, on a pu apprécier le développement du pays et de la ville, bien sûr.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #2
C'est trop bien, oui.
- Speaker #0
Oh là là. Est-ce que vous avez d'autres projets qui vont venir là ?
- Speaker #2
Oui, là, on va aller au mois de décembre, on va aller à Paris. Ils vont aussi danser mon Pas de Deux à l'ambassade du Danemark, avec deux danseurs de la compagnie du Ballet Royal du Danemark. Donc, je suis invité, puis je vais faire une petite interview là-bas aussi.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #2
Très bien, oui. C'est récent, le fait qu'on travaille ensemble. Est-ce que Dina... toujours été bien aimée faire son travail par elle-même. Et moi, je n'ai jamais vraiment souhaité être son assistant parce qu'elle était directrice. Mais maintenant, on fait un travail ensemble. Et donc, c'est tout à fait différent. Ce qu'on fait maintenant, on le fait ensemble. Il n'y a pas de hiérarchie. Avant, Dina était ma directrice. Je n'allais pas être l'assistant de ma directrice. Mais maintenant, quand on fait des projets ensemble, les données ne sont pas les mêmes.
- Speaker #1
Les cartes sont redistribuées.
- Speaker #2
Redistribuées, voilà, c'est tout à fait. Les cartes sont redistribuées.
- Speaker #0
Est-ce que vous voyez rester en Norvège ?
- Speaker #2
On ne sait pas.
- Speaker #1
C'est rigolo, ça.
- Speaker #2
On ne sait pas. Je crois que Dina aimerait bien rentrer au Danemark. Elle sait que moi, j'ai un problème. Je le repousse un petit peu. Je le repousse. Je ne sais pas quels seront les événements qui vont faire que...
- Speaker #1
Ça se déclencherait éventuellement ?
- Speaker #2
Ça se déclencherait ou au contraire, je ne sais pas. Je laisse un petit peu le destin nous guider. Parce que j'aurais aimé aussi rentrer en France. Oui, bien sûr. Je n'avais pas mis de croix sur quoi que ce soit.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, tu restais ouvert.
- Speaker #2
Oui, je restais ouvert.
- Speaker #0
Quand vous êtes à Oslo avec ta femme, qu'est-ce que vous appréciez de votre vie norvégienne ici ?
- Speaker #2
Qu'est-ce qu'on apprécie ? On apprécie...
- Speaker #1
Les demi-concombres ?
- Speaker #2
Non, non. On apprécie être chez nous, parce qu'on voyage tout le temps. Donc, on reste un petit peu à la maison. Et puis, on a des amis. qu'on aime bien voir, avec qui on passe les moments de Noël. J'aime bien les traditions norvégiennes. J'aime les quatre saisons norvégiennes. J'aime l'hiver, j'aime le printemps, j'aime l'été, j'aime l'automne. J'aime les saisons, j'aime la nourriture. J'aime... Il y a plein de choses qui me plaisent. Tu aimes la vie que tu as construite ici. J'aime les choses simples ici. C'est clair.
- Speaker #0
Quand tu penses à ta carrière de danseur, est-ce que tu pourrais nous raconter un souvenir marquant, un rôle, un spectacle qui t'a profondément touché, ému ou dont tu étais particulièrement fier ?
- Speaker #2
Oui, c'était en France, c'était au Théâtre des Champs-Elysées, où on dansait le boléro de Maurice Béjar. Et le premier spectacle, quand on commençait à entendre la musique... Au bout d'un moment, on est porté comme en trance. J'ai oublié le moment où je devais commencer à danser. C'est la première fois que je compte dire un blackout. J'ai perdu le moment de mon intervention.
- Speaker #1
Incroyable. J'ai aimé tout danser.
- Speaker #2
J'ai aimé qu'un chorégraphe ou une chorégraphe me choisissent.
- Speaker #0
Moi,
- Speaker #2
je n'ai pas été la personne à dire, coûte que coûte, je veux danser ce rôle. coup de coup de coup, je veux faire ça. Non, si tu ne me veux pas, ne t'inquiète pas. Je ne suis pas venu ici pour briller, mais je veux bien faire quelque chose avec toi.
- Speaker #1
Mais si tu me vois, je serai là. Si tu me vois, je serai là.
- Speaker #2
Et puis, je ferai de mon mieux. Et puis, j'ai été fier d'avoir dansé avec des chorégraphes célèbres. Justement, je tiens, je vais vous apporter une petite vidéo de certains rôles que j'ai dansés. Et puis, c'est vrai que quand on est en plein dans ce qu'on fait, on ne sait pas ce qu'on vaut.
- Speaker #1
finalement parce qu'il y a quand même beaucoup de compétition et puis c'est pas vos collègues qui vous disent ah oui vous êtes fantastique c'est le meilleur là je fais juste un petit aparté comme tu viens de parler des vidéos pour ceux qui nous regardent sur Youtube pendant que tu vas parler je vais mettre des extraits de toi en train de danser pour qu'on voit à quoi ça ressemble parce que nous les premiers on est hyper curieux et en fait on est très fasciné par cette vie de danseur, ses rôles parce que c'est tellement différent de notre quotidien que que... On se pose toutes ces questions sur ce que ça t'a apporté, les émotions, la scène.
- Speaker #2
Je suis très fier de ces petits extraits que je vous ai donnés parce que finalement, on voit le niveau de qualité et ça, je ne pouvais pas le juger moi-même au moment où je le dansais. Avec le recul, j'ai dit,
- Speaker #1
il était balèze ce mec quand même.
- Speaker #2
J'étais comme ça, je suis surpris. Et puis, dernièrement, justement, puisqu'on parle un petit peu de... Je viens de faire un disque avec un fantastique pianiste, un des meilleurs pianistes qui accompagne les classes, un Italien. Ça a été sorti sur Spotify, partout, Et ça aussi, c'est quelque chose...
- Speaker #0
Trop bien, mais tu fais quoi, du coup, sur le disque ?
- Speaker #2
En fait, ce pianiste, il accompagne mes cours.
- Speaker #0
Ouais ?
- Speaker #2
Et puis, il a trouvé que mes enchaînements... était très bien, comme un plat. Tout d'un coup, il y a un plat, on veut écrire la recette. Voilà, tout simple. Il a vu ça. Il faut un accompagnement. Il m'a dit, si tu veux, on va le faire. Ça a pris deux ans, parce qu'on a fait d'abord la barre, l'échauffement, et puis cet été à Marseille, on s'est retrouvés de temps en temps à l'après-midi. On a fait le centre, le milieu, comme on dit. Ça me fait plaisir. C'est une récompense professionnelle parce que...
- Speaker #1
Tu fais des bons plats. Voilà, comme des bons plats. Ou quelqu'un qui veut créer un texte pour vous,
- Speaker #2
une chanson, une mélodie. On a envie de faire quelque chose ou de vous peindre, ou de faire un tableau et puis de vous le donner.
- Speaker #0
Ok. Bon, tu nous donneras le lien Spotify. Absolument. On le mettra dans les descriptions.
- Speaker #2
Absolument.
- Speaker #1
Et tout à l'heure aussi, parce qu'il y a ce monde qui continue de me fasciner, tu disais que tu avais dîné avec le prince du Danemark, c'est ça ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu as rencontré aussi d'autres personnalités comme ça, via ta carrière ?
- Speaker #0
Qu'on ne rencontrerait pas dans le quotidien normal, on va dire.
- Speaker #2
Oui, certainement. Je ne peux pas me rappeler de qui j'ai rencontré, parce qu'en fait, c'est un autre monde. On les rencontre pendant trois heures, on a l'impression qu'on est des amis. Et puis finalement, la semaine d'après, vous ne pouvez pas sonner à la porte et aller les voir. C'est le milieu qui veut ça aussi. C'est l'instant. C'est vrai que dans certains moments... C'était agréable. Moi, j'ai passé une soirée, une fois à Copenhague, la journée la plus longue. Et il y a eu un dîner de fées ce soir-là avec la reine du Danemark et ses deux sœurs. Et puis, quatre ou cinq invités, pas plus. On était autour d'une table. Moi, je me suis dit, tiens, comment est-ce que...
- Speaker #1
Le protocole, un peu tout ça.
- Speaker #2
Le protocole, comment je vais m'en sortir ? Je n'ai pas l'habitude. J'ai l'habitude, et sans avoir l'habitude. Oui,
- Speaker #1
tu en connais beaucoup de protocoles, mais pas celui-ci.
- Speaker #2
Un des meilleurs dîners que je n'ai jamais eu. Un par un, chacun devait raconter une histoire. Les gens vous écoutaient, racontaient leur ville, comme si vous étiez avec monsieur, madame, tout le monde, malgré que vous soyez avec la famille royale. Et quand je suis parti, j'ai dit, votre majesté, princesse Anne-Marie, elle me dit, non, je suis reine de Grèce.
- Speaker #0
La reine de Grèce ?
- Speaker #2
De Grèce, oui. L'ancienne reine de Grèce. On a cru qu'on faisait partie de ce monde pendant ces heures-là. C'est ça, pendant un instant, tu appartiens. Un instant volé. On a dit, tiens, finalement, ça s'est fait. Ça s'est fait. C'est incroyable.
- Speaker #0
Vous parlez quelle langue, du coup,
- Speaker #2
avec la reine ? Bon, elle parle français, très, très bien le français. À chaque fois que je me vois, elle parle en français. Et puis, il y a toujours sa dame d'honneur qui est avec vous. Donc, elle parle aussi en français. Et puis, il y a toujours le sergent de la garde qui parle toutes les langues. Vous n'êtes jamais seul. Soit vous avez la dame de compagnie, soit le sergent. Et donc, quoi que vous disiez, ils s'intéressent à ce que vous disiez. Ça rebondit, c'est fluide. Ça rebondit. Non, mais génial. On les voit, je suis venu. On les voit. On a l'impression que quand on leur raconte, ça les intéresse, qu'ils ont passé la meilleure soirée, eux aussi.
- Speaker #0
Mais tu savais comment dire... Bonjour à la reine ? J'imagine qu'il faut faire un peu des...
- Speaker #2
Votre majesté.
- Speaker #0
D'accord, on te l'a dit avant d'aller au dîner.
- Speaker #1
Oui, votre majesté. Est-ce qu'on enlève ses chaussures chez la reine ? Non, non, non. Il n'y a pas des petits chaussons royaux qui t'attendent ?
- Speaker #2
Dina, elle a fait une production l'année dernière qui s'appelle Brudferden i Ardanger au National Museum. Et les deux reines, la reine du Danemark et la reine Sonia, sont venus au Musée National pour voir le spectacle. C'est génial.
- Speaker #1
C'est super intéressant parce que ce milieu de la danse a l'air très lié aux familles royales respectives.
- Speaker #2
Oui, absolument. Justement, j'avais invité Véronique à venir voir la première au Musée National.
- Speaker #0
Trop bien. Si on veut être au courant des choses que vous allez faire dans le futur, comment on peut se renseigner ? Est-ce qu'il y a un endroit où on peut voir ? Ou juste, il faudra qu'on te demande directement ?
- Speaker #2
Je veux qu'on reste en contact, évidemment, avec grand plaisir. C'est important de rencontrer des gens comme vous. Ça porte aussi les Français. Moi, ça me fait très, très plaisir de vous avoir rencontrés. Oui,
- Speaker #0
nous aussi, de même. Tu vois, je me dis, si vous faites des spectacles comme ça, moi, je serais trop intéressée. D'aller voir, sachant maintenant un peu votre histoire.
- Speaker #2
Je ferai savoir.
- Speaker #0
C'est encore plus intéressant. C'est génial. Puis on n'est pas souvent au courant de tout ce qui se passe.
- Speaker #2
Je vais préparer un petit texte en anglégien. Oui, vas-y. Et en français,
- Speaker #0
mais il faudra que je reprenne mon papier. Bien sûr, prends-le.
- Speaker #2
Je voulais vous poser la question. Quel est le mot sur cette terre qui a une valeur d'éternité ?
- Speaker #0
Amour.
- Speaker #2
Tu étais très près, tu as dit amour. Ma réponse, c'est je t'aime.
- Speaker #0
Ah bah oui, c'était pas loin.
- Speaker #2
C'était pas loin. Alors, je l'ai en norvégien. Je pense que tous les gens norvégiens qui vont entendre ça, je pense qu'ils vont apprécier. Usk at alchenet pojur. Pour idée, évi-our, iaï, elskodaï. Ça veut dire, le mot sur cette terre qui a une valeur d'éternité, c'est je t'aime.
- Speaker #0
Bravo, c'est une belle conclusion, je trouve.
- Speaker #2
C'est une belle conclusion.
- Speaker #1
Cet épisode touche à sa fin. J'aimerais remercier Véronique, qu'on a interviewée dans l'épisode 2, de t'avoir mis sur notre chemin et vice-versa, je l'espère. C'était vraiment un plaisir d'en apprendre sur ton parcours. 40 ans de vie en Norvège, avec une femme danoise, avec une carrière dans la danse, de nouveaux projets.
- Speaker #0
Je vous souhaite plein de bonheur et plein de projets super excitants pour le futur. Et on vous dit à très bientôt chez nous,
- Speaker #1
sous les aurores.
- Speaker #0
Si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée.
- Speaker #1
Ou un commentaire sur YouTube, ça nous aide énormément à faire grandir le podcast.
- Speaker #0
Merci et à très vite pour le prochain épisode.