- Silje (Norsk med Silje)
La première chose que j'ai remarquée, c'est que les gens portaient des chaussures à la maison. Ça m'a choquée. Je ne me voyais pas travailler en France, dans une entreprise française, déjà parce que c'était mal payé. Et je ne me voyais pas avoir un enfant non plus. Je pense qu'en Norvège, quand tu invites quelqu'un chez toi, c'est que tu le connais déjà bien. J'ai l'impression qu'en France, c'est plus facile, parce que les Français, ils sont plus ouverts à l'amitié.
- Lucie
Et j'ai honte quand je dis que je ne parle pas norvégien, et j'ai honte quand je dis que je mets du temps à apprendre le norvégien, mais en fait, parce que j'ai trop d'émotions avec le norvégien. Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de
- Alban
Sous les Aurores. Aujourd'hui, trop content parce qu'on continue d'en apprendre plus sur la Norvège. On va en apprendre aussi sur la langue norvégienne, sur des parcours avec des différences culturelles, notamment France-Norvège comme d'habitude. Et on a la chance de voir ça aussi un peu de l'autre côté parce qu'on reçoit Silje, qui est prof de norvégien et qui a vécu plusieurs années en France et qui parle français plutôt parfait. Donc, on a vraiment beaucoup de chance. Merci beaucoup d'être ici.
- Lucie
Alors, Sylvia, déjà pour te présenter, est-ce que tu pourrais nous dire quel âge as-tu ? Ce que tu fais dans la vie ? Bon, Alban l'a déjà un peu dit. Et peut-être si tu as déjà un petit culture-choc entre la France et la Norvège qui te vient à l'esprit, une grosse différence comme ça que tu as remarqué direct et qui t'a fait sourire peut-être.
- Silje (Norsk med Silje)
Alors, j'ai 38 ans. Je suis prof de norvégien. Je donne des cours particuliers en ligne. depuis 2014. J'ai commencé quand j'étais en France. Puis j'ai continué quand je suis rentrée en Norvège. Un culture-choc ? En fait, je pense que j'ai plus de culture-choc en revenant en Norvège. Je pense que le premier choc que j'ai eu, c'est quand je suis rentrée dans le vestiaire, dans la salle de sport, et que personne ne dit rien. J'ai dit... Mais c'est vrai. Hi. Et personne ne répond.
- Alban
Trop drôle.
- Lucie
C'est vrai, t'as raison. Parce que je me suis déjà fait la réflexion à l'époque où j'allais à la salle de sport. Je me faisais souvent la réflexion que c'était hyper... Tu regardes dans ton casier, tu regardes dans ton truc et tu...
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, oui, moi, je sens que je n'existe pas. Personne ne me regarde. Tout le monde fait comme si je n'existais pas.
- Alban
Et en France, tu trouvais que les gens se disaient bonjour ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui. Trop drôle,
- Alban
moi j'ai oublié, tu vois.
- Silje (Norsk med Silje)
Non mais c'est vrai que j'ai réagi la première fois. J'ai réagi, mais j'ai trouvé ça sympa. Ouais. J'ai aimé.
- Alban
D'accord, trop drôle.
- Silje (Norsk med Silje)
Ouais.
- Alban
Non, moi je pensais que t'allais dire, tout le monde est nu en Norvège.
- Silje (Norsk med Silje)
Facilement. Ah ! Dans les vestiaires !
- Alban
Est-ce que t'avais remarqué... Oui, pardon ! Pas partout ! Est-ce que t'avais remarqué ça ou pas, qu'en général les gens en France sont plus pudiques ?
- Silje (Norsk med Silje)
Peut-être que ça c'est plus pour les mecs.
- Alban
Ouais, ok.
- Silje (Norsk med Silje)
Parce que moi, j'ai pas remarqué de différence. D'accord,
- Alban
trop drôle.
- Silje (Norsk med Silje)
J'aimerais bien savoir.
- Lucie
Mais c'est vrai, je suis d'accord avec toi. Moi, je vois la différence. En France, en fait, tu vas plus facilement essayer de te cacher un peu quand tu te changes dans les vestiaires. Alors que je trouve qu'en Norvège, comme tu dis, j'ai l'impression de pas exister. Du coup, tu te changes sans faire...
- Silje (Norsk med Silje)
J'ai pas du tout fait attention. Trop drôle.
- Lucie
Écoute, on fera peut-être une expérience dans la salle de sport.
- Alban
Et en reprenant un peu le chemin au début.
- Lucie
D'où viens-tu ? Pardon, j'arrête pas de te couper. C'est après les vacances, faut que je vous le remette dans le paradis. Oh ça va, c'est comme dans la vraie vie.
- Alban
Bah oui, là on leur donne... Non mais si tu veux, demande toi.
- Lucie
Bah oui, d'où viens-tu à la base ? Où es-tu née ? Où as-tu grandi ?
- Silje (Norsk med Silje)
Alors, je suis née à Bergen, en Norvège.
- Lucie
Bergen qui se situe sur la côte ouest.
- Silje (Norsk med Silje)
Exactement.
- Alban
Et oui, il pleut à l'horizontale.
- Lucie
c'est comme ça qu'on nous avait expliqué est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est un cliché ?
- Silje (Norsk med Silje)
il pleut pas à l'horizontale mais il pleut beaucoup il pleut souvent ça c'est vrai, je pense que le record ça doit être autour de 260 jours en un an si je ne me trompe pas donc ça c'est peut-être la raison principale pourquoi je suis pas rentrée à Bergen après mon retour ça peut être déprimant
- Lucie
Est-ce qu'il y a de la neige quand même à Bergen ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, il y a de la neige, mais après il y a de la pluie.
- Lucie
Oui, après ça devient quelque chose.
- Silje (Norsk med Silje)
Exactement, exactement. C'est pas très agréable.
- Lucie
Ok, donc tu es née, t'as grandi à Bergen, t'as fait tes études à Bergen ?
- Silje (Norsk med Silje)
Non, j'ai fait mes études en France.
- Lucie
En France, ah ben oui. Donc t'es partie directe, à quel âge t'es partie de Bergen ?
- Silje (Norsk med Silje)
Je suis partie directe à... Après Vieda Raghwana, le lycée, donc à l'âge de 19 ans, j'ai voulu faire un an pour améliorer mon français. Et finalement, j'ai rencontré quelqu'un, ce qui a fait que je suis restée un peu plus longtemps. Je commençais à faire des études de psycho.
- Alban
Attends, mais là, du coup, tu faisais des études de psycho en français ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui. Waouh ! Je vous disais qu'elle était balèze,
- Alban
elle est balèze.
- Silje (Norsk med Silje)
Ça, c'est bien pour améliorer son français, sa langue. Ce qui est bien et pas bien en même temps, c'est qu'à la fac de Montpellier, ton curriculum, c'est tes notes, en fait. Tu dois tout noter, il n'y a pas de livre à lire, donc je devais vraiment faire attention et bien écouter.
- Alban
Il n'y avait pas de chat d'IPT pour t'aider, de transcription ?
- Silje (Norsk med Silje)
Non, je prenais mon dictionnaire en rentrant et j'essayais de chercher les mots que je n'avais pas compris.
- Alban
Avec des sons, peut-être, essayer de retrouver. Un travail minutieux.
- Lucie
Déjà que pour une personne qui parle français couramment, c'est du boulot.
- Alban
Et ce sont des termes spécifiques.
- Lucie
Oui, c'est double boulot.
- Silje (Norsk med Silje)
Ouais, chapeau.
- Alban
Et à la base, juste, comment ça se fait que tu avais un attrait pour le français ou pour la France ou pour les deux ?
- Silje (Norsk med Silje)
Bonne question. Alors, quand j'ai commencé le collège, on devait choisir entre deux langues. À la base, c'était juste deux langues. C'était soit l'allemand, soit le français. J'aimais pas l'allemand, du coup. Du coup, j'ai choisi le français. Mais au fur et à mesure, j'ai commencé à vraiment aimer. Je trouve ça... Surtout que la langue, elle est très belle. Et quand j'ai fini le lycée, je n'avais pas envie de commencer mes études. J'avais juste envie d'apprendre le français sans réfléchir à ce que je voulais faire comme travail plus tard. Et donc, quand j'ai trouvé un programme où je pouvais choisir, je pouvais faire un an de français, je pouvais choisir entre cinq villes. Il y avait Montpellier, il y avait Poitiers. je pense qu'il y avait Nice aussi peut-être, Dijon et encore une ville, je ne me rappelle plus laquelle et je ne connaissais pas ces villes-là et j'ai demandé à un collègue parce que je travaillais dans une crêperie à Bergen je lui ai demandé j'ai choisi quelle ville il a dit Montpellier,
- Alban
absolument moi j'y ai vécu un an je vous conseille, s'il y a des Norvégiens qui nous écoutent ici qui souhaitent partir, Montpellier c'est une bonne ville
- Lucie
qui est en plus très ensoleillée comparée à Bergen c'est vrai parce qu'il y a d'autres villes,
- Silje (Norsk med Silje)
t'aurais eu un hiver qui ressemblait pas loin de Bergen j'imagine j'ai un nez qui coule tu pleures pas je pleure pas elle adore tellement Montpellier en pensant à Montpellier le
- Lucie
soleil c'est quand je parle du soleil exactement
- Silje (Norsk med Silje)
une petite larme qui vient donc toi tu fais ton application pour Montpellier pour un an j'ai fait pour Montpellier et Dijon parce qu'il fallait faire pour deux universités et après je demandais à mon collègue elle a dit à Dijon il n'y a rien il n'y a que la moutarde il faut absolument choisir Montpellier et du coup j'ai choisi,
- Alban
je suis partie je ne connaissais pas du tout comment ont réagi un peu tes parents à ce choix ?
- Silje (Norsk med Silje)
je ne sais pas Je ne me rappelle pas, parce qu'elle n'a pas dit grand-chose. Lui, son seul souci, ça a toujours été si je trouvais du boulot après. Un bon papa. Oui, le stéréotype. Ma mère, elle a dit, tu vas sûrement rencontrer quelqu'un, tu ne vas plus jamais revenir. J'adore. Elle a dit, non, non, t'inquiète pas maman. Pas de souci.
- Lucie
Elle avait bien senti.
- Silje (Norsk med Silje)
Elle avait bien senti, ouais. En fait, j'avais... besoin de sortir un peu de mon cocon, de me retrouver moi-même, de m'éloigner un peu de ma famille, de vraiment me connaître à nouveau. Et le fait d'aller quelque part où je ne connaissais pas la culture, je ne connaissais pas très bien la langue, et un endroit où personne ne me connaissait, ça me convenait. Mais j'ai... Avant de partir, j'ai créé un groupe sur Facebook avec les autres Norvégiens qui y allaient pour me faire un petit réseau. Mais au final, je n'ai pas voulu passer trop de temps avec eux parce que j'avais envie de connaître des Français.
- Lucie
Oui, mais c'est bien parce que c'est un peu rassurant de te dire qu'il y a quand même des gens que tu connais sur place. Et alors, les premières impressions ?
- Silje (Norsk med Silje)
Il faisait beau,
- Lucie
déjà.
- Silje (Norsk med Silje)
C'était bien. C'était exotique. C'est quelque chose que je repeuille. peut-être pas dû faire et j'étais en contact je sais même pas si ça existe encore c'était un site qui s'appelle colloque quelque chose pour trouver un appartement en colocation ouais pour trouver un appartement en colocation Et il y avait un gars qui aidait les étudiants à trouver des colocations. Et il m'a cherchée à l'aéroport. Ça fait un peu louche.
- Alban
Continue, s'il y a s'il te plaît. Il faut terminer cette phrase. Non, non, non.
- Silje (Norsk med Silje)
Non, mais quand j'y pense maintenant, c'est... Oui, d'accord.
- Alban
C'était peut-être un peu bourre.
- Silje (Norsk med Silje)
C'est ce que je fais. Oui,
- Lucie
ça pourrait être le début d'un documentaire Netflix.
- Silje (Norsk med Silje)
Il y avait d'autres Norvégiens, Norvégiennes, qui prenaient l'avion avec moi de Oslo. Il n'y avait pas de vol direct de Bergen. Et je leur ai dit, il y a de la place dans la voiture. Vous voulez venir avec moi ? Elles ont dit non, non. Ça n'a pas la tête ? Non, je ne veux pas. Mais je ne sais pas, je n'avais pas peur. Tu avais confiance. J'avais confiance, oui. En y pensant maintenant, je me dis, c'est une très mauvaise idée. J'adore. Mais c'est peut-être aussi l'esprit norvégien un peu. Je ne sais pas si les Français font plus attention, enfin font plus confiance en général.
- Alban
Moi, je peux te dire que, en plus, c'était relativement les mêmes années. Moi, j'ai peut-être aussi confiance que toi, mais c'était en Finlande. Donc forcément, dans l'autre sens, tu vois, c'est peut-être plus risqué dans le tien que dans le sens inverse. Comment ça ? Tu sais, d'aller, là, par exemple, monter avec quelqu'un qui vient chercher à l'aéroport.
- Lucie
Il l'aurait fait en Finlande.
- Alban
Dans les pays nordiques, en général, c'est... Bon, il ne faut pas non plus... Il peut se passer des choses. Mais c'est quand même plus safe, de manière générale, que l'inverse. Mais comme quoi, aussi, toi, ça s'est bien passé. Une bonne expérience.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, j'ai eu une bonne expérience. Mais c'est bizarre, parce qu'on se sent plus en sécurité ici. Je pense qu'en France, et pourtant, les gens font très gaffe aux inconnus. Même si, en général, c'est très...
- Lucie
Tu trouves qu'en Norvège, les gens font plus attention aux inconnus ? Ouais,
- Silje (Norsk med Silje)
ouais. Ma mère, elle m'a toujours dit, il ne faut jamais monter dans une voiture d'un inconnu. Tu l'as bien écouté ? Pas trop, apparemment. Mais je me rappelle une fois, j'ai couru derrière un bus en Norvège. Je l'ai raté. Et un gars qui s'est arrêté pour moi, il m'a dit « Tu veux que je te ramène ? » Je dis « Non » . Après, je me suis dit que c'était juste quelqu'un de sympa. La plupart des gens sont sympas et pourtant, j'ai senti que je ne peux pas accepter ce geste-là.
- Lucie
En Norvège, je pense que je serais beaucoup plus libre d'aller avec un inconnu.
- Alban
Mais toi, en même temps, si vous faisiez la réflexion hier, il y a 36 occasions où tu aurais pu être.
- Lucie
il aurait pu t'arriver des choses plus graves je fais un peu trop confiance peut-être je pense qu'il y a aussi la personnalité je me dis que tout le monde me veut du bien en général mais c'est vrai que et en habitant ici du coup je fais encore moins attention quand je rentre en France il faut que je me réhabitue à me dire il faut faire attention quand même et tout ok du coup on te récupère à l'aéroport ça se passe bien ça se passe bien Et tu trouves un appartement en colocation ?
- Silje (Norsk med Silje)
Pas tout de suite. Pas tout de suite. C'est compliqué un peu en France de trouver une coloc quand t'es étranger.
- Lucie
Ah ouais ?
- Silje (Norsk med Silje)
Parce qu'il faut avoir ce fameux garant français.
- Lucie
Français ?
- Silje (Norsk med Silje)
De préférence. La plupart des agences, ils veulent absolument un garant. Au début, j'ai fait une cohabitation avec une vieille dame. Pendant quelques semaines, le temps que je trouve autre chose. Et je me suis mis en coloc avec deux Français et un Allemand. Donc, on avait deux garants français. C'était suffisant pour la maison. Mais au bout de quelques mois, la Française, elle a voulu partir. Du coup, on n'avait plus qu'un garant. Ce n'est pas suffisant pour garder la maison. Donc, on a dû partir. Et là, je me suis mis dans une autre colocation. Et là, c'était en fait... avec la fille du proprio. Donc, c'était plus relax. Je n'avais pas besoin d'avoir un garant. Mais c'est vrai que c'était... Il fallait un peu passer entre les... Il faut trouver la bonne personne. C'est vrai que pour les étrangers,
- Lucie
ce n'est pas simple.
- Silje (Norsk med Silje)
Non, pas du tout. Et souvent, si le propriétaire n'est pas trop difficile, c'est que l'appart n'est pas super. Ah,
- Lucie
d'accord.
- Silje (Norsk med Silje)
Donc, tu peux trouver. Bien sûr, tu peux trouver. Mais ce ne veut pas forcément être les meilleurs appartements.
- Lucie
Bagages de qualité,
- Silje (Norsk med Silje)
quoi.
- Lucie
Ok. Ok, donc un peu rocambolesque, mais tu as réussi à trouver.
- Silje (Norsk med Silje)
J'ai réussi à trouver.
- Lucie
Ça s'est bien passé.
- Silje (Norsk med Silje)
Ça s'est bien passé, oui.
- Alban
Est-ce que tu as remarqué dans la colocation, du coup, déjà des habitudes qui peut-être te surprenaient ? Sur les différences de culture, j'imagine que c'est les repas ou le rythme. Ils devaient manger beaucoup plus tard.
- Silje (Norsk med Silje)
Ah oui. La première chose que j'ai remarquée, c'est que... que les gens portaient des chaussures à la maison. Ah oui ! Ça m'a choquée. Et je me rappelle, une fois après une fête, c'était horrible, il y avait de la boue partout. Et je me suis dit, mais pourquoi ? Pourquoi on fait ça ?
- Lucie
Mais t'as trop raison. Et c'est marrant parce qu'il n'y a pas longtemps, avec Alban, on en parlait. On parlait de nos habitudes norvégiennes et tout. Et s'il y a un truc qu'on a pris ici, et maintenant ça nous choque, on ne pourrait pas revenir en arrière, c'est, t'arrives à la maison, t'enlèves tes chaussures. Dans n'importe quelle maison.
- Alban
Mais comme tu dis, pourquoi ? Pourquoi en fait les garder, il n'y a aucun avantage. C'est pas forcément confortable, c'est sale.
- Lucie
Je pense qu'on se dit que c'est pas... poli de demander aux gens d'enlever leurs chaussures.
- Alban
Maintenant, en France, ce qu'on nous dit, c'est que nous, on arrive, on débarque en mode direct, on enlève les chaussures.
- Lucie
Ils nous disent non, non, mais c'est bon.
- Alban
T'embêtes pas. Comme si c'était quelque chose qui restait habillé.
- Silje (Norsk med Silje)
Ouais. Moi, je trouve ça plus embêtant de venir chez quelqu'un. De s'habiller. Oui, et de pas les enlever. Parce que ça demande après aux gens de faire le ménage. Quand t'es invité, t'as pas envie d'embêter ceux qui t'invitent.
- Lucie
Attends, du coup, j'ai une question. Quand t'étais encore... Elle l'a dit.
- Alban
Quand t'étais encore jeune. Désolé, délicatesse française.
- Lucie
Quand on n'était pas maman. Quand on faisait des soirées chez des gens, qu'on buvait, qu'on dansait. On a fait ça, nous, avant d'être parents.
- Alban
C'était cool.
- Lucie
On le fait encore, mais plus aussi tard. Bref, plus dans les mêmes mesures. Ça veut dire qu'il y a une soirée chez quelqu'un. Tout le monde enlève ses chaussures. Les filles, elles gardent pas leurs talons dans la soirée.
- Silje (Norsk med Silje)
Si elles mettent des talons, en fait, c'est des talons qu'elles ramènent.
- Alban
Et voilà, en plus. Ils sont propres.
- Silje (Norsk med Silje)
Ils sont propres, oui.
- Alban
J'adore.
- Silje (Norsk med Silje)
J'adore. Et je me rappelle aussi, quand j'étais petite, quand on faisait des fêtes d'anniversaire, les filles, elles avaient des chaussures.
- Lucie
Des jolies chaussures.
- Silje (Norsk med Silje)
Des jolies chaussures. Et c'était des chaussures qu'on mettait que à la maison.
- Lucie
Mais oui, on l'a vu.
- Silje (Norsk med Silje)
Du coup, on a pris l'habitude aussi pour les... Mais oui,
- Lucie
c'est trop drôle. Ouais, ouais. Donc, les gens arrivent avec leurs chaussures d'intérieur. Et donc là, ça peut être des talons ou des jolies chaussures, mais elles ont été qu'à l'intérieur.
- Alban
Comme tu dis, en fait, dès la petite enfance. Parce que nous, je ne me rappelle plus si en France, petit, on se faisait... Après, j'imagine que ça peut dépendre entre nous, par exemple, Paris-le-Sud. Mais en Norvège, tout le monde se fait très beau, les enfants. Pour les anniversaires. En Norvège ? Ouais.
- Silje (Norsk med Silje)
OK.
- Alban
Ils ont leurs petites chaussures, notamment les petites filles, parce qu'on fait attention avec nos filles. Les petites ballerines toutes belles, d'intérieur, pour les anniversaires. Sans qu'il y ait un peu les tenues... Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
que pour les anniversaires. Donc tu les gardes un an et après, au maximum. Mais en France, on ne fait pas...
- Alban
En tout cas, moi, des anniversaires dont je peux me souvenir plus à partir de peut-être six ans, c'était... Déjà, il n'y a pas les différences de chaussures. Mais en plus, les tenues, je n'ai pas souvenir qu'on faisait... particulièrement attention. Toi, je ne sais pas non plus. Non,
- Silje (Norsk med Silje)
je ne crois pas non plus.
- Alban
Peut-être après, ça venait plus grand.
- Silje (Norsk med Silje)
Mais à aucune fête, fête de mariage, par exemple. Oui, ça,
- Alban
si,
- Lucie
quand même. Quand c'est des événements, oui, mariage, communion. Pas le
- Alban
14 juillet. On en a déjà parlé plusieurs fois le 17 mai. Tout le monde est trop beau.
- Lucie
Mais pour les anniversaires... Si c'est un anniversaire d'adultes organisés, si. Mais pour les anniversaires d'enfants, ça dépend. Mais revenons à colocation. Grosse différence culturelle. Ils n'enlevaient pas leurs chaussures dans la coloc. Pour toi, ça a dû être...
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, ça, c'était un choc.
- Lucie
Est-ce que tu leur as proposé la façon norvégienne ?
- Silje (Norsk med Silje)
Pas à ce moment-là, mais plus tard, quand j'étais avec ma coloc française, j'ai mis une petite affiche sur la porte avant une fête. Merci d'enlever vos chaussures. Ici, on n'aime pas faire le ménage.
- Alban
Au moins, tu l'as fait avec humour. Oui.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, et je pense que ça a marché. Oui, ça a marché.
- Lucie
Trop bien.
- Alban
Et il y avait d'autres choses dont tu te rappelles un peu comme ça ?
- Silje (Norsk med Silje)
Dans la première coloc, je me rappelle une fois que j'ai préparé pour mon petit déj, j'ai réchauffé le dîner de la veille.
- Alban
Ah ben oui.
- Silje (Norsk med Silje)
Et mon coloc, il est venu, il s'est fait son café. Comment tu peux manger ça ? Et lui, il a pris juste le café, un petit croissant. Il ne comprenait pas comment on peut manger autant. le matin.
- Alban
Et puis salé certainement, c'est ça aussi qui est surprenant. Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
oui. Au fur et à mesure, je me suis adaptée. Je commençais à manger moins le matin. J'ai pris un croissant aussi. Et ça, ça me va.
- Alban
Tu peux béguer tout.
- Silje (Norsk med Silje)
J'aime bien en fait, ça c'est une différence que j'aime et j'aime pas. C'est qu'on peut manger un peu de sucre tous les jours. Et comme ça, ça ne devient pas quelque chose d'extraordinaire. Alors qu'en Norvège, souvent on va juste manger mais trop trop trop trop de bonbons le samedi parce que c'est le seul jour où on peut en manger ou pour les fêtes d'anniversaire on mange trop c'est tellement extraordinaire que t'en profites à fond Oui, je pense que, en tout cas pour moi, ça fonctionne mieux d'en manger un tout petit peu régulièrement.
- Alban
Avec un comportement raisonné un peu de savoir.
- Lucie
S'il y a par contre croissant, c'est pas sucré quand même. Ça compte pas. Ça compte comme les bonbons ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui,
- Alban
mais oui, dans une tête de Norvégien certainement, non ? Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
les gâteaux, les gâteaux, les bonbons, c'est la même chose.
- Alban
Dédicace à Morten, on sait que lui aussi c'est pareil.
- Silje (Norsk med Silje)
De quoi ?
- Alban
Comme Silya dit, une viennoiserie, c'est du manga et du sucre. Il y a vraiment cette différence qui est faite.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, au beaucoup de gras.
- Alban
Vous avez cette culture d'être plus...
- Lucie
Sain la semaine.
- Alban
Oui, puis de comprendre, d'être sensibilisé déjà à la composition de ce qu'on mange, est-ce que c'est bon ou pas bon pour le corps. On peut en abuser.
- Silje (Norsk med Silje)
Mais les Français, comment ils voient le goûter ? Est-ce que les Français voient ça comme quelque chose de sain ? Mais c'est ça qui est fou.
- Lucie
Ils se posent pas la question je crois. Ils se posent pas la question, d'accord.
- Silje (Norsk med Silje)
Moi je trouve que c'est normal.
- Lucie
Après tout le monde a peut-être pas été élevé pareil, mais on te dit bah le goûter c'est après l'école, en attendant le dîner, faut que tu prennes un petit truc.
- Silje (Norsk med Silje)
Et c'est toujours sucré. C'est jamais genre un fruit.
- Lucie
Moi je l'ai fait.
- Alban
Si on essaie, mais bon tu sais, quand on va dans un supermarché, en Norvège c'est très limité les chex ou les gâteaux,
- Lucie
en France c'est n'importe quoi.
- Alban
Déjà si tu veux avoir 15 boulangeries sur 200 mètres Et en plus de ça Si tu préfères faire tes courses T'as aussi un choix de fou Et c'est la simplicité, tu mets ça dans le sac Ton enfant est autonome, il mange ça Donc il y a vraiment cette culture Comme le dîner arrive plus tard
- Lucie
D'abord j'ai ces petits biscuits sucrés Après bon, on peut essayer de faire ça Avec des compotes, des yaourts, des fruits Mais il y a quand même cette tentation Au goûter d'aller à la boulangerie De prendre un pain au chocolat Ou de prendre des gâteaux.
- Silje (Norsk med Silje)
Je pense que quand vous avez une bonne boulangerie... Moi, en tout cas, quand je vivais en France, je n'avais pas l'impression de ne manger pas ça. Quand j'allais à la boulangerie, j'ai senti que c'est bon, c'est fait maison, c'est artisanal.
- Alban
Non, il n'y a pas du tout de connotation. C'est ça qui est intéressant. C'est parce que peut-être que vous, du coup, vous êtes sensibilisés un peu à ce sentiment de culpabilité s'il y a du sucre ou si c'est gras. Nous, c'est le côté plaisir. Je pense que c'est cette relation qu'on a dès tout petit avec la nourriture où on prend ce plaisir avant tout. On apprend peut-être plus tard qu'il faut équilibrer. Ou en tout cas, tes parents, si tu as de la chance, ont pu un peu te le transmettre dans l'équation. Là où vous, vous êtes peut-être sensibilisés des plus petits parce qu'il y a cette rigueur. Le succès que tel jour.
- Lucie
Puis c'est aussi habitude culturelle. Moi, je me rappelle. Alors après, peut-être parce qu'on vient me chercher à l'école, on s'arrête sur le chemin pour rentrer à la maison. Moi,
- Alban
c'était ça.
- Lucie
On s'arrête à la boulangerie pour acheter le pain pour le soir ou le lendemain matin. Et du coup, acheter le goûter.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, c'est une habitude. Si c'est une habitude et que tout le monde le fait, tu ne te poses pas de questions. C'est normal. Tu n'as pas envie d'être normal.
- Lucie
Et comme les habitudes pour le petit déjeuner, de manger plutôt sucré à la base, tarpines, croissants.
- Silje (Norsk med Silje)
Ouais, en même temps je comprends parce qu'en France on mange très tard le dîner, on mange beaucoup, on n'a pas trop faim le matin.
- Lucie
Est-ce que ça a été facile, est-ce que tu t'es fait des amis français ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, oui.
- Lucie
Est-ce que tu as trouvé que c'était plutôt facile et dans quel contexte tu as réussi à te faire des amis français ?
- Silje (Norsk med Silje)
C'était surtout quand je commençais à faire de la psycho, mais aussi à travers mes colloques, quand on faisait des fêtes à la maison.
- Alban
Sans chaussures.
- Silje (Norsk med Silje)
Les deux. Mais bon, ça va, je n'ai pas choisi mes amis en fonction. Ce n'était pas un critère, j'adore. Non, ce n'était pas un critère. Peut-être aujourd'hui, ça aurait été un critère. Non, c'était facile, je trouve. Mais ça, je me demande comment ça aurait été en Norvège si j'avais fait mes études en Norvège. Est-ce que ça aurait été facile ou pas ? Je sais qu'en Norvège, pendant le Fader UK, la semaine d'intégration, c'est... Très important de participer. Non, participer, sinon tu ne vas pas te faire des amis. J'ai l'impression qu'en France, c'est plus facile parce que les Français, ils sont plus ouverts à l'amitié. Mais en même temps, quand tu es dans une ville étudiante, tu as plein d'étudiants d'autres villes qui, eux aussi, cherchent des amis. C'est difficile quand tu arrêtes les études, quand tu deviens adulte, de se faire des amis. Je pense que c'est pareil en France, mais peut-être pas. aussi difficile en Norvège.
- Alban
Il y a moins de gap.
- Silje (Norsk med Silje)
Le contexte est super important et je pense que c'est encore plus important en Norvège. d'être dans un contexte où on a quelque chose en commun avec les gens, pour avoir une raison de nouer une amitié.
- Alban
Nous, après, c'était chien, enfant, boum. Et là, on a noué là. Non, mais c'est vrai, il y a des gens avec qui on s'est fait amis via Alba, et puis après, les enfants, de faire des playdates, commencer à parler un peu à l'école, ça va être aussi.
- Silje (Norsk med Silje)
Vous avez commencé avec Alba, et après, c'était pas suffisant. Et là, vous avez commencé à...
- Alban
Comment il faut comprendre ? C'est peut-être pas suffisant, je ne sais pas
- Lucie
C'est vrai que d'avoir un intérêt commun on sent que c'est plus facile Du coup ton quotidien à Montpellier est-ce qu'il y a des choses dont tu te rappelles qui étaient sympas ou des choses qui étaient un peu plus difficiles aussi ?
- Silje (Norsk med Silje)
Je me rappelle que j'allais au marché le marché paysan les dimanches C'est... Le dimanche ou le mardi, c'était sympa. Sentir, enfin, connaître le goût des tomates pour la première fois. C'était bien. Et puis pouvoir papoter avec les marchands, c'était super cool. Et c'est vrai que le beau temps, ça fait aussi qu'on sort plus. On n'est pas déprimé en hiver, comme j'étais à Bergen. C'est fou parce que même en ayant...
- Lucie
en étant née là-bas et d'avoir connu que ça, tu sentais quand même que l'hiver, ça te plombait.
- Silje (Norsk med Silje)
Je pense que quand tu vis en Norvège, tu es obligée de faire un effort. Si tu n'aimes pas les sports d'hiver, tu dois faire un effort pour sortir. Parce que si tu ne sors pas en hiver, tu ne vois pas le soleil, tu restes tout le temps à la maison. C'est obligé que tu te déprimes.
- Alban
Et au final, tu es restée combien de temps ?
- Silje (Norsk med Silje)
Entre 10 et 11 ans. La onzième année, c'était l'année de transition.
- Alban
Ah non, mais attends, là tu parles de l'année de décolle ?
- Silje (Norsk med Silje)
Non, non, là je parle de...
- Lucie
En France.
- Alban
T'es restée 10-11 ans en France ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui.
- Alban
Mais non ! Ah ouais ?
- Silje (Norsk med Silje)
T'avais pas compris ?
- Alban
Non, je pensais pas du tout que c'était autant que ça, c'est fou.
- Lucie
Mais attends, on va nous raconter la suite. Du coup, t'as terminé... C'était combien de temps la psycho ?
- Silje (Norsk med Silje)
J'ai fait trois ans de psycho. Après, je me suis rendu compte que ce n'était pas pour moi. La psycho, c'est bien. C'est très facile d'être admis. Tout le monde est admis. Alors qu'en Norvège, il faut avoir un an de prépa. C'est que les meilleurs qui peuvent faire un master. Alors qu'en France, c'est la dernière année du master qui est compliquée. J'ai commencé, j'ai fait la licence. Et j'ai trouvé que c'était trop basé sur la psychanalyse. Pour moi, c'était un peu de n'importe quoi. C'est pas assez scientifique pour moi. Donc j'ai arrêté et j'ai appris que je pouvais faire un master de FLE.
- Alban
Donc français langue étrangère. Pour enseigner le français à des étrangers.
- Silje (Norsk med Silje)
Exactement. Je me suis dit, bon, je vais être prof de français. Après, j'ai commencé à réfléchir. Ça va être comment d'enseigner une langue qui n'est pas la... qui n'est pas ma langue maternelle et faire de la compétition avec tous les profs de français qui sont natifs. Et par hasard, j'ai trouvé une pub sur Facebook d'une école en ligne qui enseignait le norvégien, les chercheurs de profs. J'ai eu le poste et j'ai aimé. Et je me suis rendu compte que c'est beaucoup plus facile d'enseigner sa langue maternelle. Même si j'ai dû quand même apprendre.
- Lucie
Des règles qui peuvent... À apprendre, oui. Voilà, j'ai dû apprendre.
- Silje (Norsk med Silje)
Parce que toi,
- Lucie
les règles sont naturelles. Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
j'ai dû mettre la place de l'étudiant. Mais je trouvais ça vraiment sympa. C'était vraiment une découverte pour moi. J'ai appris tellement de choses sur le norvégien que je ne connaissais pas. Trop drôle. Et j'ai trouvé que quand je donnais des cours, je découvrais à chaque fois quelque chose de nouveau. sur ma propre langue parce que ça m'a fait réfléchir énormément. Et c'est comme ça que ça a commencé. C'était par hasard. Je savais que j'aimais les langues.
- Lucie
C'était en parallèle de ton master de FLE ? Ou c'était juste après ?
- Silje (Norsk med Silje)
Je pense que j'ai commencé la dernière année, 2014. J'ai commencé à donner des cours en ligne avec cette école. Après, je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de demandes et que ce n'était pas très bien payé. Et c'est là que je commençais à travailler à mon propre compte. Et c'était super pratique parce que je pouvais faire ça, avoir un assez bon salaire en France. J'ai hésité à prendre un petit travail à côté juste pour varier un peu. Mais je me suis rendue compte que... Si tu travailles dans un magasin comme vendeuse, par exemple, c'est tellement mal payé que ça ne va pas du tout. Donc, je ne fais que ça. Et je fais ça pendant cinq ans en France, avec des étudiants qui étaient la plupart du temps en Norvège.
- Lucie
Du coup, c'était en ligne ?
- Silje (Norsk med Silje)
C'était en ligne.
- Lucie
Et c'était plutôt des étrangers qui arrivaient en Norvège et qui cherchaient des profs de norvégien ?
- Silje (Norsk med Silje)
C'est ça.
- Lucie
Oui. Ok.
- Silje (Norsk med Silje)
des étrangers qui avaient peut-être une base de Norvégiens, mais qui travaillaient dans des entreprises internationales, qui n'avaient pas besoin de parler norvégien.
- Alban
Je crois que ça peut faire écho à deux personnes en face de toi.
- Silje (Norsk med Silje)
À beaucoup de personnes. Beaucoup de personnes qui ne trouvaient jamais un moment pour pratiquer. Parce que quand tu es adulte... Tu as super peur de faire des erreurs devant les gens. Et puis, tu veux la faciliter. Tu as juste envie de communiquer. Tu as juste envie d'être tranquille.
- Alban
C'est ça, c'est intéressant parce que nous, on sait de quoi on parle. Il y a un certain confort qui s'est installé puisque tu arrives en Norvège. Ton travail te permet de parler en anglais. La vie à Oslo, quand même, te permet de parler en anglais, surtout. je dirais avant d'avoir peut-être des enfants moi en général je trouve que la bascule est quand même d'avoir des enfants ou d'évoluer un peu dans sa carrière ou tiens c'est quand même un plus une fois d'avoir la langue mais un confort s'est installé voir des responsabilités en plus soit boulot soit perso soit les deux et donc de ne pas avoir été confronté à la difficulté dès le départ où t'as pas le choix il faut parler la langue et tu vas t'y mettre ça peut prendre le temps de vouloir déclencher ça oui et puis quand t'as pris l'habitude de parler anglais avec tout le monde
- Silje (Norsk med Silje)
Très difficile de changer après. Ça fait pas naturel. Si toi, du jour au lendemain, tu dois commencer à parler en anglais avec Lucie.
- Alban
Oh mais nous on fait ça tous les jours, Célia. Norvégien bientôt, pas vrai ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, oui. Eh ben, il y a des gens qui aiment ça. Moi, j'ai une amie suisse dont le père est norvégien. Elle a grandi en Suisse. Elle a fait l'hivergouana, l'lycée en Norvège. C'est là que je l'ai connue. Et elle a un copain allemand. Et lui, il adore les langues. Donc, ils sont venus tous les deux s'installer à Bouddha plus tard.
- Alban
Donc, dans le Nord-Nord.
- Silje (Norsk med Silje)
Dans le Nord-Nord, oui. Et juste avant d'avoir un enfant, ils ont commencé à se parler en norvégien entre eux. Alors que les deux, c'est plus naturel pour eux de parler allemand. Mais ils se sont dit non, on va faire ça. Parce que sinon, nos enfants ne vont pas être bilingues. Parce qu'après, ils sont rentrés en Allemagne. Donc là, ils vivent en Allemagne, mais ils parlent norvégien entre eux. avec leurs enfants.
- Alban
Ah ouais,
- Lucie
il faut être motivé.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, mais il faut aimer. Oui, il faut aimer. Et puis, il faut se décider. Et il faut continuer.
- Alban
Et garder la rigueur quelque part. Retour en Allemagne,
- Silje (Norsk med Silje)
c'est fou. Oui, tu ne peux pas faire des allers-retours. Tu dois choisir.
- Lucie
Et attends, parce qu'on a sauté aussi une étape. À la base, tu nous avais dit, j'y vais pour un an. Et puis finalement, tu as rencontré l'amour. Et du coup, tu t'es dit, je vais rester. Allô maman, tu avais raison.
- Alban
Mais papa, j'ai un travail.
- Lucie
Ça va.
- Silje (Norsk med Silje)
Elle est contente.
- Lucie
Du travail. Ok, du coup, après, tu t'installes un peu pour... sans date limite, du coup, en France. Comment se passe cette période ? Ça se passe bien ? Il y a des choses qui sont plus difficiles ? Je sais pas, je me dis administrativement, est-ce que c'est plus difficile ? Ou une fois que t'as un travail, tout ça devient peut-être... être plus simple aussi.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, tout ce qui est administration, ça c'est sûr. C'est beaucoup plus compliqué en France, ça c'est sûr. Tu peux pas juste envoyer un email et au bout de dix minutes, t'as une réponse et tout est réglé. Ça c'est sûr. Ça, ça m'a beaucoup frustrée. Pour tout. Pour la location d'appartement, pour les taxes aussi, taxes d'habitation, quand t'as trop payé et que tu veux te faire rembourser une part. partie.
- Alban
Comment tu trouvais peut-être de l'aide sur ça ? Tu parlais à des gens ?
- Silje (Norsk med Silje)
Comment on se débrouille en tant qu'étranger en France ? Je trouvais en ligne. Je me suis débrouillée. Et puis mon partenaire, il s'y connaissait aussi. Ça allait. Mais c'est surtout... C'est pas compliqué, c'est juste que ça prend du temps. La plupart du temps, le mieux, c'est de se déplacer, prendre un rendez-vous. Voir la personne en face. Tu vois la personne en face, tout va bien. Si tu leur parles au téléphone, t'as vraiment l'impression d'embêter. J'avais horreur de ça, de parler aux gens au téléphone. Je me suis sentie comme une petite merde. Vraiment, je me suis sentie tellement petite. La façon dont les gens te parlent dans les administrations, c'était affreux. Ici, quand je parle, je parle rarement aux gens au téléphone. Mais c'est beaucoup plus... Les gens sont beaucoup plus polis.
- Alban
Je n'ai pas l'impression qu'en Norvège...
- Silje (Norsk med Silje)
Tu n'as pas autant besoin.
- Alban
Tu as tellement de services tout électroniques.
- Silje (Norsk med Silje)
Tu peux faire par une appli ou t'envoier un e-mail et c'est réglé.
- Alban
Comme quoi, des cultures peut-être qui sont plus introvertis, la technologie elle est bien parce que ça permet de solutionner.
- Lucie
C'est vrai qu'on a ce réflexe en France, il faut se déplacer pour que les choses avancent. Un peu.
- Alban
Pas mal, oui. Je pense que c'est en train de... Il y a déjà 10-15 ans, on en est.
- Lucie
Et du coup, ton conjoint parlait français ? Est-ce que vous parliez français au quotidien ou anglais ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, dès le départ. En français ?
- Lucie
tu es forte arrive direct français à l'école français dans le quotidien mais j'avais déjà fait 6 ans j'avais déjà une base tu pouvais te disputer en français non
- Silje (Norsk med Silje)
j'ai appris c'est venu après ça ça s'apprend facilement parce que les français ils aiment bien se disputer
- Lucie
parce qu'à la base tu devais rester un an et après t'es restée plus longtemps mais à la base c'était même pas pour le couple c'est parce que tu voulais continuer les études là-bas en fait on s'est rencontré en ligne avant que je vienne en France c'était pas un site de rencontre c'était un site de colloque et je me rappelle plus comment ça s'appelle mais
- Silje (Norsk med Silje)
on a parlé on a parlé de la possibilité d'habiter ensemble et finalement il a trouvé d'autres gens avec qui s'installer Mais on s'est quand même vus et on s'est plus.
- Lucie
D'accord.
- Silje (Norsk med Silje)
Donc c'était très rapide. C'était très très rapide. Genre au bout de deux semaines, j'étais déjà en cours.
- Lucie
Ah, ok,
- Silje (Norsk med Silje)
Donc ma mère, elle avait raison.
- Lucie
Elle avait bien raison. Ok, d'accord.
- Alban
Nous, on a passé le cap des huit ans en Norvège. Il y a des phases plus ou moins difficiles. On a traversé aussi des étapes de vie de parentalité, de changement de job, de fête familiale, auxquelles on a assisté, qu'on a loupé. un plein de... de choses différentes. Et la relation aussi avec la Norvège évolue. Parfois, on l'adore, parfois, on la critique, parfois, on se dit « Ah mais non, mais si, je me rappelle pourquoi je suis là. » Donc, il y a plusieurs étapes comme ça. C'est surtout l'hiver, drôlement, où on va plus être difficile avec la Norvège, peut-être. Toi, avec toutes ces années en France, est-ce que tu avais aussi parfois un peu cette relation où il y avait des choses où tu étais plus critique ? Parfois, est-ce que tu avais envie de rentrer ?
- Silje (Norsk med Silje)
Moi, ce qui m'a plus dérangée, c'était le monde du travail. Je ne me voyais pas travailler en France, dans une entreprise française. Déjà parce que c'était mal payé. Et aussi parce que je n'ai pas aimé l'hierarchie à l'intérieur des entreprises. Et la mentalité de travailler le plus possible. Si tu rentres tôt, c'est mal vu. Donc je ne me voyais pas travailler en France, mais j'avais trouvé un compromis.
- Alban
En étant à ton compte déjà.
- Silje (Norsk med Silje)
J'étais prête à rester. J'étais prête à rester en France. mais quand la relation... à terminer. Je ne voyais pas de raison de rester. En plus, j'avais envie de retourner en Norvège pour pouvoir peut-être rencontrer des étudiants en vrai, pas faire tout en ligne et peut-être avoir plus de possibilités de travail aussi. Et je me suis dit, je peux toujours rentrer pendant les vacances. Et je ne me voyais pas avoir un enfant non plus en France.
- Lucie
Tu voyais déjà que ça serait un peu plus compliqué en France.
- Alban
malgré la douceur de vie on va dire Montpellier et tout,
- Silje (Norsk med Silje)
tu te disais tiens avec enfant et travail aussi mettre tout ça en parallèle ça n'allait pas le faire quand j'ai vu une copine elle restait avec sa fille pendant trois mois et après elle a laissé Nounou, c'est pas possible je peux pas faire ça mais elle elle avait une vie assez flexible là je vois des copines qui rentrent à 19h je sais pas comment elles font Vraiment, je comprends pas. Elles vont coucher leurs enfants tard pour pouvoir rester un peu avec eux le soir.
- Lucie
Ouais, c'est vrai.
- Silje (Norsk med Silje)
Ce rythme de vie-là, je ne vois pas. Ouais,
- Lucie
tu ne te voyais pas. Déjà,
- Silje (Norsk med Silje)
je trouve ça stressant en Norvège. C'est déjà dur.
- Alban
Non,
- Silje (Norsk med Silje)
mais moi, je suis là, le beurre,
- Alban
l'argent du beurre. Et je ne terminerai pas l'expression. Mais ouais, je trouve ça tellement dur en Norvège. Et quand je me dis en France, soit c'est parce que t'as... Tu ne sais même pas ce que pourrait être une autre manière d'élever son enfant ou le temps avec l'enfant. Donc, tu prends ce qu'il y a et puis c'est comme ça. Mais le rythme et le stress, et comme tu dis une fois de plus, malgré tous les avantages de la Norvège, le fait qu'il y ait de la place pour la famille, que tu aies ces longs congés parentaux et tout ça, je trouve que malgré tout, ça reste difficile la petite enfance. Il y a du stress du boulot. Le boulot, même s'il est plus flexible, ça reste quand même, on va dire, une contrainte de gérer les horaires de ses enfants, les tiens et tout ça. Donc, oui, oui.
- Lucie
On partage.
- Alban
Exactement.
- Silje (Norsk med Silje)
Je ne sais pas si en France, on voit la parentalité différemment. On ne voit pas. moins le besoin de rester avec les enfants.
- Lucie
Je pense que quand t'es parent, on le voit qu'on en a besoin, mais c'est pas admis dans la société.
- Alban
Comme je le disais un petit peu juste avant, je trouve, là on disait donc nous on rentre dans les transports, notamment Paris et tout ça, on se prend facilement des réflexions sur les enfants, ça fait trop de bruit, ça bouge, ça mange, des trucs que j'avais oubliés. Et en fait, je trouve vraiment que une fois de plus, quand j'imagine la vie entreprise française, rythmée freinée des grosses villes, tu peux avoir tes enfants parce qu'il faut cocher la case, mais ça reste une anomalie. On sait qu'il va y avoir cette petite période où tu as tes enfants. Tu vas avoir ton mois de congé paternité maintenant, c'est vraiment le max du max. Après, on passe à autre chose. C'est bon, tu as passé cette étape, tu as eu le diplôme. Je suis parent, mais tu mets ça de côté, c'est pour les week-ends et encore. Je suis grosse littrée, mais je trouve qu'il y a beaucoup de ça.
- Lucie
En fait, il faut que tu t'organises avec des nounous, avec de l'aide extérieure, quoi, si tu veux travailler. Surtout à Paris, dans les entreprises et tout. Comme tu disais, les horaires, ce n'est pas adapté aux horaires d'école, qui sont déjà un peu plus longs qu'en Norvège. Et du coup, il faut que tu aies de l'aide, quoi.
- Silje (Norsk med Silje)
Entre la journée d'école et la fin du boulot, les heures là.
- Alban
Alors Paris ? Comme le dit Lucie, c'est nounou. Moi, on est en Grande-Ile-des-Dans-le-Sud. Heureusement, mes parents avaient des jobs compatibles. Leur journée de boulot terminait quand c'était l'heure d'aller chercher les enfants, mais c'était plus tard qu'en Norvège. Et puis après, comme tu dis, il y a un éventail entre soit la nounou, soit les grands-parents, soit les parents peuvent venir, ou alors un espèce de roulement qui peut se mettre en place. Il y a plusieurs figures. Pourtant,
- Silje (Norsk med Silje)
j'ai l'impression que... qu'en France, les parents, même quand ils deviennent parents, ils continuent à sortir, à boire un verre, voir des amis. Je ne sais pas si c'est vrai ou pas. Moi aussi,
- Lucie
j'ai cette impression.
- Silje (Norsk med Silje)
Je ne sais pas s'ils se mettent la pression pour garder la vie d'avant ou c'est juste un besoin qu'ils ont pour gérer un peu des deux.
- Lucie
Oui, voilà,
- Alban
j'allais dire ça. Un peu des deux.
- Lucie
Et puis cette habitude, de toute façon, ils ont l'habitude d'avoir recours à de l'aide extérieure.
- Alban
Et j'allais dire baby-sitter. En Norvège, pas très répandu non plus.
- Silje (Norsk med Silje)
Moins répandu qu'avant. Moi, je faisais beaucoup de baby-sitting quand j'étais petite. Et je me rappelle que mon frère a eu des enfants. Je lui ai dit, si vous voulez, je peux les garder. Comme ça, vous pouvez sortir un peu. Jamais, il ne m'a demandé de les garder. Et je me suis dit, n'importe quoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Ils sont tellement difficiles.
- Alban
mais je me rends compte que moi aussi je peux pas faire garder mon enfant par n'importe qui est-ce que tu crois qu'il y a la question que je me pose avec la Norvège j'ai l'impression que c'est un peu il y a de la pression d'être un peu le parent parfait je
- Silje (Norsk med Silje)
pense que oui c'est renforcé limite les dernières années ou les dernières générations je pense qu'on a plus peur de mal faire et qu'on a pas envie de déranger les autres, qu'on a un peu euh... La honte de laisser un enfant difficile à des inconnus. Alors que moi, quand j'étais jeune, quand je gardais des enfants, des fois, c'était scandale. J'ai galéré, j'ai pleuré parce que c'était trop dur. J'avais 13 ans et les parents me faisaient complètement confiance. C'était normal. Je pense qu'on voyait ça plus comme normal que c'est pas facile. Et que c'est comme ça. Mais c'est vrai qu'on s'est fait moins aider qu'avant.
- Lucie
Du coup, si on repart, donc toi, tu te dis, bon, je vais rentrer en Norvège. Et comment ça se passe, le retour ? Déjà, tu rentres à Bergen ou à Oslo ? Oslo. Oslo. Directement.
- Silje (Norsk med Silje)
Je fais un saut à Bergen l'été pour travailler, pour gagner un peu de sous. Je travaille à l'aéroport, au tax-free. Je travaille la nuit là-bas et la journée, je donne des cours. C'est super épuisant, mais c'est une expérience intéressante.
- Alban
Tax-free qui d'ailleurs, en Norvège, est-ce que c'était comme à Oslo, à l'arrivée ? C'est ça qui est trop drôle, parce qu'il faut un peu qu'on explique. Notamment sur l'alcool, peut-être aussi tout ce qui est tabac, ça je sais où snus, c'est vraiment moins cher à l'aéroport. En France, au final, je ne sais pas trop si c'est intéressant, mais ça va être quand tu pars en Norvège, c'est la folie quand les gens arrivent à l'aéroport et ils passent par le tax-free avant d'aller chercher les bagages, parce que l'alcool notamment et ses produits sont très taxés en Norvège, et moins au tax-free de l'aéroport. à l'arrivée, donc c'est assez drôle.
- Silje (Norsk med Silje)
Je vais vous donner un petit secret sur le tax-free comparé à Vinmonopula que je travaille dans les deux.
- Alban
Donc les magasins étatiques, on achète de l'alcool en Norvège.
- Silje (Norsk med Silje)
À Vinmonopula, ils n'ont pas du tout le droit de faire, de promouvoir certains produits ou mettre en avant des produits. Il y a des règles très strictes sur le placement des produits dans le magasin, alors qu' au tax-free, Je pense qu'ils n'ont pas le droit de le faire, mais ils le font quand même discrètement. Donc, ils ont un rayon promo. Ce n'est pas marqué que c'est promo, mais ils vont dire... Ils vont mettre en avant. Non, c'est juste les vendeurs qui vont dire voilà les produits en promo. Et aussi, ils ont des produits qu'ils vont mettre en avant parce qu'ils ont plus de marge là-dessus. Donc, c'est plus libre.
- Alban
C'est suggéré. C'est suggéré.
- Lucie
Mais du coup, tu confirmes que c'est plus avantageux d'acheter au tax-free ?
- Silje (Norsk med Silje)
Ça dépend de ce que tu achètes. Pour les produits pas chers, oui. Pour les produits plus... Je ne sais pas, en fait. Parce qu'ils ne vont pas avoir les mêmes produits. Souvent, il y a beaucoup plus de choix avec une monopoula pour le vin. Donc, oui, pour les produits identiques, oui, bien sûr. C'est plus avantageux.
- Alban
Et donc après, la vie à Oslo, depuis ?
- Silje (Norsk med Silje)
La vie à Oslo.
- Alban
Et est-ce que là, Tu parlais au début, tu sais, des culture-chocs inversés. Est-ce que c'est là que tu en as remarqué ?
- Silje (Norsk med Silje)
Alors, j'arrive à Oslo. Quand je rentre à Bergen, je me rappelle que j'avais mis de la musique norvégienne sur mes écouteurs pour me mettre dans l'ambiance. Donc là, j'ai commencé à avoir le rêve de la Norvège, d'une nouvelle vie. J'avais mon frère à Oslo, donc je n'étais pas complètement seule. Mais sinon, je ne connaissais personne. est arrivé. en Norvège en tant qu'adulte. Et en plus, quand tu travailles de chez toi et que tu n'as pas vraiment... Tu ne vas nulle part où tu peux rencontrer du monde. C'est dur. J'étais déprimée au départ. Je vivais dans une colocation. Ça, c'était bien. Mais c'était une toute petite chambre où je dormais et je donnais mes cours. Et c'était mal isolé. J'entendais les voisins d'en haut. J'entendais mes colocs dans la cuisine et eux, ils m'entendaient aussi. Quand tu es adulte, et ça... Pas trop envie de ça. La première chose que j'ai faite, c'était de m'inscrire à un cours de théâtre d'impro. Pour me faire des amis, mais aussi pour faire quelque chose dont j'avais rêvé de faire depuis des années. Et je pense que c'est le meilleur choix que j'ai fait de ma vie. Vraiment, je me suis fait des amis là-bas. Et j'ai commencé à suivre des cours réguliers. Et c'était... Ouais, si j'avais pas le théâtre d'impro, j'aurais été... Je ne sais même pas si... Tu dois faire un effort pour rencontrer du monde.
- Alban
C'est intéressant parce qu'au final, tu t'es sentie un peu comme se sentent beaucoup d'étrangers en arrivant à Norvège. Souvent un peu cette isolation, cette difficulté de créer du lien. Pour toi, qui as vécu une longue partie de ta vie, peut-être où on crée beaucoup de liens à l'étranger, revenir, tu as un peu expérimenté ça toi-même. Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
et je me suis... Je pense que c'est un choc culturel aussi. Ça aurait pas été si difficile à Bergen parce que j'avais mon réseau d'amis. Mais en même temps, je sais que j'aurais pas fait l'effort de faire de nouveaux amis.
- Alban
Activités ou amis, oui.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui. Et j'avais envie de connaître d'autres gens. J'avais pas juste envie de rentrer dans le réseau que je connaissais déjà. Je sais pas si vous connaissez le groupe Hey Girl. Ça vous dit quelque chose ? Non. Non. C'est un groupe qui marche assez bien. en Norvège, parce que c'est un groupe pour les femmes, en fait, qui cherchent des amitiés qui sont adultes. Parce que c'est vrai que c'est dur. Parce qu'ici, en fait, tu peux te faire des amis au travail, mais ça reste souvent des collègues. Tu ne te vois pas en dehors du travail. Moi, j'ai de très bons collègues à Villemont-Nopoulin. Je m'éclate au travail avec eux, mais je les vois très rarement en dehors de... en dehors de travail. C'est comme si... C'est vraiment des mondes différents.
- Alban
Par exemple, c'est vrai que ça, on en parle aussi souvent. Nous, on arrive en Norvège, rapidement, on a eu la chance de se faire des bons collègues de bureau. On a commencé, Lucia a reçu des amis à la maison, enfin des collègues, j'utilise direct le mot amis. Et moi pareil, dans mon ancienne entreprise, direct, on a voulu inviter. Là où je pense qu'il y a plus... Ce qu'on dit aussi, c'est que souvent, en Norvège, il y a ces groupes d'amis femmes qui restent ensemble, ces groupes d'amis hommes qui restent ensemble. Je pense qu'en France, l'amitié, elle est plus fluide, dans le sens où c'est... Il n'y a pas de catégorie, collègue, pas collègue. On mélange un peu plus facilement.
- Lucie
Et du coup, au départ, on était attristés parce que nos collègues, ils ne nous invitaient pas. On les invitait chez nous, mais ils ne nous invitaient pas. Mais en fait, c'est juste... Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
parce que tu le vois déjà. Pourquoi tu vas le voir en dehors du travail ? J'ai l'impression que c'est très compartimenté.
- Alban
Oui, c'est ça ?
- Silje (Norsk med Silje)
C'est vraiment la vie de travail. Tu as les amis de Bernhage, peut-être. t'as tes amis d'antan t'as la vie de famille et tu mélanges pas tes voisins tu vas pas les présenter à tes amis par exemple ou tu vas même peut-être pas faire connaissance avec tes voisins et ça je me pose la question par rapport à la France parce que je pense que malgré
- Alban
tout, enfin ça nous cette période de vie on la connait qu'en Norvège mais je pense que quand même quand tu deviens parent en France, est-ce que tu continues de voir tes collègues de boulot ? Une fois que tu as les enfants et tout. Donc, je pose la question aux gens qui nous écoutent. Est-ce que vous trouvez que ça se trouve aussi en France ou est-ce que c'est plus typique de la norme ?
- Lucie
Je pense qu'en France, c'est plus fluide. La dernière fois qu'on a été voir nos amis, ils ont reçu leur collègue de travail qui était ami, alors qu'on était là aussi. Donc, ils ont mélangé sans aucun problème. Et nous, ça ne nous a pas du tout posé de problème non plus. Je pense que ça serait bizarré. On ne se verrait pas ici, en tout cas.
- Silje (Norsk med Silje)
Ça se fait, mais ça se fait moins qu'en France. Je pensais à un truc hier. Parce qu'on a invité...
- Alban
Sambouher ?
- Lucie
Ton conjoint ?
- Silje (Norsk med Silje)
Moi, je préfère l'appeler petit ami. Parce que je ne suis plus cosy. Plus mignon. Mais oui, Sambouher, mon petit ami. Le chéri. Le plus chéri. Il a invité un collègue et sa femme. chez nous, ça m'a fait réfléchir à un truc. Je pense qu'en Norvège, en général, quand t'invites quelqu'un chez toi, c'est que tu le connais déjà bien. Donc tu l'invites pas forcément pour savoir si vous allez être amis ou pas. Vous êtes déjà amis. Alors que je pense qu'en France, dans plein d'autres pays, on va inviter des gens pour faire connaissance. On invite beaucoup plus spontanément. Alors que si t'as invité, c'est que c'est bon, on est déjà amis. Tu prends moins de risques. Je pense ici. Et aussi, on invite moins souvent. Peut-être parce qu'on se met plus de pression, il faut qu'on branche bien la maison, il faut qu'on prépare plein de choses à l'avance. Alors qu'en France, je pense qu'on peut le faire beaucoup plus à l'improviste.
- Alban
Oui, low-key et spontané.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, ça m'a fait réfléchir à un truc. Je pense qu'en Norvège, en général, quand tu invites quelqu'un chez toi, c'est que tu le connais déjà bien. Donc tu ne l'invites pas... forcément pour savoir si vous allez être amis ou pas. Vous êtes déjà amis. Alors que je pense qu'en France, dans plein d'autres pays, on va inviter des gens pour faire connaissance. On invite beaucoup plus spontanément. Et ça, je trouve ça triste.
- Alban
Du coup, est-ce que cette spontanéité, parfois, c'est quelque chose qui te manque ici, tu dirais ? Que ce soit plus simple et qu'on se mette moins la pression ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, c'est difficile de faire autrement parce que tout le monde... un planning complètement blindé. Même si toi, tu essaies d'être spontanée, si les autres ne le sont pas, tu vas inviter des gens tous les jours et personne ne va venir.
- Lucie
C'est ce que j'essaie d'expliquer à Alban, qui veut tout le temps être spontanée. Et je lui dis, non, mais sinon, on n'arrivera pas. En fait, tu peux être spontanée,
- Alban
mais dans trois mois. Tu invites tout le monde à la... Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
mais dans trois mois, tu ne sais pas si... Peut-être que tu as une mauvaise journée.
- Alban
Exactement, c'est vrai. C'est ça, en fait. En fait, tu as envie de... de profiter du moment parce que t'es dans le bon mood et t'es là, tu veux que ça continue. C'est trop ça.
- Lucie
Du coup, t'as commencé le théâtre d'impro et ça, révélation, t'as trop aimé, t'as trouvé des amis là-bas. Oui. Et même le nouveau Cher Esté. Oui. C'est ça, voilà.
- Silje (Norsk med Silje)
Pour les gens qui veulent se faire un réseau d'amis, je recommande. Tu recommandes. Je recommande. Parce que c'est vraiment... déjà le fait d'être dans un de faire une activité avec d'autres gens d'avoir ça en commun ça fait que tu te fais des amis spontanément mais je pense que le théâtre d'impro en particulier c'est bien parce que ça te permet de te vider la tête de pas trop réfléchir, tu joues Et quand tu joues avec d'autres gens, tu sens que tu es connecté à eux. Tu vas plus facilement aller leur parler, te sentir à l'aise avec eux. Il y a plein de Norvégiens qui vont le faire en anglais. Moi, je préfère le faire en anglais. C'est vrai ? Ah,
- Lucie
trop drôle. Tu sais pourquoi ?
- Silje (Norsk med Silje)
Je pense parce que quand je joue en norvégien, je sens que je suis moi-même.
- Alban
Oui, mais tu vois, la langue peut-être te restreint plus. Oui, oui.
- Silje (Norsk med Silje)
Et puis, il y a cette histoire du dialecte. Ah oui, c'est vrai. Quand je parle bergensk, mon dialecte, je sens que je suis moi-même et je pourrais bien changer de dialecte quand je donne le cours. Je parle Estlansk, mais je sens que je ne peux pas faire ça devant un public norvégien parce qu'ils vont...
- Alban
Pourquoi se donner un autre accent ?
- Silje (Norsk med Silje)
Ou sinon, j'essaie de parler un dialecte que je ne connais pas très bien, je vais faire des erreurs. Mais ça, c'est un truc que je dois travailler. Je pense que ça pourrait être très intéressant de faire plus en norvégien. Mais je pense que le dialecte Estlansk, ça me fait un peu bizarre. de jouer avec ça parce que quand j'étais jeune, Østlansk, c'était la langue des jeux. Quand je jouais, je parlais Østlansk. Et ça, c'est très commun pour tous les Norvégiens qui ne viennent pas d'Østlana, d'Oslo, ou autour. C'est très, très commun. Ou en tout cas, ça l'était de switcher.
- Alban
Mais ça venait de l'école ?
- Silje (Norsk med Silje)
Je pense que ça venait de la télé. Parce qu'avant, il n'y avait pas beaucoup de dialectes. C'était tous les... Tout le monde parlait slenski. Donc on associait ça tout de suite au jeu.
- Alban
Tu veux dire que les dialectes n'étaient pas mis en avant à la télé ?
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, exactement.
- Alban
C'était chez vous, mais le national, c'était le norvégien de Oslo.
- Silje (Norsk med Silje)
D'accord,
- Alban
ok. Maintenant, oui. Même dans les dessins animés. Quand les filles regardent en norvégien, je suis là. Ça, ça vient du nord. Donc c'est bien de montrer la diversité. C'est très intéressant.
- Lucie
Et puis intéressant du coup, s'il y en a qui nous écoutent et qui seraient intéressés par ça, ils peuvent le faire en anglais.
- Alban
Pour l'impro,
- Lucie
oui.
- Alban
Je suis resté sur les dessins animés, je suis en train de me dire. T'imagines Peppa Pig dans le sud. Peppa Pig, vas-y là ! Oh Pichou, ne paie pas ! On lance un avis à la France, faites les dessins animés avec des accents différents, ça va être pas mal. Ouais,
- Silje (Norsk med Silje)
ça serait drôle. Je pense que c'était plus nat. c'était mieux reçu ici que ça l'aurait été peut-être en France avec les accents différents les dialectes en Norvège les accents je pense que les Norvégiens ils apprécient en général on adore le dialecte on adore se demander d'où les gens viennent ça aussi c'est bien quand t'as un dialecte et que tu vis pas dans ta ville de naissance les gens ils vont te demander tu viens de Bergen ? Tu vois, c'est un...
- Alban
Pour engager la conversation.
- Silje (Norsk med Silje)
C'est très bien pour engager la conversation. Moi, je me rappelle au début, quand je suis arrivée à Oslo, quand j'entendais du bergens, j'étais contente. Je me suis dit, ah, il y a un autre bergensard. Et j'ai voulu aller leur parler, mais je n'ai pas osé. Et après, je me suis rendu compte qu'en fait, il y a beaucoup, beaucoup de bergensards à Oslo. Donc, ce n'était pas si exotique que ça. et je pense que j'aurais pas eu une bonne réaction finalement si je leur avais parlé j'ai plus en fait envie d'aller vers les gens qui viennent d'ailleurs qui viennent du nord par exemple je trouve ça beaucoup plus exotique, je suis plus fascinée parler à une bergaine star ça m'apporte peu de nouveau moi je suis plus attirée par la différence ça dépend ça dépend des gens bah oui et des...
- Lucie
Et ton conjoint, il n'était pas de Berguen ?
- Silje (Norsk med Silje)
Il n'est pas de Berguen. Il est d'Oslo, mais il est né en Chine, à Pékin. Donc oui, beaucoup de différences.
- Alban
Que tu continues d'appréhender, de comprendre aujourd'hui encore.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui. Je me découvre moi-même à travers lui, à travers les gens.
- Alban
C'est la richesse et la difficulté de... dont on parle souvent de la vie à l'étranger. Ça renvoie quelque chose de soi aussi beaucoup.
- Lucie
Oui,
- Silje (Norsk med Silje)
c'est vrai.
- Lucie
Comment ça se passe le théâtre d'impro ? Là, c'est juste pour ma curiosité personnelle, mais t'arrives, on te donne un sujet et hop, tu vas avec quelqu'un forcément parler sur la scène ?
- Silje (Norsk med Silje)
Alors, pendant les répètes, t'as plein de jeux qui t'aident à sortir un peu de ta tête. C'est des jeux débiles. Ça peut être par exemple... Je te dis, alors dis-moi trois choses que tu caches pour ta mère. Et tu vas... Que trois ? C'est un mauvais exemple, parce que ça, ça t'inspire beaucoup de choses. Mais le but, en fait, c'est que tu vas dire n'importe quoi. Ce qui te passe par la tête. Exactement. Et ça ne doit pas faire sens. Ça ne doit pas forcément faire sens.
- Lucie
OK.
- Silje (Norsk med Silje)
Et c'est ça, en fait, quand tu travailles et quand tu joues sur scène, tu joues avec ce qu'il y a déjà. au lieu de d'essayer de réfléchir à des idées géniales, tu te concentres sur ce que te dit ton partenaire sur scène. Et tu essaies de voir ça de plus près, de voir où ça peut mener.
- Alban
De creuser, de confier.
- Silje (Norsk med Silje)
Donc en fait, tu es juste présent dans le moment et au lieu de... Parce que sinon, si tu as une scène qui va dans plein de directions différentes, tu ne sais plus où tu vas. Donc tu essaies de te concentrer sur une chose. Et quand tu te concentres sur ce que te dit ton partenaire, tu ne peux pas prévoir à l'avance parce que tu ne sais pas ce qu'il va dire. Et si tu dis une erreur, tu fais un lapsus par exemple, c'est génial. Parce que le public va l'entendre, donc tu ne peux pas le cacher. Et ça va être la vérité. Donc ça veut dire, si tu dis glace au lieu de face ou je ne sais pas, c'est ça que tu as dit. Donc il faut que tu trouves un moyen de faire sens. Tu rebondis, oui. C'est vraiment bien pour sortir de sa tête. Je pense que Merci. Pour l'apprentissage de langue, ça serait une manière géniale d'apprendre. Tu ne vas pas te casser la tête, tu ne vas pas te faire la tête, tu vas juste parler et voir ce qui vient. Et si tu fais des erreurs,
- Lucie
tu continues. J'avais dit que j'aimerais te voir, mais il faut vraiment que je vienne te voir, parce que ça m'intrigue. Je ne sais pas si j'arriverais à me concentrer sur une chose.
- Silje (Norsk med Silje)
C'est dur, mais quand tu le fais, trop bien. quand t'as fini une scène comme ça, tu te dis c'est comme si t'étais dans un autre monde j'en avais fait un petit peu au lycée et ça faisait les mêmes bienfaits qu'une bonne séance de sport c'était vider la tête mais en même temps,
- Alban
tu brûles de l'énergie parce que comme tu dis, tu dois rebondir c'est une analyse très fine et instantanée de ce qui se dit et tu vas continuer l'histoire c'était intense mais vraiment bien Ça vide la tête.
- Silje (Norsk med Silje)
Tu n'as pas le temps de réfléchir. Tu dois juste réagir spontanément. C'est un muscle. Exactement, c'est ça. Comme la langue. C'est un muscle. Tu ne peux pas à chaque fois chercher un mot pendant dix minutes. Ça doit venir spontanément. Si tu ne trouves pas le mot, tu cherches un autre mot. Une autre expression.
- Alban
Et tu enseignes maintenant le norvégien depuis pas mal d'années. Est-ce que tu as des conseils pour quelqu'un qui soit peut-être souhaite se lancer ou alors comme tu dis tu as eu beaucoup d'étudiants de notre profil qui sont peut-être là depuis quelques années qui connaissent une petite base mais n'osent pas passer le cap
- Silje (Norsk med Silje)
Déjà les français qui vivent en Norvège ils connaissent deux langues ils connaissent le français et l'anglais et moi ce que j'ai remarqué c'est que la plupart de mes étudiants qui parlent deux langues ils vont plus facilement apprendre le norvégien. Peu importe les langues. Et que la plupart des gens, en fait, ils vont comparer le norvégien à la langue qu'ils ont apprise en dernier. Donc souvent l'anglais. Alors qu'il y a plein de similitudes entre le français et le norvégien. C'est bien, en fait, de se servir à la fois du français et de l'anglais quand on apprend le norvégien. Comparer. Ça, ça peut être super utile. Par exemple, la différence entre « sines » et « troures » . Ça existe en français. Ça n'existe pas… Enfin, c'est moins évident en anglais. Si tu traduis « sines » et « troures » en anglais, ça fait « think » .
- Alban
Pour les deux.
- Silje (Norsk med Silje)
Oui, pour les deux. Alors qu'en français, « sines » c'est « trouver que » . « Sines at » je trouve. « Yai sines at » je trouve que. « Yai troures at » je crois que. Donc tu as tout de suite la différence, tu n'as pas besoin de te compliquer la vie. Et puis je sais qu'en France, quand on apprend l'anglais, et peut-être d'autres langues aussi, c'est beaucoup focalisé sur la grammaire, il faut bien parler correctement, il faut apprendre toutes les règles, et il ne faut pas parler si tu ne parles pas parfaitement, et si tu parles parfaitement, il ne faut pas te montrer.
- Alban
Oui, c'est trop rigolo, c'est trop ça. Donc en fait,
- Silje (Norsk med Silje)
tu ne parles pas, tu ne vas jamais parler. Tu ne parles pas, c'est bien, tu es gêné,
- Alban
tu parles trop bien, tu es gêné.
- Silje (Norsk med Silje)
Et en plus de ça, quand t'apprends en tant qu'adulte, c'est encore pire. Parce que tu n'as pas envie d'être vu comme un enfant qui n'arrive pas à bien t'exprimer. Moi, c'est ça. Tu parles dans un contexte professionnel.
- Alban
Exactement.
- Silje (Norsk med Silje)
Ça fait trop peur.
- Alban
Quand tu l'as fait déjà plusieurs fois, ce qui est notre cas, moi, c'est ça, à nouveau. Et toi, je pense que c'est ce qui est parfois toujours un frein, c'est de se relancer, d'en savoir qu'il va y avoir une période où quand tu vas essayer de te lancer en Norvégien, tu vas paraître un peu comme un enfant de 4-5 ans. Il va arriver à aller au-delà de ça.
- Silje (Norsk med Silje)
Et puis on apprend moins vite, malheureusement. Ça peut être super frustrant. Je pense qu'il faut juste dire, je vais prendre mon temps. Et ça va prendre du temps. Et sûrement, je vais faire toujours des erreurs. C'est pas grave, je fais toujours des erreurs. Alors que ça fait longtemps que j'apprends le français. Pose des questions aux gens, indirectement. Si t'as une hésitation, tu le montres. Comme ça, tu te fais corriger. Et peut-être trouve une personne avec qui tu te sens à l'aise pour parler, pour pratiquer beaucoup, pour que quand tu parles à d'autres gens, tu te sens à l'aise. Tu n'as pas besoin d'autant réfléchir. Parce que c'est ça qui est gênant, que tu ne trouves pas les mots. Tu sais ce que tu as envie de dire, mais tu ne trouves pas les mots. Et tu passes à l'anglais, parce que c'est plus simple. Tu trouves quelqu'un avec qui tu peux prendre le temps. Parce que c'est obligé. Tu ne peux pas juste apprendre théoriquement la langue et après, un jour, tu te mets à parler. Ce n'est pas possible. Il faut activer la langue. Tu vas toujours avoir un vocabulaire passif. Moi, quand je vous entends parler, il y a des vocabulaires que je connais, mais jamais moi, je ne les dirai. Parce que ça ne vient pas spontanément. Je ne l'ai pas assez. Asimilé dans ton parler. Mais ce n'est pas grave. Ça va toujours être comme ça. Peut-être se dire que si tu n'arrives pas à dire quelque chose d'une certaine manière, il y a plein de manières de le dire. et donc trouve des stratégies pour survivre au quotidien et plus tu parles plus tu vas être à l'aise et plus tu vas pouvoir parler du coup mais il faut passer par cette barrière là et je sais que c'est hyper fatigant c'est vraiment cette barrière mentale en fait une fois que tu la passes je pense que ça t'as débloqué oui je
- Alban
la passe moi tu l'as passé ? avant je me parlais tout seul dans la tête Un peu, tu vois, il y a eu... Première étape, tu parles pas du tout. Deuxième étape, on avait pris des cours, tu arrives à lire à peu près, tu commences à faire des phrases très simples. Après, troisième étape, je trouve, tu t'améliores, mais quand même, tu prépares encore beaucoup, et dès qu'il y a quelque chose qui sort du contexte, ah, t'es perdu. Bon, bah l'anglais pour retomber sur tes pattes. Et là, je commence à faire plus carton facilement, mais ça me va. C'est OK. Ouais,
- Lucie
puis les gens, ils te comprennent quand même.
- Alban
Mais oui, en général, c'est ça, voilà. Et puis, comme tu dis, trouver les stratégies pour... pas dire parfaitement ce que tu veux dire, ça va être un peu plus maladroit, mais la personne en face va te comprendre.
- Silje (Norsk med Silje)
Et s'il faut, tu utilises un mot anglais. Oui, voilà, c'est ça. Ça, c'est un avantage. Finalement, il faut le prendre comme un avantage. Pas tout changer à l'anglais,
- Alban
mais si vraiment on bloque sur une petite partie de ta phrase, hop, tu mets juste ton mot et tu continues en norvégien. Mais par exemple, quand j'ai dit à mon boss qu'on allait à Alta cet hiver et qu'on allait faire un enregistrement de podcast qui est Optak, en norvégien que j'ai dit que j'allais faire un opcast qui est vomir donc qu'on allait vomir à Alta il m'a regardé, il a souri une première fois et il me dit Optak, et je lui dis ah bon pourquoi, il me dit parce que opcast c'est vomir là après il y a aussi mais oui,
- Silje (Norsk med Silje)
là je ferais plus l'erreur exactement, il faut se dire en faisant des erreurs je vais apprendre, c'est bien, j'ai fait une erreur j'ai appris quelque chose
- Alban
parce que c'est sûr que là tu vas pas oublier non mais tu vois celle-ci je la trouve c'est trop bien quoi,
- Silje (Norsk med Silje)
pour moi des deux mots qui sont hyper proches et qui partent à l'opposé c'est trop rigolo c'est une bonne manière de faire une erreur et là le théâtre d'impro en fait la théorie de théâtre d'impro c'est qu'il n'y a pas d'erreur les erreurs c'est souvent le début de quelque chose de super beau et je pense que c'est comme ça qu'il faut voir l'apprentissage d'une langue aussi c'est que les erreurs ça te mène quelque part au final, c'est pas quelque chose de mauvais. Si t'as appris à l'école que si t'arrives pas à parler correctement ou t'es pas sûr de ce que tu vas dire, faut pas le dire, tu vas jamais arriver quelque part. Je pense que les enfants, ils ont... Naturellement, ils ont pas peur de faire des erreurs. Mon fils, il fait plein d'erreurs tout le temps et ils sont fous. Il veut juste parler, il veut juste s'exprimer. Donc si tu gardes un peu cette mentalité-là...
- Lucie
Garder son âme d'enfant.
- Silje (Norsk med Silje)
Qu'est-ce que tu veux ? Tu veux communiquer ou tu veux sortir des phrases grammaticalement correctes ? Et au final, qu'est-ce qui est correct ? Parce que le dialecte, dans le dialecte même, il y a... plein d'erreurs. Il y a des verbes qui sont mal conjugués selon le dictionnaire, mais on ne parle pas forcément de la même manière que la manière d'écrire. Donc il y a plus de flexibilité là-dessus. Peut-être que vous allez faire des erreurs et que personne ne va remarquer. Parce qu'à l'oral, on est un peu plus libre à l'écrit.
- Lucie
En ayant un conjoint avec des origines étrangères, est-ce que vous vous voyez ailleurs ? Ou pas du tout, vous êtes bien ici ?
- Silje (Norsk med Silje)
En fait, là, en réalité, je ne vis plus à Oslo. Je vis à Berhüm. Il y a une ville d'à côté. Dans ma tête, je vis toujours à Oslo. Parce que c'est tellement proche. Et en plus, j'ai un peu des préjugés envers les gens qui viennent de Berhüm. Donc, je n'aime pas dire... que je vis à Berne.
- Alban
C'est trop cela, oui.
- Silje (Norsk med Silje)
C'est fou. Mais en vérité, jusqu'à maintenant, mon expérience avec Berne est très positive. Les gens, là, en tout cas, dans le bidet où j'habite, les gens sont souriants. J'ai l'impression que les gens sont beaucoup plus détendus qu'au centre d'Oslo. Les gens, ils te regardent, ils vont te sourire, ils vont peut-être te dire bonjour. Je parle à mes voisins. Donc pour l'instant, je n'ai pas l'intention de bouger. De bouger, t'es bien. Non, non,
- Lucie
c'est trop bien.
- Silje (Norsk med Silje)
Je reste dans le coin, ça c'est sûr.
- Alban
Et est-ce que tu penses que tu seras amenée ou est-ce que tu en auras envie de revivre à l'étranger ?
- Silje (Norsk med Silje)
Si je n'avais pas d'enfant, peut-être, oui. En fait, mon chien restait. Mon petit ami m'a déjà demandé si je voulais aller en Chine pendant quelques mois. Parce qu'avec son travail, c'était... Pendant un moment, c'était... Il a eu une proposition pour apprendre la langue. Ça pourrait être intéressant, mais je sens que la culture est tellement différente de la culture norvégienne et la langue en plus. Le fait qu'avec l'anglais, c'est compliqué. J'apprends beaucoup moins vite qu'avant. Pour la Chine, je pense que ce sera mort. Je pourrais peut-être partir dans un pays... francophone peut-être ou anglophone mais je sens que j'ai pas envie d'apprendre une nouvelle langue, ça prend tellement d'énergie, du temps et en plus quand t'as un enfant non, pour l'instant non mais c'est pas...
- Alban
Et t'as pas de manque de vie à l'étranger là t'es bien en ce moment.
- Lucie
Bizarrement non ça m'étonne en fait peut-être aussi parce que t'es beaucoup au contact d'étrangers aussi c'est vrai
- Alban
C'est rester dans un milieu très international peut-être aussi.
- Silje (Norsk med Silje)
C'est vrai, oui. J'ai beaucoup d'amis internationaux et aussi mes étudiants sont de pays divers. Je pense que là, en fait, juste les voyages, ça me suffit. J'ai pas besoin de... de déménager.
- Lucie
Je me rappelle plus, t'apprends le mandarin ou non ? Ouais. Ah ouais, ça c'est aussi une sacrée terre blanche. En fait,
- Silje (Norsk med Silje)
après, ouais. on est allé à Pékin pendant 3 semaines et depuis je fais une pause dans mon apprentissage apprendre une langue c'est pas juste c'est pas neutre t'as plein d'émotions envers cette langue les langues qu'on apprend c'est fou parce que j'ai tellement de langues que j'aimerais bien apprendre si j'avais le temps je le ferais mais le mandarin ça en fait pas partie j'ai honte, j'ai vraiment honte de dire ça J'aimerais que ça change, mais...
- Alban
Non, mais je pense aussi que ça... Tu sais, c'est comme nous, certaines personnes font limite un rejet du norvégien parce qu'ils ont, pendant un temps, ou comme je te dis, il y a différentes étapes de vie quand tu vis à l'étranger, tu peux limite en vouloir à ton pays d'accueil pour certaines raisons. Là, toi, il y a aussi le fait que c'est cette culture qui soit dans ta vie, dans ton couple. Donc, c'est une relation différente que juste... tiens j'adore l'italien mais ça n'impacte pas ta vie directement il y a des gens qui vont se mettre à apprendre le japonais ils vivent pas au Japon, ils ont aucune intention de s'y installer je pense aussi que voilà soit dans ton quotidien,
- Silje (Norsk med Silje)
soit dans ton couple quand ça touche à des aspects très personnels la relation peut être plus difficile t'as des émotions ce que tu dis qui viennent avec c'est pas neutre ça reste pas une langue exotique dont tu peux rêver même
- Alban
pour toi je pense que le mandarin t'aiderait pour une intégration, soit quand tu voyages, pour une intégration peut-être avec ta belle famille. Il y a des enjeux derrière la langue.
- Silje (Norsk med Silje)
Exactement. Je pense que ça aussi, c'est une chose à prendre en compte quand tu apprends le norvégien ou une autre langue. Te demander quelle est ma relation avec cette langue. Quelle est ma motivation. Est-ce que je l'apprends juste parce qu'il faut que je l'apprenne ? ou est-ce que j'ai envie de l'apprendre ? Et si tu n'as pas envie de l'apprendre, essaie de trouver un moyen d'avoir envie de l'apprendre. De la regarder différemment, c'est ça. Parce que ça va prendre tellement de temps de l'apprendre, tu ne peux pas... Ça va être très dur si tu n'es pas motivée à la base.
- Lucie
C'est vraiment... Là, on a mis le doigt sur un truc que je ressens de fou. C'est que je me dis, je dois apprendre le norvégien parce que mes enfants parlent le norvégien, parce que l'école, parce que... ça serait bien parce que j'habite ici, tout simplement. Donc, je me le mets comme une... C'est une tâche à faire. Voilà. Alors que quand j'étais en Argentine et je commençais à apprendre le norvégien, je sens que j'étais beaucoup plus motivée alors que je n'étais pas en Norvège. Exactement. Et comme toi, là, je me dis, punaise, mais j'ai honte quand je dis que je ne parle pas norvégien et j'ai honte quand je dis que je mets du temps à apprendre le norvégien. Mais en fait, tout ce dont tu parles, ça me parle énormément parce que j'ai trop d'émotion avec le norvégien aussi. Alors que, je ne sais plus, on parlait d'une autre langue et tout, je me disais j'aimerais bien apprendre le portugais. J'étais là, non mais concentre-toi sur le norvégien avant d'aller apprendre le portugais. Ça ne fait pas sens. Et en fait, là, je viens de réaliser ce que tu dis, qu'en fait, le portugais, je n'ai aucune attache, je n'ai aucune raison de l'apprendre.
- Silje (Norsk med Silje)
Ça fait juste plaisir.
- Lucie
Voilà. Et ça change la donne, quoi. Mais c'est vrai qu'il faut que je trouve du coup un truc qui me fait plaisir pour apprendre
- Silje (Norsk med Silje)
peut-être mettre moins de pression déjà parce que si tu apprends juste parce qu'il faut parce que t'as honte de pas parler c'est pas du tout motivant quand tu vas apprendre tu vas pas te sentir tu vas pas avoir un bon sentiment moi j'aime apprendre les langues parce que je trouve ça intéressant et je découvre des choses et des fois quand je me mets à apprendre le mandarin je trouve ça plaisant moi au départ Je voulais pas apprendre les... Comment on appelle ça ? Les caractères. Les caractères. Parce que c'est inutile, il faut que je parle. Mais... Enfin, le plus important, c'est que j'arrive à parler. Mais le fait de manquer cette partie-là, ça m'a frustrée. Et j'ai senti que j'ai pas appris pour de vrai. Et là, en fait, depuis que j'ai commencé à apprendre les caractères, ça me motive plus. Il faut tout le package, en fait. Et en plus, ça, c'est la partie que j'aime le plus. Même si ça me sert le moins. Il y a des gens qui apprennent le norvégien parce qu'ils ont vu Scum à la télé. Alors qu'ils ne vont peut-être jamais aller en Norvège. Des gens qui apprennent le norvégien juste parce qu'ils ont vu une série ou ils ont écouté de la musique norvégienne. Il y a des Italiens qui apprennent le norvégien parce qu'ils écoutent du hard rock. Non, du black metal. En norvégien. Et ils veulent écrire des chansons en norvégien.
- Alban
C'est fou.
- Silje (Norsk med Silje)
Si c'est ça...
- Lucie
Oui, il faut trouver le truc qui va.
- Silje (Norsk med Silje)
Voilà, peu importe ce que c'est. Regarde des séries. Regarde des séries en français avec des sous-titres en norvégien ou l'inverse. Peu importe. Peu importe. Quelque chose qui te plaît. Si tu as une base qui te plaît. Il y a tellement de manières d'apprendre une langue. Oui, c'est bien d'avoir un manuel de langue. Ça t'apprend des bases. Mais au quotidien, toutes ces bases ne vont pas forcément te servir. Il y a tellement de vocabulaire que tu apprends au début qui ne te sert pas. Quand les gens se rencontrent, on parle de quoi ? On parle de ce qu'on a fait le week-end. Ça, ça sert beaucoup. Qu'est-ce qu'on prévoit faire le week-end ? Ça, ce sont des choses qui servent beaucoup. On ne va pas forcément parler de couleurs ou du shopping, les tomates au supermarché.
- Alban
Ou du ménage dans l'hôtel.
- Silje (Norsk med Silje)
Par exemple. Voilà, je pense qu'il faut aussi être... Quand tu apprends, peut-être te demander euh qu'est-ce qui va me servir ? Moi, en France, j'avais mon dictionnaire dans ma poche et quand il y avait un mot que je cherchais dans ma tête, je le cherchais dans le dictionnaire. Si j'allais chez le médecin, je cherchais le vocabulaire qu'il me fallait pour le médecin si j'avais un appel à faire. Au fur et à mesure, quand j'apprenais le code, le code de la route, tu apprends sur le tas. C'est pas la peine d'apprendre du vocabulaire qui ne te sert pas. Tu l'apprendras quand tu en auras besoin.
- Lucie
Qu'est-ce qui te manque de la France, là ? Si on te dit France, tu penses à quoi ?
- Silje (Norsk med Silje)
Le fromage.
- Lucie
La nourriture, quand même.
- Silje (Norsk med Silje)
Ouais, le fromage. Le vin pas cher. Les sorties. Bon, ça, c'est aussi parce que j'ai un enfant, c'est plus compliqué. Mais juste pouvoir sortir spontanément, boire un verre dehors.
- Lucie
C'est vrai. Prendre un café dehors. La spontanéité. trop bien, merci Sibia de nous avoir déroulé tout ça je pense que ça donnera plein de conseils Il y a des gens qui arrivent ici, qui veulent apprendre le norvégien, mais qui veulent aussi s'intégrer.
- Alban
Et comprendre un peu les deux côtés, ça peut peut-être donner des clés pour comprendre la Norvège, quand on entend aussi une Norvégienne qui raconte ses propres chocs culturels en France, et tout ce qui passe par la langue. Au final, on se rend compte qu'il y a plein d'enjeux derrière aussi.
- Lucie
Merci de nous avoir écoutés pendant cet épisode, et on vous dit à très bientôt chez nous,
- Alban
sous les aurores.
- Lucie
Si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée.
- Alban
Ou un commentaire sur YouTube, ça nous aide énormément à faire grandir le podcast.
- Lucie
Merci et à très vite pour le prochain épisode.