- Amandine
Ils ne disent pas bonjour, ils ne disent pas merci, ils ne disent pas s'il vous plaît. Avec le temps, j'ai compris qu'il va falloir que je mette moi, ma culture de côté, autant personnellement mais aussi professionnellement. Il y a des chocs culturels, je n'en ai pas qu'un ou deux, j'en ai beaucoup. Mon arrivée en fait en Norvège a commencé avec un homme. Parce que peut-être que ça ne s'est pas bien passé avec lui, mais je suis tombée amoureuse du pays. Il y a des choses que j'aurais réglées fermement et très facilement en France sur ici. Il faut faire attention. Ça peut aller très loin, en fait.
- Lucie
Salut, c'est Lucie.
- Alban
Salut, c'est Alban.
- Lucie
Bienvenue chez nous sur un nouvel épisode de Sous les aurores.
- Alban
L'Irlande pendant 13 ans, un passage au Canada et la Norvège depuis 2017. Notre invité vit aujourd'hui à Langhus avec sa famille et va nous parler d'un métier qu'on n'a encore jamais eu la chance d'aborder sur ce podcast. Sois la bienvenue chez nous dans notre salon.
- Lucie
Est-ce que tu pourrais nous dire rapidement comment tu t'appelles, depuis. Combien de temps tu vis en Norvège ? Et si tu as un petit culture-choc à nous partager qui t'a vraiment marqué à ton arrivée ?
- Amandine
Je m'appelle Anaïs. Je vis en Norvège depuis maintenant 7 ans. Et des chocs culturels, j'en ai pas qu'un ou deux, j'en ai beaucoup. Tu te choques un peu toujours quand tu parles.
- Lucie
Alors, tu es français,
- Amandine
tu viens du sud, avec une mère moitié française, italienne, et un père qui est camerounais. Il y a des choses, il se passe. Ça vit, quoi. Ça vit, tu vois. Toi, tu arrives ici, il n'y a personne qui branche, qui sourit, sauf après une goutte d'alcool. En fait, les gens, ils sont normaux. Après avoir picolé, ils sont normaux pour moi. Oui,
- Alban
c'est ça.
- Amandine
C'est impressionnant. On dit toujours quand on voyage, pour avoir un choc culturel, il faut voyager loin. On n'est pas très loin, là, quand même. Et le choc est déjà... énorme. De la culture à la langue, aux Norvégiens eux-mêmes, l'intégration en tant que française, mais aussi des autres origines que j'ai qui font aussi un sacré choc autour. Il y a eu beaucoup de hauts et de bas.
- Lucie
Ok. Bon, tu vas nous raconter tout ça.
- Amandine
Des hauts et des bas, mais à chaque fois, je remonte la pente. C'est fascinant parce qu'on est toujours autant émerveillés. Ce qui peut être surpris parfois est bousculé,
- Alban
complètement.
- Amandine
Donc, des chocs, il y en a.
- Lucie
Et toi, où as-tu grandi ?
- Amandine
J'ai passé une bonne partie de mon enfance à Toulouse, dans le sud. Dans la chaleur. Voilà, tu vois, déjà le contraste là. Et après, j'ai vécu une autre bonne partie de ma vie dans l'Aveyron. Et nous y sommes toujours.
- Lucie
Et comment t'es arrivé à ta première expatriation ?
- Amandine
Alors je pense que c'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire depuis gamine déjà. C'est quelque chose d'aller toujours plus loin, plus haut. Je ne sais pas pourquoi, cette envie de voir ailleurs à chaque fois.
- Lucie
Ça t'a tiré ?
- Amandine
Ça m'a tiré beaucoup. Et puis j'avais cette chance déjà de partir deux mois sur la côte d'Azur chez mes grands-parents. Donc j'avais cette petite routine annuelle où je... partais. Donc je faisais un break de l'année, après l'école, et on partait, moi et ma famille, au sud, de l'autre côté. Donc déjà, il y avait ce besoin qui s'est créé, en fait. De changer d'environnement. Il fallait que je change maintenant d'environnement tout le temps. Et quand ce n'était pas le cas, il fallait que je trouve autre chose. Et je pense que j'ai toujours fait ça, même en essayant, après, dans ma petite jeunesse, en essayant de trouver des petits boulots par-ci, par-là. Il fallait toujours que j'aille plus loin.
- Lucie
Et quelle destination t'as choisi ?
- Amandine
Alors la première destination, c'était l'Irlande. Alors, encore aujourd'hui, les gens me demandent, mais pourquoi l'Irlande ? Bien sûr ! Et attends,
- Lucie
on ne va pas déroger à la règle. Pourquoi l'Irlande ?
- Amandine
Alors, je ne sais pas. Donc comme je dis, mon milieu aussi culturel et mon entourage étaient aussi diversifiés.
- Alban
Est-ce que tu peux nous en dire plus, justement, sur ce que tu as parlé d'origine, de milieu culturel ? Dans l'aviron même,
- Amandine
il y avait déjà pas mal d'Anglais, d'Écossais et d'Irlandais qui commençaient à s'installer. Donc notre environnement amical s'est un petit peu élargi et agrandi de cette façon-là. Puis je ne sais pas, une espèce d'attirance pour les Anglo-Saxons en général. La culture commençait un petit peu à se pimenter pour moi. Je commençais à être vraiment curieuse. Et si je sortais du pays ?
- Alban
Et là, vers quel âge, du coup, ça se...
- Amandine
Ausha, j'avais 24-25 ans, et en plus, c'était après une situation un petit peu tragique. qu'on a tous vécu de toute manière après une rupture, une séparation. Donc je me suis dit que c'était l'idéal, peut-être que ça veut tout dire. Voilà, je ne sais pas tout ça,
- Alban
mais c'est trop drôle.
- Lucie
Parce qu'Alban a été attiré très jeune par les pays anglo-saxons. Et moi, dès qu'il y a une rupture, quelle qu'elle soit, j'ai besoin aussi de changer d'environnement, de pays.
- Alban
Moi, l'Erasmus que j'avais mis de côté, il est revenu...
- Amandine
très très vite sur le tableau parce que c'était l'air aussi je me suis dit non mais je voulais le faire mais voilà c'est ça et puis comme tu dis entre temps j'entendais certains aussi à l'époque de mon âge qui partaient en Italie ou partaient en Espagne puis ce fameux film l'auberge espagnole je sais pas pourquoi tu vas me prendre mon coeur mais pourquoi pas moi je Je... En plus, j'avais un anglais assez bien élaboré. J'avais confiance en moi, j'aimais ça. Du coup, eux, ils ne parlaient même pas un mot d'italien ou à peine l'espagnol, et n'en parlons pas de l'anglais. Mais ils étaient partis, quoi. Et ils revenaient pour visiter leur famille en France. Donc là, je commençais à me poser vraiment des questions. Et puis à nouveau, cette émotion, il fallait que je parte. Je n'avais plus rien à faire là où j'étais. J'étais passée à travers une rupture, en plus je me suis cassée la cheville en même temps. C'était du n'importe quoi. Donc retour chez les parents. Là je fais connaissance de certains écossais, anglais, irlandais aussi. Une autre culture aussi, tout de même, des gens très ouverts, très gentils et qui m'ont fait bien croire qu'il fallait que je le fasse, que je parte. Et puis de toute façon, il y avait une règle. Si ça ne te plaît pas... Tu peux toujours revenir. Je n'étais pas perdue. Donc j'ai dit autant essayer et on verra. Et j'étais partie pour trois mois. Je me suis dit ça va être, ça va aller. Il ne faut pas partir trop vite, trop loin et trop longtemps. Et donc... Spoiler alert,
- Lucie
elle est restée 13 ans.
- Amandine
Je suis restée 13 ans et nous voilà parties. Et ça s'est fait très vite.
- Lucie
Mais tu as fait quoi ? Tu as cherché un boulot de la France ? Au père,
- Amandine
tu commences comme au père. C'était le plus simple, le plus facile. J'étais hébergée, blanchie nourrie, tout ce que tu veux.
- Lucie
C'était où en Irlande ?
- Amandine
À Dublin même.
- Lucie
À Dublin.
- Amandine
Donc, trois mois après ma rupture, me voilà en train de sympathiser avec mon nouveau cocon amical british qui m'aide, me donne une petite idée de ce qui pourrait m'attendre et comment ça se passe. Quinze jours après, je commande les billets. Et me voilà partie.
- Alban
Comment réagitait ta famille ?
- Amandine
Ils te soutenaient ? Complètement. De ce côté-là, le soutien familial, il n'y avait aucun souci. Mes parents, ils étaient « pars où tu veux, sois heureuse » . Le reste, « sois heureuse » . Si tu dois être heureuse à 10 000 km de chez nous, on fera avec. Puis eux aussi, ils ont pas mal le goût du voyage. Ça leur faisait des occasions aussi pour eux de voyager et de venir. Aujourd'hui, mes parents sont en train d'organiser un tour en Écosse maintenant.
- Alban
Oui, génial. Donc voilà. Ils n'ont pas arrêté.
- Amandine
Jamais on n'a pensé à une chose pareille il y a 20 ans. Donc, me voilà partie. J'arrive à Dublin, je crois le 4 avril 2004, je crois, ou 2005. Une famille.
- Alban
En or.
- Amandine
Alors là, pour le coup, j'ai eu beaucoup de chance. Parce que ce n'est pas toujours le cas. Non,
- Lucie
c'est vrai.
- Amandine
Aujourd'hui encore, ce sont mes amis. Dans quelques mois, je vais leur rendre visite à nouveau. Je pars en Irlande pour quelques jours. Et voilà, j'ai évolué. Tout est parti de là.
- Lucie
Je t'ai sentie bien dans cette ville ?
- Amandine
Très bien. Ils m'ont accueillie comme si j'étais une des leurs. Je crois que c'est ça qui a tout fait. Ils m'ont accueillie comme une des leurs. Ils m'ont récompensée pour ce que je faisais pour eux. Moi, j'avais cette motivation. La chance de pouvoir voyager aussi, faire le tour de l'Irlande. Et voilà comment est venu aussi le goût de la nature, le goût du voyage, de la découverte culturelle. Tout est venu d'un coup.
- Alban
Ça a été exponentiel en fait.
- Amandine
Ça a été vraiment une révélation.
- Lucie
Et ton intégration s'est plutôt bien passée.
- Amandine
Très très bien. J'ai pas trop de soucis socialement. J'arrive à m'adapter là où je vais. Il suffit juste de faire le pas. De faire le premier pas, se dire comme tu dis. j'y vais.
- Lucie
Trop bien. Et du coup, au bout des trois mois, qu'est-ce qui se passe ?
- Amandine
Je suis restée. Donc eux aussi, ils étaient contents. On s'entendait tous très bien. Donc je suis restée, je crois, avec eux un an et demi. Et après, pareil, ils m'ont aidée à trouver un logement. Pas loin de chez eux, juste pour démarrer tranquillement et pas être trop loin d'eux non plus. J'ai trouvé mon premier job dans une petite crèche loin de Dublin. Et voilà, et puis ainsi de suite, j'ai repris des études.
- Alban
Qu'est-ce que tu as étudié là-bas ? Quels ont été les mouvements professionnels et personnels aussi ? Est-ce que c'est là-bas que ta famille a été construite ?
- Amandine
Oui, tout s'est fait là-bas. C'est vrai en tant que professionnelle, femme, c'est vrai que tout est fait là. Donc c'est pour ça que je dois faire un retour aussi de temps en temps, parce que tout a démarré là-bas.
- Lucie
Tu as fait quelles études ? En fait,
- Amandine
j'ai continué dans tout ce qui est l'éducation des enfants, donc sur un point de vue pédagogique, mais aussi sur leur développement. Donc ce qui est très élaboré là-bas, très important, l'éducation. Ils ont une éducation assez spéciale, mais qui est différente de la nôtre. Au niveau pédagogique, ce qui est ce qui peut me passer en premier, peut-être nous on serait plus dans, par exemple, dans les écoles. Faire en sorte que l'enfant soit assidu, travaille bien, ait des bonnes notes, sait lire, écrire, tout ça. Nous, c'est ce qu'on nous a appris. Mais ici, par exemple, en Norvège ou même en Irlande, c'est plutôt tout le développement de la personne. Comment elle s'intègre socialement, comment elle s'ouvre aux autres, les intérêts. Comment est l'enfant en général, quoi ? Avant même de... Parler du côté cognitif, du développement, ce que je trouve très très bien. Et ici, ça a été encore quelque chose d'autre parce qu'ils font vraiment attention à l'autonomie et l'indépendance de l'enfant. Ils font en sorte que l'enfant ne se débrouille tout seul, des choses comme ça. Chose que moi, me choque. Ça m'a choqué au début. Je ne comprenais pas pourquoi laisser un enfant dans la forêt se débrouiller, à s'isoler. Un bâton avec un couteau qui peut se couper les doigts en deux.
- Alban
Bien sûr, c'est des repères complètement différents. Et toi, en plus, en ayant étudié, travaillé dans ça, c'est encore autre chose. Parce que nous, on est en tant que parents, on n'est parents qu'en Norvège. On a été un parent qu'en Norvège. On découvre, on a nos repères français. Tu suis, tu découvres. Mais c'est vrai que quand tu as des repères aussi professionnels différents, ça doit être...
- Amandine
Moi, je dirais professionnellement... nous Français, on se situerait un peu au milieu. On a envie que l'enfant soit dépendant mais aussi qu'il a besoin d'un guide. Tu vois ? Alors qu'en Irlande ou dans les pays anglo-saxons ils sont très dépendants sur les enfants. Ils font attention à tout. Il ne faut pas qu'ils se fassent trop mal. Il ne faut pas leur parler de travers. Il ne faut pas leur montrer du dos. Tu vois, ça devient très... un peu frustrant au début, mais après tu t'y fais parce que tu dois être professionnel. Donc c'est encore une autre démarche. Ici, c'est encore l'opposé. Ils sont indépendants. Tu les laisses faire. Ils se cassent la figure. C'est encore autre chose. Et qui me choque aussi. Parce que je suis quand même... On est entre les deux.
- Alban
Et du coup, dans quoi tu travailles aujourd'hui ?
- Amandine
Alors aujourd'hui, je suis assistante scolaire, mais aussi éducatrice après l'école. Là, j'essaie d'être plus à l'école maintenant parce que c'est assez complexe. Ça a été toujours très complexe à cause de la langue. Donc l'école, si tu veux, a été un des meilleurs moyens pour moi d'apprendre très vite le norvégien. Donc encore aujourd'hui, maintenant, j'essaie de faire ma place. En tant qu'instit ou... Là,
- Lucie
tu parles couramment, tu dirais ?
- Amandine
Ah oui, là,
- Lucie
il y a encore des petites fautes,
- Amandine
bien sûr, mais là, ça va beaucoup mieux.
- Lucie
Donc là, tu es institutrice à l'école ?
- Amandine
Oui, assistante scolaire, on va dire. Donc j'assiste avec les instit et de temps en temps, je prends la relève quand c'est nécessaire. Mais sinon, je suis aussi éducatrice chaque après-midi après l'école.
- Lucie
Et ça consiste en quoi d'être éducatrice ?
- Amandine
Alors éducatrice, un point très intéressant aussi. Ça consiste surtout à ce que l'enfant soit libre de ses choix, ce qui est bien, je trouve, dans le sens où il devient autonome et qu'il apprenne un peu à se débrouiller tout seul. Mais de temps en temps, il faut aussi intégrer un petit peu de discipline ou ce qui est très difficile, je trouve, d'intégrer. De par la culture norvégienne en elle-même, mais aussi... Si on se rapproche un peu plus du système éducationnel en Norvège, ça peut être difficile. Même pour le Norvégien qui travaille dans les écoles, ce n'est pas évident.
- Alban
On a eu une réunion parents-élèves il n'y a pas si longtemps. Et la première demi-heure, c'était... Donc nous, c'est un jardin d'enfants, ils sont encore tout petits. La première partie, c'est ne les aider pas tout le temps à s'habiller, laisser leur faire la fermeture éclair, mettre les chaussures, tout l'équipement, pour que... ils deviennent autonomes une fois de plus, et que les employés aient aussi moins de temps à passer sur ça. Et la deuxième partie, c'est parti en espèce de workshop, d'atelier. On nous a mis en trois groupes de parents, et on devait répondre à des questions. Qu'est-ce que ça fait quand on met des limites à son enfant ? Comment on met des limites à son enfant ? Comment on se sent, nous ? Comment l'enfant répond-il à des limites ? Et donc je me suis dit, tiens, est-ce que ce n'est pas un peu un appel du pied aussi pour... essayer de ne pas tomber dans, bien sûr, le respect de l'enfant, de l'autonomie.
- Lucie
Mais en ayant un cadre.
- Alban
Mais ramener le cadre. Je pense que peut-être ils se sont un peu perdus dans ça. Toi, est-ce que tu as aussi...
- Amandine
Alors, comme je disais, le côté autonomie, je trouve que c'est une excellente idée. Parce qu'on passe plus de temps pour autre chose, du coup. Et je pense que c'est essentiel. Un enfant, ça fait partie de son développement. Je trouve ça très intéressant de leur apprendre à être autonome, rien qu'en passant par mettre un pantalon tout seul, ou de manger avec sa cuillère, ou de pouvoir aussi jouer dehors à moins dix degrés, et de faire des choses dehors. Mais un enfant reste un enfant. Il a besoin de guides, il a besoin de repères, et il a besoin aussi qu'on soit ferme. Ça leur montre aussi qu'on a confiance en soi. Quand j'élève mon fils, Il faut qu'ils sachent ou qu'ils sentent que j'ai confiance en moi et confiance dans ce que je fais et ce que je dis. Et oui, ici, ils espèrent beaucoup qu'on donne le choix aux enfants. Ce que je trouve très... c'est pas faux du tout. C'est bien aussi de leur faire apprendre à choisir, de faire un choix pour eux-mêmes, mais pas tout le temps. Il y a des choses, non seulement c'est difficile, mais en plus c'est pas forcément nécessaire pour leur développement. Ils ont besoin de repères, ils ont besoin de nous pour leur dire aussi ce qui est bon et ce qui n'est pas bon. Une autre chose aussi, moi j'ai toujours appris que l'adulte est plus fort. Ce que j'ai l'impression de temps en temps d'avoir l'opposé ici. Parce que tu dois faire très attention aussi à la façon dont tu leur parles, où tu dis les choses, les mots que tu choisis. Moi, je ne suis pas norvégienne, donc je ne choisis pas toujours mes mots. Donc, attention aux nuances de la façon dont on dit les choses. C'est très, très complexe. Avec le temps, j'ai compris qu'il va falloir que je mette moi, ma culture de côté, que je m'intègre dans la culture norvégienne, autant personnellement, mais aussi professionnellement.
- Lucie
Est-ce que tu as eu une histoire à l'école où tu as senti qu'il fallait vraiment, pour toi, c'était... Il fallait que tu t'adaptes, et si t'étais par exemple en France, t'aurais peut-être géré différemment, mais du coup, sur cette situation, t'as fait vraiment attention à...
- Alban
À mettre de côté peut-être ce qui te vient naturellement, mais...
- Amandine
Forcément, oui. Je dirais même tout le temps, il faut que tu fasses attention. Il y a des choses que j'aurais réglées fermement et très facilement en France, sûr. Même en Irlande ou ici, il faut faire attention. Ça peut aller très loin, en fait. Par exemple, en Irlande, il m'est arrivé plusieurs fois de pointer du doigt. Bon, ce n'est pas grave, mais...
- Lucie
Là-bas, c'est grave.
- Amandine
Il y a des connotations qui peuvent... Ils savaient très bien pourquoi je faisais ça et qu'il n'y avait pas de...
- Lucie
Mauvaise intention.
- Amandine
De mauvaise intention derrière ça. Mais voilà, un exemple, par exemple. Ici, c'est un peu pareil, mais bon, ça peut arriver, mais on n'en fait pas...
- Lucie
Tu es avec des enfants de quel âge, à peu près ?
- Amandine
Là, j'ai des enfants, c'est eux, on dirait, maintenant.
- Alban
Est-ce que tu as dû suivre des formations spécifiques pour faire ton métier ici, exercé en Norvège ?
- Amandine
Non, pas particulièrement. J'ai commencé en tant qu'éducatrice à SFO, j'y suis toujours. J'ai commencé comme, je dirais ici, vicar.
- Alban
Oui, remplaçant. Remplaçant,
- Amandine
donc ce qui me permettait de rencontrer des gens, de parler un peu plus souvent la langue et puis de me réintégrer dans le système éducationnel. Je ne sais plus si on parle correctement français. Et donc, j'avais les trois en même temps, c'était parfait. Je n'avais pas besoin de beaucoup d'heures pour commencer. Donc, c'était parfait. Et puis, deux mois après, ils m'ont mis en plein temps.
- Lucie
Et alors là,
- Amandine
là, il y a beaucoup de choses qui se passent.
- Lucie
Comme quoi ? Qu'est-ce qui... Qu'est-ce qui...
- Amandine
Bah déjà... Nous, on va être plus structuré dans la façon dont on s'organise dans la journée, ce qu'il faut faire ou pas faire. Ici, c'est libre. Donc les enfants, ils font ce qu'ils veulent. Nous, en tant qu'éducateurs, on propose des choses. Si les enfants veulent, très bien. S'ils ne veulent pas,
- Lucie
tant pis. Mais du coup, ça c'est une fois qu'ils ont fini l'école, vers 13h, 14h, c'est ça ? Voilà,
- Amandine
c'est ça.
- Lucie
Donc après, ils sortent de l'école et ils sont où généralement ? Ils sont dans la cour ou ils sont... Oui,
- Amandine
ils ont toujours une petite heure de répit, donc ils vont dehors. Ils vont dehors. Ils vont toujours dehors, de toute façon. Et après, ils rentrent.
- Lucie
Ils rentrent s'ils en ont envie, mais ils peuvent rester dehors s'ils veulent.
- Amandine
Ça aussi, ça dépend. Les conditions de temps, ça dépend aussi. C'est très, très court comme...
- Lucie
Donc, ils ont vraiment le choix de ce qu'ils font après l'école. Voilà,
- Amandine
c'est pour ça qu'ils ne font pas trop de... Il n'y a rien d'imposé. Non.
- Lucie
Et toi, tu leur proposes quel genre d'activités ?
- Amandine
Des petites activités du genre des petits bricolages, du collage.
- Lucie
Oui, des trucs plutôt manuels. Voilà,
- Amandine
des trucs manuels. Après, on a tout ce qui est musique, tout ce qui est gym, sport. Mais c'est de très courte durée. Je trouve ça dommage. C'est vraiment très, très court.
- Alban
Tu trouves que ça change un peu trop ?
- Amandine
C'est très court pour une activité.
- Lucie
Ça doit durer combien de temps ?
- Amandine
C'est minimum une demi-heure. Et ça va très vite. Le temps de rassembler les enfants, de leur faire comprendre ce qu'il faut faire. Hop, il y a 10 minutes.
- Lucie
Tu veux dire que c'est maximum
- Amandine
30 minutes ? Oui. Du coup,
- Alban
il y a une espèce de règle. On dit une activité dure 30 minutes et on passe à autre chose ?
- Amandine
Oui, on peut passer à autre chose. Et puis si, ils veulent. Donc, on a 65 enfants, mais il y en a peut-être 15 qui veulent faire une petite activité manuelle avec moi.
- Alban
D'accord.
- Lucie
Pendant ce temps,
- Amandine
il y a d'autres professionnels qui vont faire l'activité gym si ça s'impose, si on peut, si on a la possibilité aussi. Et puis on a aussi l'activité randonnée, donc un jour par semaine, il faut sortir.
- Lucie
Quel que soit le temps.
- Alban
Est-ce que tu as une belle combinaison ou pas ?
- Amandine
Moi, je suis... conditionnés, je peux passer 10 heures dehors.
- Lucie
Par moins 15.
- Amandine
Ça, ça ne m'embête pas du tout. Ça, c'est bien. Ils apprennent à faire du feu, à faire un petit feu de camp limpide. Ça, c'est génial.
- Lucie
Du coup, ça, c'est de 13h30,
- Amandine
14h ? De 13h15 jusqu'à ce qu'ils sont autorisés à rentrer. Vers quelle heure ? 3h30, 4h. Ça ferme à 5h. 5h, 5h. Donc quand même, de 13h30, on va dire, de 13h30 jusqu'à les 4h30, tout, il y a plein de choses qui se passent en fait. Sans imposer vraiment, il y a plein de choses qui se passent. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Après tout, ils sont libres après l'école. Je pense qu'il y a un petit manque de discipline de temps en temps où on ne peut pas faire tout ce qu'on veut, où il faut aussi... il faut être un peu structuré aussi.
- Alban
Plus le cadre, ce n'est pas discipline dans le sens d'être forcément plus ferme, mais c'est juste avoir de telle heure à telle heure, ça va être deux heures de bricolage, ensuite une heure de sortie.
- Amandine
Voilà. Après, ça dépend des écoles, comment ils s'organisent. Ça aussi, ça y fait beaucoup. Au début, je croyais que ça dépendait des communes, mais en fait, ça dépend des écoles, comment ils voient, eux, leur structure. Donc moi, je suis plutôt contente. On arrive à un... pas à imposer, mais à proposer des choses. On a aussi des employés qui proposent pas mal de choses, comme la boulangerie ou la cuisine ou la musique, l'art. Ça, c'est génial de s'ouvrir. On a des gens qui savent faire quand même, qui ont des connaissances et qui peuvent apporter quelque chose tous les jours aux enfants.
- Lucie
Vous avez aussi les équipements, parce que ça me fait rire, moi, quand j'accompagne les filles. Alors, jardin d'enfants, je vois la cuisine de l'école, mais pour que les enfants apprennent à cuisiner, la classe de cuisine. Et je trouve ça génial de voir ça à l'école.
- Amandine
Mon fils, je l'ai vu une fois au début, c'est faux, je les ai aperçus dans leur petite cantine, ils étaient en train de faire leur tartine de pain. Là, j'ai quand même... Il y avait plus de beurre ou de caviar que de pain. C'est là que je me dis, mais où est la discipline ? Là, il faut leur montrer quelque chose. Non, il faut qu'il le fasse tout seul.
- Lucie
Quand il sera écoeuré parce qu'il a mis beaucoup trop de beurre.
- Amandine
Qu'est-ce que c'est que cette tranche de pain avec ça ?
- Alban
Cette tranche de beurre avec du pain ?
- Amandine
Oui, carrément. Et puis, il y a des trucs comme ça. au début j'étais aussi Surtout quand tu as des enfants, tu veux être très à cheval et tu veux faire respecter aussi ta culture quelque part. Mais à un moment donné, tu ne peux pas avoir le contrôle sur tout. Donc non, effectivement, je n'aurais jamais mis une tonne de beurre comme ça. Je ne l'aurais jamais laissé faire, évidemment. Mais là, je dis qu'est-ce que je peux faire ? Il est content, il mange sa tartine de beurre. Bon, il y a plein de choses comme ça, on laisse tomber. parce que je suis pas chez moi
- Alban
Oui, t'as raison, mais je trouve que au-delà de... Oui, c'est vrai, il y a toujours cette volonté, certainement, de garder une partie de sa culture. Une volonté, malgré tout aussi, de s'intégrer. Mais de toute manière, je trouve qu'avoir des enfants, c'est lâcher prison. Je pense que pour les parents stressés, et je suis toujours stressé en tant que parent, mais... On choisit nos batailles. Exactement, c'est ça. D'ailleurs, en parlant de batailles... J'allais te demander, il y a un sujet dont les parents de jeunes enfants parlent souvent. Comment tu vois l'utilisation des écrans en école norvégienne ?
- Amandine
Alors tu vois, c'est marrant parce qu'hier, on a eu une petite conférence avec tous les éducateurs. D'ailleurs, probablement aussi, vous avez eu le Barnaraga qui a été fermé. Oui, récemment. Donc c'est ces petites conférences entre SFO, les écoles et les jardins d'enfants où on parle un peu de toutes ces choses, de ce qu'on peut améliorer. comment améliorer les choses, surtout quand on a des enfants qui ont quand même pas mal de difficultés d'intégration socialement ou de suivre des structures. Les écrans, moi je trouve que c'est un petit peu surchargé. Je ne pense pas que les enfants aient besoin de ça, du tout, surtout à l'école. Ça c'est mon point de vue. Maintenant, nous vivons dans une génération où les écrans sont énormément... imposé, si je peux m'abuser, si je peux abuser de dire ça. Je pense que pour moi, ce n'est pas nécessaire. On réalise que c'est un petit problème maintenant.
- Lucie
Par exemple, dans une classe de CE1, comment ils ont accès aux écrans ? Quel genre d'écran ? Déjà,
- Amandine
ils ont un iPad.
- Lucie
Oui, ça, j'avais entendu. Un jour, la Norvège avait décidé que tous les élèves auraient un iPad.
- Amandine
Après, je ne suis pas très sûre de ça. Ça dépend des écoles et ça dépend aussi des professeurs.
- Lucie
D'accord. Tu veux dire de l'utilisation ? Oui.
- Amandine
Donc, il y a des instits, par exemple, qui n'ont pas de problème à utiliser l'iPad quand ils arrivent tout de suite à l'école et qu'ils écoutent une histoire dans leur casque, avec la lecture sur l'écran. Donc, tu as des instits qui n'ont pas de souci pour ça, mais tu en as d'autres qui continuent à maintenir le fait qu'un livre, un vrai livre, est beaucoup mieux pour le développement de l'enfant. Ce n'est pas que de la lecture. Il y a beaucoup d'autres choses qui se développent avec un livre. L'attention, la patience, la compréhension, la motricité aussi, de tourner les pages, je ne sais pas, tu vois. Et puis en général, tu vas créer un effet de groupe.
- Alban
l'adulte ou la maîtresse qui va lire pour le groupe. C'est aussi un rapport différent.
- Amandine
Et nous aussi, de continuer à lire des histoires et de ne pas simplement montrer une histoire sur l'écran. C'est quelqu'un qui parle, qui raconte l'histoire, mais sur l'écran. Donc ça dépend aussi de l'institut que tu es et que tu as envie de rester. Personnellement, je trouve que ce n'est pas nécessaire du tout, surtout au plus bas âge. Déjà, les deux premières années de primaire, ça ne devrait même pas être dans les classes. Ils ont déjà l'écran.
- Lucie
Parce que les tableaux ont été remplacés par les écrans. Ça, j'imagine partout, même en France, non ?
- Amandine
Après, je ne sais pas comment ça se passe ailleurs maintenant. Après, je me dis, l'évolution, la génération dans laquelle on vit, bon, c'est comme ça.
- Lucie
De là à ce que chaque élève soit sur son iPad en CE1.
- Amandine
Je pense qu'il faut quand même une petite modération. Même ça, tu vois, j'ai lâché prise. Je sais que Sean, ça va lui arriver aussi à l'école, ça a commencé. mais Je dois quand même garder le contrôle là-dessus.
- Lucie
Est-ce que tu vois que les élèves ont accès à d'autres écrans que cet iPad ?
- Amandine
Généralement, dans les écoles, les téléphones, c'est quand même interdit.
- Lucie
C'est interdit, d'accord.
- Amandine
Ce n'est pas accepté.
- Alban
C'est bien.
- Amandine
Après, c'est dans les petites écoles, les écoles primaires. Après, je ne sais pas trop comment ça se passe dans les collèges ou les lycées. On a eu quand même un petit souci, déjà aussi dans les écoles primaires, où il n'y a pas tous les enfants en téléphone. où c'est ces petites montres connectées nous c'est zéro c'est interdit la montre et les téléphones dans mon école et les deux premières années de CPCE Depuis tout à l'heure, on parle de ton métier en Norvège. On a aussi entendu que tu avais un fils. Mais on a fait un saut dans le futur. C'est ça,
- Lucie
il faut redérouler un peu la transition.
- Amandine
Qu'est-ce qui s'est passé entre l'Irlande et la Norvège, où tu as un fils et tu travailles dans une école ?
- Alban
Jamais j'aurais cru avoir un fils norvégien. C'est encore une fois, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Donc voilà. En fait... 13 ans, je crois que j'ai tourné un petit peu autour du pot à un moment donné. Une envie d'ailleurs, j'avançais plus. Quand tu sens que tu n'avances plus, rien contre l'Irlande du tout, je suis toujours autant enchantée par le pays et j'ai envie de retourner de temps en temps. Mais je sais pourquoi j'ai dû partir, je n'avançais plus et j'avais envie d'autre chose. Et à ce moment-là... J'ai eu l'occasion de travailler avec un Norvégien, en l'occurrence, qui était venu travailler avec nous. Et avant ça, il y avait une petite équipe d'éducateurs qui venait de la Suède. Alors ça, ça a été très drôle, parce qu'ils sont venus dans l'entreprise où je travaillais à l'époque, dans cette grande crèche qui fait 13 entreprises en fait. Parce qu'il faut savoir qu'en Irlande, c'est un énorme business. Tout est privé un peu. Oui, c'est comme l'Angleterre,
- Lucie
c'est cher.
- Alban
Donc, c'est vraiment, on parle carrément de compagnie, d'entreprise, tu vois, alors qu'on parle de jardin d'enfants, quoi. Bon, la compagnie où je travaillais essayait de pousser plus loin, en fait, dans la structure ou dans l'idéal pour accueillir les enfants. Et donc, ils ont poussé plus loin en se demandant pourquoi on n'essayerait pas d'apprendre aux enfants de vivre dehors. Donc du coup, ils ont eu besoin un peu d'aide ou de conseils. Et la meilleure façon d'avoir des conseils, c'était par exemple d'avoir des contacts avec ce genre de petites compagnies dans les pays scandinaves. Donc nous voilà avec un jour un groupe de Suédois qui arrive. Je crois que c'était des Suédois, mais ils étaient du Nord sûr. Ouais, ils étaient bien Suédois. Alors tu vois le groupe qui arrive, tu vois, pas d'expression, rien. Donc tu vois. Tu te dis, qu'est-ce que c'est ça ? Ils sourient pas, ils parlent pas, ils écoutent, ils regardent. Tu vois, bon, d'accord. Et je crois qu'à la base, il devait y avoir quelque chose qui devait se mettre en place, mais ça s'est pas fait. Bon. Et un jour, dans l'entreprise, nous voilà arrivés un Norvégien. On n'est vu ni connu, on sait pas d'où il sortait. Qui devait travailler lui aussi quelques mois, et il est resté 3-4 ans avec nous. Donc ça a été un choc aussi pour lui. Ça a été une espèce de mission pour lui.
- Lucie
Voilà, donc en fait, son rôle, c'était d'apporter ce mode de vie de la petite enfance à l'extérieur. Exactement.
- Alban
Et donc du coup...
- Lucie
Dévenu avec ses couteaux et ses morceaux de bois.
- Alban
Oui, carrément, avec sa petite culture norvégienne, petit viking de Bodø. Mon arrivée en fait en Norvège a commencé avec un homme. Et c'était lui.
- Amandine
C'est devenu ton amoureux.
- Alban
C'était devenu un amoureux. Donc, du coup, on s'est rencontrés, on a sympathisé. Ce n'était pas très facile non plus. Et puis, comme j'avais cette envie aussi de partir, de changement. Il t'a dit, je t'emmène dans mes valises. Pourquoi pas ? Pourquoi tu ne viendrais pas ? Bon, donc j'ai dit, pourquoi pas ? Allez, on recommence, on plie tout, on vend tout et on repart. Sauf que ça ne s'est pas très passé comme je le souhaitais.
- Lucie
Tu l'imaginais ou souhaitais, oui.
- Alban
Pourquoi ? Mon départ, c'était mars 2017, pour aller donc le rejoindre. Lui, il était déjà reparti. Donc ça aussi, ça fait un petit clash dans ma vie. Ça me faisait drôle qu'il soit parti. Je n'avais pas envie qu'il parte. Je n'avais pas envie de rester. Combien de temps, du coup,
- Lucie
vous avez vécu à distance comme ça ?
- Alban
Pas longtemps. Je crois une petite année, quelques mois. Et puis entre-temps, je suis venue.
- Lucie
Ok, oui. Mais tu avais déjà un quotidien qui avait été chamboulé.
- Alban
Oui, on va dire ça, oui. Donc voilà, je plie bagage à nouveau. Mars 2017, me voilà partie et je reste deux mois. Et puis, bon, c'est pas ça. Ça se passe pas comme on le voulait, comme on le pensait. Donc je me suis retrouvée perdue. Mai 2017, qu'est-ce que je fais ? Et en plus, on a rompu le 17 mai.
- Amandine
Oh putain ! C'est la fête nationale norvégienne.
- Alban
Voilà, tu vois, au soir même, bon, on finit. Allez,
- Lucie
on met les choses à place, c'est fini.
- Alban
Qu'est-ce que je fais ? Donc ma seule solution, c'était de retourner en Irlande. Pour avoir un pied-à-terre, être avec les gens que je connaissais, je me suis fait héberger par des amis le temps de me refaire. Et tout le monde a cru là-bas que j'allais reprendre mon travail, mes petites habitudes.
- Lucie
Mais moi aussi je le crois dans tes couteaux.
- Alban
Tu vois ? Mais j'ai dit ben non, il va pas m'enlever ça.
- Amandine
Je retourne en Norvège.
- Alban
Je veux rentrer en Norvège. Je veux revenir. Parce que peut-être que ça ne s'est pas bien passé avec lui, mais je suis tombée amoureuse du pays.
- Amandine
Ah, mais génial !
- Alban
Que je n'ai pas quand même passé deux mois là-bas, à Bodø.
- Amandine
Attends, mais alors, Bodø, c'est où ?
- Alban
Bodø, alors, c'est Nordlande commune. Donc, c'est au nord, tout au nord. C'est pas loin des Lofoten.
- Lucie
Oui, c'est ça.
- Amandine
Ah, mais c'est de là où tu prends le ferry ?
- Alban
Voilà. tu prends le féric.
- Lucie
C'est là que Thomas avait fait la blague Bodo.
- Alban
Voilà, mais aussi au début. Bodo. Non, Bodø. Ça m'a pris un moment. En plus,
- Amandine
t'es pas venue à Oslo.
- Alban
Je suis pas venue en Norvège. J'ai pas commencé à venir à Oslo du tout. Mais moi, je suis carrément tombée. Encore aujourd'hui, il n'y a pas un jour où je ne pense pas à Bodø. Bodø me manque terriblement.
- Lucie
Parle-nous de ton arrivée.
- Alban
Mon arrivée, déjà j'arrivais d'un petit village moi-même en France, donc ça ce n'était pas un gros écart. Mais après je suis arrivée, donc mars, il y avait beaucoup de neige, j'avais déjà vu de la neige, je n'avais pas de soucis, très calme. Il y avait une espèce de sérénité. inconditionnel que je n'avais encore jamais ressenti avant. C'est calme, les gens sont posés, les gens sourient. Alors ça aussi, on dit toujours les gens au nord sont fermés ou pas très ouverts ou introvertis. Pas du tout. C'est à mon arrivée à Ausha que j'ai compris qu'en fait les gens au nord sont beaucoup plus open.
- Amandine
C'est marrant parce que quelqu'un d'autre nous a dit ça, notre invité nous a dit ça.
- Lucie
C'est Jonathan qui est agent immobilier à Ausha. qui est en couple avec une Samy,
- Alban
une Norvégienne Samy.
- Lucie
Et c'est lui qui nous a dit que les gens au nord sont très chaleureux.
- Alban
Complètement.
- Lucie
Il y a beaucoup plus l'aspect de communauté.
- Alban
Exactement.
- Amandine
De solidarité.
- Alban
Alors oui, au début, c'est vrai, il y a cette espèce de renfermement parce que l'inconnu fait toujours un petit peu peur, c'est vrai, mais ça ne dure pas longtemps. Quand je suis arrivée à Bodø, Une semaine après, j'ai rencontré un Français qui travaille dans le vin, en plus dans une boutique de vin, et parce que j'avais acheté une bouteille de Bordeaux.
- Lucie
Quand même, tu voulais les repères ?
- Alban
Il fallait que j'ai un verre de vin là tout de suite, et il me dit « Ah, française » , j'ai fait « Oui » . Et là, je l'entends parler français, et là, je dégringole. C'est quand même un écart aussi, un choc culturel. Beaucoup de neige, les gens très calmes, il n'y a personne qui te parle. L'anglais, ce n'est pas très, on ne va pas dire accepté, mais les gens préfèrent parler leur langue, on ne va pas se le cacher. Donc c'était un peu difficile de communiquer. Et là, il m'a dit, écoute, tu vas redescendre de 15 étages, parce que là, c'est ta petite tête française qui parle. Mais ici, il va falloir prendre les choses à un autre niveau. Tu descends de 15 étages. Ici, tout est calme, tranquille. Tu vas t'en sortir, il n'y a personne qui va te mettre des bâtons dans les roues. Je suis là, on va t'aider. J'étais déjà avec mon premier compagnon à l'époque, mais ce n'était pas encore ça. Il fallait vraiment que j'essaie de retrouver ce petit cocon familial. Et de l'avoir lui, ce gars que j'ai rencontré, il a pu un peu me guider sur quelques trucs. Il fallait vraiment que je redescende d'un étage là. J'étais complètement... C'était trop calme au début. Voilà ce qui m'avait déjà choquée. Et les paysages,
- Amandine
c'était comment ?
- Lucie
Ça part comme ça.
- Alban
À un moment donné, j'arrivais à me perdre toute seule dans les forêts, dormir dans la forêt. T'avais ces quatre montagnes en face de toi. Et de l'autre côté, t'avais les fiourdes, les lacs. Et puis un peu plus loin, la mer. Les océans. Mais partout où tu vas, t'es tout petit, t'es vraiment comme ça. C'est époustouflant, c'est une vraie merveille.
- Amandine
Et tu commences à te faire ton petit coco.
- Alban
Et là, je commence à ressentir des choses, même en ayant été dans cette petite relation qui a duré un très court temps en fait. Ok, ça passe pas, ça marche pas avec lui, mais c'est en train de marcher, j'ai envie d'être là. Comment on fait ? Prise de panique, je savais plus trop quoi faire, il me fallait juste repartir. Et repartir de bon pied. Donc, j'ai été accueillie chez des amis pendant un moment. En Irlande ? Oui. Et après ? Tout le monde était content. Oui, tu peux réintégrer la compagnie si tu veux. Ton poste est toujours là. Il n'y a pas de souci. Puis, j'ai dit non. Non, non. J'ai dit, je vais juste faire des petits boulots par-ci, par-là. Je vais essayer de faire du... Je suis partie d'un truc bête, faire du babysitting là où j'y vais. Donc, j'ai proposé mes services, que je ne prenais aucune vacance et que je pouvais être là 24 heures sur 24 à garder les enfants, mais... Pour mieux revenir. Pour mieux revenir, en fait. Et tout le monde pensait vraiment que j'allais rester.
- Amandine
Au bout de combien de temps, tu te dis ?
- Alban
Le 1er septembre 2017. Donc, trois mois après, le temps de me refaire et d'avoir un peu d'argent en poche. De côté, oui. Plus rien aussi.
- Amandine
Ça coûte plus cher que l'Irlande.
- Alban
Oui, donc il faut quand même partir avec des petites économies. Mais j'ai quand même réussi, avant de repartir, dans ces deux mois où je suis restée en Norvège, à trouver un taf quand même. Et ils m'ont gardé mon taf. Parce que j'ai appelé en... En SOS, pour leur dire, écoutez, je suis obligée de repartir, ça ne va pas. Il faut que je m'en aille à nouveau en Irlande, mais je reviens. Et là, tout de suite, sur le coup, je me suis dit, peut-être que je vais trop loin dans mes pensées, peut-être qu'il faut que je me calme un petit peu. Mais j'étais sûre et certaine, en fait, que je revenais. Je me dis, oui, mais il n'y a pas de souci, on te garde dans une bête cafétéria. Super, la cafétéria, les bonnes horaires aussi. Très bien pour commencer ton intégration, parler aux gens, même anglais. Mais au moins, c'était un bon début pour tout. Et je ne voulais absolument pas perdre ce petit taf. Et donc, j'ai dit, je reviens. Je reviens, s'il vous plaît, gardez mon poste. Donc, me voilà, trois mois après, septembre 2017.
- Amandine
Toc, toc, toc, à la cafétéria. Me voilà,
- Alban
nous voient Bodø. Et personne n'a cru que j'allais revenir. Même à Bodø, à tous ceux qui... Parce qu'il avait quand même entendu que j'étais... Mais ton ex, il a dû se dire, il a dit,
- Amandine
mais elle revient.
- Alban
D'ailleurs, il a essayé de me recontacter. Donc, je lui ai parlé brièvement. Puis, j'ai dit, je suis de retour. Et après, ça a été terminé. Ça a été la fin de nos discussions. Et voilà. Parce qu'il fallait que je me prépare aussi avant de partir. Il fallait que j'ai boulot, logement. Et voilà, que j'attaque. Et deux jours après que je suis arrivée, j'ai attaqué.
- Amandine
Trop bien.
- Alban
Donc, me voilà à Bodø. Je reprends ma petite vie saine. Et un mois plus tard, je rencontre le papa de mon fils avec qui je suis toujours maintenant. Qui est lui du Nord.
- Amandine
Norvégien. Il est d'où ?
- Alban
Lui, il est de Vasterolle. D'accord,
- Amandine
c'est plus haut que... Non,
- Alban
c'est toujours dans la même région, la Soutland. Donc, il est plus de Soutland. Donc, il y a quand même cinq heures de route et bateau de Bodø.
- Amandine
Comment vous vous rencontrez ?
- Alban
À la cafétéria, je travaillais. J'y travaillais là aussi. Il était dans ses offices au-dessus. La cafétéria était faite pour les employés de tous ceux qui travaillaient à l'étage. Et puis le public, bien sûr. Donc voilà. Moi, je me suis dit, est-ce que ça va être comme les Irlandais ? On a du temps à te parler. J'étais un petit peu curieuse aussi. Non, non, non. Très ouvert, curieux. aussi. Ce petit bout derrière son comptoir, très joyeuse, tu vois. Je faisais des sourires jusque-là, mais personne souriait, quoi. Je comprenais. Il y avait des choses, des fois... Mais pour autant,
- Amandine
tu dis qu'ils sont quand même chaleureux.
- Alban
Très. Tu sentais quelque chose. Après, une fois qu'ils te connaissent, qu'ils te voient par habitude, ils commencent à s'ouvrir un peu. Mais ça, tu le percutes pas tout de suite. Tu le percutes pas tout de suite. Ils ne disent pas bonjour, ils ne disent pas merci, ils ne disent pas s'il vous plaît. Tout ça, tu vois, moi, dans ma tête, ça roule. Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Amandine
Et quand un Norvégien essaye de te séduire, c'est différent que les autres nationalités ?
- Alban
Ça a été le premier et le seul. C'est lui qui m'a parlé. Je suis un peu curieux de savoir ce que quelqu'un comme moi faisait là,
- Lucie
tu vois.
- Alban
Donc, j'expliquais un peu mon parcours. Et puis, voilà.
- Lucie
Tu es restée combien de temps à Bodø?
- Alban
On est restée... Du coup, un an et demi. Oui, parce que je suis tombée enceinte assez vite. Sean est né à Bodø. Donc, ouais, toute l'année de ma grossesse, un peu plus après. Et puis, ouais, quand il a eu Simone, on est parti à Ushlo.
- Amandine
D'accord. Avec un projet professionnel ou c'était... Principalement,
- Alban
donc lui, principalement. Moi, je me cherchais encore un peu, donc je n'avais pas d'attache. Je ne pensais pas avoir autant d'attache à l'époque avec Bodø. Au moment où on partait, c'était bon. Après, je me suis dit, allez, on va à la découverte, l'occasion de voir la capitale un peu, aussi de rencontrer d'autres personnes. Comme moi, peut-être. J'ai rencontré des gens, j'ai rencontré beaucoup de gens ici qui ne sont pas spécialement norvégiens, mais qui ont eu plus ou moins le même vécu que moi, mais avec leur culture à eux. Mais on se retrouve tous quand même comme expatriés à discuter de choses et d'autres et de ce qu'on ressent en vivant ici, dans ce pays. Mais il n'y a pas un jour où je ne pense pas à Bodø. Et d'ailleurs, depuis... J'ai une chance aussi, Inouïe, c'est que mon compagnon aujourd'hui, il vient du Nord. Donc nous revoilà, les deux mois de vacances d'été. Vous allez dans le Nord, c'est le grand Nord. Je fais une parenthèse de chlo et on va au Nord. Une fois sur deux, je rentre en France ou alors on part au Nord.
- Amandine
Trop bien.
- Alban
Et une vraie thérapie. Pendant quatre semaines, cinq semaines, je suis au Nord et on a des étés magnifiques.
- Amandine
C'est génial ça.
- Alban
C'est fantastique. Et moi, j'ai besoin de ça maintenant. Toi,
- Amandine
tu t'es vachement bien adaptée au climat norvégien, alors que tu viens du sud.
- Alban
Ça n'a jamais été vraiment... Je crois aussi que ça fait partie de mon éducation. Mes parents n'ont jamais... Ils ont eu une philosophie de vie qui était très saine et que s'adapter faisait partie de l'être humain. Donc, que tu ailles, fais en sorte d'être heureuse et puis les choses arrivent toutes seules après. L'adaptation, ton intégration.
- Amandine
Et comment ça se passe l'intégration à Oslo avec un tout petit bébé ?
- Alban
Ça a été un peu dur, honnêtement. Je crois même qu'au jour d'aujourd'hui, en y repensant, je n'aurais pas eu cette même difficulté si j'étais à Bodø. J'en suis persuadée. Parce que je n'ai pas eu de mal à rencontrer des gens à Bodø non plus. Mais la différence, c'est que ça s'est fait plus vite à Bodø.
- Amandine
C'est plus petit et du coup, les gens sont plus en contact.
- Alban
Ou que je travaillais aussi déjà. Je ne sais pas. Mais les gens étaient beaucoup plus curieux et, comme tu dis, beaucoup plus chaleureux. Et à Houchelot, déjà, j'avais un petit bébé. Donc, il fallait absolument que je me fasse un petit network. C'était quelque chose de principal pour moi. Je ne pouvais pas rester toute seule comme ça. Je ne parlais pas la langue encore. Ça a été dur.
- Amandine
Tu as fait comment pour trouver ?
- Alban
J'ai commencé par tout ce qui est les... petits centres pour les enfants donc c'est grâce en fait à Sean de passer deux trois heures dans des petits centres des petits jardins d'enfants qui ne sont pas encore des jardins d'enfants les Open Barnaga les Open Barnaga et là j'ai rencontré trop bien des mamans des papas avec qui encore je suis copine
- Lucie
aujourd'hui trop bien et est-ce que c'était principalement norvégien expatrié aussi rien avec une oui
- Alban
Tous les autres, c'était des expatriés.
- Lucie
Et moi, c'est ça que j'avais adoré aussi dans l'Open Born in August, c'est que ça me permettait de rencontrer quelques Norvégiens, ce qui était génial, d'écouter davantage la langue, les chansons. Je me suis dit, je préparerai la transition pour Gisèle. Et après, rencontrer aussi plein d'étrangers, c'était vraiment sympa, ça.
- Alban
J'ai rencontré une Norvégienne avec qui on est voisine, en fait. Je ne savais pas ça encore, mais jusqu'au jour d'aujourd'hui, maintenant, nos enfants vont à l'école ensemble.
- Amandine
Trop bien.
- Alban
Mais il suffit, des fois, d'une personne.
- Lucie
Ça peut débloquer complètement. Carrément.
- Alban
Et c'était mon but. C'est de rencontrer au moins un Norvégien. Parce que c'est bien de rencontrer des gens comme toi, parce que tu peux parler de ce que tu ressens. Mais on vit dans un autre pays. Même en Irlande, j'avais rencontré beaucoup de Français. Mais quand ces Français-là sont repartis, j'ai dit, OK, il va falloir que je fasse quelque chose. Donc là... pareil, il faut s'ouvrir aux autres et j'ai commencé à avoir envie de rencontrer que des Irlandais et ici que des Norvégiens, c'est un peu plus difficile,
- Lucie
ça le reste encore parce que j'en ai un ou deux en sept ans de vie tout le reste c'est que ou des Suédois ou des expatriés comme moi j'ai une petite question qui me vient j'ai l'impression que cette maman qui est peut-être devenue ton repère à Oslo Pour moi, ça fait écho aussi à ce monsieur de la boutique de vin, quand tu es arrivé à Bodø, qui t'a un peu dit, tiens, je vais mettre un peu ton repère ici. Est-ce que vous êtes resté en contact avec ce monsieur ou pas ?
- Alban
Plus tellement, mais je l'ai encore sur Facebook. De temps en temps, oui, il y a des petits likes sur une photo ou des petites boutiques comme ça, mais pas plus vraiment. Mais on se tient le jus quand même. Je sais ce qui se passe, il sait ce qui se passe avec sa famille. Après, tout va très vite. Donc, certaines personnes que tu rencontres peuvent être juste passagères. D'autres vont marquer une partie de ta vie. Donc, je dirais que cette personne-là a été le tremplin. C'est ça. En fait, grâce à cette personne. J'ai pu me remettre les idées en place et de prendre les choses d'une autre manière, remettre les choses, pas de me concentrer sur ce qui me choque, mais ce qui pourrait en fait s'adapter parfaitement à qui je suis en fait. Avec le temps, tu comprends qu'il faut prendre les choses dans une autre perspective. Un Norvégien qui ne te tient pas à la porte, ce n'est pas qu'il est mal poli, c'est juste qu'il ne veut pas t'embêter. Les gens qui ne s'assoient pas à côté de toi dans le bus, toi, tu te dis, bon, tu sens mauvais ou quoi ? Non, c'est juste qu'ils te foutent la paix, en fait. Et là, tu commences... Moi,
- Amandine
ils doivent se dire que je les embête tout le temps parce que moi, je vais m'asseoir à côté d'eux. Mais moi aussi, je continue. Parfois, ils mettent bien leur sac sur le truc à côté. Je suis là, pardon !
- Alban
Ça m'arrive aussi, mais disons que maintenant, ça ne me dérange plus. Non, mais bien sûr. Ça me... Bon, voilà.
- Amandine
Qu'est-ce que tu as trouvé d'autre pour t'aider à t'intégrer dans cette capitale ?
- Alban
Je ne laisse pas tomber les choses comme ça assez vite. Je ne sais pas, peut-être aussi, si on peut dire ça comme ça. J'aime assez la difficulté. J'aime assez me défier.
- Amandine
Le challenge.
- Alban
Le challenge. Bien que ça me fasse peur en même temps. Mais après, c'est juste de trouver le moment où, bon, il faut arrêter de faire ta tête dure maintenant. Peut-être qu'il faudrait que tu apprennes le norvégien, par exemple. Ça, je ne voulais pas au début. Non, ça suffira avec l'anglais. Mais bon, à 90%.
- Amandine
Donc, tu t'es mise à fond dans le norvégien.
- Alban
Voilà. Donc, on va redescendre sur Terre là aussi. Il va falloir que, si je veux travailler, si je veux que j'intègre la société, il va vraiment falloir que j'apprenne à parler. Et puis, ils ne veulent pas. Ils ne veulent pas parler anglais.
- Amandine
Dans ton environnement, tu veux dire ?
- Alban
Mon environnement était assez chaleureux pour ça. Ils comprenaient très bien que c'était difficile. Donc, ils me parlaient anglais. Mais tu sentais qu'au bout d'un moment, c'était agaçant aussi pour eux. Et puis pour moi aussi, parce que l'anglais, après tout, c'est même pas ma langue aussi.
- Amandine
Puis ton mari est norvégien. Ton fils, après, il est rentré en barnéague en genre d'enfant norvégien.
- Alban
Oui, oui, oui. Norvégien, lui, bon, voilà. Donc, tout en lui parlant français. À la maison, on parle anglais et lui, il parle norvégien au Barnaraga. Donc, à la maison, c'est un brassage.
- Amandine
Aujourd'hui encore, vous parlez anglais ? Oui, oui, oui.
- Alban
Après, avec sa famille maintenant, qui aussi, eux, ils viennent du Nord, c'était assez difficile pour l'anglais, mais ils s'y mettaient de bon cœur. Mais je sentais aussi que tout le monde était fatigué. Et puis un jour, j'ai eu des clics. Avec eux, d'ailleurs. Ça a commencé avec la famille, parce que c'est là où tu te sens le mieux, pour essayer de te lâcher un peu, de dire quelques mots. Puis, de temps en temps, on a les petites boutiques. Si tu demandes une poche, tu ne la demandes plus en anglais, mais tu essaies de la demander en norvégien. Alors,
- Lucie
attends. Là, je retraduis. Je retraduis parce qu'Anaïs vient du sud-ouest. Donc, une poche.
- Amandine
C'est un sac.
- Lucie
C'est un sac plastique. Un sac plastique. Je me suis dit on va en perdre peut-être des gens là aussi.
- Alban
C'est bien que tu le fasses. Je savais que ça allait tomber ce genre de choses. Un petit truc comme ça. Donc voilà. Et puis...
- Amandine
Donc la langue, j'imagine, ça a été un vecteur d'intégration.
- Alban
Ça a été le plus dur pour moi. Ça a été vraiment ce que j'ai eu du mal à accepter. Parce que j'étais partie mode à ma tête que de toute façon, il parle anglais, ça ira, pas de souci. mais en plus d'être éducatrice, instite.
- Lucie
Là,
- Alban
j'ai vraiment pas le choix.
- Amandine
Parce que du coup, en arrivant à Oslo, tu avais envie de retourner dans un travail avec les enfants ? Oui,
- Alban
il n'y a que ça que je sais faire. On va partir dans ce principe-là. Mais où j'ai le plus d'expérience et que j'aimais aussi. Du coup,
- Amandine
tu fais norvégien. Comment tu fais pour l'apprendre ?
- Alban
D'abord, avec la famille. Puis, j'arrive à trouver un travail dans la même école où je suis. Donc il me prend comme intérim pour commencer. Et là, ça accélère d'un coup des mots qui arrivent, un mal de tête chaque soir en rentrant, parce que c'est quelque chose aussi. Et puis est arrivé qu'il y avait beaucoup de recommandations, malheureusement, qu'il me fallait avoir. Mes diplômes n'étaient pas spécialement encore reconnus à ce moment-là pour que je puisse avoir un meilleur poste. déjà, il fallait que je parle un peu mieux norvégien. Et pour parler un peu mieux norvégien, il faut que tu apprennes la langue dans les formations et qu'ils te donnent, bien sûr, ce petit certificat à chaque fois que tu intègres un niveau. J'ai dû prendre des cours. dans lequel, finalement, j'ai aussi rencontré des gens très bien. Et ça, c'est génial, c'est vraiment bien. Et alors ça, je pense que ça a fait un énorme bond dans ma vie à 70%. C'est ce que j'avais besoin depuis le début. Quand tu es un petit bébé, que tu n'es pas chez toi, la langue qui te choque encore, la culture, ça ne faisait que trois ans, donc j'étais paumée encore. Et tu réalises aussi qu'il n'y a pas que la nature, tu vois. Parce que moi, j'étais amoureuse de la nature, je suis revenue pour ça.
- Lucie
Comme beaucoup, oui.
- Alban
Donc là, tu commences à réaliser qu'il y a beaucoup de choses qu'il va falloir que je... Donc je n'ai pas laissé tomber. J'ai dit, allez, allons-y. Et puis, j'ai un compagnon formidable aussi qui m'a épaulée, qui a été un peu dur aussi avec moi, on va dire. Ça n'a pas été très facile.
- Amandine
Il te parlait norvégien pour que tu t'améliores ? Oui,
- Alban
il avait envie, mais moi, je n'avais pas envie. Donc, je n'avais pas envie qu'on casse cette relation qu'on avait à parler anglais, parce que c'est tout ce que j'avais. Si on se mettait, lui et moi, à parler norvégien, j'avais plus rien. C'était plus balocentre. J'avais plus de repères. Tu as besoin de repères. J'écoute. Ne me mets pas la pression. Quand je reviens à mon cocon familial, j'ai besoin de parler anglais pour me remettre les idées en place et pour me sentir en sécurité aussi. C'était votre langue aussi. C'était notre langue et c'est comme ça qu'on s'est rencontrés.
- Amandine
Que vous êtes tombée amoureuse.
- Alban
Voilà. Et puis si tu me demandes de changer comme ça d'un coup, j'y arrivais pas en plus. Ça me dépassait, j'y arrivais pas du tout.
- Lucie
Et aujourd'hui, à quoi ressemble votre... peut-être le tien et d'ailleurs le sien, ou est-ce que vous en avez en commun, le cercle social, comment il s'est développé au fil des années ?
- Alban
Mon compagnon et moi, on est très ouverts. Donc déjà de personnalité, on est quand même assez ouverts, on aime rencontrer des gens, parler avec les gens. Donc j'ai eu la chance aussi de rencontrer quelqu'un qui n'a pas trop ce problème-là, contrairement à ce qu'on peut penser en général. d'ailleurs il y a pour beaucoup de choses, je trouve qu'il n'est pas norvégien du tout. Des fois, je me... Il n'est pas sur ses skis du tout. Par exemple. Peut-être que c'est moi qui le suis plus que lui maintenant. Très drôle. Lui connaissait... Il avait sa famille qui habitait... Une partie de sa famille qui habitait à Houchelot. Il y avait des amis qu'il avait aussi rencontrés de temps en temps. Quand il était à Bodø ou qu'il venait visiter sa famille à Houchelot, il rencontrait les... les copains de la famille, et puis voilà, avec qui je suis copain maintenant aussi aujourd'hui.
- Amandine
Trop bien.
- Alban
Donc ouais, ça c'est, il n'y avait aucun souci.
- Amandine
Au fur et à mesure du temps, du coup, votre intégration s'est faite doucement, mais sûrement.
- Alban
Exactement, on va dire ça comme ça.
- Amandine
Avec des petites accélérations,
- Alban
avec la langue. Des petits inattendus, voilà, qui te rattrapent toujours, que oui, t'es pas norvégienne, donc Anaïs, tais-toi. Dis rien, fais pas ci, fais pas ça, attention à ce que tu dis. Après, c'est toutes ces subtilités que tu peaufines et tu te rends compte que bon.
- Amandine
Et qu'est-ce que tu aimes à Oslo qui n'est pas forcément dans le nord ou à l'inverse,
- Alban
qu'est-ce qui te manque du nord ? Écoute, pour être honnête, Oslo, c'est tranquille, on va dire. C'est une ville sympathique, tranquille, mais je n'ai pas ressenti cette... petite flamme que j'avais pour Dublin ou ailleurs, quoi. Par exemple.
- Lucie
T'as fait un commentaire en arrivant ici qui m'a quand même fait très plaisir. C'est parce que t'as dit je suis monté en bus et avec les paysages, tu te ressentais un peu comme dans le Nord.
- Alban
Ah mais là, quand je suis arrivée chez vous, j'avais... Ouais. J'ai dit je savais pas. Je savais pas qu'il y avait ça. On avait vraiment l'impression... Et je peux même te dire où exactement au Nord je me situais, rien qu'en me voyant. C'est vrai. l'environnement ici à Boudin j'arrivais à me repérer c'était vraiment, j'avais qu'à regarder le ciel et il n'y avait plus rien d'un coup que les arbres ces petites maisons, ces petits apparts en hauteur, parce que j'habitais en hauteur comme ça à l'époque et après un peu plus au centre
- Amandine
ça ouais vraiment ça a été on sent que ça t'a marqué le nord ça me marque encore et si tu me demandes de choisir si demain mon compagnon ou moi professionnellement on a un changement t'auras aucun
- Lucie
problème à retourner dans le nord génial à rentrer tu vois c'est incroyable d'utiliser ce terme ça en dit long qu'est-ce qui te manque ici du coup par rapport au nord au grand nord
- Amandine
Cet état d'esprit, cette mentalité qui est assez particulière. On parle beaucoup de Houchelot, mais moi je trouve que la mentalité est assez rude. Oui, en fait, on ne s'en rend pas compte. Il y a un an ou deux, j'ai fait la relation, mais je pense que les gens au Nord étaient beaucoup plus ouverts. C'est ce ressenti-là que j'ai eu.
- Alban
comme je te dis,
- Amandine
ça a été confirmé c'est vraiment ça pourtant on est dans une ville on est dans une capitale où en fait on devrait être plus ouvert donc c'est ça qui me manque un petit peu c'est cette facilité de s'ouvrir un petit peu aux autres, à l'inconnu ou les nuits longues ça aussi, ça ça m'a pas non plus, non du tout, et puis ce qui est génial c'est les jours les jours très longs ça aussi Alors, c'est un peu plus difficile, contrairement à ce qu'on pourrait croire. Parce que quand tu veux essayer de dormir la nuit...
- Lucie
Oui, ton corps, il est un peu chamboulé. Au début, il fait jour.
- Amandine
Même ma famille qui est venue me rendre assez souvent une ou deux fois à Bodø. En fait, quand tu commences à voir que les jours rallongent, ben, ils rallongent, quoi. Même en plein mois de mai, tu commences à voir que les journées sont longues. Malgré le changement d'heure ou autre, bête. T'as l'impression que la journée se finit pas, quoi. Ouais. Et ça, c'est le bon côté des choses, surtout quand t'es au nord. Là, tu vois, à minuit, tout le monde est en train de pêcher son poisson.
- Alban
Ah là là, génial.
- Amandine
Faire ses petits bains de minuit.
- Alban
C'est une autre vie, ouais.
- Amandine
Toi, t'as l'impression qu'il est deux heures de l'après-midi. En fait, il est deux heures du mat', tu vois. Ah, c'est génial. Ok, ouais,
- Lucie
c'est vraiment... Ça change durant l'année, quoi.
- Amandine
Tu peux monter une montagne, il est deux heures du mat', tu vois.
- Lucie
Et qu'est-ce que tu aimes dans ton quotidien à Oslo ?
- Amandine
Mon quotidien, déjà, je suis très, très occupée avec mon fils, l'école, les amis. J'essaie d'essayer de voir le plus possible de gens. Après, c'est vrai qu'on mène une vie assez... Il y a beaucoup de choses à faire, à penser. Donc, franchement, pour être honnête, ce n'est pas évident. Je trouverais plus le temps de faire des choses au Nord.
- Lucie
Non, mais c'est marrant.
- Amandine
J'ai l'impression qu'il y a plus d'organisation. Il faut être organisé, il faut préparer, il faut planifier. Alors qu'au Nord, tu prends un sac, tu t'en vas. Comme ça. par exemple si un week-end on a envie d'aller se promener au bord des quais il faut quand même que tu prépares ça à quelle heure tu pars, avec qui tu pars parce qu'il y a la famille aussi qui veut se joindre j'ai l'impression que c'est toujours structuré il faut que ce soit planifié c'est plus d'organisation j'aime faire les choses assez spontanément sans réfléchir c'est comme ça que tu passes plus ou moins de tes meilleurs moments et c'est ce que je retrouve au nord C'est ce que j'arrive à faire au Nord le plus. Ça va, ici, ça passe. Mais j'arrive à m'occuper comme je peux. Je me suis me lancée à faire mon pain aussi. Mais voilà,
- Alban
venons-en.
- Amandine
Voilà.
- Lucie
Parle-nous de tes projets, alors.
- Amandine
Alors, c'est un petit projet que j'ai lancé déjà il y a un an ou deux. Je ne suis pas encore... Je débute, comme on dit. Je ne fais que débuter, présenter mon petit projet par-ci, par-là. Donc, j'ai commencé à... à m'intéresser un petit peu à la boulangerie, tout simplement. Et en fait, j'ai découvert aussi que c'était un peu thérapeutique pour moi.
- Alban
Ah, mais tu m'étonnes.
- Amandine
Et puis surtout, après le corona, tout ça, j'ai découvert qu'en fait, c'était quelque chose qui pouvait être une passion, en fait. Et donc, je me suis mise à faire du pain pour les voisins, pour la famille, pour les amis, et puis à le vendre par-ci, par-là. Et puis voilà, je peux m'arrêter comme je veux, quand je veux, reprendre aussi. parce que je travaille aussi. Oui,
- Lucie
bien sûr.
- Amandine
C'est quelque chose...
- Lucie
C'est ton hobby à côté de la... Voilà,
- Amandine
je prends ça pour un hobby pour le moment, tu vois, plus pour un projet professionnel. Mais j'aimerais bien y aboutir.
- Lucie
T'aimerais bien faire que ça au bout d'un moment.
- Amandine
Voilà, tu vois.
- Lucie
Mais trop bien ! Et du coup, où on peut acheter ton pain ? Comment on fait pour...
- Amandine
Je n'ai pas forcément de réseau pour le moment. Comme je dis, je fais ça petit à petit. Pour l'instant,
- Lucie
c'est plutôt local. Voilà,
- Amandine
et puis les petits réseaux sociaux. Sur Instagram, j'ai mon petit réseau social où vous pouvez voir au bon levain. Au bon levain,
- Lucie
ok.
- Amandine
Et donc après, sur commande, et puis on m'appelle par e-mail. Et puis je viens avec le pain ou les gens viennent à moi. C'est comme ils veulent. Donc c'est comme ça pour le moment. J'ai pas de local spécial encore, mais ça, ce serait peut-être la suite. de trouver un petit local, un pick-up point tu sais, pour que les gens récupèrent le pain
- Lucie
Quelle sorte de pain tu fais ?
- Amandine
Le pain au levain. C'est moi-même qui fais le levain. Je fais mon pain avec... Je moule la graine de blé aussi. Donc tout est...
- Alban
C'est vraiment très artisan.
- Amandine
C'est ce côté-là que je veux vraiment cultiver. Tu fais des vidéos parfois ?
- Lucie
Oui,
- Amandine
sur Instagram. Sur Instagram, je fais mes petites vidéos où je montre comment je... Je m'éclate, quoi. C'est génial.
- Lucie
T'adores et ça te procure un bien-être de faire ça.
- Amandine
Je pense que c'est aussi arrivé... Je pense que mon arrivée en Norvège aussi, je m'étais décidée, en fait, que ce serait un endroit où je devais finir de me satisfaire. Je n'avais pas fini encore, je n'étais pas complète en moi-même et je m'étais dit, peut-être que la Norvège serait le pays où je vais finaliser, en fait, ce que je veux réellement faire. ou si je pouvais essayer d'être un peu plus productif dans mes projets ou dans mes hobbies. Donc, ne pas faire des choses et puis laisser tomber, et puis en faire une autre et puis laisser tomber. J'avais vraiment envie que mes débuts de vie en Norvège aussi m'apportent quelque chose de concret, fini, et que je puisse dire enfin, voilà, je suis arrivée en Norvège pour finaliser. Et puis, je pense aussi que le rythme de vie ici change énormément. Tu as le temps. de penser, de réfléchir. Tu n'es pas dans les mêmes conditions de vie que quand j'étais en Irlande. Je n'avais pas le temps de faire tout ça. Déjà, tu travailles beaucoup moins. Tu finis plus tôt le travail. Ça te laisse énormément de place pour réfléchir à telle chose. Je me suis remise à la lecture. Tu vois, je lis énormément de plus en plus. Je trouve que je n'arrivais plus à faire avant. Je pense que ça n'a pas été qu'un changement culturel, mais aussi un changement un peu à moi ou de retrouver quelque chose, une certaine sérénité. Et on m'avait beaucoup parlé de la Norvège pour ça. Assez anxieuse de nature aussi. J'ai toujours eu besoin de trouver des choses qui m'apaisent un peu. Donc, je ne savais pas que la nature pouvait déjà faire cet effet-là. Donc, la Norvège était parfaite, en fait.
- Lucie
Chez toi, du coup, maintenant, c'est la Norvège. Tu sens chez toi.
- Amandine
Oui.
- Lucie
C'est plus au nord de ce que j'ai compris. Oui,
- Amandine
mais... En tout cas, je me suis trouvée...
- Lucie
Exactement, ton coco. Si tu lui donnes 2 millions pour partir, tu ne pars pas.
- Amandine
Même en Irlande. Et Dieu sait que... D'ailleurs, c'est de moi que je suis restée et que ça s'est très mal passé avec ma relation précédente. C'était évident. Il fallait que je retourne.
- Lucie
Incroyable, c'est une histoire, une très belle histoire. Qu'est-ce que... T'es tombée amoureuse de la Norvège ?
- Amandine
Le pire, c'est que maintenant, c'est ma sœur et son conjoint qui sont là. Quoi ? À cause de moi.
- Alban
Mais attends ! Attends, attends, attends. Du coup, est-ce que tu reviens au café maintenant ou après ? Parce que je pense qu'on va bientôt terminer, mais je ne sais pas.
- Amandine
Je peux attendre un peu. Allez, vas-y, continue.
- Alban
Alors, petit problème technique. Je change de carte mémoire pour avoir le bon son. Et tu viens de nous dire entre-temps... que tu as survie ici.
- Amandine
Voilà.
- Lucie
Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment tu l'as attiré ?
- Amandine
Alors pareil, je pense que c'est aussi l'effet pandémie. Ils habitaient donc sur Paris avant ça et eux aussi, besoin de changement. La vie parisienne, ils n'en pouvaient plus. Et donc, avec la pandémie, en fait, ça a fait beaucoup réfléchir et on voulait surtout se rapprocher parce que dans des moments pareils, on n'avait qu'une envie, c'est d'être ensemble. Et ce n'était pas facile. Là, ce n'était vraiment pas facile, ni pour eux, ni pour moi aussi. Ils avaient envie de partir. Ils ont eu une chance énorme. C'est que leur travail leur permet d'être partout. Trop bien.
- Alban
Quel type de travail du coup ?
- Amandine
Ils sont concept artistes. Alors, si elle m'écoute, elle va me dire, Anaïs, c'est comme ça. Tu l'as mal expliqué. Il ne fallait pas dire ça comme ça. Mais on va globaliser en disant qu'ils sont concept artistes. Et lui, il est un peu plus dans les programmes, tout ce qui est digital. ou un peu plus poussé pour la production de films ou d'animation. Ils peuvent travailler partout. Et ils ont plus ou moins travaillé avec des grosses entreprises aux Etats-Unis. Donc, ils n'ont aucun problème. Ils n'avaient aucun souci.
- Lucie
Donc, ils ont trouvé facilement du travail ?
- Amandine
Donc, ils ont dit, écoutez, pourquoi vous ne viendriez pas ? Après tout, la Norvège, ça fait rêver. Les horreurs boréales, j'ai essayé aussi. Tu auras tout vendu au max. C'est les clichés, tu vois.
- Lucie
Ils ont dit, ok, why not ?
- Amandine
Why not ? Voilà.
- Alban
Ça fait combien de temps ?
- Amandine
Ça fait trois ans maintenant.
- Alban
Véronique, dans un des premiers épisodes, nous a dit, au bout de trois ans, ça y est, on a basculé. Donc c'est bon, vous allez rester.
- Amandine
Là aussi. Après, je pense, ils auraient peut-être envie de voir. A ailleurs couche l'eau, tu vois. Donc déjà, je me dis, c'est bon, ils veulent rester dans le pays, peut-être.
- Alban
J'adore, vous allez repartir tous au nord d'un seul coup.
- Amandine
Mais même tout le monde me dit, mais attends, ta sœur, ta sœur, ta sœur est en Norvège avec son conjoint. Oui, oui, on est tous retrouvés là. Ça leur plaît. Ça a été très difficile. Ça leur reste encore. Ils ont eu un bébé il n'y a pas longtemps non plus.
- Alban
C'est une nouvelle transition.
- Amandine
Oui, c'est pas la même chose. C'est pas la même chose. Et par leur travail... Ils n'ont pas spécialement besoin de parler tout de suite, mais ils commencent à comprendre que ça va être assez bien. Donc lui en particulier, qui arrive maintenant à faire sa place à Houchelot, à être en collaboration avec quelques productions ici à Houchelot ou ailleurs, il a réussi à se faire sa petite société et sa place. Du coup, ça marche très bien pour lui en ce moment. Donc là, il réalise peut-être que... il faudrait un peu s'y mettre là. Et puis, ils ont eu une petite fille. Elle aussi, elle va parler norvégienne. C'est vrai que c'est les enfants, en fait. Parce que moi aussi, j'ai eu cette révélation quand j'ai eu mon fils.
- Lucie
Oui, moi aussi.
- Amandine
Peut-être pas leur s'y mettre.
- Alban
Il y a juste eu la révélation.
- Lucie
Il y a eu la révélation, mais il n'y a pas eu le travail derrière.
- Alban
Pas encore la transformation.
- Amandine
Ça prend du temps aussi. Le temps de réaliser, de se dire, bon, il va falloir s'y mettre.
- Lucie
Merci beaucoup Anaïs de nous avoir partagé ton expérience. C'était incroyable. On a encore appris plein de choses. Et puis merci à tout le monde de nous avoir écouté. Et on vous dit à très bientôt chez nous.
- Alban
Sous les aurores.
- Lucie
Si cet épisode vous a plu, pensez à nous laisser une note et un avis sur votre application d'écoute préférée.
- Alban
Ou un commentaire sur YouTube, ça nous aide énormément à faire grandir le podcast.
- Lucie
Merci et à très vite pour le prochain épisode.