- Speaker #0
Super Docteur, c'est le podcast des médecins généralistes. Le podcast qui vous transmet les recommandations de bonne pratique et les résultats des grandes études qui vont changer vos habitudes. Super Docteur, c'est la découverte de méthodes de soins innovantes et des interviews de soins néant inspirants qui boosteront votre motivation. Un contenu court et pratique, chaque semaine, pour tous les médecins. Bonjour à tous et bienvenue dans Superdocteur, et cette semaine, j'ai eu l'honneur de recevoir notre consoeur, le docteur Béatrice Carton, médecin généraliste en prison. Dans le premier épisode, nous avons pu aborder les principales particularités de l'exercice de la médecine en milieu carcéral, et je vous propose dans ce deuxième épisode de poursuivre notre entretien, dans lequel mon invité va notamment me partager une anecdote marquante, et évidemment nous donner des conseils, comme chaque épisode du podcast. Je vous remercie beaucoup, et si vous voulez... Ne rien rater du podcast, vous pouvez évidemment vous y abonner, c'est gratuit, vous ne ratez aucun épisode. Et puis vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter pour ne rater aucune ressource. Le lien est dans les notes de cet épisode. Je vous souhaite une excellente écoute.
- Speaker #1
Quel type de pathologie ou de problème de santé sont les plus fréquents parmi les patients détenus ? Est-ce qu'il y a une fréquence plus importante de pathologie plus qu'une autre dans cette population particulière ?
- Speaker #2
On accueille tout le monde, il n'y a pas de pathologie spécifique. D'accord. Par contre, en fonction du type d'établissement, on peut être amené à voir des gens qui n'ont peut-être pas forcément tout à fait le même âge, les mêmes profils. Dans les maisons centrales, c'est des établissements pour peine, de gens qui ont des peines qui sont supérieures à 10 ans. Dans les centres de détention, les gens sont là pour des peines de 2 à 10 ans. Et dans les maisons d'arrêt, il y a absolument tout, c'est-à-dire les gens qui sont... en préventive, qui sont détenus, qui ont des peines courtes, qui ont été jugés, qui ont des peines longues, mais qui attendent une place dans un établissement pour peine. Donc, on a vraiment un panel très, très important. Dans les centres de détention et les maisons centrales, on va rencontrer des gens plus âgés, donc qui vont avoir des pathologies un peu différentes de celles qu'on va rencontrer en maison d'arrêt. On aura proportionnellement beaucoup plus de jeunes. On va rencontrer du coup pas mal de pathologies, de traumatos par exemple, de choses comme ça. On a bien évidemment beaucoup de patients qui sont diabétiques, qui ont des maladies chroniques de ce type-là. Et puis on a plus qu'à l'extérieur des patients qui ont des troubles psychiatriques ou des problèmes d'addiction. Ça c'est vrai, mais pour le reste on va voir absolument. les mêmes pathologies qu'à l'extérieur.
- Speaker #1
Très bien, c'est clair. Béatrice, est-ce qu'il y a des préjugés fréquents sur ton métier, sur les soins en prison ? Et quels sont-ils ? Et est-ce que tu souhaites t'adresser à nos consoeurs, nos confrères, pour essayer de changer peut-être cette perception ?
- Speaker #2
Alors, pour changer, il faut venir boire. Donc, si vous avez l'occasion, il faut pousser les portes, aller voir et se rendre compte que c'est... pas du tout un milieu qui fait peur et que les patients sont assez reconnaissants du fait qu'on se déplace et qu'on vienne vers eux. Et donc, nous, on a des relations plutôt très, dans l'ensemble, alors bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais dans l'ensemble, agréables avec les patients. Voilà. Qu'est-ce qu'il y a comme préjugé ? Qu'est-ce qu'on va faire là-bas ? C'est dangereux. Il ne faut pas aller travailler là-bas. Qu'est-ce qu'il y a d'autre comme préjugé ? Pourquoi on soignerait des gens qui ont commis des actes particuliers ? Tout le monde mérite d'être soigné. C'est la base de notre serment d'hypocrate. Et on n'a pas à savoir, encore une fois, on n'a pas forcément à savoir ce qu'ils ont fait dans leur vie. Et d'ailleurs, encore une fois, dans les cabinets de ville, on ne sait pas ce que font les gens. Moi, j'ai coutume de dire. que les patients que je soigne étaient dehors avant que je les prenne en charge et qu'ils seront dehors après. Donc, ils avaient un médecin traitant avant d'arriver. Enfin, pas tous, malheureusement, mais ils avaient un médecin traitant dehors avant d'entrer et ils en auront un dehors après la sortie. Ils diront ou pas à ce médecin qu'ils ont été en prison à un moment donné de leur vie. Ça leur appartient.
- Speaker #1
Très bien. Donc, tu considères que... tout le monde mérite d'être soigné quel que soit son passé et quand on te demande pourquoi soigner des criminels ou des patients qui commettent des délits, je comprends que tu réponds que tout le monde mérite et a besoin d'être soigné.
- Speaker #2
Alors, tout le monde mérite et a besoin d'être soigné. Encore une fois, c'est la base de notre serment. Et puis, alors ça, c'est peut-être un peu plus tiré par les cheveux, mais en tout cas, c'est très fort pour moi. Même des gens qui ont commis des actes vraiment terribles, je ne m'abaisserai pas à leur niveau. Je considère que c'est noble de soigner quelqu'un et de s'occuper de la santé de quelqu'un. Je ne vais pas m'abaisser au fait. qu'ils vont considérer que, je ne sais pas, telle ou telle personne ne mérite pas qu'on s'occupe d'elle et que même on peut la tuer. Voilà, je ne m'abaisserai pas à ça.
- Speaker #1
Si je me fais l'avocat du diable, prenons l'exemple d'un patient violeur, un criminel, meurtrier, je ne sais pas, qui appelle un médecin pour un souci de santé, tu te déplaces, tu connais son dossier. Tu connais ses antécédents, tu vas le soigner comme n'importe quelle autre personne de ta patientèle ?
- Speaker #2
J'ai un petit côté schizophrène, oui. Je vais faire, hop, abstraction, oui. Après, avec le recul, avec les années, je n'excuse absolument rien. Et c'est très compliqué pour moi, en réalité, effectivement. peut-être d'être très empathique envers quelqu'un qui va avoir commis des actes horribles. Mais j'essaye effectivement de faire une espèce de black-out. Et avec le recul, je me rends compte que quand même, beaucoup de ces gens-là ont eux aussi une vie qui les a peut-être amenés. à être là où ils en sont. Voilà. Je travaille dans deux établissements, hommes et femmes. On a beaucoup plus des histoires des femmes parce qu'elles nous les racontent, donc elles restent plus longtemps, on les connaît mieux. Oui, la grande majorité des femmes qu'on suit ont été maltraitées, violées, elles-mêmes dans leur enfance. Ça n'excuse rien. Je ne suis pas là pour ça. du tout pour ça. Ça n'excuse rien. Mais je pense que il faut se garder des conclusions trop rapides et trop faciles.
- Speaker #1
Est-ce que, Béatrice, tu peux me partager par curiosité une ou deux anecdotes marquantes ou inattendues de ton expérience de médecin de prison, s'il te plaît ?
- Speaker #2
Ça, c'est une question difficile. C'est une petite anecdote. Il arrive que les détenus parfois font la cuisine dans leur cellule eux-mêmes, parce que soit les repas ne leur conviennent pas, soit ils ont envie de s'occuper, et puis comme tout le monde, ils peuvent avoir envie de se faire plaisir. Donc il est arrivé que des détenus nous apportent pour nous remercier à l'équipe. Un gâteau au chocolat, par exemple, fait maison. Voilà.
- Speaker #1
Sympa.
- Speaker #2
C'est sympa. Et ça montre qu'en fait, c'est vrai qu'ils sont assez démunis. Ils n'ont rien. Mais c'est pareil, ils vont nous envoyer un dessin. Mais le peu qu'ils ont, ils ont envie de le partager. Et ça, c'est extrêmement touchant.
- Speaker #1
Béatrice, est-ce que tu aurais des conseils à donner à un médecin généraliste qui envisage par exemple de travailler en milieu carcéral ? Est-ce que tu peux nous dire les qualités nécessaires pour s'épanouir dans cet exercice ? Donc on l'a deviné déjà, il faut des qualités humaines, il faut des qualités, de grandes qualités, d'équilibre. On a parlé d'une certaine schizophrénie, le fait qu'on ne consulte pas forcément le dossier, on accueille les patients comme ils viennent parce que tout le monde mérite d'être soigné. Est-ce qu'il y en a d'autres ? Et plus largement, est-ce que tu aurais des conseils à donner à nos confrères, à nos consoeurs à ce sujet ?
- Speaker #2
L'ouverture d'esprit, ça on l'a dit, et je pense que c'est vraiment le truc important. L'envie de partager avec les autres membres de l'équipe. Des conseils, comme le premier conseil, c'est ce que je disais tout à l'heure, je pense qu'il faut venir voir, il faut voir comment c'est réellement, localement. Donc il faudrait se mettre en contact avec. avec une unité sanitaire en milieu pénitentiaire, et puis se dire, oui, tiens, j'aurais envie de venir, est-ce que c'est possible ? Moi, quand on me contacte en me disant, j'aimerais bien venir voir, j'ouvre les portes, parce que je pense que c'est important, et que ça lève quand même un certain nombre de préjugés, justement.
- Speaker #1
Très bien, le message est passé. C'est vrai que dans notre métier, c'est du compagnonnage. Il ne faut jamais hésiter à passer un coup de fil, à ouvrir des portes, à aller tirer la blouse des collègues, ne serait-ce que pour apprendre des choses différentes.
- Speaker #2
On essaie d'ailleurs de plus en plus d'accueillir, on insiste beaucoup pour avoir des postes d'interne qui soient ouverts dans nos services, parce que je pense que c'est important de montrer ça aux jeunes. Et ce que je disais tout à l'heure aussi, c'est que C'est un exercice qui est vraiment à la frontière entre l'exercice hospitalier dans lequel on a tous grandi quand on a fait nos études. C'est un passage obligé. Et puis le milieu de la ville qui est différent. Donc c'est vraiment entre les deux. Et c'est bien de voir ça.
- Speaker #1
Le message est passé. Avant que nous nous quittions,
- Speaker #0
Béatrice,
- Speaker #1
est-ce que tu peux nous parler de ton livre qui est collectif ? Les soins en prison, quelle réalité derrière les murs, qui m'a motivé à te recevoir sur ce podcast et je te remercie beaucoup d'avoir accepté cette invitation. Est-ce que tu peux nous en parler brièvement et puis le présenter à nos confrères, nos consoeurs qui nous écoutent ?
- Speaker #2
Alors, c'est un livre qui est né justement de ta dernière question. Comment faire découvrir notre exercice à tous ceux qui ne le connaissent pas et qui, des fois, ne l'imaginent même pas ? Ce n'est pas évident de penser... Il y a des services médicaux dans les prisons qui fonctionnent tous les jours. Donc, on s'est dit qu'il faut qu'on fasse découvrir ça à tout le monde et il faut qu'on explique comment ça fonctionne, déjà comment ça marche une prison, qui sont les personnes détenues qui viennent. Ce qu'on disait tout à l'heure, j'allais dire n'importe qui peut se retrouver derrière les murs. un peu choquée ce que je dis là, mais franchement, on voit des gens, quand ils nous donnent leurs motifs, pour des motifs tellement variés, tellement différents, pour des durées tellement différentes. La vie qui bascule à un moment donné, il y en a tellement qui nous l'ont raconté, qu'on finit par se dire que finalement, ça pourrait arriver à n'importe presque à n'importe qui. L'accident de la route, n'importe quoi. Donc, que... Donc c'est important de savoir qui on peut croiser, comment ça fonctionne, quelle est l'origine de la mise en place de ces soins en prison. Et puis, qu'est-ce qu'on peut y faire et est-ce que notre présence ne pourrait pas améliorer un tant soit peu la santé au sens OMS actuel du terme, c'est-à-dire l'ensemble du bien-être des personnes. Et est-ce que ce point-là ne peut pas non plus améliorer l'état de santé global de tout le monde, puisque les personnes ressortent ? Bien sûr, on participe, on est une goutte d'eau, on n'est pas grand-chose. Mais on est quand même un petit quelque chose là-dedans, et je pense que c'est important.
- Speaker #1
« Les soins en prison, quelle réalité derrière les murs » , livre collectif, donc Béatrice Carton et Anne Lécu. Je vous mets les références de cet ouvrage. et celle dont on vient parler dans cet épisode dans la newsletter du podcast dont vous avez le lien dans les notes de cet épisode. Je vous remercie beaucoup. Béatrice, je te remercie infiniment d'avoir accepté mon invitation et puis je te dis bon vent et à bientôt.
- Speaker #2
Merci à toi et puis en espérant que tout le monde viendra boire en prison ce qui s'y passe.
- Speaker #1
Le message est passé. Salut Béatrice.
- Speaker #2
Au revoir.
- Speaker #0
Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cet entretien. J'espère qu'il vous a inspiré et apporté des clés utiles pour votre pratique. Pour ne rien manquer des prochains épisodes de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant. Si mon travail vous plaît, parlez-en autour de vous, à vos consoeurs, vos confrères et même à vos internes. Et si vous voulez me soutenir, laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. C'est rapide, ça m'aide énormément et surtout ça permet à d'autres médecins de découvrir ce contenu pour que l'on partage ensemble nos idées et améliorer nos pratiques. Merci pour votre écoute. et à très bientôt !