- Speaker #0
40% des cancers sont évitables. 40%. Ce chiffre, c'est l'Inca qui le publie, pas un naturopathe sur Instagram.
- Speaker #1
Il y a eu un essai randomisé l'année dernière qui a été publié dans le New England Journal of Medicine qui dit clairement que de pratiquer une activité physique encadrée avec un peu de renforcement musculaire et du cardio, par rapport à ceux qui étaient en roue libre, ces patients-là, ils avaient une amélioration de leur survie globale et une diminution du risque de récidive.
- Speaker #0
Pourtant, dans nos consultations, on laisse passer des comportements à risque. pour nos patients tous les jours. Pas par négligence, peut-être même pas par manque de temps, peut-être par habitude, parce que personne ne nous a vraiment appris à le faire autrement.
- Speaker #1
Clairement, notre société ne nous aide pas. Dans la politesse et le côté social, on va avoir des coupes de champagne, on va faire l'apéro et on va dire santé avec de l'alcool. Les gens, limite, ils ne veulent pas trinquer avec les personnes qui prennent un soft.
- Speaker #0
Dans cet épisode, Idriss Troussier, oncologue, radiothérapeute et créateur du compte doc.anticancer sur les réseaux, va nous dire. exactement ce qu'il voit en bout de chaînes. Ce que nos consultations fabriquent en silence sur plusieurs années, souvent à notre insu. Est-ce qu'un médecin généraliste peut changer en 3 minutes chrono dès demain matin ? Vous êtes bien sûr super docteur, le média des soignants qui veulent soigner autrement. Le sucre nourrit le cancer.
- Speaker #1
Oui, indirectement.
- Speaker #0
La prévention lifestyle devrait être prescrite comme un médicament en fac de médecine.
- Speaker #1
Oui, clairement.
- Speaker #0
Toi-même, oncologue, tu as déjà eu un... patient dont la rémission t'a surpris notamment grâce à son mode de vie ?
- Speaker #1
Ça aide, mais je pense que c'est le plus important, c'est les traitements conventionnels médicaux. Et que je n'ai pas encore, je n'ai eu aucun patient lié au mode de vie qui s'est soigné lié au mode de vie ou lié aux médecines alternatives. La médecine, que l'oncologie et les traitements qui sont proposés généralement, c'est que c'est les meilleures chances de survie. Donc tous ceux qui dérivent, il faut essayer de les... les recadrer parce que c'est vrai qu'il peut y avoir des dérives et il y a beaucoup de gens qui sont autour dès qu'il y a un diagnostic de cancer.
- Speaker #0
L'alcool est aujourd'hui sous-coté comme facteur de risque cancérigène par les médecins ?
- Speaker #1
Je pense que clairement, oui. Oui, clairement. Parce qu'en fait, ça reste, dans notre société, ça reste accepté.
- Speaker #0
Enfin, on peut réduire le risque de cancer de façon majeure avec des comportements accessibles à tous ?
- Speaker #1
Oui, mais on n'est pas protégé à 100%.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me dire, s'il te plaît, dans une consultation de médecine générale, qui est souvent ultra rapide pour mes confrères et mes consoeurs, parfois ça peut durer 10-15 minutes, comment est-ce qu'on peut aborder concrètement la prévention cancer sans culpabiliser notre patient et puis sans surcharger aussi les praticiens dans ces consultations qui sont malheureusement de plus en plus courtes ?
- Speaker #1
Alors clairement, s'il y a quelque chose à retenir, je dirais que déjà, si un patient vient avec une plainte qui dure de plus... Depuis plus de deux semaines, ou une plainte depuis quelques mois, c'est une plainte au niveau d'un signe clinique, par exemple un changement de transit, des saignements, une masse, un ganglion qui ne passe pas. C'est important d'aller faire un examen clinique et puis d'aller sur un bilan diagnostic d'imagerie et de biologie pour voir s'il se passe quelque chose ou pas. En fait, c'est la persistance du signe clinique qui peut donner la puce à l'oreille, qu'il peut y avoir un petit cancer ou un cancer débutant. Une toux chronique chez un fumeur.
- Speaker #0
Tu évalues ça à 15 jours sur un symptôme, à peu près 15 jours ?
- Speaker #1
Après, c'est vrai que 15 jours, c'est peut-être un peu minimum, mais je dirais entre 15 jours et un mois. D'ailleurs, je l'ai aussi souvent parce que j'ai une grosse consultation de suivi de patients qui ont déjà été atteints d'un cancer. Et pour autant, ils ne sont pas à l'abri d'avoir un deuxième cancer avec une autre localisation. Donc un patient qui est fumeur, il tousse, tousse de manière chronique, ou s'est exacerbé, ou s'il vient et qu'il se plaint de ça, s'il a une plainte par rapport à ça et qui date de plusieurs semaines, je vais quand même essayer de faire l'examen clinique et puis après d'aller voir s'il n'y a pas quelque chose derrière. Généralement, ils ont déjà le bilan biologique, donc ça je peux savoir s'il y a un syndrome inflammatoire ou s'il y a quelque chose. Je ne fais jamais tous les marqueurs, bien évidemment, mais après, je vais cibler selon le signe clinique. Est-ce qu'il y a changement de transit, de l'atout, de quelque chose, une masse ? En tout cas, je veux toujours avoir, c'est d'ailleurs ma hantise, d'avoir le cœur tranquille, de me dire, j'étais en train de suivre un patient et je n'ai pas diagnostiqué un autre cancer et j'ai laissé de côté sa plainte alors que ça se trouve, ça en était. Je le dis d'ailleurs au patient, je lui dis. Maintenant que vous me l'avez dit, je suis obligé de vous faire l'examen clinique et d'aller sur un bilan diagnostique par rapport à ce symptôme que vous m'avez dit parce que sinon... S'il y a quelque chose, on va s'en vouloir d'avoir dit, le docteur Troussier a laissé passer ou n'a pas écouté ma plainte par rapport à ça. Même s'il vient, par exemple, pour un PSA. Souvent, le PSA est indosable et la consultation pourrait durer cinq minutes en disant, votre PSA est indosable, rendez-vous dans un. Non, mais en fait, il faut être quand même à l'écoute parce que les patients, finalement, ils sont âgés. Et avec l'âge, il y a souvent la reproduction des cellules avec... Il y a des mutations qui se font avec le renouvellement de nos cellules, parce qu'avec l'âge, la photocopiose est moins bonne. Et évidemment, il peut y avoir comme ça des mutations liées au hasard qui sont liées au hasard ou à des facteurs de risque, mais qui peuvent amener à un cancer.
- Speaker #0
Ok, donc c'est déjà un premier élément ultra important que tu me donnes là, c'est de ne pas négliger les plaintes, en fait. C'est vrai qu'en plus, moi je suis dans une spécialité, la médecine générale, où il y a beaucoup de plaintes. Parmi ces... nombreuses plaintes, t'as beaucoup de plaintes qu'on qualifie de fonctionnelles, des choses qui sont pas très graves, donc c'est hyper dur pour nous d'être vigilant comme ça sur chaque point dont se plaint le patient, qui peut venir parfois avec plusieurs plaintes en plus, tu vois. Donc quand tu vois 30-40 patients par jour et chacun ont 2-3 plaintes, ça fait quand même du volume, donc tu me dis quand même d'être vigilant sur les plaintes comme ça, récurrentes, chroniques. Tu me conseilles plutôt d'être vigilant et de lancer déjà des bilans, peut-être un petit peu plus systématiquement qu'on a tendance à le faire ?
- Speaker #1
Après, il y a un autre point aussi. C'est vrai que quand un patient est atteint d'un cancer, s'il y a une perte de poids qui est inexpliquée alors qu'il n'a pas fait de régime, il y a une cachexie ou une altération de l'état général qui se voit, là, clairement, ça, c'est un point clé. Parce que souvent... Chez les personnes âgées, on le voit tout de suite. Dès qu'il y a une faiblesse musculaire, pour se déplacer ou pour se lever, il est obligé de céder de ses mains. On le voit généralement si on suit les patients. Nous, on les voit tous les six mois ou une fois par an. Ça dépend à quel moment on est vis-à-vis des traitements. Mais oui, on peut voir une dégradation. Et s'il y a une dégradation, oui, clairement, il y a ça. Et après, moi, je trouve qu'il y a des signes cliniques qui sont assez... Donc, Marantie, c'est un peu le cancer colorectal. C'est quand même un cancer qui est très fréquent. Et c'est vrai que s'il y a des troubles de transit ou s'il y a des choses qui ne sont pas cohérentes ou il y a des facteurs de risque, je vais envoyer en consultation gastro pour qu'il y ait un avis, pour voir s'il y a un intérêt ou pas à faire une coloscopie ou une fibroscopie. Parce que c'est vrai que c'est des cancers où si on arrive à traiter un polype, ou d'ailleurs, on en repère assez... ils en enlèvent assez souvent, c'est quand même une lésion précancéreuse qui peut dégénérer. Et donc, oui, c'est vraiment... Je pense que ça, c'est un point clé. Le cancer du poumon, on le diagnostique, on ne peut pas le diagnostiquer quand il est petit, il n'y a pas de signe clinique. Donc, c'est vrai que chez les fumeurs, après, je suis content, parce que le patient est lui-même content. J'ai un patient qui... heureusement je favorise j'essaye de leur dire d'arrêter de fumer mais il y en a qui sont des irédictibles gaulois qui ont la chance d'être en France et c'est chez les irédictibles gaulois je fais je me permets de le dire, je fais quand même un scanner thoracique, l'eau dose une fois par an pour voir parce que déjà ils ont toujours un peu des signes cliniques ce truc là je ne mets pas que l'exomuc je mets l'exomucle et aussi un scanner thoracique pour vérifier qu'il n'y ait pas quelque chose et parfois on trouve comme ça un petit nodule spiculé et on va le surveiller s'il est infrasentimétrique et parfois après on peut tomber sur une évolution et s'il y a cette évolution après on envoie au radiologue qui réalise une biopsie
- Speaker #0
Donc ok, toi tu es en tant que oncologue radiothérapeute très vigilant sur les cancers colorectaux Et les cancers du poumon qui sont quand même des cancers qui, selon ton expérience, peuvent avoir des révélations tellement tardives qu'on se méfie d'être vraiment plus en avant que les signes, c'est ça ?
- Speaker #1
Par exemple, les femmes que je suis et qui sont en rémission de leur cancer du côlon, j'ai quand même vérifié qu'il y a eu la mammo qui a été faite tous les deux ans et que le fait d'avoir... Disons, j'en parle quoi. Est-ce que vous avez fait la mammographie comme le courrier qui a été envoyé ? Est-ce que vous êtes allé le faire ? Donc ça, je le... Je le propose, oui. Et puis, d'autant, en plus, nous, il y a un biais, c'est-à-dire que personne qui a eu un cancer, généralement, déjà, elle est plus fragile à avoir un deuxième cancer, soit d'une autre localisation et tout. Et alors, très fréquemment, les cancers du sein, ça m'est déjà arrivé d'avoir des cancers du sein contre-latéraux, d'avoir... Vraiment, bien les surveiller. Ou ceux qui ont des antécédents familiaux, également. Après, il y a des familles de patients, comme ça. Mais c'est vrai que dès qu'il y a des antécédents familiaux ou des antécédents personnels, tout de suite, il y a encore un point de vigilance en plus. Alors déjà, il y a un point sur est-ce qu'ils ont fait leurs examens de dépistage organisés ? Et deuxièmement, s'il y a un symptime unique, je vais vers un dépistage individuel. De toute façon... généralement c'est des dépistages individuels dès qu'on est dans les antécédents familiaux et antécédents personnels de cancer.
- Speaker #0
Très bien, ok. Et tu me dis quelque chose de très important, peut-être qu'à titre perso j'ai tendance à sous-estimer, c'est d'être vigilant à l'apparition d'un deuxième cancer. Quand on suit quelqu'un qui a eu un cancer colorectal par exemple, on a tendance à se focaliser dessus, mais en fait il faut impérativement garder à l'esprit qu'elle a peut-être plus de chances de développer un autre cancer, voire même d'un autre organe et d'une autre forme histologique que le commun des mortels, c'est ça ?
- Speaker #1
Complètement. Et après, il y a plein de points de vigilance parce qu'on sait qu'on peut intervenir dans le mode de vie pour diminuer le risque de récidive. Il y a eu un essai randomisé l'année dernière qui a été publié dans le New England Journal of Medicine qui dit clairement que de pratiquer une activité physique encadrée, je ne sais plus combien de temps c'était, mais je crois que c'était minimum deux heures par semaine. avec un peu de renforcement musculaire et du cardio, mais c'était vraiment encadré, ce n'était pas en roue libre. Eh bien, par rapport à ceux qui étaient en roue libre, eh bien, ces patients-là, ils avaient une amélioration de leur survie globale et une diminution du risque de récidive, d'amélioration de la survie spécifique. Ce qui montre bien que... D'ailleurs, je me suis dit, c'est super, on va le rembourser, c'est-à-dire l'APA, l'activité physique adaptée pour les patients atteints de cancer, on va rembourser ça, la France va rembourser ça. Ce n'est pas encore le cas. C'est dommage, parce que franchement, ça mériterait, donc c'est toujours via les associations ou via les dons vers les associations qu'après les patients se dirigent vers la lutte contre le cancer ou d'autres associations pour faire cette activité physique adaptée. Mais je pense que c'est quelque chose qu'on doit encourager, en plus d'essayer d'avoir un poids santé et d'éviter les facteurs de risque. Par exemple, les femmes qui sont atteintes de cancer du sein, c'est important de leur dire de, si possible, complètement... d'arrêter l'alcool. L'alcool est un facteur de risque à la fois du cancer du sein et à la fois de récidive du cancer du sein. La consommation d'alcool. Et il n'y a pas de consommation à risque sûr. C'est-à-dire que même un verre par jour ou un verre occasionnel, de toute façon, ça crée des mutations. L'alcool transforme un acétaldéhyde dans le corps et cet acétaldéhyde va créer des mutations et ces mutations sont soit silencieuses, soit vont sur des oncogènes ou des anti-oncogènes et créent des mutations. qui vont faire que la cellule normale va se transformer en cellule cancéreuse.
- Speaker #0
Du coup, les recours pour l'alcool, maintenant, c'est zéro, hommes et femmes ?
- Speaker #1
Non, évidemment non. En France, on ne peut pas faire ça. On ne va pas tuer l'économie française liée à l'électrolytique et ainsi de suite. Mais ça reste, je crois que c'est... Je ne les ai plus exactement en tête. C'est un à deux verres par jour et pas tous les jours, il me semble. Je crois que c'est ça, la France.
- Speaker #0
OK. Donc, ça n'a toujours pas changé. bien qu'on sait que la première dose d'alcool est nocive.
- Speaker #1
Oui, ça, il y a quand même pas mal d'études qui sont publiées. Et en plus, c'est un facteur de risque de multiples cancers, que ce soit les cancers digestifs, le cancer du pancréas, le cancer du sein, le cancer du foie. Donc, plus l'alcool, c'est hypercalorique, ça favorise les lésions au niveau du foie. Et en plus, on n'est pas très bon sur... On est bon, mais on n'est pas... excellent sur les pourcentages de rémission sur certains de ces cancers. Pancréas, foie, cholangioca, on n'est pas encore comme... On n'a pas autant avancé que les cancers du poumon ou les cancers du sein.
- Speaker #0
Absolument. Parce que justement, j'ai l'impression que ces dernières années, il y a eu quand même une avancée incroyable ces dix dernières années en oncologie. Et j'ai l'impression que la survie globale a considérablement augmenté en très peu de temps, en fait, ces dernières années. C'est peut-être grâce aux biothérapies. Est-ce que tu peux me dire un petit peu où est l'état de l'art ? Alors, c'est une spécialité, c'est énorme. Je suis désolé de cette question un peu trop vaste. Mais quels sont les survies globales pour les cancers les plus courants comparé à la population générale dans les principaux organes ?
- Speaker #1
On dit que généralement, on arrive sur un pourcentage, sur un patient qui a atteint le cancer, les pourcentages globaux. on dit que 80% des patients, on va arriver à les mettre en rémission. Après, ça va dépendre...
- Speaker #0
Tout type de cancer confondu.
- Speaker #1
Après, c'est une médecine qui va être individualisée, parce que selon la localisation du cancer et le profil moléculaire du cancer, ça reste que des statistiques. Il y a des patients qui vont être avec un cancer du poumon stade 4, pour lequel on va arriver à les mettre en rémission avec une chimio-immunothérapie et puis une immunothérapie. Et il y a d'autres situations. ou même un cancer qui était localisé du pancréas, malgré la chirurgie et la chimiothérapie adjuvantes, on va se retrouver finalement, on avait déjà une atteinte peut-être microscopique au niveau du foie, avec une apparition de métastases hépatiques, et puis au bout de traitements de première ligne, deuxième ligne, troisième ligne, on va arriver à une survie qui va diminuer. Donc ça dépend complètement, et ça d'ailleurs on le dit souvent dans nos consultations, parce que les patients ils attendent toujours des pourcentages, mais en fait on a les pourcentages, mais l'idée, c'est que individuellement, on ne peut pas prédire. Donc, on sait qu'il y a des bonnes chances. Peut-être le PDL1, le récepteur, à l'immunothérapie est surexprimé ou à un taux important. Donc, on se dit peut-être que l'immunothérapie, ça a bien marché. Et parfois, on peut avoir une mauvaise surprise. Donc, c'est vrai que c'est difficile de s'avancer en tant qu'oncologue sur le dire, bon, le PET scanner va montrer dans 3 mois. Ça, on ne le fait jamais. On va montrer une commission ou quoi que ce soit. On est très, très prudent dans... dans nos discussions, on dit on avance par étape, on fait vraiment, en tout cas, ce qu'on sait, c'est qu'on essaie de donner le traitement, le goal standard, le traitement, le dernier, on a une chance inouïe en France d'avoir accès à ces traitements qui coûtent extrêmement cher et qui donnent les meilleures chances de survie pour les patients, mais après, est-ce qu'on va être dans le bon côté avec une rémission ou est-ce que, parfois, il y en a même, c'est une maladie chronique, et les patients peuvent râler par rapport à ça, genre... hier c'était une discussion avec une patiente, elle a une anxiété majeure par rapport au risque, en fait elle fait une oligoprogression, parfois une métastase apparaît, donc après on fait de la radiothérapie stéréotaxique très ciblée sur cette métastase, et on continue l'immunothérapie. Et elle dit, mais est-ce que mon prochain PET scan, je vais avoir encore une métastase qui va apparaître ? On ne peut pas le prédire, mais en tout cas ce qu'on sait, c'est qu'on fait l'immunothérapie, on la maintient, la radiothérapie stéréotaxique, ça marche, on l'éteint, et puis après s'il y a encore une autre métastase... Donc ça reste une maladie chronique et on peut suivre comme ça des patients sur très longtemps. Moi, j'ai des patients depuis mon clinica que je suis. J'en suis à 9 ans sous immunothérapie. Et puis, de temps en temps, une fois tous les 2-3 ans, il me fait une métastase. Et ce que j'appelle un peu le César, c'est le traitement. Et le village gaulois, dans Astérix et Obélix, c'est-à-dire un village gaulois qui résiste au traitement, à l'armée romaine. Mais après, on a des très belles molécules. Il y a les anticorps drogues. conjugués, ce sont les chevals de Troyes, c'est-à-dire que c'est un anticorps couplé à une chimiothérapie qui va s'internaliser dans la cellule et qui va exploser la cellule, donc beaucoup moins d'effets secondaires que les chimiothérapies standards, qui sont vraiment ciblées sur les cellules cancéreuses. Il y a aussi des thérapies ciblées tout court, récemment il y a eu une thérapie ciblée qui a montré un allongement de la survie chez les patients atteints de cancer du pancréas qui a été applaudi en standing ovation. à l'ASCO, qui est le congrès américain des oncologues, parce que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu de progrès au niveau du cancer du pancréas. Il y a plein de molécules, la double hormonothérapie associée à la chimiothérapie dans les cancers de la prostate, très agressifs, métastatiques. Il y a plein de thérapies, souvent parfois c'est des thérapies ciblées avec l'immunothérapie ou de la chimio avec l'immunothérapie, des combinaisons, mais on a des très beaux résultats. Et après, voilà. Bien sûr, chaque patient, c'est son histoire propre, unique. Et on est vraiment à chercher à être vraiment dans une médecine individualisée où on va vraiment regarder le profil moléculaire. Et c'est souvent des patients qui, au bout de 2-3 ans, quand ils sont en rémission, ils demandent est-ce qu'on peut arrêter, mais c'est très compliqué en fait, quand il n'y a pas de roco pour arrêter. Et pour avoir l'expérience, certains patients qui ont arrêté, après ça récidive, donc en fait on n'a pas du tout envie d'arrêter les traitements.
- Speaker #0
Absolument, ok Je te remercie Idriss, c'est passionnant parce que tu viens de me décrire un petit peu les dernières avancées, l'état de l'art avec un résultat statistique commun assez spectaculaire de guérison de beaucoup de cancers et tu nous rappelles aussi que ça reste une maladie grave, qui reste très grave et qu'il y a une variabilité individuelle, on ne comprend pas tout en fait, c'est pas parce qu'on a une carte d'identité même moléculaire de notre patient qu'on peut prédire comme ça son pronostic, sa survie, et ça reste assez subtil, ça reste un art médical quand même, à suivre de façon individuelle les gens, et à s'intéresser peut-être à... à eux dans leur globalité, passionnant. Du coup, on a abordé les traitements, mais si tu veux faire avec moi un petit retour en arrière et parler des facteurs de risque, qui est quand même ton domaine de prédilection, est-ce qu'il y a des facteurs de risque liés au mode de vie qu'on mériterait de dépister plus systématiquement en consultation ? On connaît le tabac, on en a parlé, l'alcool, la sédentarité, le surpoids, l'alimentation, on sait maintenant qu'il y a le sommeil aussi, la qualité du sommeil peut jouer. l'exposition solaire pour les cancers cutanés, est-ce qu'il y a des facteurs de risque qu'on devrait dépister plus attentivement dans le cadre du médecin généraliste pour la prévention cancer ?
- Speaker #1
En fait, comme tu le soulignes, j'essaie de faire une veille un peu des articles scientifiques sur ce qui se passe dans le mode de vie qui fait que ça va favoriser ou au contraire protéger face au cancer. Moi, je dirais que les études qui m'ont le plus « choqué » , c'est les études sur les aliments ultra transformés, industriels, où on retrouve des additifs, des aliments qui sont trop sucrés, des émulsifiants, des graisses qui ne nous veulent pas du bien, inflammatoires, trans ou oméga-6, trop d'oméga-6. En fait, ce qui a été montré, c'est qu'il y a des... Pour l'instant, on parle d'associations, mais il reste quand même des grandes études épidémiologiques, un nutriment de santé, qui montre qu'il y a des associations, clairement avec le cancer colorectal, parce que forcément, ça va modifier le microbiote et créer aussi un état inflammatoire de bas grade, qui fait que cet état inflammatoire de bas grade, il va y avoir des mutations qui vont se produire. Il y a aussi une accumulation. Quand on consomme trop ces aliments ultra transformés, il y a un excès de gras viscéral. Ce gras viscéral est tout aussi inflammatoire. Il produit des cytokines pro-inflammatoires. Sans compter que ça, c'est un point, mais après, je pense qu'il y a des effets synergiques. C'est-à-dire que cette consommation d'aliments ultra transformés, plus de la sédentarité avec le fait de rester devant ses écrans, son iPhone ou son téléphone, ou devant des plateformes télé, et finalement... de ne pas pratiquer d'activité physique, de prendre des snacks, de ne pas arrêter à faire ça, on crée un cercle réellement où on est en excès calorique, on n'apporte pas des aliments bruts avec plutôt anti-inflammatoires type régime méditerranéen, rempli de ce qu'on appelle les assiettes colorées, avec les légumes colorés, remplis de polyphénols, des fruits rouges, tout ce qui... les petits poissons de grade et tout ce qui nous fait du bien. Et voilà, donc moi, ça m'a choqué parce que je ne savais pas qu'il y avait un tel impact. Et en plus, ces aliments ultra transformés, ce n'est pas que les cancers, c'est que ça va jouer sur notre psychologie, ça va favoriser plus la dépression, plus l'anxiété. Ça fait aussi, ça favorise le diabète de type 2. C'est que le diabète de type 2 aussi... Et cet état pré-diabétique, le syndrome métabolique, c'est aussi un facteur de risque de cancer. Donc clairement, il y a tout ce rôle de la nutrition et du surpoids qui sont des enjeux majeurs, en plus du tabac et l'alcool qui sont les deux gros facteurs de risque. Et après, je dirais, oui, la sédentarité, moi, je trouve que c'est un vrai fléau et qu'il faut bouger, marcher, faire des petites activités. Et on voit à quel point il y a plein d'études qui sont publiées. Dès qu'on fait 4 minutes de plus d'activité physique, dès qu'on va remonter les escaliers après un repas, alors évidemment, il faut être stratégique et mettre de l'activité physique après le repas, c'est ce qu'il y a de mieux. Et c'est pour ça qu'on dit d'essayer de dîner léger parce que les gens, après le dîner, s'ils restent sur leur canapé et qu'ils regardent la télé et puis après qu'ils vont dormir et qu'ils se sont fait un énorme plat de pâtes, tous ces glucides en excès, le corps va le stocker et après ça va être très compliqué de le perdre.
- Speaker #0
Absolument, absolument. Et tu mets le point sur l'alimentation. C'est vrai que je pense que c'est une zone aveugle dans notre métier, parce qu'à part nos collègues diététiciens, nutritionnistes, il y a quand même peu de praticiens cliniciens qui s'intéressent à l'assiette des gens. Pourquoi ? Parce que c'est extrêmement chronophage, en fait. Ça mérite un calendrier alimentaire, des questions, ça prend beaucoup de temps. Et en fait, c'est difficile de poser ces questions, de rentrer vraiment dans le détail. Merci. Et comme tu le dis... On sait maintenant qu'il faut manger des aliments bruts, des aliments colorés. Aux Etats-Unis, ils disent « hit the rainbow » , il faut que ton assiette soit colorée. Tu parles du régime méditerranéen qui est hyper intéressant, la sédentarité évidemment. Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cette partie. La suite vous attend dans le prochain épisode. Pour ne rien manquer de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant à ce podcast. Et si vous aimez mon travail, le meilleur moyen de me soutenir, c'est d'en parler autour de vous, à vos consoeurs ou vos confrères. Enfin, un petit geste qui fait une grande différence. Laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. Ça m'encourage énormément et ça aide d'autres médecins à découvrir Superdocteur et partager ensemble des idées pour améliorer nos soins et enrichir nos pratiques. A très vite sur le podcast !