- Speaker #0
C'est que des gens viennent me voir avec un motif lambda et la consultation se finit en pleurs, tu vois. C'est un schéma classique. Je te donne un exemple, une dame vient et me dit « Ouais, je suis un peu fatiguée, j'aimerais bien faire un bilan. » Voilà, début de la consultation. À la fin, elle en a ré pendant un mois parce qu'en fait, je lui dis « T'es en burn-out. »
- Speaker #1
Est-ce que tu regrettes d'avoir choisi de la médecine générale à l'internat ?
- Speaker #0
Alors, je ne regrette pas, mais c'est vrai que sur les dernières années, il y a souvent eu des moments où je me suis posé la question « Est-ce que t'as bien fait ? Est-ce que t'as pris la bonne décision ? » J'ai dû prendre un avocat pour débloquer la situation, pour travailler. du... Payer 1200 euros de frais d'avocat pour avoir le droit de bosser. Et j'ai pas été indemnisé pour ça, je peux pas travailler, débrouillez-vous monsieur. Attendez, attendez que l'administration fasse son taf, mais en me renseignant je savais que ça pouvait durer des mois.
- Speaker #1
Est-ce que t'estimes que le temps, l'énergie que tu consacres à tes patients, ça te permet une rémunération qui te satisfait ou pas ?
- Speaker #0
Alors comment te répondre ?
- Speaker #1
Avant de poursuivre cet épisode, voici un chiffre à retenir. Un adulte français sur 5... C'est aujourd'hui la réalité de l'obésité en France. On ne se sent pas toujours concerné et pourtant, un surpoids qui s'installe peut évoluer progressivement vers l'obésité, une maladie chronique définie, entre autres paramètres, par un IMC supérieur ou égal à 30. Et si cela vous concernait, vous pouvez calculer votre IMC en ligne, consulter les pages dédiées de l'assurance maladie ou en parler avec un professionnel de santé. Ceci est un message de sensibilisation relatif à la santé humaine porté par le laboratoire Lili. La raison qui t'a fait choisir la médecine générale ?
- Speaker #0
La polyvalence.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en sortant de la fac ?
- Speaker #0
Le manque de connaissances sur la gestion du métier en fait.
- Speaker #1
Qu'est-ce que l'ancienne génération devrait comprendre de votre activité de médecin généraliste ?
- Speaker #0
Qu'on ne peut plus exercer comme eux ont exercé parce que la société a changé.
- Speaker #1
Salut Walid Mekedem, je suis très heureux d'être avec toi aujourd'hui. Ça faisait très longtemps que j'avais envie de faire ce podcast parce que ça fait des années que je vois ton contenu de médecin, notamment sur YouTube. Et récemment, tu t'es mis à documenter ta carrière de médecin généraliste. Tu vas pouvoir me raconter tout ça. Merci beaucoup d'avoir pris ce temps avec moi. Et je vais te laisser, si tu veux bien, mon cher Walid, peut-être nous expliquer D'où tu viens ? Tu es créateur de contenu, tu es médecin généraliste. Et puis me dire où est-ce que tu en es actuellement dans ta carrière médicale et en ligne ?
- Speaker #0
Très bien. D'abord, salut Mathieu. Merci pour l'invitation. Je suis très content d'être ici. Je vais répondre à ta question. Tu m'interromps si je fais un monologue. Je vais commencer par me présenter. Je suis médecin généraliste. J'exerce actuellement à Lille. Ces dernières années, j'étais... Plutôt à Paris, j'exerçais à Paris, donc je te raconte un petit peu le cursus. J'ai fait mes études ici, en tout cas dans le Nord, mon internat ici aussi. Et je suis parti après un an de remplacement que j'ai fait ici dans le Nord, en région parisienne. Pourquoi ? Bah écoute, j'ai fait toute ma vie ici, je suis vécu dans une ville de taille moyenne, on va dire, qui s'appelle Tourcoing, je ne connaissais pas vraiment autre chose. Il y a eu la période Covid. qui a ponctué la fin de mes études, en fait. La dernière année, c'était le Covid, le passage de la thèse pendant le Covid, avec les confinements. Et même le début, en tant que remplacement, c'était pendant le Covid, confinement, tu vois.
- Speaker #1
Du coup,
- Speaker #0
après la fin de cette période, il y a eu un côté, j'en ai marre, j'ai envie de voir autre chose, j'ai envie de tenter d'autres aventures. Et du coup, effectivement, comme en parallèle, je n'avais pas que la médecine, mais j'étais déjà à l'époque sur les réseaux à faire du contenu et que j'avais eu des opportunités. qui s'ouvrait à moi, je suis parti sur Paris. Et donc, je suis parti sur Paris à la fois pour bouger, pour tenter d'autres choses et pour développer mon contenu, on va dire, média. Et donc, arrivé là-bas, j'ai arrêté le remplacement ici. Je suis arrivé là-bas. J'ai trouvé rapidement travail dans un centre de santé. Donc, j'exerçais en tant que médecin généraliste dans un centre de santé. En parallèle, j'ai pris le temps de développer. Donc, j'avais ma chaîne YouTube. J'ai fait un petit peu de chronique télé. pour une émission sur la 5, c'était avec Jamy de C'est Pas Sorcier. Ça a duré un an. Et donc, en fait, à la base, j'avais commencé à faire des chroniques à distance dans le Nord. C'était beaucoup plus convivial et plus simple de venir sur Paris, d'enregistrer ça. Tu vois, j'ai fait des chroniques radio sur ce qu'on appelle une radio qui s'appelle Beur FM. Enfin bref, il y a eu comme ça des événements même qui se sont passés ici sur Paris. Et c'était vraiment l'idéal d'être sur place. Donc, à côté de ça, ça m'a permis aussi de faire d'autres rencontres. J'ai fait mon temps au centre de santé à peu près de trois ans, un peu moins de trois ans, deux ans. Et vraiment, à la fin, ça ne matchait plus. Le centre de santé, moi, c'était plus compatible avec ma manière de voir la médecine, mon exercice. Et du coup, j'ai mis un stop. J'ai mis un stop et du coup... fin 2023, comme ça. Et j'ai pris un temps. Pour le coup, là, j'ai fait une vraie pause avant de me dire, mais qu'est-ce que je fais ? Et du coup, j'ai sauté le pas. Je me suis ensuite installé à mon compte en tant que médecin libéral à Paris, à ce moment-là. Et je suis resté à Paris deux ans, installé en cabinet seul. Et après, au bout d'un moment, ça n'avait plus trop de sens pour moi de rester en Ile-de-France. Parce que j'avais fait ce que j'avais à faire. J'avais pris mon expérience du réseau, des connaissances. J'avais tenté différentes aventures. Et donc, je me suis dit, maintenant, franchement, j'ai envie de retourner aux sources. Rentrer d'où je viens, dans le Nord. Et du coup, j'ai fait la transition. Et cette année, c'est assez récent, je suis rentré dans le Nord et je me suis installé à Lille. Avec, en gros, ma valise d'expérience de tout ce que j'ai acquis dans la capitale ces dernières années.
- Speaker #1
Génial. Et je suis très heureux d'être avec toi aujourd'hui parce que récemment, tu t'es mis à davantage documenter ta réinstallation en fait. Et tu as produit beaucoup de contenu sur YouTube. Tu me disais que tu avais 2000 vidéos, je crois. 1000 vidéos. 1000 vidéos sur ta chaîne, c'est énorme. Et au début, tu faisais différents types de contenus. Tu as publié du contenu purement médical avec des symptômes plutôt grand public. Et tu t'es mis à documenter ta vie de jeune installé. J'ai trouvé ça super intéressant. Et ce qui m'a beaucoup intéressé, et si tu veux bien qu'on creuse un petit peu ça dans notre discussion aujourd'hui, c'est parler de notre spécialité, la médecine générale, parce que tu es un des rares à la défendre dans un contexte qui est quand même super difficile pour nos confrères, nos consoeurs, parce que c'est une spécialité qui fait envie. Le choix à l'internat est assez suivi par beaucoup de gens. Et en même temps, c'est une spécialité qui présente plein de, pas de défauts, mais d'écueils, notamment au niveau de la qualité de vie, du burn-out, du risque de maladie mentale, des médecins généralistes plus que les autres, etc. Et donc, je suis super heureux de parler de ça avec toi. Et est-ce que tu peux me dire d'abord, qu'est-ce qui t'a attiré dans cette spécialité ? Qu'est-ce qui t'a fait envie dans la médecine générale ?
- Speaker #0
Alors déjà, quand j'ai fait médecine, initialement, je partais pour... chirurgien. Donc voilà, depuis petit, je m'étais dit, ouais, franchement, j'aime trop ça. J'avais fait un petit stage d'observation au collège ou au lycée, je ne sais plus. Au final, ce qui s'est passé, c'est que pendant les études, ça ne m'a plus donné envie. Une fois que j'ai entamé les vrais stages d'externe, plusieurs semaines, que tu fais du bloc, etc., j'ai dit non, franchement, ça ne me branche pas du tout, finalement. Donc, ce qui s'est passé, c'est que je me suis plus orienté vers tout. les aspects des spécialités médicales, mais impossible de faire un choix. C'est-à-dire, à chaque fois, je retrouvais des choses que j'aimais dans une, puis dans une autre, et inversement. Les stages se sont passés, puis un jour, j'ai fait un premier stage dans un service de médecine, je pense, polyvalente, ou un SSR, tu vois. Et donc, c'était super, bonne ambiance, etc. On faisait un peu de tout. Les médecins, t'es des médecins généralistes, tu vois. Je me suis dit, ah ouais, c'est pas mal, je peux être médecin généraliste à l'hôpital. faire ce que vous faites et tout, c'est quand même top, voir un peu toutes les spécialités du coup qu'on voit en cours et après j'ai enchaîné sur un autre stage qui était le stage de médecine en cabinet et donc c'était vraiment l'enchaînement alors je sais pas s'ils se sont enchaînés directement mais en tout cas j'ai fait ces deux stages et je me suis dit quand je suis arrivé en cabinet waouh nouvelle manière aussi d'exercer on sort de l'hôpital je vois que c'est différent que sur aussi la qualité de vie. Je peux vraiment aussi faire à ta sauce, tu vois, c'est très différent. Et je me suis dit, mais en fait, ça m'offre trop de possibilités pour la suite, si je prends médecine générale. À la fois, je peux toucher à tout ce que j'aime bien, je peux exercer soit à l'hôpital, soit en ville, avoir vraiment des manières d'exercer très différentes. Et du coup, ça restait dans ma tête jusqu'à la fin, jusqu'au choix. Après, pour être honnête, au moment du choix, ça a été à nouveau difficile parce que sans vouloir me vanter, je suis arrivé quand même bien classé. à l'ECN et donc j'avais vraiment le choix des spécialités. Je me suis dit bon attends, qu'est-ce que tu fais ? Tu n'as vraiment le choix là, donc réfléchis bien. Je partais sur médecine générale mais bon, quand tu peux choisir des spécialités, on va dire, pour la cote, tu vois, tu te poses la question quand même. Et donc, j'ai passé vraiment un été à réfléchir. C'était fou. D'ailleurs, je ne vais pas m'auto-flasher, mais c'est vrai que sur le coup, c'était dur de rester sur le choix de base. Tu vois. Mais finalement, à l'approche du choix, je me suis dit non. Franchement, je pensais à des spécialités avant le choix auxquelles je ne pensais pas avant. Tu vois, ce n'était pas logique.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Tu vois, ce n'était pas logique. Donc, je me suis dit, reste sur ton choix de base. prends la médecine générale. Et puis, de toute manière, c'est ce que tu voulais faire déjà depuis à peu près un an. Tu vois, je m'étais à peu près fixé à la fin de la cinquième année que je voulais faire médecine générale. Et donc, j'ai fait ma D4, enfin ma sixième année, en disant je pars sur ça. Mais évidemment, avec la pression du concours, les gens qui se comparent, les classements, à la fin, tu te montes un peu la tête aussi et tu te dis vas-y, je prends peut-être autre chose. Mais après, te sortir un peu de la fac, avoir pris des vacances. m'être rapproché du choix de la date. J'ai dit, bon, non, reste sur ça. Et du coup, c'est pour ça que j'ai pris ça. D'ailleurs, à l'époque, j'avais fait une vidéo sur ce sujet, sur ma chaîne, qui avait beaucoup marché parce qu'en fait, ça a parlé à du monde, de ce côté j'ai l'impression et je vais faire un choix pas parce que j'ai envie vraiment, mais parce que j'ai l'impression je dois faire ce choix, tu vois.
- Speaker #1
Ah ouais, t'as eu l'impression du choix, d'avoir le choix. Est-ce que tu regrettes ton choix ? Est-ce que tu regrettes d'avoir choisi de la médecine générale à l'internat ?
- Speaker #0
Non, alors, je regrette... pas, mais c'est vrai que sur les dernières années, il y a souvent eu des moments où je me suis posé la question, est-ce que t'as bien fait ? Est-ce que t'as pris la bonne décision ? Et en fait, c'est maintenant avec le temps qui passe que je me dis, ouais, en fait, j'ai pris la bonne décision. C'est juste que quand tu prends médecine générale, il faut te dire pourquoi je la prends. C'était pour faire la médecine à ma sauce, mais du coup, il faut que tu fasses la médecine à ta sauce. Parce que si tu la fais comme tout le monde ou comme on te dit de la faire, ben là, tu... tu peux regretter potentiellement ton choix. Mais sauf que ça ne se fait pas du jour au lendemain. Une fois que tu t'installes, il faut du temps. Moi, maintenant, ça fait six ans que j'ai fini l'internat. Il m'a fallu du temps pour pratiquer comme je pratique aujourd'hui. Et encore, je suis toujours dans l'apprentissage, je compte faire d'autres choses, etc. Et c'est maintenant, avec le temps, que je me dis que c'était vraiment l'option qui me correspondait le mieux. Tu ne peux pas forcément t'en rendre compte tout de suite. Il faut laisser le temps. faire les choses aussi, tu vois.
- Speaker #1
Il y a un truc que j'ai appris dans mes études, qui sont quand même longues, on a quand même des longues études, c'est de s'écouter. Alors, je suis désolé, c'est une lapalisade, tout le monde te le dit tout le temps, mais il ne faut pas trop écouter les sirènes tout autour si tu sens que ça rentre en dissonance avec ce qu'il y a dans ton cœur. Là, j'ai des grands mots aujourd'hui. Mais quand tu sens quelque chose en toi, c'est ridicule de te laisser te convaincre par d'autres personnes qui n'ont pas ton histoire, tes sentiments, tes envies. Et je te félicite pour cette décision qui était courageuse parce qu'on voit que ça va être un choix peut-être compliqué de choisir la médecine générale. Et petite parenthèse, tu avais le choix entre quelle spécialité à la fin, tu hésitais entre quoi et quoi ?
- Speaker #0
Bah tout en fait. Parce qu'en gros, pour te dire, j'avais deux ou trois spécialités que je n'avais pas. Genre, je n'avais pas la dermato, je n'avais pas ophtalmo et chair plastique. C'était les trois trucs que je n'avais pas. Mais potentiellement, tout le reste, je pouvais le faire. Et donc, ça laisse du choix. Et donc, quand tu as vraiment le choix, surtout que c'était après les réformes, donc tu as vraiment beaucoup de spécialités. Là, c'était compliqué. Je me suis renseigné, j'ai envoyé des messages, des mails. Tu parles avec ceux qui ont passé l'internat avec toi, enfin le concours, et tu te montes un petit peu la tête. Mais à la fin, je suis parti là-dessus. Et tu sais, j'ai des amis. Enfin, j'en ai un en tête. Vraiment, c'est un peu un modèle parce que lui, il est toujours parti sur « je vais faire médecin généraliste » . Il ne s'est jamais pris la tête. Du coup, son externa et tout, ça s'est passé. Voilà, ça a glissé. Il a pris médecine générale sans réfléchir. Il a fait son interna. Dès qu'il a fini, il a commencé à avoir un rythme de vie, celui qu'il voulait en fait. Parce qu'il ne se torturait pas la tête à dire ce que je dois faire, si, ça, comment, est-ce que je tombe des trucs ? Tu vois, il ne s'est pas laissé mettre la pression par les autres. Mais bon, ce n'est pas facile. Franchement, ce n'est pas facile. Et je comprends les étudiants qui peuvent se monter la tête, tu vois. Mais en tout cas, voilà. Donc là, je ne regrette pas, tu vois. Mais voilà, je ne regrette pas.
- Speaker #1
Très bien. Et est-ce que tu peux me raconter comment se sont passées tes premières années ? truck. commencé à bosser en médecine générale, donc en ambiance Covid ou post-Covid, etc.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Est-ce que cette activité initiale de médecin généraliste correspondait à ce que tu t'es fait comme idée ? Est-ce que tu as eu peur parce que ça n'avait rien à voir ? Est-ce que tu as pris du plaisir ? Est-ce que tu as stressé ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Alors, la première année, après l'internat, ça se finit en octobre-novembre, tu vois. Novembre, c'était le mois du confinement. J'ai commencé à travailler fin novembre en remplacement dans un petit cabinet. En fait, la première année, j'ai fait une dizaine, je pense, de remplacements différents, tu vois, dans les villes du nord, près de chez moi, Tourcoing, Roubaix, Waterloo, des villes comme ça. Et il y a des cabinets où c'était mieux que d'autres. Tu vois, franchement, il y a des cabinets où je me suis senti bien, à l'aise, surtout ceux qui étaient dans ma ville, tu vois. Mais de manière quand même majoritaire, ce n'était pas ma place, tu vois. C'est-à-dire que déjà, je sentais que j'étais dans le cabinet de quelqu'un d'autre, avec le patient de quelqu'un d'autre, avec sa manière de faire, tu vois. Je me sentais nomade. Et puis, donc, c'était une année où c'était aussi la médecine qui se ressemblait dans le sens où tous les médecins pratiquaient à peu près de la même manière. C'était une médecine aussi très âgée. Je ne vais pas mentir. C'est-à-dire que la population est assez vieillissante, polypathologique, classique. Les personnes avec diabète, hypertension, des listes de traitements qui sont assez costauds. Et donc, je dis, ça ne peut pas se finir comme ça.
- Speaker #1
Il faut que je fasse autre chose.
- Speaker #0
Je sais qu'il y a des options différentes. Je sais qu'il y a des options différentes. Et donc, il faut que j'aille voir ailleurs. Et c'est pour ça, d'ailleurs, je suis parti. Donc, alors, après un an de remplacement ici, voilà, teinté, on va dire, de cette manière de faire, avec une population assez homogène, c'est très homogène ici dans le Nord quand même, je suis parti à Paris. À Paris, là, c'est pas pareil. Donc, je suis arrivé dans le 19e arrondissement. Paris, c'est des populations très mélangées, mais vraiment très mélangées. C'est-à-dire, on ne peut pas faire plus mélangé, je pense, en tout cas en France. Les gens viennent de partout, donc ils ont des problèmes que tu vois que là-bas, tu vois que à Paris. Donc, beaucoup de pathologies liées, tu vois, les trucs infectieux, les choses aussi un petit peu rares, les choses très liées aux ethnies, tu vois. Et puis là-bas, tu vois, j'ai vu beaucoup de monde, beaucoup de liens aussi avec les hôpitaux. J'ai beaucoup développé le côté clinique là-bas et ça m'a vraiment élargi, c'est-à-dire il y avait le côté aussi que j'avais trouvé dans le Nord, mais il y avait aussi une population beaucoup plus jeune, beaucoup d'enfants. Là-bas, tu vois, dans le 19e, c'est vraiment, je ne sais pas c'est quoi le taux de natalité là-bas, mais beaucoup d'enfants, population plus jeune, des pathologies qu'on ne voit pas ailleurs, etc. Donc, je fais, c'est bien, en tout cas, c'est une bonne chose que je sois venu, j'ai vraiment appris beaucoup de choses, mais pareil, au bout d'un moment, ok, c'est la même chose, il faut que je tente autre chose. Et du coup, après, je suis parti m'installer à mon compte. Et puis, à mon compte... Ce n'est pas pareil. Donc, j'ai vu moins de monde, moins de monde à mon compte, des consultations plus longues, mais du coup, plus axées sur le côté aussi psychologique, le lien, le corps, l'esprit. Et c'est là que j'ai débloqué, on va dire, un niveau. C'est-à-dire qu'avant, j'étais vraiment dans ce qu'on m'a appris, découvrir des nouveaux trucs, la clinique à fond. Et puis, troisième étape, quand je me suis installé à mon compte, c'est que c'est beaucoup plus compliqué que ça. Il y a des choses qui sont vraiment liées. surtout à notre mode de vie, tu vois, à notre manière de penser. On développe des problèmes de santé liés à notre travail, à notre morale, à notre état psychique, tu vois. Et donc, ça a été beaucoup de consultations axées sur ça où j'ai essayé de faire le lien entre différents problèmes parce que les gens, souvent, te consultent pour une chose, mais souvent, ils ont beaucoup de choses à raconter. Alors, si tu n'as pas le temps, c'est difficile. Si tu prends... temps et que tu commences à tout connecter, tu te rends compte que tu n'es pas la même médecine que ce que tu faisais jusqu'à maintenant. Forcément, ça prend plus de temps, mais ce n'est pas du tout pareil. Et du coup, là, j'ai développé, aujourd'hui, on donne beaucoup de nom à ce genre de pratique, on parle de médecine intégrative, etc. Mais c'est ça, c'est-à-dire, en fait, la seule différence qu'il te faut, c'est avoir plus de temps, apprendre à mieux connaître les personnes, comprendre le contexte, leur environnement. et savoir s'ils ont d'autres problèmes que celui qu'ils viennent te raconter le jour J. Et du coup, là, tu développes aussi un autre niveau d'expertise.
- Speaker #1
Absolument. Ah ouais, là, tu parles à un convaincu. Moi, c'est ce que j'essaie de pousser comme message sur ce podcast, notamment. Je te remercie. Je trouve que tu le décris très, très bien, ce parcours de médecin généraliste qui est en fait assez commun, où on commence cette activité par des schémas qui nous sont imposés. En général, on remplace. chez quelqu'un d'autre, un confrère, une consœur, souvent beaucoup plus âgés que nous, avec un vieux bureau, des papiers partout, des passions qu'on ne connaît pas. Et on se retrouve un peu pris dans ce carcan de cette activité qu'on n'a pas vraiment choisie. Et en fait, vient le moment où on se pose des questions, parce qu'en plus, quand on commence à remplacer, en général, on n'a pas 15 ans, on a plutôt une trentaine. Et donc, c'est l'âge où on gagne en maturité à se poser des questions sur notre exercice. Et si on franchit le pas comme toi, ont réfléchi à un autre mode d'exercice, à faire ses propres règles. Du coup, à quoi ça ressemble ton activité aujourd'hui ? Quels sont tes patients ? Est-ce que tu me parles donc d'une médecine un peu plus lente, avec plus d'écoute, plus de qualité ? C'est de faire plus de liens entre les différents mots de tes propres patients. Est-ce que tu as des actes particuliers dans ton cabinet ? Est-ce que tu as développé, je ne sais pas, des cotations particulières ? Est-ce que tu fais de la nutrition ? À quoi ça ressemble ton activité aujourd'hui ?
- Speaker #0
Ok. Alors, mon activité aujourd'hui, donc il y a beaucoup tout ce qui est axé surmenage. Sermenage, burn-out, pathologie physique liée à un état de stress chronique. Ça, j'ai beaucoup développé ça dans le chapitre 3, celui à Paris, donc où j'ai vu beaucoup de gens plutôt être actifs, jeunes actifs, ou plus âgés qui... C'est des métiers à Paris, je voyais beaucoup de gens dans la finance, les banques, la communication, le marketing, la pub, ceux qui travaillent en entreprise. Et c'était des schémas qui se répètent, similaires. Et donc, j'ai vu beaucoup de monde avec des problèmes différents, mais des bases communes. Des modèles qui se répètent, des schémas qui se répètent. Et donc, on va dire, j'ai développé une manière d'aborder le sujet, de comprendre, etc. que du coup, maintenant, j'ai amené ici à Lille. Donc à Lille, le problème est peut-être un peu moins présent que là-bas, mais du coup, je le repère, tu vois. Et les gens, en général, quand je le repère, on ne leur a pas forcément parlé de ça parce que ce n'est pas trop la culture non plus ici. La culture du burn-out, etc. Les gens en entendent parler, mais quand tu ne vis pas à Paris, tu es peut-être moins confronté à ce genre de problème, tu vois. Je ne dis pas que ça n'existe pas, mais tu comprends. Donc, j'ai vraiment ces consultations. soit là j'essaye de faire un peu la prévention parce que des fois ce qui se passe alors je rigole mais c'est pas normal c'est que des gens viennent me voir avec un motif lambda et la consultation se finit en pleurs tu vois, ça c'est un schéma classique c'est un schéma classique le truc classique, je te donne un exemple une dame vient me dire ouais je suis un peu fatiguée j'aimerais bien faire un bilan, voilà, début de la consultation à la fin elle en a répondu pendant un mois parce qu'en fait je lui dis t'es en burn out tu vois, parce que Merci. je lui dis mais pourquoi tu veux faire un bilan en fait t'es jeune, t'as 30 ans, t'es en bonne santé, t'as aucun problème c'est quoi, raconte moi, mais je lui dis mais attends c'est quoi le contexte, tu travailles dans quoi tu fais quoi, c'est quoi ton mode de vie, ta famille tes responsabilités et là tu vois le visage il commence à changer d'expression, les yeux qui deviennent rouges, les larmes, et là tu sais que t'as appuyé sur un bouton tu vois, mais en fait faut aller le chercher ce truc là, il faut aller le chercher il faut appuyer, et ça j'ai développé on va dire ce truc à Paris tu vois, à Paris j'ai développé ça là-bas Donc, il y a toutes mes consultations où les gens viennent un peu tout venant et après, j'aborde un petit peu ce côté. Il y a ceux qui viennent directement pour ça parce que je l'ai mis dans mes motifs de consultation, tu vois, sur menage, etc. Donc, ça, c'est un aspect particulier. Après, j'ai les consultations où j'ai des patients qui ont plein de problèmes chroniques, tu vois, et qui veulent un temps long pour faire ça, tu vois. C'est-à-dire... Ça, c'est vraiment ce que j'ai vu, surtout la première année. Les gens ont plein de problèmes. Tu les vois rapidement. Tu n'as le temps de ne pas faire grand-chose. Ça va trop vite. Donc, j'ai mis des consultations, pathologie chronique, des tendons dédiés à ça. Et les gens viennent et me disent, OK, j'ai ça, On ne part pas sur une consultation, un motif. Là, on se dit, il faut tout mettre à plat. Il faut faire les liens. Il faut voir ce qu'on peut modifier, comment il faut avancer, etc. Donc, les consultations à dire. multimotifs, tu vois, pour pathologie chronique. Après, j'ai aussi maintenant quelque chose d'assez récent, mais qui date de cette année, c'est les consultations obésitées. Donc, ça, c'est grâce à un autre médecin. D'où l'importance aussi, comme j'ai dit, de rencontrer les gens. Moi, c'est une personne que j'ai rencontrée aussi via mes aventures précédentes. Après, on a gardé le lien. Donc, c'est un médecin aussi très axé sur la prise en charge de l'obésité. Il m'a mis dans le truc, tu vois, tout doucement. Et donc après, j'ai développé des consultations à part pour ça, avec l'initiation aussi, l'instauration des nouveaux traitements, l'analogue GLP1, le suivi sous ces traitements, etc. Donc j'ai vraiment une branche de ces traitements. Après, j'ai des consultations qui sont liées à un problème spécifique de la femme qui n'est pas très connu, qui s'appelle le trouble dysphorique prémenstruel. Voilà, donc ce n'est pas connu, mais c'est quand même assez fréquent, c'est très handicapant. Et ça, pareil, c'est les histoires de la vie, les rencontres, etc. qui m'ont amené à ça. J'ai développé ça.
- Speaker #1
Tu peux me rappeler ce que c'est, le trouble dysphorique prémenstruel ?
- Speaker #0
Alors, en fait, c'est un syndrome prémenstruel, mais pathologique. Les femmes ont vraiment un état dépressif marqué avant la période des règles, qui devient un véritable handicap. Elles sont vraiment en incapacité de travailler, de fonctionner, peuvent avoir des idées suicidaires, etc. C'est peu connu, mais c'est beaucoup plus fréquent que ce qu'on pense. C'est difficile du coup à déceler parce que les gens ne parlent pas forcément, ils ne connaissent pas. Mais au bout d'un moment, surtout maintenant à l'ère des réseaux, etc., les gens se renseignent et commencent à connecter et se dire « Non, en fait, j'ai un problème là, clairement, si je ne suis pas en état de fonctionner chaque mois pendant une semaine, voire deux semaines chez certaines femmes. » C'est qu'il y a un problème. Donc, il y a une prise en charge particulière. Il y a des traitements aussi particuliers qu'on peut instaurer. Et donc, voilà, j'ai développé ça. Donc, je suis en contact avec une psychologue qui est spécialisée du sujet aussi, qui est sur Paris. Et puis, on travaille en binôme. C'est-à-dire, je vois pour l'asthme médical. Et puis, elle fait le suivi psychothérapeutique à côté.
- Speaker #1
Waouh, c'est passionnant. Dis donc, tu t'es fait une activité sur mesure avec ce que tu aimes. Et ce dont tu es bon et compétent, il y a un mot japonais pour ça. Ikigai. Exactement, tu as trouvé ton ikigai. Et là,
- Speaker #0
la nouvelle piste, parce que j'ai commencé un petit peu, mais je n'ai pas vraiment… Enfin, si, je pense que j'ai créé un consulte là-dessus, c'est la ménopause. Ça s'est fait de fil en aiguille. Pareil, un autre médecin m'a dit, écoute, la ménopause, c'est un vrai sujet. Donc, j'ai appris à écouter, à rester ouvert. Il m'a dit ça. Je suis... j'étais en face du furet du nord à Lille, on était sur une terrasse, je partais acheter un livre sur la ménopause. Un médecin, docteur Michel Mouly, à ce moment-là, il me fait la liste du sujet. Je fais, purée, mais je ne savais pas tout ça, etc. En fait, ça arrivait dans une période où moi, j'étais déjà sur mes consultations obésité et où 80% des gens qui me consultent, ce sont des femmes, pour la plupart d'ailleurs, entre 44 et 60 ans. Je me suis dit, non, mais là, ça se connecte trop. Donc, je me suis rendu compte que... Il y a un truc à faire avec les traitements hormonaux de la ménopause qui sont diabolisés, les gens en ont peur. En fait, j'ai appris que ça peut être hyper important chez les femmes bien ciblées de le mettre de manière précoce pour éviter tous les dérangements liés à la ménopause et les pathologies qui peuvent être liées avec. Et donc, tout doucement, j'essaye de me faire mon expertise, l'expérience dans ce domaine.
- Speaker #1
Magnifique, quel chemin, c'est fascinant. Ça fait très... Je suis très heureux de t'entendre raconter ce chemin qui est plein de passion, plein d'envie. Et en fait, c'est ça la vie, c'est de suivre ce qu'on aime. Et en plus, si tu peux rendre service grâce à cette curiosité et ces nouvelles compétences, tes patients, tes patientes, c'est fantastique. Est-ce qu'après ces petites années de recul, tu conseillerais ta spécialité à un jeune médecin qui choisit la médecine générale à l'internat ? Est-ce que tu lui dirais, vas-y, fonce ? Merci. Attends, méfie-toi parce qu'il y a quand même tout un tas de problèmes qui viennent avec cette médaille à son revers. Donc, vas-y, Molo.
- Speaker #0
Alors, c'est une question, il n'y a pas de bonne réponse, je pense, parce que ça dépend du profil de chacun. Déjà, avant de parler à ceux qui vont choisir une spécialité, ceux qui vont choisir médecine tout court. Déjà, je leur dirai, si vraiment, ce n'est pas ta passion ou tu n'as pas vraiment envie de t'y mettre à fond. N'y va pas, c'est trop long, ça demande trop de sacrifices. Et si tu n'étais pas hyper motivé de base, je pense que ça ne vaut pas forcément le coup de s'investir là-dedans. Après ça, c'est mon avis. Je sais qu'il y en a qui sont entrés là-dedans sans forcément le vouloir. Après, au fur et à mesure, ils apprécient, etc. C'est vrai, ça existe. Mais ça veut dire, mon conseil à quelqu'un qui sort du lycée, je ne lui sais pas trop ce qu'il veut faire, mais on lui dit, bon, tu es bon en sciences, etc. Pourquoi ne tirer pas en médecine ? Je lui dis, écoute... Si vraiment tu n'as pas trop envie, n'y va pas, fais autre chose. Ça, ce serait le conseil pour les plus jeunes. Après, pour les plus âgés qui vont choisir du coup leur spécialité, comme tu l'as dit tout à l'heure, je dirais déjà, prends ce que tu as envie de prendre vraiment. C'est-à-dire même si ta spécialité n'est pas cotée. Par exemple, tu as envie de devenir psychiatre et que souvent, on dit que la psychiatrie, ce n'est pas ouf, etc. Moi, je ne le dis pas, mais en tout cas, ça a une réputation comme ça pendant les choix d'internat. Écoute, si vraiment tu as envie de le faire, fais-le. Donc déjà... Essaye d'apprendre à t'écouter, à te connaître, à savoir ce dont tu as envie. Après, si tu vas avoir une pratique dans laquelle tu vas prendre le temps de voir où tu veux aller, La médecine générale, c'est un bon choix parce que comme je l'expliquais là avec mon parcours, en fait, une fois que tu es médecin généraliste, tu as le champ libre, tu vois. Même s'ils ont fait pas mal de restrictions sur certaines capacités, diplômes, j'ai envie de dire, on s'en fiche maintenant. C'est à l'époque de l'intelligence artificielle et tout ça, les institutions, les diplômes, tout ça, ça vieillit. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est ta pratique, ton expérience. Tu vois comment tu diriges ta médecine. Si les gens te connaissent, tu ne fais pas des trucs illégals, tu vois, ou dangereux. même si tu n'as pas l'intitulé sur ta plaque, tu vois, médecin du sport ou je ne sais quoi, les gens vont venir quand même te voir s'ils savent que tu as une expertise, une expérience dans le domaine. Donc, en fait, vas-y. Si tu veux faire ta carte blanche, si tu es médecin généraliste. Après, si tu veux faire une autre spécialité, il faut savoir que je ne me connais pas plus que ça dans les autres spécialités, mais tu as aussi sûrement plus de champ libre que ce que la fac peut te laisser penser, qui a une formation très hospitalo-centrée. même si par exemple tu deviens cardiologue tu auras peut-être différentes manières d'exercer mais il faut juste que tu t'autorises à sortir des sentiers classiques t'ailles voir un peu ce qu'il se passe ailleurs et que tu te dises il y a d'autres manières de pratiquer dans ma spécialité moi j'ai un ami qui est médecin qui est cardiologue maintenant il travaille surtout dans une clinique du sport il fait quasiment que du... Oui, ici, dans la clinique de sport, ils ne voient que des athlètes. Après, je pense qu'il y a une petite partie encore d'activité à l'hôpital, donc très universitaire, etc. Mais sa pratique de suivi, des gens qui font du triathlon, etc., ça n'a rien à voir avec ce qu'on t'apprend à la fac ou à l'hôpital. C'est très différent.
- Speaker #1
Et je suis tout à fait aligné avec toi. Malgré qu'actuellement, on a tendance à cloisonner, restreindre encore la médecine générale, on ferme des capacités, on ferme des diplômes transversaux pour permettre, justement, ne plus permettre à certains d'avoir une activité plus spécialisée. Ça reste quand même un domaine d'action, encore aujourd'hui, dans lequel on a une grande manœuvre de liberté. Et on peut encore faire à mon avis beaucoup de choses super intéressantes. Ce qui nous vient du coup à parler du revers de cette médaille, c'est quoi les... gros soucis que tu as pu rencontrer en tant que médecin généraliste libéral que tu n'avais pas anticipé ? L'administratif, l'emploi du temps, les remboursements, que sais-je ? Est-ce qu'il y a des choses que tu n'avais pas anticipées qui vraiment te font dire ça, franchement, ça craint ? Et si j'étais ophtalmo, je n'aurais pas ça à gérer. Si j'étais radiologue, je n'aurais pas ça à gérer. C'est parce que je suis médecin généraliste et ça, ça me casse les pieds de quoi on parle.
- Speaker #0
Déjà, sur le plan médical, les consultations qui ne t'intéresse pas. C'est-à-dire les choses que tu as considérées pas intéressantes, redondantes, etc. Alors ça, c'est vrai que c'était compliqué au début.
- Speaker #1
Tu penses à quel type de consultation ? Les viroses ?
- Speaker #0
Les choses comme ça, les choses banales, classiques, pas trop graves. En tout cas, il y en a plein. Des exemples, il y en a plein. À froid, j'aurais du mal à te faire une liste. Mais il y a... Je sais qu'au début, il y avait plein de consultations. Je me dis que ça me souffre. C'est vrai que j'ai fait 10 ans de médecine. J'aimerais faire autre chose. Ou même les consultations où les gens viennent pour des papiers. Ça arrive souvent. J'ai besoin de certificat. J'ai besoin de remplir tel truc. Toutes ces consultations sur lesquelles tu ne te projetais pas. Tu dis que tu vas être médecin. Je vais faire ma médecine. Ça peut être co-stimulant. Et donc, c'est vrai qu'il y avait beaucoup de consultations qui ne l'étaient pas. Comme je t'ai dit, il m'a fallu du temps pour en sortir. Aujourd'hui, sincèrement, ce n'est plus trop le cas. Il y a des fois des consultations moins stimulantes, etc. Et tant mieux, ça permet d'alléger un petit peu. Mais comme j'ai développé une manière d'exercer différente, ça fait un effet entonnoir à l'entrée du cabinet. Et donc, voilà. Mais ça, tu ne peux pas arriver, pas sortir d'internat direct. Il faut du temps, tu vois. Et encore, là, ce n'est pas tout à fait abouti, ce que je fais. Mais c'est-à-dire que, ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure, tu peux modeler. Tu vois, il y avait une partie de la pratique qui me déplaisait. En fait, je ne suis pas condamné, je ne suis pas obligé de la faire, tu vois. Voilà. Si je décide de faire autre chose, aujourd'hui, tu vois, avec les outils de prise de rendez-vous qu'on a, je disais, tu n'as pas besoin de mettre deux. de spécialité sur ta plaque. Demain, t'es médecin généraliste, tu aimes faire ça, ça, ça, ça, tu peux faire que ça, ça, ça, ça. Tu mets ça comme motif de consultation sur ton docteur libre, les gens vont voir que ça comme motif de rendez-vous.
- Speaker #1
Je me permets une petite parenthèse parce que moi, je n'ai pas d'activité de médecin traitant comme ça, mais est-ce que... Pourtant, ma spécialité, c'est la médecine générale. C'est parce que je fais beaucoup d'échographie, voire quasi exclusivement, en tout cas de plus en plus, mais ça va peut-être amener à changer. On ne sait pas de quoi l'avenir est fait. Mais sur Doctolib, si tu mets des motifs de consultation, qu'est-ce qui se passe si tu es médecin généraliste et quelqu'un vient te voir parce qu'il a une gastroenterite, une rhinopharyngite, mais il a bien vu que tu n'étais pas marqué dans ton Doctolib, mais il a quand même vu que tu étais médecin généraliste, donc il va quand même venir te voir.
- Speaker #0
D'accord, j'ai le motif consultation classique, mais j'ai aussi plein d'autres motifs. Il faut qu'au fur et à mesure, tu te répertories, comme médecin qui fait ça.
- Speaker #1
Donc les gens cochent d'abord sur Doctolib le motif pour lequel ils vont venir te voir, et en général, c'est des motifs plus spécialisés que tu as précoché.
- Speaker #0
Voilà, après il y a le motif classique, mais il y a un effet, je ne sais pas quel nom on peut donner à cet effet, Ça recrute quand même différemment.
- Speaker #1
Sélection de patients, ok.
- Speaker #0
C'est-à-dire même les gens qui vont choisir une consultation, ils vont regarder dans leur secteur, ils vont regarder les différents médecins. La vérité, c'est que les gens regardent. Il y en a qui vont prendre rendez-vous vite fait, mais il y en a qui vont regarder un peu les profils, etc. Et s'ils voient aussi que tu as certains domaines d'expertise, même s'ils viennent pour un motif qui n'a rien à voir, ils vont se dire, je vais aller chez lui parce que peut-être ça pourra aussi... correspondre à mon profil.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a cet effet. Ce n'est pas prouvé, je n'ai pas fait d'études sur le sujet, mais je pense.
- Speaker #1
C'est un très bon conseil que tu donnes, c'est-à-dire anticiper son activité. Si on a une appétence pour la nutrition, mettre ça sur le Doctolib, si on a Doctolib ou autre, pour orienter sa patientèle vers ce type de consultation. C'est hyper important parce que j'ai fait beaucoup d'épisodes sur le burn-out, la santé mentale des soignants. Et ce qui revient, c'est ce que tu dis, c'est le genre de consultation qui ne passionne pas pour des viroses, des choses banales, des petits mots du quotidien, quoi, et qui nous font perdre le sens de ce que l'on fait. Parce qu'on a l'impression que qu'on soit là ou pas, ça serait la même chose. Remplir un papier, c'est pas passionnant. Prescrire du paracétamol, c'est pas passionnant. Et le fait d'orienter son activité par ce qu'on aime, ça permet de retrouver du sens dans son activité et de pas... tomber dans ce que tu essaies de soigner comme le burn-out par exemple qui est quand même ultra fréquent et prévalant.
- Speaker #0
Et le burn-out, il existe différents types de burn-out, il ne faut pas penser uniquement à surcharge de travail et aussi perte de sens comme tu disais et du coup la perte de sens peut emmener au burn-out donc il faut trouver une manière aussi d'exercer qui te plaît. Je ne dis pas que ça va régler du coup les problèmes de déserts médicaux ou l'offre par rapport justement à la demande, ça c'est sûr c'est un autre sujet. Mais il y a des choses à changer. Mais si je parle de manière individuelle pour le médecin, il est dans la possibilité d'exercer de cette manière. Après, il faut trouver d'autres solutions à grande échelle pour le pays, on va dire, pour qu'il y ait une offre de soins pour les petites choses du quotidien. Mais je suis sûr qu'il y a des manières de faire. Aujourd'hui, de toute façon, il y a beaucoup de centres qui se développent. Donc, voilà. Mais en tout cas, toi, tout seul, dans ton cabinet, si tu n'as pas spécialement envie de faire beaucoup de ça, tu as le droit. Personne ne te la... ne te l'interdit, tu vois.
- Speaker #1
Absolument. J'ai vu que sur ta chaîne YouTube, tu avais fait un contenu sur le fait que tu t'es installé, tu avais des soucis administratifs. Est-ce que ça, c'est quelque chose qui prend de l'énergie mentale quand on est un jeune médecin généraliste, avec la CPAM, avec l'URSSAF, avec, je ne sais pas, l'ARS, etc. Est-ce que c'est un sujet ou pas ?
- Speaker #0
Ah oui, quand ça arrive, c'est un vrai sujet, parce que pour le coup, ça prend beaucoup de temps.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Est-ce que tu peux en parler ou pas ?
- Speaker #0
Alors, rien pour cette année, parce qu'il s'est passé d'autres choses. Mais en tout cas, cette année, déménagement, je suis revenu dans le Nord. Donc, pour s'installer ici, il faut faire pas mal de papier. Et il faut avoir son inscription faite à la CPM, à la CQ. Donc, pour qu'ils te donnent un numéro Adélie, etc. En gros, la CPM de Paris ne m'a pas radié de là-bas. Et celle de Lille, du coup, ne voulait pas m'inscrire. Et du coup, je suis arrivé dans un no man's land. Moi, tout était prêt, mon cabinet, les autres papiers, tout était OK. Je suis inscrit à l'or, etc. Et je ne peux pas travailler parce que je n'ai pas ce qu'il faut. Tu n'as pas le numéro Adélie,
- Speaker #1
quoi. Le numéro, c'est à mettre sur l'ordonnance.
- Speaker #0
Je n'ai pas le numéro Adélie. Je ne peux pas travailler. Et donc, ça, c'était une prise de tête pas possible. J'ai dû prendre un avocat pour débloquer la situation. Pour travailler, j'ai dû payer 1 200 euros de frais d'avocat pour avoir le droit de bosser. Je n'ai pas été indemnisé pour ça. J'ai pu être un peu remboursé, enfin remboursé quasiment en totalité par l'assurance, mais c'est l'assurance, tu vois. C'est-à-dire que je me suis retrouvé, je ne peux pas travailler, débrouillez-vous, monsieur. Attendez, attendez que l'administration fasse son taf, mais en me renseignant, je savais que ça pouvait durer des mois.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi on ne t'a pas rayé de là-bas pour t'inscrire ici ?
- Speaker #0
Lenteur administrative, tout simplement. Le dossier est en cours. Le jour où j'ai pris un avocat, en quelques jours, il était débloqué.
- Speaker #1
C'est la violence administrative. C'est insupportable.
- Speaker #0
Ils ne se rendent pas compte. Tu es là. En plus, tu vas perdre du déménagement. Tu imagines ce que ça implique en termes de coûts, de stress, de dépenses. On dit non, mais tu ne vas pas travailler. Tu ne vas rien générer. Tu n'as pas le droit aux aides. Tu n'as pas le droit au chômage, aux autres, etc. Quand tu es médecin, tu n'as pas le droit. Parce que si... en fait, tu t'inscris au chômage, on va te proposer deux trucs, t'es obligé de les accepter. Si tu refuses, au bout de deux, trois refus, tu l'as pas.
- Speaker #1
Surtout le temps que ça se mette en place. Ça, il y a moyen qu'on t'autorise à exercer finalement. C'est le procès de Kafka. C'est le... D'où vient l'adjectif kafkaïen, c'est quand t'es aux prises de l'administration. Ça arrive particulièrement dans notre pays. Et tu ne peux rien faire. Il n'y a... aucun responsable, tu n'as pas un contact dans une administration qui te prend par la main et qui va te dire ok je m'occupe de toi et qui t'annonce que dans X jours on sera à telle situation et dans 10 jours ça sera débloqué, tu as toujours des interlocuteurs différents, tu n'as que des plateformes téléphoniques anonymes tu as des plateformes qui foirent non mais ça c'est une horreur donc voilà,
- Speaker #0
avocat pour débloquer le truc, après bon j'ai pu bosser donc ça m'a saoulé quand même cette histoire, et après quelques mois plus tard c'était l'Ursaf Donc, je fais une manœuvre très simple sur le site. Je me dis, bon, allez, au lieu de payer tous les trois mois par virement ou par paiement carte bleue, je dis, bon, quand même, c'est des sommes importantes. Pour la gestion de la trésorerie, je passais en paiement mensuel. J'en avais besoin, j'avais des grosses dépenses et tout qui arrivaient. Je fais la petite manœuvre. En plus, c'est un site à la faire, la manœuvre. À chaque fois que tu te connectes sur le site, ils disent, passez en prélèvement. Je fais, bon, allez, je le fais, deux, trois clics, tac, Je reçois deux, trois jours après l'échéancier, le nouveau, ils avaient doublé mes cotisations, tu vois. Parce que genre, je ne sais pas, bug informatique, ça ne prend plus en compte tout ce que tu as déjà payé le reste de l'année. Et du coup, le reste de l'année, ok, tu vas payer de manière mensuelle, mais chaque mois, on va te vider ton compte, tu vois. Et donc là, début des prélèvements août, j'avais fait ça en juillet. J'ai dit, non mais il faut que je règle ce problème là, ils sont en train, ils vont me foutre. Et donc, j'ai appelé plein de gens et le même problème. qu'avec les sécu, impossible d'avoir, patati patata. Comment j'ai réglé le problème ? Bon, il a fallu faire du bruit sur Internet pour que quelqu'un vienne vers moi pour régler le problème. Et si je n'avais pas eu l'audience, je pense que on aurait pris mon argent.
- Speaker #1
Incroyable. J'ai fait un épisode qui sera sorti quand on sortira cet épisode avec une juriste qui travaillait à l'URSAF, qui est maintenant avocate spécialisée, qui aide les professionnels de santé avec l'URSAF. Elle s'appelle Linda Ausha, elle est fantastique. et elle m'a raconté un petit peu la face cachée derrière le voile de l'URSSAF. Et c'est vrai que c'est un domaine qui est vraiment épouvantable. Et c'est vrai que c'est particulier quand tu es en médecin libéral, mais quelle que soit la spécialité. Mais écoute, je suis content que tu t'en sois sorti. Mais ça, j'avoue que c'est un bon point noir pour la médecine libérale.
- Speaker #0
C'est pas simple.
- Speaker #1
Est-ce que tu es satisfait de ta rémunération maintenant quand tu travailles ? Est-ce que tu estimes que le temps, l'énergie que tu consacres à tes patients, ça te permet une rémunération qui te... Qui te satisfait ou pas ?
- Speaker #0
Ah, c'est un vrai sujet. Ça, c'est une bonne question. Ouais. Alors, comment te répondre ? Quand je travaillais... En tout cas, ce qui est sûr, c'est que quand je travaillais en centre de santé, c'était un vrai sujet et c'est ce qui m'a poussé à partir. Par rapport à ce que je faisais rentrer, je touchais des miettes, en fait. Tu vois ? Et je ne m'en rendais pas compte au début parce que j'étais dans le volume. Je faisais beaucoup de patients, tu vois ? Et donc, ça me permettait d'avoir... entre guillemets, un bon salaire, mais ce n'était pas un bon salaire par rapport à la quantité de patients que je voyais. Le ratio, je ne sais plus c'était combien, mais je pense qu'à la fin, il me restait 30%. 40% de ce que je faisais rentrer, ce n'est rien du tout. Tu imagines, tu vois 70% qui partent. Et le reste... Là, pour le coup, je me suis fait vraiment avoir, parce qu'en fait, j'y suis allé. Il y a eu l'effet lune de miel, j'arrive les mains dans les poches, je ne connais personne, je trouve du travail tout de suite. Ok, c'est vrai, mais ce n'était vraiment pas un bon plan sur le côté finance. Avant ça, il y a eu le côté remplacement. Le côté remplacement, ce n'était pas un bon plan non plus parce qu'en fait, tu as une rétrocession, tu dois donner à celui que tu remplaces et puis après, tu enlèves ce que tu dois enlever, dur safre, retraite, impôts. Et finalement, à la fin, je ne vais pas dire que tu traînes 30%, mais bon... En tout cas, tu es en dessous des 50 souvent. Parce que du coup, si tu fais rentrer autant et qu'un médecin qui dit « Déjà, donne-moi 30% de ce que tu as fait rentrer » , il t'en reste 70. Et sur les 70, tu coupes la poire en deux. pour enlever ton ursaf, ta retraite, bon, niveau volume par rapport à ta rémunération, ce n'est pas top, tu vois. Et surtout que les actes, ils sont très peu valorisés en médecine générale. À l'époque, la consulte, c'était encore 25 euros. La visite à domicile, 35. Quand tu fais deux visites, parce que souvent dans le Nord, ce qui se passait, c'est que tu vas avoir des couples âgés. Et du coup, quand tu fais deux visites dans la maison, tu ne peux pas coter deux visites.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
C'est ça. C'est-à-dire qu'en fait, c'était 35 plus 25 pour le couple.
- Speaker #1
Mais si tu prends les deux cartes vitales différentes,
- Speaker #0
le mari et l'épouse ? Tu cotes le même jour, t'as pas de droit.
- Speaker #1
Ah ouais, d'accord. Parce que t'es sur place, donc le deuxième, c'est pas une visite.
- Speaker #0
C'est pas une visite. Donc, y'a vraiment eu un problème pour ça. Et puis, en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'après, tout simplement, je me suis dit aussi, à moi, de valoriser aussi mon... temps, mon expérience. Et du coup, après, j'ai développé aussi une manière de pratiquer dans laquelle c'est vrai, je valorise certaines de mes comptes. Non, je valorise toutes mes consultations, en fait. Tu vois ? Mais bon, disons-le. Voilà, je vais le dire. T'inquiète, tu peux garder ça au montage. Je suis plus conventionné parce qu'effectivement, c'était un frein. Je ne peux pas faire tout le temps du volume. Moi, je veux prendre le temps, faire de la qualité. Ce n'est pas possible pour moi de faire du à la chaîne et de voir 30 patients par jour avec la médecine dont je parle depuis le début de la vidéo, avec des consultations spécialisées, avec des consultations axées sur tel domaine, tel domaine. J'ai besoin d'au moins 30 minutes quand je fais une consultation spécialisée. Bon, à l'époque, c'était 25 euros la consulte. J'étais en plein cœur de Paris. Je n'ai pas accès au secteur 2 en tant que médecin généraliste. C'est quoi l'autre option ? Je n'ai pas trop… pas le choix en fait, je suis parti directement sur le non conventionnement qui me permet de prendre mon temps et de valoriser mes actes absolument,
- Speaker #1
tu sais j'ai fait tu me l'avais dit en off, je pensais pas que tu voulais en parler mais je suis très heureux que tu le fasses j'ai fait plusieurs épisodes sur le déconventionnement sur le podcast pourquoi ? parce qu'en fait je crois avoir la même démarche que toi intellectuel à vouloir faire une médecine de qualité et je me rends compte qu'en pratique Faire une médecine de qualité, ça demande quoi ? Du temps et de l'attention. Et quand tu passes du temps avec des gens, ça mérite une valorisation, parce qu'en plus, on apprend beaucoup de choses, on multiplie les diplômes, etc. Et ça m'a toujours provoqué une dissonance chez moi, mais je te le dis aussi que si je reviens à une activité clinique pure, il est hautement probable que je la fasse en secteur 3, parce que j'estime que tu ne peux pas en secteur... un, avec une consultation de base qui est aujourd'hui à 30, 31 euros, c'est ça ?
- Speaker #0
30, ouais, 30. 30 euros. Mais c'est récent, hein ?
- Speaker #1
Faire le tour de la question, faire les liens entre le mode de vie, l'hygiène, les traumas, le boulot, la famille, et...
- Speaker #0
C'est pas possible, c'est pas possible.
- Speaker #1
Et c'est tout à fait légitime et entendable. Après, rien ne t'empêche, quand t'es déconventionné, j'ai interrogé des consœurs à ce niveau, il leur arrive aussi de faire des consultations à un tarif plus bas, quand t'as des gens qui n'ont pas de moyens. ça ne t'empêche pas du tout d'adapter tes tarifs comme on te chante. Et tu es obligé d'afficher tes tarifs. Tous les gens consultent les médecins déconventionnés en connaissance de cause. Et il se trouve qu'en fait, la majorité des gens sont ultra satisfaits parce que la santé, paradoxalement, coûte trop peu cher, entre guillemets. Le coût va augmenter ces prochaines années. Donc, si ce n'est pas les médecins qui s'emparent de cette question, ce sera nos gouvernements. Et je pense qu'il vaut mieux que ce soit nous qui embrassons cette question à bras le corps. Je te remercie pour tout ça, pour cette sincérité, Walid. Du coup, qu'est-ce qui pourrait, à l'avenir, te faire quitter cette spécialité ? Est-ce qu'il y a quelque chose que tu vois se passer, venir, où tu te dis, bon, ça, si ça va trop loin, un jour, non, c'est pas possible, je décroche ma plaque, je change de pays, j'accepterai pas ça parce que c'est trop. Est-ce qu'il y a quelque chose comme ça qui t'inquiète dans notre spécialité, dans notre... notre pays, dans notre mode d'exercice ?
- Speaker #0
C'est vrai que c'est les restrictions plutôt liées à l'administratif. Déjà, par exemple, on parlait du non-conventionnement. Ils veulent faire passer une loi qui ferait que mes prescriptions ne soient pas renforcées.
- Speaker #1
Ça,
- Speaker #0
c'est un vrai sujet. Ce n'est pas encore le cas, mais c'est vraiment une injustice totale. Comme tous les médecins, j'ai fait mes études ici, je suis inscrit à l'ordre, je paye ma cotisation, je paye mes impôts, mon URSAF, ma retraite. pour faire proposer une médecine de qualité. Les patients sont des assurés sociaux obligatoires. Ils doivent cotiser à la sécu. Ils ont le droit de choisir leur médecin, si ils veulent venir me voir. Et là, on me fait repasser une loi qui dit que si je leur prescris un traitement... ils ne seront pas remboursés, même s'ils cotisent, même s'ils sont assurés, même si le traitement vient d'un médecin français qui fait son exercice ici. Ça n'a pas de sens. Et ça, ce serait vraiment un frein, un blocage peut-être pour la pratique, à voir comment ça se passe. Mais c'est un exemple. Et ça, c'est des lois administratives qui n'ont pas de sens sur le plan médical. Absolument, ça c'est absurde. On parle vraiment santé publique. Comment augmenter l'offre de soins ? Tu ne dis pas qu'on va faire une loi qui va dérembourser les prescriptions de certains médecins. Ce n'est pas possible. Au contraire, tu dis, par exemple, le secteur 3. Pourquoi moi, comme d'autres, on est en secteur 3 ? C'est parce qu'en fait, le secteur 2 n'est pas ouvert aux médecins généralistes. Sauf, pour ceux qui veulent savoir, sur certaines conditions, qui est celle de faire des années à l'hôpital. Mais ça n'a pas de sens. Quand tu fais notre pratique, tes médecins généralistes, tu n'as pas besoin de faire deux ans dans un service. Alors... qu'on dit manque de médecins en ville. Moi, je me suis installé direct en ville. Je suis parti en ville. Donc, comme je suis parti direct en ville, on me dit, tu dois être secteur 1. Si tu ne veux pas, c'est secteur 3. Mais il faudrait avoir un secteur 2 ouvert à tous. Voilà, comme pour certains spécialistes. Tu as une part commune, pareil pour tous, qui est remboursée par ton assurance obligatoire, la sécu, tu vois. Et tu as une part complémentaire, voilà. qui va être soit remboursé par ta mutuelle, soit pas remboursé. Mais en tout cas, le médecin pourra faire des honoraires différents en fonction du temps, de l'expertise, etc. Ça, ce serait le plus juste, tu vois.
- Speaker #1
Absolument, oui. Et ils veulent aussi restreindre le secteur 2, je crois. Cette loi, elle va passer pour le secteur 3, de dérembourser les prescriptions des patients au secteur 3 ?
- Speaker #0
C'est en cours de discussion. Je sais qu'il y a des gens qui se sont mis sur le dossier pour dire que ce n'était pas constitutionnel, etc. Après, je suis de loin parce que j'avoue que c'est des sujets quand même qui sont aussi des charges de stress. On ne va pas se mentir, tu vois. Et puis moi, mes histoires aussi de secteur 3, on en parle. À la base, c'est vrai, je t'avais dit, je n'étais même pas trop chaud pour en parler. Mais en fait, tu vois, ça se fait naturellement au fil d'une discussion. Et quand on a parlé de tout ce qu'on a dit avant, parce que j'en parle avec les patients, Ils comprennent. Ils se disent « Ok, toi, tu pratiques comme ça, c'est juste pas compatible avec l'exercice classique. » Ils comprennent.
- Speaker #1
J'ai même eu le cas, quand je faisais des remplacements en médecine générale, notamment, j'étais à SOS Médecins, je m'en rappelle, il y a plusieurs patients qui étaient choqués du faible montant qu'ils avaient à régler, quand bien même, ils étaient remboursés. Ils étaient là et attendaient. Mais là, vous venez chez moi, il est 22h et je vous dois que, je ne sais plus combien c'était, 40-50€. Et c'est un truc hyper humiliant. Tu te dis, le type est choqué d'aussi peu payé. Et donc, c'est un système vraiment à repenser.
- Speaker #0
Juste pour conclure là-dessus, moi, c'est un sujet sur lequel, en tout cas, je n'en parle pas sur ma chaîne, parce que ça me concerne moi, dans ma pratique, etc. Et je sais que ce n'est pas un sujet sur lequel je vais convaincre des gens. Il y a des gens, ils vont trouver ça pas bien. Et même si je leur pose des arguments, ils vont me dire que ce n'est pas bien. Moi, ce que je dis, c'est que ma manière d'exercer, elle n'est pas compatible avec le système classique. J'ai besoin de prendre du temps et juste, je suis incapable, et ça, ça a fait, et je l'assume, de voir beaucoup de patients dans la journée. Je ne peux plus voir, en fait, je l'ai fait à un moment, mais je ne peux pas voir 30, 35 patients. Je n'arrive pas, c'est tout, c'est comme ça. Désolé, est-ce que j'ai le droit d'être médecin quand même ? Je pense que j'ai le droit et que j'ai le droit de voir moins de monde en prenant plus de temps et en le faisant bien. Mais du coup, pour faire ça... Il faut que le minimum, en sachant que je suis quand même à mon compte et que du coup, je suis un entrepreneur, j'ai mon cabinet, mes charges, etc. C'est qu'au moins le minimum, je puisse tout simplement fixer mes honoraires. Et l'idée, ce n'est pas de courir après l'argent. C'est juste de bien gagner sa vie sans courir après la quantité et voir du monde. Voilà, proposer de la qualité et juste gagner bien sa vie, tout simplement.
- Speaker #1
Absolument. Tu prêches à l'oreille d'un convaincu à l'idée. Avant de te poser les questions que j'ai coutume de poser en fin d'épisode, et ce sont des questions flash pour lesquelles je voudrais bien que tu me répondes oui, non, des trucs assez rapides. Est-ce que tu voudrais t'adresser, si tu le souhaites, à nos jeunes confrères, nos jeunes consoeurs, pour leur dire ou pas de faire de la médecine générale, de leur dire ou pas ta passion de ton métier, de ce qui te plaît, de ce qui ne te plaît pas ? Est-ce qu'il faut qu'ils embrassent cette voie ou pas ? Est-ce que c'est une voie d'avenir ou pas ? Et qu'est-ce que tu penses de cette spécialité et de son futur ?
- Speaker #0
Je ne peux pas dire qu'il faut. Ça dépend de ce que tu aimes, de ce que tu veux, etc. Je veux juste dire que si tu as envie de faire médecine générale... ne te pose pas trop de questions, fais-le et vois et adapte ensuite. Tu vois ? Et autre chose que je dirais, c'est ce que je dis à beaucoup de patients qui ne sont pas dans la médecine, mais qui vivent des états, comme j'ai dit, de surmenage, etc. C'est d'accepter qu'au bout d'un moment, tu peux en avoir marre. T'as le droit en fait. Aujourd'hui, on te met cette pression, cette injonction à dire bah non, t'es médecin, fais médecin jusqu'à 70 ans, tu vois, ne t'arrête jamais. Imaginons que ça ne le fasse plus. Bah c'est tout. je sais que ce ne sera pas simple, ce sera peut-être inconfortable, mais il y a des options. On peut faire autre chose, on peut changer. Et ça, c'est pareil pour toutes les personnes hors médecine. Et les gens me diront peut-être en écoutant ça, oui, c'est plus facile à dire qu'à faire. Je n'ai pas dit que c'était simple, mais j'ai dit que si vraiment à un moment ça ne marche plus et qu'il n'y a pas de sens, je n'ai pas de conseiller de forcer.
- Speaker #1
Je crois que c'est très clair. On arrive à la fin de notre entretien. Mon cher Walid Mekedem, je te remercie infiniment. J'ai passé un très bon moment. J'ai appris plein de trucs avec toi. C'est vraiment une belle rencontre. Et puis, je te félicite pour ce parcours ultra singulier. Et c'est pour ça que j'aime ma spécialité. C'est notamment pour rencontrer des gens comme toi, des soignants comme toi qui veulent se dépasser et entraîner avec eux leurs patients, entraîner les gens chez qui ça résonne. Donc, merci beaucoup. Est-ce que tu peux me dire où est-ce qu'on peut te retrouver sur les réseaux ? Sur ta chaîne YouTube, par exemple ?
- Speaker #0
Le principal réseau, c'est la chaîne YouTube Dr. Walid Mekedem. Après, j'ai un petit Instagram associé, mais que je n'alimente pas trop non plus. Mais en tout cas, c'est principalement la chaîne YouTube où je peux faire des contenus, où je prends le temps de parler, justement. Parce que, en fait, c'est cohérent à la fois mes réseaux et ma pratique. Je ne suis pas non plus sur 10 000 réseaux. Je suis principalement sur YouTube parce que ça me permet de prendre le temps sur YouTube.
- Speaker #1
On a compris et franchement, je la recommande parce que ta chaîne YouTube est vraiment géniale. Bravo. Merci Walid et puis je te dis à bientôt.
- Speaker #0
À bientôt. Ciao, ciao.
- Speaker #1
Ciao. Merci d'avoir écouté Super Docteur. Si vous avez aimé l'épisode, vous pouvez le dire en commentaire sur YouTube ou avec des étoiles sur Apple Podcasts ou Spotify et même le partager avec vos collègues. Je suis Mathieu Canté et vous pouvez me retrouver notamment sur Instagram et LinkedIn. N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, vos questions. mais aussi les idées ou les invités que vous aimeriez entendre dans le podcast.