- Speaker #0
Qu'est-ce que tu veux faire, toi, dans l'avenir ?
- Speaker #1
Je veux être mécanicien.
- Speaker #2
Secrétaire de direction. Générateur industriel.
- Speaker #1
Je voudrais être architecte. Je voudrais être standardiste parce que j'aime bien les téléphones. Coiffeuse.
- Speaker #0
Je voudrais être caméraman.
- Speaker #1
Ma thèse de l'air.
- Speaker #2
Historie. Je voudrais être cuisinier parce que la cuisine, ça me plaît. On est sûr de manger à sa faim. Puis c'est un métier qui fera jamais faillite.
- Speaker #1
Moi, j'ai pas une idée fixe. Il y a des métiers qui me plaisent, mais j'arrive pas à trouver mon métier.
- Speaker #2
Depuis plus d'un siècle, une profession méconnue s'affaire dans l'ombre des notaires, celle de généalogiste successoral. Généalogiste, un mot qui vient du grec, ghenos, la lignée, et logos, le savoir. Le généalogiste, c'est donc celui qui raconte les familles, celui qui remonte le fil, celui qui redonne des liens là où ils ont disparu. Né au 19e siècle, à une époque où les héritages pouvaient se perdre, dans les méandres des lignes oubliées. Ce métier consiste donc à retrouver les héritiers de succession en suspens pour restituer à chacun ce qui lui revient. Un métier à la croisée de l'enquête, du droit et de l'histoire, qui a connu une transformation radicale avec l'ère du numérique. Alors qui sont ces limiers du passé ? Comment devient-on généalogiste successoral ? Et comment ce métier, profondément ancré dans l'histoire, s'adapte-t-il ? à l'ère du numérique. Dans cet épisode, Paul Lauriau, généalogiste successoral et directeur associé au sein de l'étude Couteau-Rerigue, nous entraîne dans les coulisses de ce métier singulier. Entre dossiers épineux, archives de l'INA et nouvelles technologies, il raconte une profession en pleine mutation. Bonjour Paul !
- Speaker #3
Merci beaucoup Elvire, je suis ravi de t'accueillir et de te présenter mon métier qui est un métier passionnant.
- Speaker #4
étonnant et peu connu aujourd'hui.
- Speaker #3
En fait, on pourrait nous comparer et me comparer un peu au Père Noël parce que je suis l'apporteur de bonnes nouvelles. Je peut-être vais t'appeler, toi ou un de tes auditeurs, pour lui annoncer qu'il va hériter d'un vieux cousin qu'il ne connaît pas. Alors, c'est plutôt sympathique parce qu'on n'est pas triste lorsque l'on perd quelqu'un qu'on ne connaît pas et en plus, on touche un peu d'argent. Donc, c'est mieux que le loto, même pas besoin de jouer. pour avoir un peu d'argent sur son compte.
- Speaker #2
Donc, dans les familles où il y a des généalogistes... Alors,
- Speaker #3
déjà, il faut faire la différence de généalogiste. La généalogie, c'est deux grands métiers. Vous avez la généalogie familiale. L'objectif de la généalogie familiale, c'est quoi ? C'est de partir d'une personne vivante et de remonter son arbre, les parents, les grands-parents, les arrière-grands-parents, pour rechercher presque tous les morts de sa famille. Il se trouve qu'on remonte assez facilement et assez vite quelques générations, puis après l'état civil n'existait pas. Il faut aller dans les registres paroissiaux, sur l'écriture, sur les pierres tombales, dans les cimetières, pour aller chercher des infos, et après remonter avec des récits dans les livres. Donc effectivement, dans la généalogie familiale, plus la famille est noble, plus elle est connue, plus il y a d'écrits sur cette famille et plus on peut remonter de façon lointaine. En revanche, une famille plus modeste, c'est plus compliqué. Quand son arrière-arrière-grand-père ou grand-mère était ouvrier, agriculteur, mais non pas propriétaire terrien, était vraiment l'agriculteur qui faisait des saisons et qui se baladait en France et vivait chez le propriétaire, on a peu de traces de cette personne. Donc c'est beaucoup plus dur de remonter. Donc en fait, dans un arbre généalogique... On remonte souvent, non pas toutes les générations, dans toutes les branches et les lignes, mais on essaie de remonter parfois, on a un arrière-arrière-grand-père un peu plus connu qu'un autre, donc là c'est un peu plus facile de remonter. Et là, l'arbre, il n'est pas toujours bien fourni à tous les endroits, et de là commence, par la passion, l'envie d'aller sur les côtés. Une fois qu'on a remonté les ascendants, les parents, les grands-parents, les arrière-grands-parents, on va commencer à aller chercher les frères et sœurs. de nos ancêtres pour découvrir souvent, pour s'amuser et par égo, un lien de parenté avec une personne connue, un président, un écrivain, un chevalier, pour justement dire je suis descendant, je suis de la famille d'une personne connue.
- Speaker #2
Et alors, en quoi ça consiste exactement ce métier de généalogiste ?
- Speaker #3
Donc après la généalogie familiale, il y a la généalogie successorale. Alors le métier de généalogiste... Il est assez simple, il existe depuis un peu moins de 200 ans. L'idée étant de dire que parfois l'on meurt avec un peu de patrimoine, en n'ayant pas fait de testament, et du coup ce sont les héritiers du sang qui doivent hériter. Et parfois, loin des yeux, loin du cœur, les héritiers peuvent être partis loin, où nous on a pu aller dans un autre pays pour mourir, et du coup on ne connaît pas. ses héritiers et les personnes qui vont régler les successions, donc les notaires en France, ne connaissent pas l'héritier ou les héritiers de la personne qui décède. Et à ce moment-là, seul un généalogiste successoral peut faire le nécessaire pour retrouver les héritiers.
- Speaker #2
Donc c'est un travail de détective ?
- Speaker #3
Oui, c'est un travail de détective que d'être généalogiste successoral.
- Speaker #2
Alors tu disais que c'était un métier qui avait 200 ans, moi j'ai passé une première archive de 1969 sur le métier, on va plonger comme ça directement. dans les arcanes de ce métier méconnu, je veux bien que tu réagisses à l'archive.
- Speaker #5
La recherche généalogique comprend beaucoup d'éléments différents. Le but est de partir d'un de nos contemporains, de retrouver quels sont ses ancêtres, parfois uniquement de fils en père dans la ligne directe, parfois dans toutes les lignes. On peut retrouver ces renseignements dans les sources les plus diverses, dans les parties villes actuelles, dans les archives des notaires, et dans d'innombrables autres sources, les rôles d'impôts, nobles ou roturiers, les reconnaissances ou les hommages pour les terres. les listes d'hommes d'armes quand on arrive au Moyen-Âge, les fonds religieux, en fait d'innombrables sources.
- Speaker #6
Cet ensemble de documentation doit représenter une masse considérable.
- Speaker #5
Une masse considérable. Pour prendre un exemple, à Angers, les notaires, les registres des notaires, mis à la suite l'un de l'autre, représentent 1,4 km.
- Speaker #6
Est-il plus facile de faire des recherches lorsqu'on est issu d'une très grande famille ou lorsqu'on vient d'un milieu plus modeste ?
- Speaker #5
Non, contrairement à ce que pense le public, parce que presque tout le monde croit cela, cet élément ne joue pas. Celui qui joue, c'est l'état de conservation des archives.
- Speaker #3
Il y a deux choses qui me sautent aux yeux. C'est d'abord que le métier n'a pas changé. C'est toujours un peu la même chose, les mêmes sources. Et à la fois, il a terriblement changé. Parce qu'avant, on pouvait hériter jusqu'au 12e degré. Aujourd'hui, plus qu'au 6e degré. Et retrouver un héritier jusqu'au 6e degré... il faut remonter jusqu'aux arrières-grands-parents, jamais plus, c'est-à-dire fin du XVIIIe siècle. Donc aujourd'hui, rechercher des héritiers dans des archives et dans des documents de la fin du XVIIIe siècle, c'est beaucoup plus facile qu'à l'époque où il fallait remonter encore plus loin dans des registres paroissiaux et tout ça. Donc la source a changé, elle est beaucoup plus fiable aujourd'hui lorsque l'on remonte pour des registres. d'état civil, d'archives, contrairement à l'époque où c'était parfois mal tenu et mal conservé. Donc c'est vrai que c'est à la fois le même métier, mais pas tout à fait, parce que même si les outils sont les mêmes, la qualité de l'outil est bien meilleure aujourd'hui.
- Speaker #2
Parce qu'il y a eu des numérisations, c'est ça ?
- Speaker #3
Parce qu'il y a eu des numérisations, il y avait la guerre, mais il y a eu des moyens de contourner justement cela. par exemple à Nancy, Tassieville avait été... détruit pendant la seconde guerre mondiale, pour la reconstituer, c'était sur simple déclaration. Alors c'est amusant parce qu'il y a des petites histoires rigolotes autour de cette reconstitution de l'état civil. En fait, comme c'était sur simple déclaration, certaines personnes pouvaient se rajeunir de quelques années, voilà, par coquetterie ou par erreur d'orthographe. Lorsque la personne de l'état civil devait recopier le nom de famille, il pouvait y avoir des... petites erreurs d'orthographe comme pour le nom de famille Lefèvre qui peut s'écrire de nombreuses façons différentes ou Dupont est-ce qu'on met un D, un T, un S donc voilà il y a pu y avoir quelques erreurs de l'état civil mais aujourd'hui l'état civil en tout cas l'état civil français est le plus envié du monde donc on a de la chance de travailler avec un outil presque parfait.
- Speaker #2
Donc vous en fait Quels sont exactement tous les outils du métier pour retrouver ? Est-ce que vous avez parfois accès à des archives familiales dans des grandes maisons ?
- Speaker #3
Alors d'abord, ce qui est important de comprendre, c'est que nous, nous faisons hériter les gens par un lien juridique. C'est important, ce n'est pas parce que sur un livre, l'on parle d'une personne qui est le fils. S'il n'a pas été reconnu, il ne peut pas hériter. D'ailleurs...
- Speaker #2
C'est le droit qui le dit.
- Speaker #3
C'est le droit qui le dit. Alors, à part exception, on ne peut pas hériter si on n'a pas été reconnu.
- Speaker #2
Par les parents, père et mère ?
- Speaker #3
Alors... Alors, on ne peut pas hériter d'un père si le père ne nous a pas reconnu. Mais si on héritait que par un des deux parents, on n'hérite que du parent qui nous a reconnu. Donc, il faut être reconnu. D'ailleurs, l'affaire d'Yves Montand est une affaire très intéressante parce que cette fille qui se croyait persuadée d'être la fille d'Yves Montand a demandé à faire un test ADN après la mort d'Yves Montand. Et donc, on a déterré le corps d'Yves Montand. Et on s'est aperçu qu'elle n'était pas l'héritière. Et du coup, ça fait une jurisprudence et on interdit maintenant de déterrer les corps après la mort. Ou on le fait avant, ou on ne le fait pas. Et donc, c'est vrai que les archives familiales, on peut s'en servir, mais nous, c'est vraiment des archives juridiques, donc de l'état civil, des archives départementales. L'archive familiale, elle va juste nous aider à aller chercher de l'information. Je m'explique. Lorsqu'une personne décède, il faut voir... Un peu, il faut découvrir sa biographie, là où il a pu habiter et là où il a pu avoir des enfants. Donc par exemple, moi qui ai vécu longtemps à Paris, qui vis aujourd'hui à Lyon, si je meurs à Lyon et qu'on doit faire une recherche d'héritier... eh bien on fera une recherche à Paris et à Lyon. Mais qui dit que je n'ai pas vécu trois ans à Toulouse, à Annecy, et voilà, une fois qu'on meurt, on ne peut plus parler. Donc il faut essayer de découvrir la vie de notre défunt. Et c'est vrai que les archives familiales nous permettent, non pas d'aider à retrouver des héritiers, mais plutôt à voir où la personne a pu vivre pour justement aller faire des recherches. dans les archives et dans les mairies, pour savoir s'il a reconnu un enfant ou s'il a eu des frères et sœurs.
- Speaker #2
Dans l'archive, il est dit aussi que finalement, peu importe qu'on soit issu d'une grande famille ou d'une famille plus modeste, ça ne change pas grand-chose dans la recherche de l'héritier. Est-ce que c'est toujours le cas aujourd'hui, 50 ans plus tard ?
- Speaker #3
Alors 50 ans plus tard, moi je le vis un peu différemment. C'est-à-dire que je m'aperçois que les grandes familles ont très peu besoin d'un généalogiste. La généalogie est suivie. D'ailleurs, la généalogie passionne tout le monde et lorsque dans sa famille, il y a une personne qui est retraitée, elle met le doigt dedans, elle commence à faire son arbre et ça ne s'arrête pas. Elle est embarquée dans cette passion et fait son arbre généalogique. Donc souvent, on ne nous demande pas d'aller rechercher des héritiers, mais juste de confirmer ce qu'a fait le grand-oncle, le cousin, pour justement être sûr qu'il n'y ait pas d'autres enfants. Donc, une grande famille, on n'a souvent pas besoin d'un généalogiste successoral. En revanche, pour les familles plus modestes, un peu plus. On s'aperçoit que les successions en déshérence dans laquelle nous intervenons sont en moyenne entre 60 et 80 000 euros. On a entre 60 et 80 000 euros d'actifs. Contrairement à une succession classique, où l'on connaît les héritiers, qui est plutôt entre 80 et 120 000 euros d'actifs.
- Speaker #2
Qui est-ce qui vous envoie des dossiers ? Qui est-ce qui vous confie des dossiers ?
- Speaker #3
Alors, aujourd'hui, nous sommes mandatés... essentiellement par les notaires, presque 80%, parce que le notaire, il est le médecin juridique de la famille. C'est lui qui va gérer le droit de la famille, c'est sa spécialité, et il va conseiller les familles et les successions sont réglées par les notaires. Mais les syndics d'immeubles, les régies, peuvent nous appeler en disant « telle personne ne paye pas ses charges de copropriété, il faut retrouver ses héritiers, donc on peut être mandaté » . Les mairies. pour les biens vacants et sans maître, qui eux aussi nous mandatent parfois pour rechercher les bénéficiaires et les propriétaires de propriétés vacantes. Et est arrivée il y a quelques années la loi Eckert. La loi Eckert, elle a demandé aux assureurs de rechercher les bénéficiaires des comptes bancaires à leurs frais et les banques un petit peu. Mais la banque n'a pas vocation à rechercher les héritiers. comptez entre 5 à huit mois pour retrouver l'ensemble des héritiers. Après, une fois qu'on a retrouvé les héritiers, il faut leur faire signer des documents administratifs. Donc ça peut prendre un peu plus de temps parce qu'on leur demande souvent d'aller en mairie pour faire légaliser leur signature. Mais en moins d'un an, on peut retrouver l'ensemble des héritiers. Alors un an, ça peut paraître long, mais parfois il faut aller dans de nombreux départements ou dans de nombreux pays différents parce que le défunt a beaucoup voyagé et qu'il faut aller faire des vérifications. Et le délai dépend aussi parfois du nom de famille. Le problème de la France et du nom de famille qui est à la fois une beauté, c'est-à-dire qu'en France, nous avons 69 millions de personnes pour à peu près 1,4 million de noms de famille. Donc il y a énormément de noms de famille. Le nom le plus porté, c'est Martin avec à peu près 300 000 personnes. Moi, par exemple, L'Oriot, on est moins de 100 à porter ce nom-là. Donc les recherches peuvent aller assez vite. Mais lorsque vous avez un Lorient et une autre personne comme Baer, où ils sont à peine une centaine aussi qui se marient, la recherche se fait assez vite. C'est moins de 200 personnes. Lorsqu'un Martin se marie avec un Bernard ou un David, deuxième nom le plus porté, là on parle de 600 000 à 800 000 personnes qui peuvent porter ce nom-là. Donc le délai est forcément un peu plus long.
- Speaker #2
Et comme vous ? plonger dans les archives pour exercer ce métier. Est-ce qu'il n'y a pas une histoire de la France aussi qui se dessine ? Parce que vous avez des archives aussi.
- Speaker #3
Oui, alors nous, on a une des plus belles bases d'archives privées de France, avec plus d'un milliard de données numérisées et indexées. En fait, l'idée était que M. Couteau, qui a créé l'entreprise Couteau-Rigues, puis qu'il l'a transmise à son fils, ont eu l'idée de créer une base de données papier, parce que lorsque l'on envoie un chercheur dans une mairie ou dans les archives, c'était l'occasion en y allant. de relever les bancs publics, les naissances, les mariages, les décès, et de commencer à créer cette base de données qui était papier dans un premier temps. Et avec l'arrivée de Guillaume Ruric qui a eu l'idée de la numérisation, cette base de données est maintenant numérisée. Alors nous, notre base de données, elle est disponible des 350 postes de la société. En trois clics, on peut avoir toutes les informations. Et heureusement, parce que dans les archives, ils parlaient d'énormément de documents. Nous, nos archives, ce serait une bibliothèque remplie de papiers, de ramettes de papiers, les unes collées aux autres, qui ferait plus de 120 km de long sur plus de 2 m de haut. Donc, rechercher une information dans une bibliothèque comme ça, ça prendrait des heures. Heureusement, tout est numérisé et indexé. C'est l'indexation qui nous fait gagner énormément de temps.
- Speaker #2
Donc, vos archives, elles sont... colossal parce que votre étude a plus d'un siècle ?
- Speaker #3
Oui, effectivement. La maison pour laquelle je travaille vient de fêter ses 130 ans. Et c'est vrai qu'en 130 ans, on a emmagasiné énormément, énormément d'informations, d'archives. Et justement, c'est aussi peut-être le propre du généalogiste que de vouloir garder et sauvegarder les données.
- Speaker #2
Il y a différents types de dossiers. C'est quoi les principaux dossiers ?
- Speaker #3
Alors en fait, les notaires nous confient deux grands types de dossiers. D'abord, la recherche d'héritiers. Lorsqu'ils règlent une succession et qu'ils ne connaissent pas les héritiers, ils nous demandent de les retrouver. Et puis, il y a la confirmation. C'est vrai que le métier, il évolue avec le temps. Il y a 130 ans, on ne nous confiait 100% de dossiers de recherche d'héritiers. Aujourd'hui, on ne nous confie que 30 à 35% de dossiers de recherche d'héritiers, le reste étant des confirmations d'évolution. Qu'est-ce qu'une confirmation d'évolution ? C'est le fait. Un notaire est dans son bureau, plusieurs héritiers qui leur disent « je suis l'héritier de mon cousin, de mon père, mais il me manque des éléments comme un livret de famille ou des documents qui pourraient prouver que je suis le seul héritier » . Et à ce moment-là, on nous demande de confirmer la dévolution.
- Speaker #2
Finalement, dans ce métier, il y a aussi les histoires de famille. Vous pouvez révéler des histoires de famille. J'ai passé une archive de 2015 de l'émission « Sur les docs » de France Inter qui s'appelle « L'argent des morts » .
- Speaker #4
Ce qui est intéressant dans les successions, c'est l'histoire des gens. Et là, l'histoire de Jean-Claude, dont on fait l'inventaire dans cette maison, c'est que du coup, on se rend compte qu'il n'était pas célibataire. En tout cas, il n'avait pas d'enfant, il n'était pas marié, etc. Mais il a eu une vie sentimentale. On a retrouvé cette photo de cette... Alors, c'est une photo en or et blanc qui date des années 60. Mais voilà, il a une copine. Visiblement, ça a été un peu plus qu'une copine, puisqu'il l'a peut-être présentée à papa, maman, qui a même eu une relation. Le fil s'est peut-être défait avec le temps, mais voilà, il avait une sœur, il avait une tante, il y avait une famille, il y avait quelque chose de concret tout autour de ça. C'est vrai que le cycle ne s'est pas remis en place, lui-même ne s'est pas remarié, il n'a pas eu d'enfant, etc. Mais ce qui est intéressant, c'est la vie des gens, et même si demain je vais repartir sur une autre succession, c'est comme si j'ouvrais un autre bouquin. Tiens, on ne va plus être sur Agnère, on ne va plus être avec une famille à particules, comme on a pu le voir là, parce que... Sur les photos, moi, que j'ai vues, même si aujourd'hui, la maison est un peu à l'air un peu triste parce qu'il y a des choses qui sont parties. Mais sur les photos, c'est souvent autour d'ARPA. On voit qu'il y a beaucoup de cadres, etc. C'est plus agréable. Et ce prochain dossier que je vais faire, ce sera peut-être soit des gens d'origine étrangère qui sont venus de Saint-Alain. Une autre histoire, une autre histoire, une autre vie.
- Speaker #7
Mais alors, finalement, vous ne vivez pas avec trop de fantômes ?
- Speaker #4
Non, parce que... Ou alors si je vis avec eux, en tout cas je les aime bien. Jean-Claude, là je l'aime bien. Du coup j'ai... Oui, j'aime bien les sentir encore un tout petit peu avec nous.
- Speaker #3
Oui, c'est vrai que c'est un métier qui demande de la technique et de la compétence, mais surtout un côté très humain. Parce qu'on révèle parfois des secrets de famille, et puis les apparences sont souvent trompeuses. Un dossier commence toujours par la mort de quelqu'un. La personne, elle ne sait pas qu'elle allait mourir. Donc elle n'a peut-être pas fait son lit. Peut-être pas fait tourner la vaisselle ou peut-être laissé traîner des objets qu'elle ne voulait pas que l'on voit. Et donc elle ne rentre pas chez elle le soir. Et donc c'est nous, quelques semaines, quelques mois après, où nous allons au domicile du défunt avec les héritiers. Parfois avec, parfois sans. Et on rentre un peu dans l'intimité du défunt. Et là on découvre parfois ce qu'il ne voulait pas montrer, ce qu'il voulait cacher. et c'est vrai que... Il y a un côté humain parce que les héritiers qui nous accompagnent, il y a un côté un peu spécial pour eux parce qu'ils héritent d'une personne dont ils ne se sont pas occupés. Au début, lorsqu'on leur annonce qu'ils héritent, ils se disent « chouette, je vais avoir de l'argent » . Et puis, plus le dossier avance... Plus ils commencent à se dire, ah non mais je m'en veux un peu, je ne m'en suis pas occupé, je vais hériter, mais je ne le mérite peut-être pas. D'ailleurs, il y a quelques héritiers qui renoncent, pensant qu'ils ne méritent pas d'hériter d'un cousin dont ils ne se sont pas occupés. Et c'est à nous de les accompagner au fur et à mesure du temps. Je me souviens juste d'une histoire qui m'avait vraiment marqué et un peu abasourdi. Je retrouve deux nièces. Une personne meurt, un homme, et je retrouve deux nièces qui sont les héritières, et je leur dis qu'elles vont hériter. Elles disent « Non, non, mais je sais, on sait à peu près de qui on va hériter, j'imagine que c'est mon oncle, on ne veut pas hériter de ce monsieur, on ne veut pas. » Vraiment un non catégorique. Et en parlant, en discutant, j'ai essayé de comprendre, et elles m'ont dit « Mais monsieur, vous n'avez pas compris, en fait, il nous a violés, on ne veut pas de son argent. » Et là... En discutant, je leur ai expliqué que peut-être que c'était l'occasion d'hériter de ce monsieur et que le plus beau pied de nez qu'on pouvait faire à ce monsieur et qu'une façon aussi de se reconstruire, c'était de prendre l'argent et de tout donner à une association, à l'association qui les avait aidés. et là j'ai vu leur visage qui était très dur un petit peu s'illuminer en se disant ah oui très bonne idée, elles ont hérité de cet oncle et ont fait don de la totalité de la succession à l'association qui les avait aidés à... à passer ce moment très difficile de leur vie.
- Speaker #2
Et finalement, c'est aussi parfois soulever, j'imagine, des secrets de famille. Comment vous êtes formé pour ça ? Comment vous accompagnez ?
- Speaker #3
Alors c'est vrai qu'on a parfois des secrets de famille plus ou moins légers, parfois un peu lourds à vivre et il n'y a pas de formation. C'est vrai, il n'y a pas de formation pour cela. C'est plutôt le côté humain de chacun qui ressort. Et je pense qu'il faut essayer d'être le plus vrai possible. Moi, j'aime ce métier parce qu'en plus de la technicité et du côté compétence, il y a tout ce côté humain. Et accompagner les gens, mettre d'accord les gens, je sais faire. C'est un moment où il faut écouter et comprendre les gens pour essayer de les faire avancer. Et ça, c'est quelque chose qu'on apprend avec le temps.
- Speaker #2
J'imagine qu'il y a des histoires qui sont plus marquantes que d'autres.
- Speaker #3
Alors, il y a des dossiers plus marquants que d'autres. des dossiers qui sortent vraiment de l'ordinaire. Et c'est vrai que moi, je suis très attaché déjà aux gens. Et c'est vrai que quand le dossier se termine, parfois, on les a aidés à porter un peu ce fardeau, ce secret. Et on sent un petit vide parfois. Alors, il faut rebondir, il faut se dire que c'est qu'un numéro de dossier parce que sinon, on pourrait vite partir en dépression. Mais c'est vrai que d'accompagner les gens, parfois, on est attaché aux gens. Je me souviens de cette succession fabuleuse d'un monsieur qui décède et qui laisse une fille. La fille va voir son notaire et dit « je crois que mon père avait une fille d'une première union » . Donc le notaire me demande de retrouver justement cette fille et je la retrouve. Et comme d'habitude, nous passons un contrat de révélation. Puis je lui propose de la représenter pour éviter qu'elle se déplace au rendez-vous. où elle me dit... Alors que c'est un dossier tout à fait classique, je ne sais pas si je vous donne procuration, en tout cas je vais vous donner une procuration, mais je vais avoir la possibilité de me rendre à chaque rendez-vous. Je veux que vous me préveniez des rendez-vous. Et effectivement, je la préviens des rendez-vous, donc du premier rendez-vous qui est l'acte de notoriété, qui est l'acte qui dit qui sont les héritiers. Elle arrive devant l'étude du notaire, elle m'appelle, elle me dit où êtes-vous ? Je dis bah j'arrive. Elle ne veut pas rentrer, elle m'attend. Alors sur le coup, je me dis... Je ne comprends pas pourquoi et en rentrant, je la rencontre déjà à l'extérieur, une femme grande, rousse, charmante, un grand sourire qui me dit bonjour vraiment sympathiquement. Et quand on rentre, tout de suite elle se referme un peu, on rentre, on se présente, on va dans la salle d'attente et on voit une autre fille, rousse, assez grande, qui se ressemble. On aurait dit presque deux soeurs jumelles. Et là, il y a un espèce de... de silence un peu pesant dans cette salle d'attente. Le notaire arrive, on signe l'acte de notoriété, toujours pas un bruit. Et lorsque le notaire commence à nous dire « Mais la maison de telle adresse qui est située rue de la gare, qu'en fait-on ? » Ma cliente, l'héritière, donc la fille de la première union, dit « Mais au 14 de la rue ? » Alors l'autre dit « Oui, oui. Ah, mais j'habitais là quand j'étais jeune. » Et en fait, elles nous ont raconté leur histoire. En fait, monsieur avait une première union, a eu une première fille, et puis il a trompé sa femme quelques années après, et la mère est partie avec sa fille. bras en lui disant au revoir et la fille n'a jamais revu son père, peut-être parce que la mère lui en voulait, peut-être parce que pour différentes raisons. Et aujourd'hui on réunit deux enfants qui n'avaient rien demandé et on a vu tout de suite quelque chose se créer. Et le rendez-vous s'est terminé, on est sortis et elles m'ont tout de suite dit « Monsieur, il faut que vous veniez prendre un verre avec nous » . J'étais peut-être la bonne excuse pour réunir ces deux filles, ces deux sœurs. Et on a pris un verre, je n'ai pas placé un mot, elles ne faisaient que de se raconter leur vie et ça a été un moment fabuleux. Elles m'ont d'ailleurs pendant cinq ans envoyé à chaque fois à Noël une carte de bonne année en disant que j'avais changé leur vie, que j'avais agrandi leur famille. C'est vrai que moi je pense que j'ai cette chance de dire que généralement une succession peut et souvent divise les familles et moi je réunis plutôt les familles grâce à ces successions. Et c'est la chance que l'on a dans notre métier. C'est, je crois, mon plus beau souvenir parce que lorsque deux sœurs se réunissent et se sont réunies et que j'ai vu ça, et qu'elles m'ont écrit quand même des cartes de vœux pendant cinq ans, à chaque fois que je recevais cette carte de vœux, je me disais qu'elle changeait d'avoir réuni ces deux sœurs. J'ai changé leur vie, pas forcément d'un point de vue financier, mais d'un point de vue émotionnel. Et ça, c'est très plaisant pour moi.
- Speaker #2
Comme dans l'archive, finalement, le généalogiste dit « moi je l'aime bien Jean-Claude, toi aussi tu les aimes bien, ceux qui sont morts ? »
- Speaker #3
Ah mais moi, j'adore, je les adore, les personnes pour qui je travaille. En fait, je travaille pour le défunt et mon objectif c'est d'essayer de comprendre leur vie, leurs traits de caractère. Ce qui me passionne, c'est de pouvoir les sonner chez les voisins. avoir des photos, des traits de caractère pour pouvoir les transmettre aux héritiers.
- Speaker #2
Donc tu racontes un peu qui ils étaient aussi, leur personnalité, ou ce que tu en as décelé ?
- Speaker #3
Oui, j'essaye de raconter qui était ce défunt qu'il ne connaissait pas par des témoignages souvent très positifs et agréables d'un voisin, d'un marchand, d'un commerçant, de gens autour parfois.
- Speaker #2
Ce n'est pas un sujet tabou la mort ?
- Speaker #3
Ah non, alors la mort, c'est vraiment pas un sujet tabou. Je vis avec depuis 20 ans, donc j'en parle très facilement. Et d'ailleurs, moi qui ai perdu mon père il y a plus de 20 ans, je dis toujours, une personne ne meurt lorsqu'on ne parle plus d'elle. Et je pense que, justement, l'objectif du généalogiste, c'est d'essayer de transmettre une histoire d'une personne plus que de l'argent. Lorsque l'on traite un dossier, par exemple lorsqu'on fait un inventaire et que l'on peut avoir quelques photos de famille, quelques documents ou rencontrer quelques voisins, c'est l'occasion d'avoir et de prendre énormément d'informations sur notre défunt pour pouvoir après transmettre cela.
- Speaker #2
Alors je vais te poser les cinq dernières questions, tu es prêt ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #2
Alors passion ou vocation ?
- Speaker #3
Passion.
- Speaker #2
Ton métier en un mot ?
- Speaker #3
Chercheur.
- Speaker #2
Qu'est-ce qu'il faut comme qualité pour exercer le métier ?
- Speaker #3
Il faut une qualité humaine.
- Speaker #2
C'est-à-dire ?
- Speaker #3
De l'empathie, il faut être passionné des gens.
- Speaker #2
Il dit quoi de toi, ton métier ?
- Speaker #3
Mon métier, il dit que je suis curieux, passionné, engagé.
- Speaker #2
Je finirai là-dessus, mais l'objet qui représente le métier ?
- Speaker #3
Le stylo plume est l'objet qui représente le plus ce métier. que l'état civil c'est de l'écrit le tableau généalogique c'est de l'écrit et qu'on a besoin de l'écrit pour transmettre et la plume, le stylo c'est moderne et la plume un peu ancienne et donc on navigue entre l'ancien et le moderne donc le stylo plume ça navigue un peu entre les deux et je pense que c'est l'objet parfait pour résumer qui est un généalogie successorale
- Speaker #2
Merci beaucoup Paul
- Speaker #3
Merci à toi, merci d'être venu
- Speaker #0
Quand elle nous fait la vie, nous nous serions la vie. Quand elle est notre famille, elle est ce qu'on est, elle nous défend, elle ment tout le temps, tout doucement, elle ment tout doucement, tout doucement. Quand elle joue à nous séduire, Je le suis réveillé. Quand elle veut nous tuer, Elle est ce qu'on aime. Elle nous défait, Elle mord tout le temps, Tout doucement, Et aimant. Doublie chemin.
- Speaker #2
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- Speaker #0
Mais c'est la vie. Quand elle joue à mes yeux, elle est ce qu'on aime. Elle nous défend. Elle m'entoure. Je suis dans le chemin. Elle est une douceur. Elle est ce qu'on est, elle nous fait, nous refait, nous défait, nous répète.