- Speaker #0
La bataille de Stalingrad Bonjour à tous. Imaginez un champ de ruines gelé, une ville assiégée où chaque rue, chaque maison, chaque escalier devient le théâtre de combat d'une férocité inouïe. C'est la bataille de Stalingrad. Une bataille qui pendant 6 mois et demi, du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, a opposé les forces de l'Union soviétique à celles du Troisième Reich et de ses alliés. Pendant plus de 6 mois, cette confrontation a visé à prendre, ou à conserver, le contrôle de cette ville stratégique. Et pour la première fois depuis le début de la guerre, le mythe de l'invincibilité nazie s'est effondré. Pourquoi ? Cette bataille de Stalingrad est-elle un tournant de la Seconde Guerre mondiale ? Nous sommes au printemps 1942. L'Allemagne nazie doit agir vite avant l'entrée en scène des Américains sur le théâtre européen. L'URSS, de son côté, ne peut plus reculer sans risquer l'asphyxie économique. Oui, depuis l'opération Barbarossa le 22 juin 1941, son armée, l'armée rouge, n'a cessé de reculer face aux nazis et à ses alliés. Et c'est dans ce contexte que l'Allemagne lance l'opération Fall Blau, plan bleu, qui vise les ressources du sud de l'URSS. Dans cette opération, Stalingrad n'est à la base qu'un objectif secondaire. Mais ce qui va rendre la ville précieuse, c'est sa position sur la Volga, un axe vital pour le pétrole et le grain soviétique. Hitler veut donc bloquer ce nœud de communication essentiel et la production d'armes qui y transitent. De plus, la ville porte le nom de Staline. Oui, c'est ce que veut dire son nom. Staline grade la ville de Staline. Ce qui lui donne évidemment une importance symbolique immense. S'emparer de la ville de Staline porterait un coup très dur à la propagande et au moral des soviétiques.
- Speaker #1
Si cette ville tombe, c'est tout le pays qui s'effondre!
- Speaker #0
Alors la bataille en elle-même va se dérouler en plusieurs phases principales. D'abord, l'avancée allemande vers la ville. Bon, malgré quelques problèmes de ravitaillement qui vont ralentir leur progression, les Allemands atteignent le nord de Stalingrad le 23 août 1942. Et ce jour-là, la Luftwaffe, c'est-à-dire l'armée de l'air allemande, mène un bombardement massif et terrifiant contre la population civile. une seule journée, 1600 sorties sont effectuées, larguant 1000 tonnes de bombes, ce qui détruit environ 80% de l'espace habitable. Alors il y a environ 600 000 civils qui sont encore présents dans la ville et 40 000 d'entre eux sont tués par les bombardements dans la semaine. Alors il faut savoir que Staline a interdit aux civils de quitter la ville. Il est persuadé que cela va doper le moral des défenseurs. Et les civils peuvent aussi aider par exemple pour la logistique ou les travaux défensifs. Donc, et c'est inouï, il faut bien imaginer que toute la bataille de Stalingrad se fait alors que la population est toujours dans la ville. Bon, malgré d'autres raids de bombardements, le moral des défenseurs n'est pas atteint et la ville en ruine devient un champ de bataille idéal pour eux. Alors justement, arrive la seconde phase, celle des combats urbains. A partir du 13 septembre 1942, Les Allemands lancent l'assaut sur la ville elle-même. Et alors là, la bataille devient un combat de rues sanglants et inédits. Les affrontements sont d'une ténacité, d'une violence exceptionnelle pour chaque bâtiment. On se bat rue par rue, maison par maison, étage par étage. Pensez à la guerre centrale. La guerre centrale va changer de main 15 fois avant d'être conquise. Et pourtant, les Soviétiques reçoivent un flux de renforts constant de renforts par la Volga, ce qui leur permet de maintenir leur défense malgré leurs pertes. Bon précisons quand même que ce ravitaillement par la Volga est précaire. Il faut imaginer les troupes soviétiques qui traversent le fleuve sous la mitraille des avions allemands, qui débarquent généralement assez loin du front, et qui sont contraintes de traverser la nuit en attendant dans les forêts. Les Allemands, même s'ils arrivent au bord de la Volga, n'arrivent pas à déloger les soviétiques des derniers points de résistance, comme la célèbre maison Pavlov. Les Allemands cherchent aussi à s'attaquer au quartier nord, y compris les grandes usines, tracteurs, barricades, octobres rouges. L'assaut sur l'usine Octobre Rouge, par exemple, se fait bâtiment par bâtiment, salle par salle, comme celle des Hauts-Fourneaux, qui va résister jusqu'à la fin de l'offensive allemande le 19 novembre. À ce moment-là, la poche de Stalingrad n'a d'ailleurs plus beaucoup de valeur militaire, mais Hitler en fait un objectif psychologique prioritaire. Alors l'épuisement des troupes d'assaut allemandes est rapide. Et d'ailleurs, leurs pertes dans la ville sont importantes. En général, les unités allemandes sont à moins de 30%. de leur effectif réglementaire. Et face à elle, un nouveau type de combattant soviétique émerge. Les tireurs embusqués ou snipers, comme Vassily Tzaïtsev, dont la propagande soviétique va faire un héros.
- Speaker #2
Il a vite fait concentre un envahisseur nazi qu'à partir d'ici, il ne peut plus qu'en reculer.
- Speaker #1
Vassily ! Vassily !
- Speaker #2
J'ai vu la façon dont les gens te regardent. Le symbole que tu représentes est bien plus grand que toi.
- Speaker #0
Ces tireurs visent... discrètement leurs victimes à distance, forçant leurs camarades à s'exposer pour tenter de les secourir, ce qui contribue à sabrer le moral des troupes de l'Axe. Troisième phase, la contre-offensive soviétique, ou l'opération Uranus. L'état-major soviétique a tiré les leçons des échecs précédents du printemps 1942, à Kharkov ou en Crimée. Et là, cette fois-ci, cet état-major prépare un plan d'encerclement. C'est l'opération Uranus, lancé par l'armée rouge le 19 novembre 1942. C'est un double enveloppement qui vise à piéger la 6e armée allemande et une partie de la 4e armée blindée en attaquant sur les flancs. C'est son point faible. Oui, parce que les flancs sont tenus par des troupes alliées de l'Axe, la Roumanie, l'Italie ou la Hongrie. C'est des troupes de moindre valeur, elles sont sous-équipées et elles sont incapables de tenir face à l'attaque soviétique. En plus, les Allemands ne s'attendent pas à cette offensive. Leur renseignement n'a rien vu venir. Et donc, les troupes roumaines, par exemple, sont écrasées en quelques jours. Et là, c'est la dernière phase de la bataille. L'encerclement et la capitulation. Les forces de l'Axe se retrouvent piégées dans une poche, entourées de partout par des soviétiques. 300 000 hommes sont encerclés, bien plus que ce que les soviétiques avaient anticipé. Lesquels soviétiques, d'ailleurs, ont été renforcés par des troupes sibériennes. parfaitement adaptée et équipée pour le combat dans la neige. Alors évidemment, le problème allemand du ravitaillement, dans un encerclement, devient critique. Rien ne passe désormais. Et l'armée de l'air allemande, la Luftwaffe, tente bien d'organiser un pont aérien. Mais elle est incapable de ravitailler suffisamment les assiégés. Essentiellement à cause du froid. Il faut imaginer que l'essence des avions gèle. Alors, il y avait une promesse de 550 tonnes par jour. Mais le pont aérien n'apporte en moyenne que 94 tonnes par jour, 6 fois moins. Et à Noël 1942, ce chiffre tombe même à 60 tonnes. La conséquence, c'est que les soldats allemands sont affamés. Ils commencent par manger les chevaux, ils mangent les Ausha, et ils errent comme des morts vivants dans la ville à la recherche de nourriture. Début janvier, la ration quotidienne de pain est réduite seulement à 50 grammes. Et on compte les premiers décès dus à la fin. Alors, les soldats allemands souffrent terriblement de la faim, mais ils souffrent aussi du froid dans l'hiver russe glacial. Ah oui, parce que le fameux général Hiver, le même qui avait fait tant de mal à la grande armée de Napoléon, il frappe encore. Et les températures sont extrêmes. Imaginez un peu, dès la mi-décembre 1942, les températures sont glaciales, entre moins 15 et moins 25 degrés. Avec même un pic à moins 32 degrés en janvier 1943. Les soldats allemands sont mal équipés pour le froid russe. Ils souffrent d'engelures massives au point que les blessures dues au gel deviennent aussi meurtrières que les combats eux-mêmes. On le voit sur les photos, on les voit avec des couches de vêtements pour se protéger comme ils peuvent du froid. Les soldats dorment à la belle étoile, sans protection. Beaucoup meurent gelés, certains sont retrouvés morts, figés dans la neige. le long des routes ou même accrochés à des panneaux de signalisation à l'entrée de la ville. Une tentative allemande pour briser l'encerclement échoue et l'armée rouge lance son assaut final sur la poche le 10 janvier 1943.
- Speaker #3
C'est la victoire ou la mort ! Ceux qui battront en retraite seront abattus !
- Speaker #0
Il me faut un fusil.
- Speaker #3
Pas de pitié pour les lâches et pour les traîtres.
- Speaker #2
Partons, installons-le !
- Speaker #0
Les troupes allemandes, épuisées et sans ressources, sont acculées. Le maréchal Friedrich Paulus, commandant de la 6e armée, est capturé le 31 janvier 1943. Alors il avait été promu maréchal par Hitler peu avant, sans doute pour l'inciter au suicide plutôt qu'à la réédition. Ah oui, c'est la première fois qu'un maréchal allemand est fait prisonnier dans toute l'histoire militaire allemande. L'armée allemande capitule le 31 janvier et le 2 février 1943. Environ 95 000 soldats allemands sont faits prisonniers. Des études récentes avancent même un chiffre de 110 000 prisonniers. D'ailleurs, parlons chiffres. La bataille de Stalingrad est d'une ampleur colossale en termes de pertes humaines. Au total, elle a causé près de 2 millions de victimes, morts, blessés, prisonniers. Les soviétiques enregistrent environ 479 000 morts et 650 000 blessés. Les forces de l'Axe, l'Allemagne et ses alliés perdent quant à elles environ 760 000 soldats, morts, blessés, prisonniers, dont 264 000 morts ou blessés pour les seuls allemands. Il faut bien avoir cette image en tête. Sur les 330 000 soldats de la 6ème armée allemande au début de la bataille, il n'y en a que 5 à 6 000, 5 à 6 000 sur 330 000, qui revoient un jour l'Allemagne. La majorité étant mortes de faim, de froid ou dans les camps de prisonniers sibériens. Alors à cela, il faut rajouter environ 100 000 civils soviétiques qui ont été tués ou blessés. Mais au-delà des chiffres... La bataille de Stalingrad a eu des conséquences stratégiques et psychologiques profondes. Elle a forcé le Reich à se battre sur deux fronts, surtout après le débarquement allié en Afrique du Nord, l'opération Torch. C'est le point de départ d'un lent redressement pour l'armée rouge. L'impact psychologique est immense en Allemagne. La défaite pousse Goebbels à décréter la guerre totale lors de son discours au palais des sports le 18 février 1943. La capitulation de Paolo, c'est un choc national. Les programmes ordinaires sont interrompus. Un deuil de trois jours est décrété. Hitler lui-même est gravement affecté par cette défaite. Et chez les alliés du Reich et dans les pays occupés, l'espoir d'une victoire alliée grandit. En fait, l'espoir change de camp. La défaite allemande à Stalingrad, c'est aussi le résultat d'une accumulation d'erreurs tactiques, de l'échec du renseignement, de l'incapacité de la Luftwaffe à assurer le ravitaillement. et globalement de l'inadaptation de l'armée allemande aux combats urbains. Alors Stalingrad reste gravé dans les mémoires pour l'ampleur des moyens déployés, pour les destructions, le nombre de victimes, les conditions hivernales extrêmes, mais surtout et avant tout pour la férocité des combats. C'est l'histoire d'une ville devenue un symbole, d'une bataille au bord du gouffre qui a redessiné le cours de la Seconde Guerre mondiale. Alors des débats existent actuellement. pour redonner à Volgograd, le nouveau nom de la ville, celui de Stalingrad, pour le symbole que ça représente. Et d'ailleurs, en mai 2025, Vladimir Poutine a décidé de nommer l'aéroport de Volgograd « aéroport de Stalingrad » . Mais c'est une autre histoire. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout, j'espère qu'il vous a plu et vous a éclairé sur cette bataille décisive. N'hésitez pas, si vous utilisez Spotify ou Apple Podcast, à laisser une note ou un commentaire. Je lis toujours avec plaisir. Vous pouvez aussi me proposer des sujets d'épisodes, pourquoi pas sur une autre bataille célèbre. Et on se retrouve très bientôt pour une nouvelle page d'histoire.